
Les Galeries Giroud : plongée au cœur de la mine au niveau 12
Explorez l’ingéniosité du complexe minier Giroud à Susville : une organisation souterraine unique, de l’aérage au « versage », au service de l’épopée industrielle dauphinoise.
Plongez dans l’histoire industrielle du plateau matheysin en explorant les galeries Giroud à Susville. Véritable prouesse technique du niveau 12, ce complexe minier témoigne du savoir-faire des mineurs dauphinois. Découvrez les coulisses de cette organisation souterraine, entre aérage, circulation et extraction, au cœur d’un patrimoine minier aujourd’hui éffacé.
Informations pratiques
| Caractéristique | Détails historiques |
| Localisation | Bassin minier de la Matheysine (La Motte-d’Aveillans) |
| Structure du réseau | Faisceau de 5 galeries spécialisées |
| Les 5 galeries | L’exhaure, L’école, La sondeur, La cheminée d’aérage, et l’artère de roulage |
| Niveau d’exploitation | Niveau 12 |
| Point de sortie | La Galerie « Versage » (zone de déchargement) |
| Liaison logistique | Connexion directe avec l’usine de traitement |
| Exploitant historique | Famille Giroud (dont Jules Giroud) |
Dans les profondeurs du Niveau 12 : L’épopée des Galeries Giroud et du « Versage »
Avant les grandes modernisations du Plan Richard, un réseau souterrain vital faisait battre le cœur de la mine en Matheysine. Plongée dans l’anatomie du complexe Giroud, chef-d’œuvre de logistique minière.
Comment le charbon et les hommes circulaient-ils sous terre avant la grande mécanisation ? Au niveau 12, le complexe Giroud s’impose comme un modèle d’organisation technique. Composé de cinq galeries aux fonctions bien distinctes convergeant vers une artère unique, ce réseau trouvait son aboutissement à la Galerie « Versage ».Cet ensemble est généralement décrit comme le complexe des cinq galeries Giroud, un système cohérent où chaque ouvrage répond à un besoin précis : évacuer le charbon, gérer l’eau, assurer l’aérage, soutenir les activités de sondage, et former les mineurs. L’intérêt patrimonial de ces galeries ne tient pas seulement à leurs vestiges, mais à ce qu’elles racontent : une organisation industrielle où la logistique était pensée au plus près du terrain, bien avant les modernisations ultérieures du réseau.
Le Niveau 12 : Cœur battant de l’exploitation
Contrairement à une idée reçue, le niveau 12 n’était pas qu’une simple galerie d’extraction. Dès l’époque de Jules Giroud, ce niveau a été conçu comme la plaque tournante de toute la concession du Peychagnard à Susville. Par une prouesse d’organisation minière, les niveaux 10 et 11 étaient reliés à ce niveau 12 par des plans inclinés internes. Ainsi, toute la production extraite sur ces trois étages convergeait vers une seule et même recette de sortie. Cette centralisation, véritable modèle d’efficacité industrielle pour le XIXe siècle, permettait de concentrer le triage et le chargement du charbon sur un seul point, directement connecté au réseau ferroviaire. Le « 12 » est ainsi devenu l’âme du site, bien avant l’émergence des infrastructures modernes.
L’anatomie de l’exploitation a l’époque de Jules Giroud
Sous l’impulsion de l’ingénieur Jules Giroud, l’exploitation minière du Villaret a connu une véritable structuration industrielle. À cette époque, l’extraction se faisait exclusivement « à la montagne » via des galeries creusées à flanc de coteau, bien avant l’érection du grand puits vertical moderne du Villaret, construit dans les années 1950.
Le site était historiquement rattaché à la concession du Peychagnard. La nomenclature des ouvrages témoigne de la complexité de cette exploitation étagée : le célèbre « niveau 12 » ne correspondait pas au fond de la mine, mais indiquait que douze niveaux d’exploitation se superposaient au-dessus de lui. En réalité, le secteur en comptait quatorze au total, la numérotation débutant par la galerie la plus haute, désignée sous le nom de « galerie 00 ».
Eugène Chaper : L’architecte industriel (1860-1890)
Si le nom de Jules Giroud est associé à la technique minière au Villaret, celui d’Eugène Chaper est indissociable de la naissance de l’industrie charbonnière en Matheysine. Industriel visionnaire et figure marquante de la vie grenobloise, Eugène Chaper a su fédérer les capitaux nécessaires pour transformer l’exploitation artisanale du Peychagnard en une véritable puissance industrielle. En faisant confiance à Jules Giroud, il a permis la création d’une organisation rationnelle — de la célèbre galerie-école au système de centralisation des niveaux vers la recette principale. Ensemble, ils ont jeté les bases du modèle économique qui fera vivre Susville pendant plus d’un siècle, faisant passer la mine de l’échelle locale à celle de moteur de l’économie dauphinoise.
Le contexte : L’ère de Jules Giroud (1860-1890)
Jules Giroud prend la direction de la Compagnie des mines de la Motte-d’Aveillans (qui englobait le secteur de Susville) en 1860. C’est sous son impulsion que l’exploitation devient industrielle.
À cette époque, il n’y a pas encore de « carreau » au sens moderne (avec chevalement). On parle alors de plateformes de chargement ou de recettes de galeries.
-
La date clé : On peut situer le développement des infrastructures logistiques du secteur du Villaret vers 1865-1870.
-
C’est à cette période que Jules Giroud cherche à rationaliser le transport du charbon. Il met en place des systèmes de plans inclinés (systèmes de wagons descendant par gravité ou par treuils) pour relier les galeries situées en altitude aux points de stockage ou aux chemins de fer naissants.

Vestiges de l’activité minière : traces d’essais de sondeur sur la roche, à proximité de la galerie historique du XIXe siècle (cliché de 2019).
Les installations « anciennes » du Villaret
Le « carreau » de l’époque Giroud correspond en réalité à l’aire de triage et de chargement située à l’embouchure des galeries principales du Villaret (notamment les galeries de recherche et d’exploitation qui entaillaient le flanc de la montagne) le tout remontant aux années entre 1865 et 1875 pour la création des premières installations industrielles significatives au Villaret.
-
La nature du site : Contrairement au puits vertical moderne, le carreau « Giroud » était une plateforme aménagée en terrasse. Il comprenait des culbuteurs, des zones de stockage (parcs à charbon) et les premières mécanisations de tri manuel.
-
La connexion au réseau : Ces installations étaient intimement liées à la création du chemin de fer de la Mure (dont la ligne a été concédée en 1882 et inaugurée en 1888). Jules Giroud a conçu ces installations pour que le charbon extrait au Villaret soit directement basculé dans les wagonnets du réseau de desserte mais cela ne sera effectif qu’a partir de 1911 avec la gare du Villaret.
Il est important de noter que sous Jules Giroud, le site du Villaret n’était pas un site d’extraction unique et figé comme le deviendra le puits des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD) plus tard :
-
La multiplicité des accès : Il y avait plusieurs petites entrées de mines (« galeries ») réparties sur le flanc de coteau du Peychagnard. Chaque galerie avait sa petite plateforme de travail.
-
L’évolution constante : Ces installations étaient semi-permanentes. Elles étaient déplacées ou agrandies au fur et à mesure de l’avancement des galeries dans la couche de houille.

Localisation de la cheminée sur extrait de plan BRGM (propriété privée).
L’anatomie d’un réseau : les cinq galeries Giroud.
Pour comprendre le génie de cette infrastructure, il ne faut pas imaginer un simple tunnel, mais un véritable carrefour souterrain hautement organisé. Le site comptait en réalité cinq galeries Giroud, chacune ayant une fonction vitale pour la survie et l’efficacité de la mine.
Parmi ces ramifications, on trouvait :
-
L’exhaure : Dédiée à la gestion et au pompage des eaux souterraines, indispensable pour éviter l’inondation des chantiers.
-
L’école : Une galerie d’apprentissage, véritable chantier-école où les jeunes recrues (galibots) et les mineurs novices se formaient aux techniques d’abattage et de boisage en conditions réelles.
-
La sondeur : Galerie liée au sondage (maintenance, réparation et essais des machines de carottage), raccordée perpendiculairement à l’exhaure..
-
La cheminée d’aérage : Le poumon du niveau 12, garantissant la circulation de l’air frais et l’évacuation des gaz toxiques.
- Le versage : L’extrémité de la galerie de roulage. C’est par ce point névralgique que la production de charbon était évacuée pour être acheminée vers l’usine de Susville.

Entrée de la galerie d’exhaure Giroud en 2019. L’ouvrage a été condamné par un remblayage et l’accumulation de gravats.
Le « Roulage » et le « Versage » : l’artère vitale
Toute l’intelligence de ce réseau résidait dans sa convergence. Ces cinq galeries stratégiques se connectaient toutes sur une seule et même galerie de roulage (l’axe principal de circulation des berlines).
Cette artère collectrice acheminait le fruit du travail des mineurs jusqu’à son point d’aboutissement : la fameuse Galerie Giroud « Versage ». Dans le jargon minier, le « versage » désigne l’action de décharger le minerai. C’est exactement à cette extrémité que les berlines pleines de charbon, venues des profondeurs du niveau 12, étaient déversées pour rejoindre directement l’usine de traitement en surface. Un circuit court, pensé pour éviter les ruptures de charge inutiles.

Galerie Giroud Versage (2019) : Vue vers la zone de déchargement et raccordement du muret de soutien de la voie menant à une probable trémie.
Avant le Plan Richard : l’intelligence du terrain
Il faut se replacer dans le contexte temporel pour mesurer l’importance de ce carrefour. Ce système complet a fonctionné à plein régime bien avant l’arrivée du Plan Richard, ce vaste programme qui allait restructurer et moderniser l’évacuation du charbon dans tout le bassin dauphinois.
Avant cette révolution technologique, le complexe Giroud incarnait le summum de l’optimisation. Il prouve que les anciens ingénieurs savaient structurer la roche pour créer un réseau autonome (air, eau, formation, extraction) se vidant d’un seul flux vers la surface.
La famille Giroud : les bâtisseurs de la Matheysine minière
Si cet ensemble porte ce nom, c’est pour rendre hommage à la famille Giroud, et tout particulièrement à Jules Giroud, figure emblématique de l’entrepreneuriat minier local.
Bien avant la centralisation des Houillères en 1946, l’exploitation était l’affaire de concessions privées, dont celle de La Motte-d’Aveillans. Les Giroud étaient des exploitants de proximité, concevant eux-mêmes leurs réseaux. En finançant et en organisant ce faisceau de cinq galeries au Niveau 12, Jules Giroud ne cherchaient pas seulement à extraire du charbon : il structurait une industrie. Le nom « Giroud » est resté ancré dans la roche, balise géographique pour les mineurs, et marque indélébile de ces pionniers qui ont façonné l’identité de la Matheysine.
Un héritage sous la roche
Aujourd’hui, redécouvrir le rôle de l’exhaure, de l’école ou du versage, c’est ouvrir un chapitre fascinant du patrimoine industriel dauphinois. C’est comprendre qu’au-delà de la force physique, c’est une organisation millimétrée qui a permis de faire sortir l’or noir de nos montagnes.
Foire Aux Questions
1 -Comment se composait le réseau des cinq galeries Giroud ?
Le réseau se situait au niveau 12 de la mine de Susville et comprenait cinq galeries reliées entre elles. Chaque galerie avait une fonction précise pour le fonctionnement de la mine : la galerie d’exhaure servait à l’écoulement des eaux, la galerie-école formait le personnel, la galerie du sondeur permettait de réaliser des tests, la cheminée d’aérage assurait la ventilation et la galerie de versage servait à l’évacuation du charbon.
2 – Quel était l’intérêt stratégique du niveau 12 ?
Le niveau 12 constituait le point central de la concession du Peychagnard. Les charbons extraits dans les niveaux supérieurs (les niveaux 10 et 11) y étaient acheminés grâce à des plans inclinés intérieurs. Cela permettait de centraliser le tri et l’expédition du charbon en un seul endroit bien avant la modernisation complète de l’exploitation.
3 – Quel rôle a joué Jules Giroud dans l’histoire de cette mine ?
Jules Giroud a été un acteur clé du développement minier en Matheysine à partir de 1860. Il a transformé des méthodes d’exploitation encore artisanales en un système industriel organisé. C’est lui qui a rationalisé les installations du Villaret, notamment en concevant le complexe logistique du niveau 12 et les infrastructures de transport associées.
4 – Qu’appelle-t-on le versage dans cette exploitation ?
Le versage était le point de déchargement du charbon. Dans les galeries Giroud, ce dispositif permettait de vider les berlines de charbon venues du fond pour envoyer directement le combustible vers l’atelier de criblage et de lavage situé en contrebas. C’était un élément essentiel pour le transit de la production.
5 – Le site du niveau 12 possédait-il un chevalement ?
Non, durant la période d’activité de ces galeries (entre 1865 et 1875), l’accès se faisait à flanc de montagne et non par un puits vertical. Le carreau de la mine se limitait à des terrasses aménagées à l’extérieur des galeries pour le traitement et le départ du charbon vers les voies de transport.
6 – Comment fonctionnait la galerie-école ?
Cette galerie spécifique servait de centre d’apprentissage pratique pour les nouveaux mineurs et les jeunes apprentis appelés galibots. Ils y apprenaient les métiers de la mine, comme le soutènement (le boisage) et l’abattage du charbon, dans un environnement contrôlé mais représentatif des conditions du fond.
7 – Que reste-t-il aujourd’hui des galeries Giroud ?
Bien que les accès aient été sécurisés ou obstrués au fil du temps, le secteur conserve des vestiges de cette époque. On peut encore observer des maçonneries en pierre de taille, des structures liées au tri du charbon ainsi que des marques de forages techniques dans la roche, qui témoignent des méthodes de travail du XIXe siècle.
Poursuivez votre exploration
« Plongez dans l’épopée minière du Plateau Matheysin » « Découvrez l’histoire du Puits du Villaret, le plus récent du Plateau Matheysin »
Sources et sites officiels
1. Patrimoine industriel et minier (Contexte régional)
-
Musée de la Mine Image (La Motte-d’Aveillans) : C’est le lieu de référence pour comprendre l’extraction du charbon dans le bassin de La Mure. Ils proposent des visites guidées très instructives.
-
Lien utile : https://mine-image.com/
-
-
La Mémoire de la Mine (Bassin de La Mure) : Diverses associations locales travaillent à la préservation de la mémoire des houillères du Dauphiné. Consulter les sites des mairies de Susville ou de La Mure peut également apporter des compléments sur le patrimoine bâti.
-
Site de la mairie de Susville : https://www.susville.fr/
-
2. Patrimoine ferroviaire (Contexte historique)
-
Le Petit Train de La Mure : Indispensable pour l’aspect ferroviaire du bassin. Ce site permet de contextualiser l’importance du transport du charbon.
-
Lien utile : https://www.lepetit-traindelamure.com/
-
-
Chemins de fer du Dauphiné (Archives et associations) : Pour les passionnés de voies étroites, le site de la Fédération des Amis des Chemins de Fer Secondaires (FACS) contient souvent des inventaires techniques précieux.
-
Lien utile :https://www.facs-patrimoine-ferroviaire.fr/
-
3. Ressources institutionnelles et documentaires
-
Inventaire du Patrimoine (Région Auvergne-Rhône-Alpes) : Le site de l’inventaire général du patrimoine culturel recense souvent des fiches techniques très complètes sur les sites miniers.
Bibliographie
-
-
Association « La Mine Image » (La Motte-d’Aveillans), Archives et témoignages sur le bassin houiller de La Mure.
-
Note : Bien qu’il s’agisse plus de fonds documentaires que d’un livre unique, les publications liées aux travaux de l’association La Mine Image constituent la base documentaire la plus fiable concernant la mémoire locale.
-
- BRGM. (Année de publication). Rapport de mise en sécurité des mines de La Mure : travaux de confortement (bouchons de ciment et injections de cendres). Base de données InfoTerre. [En ligne]. Disponible sur : https://infoterre.brgm.fr/ [Consulté le : JJ/MM/AAAA].
- Archives Départementales de l’Isère. Série S : Travaux publics et mines. Dossiers relatifs aux concessions des mines de La Mure. [Cote du document]. [En ligne ou consultation physique].
-
Voir la carte
Galerie Photos
Utilisez les touches de direction pour faire défiler les photos

Susville : l‘histoire oubliée de la galerie sous l’école
Découvrez l’énigme de la galerie souterraine de Susville, un ouvrage industriel méconnu qui, des décennies durant, a servi de fondation silencieuse à la vie du village.
À Susville, le sous-sol raconte une histoire que la surface a tenté d’effacer. L’étude de la « galerie sous l’école » nous plonge dans les problématiques logistiques de l’exploitation houillère dauphinoise : comment les infrastructures de transport ont façonné l’urbanisme local, au point de devenir le soubassement même des équipements publics.
Informations pratiques
| Rubrique | Détails |
| Sujet principal | Analyse historique et logistique de la galerie souterraine de Susville |
| Localisation | Susville, Isère (Dauphiné), France |
| Fonction historique | Artère de transit logistique pour l’acheminement du charbon |
| Distinction majeure | Galerie de transit (logistique) vs Galerie Giroud (extraction/production) |
| Contexte urbanistique | Superposition d’une infrastructure minière sous les fondations d’une école (1931-1955) |
| Enjeux actuels | Effacement des traces minières par l’urbanisme et difficulté d’archéologie de terrain |
Sous la terre, une mécanique de précision : La topographie de l’exploitation minière
L’archéologie minière ne se limite pas à l’étude des filons ou des outils. Elle est, avant tout, une science de la logistique. Pour comprendre comment une mine fonctionnait, il faut décrypter la « topographie de l’exploitation », une architecture invisible où chaque galerie avait une fonction stratégique pour répondre à une exigence industrielle : le rendement.
1. La topographie de l’exploitation : Une hiérarchie des flux
Dans une mine, toutes les galeries ne se valent pas. L’analyse topographique nous révèle une segmentation claire, vitale pour la sécurité et l’efficacité :
-
La Galerie Giroud (Le cœur battant) : C’est ici que se situait l’exploitation directe. C’est une zone de production pure, marquée par le front de taille, le boisage, et l’extraction brute. C’est l’espace où l’homme et la ressource se rencontrent.
-
La Galerie sous l’école (L’artère de transit) : Contrairement à la galerie Giroud, cet ouvrage n’était pas destiné à l’extraction, mais à la circulation. Son rôle était purement logistique : acheminer le charbon de l’intérieur de la montagne vers la surface. Cette distinction témoigne d’une rationalisation du travail : on séparait l’extraction (la production) du transit (la logistique).
2. Le défi du transport : Le défi des 600 mètres
Le véritable exploit ne résidait pas seulement dans l’extraction du charbon, mais dans sa livraison. La mine devait alimenter la centrale électrique, située à environ 600 mètres. Cette distance, courte à l’échelle d’un paysage mais titanesque à l’échelle souterraine, imposait des contraintes techniques majeures.
-
L’hypothèse de l’évolution technique : L’archéologie nous permet de lire les strates de l’innovation. Nous passons d’un système rudimentaire de wagonnets sur rails, nécessitant une force humaine ou animale intense.
3. Capacité et dimensionnement : La preuve par l’espace
Pourquoi certaines galeries présentent-elles des sections aussi généreuses ? En archéologie, la dimension d’un ouvrage est un indicateur de son intensité d’usage.
La largeur et la hauteur de ces tunnels n’étaient pas dictées par le confort, mais par une nécessité impérieuse : la circulation bidirectionnelle. Il fallait permettre aux wagons vides de monter pendant que les pleins descendaient, ou encore laisser assez d’espace pour le passage des ouvriers à côté des systèmes de convoyage.
Ces sections généreuses sont le « fossile » d’une activité fébrile. Elles témoignent d’une production industrielle soutenue où chaque centimètre carré était pensé pour ne jamais briser la chaîne de transport. Une galerie étroite aurait été un goulot d’étranglement fatidique pour la rentabilité de la centrale électrique.
Conclusion : L’archéologie comme témoin de l’industrie
En étudiant ces galeries, on réalise que la mine n’était pas un simple trou dans la roche, mais une véritable machine à extraire et à transporter. La complémentarité entre la Galerie Giroud et celle sous l’école, couplée à l’évolution des modes de transport, raconte une histoire humaine : celle de l’ingéniosité déployée pour satisfaire les besoins énergétiques d’une époque en pleine mutation industrielle.

La galerie sous l’école en 2006 : un ouvrage impressionnant par ses dimensions, vestige de l’activité minière de Susville.
L’urbanisme minier : Quand la mine devient la fondation du village
L’archéologie minière ne s’arrête pas au seuil de la galerie ; elle se prolonge sous nos pieds, dans les strates de notre urbanisme moderne. Au fil du temps, la frontière entre l’infrastructure industrielle et l’espace public s’est brouillée, laissant place à une superposition fascinante où la mine est devenue, littéralement, la fondation de la vie civile.
1. Chronologie croisée : L’école sur ses secrets
L’analyse du site révèle une temporalité complexe. Si l’école est un bâtiment emblématique avec ses phases de construction en 1931 et 1955, son implantation n’est pas fortuite. L’antériorité de la galerie, creusée bien avant l’érection des murs de l’école, pose une question fascinante : comment la commune a-t-elle « composé » avec le vide souterrain ?
Cette chronologie croisée montre que l’urbanisme n’est pas une page blanche, mais un palimpseste. Chaque extension de l’école a dû tenir compte de la stabilité du sous-sol, faisant de l’ouvrage minier un acteur silencieux de l’architecture scolaire.
2. La cohabitation fonctionnelle : Le « tunnel utilitaire »
L’archéologie du site nous livre une découverte singulière : la galerie sous l’école ne fut pas seulement un transit pour le charbon, mais une structure que l’on a choisie d’intégrer et de valoriser.
-
L’assise industrielle : Le remblayage partiel de la galerie pour servir d’assise aux fondations de l’infrastructure civile est une prouesse technique et un symbole fort.
-
L’intégration sociale : Ce « tunnel utilitaire » illustre parfaitement la symbiose entre le monde ouvrier et le tissu villageois. Ici, la mine n’est pas une zone industrielle isolée ; elle est le socle, le soutènement physique sur lequel s’est bâti l’avenir éducatif du village. C’est la preuve tangible que, dans ces cités minières, le destin du charbon et celui de la population étaient inextricablement liés.
3. Méthodologie et limites : Chasser les fantômes
L’étude de ce patrimoine se heurte aujourd’hui à un défi majeur : l’effacement des traces.
-
L’amnésie du paysage : Les travaux de dépollution, la déconstruction des anciennes centrales électriques et les remaniements topographiques liés aux terrassements successifs ont agi comme un voile sur le passé. Les anciennes voies étroites, les emprises au sol des convoyeurs et les tracés de transport ont disparu, « effacés » pour laisser place à des espaces lisses, sécurisés, mais déconnectés de leur histoire.
-
L’archéologie de l’invisible : Face à ces vestiges devenus invisibles, la méthode traditionnelle de terrain ne suffit plus. Il est impératif de croiser :
-
La cartographie historique : Pour superposer les anciens plans de concession aux cadastres actuels. Hélas nous n’avons pas pu trouver d’informations relatives a ca.
-
La mémoire orale : Les témoignages des anciens, derniers détenteurs de la « carte mentale » du site, sont les seuls capables de réanimer les zones d’ombre, là où les archives écrites font défaut. La aussi nous n’avons pas collecter d’informations orales sur cette histoire.
-

Un témoin du passé minier : wagonnet en place sur la voie dans la galerie située sous l’école de Susville (2006).
La galerie sous l’école de Susville n’est pas qu’un simple ouvrage souterrain ; c’est un marqueur de la mutation industrielle du Dauphiné. Sa dissimulation sous les fondations d’une école pose la question de la mémoire collective : comment préserver la trace de ces infrastructures invisibles quand le sol lui-même a été bouleversé par la reconversion du site ?
Lecture de plans et réalité du terrain : le cas du déferrement
L’examen attentif du plan de voie révèle une absence de ligne au sein de cette galerie, ce qui pourrait laisser penser qu’elle n’a jamais été exploitée. Pourtant, cette interprétation doit être nuancée : il est fort probable que la zone ait été déferrée avant même la réalisation du relevé topographique. La disparition précoce des rails, consécutive à l’abandon ou à la réaffectation du site, expliquerait ainsi cette omission sur le document officiel. Ce décalage entre la réalité du terrain et la cartographie d’archive souligne toute la complexité de l’archéologie industrielle, où le document écrit ne retranscrit pas toujours la mémoire matérielle des lieux.

Plan des anciennes voies étroites à la sortie de la galerie Giroud.
Foire Aux Questions
Pourquoi une galerie minière passait-elle sous l’école de Susville ?
La galerie sous l’école était une artère de transit logistique essentielle pour le fonctionnement de la mine. Sa situation géographique permettait d’acheminer le charbon de manière souterraine, en évitant les contraintes de la surface, avant que les enjeux urbanistiques du village n’évoluent.
Est-il possible de visiter aujourd’hui cette galerie ?
Non, cette galerie n’est pas ouverte au public. Il s’agit d’un vestige historique situé sous des infrastructures communales, dont l’accès est sécurisé et réservé à la préservation du patrimoine.
Pourquoi les rails ne sont-ils pas visibles sur certains plans d’époque ?
L’absence de voies sur certains plans de relevé ne signifie pas que la galerie était inutilisée. Il est très probable que le déferrement (l’enlèvement des rails) ait eu lieu avant la réalisation du document. Le métal étant une ressource précieuse, il était fréquemment récupéré pour être réutilisé sur d’autres secteurs miniers.
Quel était le rôle des wagonnets dans cette galerie ?
Les wagonnets servaient au transport du charbon extrait vers les zones de tri ou d’expédition. Leur présence, attestée par des archives photographiques, confirme l’usage ferroviaire intensif de ces galeries souterraines.
En quoi cet article contribue-t-il à l’histoire du Dauphiné ?
En documentant ces infrastructures invisibles, cet article aide à reconstituer le puzzle de l’activité minière dauphinoise. Il permet de mieux comprendre comment le développement industriel a façonné le paysage et l’urbanisme actuel de villages comme Susville.
Poursuivez votre exploration
« Plongez dans l’épopée minière du Plateau Matheysin » « Découvrez l’histoire du Puits du Villaret, le plus récent du Plateau Matheysin »
Sources et sites officiels
1. Patrimoine industriel et minier (Contexte régional)
-
Musée de la Mine Image (La Motte-d’Aveillans) : C’est le lieu de référence pour comprendre l’extraction du charbon dans le bassin de La Mure. Ils proposent des visites guidées très instructives.
-
Lien utile : https://mine-image.com/
-
-
La Mémoire de la Mine (Bassin de La Mure) : Diverses associations locales travaillent à la préservation de la mémoire des houillères du Dauphiné. Consulter les sites des mairies de Susville ou de La Mure peut également apporter des compléments sur le patrimoine bâti.
-
Site de la mairie de Susville : https://www.susville.fr/
-
2. Patrimoine ferroviaire (Contexte historique)
-
Le Petit Train de La Mure : Indispensable pour l’aspect ferroviaire du bassin. Ce site permet de contextualiser l’importance du transport du charbon.
-
Lien utile : https://www.lepetit-traindelamure.com/
-
-
Chemins de fer du Dauphiné (Archives et associations) : Pour les passionnés de voies étroites, le site de la Fédération des Amis des Chemins de Fer Secondaires (FACS) contient souvent des inventaires techniques précieux.
-
Lien utile :https://www.facs-patrimoine-ferroviaire.fr/
-
3. Ressources institutionnelles et documentaires
-
Inventaire du Patrimoine (Région Auvergne-Rhône-Alpes) : Le site de l’inventaire général du patrimoine culturel recense souvent des fiches techniques très complètes sur les sites miniers.
Bibliographie
-
-
Association « La Mine Image » (La Motte-d’Aveillans), Archives et témoignages sur le bassin houiller de La Mure.
-
Note : Bien qu’il s’agisse plus de fonds documentaires que d’un livre unique, les publications liées aux travaux de l’association La Mine Image constituent la base documentaire la plus fiable concernant la mémoire locale.
-
- BRGM. (Année de publication). Rapport de mise en sécurité des mines de La Mure : travaux de confortement (bouchons de ciment et injections de cendres). Base de données InfoTerre. [En ligne]. Disponible sur : https://infoterre.brgm.fr/ [Consulté le : JJ/MM/AAAA].
- Archives Départementales de l’Isère. Série S : Travaux publics et mines. Dossiers relatifs aux concessions des mines de La Mure. [Cote du document]. [En ligne ou consultation physique].
-
Voir la carte
Galerie Photos
Utilisez les touches de direction pour faire défiler les photos

Mine des Boines : l‘histoire oubliée de l’extraction en Isère
Plongez au cœur du Dauphiné, à La Motte d’Aveillans, pour découvrir les vestiges fascinants de la mine des Boines et comprendre l’épopée industrielle méconnue de cette exploitation minière artisanale.
Au cœur du Dauphiné, les hauteurs de La Motte-d’Aveillans abritent encore les cicatrices d’une épopée industrielle méconnue : la mine des Boines. Entre vestiges de grattages artisanaux et anciennes galeries, plongez dans l’histoire fascinante de cette exploitation minière de montagne, témoin d’un passé où le travail acharné des hommes se heurtait à la complexité géologique de la Matheysine.
Informations pratiques
| Caractéristique | Détails |
| Nom du site | Concession des Boines |
| Localisation | La Motte-d’Aveillans, Isère (Dauphiné) |
| Type d’exploitation | Mine artisanale (charbon) |
| Vestiges visibles | Alignements de grattage, traces d’extraction |
| État des lieux | Site archéologique / Patrimoine industriel |
| Période d’activité | XIXe – XXe siècle (période historique) |
| Type de patrimoine | Patrimoine minier dauphinois |
Définition technique et historique
Le « grattage » désigne une modalité d’exploitation artisanale, pré-industrielle ou para-industrielle, consistant à extraire le charbon (ici l’anthracite) directement à son point d’émergence en surface. Contrairement à la mine souterraine, cette pratique ne nécessite aucun percement de puits ou de galeries complexes. Le mineur-paysan exploite la « tête de couche » là où elle « affleure » — c’est-à-dire là où les mouvements tectoniques ou l’érosion ont ramené la veine de charbon au contact direct de la couche arable ou du sous-sol immédiat.
Méthodologie d’exploitation : Le processus opératoire
La méthodologie mise en œuvre par les mineurs-paysans (souvent des exploitants saisonniers pratiquant la « pluriactivité ») repose sur une technique de déblaiement séquentiel :
1. Prospection empirique (Le repérage)
Le mineur-paysan utilise sa connaissance fine du terrain. Il repère l’affleurement grâce :
-
Aux indices de surface : Les « suintements » de charbon dans les talus, les berges de ruisseaux ou les zones où la végétation est chétive (le charbon rendant le sol moins propice à certaines cultures).
-
À l’héritage oral : La transmission de savoirs sur les zones de « terre noire » ou de « terre grasse ».
2. Le « découverture » (Le décapage)
C’est l’étape la plus physique. Le mineur procède à l’enlèvement des morts-terrains (terre végétale, roches altérées, éboulis).
-
Technique : Création d’une tranchée perpendiculaire ou parallèle à la direction de la couche.
-
Outils : La bêche, la pioche, la barre à mine, et parfois l’usage de coins en fer pour disloquer les bancs de roche encaissante.
3. L’extraction (Le « grattage » proprement dit)
Une fois la veine mise à nu, le mineur procède par abattage manuel :
-
Il « gratte » le charbon à la pointe du pic ou de la pointerolle.
-
L’anthracite, étant un charbon très dur, nécessite souvent un travail de levier important pour extraire les blocs.
-
Le tri se fait in situ : le mineur écarte la « stérile » (la roche stérile) qu’il rejette immédiatement dans la partie déjà exploitée de la tranchée (prémices du remblayage).
4. Le front de taille évolutif
La méthode est rarement stationnaire. Le mineur suit la veine tant que la couverture (le poids des terres au-dessus) reste gérable à la force humaine. Dès que la profondeur devient trop importante ou que l’instabilité des parois menace (risques d’éboulements), la tranchée est abandonnée. On assiste alors à un « grignotage » horizontal de la colline ou du flanc de coteau.
Caractéristiques socio-historiques à souligner
-
Le caractère opportuniste : C’est une extraction « au besoin », souvent destinée à l’autoconsommation domestique ou à un marché local très restreint (forge du village, chauffage).
-
Le faible investissement en capital : L’absence d’infrastructure (pas d’exhaure, pas d’aérage, pas d’extraction mécanique) rend cette méthode très flexible, mais extrêmement limitée en termes de productivité.
-
L’impact paysager : Ces grattages laissent des cicatrices durables, des « chablis » de terre et des petites excavations que les géologues et historiens identifient aujourd’hui comme des « puits de renard » ou des « tranchées d’affleurage ».
Les traces d’exploitation.
1. La morphologie en « cuvette » : une gestion du stérile
La forme en cuvette que vous observez est la signature topographique du remblaiement immédiat.
-
Dans une couche de 50 cm, le ratio stérile/charbon est souvent défavorable dès que l’on dépasse quelques mètres de profondeur.
-
Le mineur-paysan, pour ne pas encombrer l’espace de travail exigu, rejette les déblais derrière lui au fur et à mesure qu’il avance.
-
La « cuvette » résulte de ce mouvement de balancier : le mineur « suit » la couche en décaissant une bande étroite, puis en comblant l’arrière, créant ces micro-dépressions circulaires ou elliptiques. Avec le temps, le tassement des remblais et l’érosion des lèvres de l’excavation accentuent cet aspect de cuvette fermée.
2. Le défi des 50 cm : l’exploitation « en taille montante »
Avec une puissance aussi faible, l’accès à la veine est un défi physique majeur. La méthodologie imposée par cette étroitesse est la suivante :
-
Le travail « à genoux » ou « à plat ventre » : Contrairement à la mine souterraine structurée, le mineur-paysan ne peut pas créer de galerie haute. Il doit extraire la couche en « découvrant » le toit sur une largeur minimale (suffisante pour passer les épaules et le pic).
-
L’exploitation par « saut de mouton » : Dans un terrain tourmenté, la couche est souvent disloquée par des failles ou des plis. Le mineur ne suit pas une ligne droite ; il « saute » d’une cuvette à l’autre en suivant la trace du charbon qui affleure à nouveau quelques mètres plus loin après un rejet de faille. C’est ce qui explique le caractère discontinu et répétitif des cuvettes sur le terrain.
3. La gestion du terrain tourmenté (tectonique complexe)
La complexité géologique (plis, failles, miroirs de faille) est ici une aubaine pour le mineur-paysan, bien que cela semble contre-intuitif :
-
L’avantage de la fracturation : Dans une couche de 50 cm d’anthracite, le charbon est souvent « broyé » ou « charrié » par les mouvements tectoniques. Le mineur-paysan privilégie les zones où la couche est « redressée » ou « en charnière de pli », car le charbon y est plus facile à décoller de la roche encaissante (le toit et le mur se séparent mieux).
-
La stratégie de l’affleurement localisé : Le mineur utilise la topographie pour minimiser l’effort. Il choisira de creuser dans le flanc d’un vallon (talweg) plutôt que sur une crête, car le vallon offre une section de la veine déjà exposée par l’érosion, réduisant la quantité de morts-terrains à décaper.
4. Une densité remarquable de cuvettes
L’observation du terrain sur certains secteurs des Boines est frappante : on y note une densité très élevée de cuvettes, qui ne doivent rien au hasard. Cette concentration n’est pas fortuite ; elle est le témoin d’une méthode d’extraction sélective. Dans ces zones spécifiques, le mineur-paysan n’a pas seulement creusé quelques puits isolés, il a littéralement « peigné » la veine de charbon.
Chaque cuvette correspond à un point de prélèvement. Ces dépressions circulaires, souvent rapprochées, révèlent une stratégie de recherche tâtonnante mais systématique : dès qu’une veine affleurait, elle était exploitée jusqu’à sa limite technique, avant que le mineur ne se déplace de quelques mètres pour recommencer, créant ce paysage « en chapelet » si caractéristique des secteurs les plus riches du site.
5. L’absence de terrils : la preuve d’une gestion économe
Un élément vient confirmer la nature artisanale et minutieuse de ces travaux :
Dans l’industrie minière classique, l’ouverture d’une galerie ou d’une carrière s’accompagne systématiquement de « haldes » ou terrils, ces amas de roches stériles rejetées à l’extérieur. Ici, rien de tel. Cette absence confirme que nous sommes face à un travail de précision. Le mineur, contraint par la rareté de l’espace cultivable en montagne, ne pouvait pas se permettre de gaspiller la surface agricole en y déversant des déblais.
La technique était donc celle du remblayage systématique.

Témoignage de l’activité minière artisanale : vestige d’un grattage sur le site des Boines (2023).
La stratégie de segmentation de l’espace minier.
1. La zone « tout-galerie » (Le secteur de continuité)
La présence de 6 galeries sans grattages suggère une zone où :
-
La puissance et l’inclinaison sont favorables : La couche est sans doute plus régulière, peut-être un peu plus épaisse ou à une inclinaison permettant un dépilage en souterrain.
-
Le passage sous le seuil critique : Ici, le mort-terrain (la couverture) est devenu trop épais pour être retiré à la main (le « découverture » à ciel ouvert coûterait trop cher en énergie humaine). Le mineur a donc « chassé » la veine sous le massif : c’est le passage rationnel de la carrière à la mine souterraine.
-
Rationalisation : 6 galeries sur un même secteur suggèrent une exploitation plus intensive, peut-être une petite concession ou un groupe d’exploitants mutualisant les moyens (aérage, évacuation des eaux).
2. La zone « hybride » (Grattages + galeries) : La zone de « recherche tâtonnante »
La coexistence de 6 grattages et 2 galeries est le témoin d’un gisement « en lambeaux » (tectonique complexe, failles inverses, redoublement de couches).
-
Le grattage comme outil de prospection : Dans ce type de zone, les 6 grattages ont sans doute servi à « tâter » le terrain pour retrouver le prolongement de la couche après une faille. Le mineur gratte, perd la veine, gratte à nouveau 20 mètres plus loin.
-
L’échec de la galerie : Les 2 galeries présentes sont probablement des tentatives de suivre la couche en profondeur, mais qui ont été rapidement abandonnées. Soit parce que la faille a coupé la veine (la galerie « tape dans le stérile »), soit parce que la couche s’amincissait en dessous de 50 cm, rendant le soutènement trop coûteux par rapport au rendement.
-
Le « picorage » : Cette zone est celle du mineur-paysan qui « picore » les restes tectoniques. Il ne cherche pas à créer une mine durable, il cherche à extraire tout ce qui est accessible à moindre coût.
3. Hypothèse : La contrainte de la puissance
La limite des 50 cm est le facteur clé. En histoire minière, on appelle cela l’exploitation en « couche mince ».
-
Dans les galeries : À 50 cm, il est impossible de se tenir debout. Le mineur travaille en « taille rasante ». Le fait que vous ayez des galeries est en soi un exploit technique : cela implique une maîtrise du boisage pour éviter l’effondrement dans un terrain dont la faible hauteur ne laisse aucune marge d’erreur.
-
Dans les grattages : L’absence de terril est le point crucial. Si vous ne voyez pas de haldes, c’est que le stérile était remblayé dans l’excavation précédente. C’est une technique de « mine à ciel ouvert tournante ».
La stratégie d’exploitation de la Combe Noire.
1. La Zone « Tout Galeries » (L’exploitation rationnelle)
La présence de 6 galeries sans grattages indique une zone de continuité.
-
La logique : Le gisement y est probablement plus stable, avec un pendage (inclinaison) régulier. Le mineur a identifié que le « jeu en vaut la chandelle » : la couche est suffisamment puissante ou régulière en profondeur pour justifier l’investissement lourd (en temps et en boisage) que représente une galerie.
-
Pourquoi pas de grattages ? Soit la couverture (le mort-terrain) est trop épaisse pour être dégagée à la main (le mineur est contraint d’entrer directement en terre), soit la couche est « propre » dès le départ. C’est l’exploitation systématique.
2. La Zone « Grattages + 2 Grandes Galeries » (L’exploitation opportuniste et les « tentatives »)
C’est la zone la plus intéressante. Elle révèle un terrain « tourmenté » (failles, plis isoclinaux, boudinage).
-
Les 2 Grandes Galeries : Le fait qu’elles soient accompagnées de terrils importants suggère une volonté de capitalisation. Quelqu’un (une petite entreprise, ou un mineur plus ambitieux) a tenté d’industrialiser l’exploitation à cet endroit. Il a cherché à atteindre le cœur de la couche en profondeur.
-
Les 6 Grattages : Ils sont les témoins de l’échec ou de la limite de ces galeries.
-
Hypothèse A (La prospection) : Les grattages sont les traces de la phase de recherche. On a gratté partout pour trouver où la couche était la plus accessible avant de décider de percer les galeries.
-
Hypothèse B (L’émiettement) : La tectonique a tellement fragmenté les deux couches que les galeries, malgré leur taille, ont rapidement « buté » contre des failles ou des zones stériles. Le mineur a alors dû revenir aux grattages pour récolter les « morceaux » de couches déplacées par la tectonique.
-
Hypothèse C (La chronologie) : Les grattages sont les vestiges de l’exploitation artisanale ancienne, et les deux galeries sont une tentative plus tardive (et peut-être éphémère) de mieux exploiter, qui a laissé ces terrils massifs.
-
3. La contrainte des « Deux Couches » et le piège géologique
Le fait qu’il n’y ait que deux couches ne signifie pas qu’elles sont planes. Dans un terrain tourmenté, les deux couches peuvent être :
-
Redoublées par des plis : Une même couche peut passer plusieurs fois au même niveau d’altitude. C’est là que vos 6 grattages prennent tout leur sens : le mineur ne gratte pas 6 couches différentes, il gratte la répétition de la même couche due aux plissements.
-
Disloquées par des failles : Le mineur cherche la « lèvre » de la faille. Il gratte ici, trouve la couche, puis la perd (faille). Il gratte 20 mètres plus loin, la retrouve (le rejet de faille). C’est ce qui crée cet aspect « pointillé » de votre zone.

Vue de 2023 sur les vestiges d’un alignement de grattage, témoin de l’activité minière sur la concession des Boines.
De l’exploitation artisanale a l’industrielle.
1. La Zone 1 (6 galeries, 0 grattage) : L’exploitation « Rationnelle et Industrielle »
Si vous ne trouvez pas de grattages ici, c’est probablement pour l’une des deux raisons suivantes :
-
La destruction par l’infrastructure : Au XIXe siècle, les compagnies minières avaient tendance à « faire place nette ». Les grandes installations de surface (plateformes de triage, bâtiments de recette, routes d’accès) ont pu effacer totalement les fragiles traces des anciens grattages paysans.
-
L’exploration par sondage (pas d’affleurement visible) : Il est possible que dans cette zone, la couche, bien que présente, ne fût pas visible en surface (couverture épaisse, végétation). Le mineur paysan, faute d’outils de prospection, n’a jamais pu la trouver. Ce sont les ingénieurs du XIXe (avec des méthodes de géologie plus fines) qui ont « découvert » la ressource et ouvert les galeries directement en profondeur.
2. La Zone 2 (6 grattages + 2 galeries) : La « Mine de Transition »
C’est ici que votre observation est la plus intéressante. Vous avez le passage de relais entre l’autoconsommation (le paysan) et l’économie de marché (la compagnie).
-
L’étape 1 (Le grattage paysan) : Les paysans ont identifié l’affleurement. C’est une mine de « prélèvement » : on prend ce qui est là, sans investissement. L’absence de terril massif autour des grattages prouve qu’ils remblayaient au fur et à mesure (ils ne voulaient pas perdre de terres agricoles).
-
L’étape 2 (L’intrusion industrielle) : Au XIXe siècle, les exploitants industriels, en cherchant à étendre leur concession, sont tombés sur ces zones déjà « picorées » par les paysans.
-
Les 2 galeries que vous voyez sont la preuve d’une tentative de « suivre la couche » là où les paysans avaient montré qu’il y avait du charbon.
-
Le terril devant ces galeries trahit le changement de paradigme : la compagnie a extrait de gros volumes de roche stérile (le toit et le mur pour créer une galerie de circulation), ce que le paysan ne faisait jamais.
-
3. Le paradoxe de la couche de 50 cm
Le fait que la couche soit si mince (50 cm) explique parfaitement pourquoi le XIXe siècle a souvent échoué à industrialiser ces sites.
-
Le coût du « frais fixe » : Pour exploiter une couche de 50 cm en galerie, il faut creuser une hauteur d’homme (ou au moins une hauteur suffisante pour passer). Cela demande de creuser beaucoup de roche stérile (d’où les gros terrils).
-
La rentabilité : Le coût de creusement du stérile (pour faire la galerie) dépassait rapidement la valeur du charbon extrait de cette couche mince.
-
Conclusion logique : C’est sans doute pour cela que ces 2 galeries ont été abandonnées après une durée de vie probablement courte. Elles ont été victimes de la « loi de la puissance » : on ne peut pas rentabiliser une galerie moderne dans une couche de 50 cm, sauf si la géologie est exceptionnellement favorable.
3. L‘échec de l’industrialisation face à la contrainte géologique ».
-
Phase A (Pré-industrielle) : Le mineur paysan, flexible, qui se contente de ce que l’affleurement lui donne (les grattages). Il est rentable parce qu’il n’a aucun frais d’infrastructure (pas de boisage, pas d’aérage, pas de terril).
-
Phase B (Industrielle/XIXe siècle) : La tentative de passage à l’échelle supérieure. On creuse des galeries. Mais face à la réalité des 50 cm de puissance et à la complexité tectonique (la « tourmente »), l’industrie se casse les dents. Elle abandonne, laissant derrière elle ces 2 galeries cicatricielles et leurs terrils, tandis que la nature reprend ses droits sur les vieux grattages.
La rencontre entre deux cultures minières.
1. La « sous-traitance » inconsciente de la prospection
L’exploitant minier du XIXe siècle était souvent un opportuniste prudent. Creuser une galerie coûte cher (boisage, éclairage, main-d’œuvre). L’industriel ne va pas « tâter » au hasard.
-
Le paysan mineur comme géologue de terrain : En implantant ses galeries là où les grattages étaient nombreux, l’exploitant industriel a utilisé les paysans comme des « prospecteurs gratuits ». Les grattages étaient les preuves irréfutables que la couche était là et qu’elle était exploitable.
-
Récupération de l’infrastructure : Le grattage a souvent créé une « plateforme » ou une petite excavation initiale (le « découverture »). Pour l’industriel, c’est une aubaine : il n’a pas à décaper la terre végétale et le mort-terrain, il commence sa galerie là où le travail de surface a déjà ouvert la voie.
2. Le choc des modèles économiques
Vous avez là la preuve visuelle d’un échec de conversion économique :
-
Le Modèle Paysan (Le « grattage ») : C’est un modèle à coûts fixes quasi nuls. Si la couche est bonne, il gratte ; si elle est mauvaise ou faillée, il s’arrête et bouge de 10 mètres. Le « risque minier » est proche de zéro car il n’y a pas d’infrastructure.
-
Le Modèle Industriel (La « galerie ») : C’est un modèle à frais fixes élevés. L’industriel arrive avec une logique de « rendement ». Il doit rentabiliser le boisage et l’exhaure (pompage).
-
Le fait que vous ayez des terrils importants montre que l’industriel a voulu « forcer » la nature. Il a extrait, il a creusé du stérile, il a construit.
-
Le constat d’échec : Le fait que ces galeries soient aujourd’hui abandonnées (probablement après une durée de vie courte) prouve que la logique industrielle ne pouvait pas s’imposer durablement face à la contrainte de votre couche de 50 cm. Le charbon n’était pas assez abondant ou assez propre pour justifier les frais de la galerie.
-
3. La « colonisation » de l’espace minier
Il est très probable qu’en fouillant dans les archives (série S des Archives Départementales, dossiers de concessions), vous trouviez des traces de conflits :
-
Droits d’usage vs Concession : Le mineur paysan travaillait souvent sur des droits coutumiers. L’arrivée de la concession minière au XIXe siècle a souvent « absorbé » ces petits exploitants. Soit ils ont été évincés, soit ils sont devenus les ouvriers de la mine, soit ils ont été réduits à une exploitation clandestine, la nuit, à côté des galeries officielles.
La mine d’appoint ou la pluriactivité alpine.
1. La « Mine de Berger » : Le modèle du mineur saisonnier
Le fait que le site soit inaccessible en hiver est la clé de la méthode de travail :
-
L’opportunisme temporel : Le mineur-paysan n’est pas un mineur de métier. Il monte avec son troupeau de chèvres à la belle saison. Le « grattage » est une activité de temps libre pendant que les chèvres pâturent. C’est une exploitation « à la marge », sans pression de production, qui s’ajuste parfaitement au rythme de la transhumance.
-
L’exploitation de stockage : Il est fort probable que le charbon extrait durant l’été était stocké dans des petites caches ou descendu à dos de mulet avant les premières neiges. Ces « grattages » ne sont pas des mines, ce sont des comptoirs de stockage temporaire.
2. Le rôle du troupeau dans la lecture archéologique
C’est un point fascinant : la chèvre est votre alliée archéologique.
-
Dans ces zones de haute altitude, la végétation est normalement dense ou constituée de landes impénétrables. La chèvre, par son pâturage intensif, empêche la fermeture du milieu (la repousse des arbustes et arbres).
-
Résultat : Vos « cuvettes » restent visibles alors qu’elles auraient dû être comblées par les sédiments ou masquées par la végétation. La survie de ces structures est directement liée à l’activité pastorale qui a perduré au-delà de l’exploitation minière.
3. Le paradoxe de l’échec industriel du XIXe
Maintenant, on comprend parfaitement pourquoi les galeries du XIXe siècle ont échoué là où le berger-mineur réussissait à petite échelle :
-
L’incompatibilité de rythme : Les compagnies minières du XIXe voulaient une production constante (annuelle, hiver comme été). Or, vous dites que le site est inaccessible en hiver. Une entreprise ne peut pas payer des ouvriers, entretenir des galeries et assurer une logistique de transport sur un site qui est bloqué 4 ou 5 mois par an.
-
Le coût du « tout-inclus » : Le berger-mineur avait un coût de revient de zéro (le troupeau était déjà là, le mineur était déjà sur place, le charbon était un revenu complémentaire). L’industriel, lui, avait des frais fixes (salaires, boisage, taxes, transport). Le site n’était pas assez riche pour amortir ces coûts, surtout dans une couche de 50 cm.
-
L’impossibilité logistique : Le XIXe siècle a cherché à « brutaliser » la montagne par la galerie, mais la montagne a gagné par le climat et la distance. Les deux galeries que vous voyez sont probablement les vestiges d’une tentative de rationalisation qui s’est effondrée dès qu’il a fallu affronter le premier hiver rigoureux.
4. Synthèse : Le paysage comme archive
Pour votre travail, vous pouvez conclure que votre site est la preuve d’un conflit de temporalités :
-
La temporalité pastorale (le grattage) : Adaptée au cycle des saisons, au rythme du troupeau, et à la ressource locale. Elle est durable parce qu’elle est « low-cost » et flexible.
-
La temporalité industrielle (la galerie) : Linéaire, exigeante, et incompatible avec la haute altitude et l’isolement hivernal. Elle a tenté de s’imposer sur le modèle paysan mais a échoué par excès de rigidité.
Le choc de l’industrialisation.
1. Le « parasitisme minier » : L’industriel sur les traces du berger
Le fait de creuser en plein centre des grattages prouve que l’industriel n’a fait aucune prospection géologique propre. Il a utilisé le paysan-mineur comme un prospecteur.
-
L’industriel a observé le paysage, a vu où la terre était retournée, où les débris de charbon affleuraient (grâce aux grattages), et il a conclu : « C’est là que se trouve le cœur de la couche ».
-
Il ne s’est pas installé à côté par respect pour le pâturage, il s’est installé sur la zone la plus riche pour maximiser son rendement, ignorant totalement le cycle de la transhumance et la fragilité de la surface pour les chèvres.
2. Le choc des échelles : « Le concentré » contre « le diffus »
Cette implantation centrale révèle une erreur stratégique majeure de l’industrie minière dans les zones marginales de montagne :
-
La logique du paysan : Une logique diffuse. Il grattait là où il était, au rythme de son troupeau, de manière flexible. Si une zone était trop compliquée, il passait à la suivante.
-
La logique de l’industriel : Une logique concentrée. Il a voulu « forcer » l’exploitation en creusant une galerie au centre de la zone de grattage. C’est une erreur de lecture : il a traité une couche de 50 cm, naturellement morcelée et irrégulière, comme s’il s’agissait d’un gisement industriel massif.
-
La conséquence : En voulant creuser au centre, il a probablement détruit le système de drainage naturel et perturbé le pâturage, tout en s’enfermant dans une galerie dont la maintenance (boisage, évacuation des déblais) était économiquement insoutenable face à la faible épaisseur de la couche.
3. La trace archéologique d’un conflit tacite
En plaçant les galeries au milieu des grattages, l’industriel a effacé physiquement les traces des paysans.
-
Le terril de la galerie (qui est massif) a probablement recouvert plusieurs grattages anciens.
-
Aujourd’hui, si vous voyez encore les grattages autour, c’est que les galeries ont été abandonnées si vite que le « traumatisme » paysager de l’industriel n’a pas réussi à gommer la pratique ancestrale.
4. Une lecture pour votre recherche : « L’échec de la verticalité »
Pour votre travail d’historien, vous avez là une thèse solide : le site illustre l’inadaptation de l’outil industriel à la géographie pastorale.
-
Le paysan-mineur avait une exploitation « horizontale » : il suivait l’affleurement sur la pente, respectant la géométrie de la montagne.
-
L’industriel a tenté une exploitation « verticale » (la galerie s’enfonce dans le massif).
-
Le fait que les galeries soient au centre montre qu’il a tenté de « percer » le cœur du gisement pour rentabiliser son infrastructure. L’échec (visible par l’abandon et la petite taille des galeries) prouve que la montagne et ses 50 cm de couche ont résisté à cette tentative de rationalisation.
Traces au sol et enjeux de terrain
Sur le terrain, la lecture des vestiges reste un défi. Une voie de roulage est encore identifiable : elle relie la galerie B2 à la ligne de crête, passant au-dessus de la galerie B4 et contournant un important site de grattage (noté G11). Ce dernier pourrait, selon nos hypothèses, dissimuler l’entrée d’une galerie oubliée.
Dans l’ensemble, l’emprise des activités minières aux Boines révèle une ingéniosité technique mise au service d’une rentabilité complexe. Hélas, l’érosion naturelle, le pâturage et les aménagements anthropiques (station de ski) ont agi comme un voile, effaçant peu à peu les cicatrices de cette ère industrielle. La localisation précise de ces « oubliées de l’histoire » demeure aujourd’hui un travail de mémoire autant que d’archéologie industrielle.
Conclusion
La mine des Boines illustre parfaitement ces « petites » exploitations qui ont jalonné l’histoire du Dauphiné, souvent éclipsées par les grandes mines du bassin de La Mure. Visiter ces lieux, c’est rendre hommage à la rudesse du travail des mineurs de montagne qui, contre toute attente, ont tenté de dompter les entrailles de la terre.
Vous explorez le patrimoine minier dauphinois ? N’hésitez pas à partager vos découvertes ou vos photos de ce site chargé d’histoire dans les commentaires ci-dessous.
Foire Aux Questions grattages des Boines
1 – Où se situe exactement la mine des Boines ?
La mine des Boines est située sur la commune de La Motte-d’Aveillans, dans le département de l’Isère, au cœur de la région historique et minière du Dauphiné.
2 – Que peut-on voir aujourd’hui sur le site des Boines ?
Le site conserve des vestiges de l’époque industrielle, notamment des alignements de grattage qui témoignent des anciennes méthodes d’extraction artisanale du charbon pratiquées sur la concession.
3 – Quelle était l’activité principale sur la concession des Boines ?
Il s’agissait principalement d’une exploitation de charbon. La mine des Boines illustre parfaitement l’histoire de l’extraction minière artisanale qui a façonné le paysage industriel du Sud-Isère aux XIXe et XXe siècles.
4 – Le site des Boines est-il ouvert au public ?
Le site des Boines est un lieu de mémoire et de patrimoine. Il est recommandé de se renseigner auprès de l’office de tourisme local ou des associations de sauvegarde du patrimoine minier de la Matheysine pour connaître les possibilités de visite ou les sentiers balisés permettant de découvrir ces vestiges en toute sécurité.
5 – Pourquoi est-il important de préserver les vestiges des Boines ?
La préservation des vestiges de la mine des Boines est essentielle pour maintenir la mémoire du patrimoine industriel dauphinois. Ces traces au sol racontent le quotidien des mineurs et l’évolution des techniques d’extraction dans la région.
Poursuivez votre exploration
Les Boines font partie de l’ensemble des mines de la Matheysine
La concession des Boines l’histoire des mines
La concession des Boines les galeries des Boines guide d’exploration et inventaire
La concession des Boines et de Serre Leycon les moyens de transport
La concession des Boines et de Serre Leycon la plateforme de lavage
Sources et sites officiels
. Les bases de données institutionnelles (Incontournables)
Ces liens renforcent immédiatement le sérieux de votre article :
-
Le site InfoTerre (BRGM) : https://infoterre.brgm.fr/
-
Usage : C’est la référence absolue pour la géologie et les risques miniers. Indiquez à vos lecteurs qu’ils peuvent y consulter les données sur les cavités et l’historique minier de la zone.
-
-
Archives Départementales de l’Isère : https://archives.isere.fr/
-
Usage : C’est ici que se trouvent les documents originaux (série S, concessions minières). Mettez ce lien dans une section « Pour aller plus loin » pour encourager les lecteurs à consulter les sources primaires.
-
2. Le contexte historique et ferroviaire (Le lien avec le Train)
Puisque votre site parle aussi du Train de la Mure, ces liens sont logiques :
-
Musée de la Mine de la Matheysine (La Mine Image) : https://www.mine-image.com/
-
Usage : C’est l’institution de référence. Faire un lien vers eux montre que vous êtes en phase avec le travail de mémoire local officiel.
-
3. Les portails de connaissances (Pour le lectorat curieux)
-
Patrimoine Industriel (Inventaire général) : https://inventaire.patrimoine-region.fr/
-
Usage : Vous pouvez rechercher si les Boines y sont mentionnées. C’est une source très fiable pour la terminologie architecturale des sites miniers.
-
Bibliographie
-
1. Ouvrages de référence (Sources secondaires)
Ces livres sont les piliers de l’histoire minière dans ce secteur :
-
Collection « Mémoire d’Obiou » (Éditions locales).
-
Note : Cette collection publie régulièrement des témoignages et des recherches historiques sur les communes de la Matheysine. Vérifiez les numéros traitant de « La Mure » ou des « mines ».
-
2. Rapports techniques et inventaires (Sources primaires et semi-primaires)
Pour un historien, ces documents sont plus précieux que les livres généralistes :
-
BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières). Inventaire des cavités souterraines de l’Isère.
-
Conseil : Recherchez les rapports spécifiques liés aux concessions minières de la commune de La Mure (ou des communes limitrophes si les Boines sont en limite). Vous les trouverez sur le portail InfoTerre.
-
-
Archives Départementales de l’Isère (ADI) – Série S.
-
Note : La série S concerne les travaux publics, mines et carrières. C’est ici que vous devez chercher les « dossiers de concession » des Boines.
-
Citation type pour votre bibliographie : « Archives Départementales de l’Isère, série S, Dossiers relatifs aux concessions minières de la Matheysine. »
-
3. Ressources muséales et associatives
-
Mine Image (La Mure).
-
Leur centre de documentation est le point de départ de toute recherche sur le sujet. Si vous n’y êtes pas allé, c’est votre priorité.
-
-
Association des Amis du Musée de la Mine.
-
Leurs bulletins sont souvent plus précis que les grands livres historiques sur des lieux-dits spécifiques comme « Les Boines ».
-
-
Voir la carte
Galerie Photos
Utilisez les touches de direction pour faire défiler les photos

Mines des Boines et Serre Leycon : l’histoire industrielle du Dauphiné
Plongez au cœur de La Motte d’Aveillans pour découvrir les vestiges des mines des Boines et les techniques ingénieuses de transport de charbon qui ont façonné le paysage industriel du XIXe siècle.
Aujourd’hui, le calme des pâturages de La Motte d’Aveillans a effacé l’agitation d’hier. Pourtant, sous les sentiers paisibles, le sol garde les cicatrices d’une épopée industrielle intense : celle des petites mines de montagne. Comment, au XIXe siècle, extraire et transporter le charbon depuis des galeries perchées à plus de 1300 mètres d’altitude, là où les routes n’existaient pas ? Entre systèmes de télébennes aériens et plans inclinés vertigineux, découvrez l’histoire fascinante des solutions logistiques audacieuses qui ont permis à ces sites isolés de braver les contraintes du relief dauphinois. Une exploration au cœur du patrimoine minier, où la débrouillardise technique côtoyait la rudesse du travail des mineurs-paysans.
| Caractéristique | Détails |
| Lieu | La Motte-d’Aveillans (Matheysine, Isère) |
| Ressource extraite | Charbon (Anthracite) |
| Altitude du site | Entre 1250 et 1400 mètres |
| Période d’activité | XIXe siècle (exploitation intermittente) |
| Exploitation | Artisanale (système de « mineurs-paysans ») |
| Solutions de transport | Télébennes (câbles aériens) et Plans inclinés |
| Mode de traction | Gravité motrice (systèmes auto-freinés) |
| Vestiges actuels | Terrils, traces de galeries, « balafres » au sol |
| Principale contrainte | Enclavement montagneux et forte déclivité |
Les défis de l’altitude : entre isolement et saisonnalité
L’exploitation des Boines fut confrontée à deux obstacles majeurs :
-
L’enclavement : Située à plus de 1300 mètres, la mine était coupée des grands axes de transport. Écouler la production était un défi logistique permanent.
-
La saisonnalité : Entre 1834 et 1848, l’activité ne se maintenait que durant la belle saison, et de manière très intermittente.
Sept galeries furent pourtant foncées, s’échelonnant entre 1250 et 1400 mètres d’altitude. Aujourd’hui, les « razziers » (tas de déblais) de moins de 100 m³ témoignent de la brièveté de ces travaux : les galeries étaient bien souvent abandonnées sitôt ouvertes.
Infrastructures et logistique
La topographie exigeante du site a nécessité des aménagements logistiques audacieux pour l’époque. On note la présence sur le site de deux télébenne, dont l’un était spécifiquement dédié à l’acheminement du minerai vers une station de lavage. Ces installations soulignent une volonté d’industrialisation, malgré les contraintes du terrain.
Le premier télébenne
Le premier desservait les galeries B1, B2 et B3 ; nous pouvons supposer que de part sa position topographique en contrebas suggère une fonction d’exhaure naturelle.. Le charbon extrait des galeries B1 et B2, certainement les plus productives, était évacué par ce dispositif. Son point d’arrivée se situait à la jonction de la route actuelle des Signaraux et de la piste montant à l’arboretum.
Ce télébenne, d’une longueur approximative de 430 mètres, était une installation sommaire constituée de poteaux en bois et d’une poulie à chaque extrémité. Bien que nous ne disposions d’aucune photographie, cette information nous a été transmise par M. Darier, qui se souvenait avoir vu les poteaux en bois supportant la poulie. Il est probable qu’il n’y avait aucun poteau intermédiaire. Il convient de préciser qu’à l’époque, la route actuelle, aménagée pour la station des Signaraux, n’existait pas ; seul un sentier permettait le passage. Dès lors, le transport en direction de la Motte-d’Aveillans s’effectuait probablement à dos de mulet, ou bien le minerai était repris depuis le hameau pour être acheminé en chariots, tractés par des chevaux ou des bœufs.

L’ancien site de départ du télébenne n°1, au cœur de la concession des Boines.

Paysage naturel forestier ou montagneux marquant l’emplacement disparu de l’ancienne station d’arrivée du télébenne n°1 des mines des Boines.
Le deuxième télébenne
Un deuxième télébenne fut construit dans la Combe Noire. Celui-ci desservait deux galeries de mine qui, lors des travaux de mise en sécurité, n’ont pas été intégrées à la concession des Boines, malgré leur évidente proximité. En effet, si la concession des Boines se situe dans la combe des Signaraux, les galeries mentionnées se trouvent juste derrière un léger mamelon ; il est donc fort probable que cette contiguïté géographique laisse supposer une continuité de l’exploitation sur les mêmes veines (ou couches).
Ce second télébenne, d’une longueur supérieure au premier (550 mètres), nécessitait la mise en place d’un poteau intermédiaire. En revanche, nous disposons de très peu d’informations sur cette installation ; on peut toutefois supposer que les poteaux étaient métalliques. L’arrivée de la ligne se faisait au niveau d’une ancienne plateforme de lavage.
Dans la Combe Noire, nous avons recensé deux vestiges de galeries associés à un terril plus conséquent. Ce volume de stérile laisse supposer une extraction de charbon plus importante, ce qui aurait justifié la construction de cet équipement. Aujourd’hui, aucune trace visible de ce télébenne ne subsiste.

Vestiges du passé minier : l’ancien site de départ du télébenne 2, concession des Boines.
Pour une petite exploitation charbonnière au XIXe siècle, le télébenne (souvent appelé à l’époque transporteur aérien à câble ou funiculaire aérien) est une solution technique ingénieuse et peu coûteuse pour pallier les difficultés du relief montagneux.
Définition : Le Télébenne au XIXe siècle
Le télébenne est un système de transport par câble aérien permettant de déplacer du charbon depuis un point d’extraction situé en altitude (souvent une galerie à flanc de montagne) vers un point de stockage ou de chargement en vallée (un quai de gare ou un canal), en utilisant la gravité comme force motrice.
Caractéristiques techniques pour une petite exploitation
Dans une petite mine à temps partiel, le système se caractérise par sa simplicité et sa robustesse :
-
Le principe du « va-et-vient » ou « circuit fermé » :
-
Le système est constitué d’un câble porteur fixe (sur lequel roule la benne) et d’un câble tracteur mobile.
-
Pour les petites exploitations, on utilisait souvent le système à gravité (auto-freiné) : le poids de la benne chargée descendant entraîne la montée de la benne vide. C’est idéal pour une mine de montagne, car cela ne consomme aucune énergie externe (vapeur ou électrique).
-
-
La structure :
-
Les pylônes : Des chevalets en bois (souvent en mélèze ou sapin local) soutiennent les câbles pour franchir les ravins ou les terrains accidentés où la construction d’une route ou d’un chemin de fer serait impossible ou trop coûteuse.
-
La benne : Un simple récipient en fer battu, suspendu par un chariot à galets, capable de basculer (benne basculante) pour vider le charbon à l’arrivée.
-
-
L’adaptation au « temps partiel » :
-
Coût modique : Contrairement à un chemin de fer Decauville, le télébenne nécessite peu de terrassement. Il « survole » le terrain sans modifier le paysage.
-
Polyvalence : Lorsqu’il n’est pas utilisé (période creuse de l’exploitation), le système est immobilisé facilement. Les câbles peuvent être détendus pour éviter la corrosion ou le vol.
-
Maintenance réduite : Le système peut être entretenu par les mineurs eux-mêmes, qui sont souvent des paysans-mineurs possédant des compétences en mécanique de base.
-
Pourquoi était-ce indispensable en montagne ?
Au XIXe siècle, pour une petite mine, le télébenne résout trois problèmes majeurs :
-
L’accès difficile : Les routes de montagne étaient souvent impraticables pour les charrettes à bœufs chargées de charbon lourd.
-
La pente : Là où les chevaux glisseraient, le câble aérien maintient une trajectoire rectiligne directe, économisant des kilomètres de trajet sinueux.
-
La main-d’œuvre : Une seule personne en bas (au déchargement) et une en haut (au chargement) suffisaient à faire fonctionner le flux de transport, libérant les mineurs pour le travail de fond.
Terminologie d’époque
-
« Fil aérien » : terme très courant dans la littérature technique de 1880-1900.
-
« Transporteur à fil de fer ».
-
« Plan incliné aérien ».
En résumé : C’est l’outil de la « débrouillardise industrielle ». Il transforme la contrainte géographique du relief montagneux en avantage énergétique, en utilisant le poids du charbon extrait pour faire monter les outils vides.
Le plan incliné
Un autre mode de transport fut utilisé sur la concession, notamment pour desservir les galeries B4, B5 et B6 : un plan incliné d’environ 230m dont le tracé demeure aujourd’hui devinable. Il ne subsiste toutefois aucune installation physique, hormis une déclivité rendue difficilement perceptible par la végétation. La tête de départ du plan incliné semble se situer le long d’un sentier horizontal reliant la combe des Signaraux à la Combe Noire.
En l’absence d’informations sur les dates de percement des différentes galeries, il est complexe d’établir une chronologie précise. Cependant, nous pouvons formuler l’hypothèse suivante : le premier télébenne a probablement remplacé ce plan incliné. Le silence des témoignages oraux concernant le plan incliné, couplé à la mémoire vive des structures du télébenne, conforte l’hypothèse d’une antériorité du plan incliné sur le système par câble.
Le point d’arrivée du plan incliné, quant à lui, se situait à proximité du départ du rif des Signaraux, à l’extrémité actuelle du parking. Ici encore, nous pouvons supposer que le transport ultérieur, au-delà du plan, était assuré par des mulets.
Le plan incliné ou descenderie au 19eme siècle
Dans une petite exploitation de montagne du XIXe siècle, le plan incliné est une voie de transport à forte déclivité, aménagée entre le carreau de mine (souvent situé à flanc de coteau) et un point de rupture de charge en contrebas (un chemin carrossable, une plateforme de stockage ou un point de transbordement).
1. Le principe de fonctionnement : La « gravité motrice »
À cette échelle, le plan incliné ne nécessite pas de machine à vapeur. Il exploite la force de la pesanteur :
-
Le système à va-et-vient (ou plan automatique) : Le poids des berlines chargées descendantes entraîne, par l’intermédiaire d’un câble ou d’une chaîne enroulé sur une poulie de renvoi située en tête de plan, la remontée des berlines vides.
-
La régulation : Le mouvement est contrôlé par un frein (frein à ruban ou à sabot) actionné par un « planiste » (le manœuvre responsable du plan) situé en haut de la pente, afin d’éviter l’emballement des chariots.
2. Caractéristiques structurelles pour une « petite exploitation »
Contrairement aux grands plans inclinés industriels, le modèle artisanal se distingue par sa simplicité :
-
La voie : Elle est souvent rudimentaire, constituée de rails en bois (ou parfois en fer plat cloué sur des traverses en bois) posés directement sur le sol, sans ballastage complexe.
-
La poulie : Située à la tête du plan (le point haut), elle est souvent fixée sur un simple chevalement en bois ou un bâti maçonné sommaire.
-
La pente : Elle suit le relief naturel du terrain, ce qui impose souvent des tracés irréguliers.
3. Contexte socio-économique (temps partiel)
Dans le cas d’une exploitation à temps partiel (mineurs-paysans), le plan incliné est un outil de rationalisation du travail. Il permet de pallier le manque de main-d’œuvre en réduisant drastiquement le temps de portage (le transport à dos d’homme ou de mulet), particulièrement pénible sur les sentiers de montagne.
-
Le rôle du planiste : Dans une petite mine, cette tâche est souvent dévolue à un ouvrier âgé ou à un jeune apprenti.
-
L’abandon : Ces structures sont souvent éphémères. Dès que la galerie est abandonnée ou que le minerai est épuisé, le bois est récupéré, les rails déposés, et la nature reprend ses droits. C’est pourquoi, aujourd’hui, il ne subsiste souvent qu’une « balafre » dans le terrain ou une simple rupture de pente.
Traces au sol et enjeux de terrain
Sur le terrain, la lecture des vestiges reste un défi. Une voie de roulage est encore identifiable : elle relie la galerie B2 à la ligne de crête, passant au-dessus de la galerie B4 et contournant un important site de grattage (noté G11). Ce dernier pourrait, selon nos hypothèses, dissimuler l’entrée d’une galerie oubliée.
Dans l’ensemble, l’emprise des activités minières aux Boines révèle une ingéniosité technique mise au service d’une rentabilité complexe. Hélas, l’érosion naturelle, le pâturage et les aménagements anthropiques (station de ski) ont agi comme un voile, effaçant peu à peu les cicatrices de cette ère industrielle. La localisation précise de ces « oubliées de l’histoire » demeure aujourd’hui un travail de mémoire autant que d’archéologie industrielle.
Conclusion
La mine des Boines illustre parfaitement ces « petites » exploitations qui ont jalonné l’histoire du Dauphiné, souvent éclipsées par les grandes mines du bassin de La Mure. Visiter ces lieux, c’est rendre hommage à la rudesse du travail des mineurs de montagne qui, contre toute attente, ont tenté de dompter les entrailles de la terre.
Vous explorez le patrimoine minier dauphinois ? N’hésitez pas à partager vos découvertes ou vos photos de ce site chargé d’histoire dans les commentaires ci-dessous.
Foire Aux Questions Le transport du charbon aux Boines et Serre-Leycon
Qu’était la concession des Boines et Serre-Leycon ?
Il s’agissait d’un site d’exploitation minière situé dans le bassin de la Matheysine, en Isère. Ces concessions jouaient un rôle crucial dans l’économie charbonnière du Dauphiné au XXe siècle, nécessitant une logistique complexe pour acheminer le minerai extrait des profondeurs vers les centres de tri ou les voies ferrées.
À quoi servait le « télébenne » ?
Le télébenne était un système de transport par câble aérien. Dans une topographie escarpée comme celle du Dauphiné, il permettait d’acheminer efficacement le charbon depuis les puits d’extraction (souvent situés sur des reliefs accidentés) vers les zones de traitement ou de stockage en contrebas, en évitant les contraintes liées au relief et au manque de routes carrossables pour les camions de l’époque.
Pourquoi ne reste-t-il plus aucune trace des installations aujourd’hui ?
Après la fermeture des mines, la plupart des structures métalliques (pylônes, rails, gares de départ) ont été démantelées. Le métal était une ressource précieuse, souvent récupérée pour être recyclée. Le passage du temps, la végétation et le réaménagement des terrains ont fini par effacer les dernières traces physiques, rendant ces sites méconnaissables pour les non-initiés.
Pourquoi est-il important de documenter ces lieux disparus ?
Même sans ruines visibles, ces lieux portent la mémoire des hommes qui y ont travaillé. Documenter ces sites permet de conserver une trace de l’activité industrielle qui a façonné le paysage social et géographique de la Matheysine. C’est un travail de « mémoire vive » pour les générations futures.
Comment peut-on identifier l’emplacement exact de ces anciennes installations ?
L’identification repose aujourd’hui sur le croisement de plusieurs sources : les archives des concessions minières, les anciennes cartes d’état-major, la photogrammétrie aérienne (qui permet de voir des anomalies dans le terrain) et, parfois, le recueil de témoignages d’anciens mineurs ou habitants du secteur.
Poursuivez votre exploration
Les Boines font partie de l’ensemble des mines de la Matheysine
La concession des Boines l’histoire des mines
La concession des Boines les galeries des Boines guide d’exploration et inventaire
La concession des Boines les grattages des Boines
La concession des Boines et de Serre Leycon la plateforme de lavage
Sources et sites officiels
1. Le site de référence incontournable
-
Mine Image (La Motte-d’Aveillans)
-
Pourquoi : C’est le musée de la mine de la Matheysine par excellence. Ils possèdent les collections et les archives les plus complètes sur les concessions minières du secteur.
-
2. Bases de données patrimoniales et officielles
-
POP (Plateforme Ouverte du Patrimoine) – Ministère de la Culture
-
Pourquoi : Tu peux y effectuer des recherches sur les dossiers d’inventaire du patrimoine industriel de l’Isère. C’est une source fiable pour les notices historiques sur les concessions minières.
-
-
Archives Départementales de l’Isère
-
Pourquoi : Pour les lecteurs souhaitant consulter des documents originaux, plans cadastraux ou archives administratives sur les concessions de charbon (notamment les fonds de la concession des Boines).
-
3. Patrimoine Industriel (Approche nationale)
-
CILAC (Comité d’information et de liaison pour l’archéologie, l’étude et la mise en valeur du patrimoine industriel)
-
Pourquoi : C’est l’association de référence en France pour la sauvegarde du patrimoine industriel. Elle permet de donner une dimension nationale à ton article sur les télébennes et le transport de minerai.
-
4. Contexte local et historique
-
Matheysine Tourisme (Patrimoine)
-
Pourquoi : Utile pour donner un aspect touristique aux lieux cités et montrer comment ce patrimoine minier est aujourd’hui valorisé dans les itinéraires de randonnée ou de découverte.
-
Bibliographie
-
BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières). Rapports de mise en sécurité des cavités souterraines (Inventaire des anciennes mines).
-
Note : L’article cite explicitement des rapports de 1999. Ces documents sont des sources primaires techniques incontournables pour l’existence historique de ces galeries.
-
-
Le Dauphiné Libéré (Éditions de). Mémoire de mineur : La Mure. (Collection d’archives et témoignages).
-
Note : Utile pour recouper les aspects de la vie quotidienne et les témoignages oraux (comme celui mentionné de M. Maurice Darier).
-
Voir la carte
Galerie Photos
Utilisez les touches de direction pour faire défiler les photos

Combe Névouse : Plongée dans l’histoire tragique des mines du Dauphiné
Découvrez l’histoire de la galerie niveau 15 de Combe Névouse à Saint-Arey. Un site minier marqué par des défis techniques, une eau omniprésente et la tragédie oubliée de 1971
Plongez dans les profondeurs de la galerie de Combe Névouse, un vestige poignant de l’histoire minière du Dauphiné situé à Saint-Arey. Creusé dès 1959, ce site a exigé des prouesses techniques considérables face aux inondations souterraines et aux redoutables dégagements instantanés de gaz carbonique. Cet article retrace le destin tragique de cette exploitation, tristement célèbre pour la mort de huit mineurs en 1971, avant d’être fermée définitivement en 1983. Aujourd’hui, bien que son accès souterrain soit mortel et strictement interdit, ses ruines de surface offrent aux passionnés d’archéologie industrielle un témoignage silencieux et fascinant de l’ère du charbon.
Informations pratiques
| Caractéristique | Détails |
| Nom de l’ouvrage | Galerie de Combe Névouse – Niveau 15 |
| Localisation | Saint-Arey, lieu-dit « Comba Nevouza » (Dauphiné) |
| Ressource extraite | Charbon (accès au quartier du Devay) |
| Compagnie minière | Houillères du Bassin du Dauphiné |
| Début du creusement | 1959 |
| Fin du percement | 1960 (jonction effective avec le quartier du Devay en 1961) |
| Contraintes hydrogéologiques | Traversée complexe d’un karst aquifère ayant nécessité une déviation. L’eau s’écoule encore aujourd’hui. |
| Risque minier majeur | Phénomène de « dégagements instantanés » de gaz carbonique (CO2) sous très haute pression. |
| Technique de sécurisation | Emploi de « tirs d’ébranlement » (trous de forages de 20 mètres équipés de petites charges explosives pour fracturer la roche et purger le gaz préventivement). |
| Bilan humain (Tragédies) | 1968 : 1 mort 1971 : 8 morts |
| Fermeture définitive | 23 août 1983, consécutivement à un troisième dégagement instantané de CO2. |
| Vestiges archéologiques (Surface) | • Conduit en béton canalisant l’eau du karst • Tracé au sol de la voie étroite pour les berlines • Ruines du bâtiment du « basculeur » • Le « razzier » (terril de stériles partiellement végétalisé avec des pins) |
| État de conservation et Sécurité | Entrée obturée. Danger de mort : accès souterrain strictement interdit en raison de l’accumulation persistante de CO2 (asphyxie foudroyante). |
Un vestige silencieux à Saint-Arey
Perdue dans le paysage montagneux de Saint-Arey, au lieu-dit « Comba Nevouza », l’entrée de la galerie de Combe Névouse (niveau 15) semble aujourd’hui endormie. Pourtant, ce site offre un témoignage saisissant de l’activité minière du XXe siècle, mêlant prouesses techniques et drames humains. Si l’entrée est aujourd’hui obturée, les vestiges alentour racontent encore l’histoire du charbon dans le Dauphiné.

Avant : Le vallon de Combe Nevouse (La Mure, Isère) en 1960, avant l’ouverture du niveau 15. Les installations visibles sont dédiées au stockage et à l’évacuation des stériles de creusement.
Apres : Le site de Combe Nevouse (La Mure, Isère) en 1969. Mise en service de la galerie du niveau 15 et extension du terril. Au premier plan, le dispositif de déchargement des wagons par le bâtiment du basculeur.
1959 : Le combat contre l’eau et la roche
L’histoire commence véritablement en 1959, date du début du creusement de cette galerie stratégique. Les mineurs, dans leur progression vers les profondeurs, se heurtent rapidement à un obstacle naturel majeur : un karst rempli d’eau.
Cette poche d’eau souterraine a forcé les ingénieurs à dévier le tracé initial de la galerie. Aujourd’hui encore, cet événement géologique est visible : un écoulement d’eau permanent s’échappe du site, souvenir liquide de ce percement laborieux achevé en 1960 pour rejoindre le quartier du Devay en 1961.

Ouvrages de surface de la Combe Nevouse (La Mure, Isère) en 2010. À gauche, l’orifice de la galerie du niveau 15 ; à droite, le passage rectangulaire maçonné pour l’écoulement du ruisseau de la Combe.
Le danger invisible : Le CO2 et les « dégagements instantanés »
L’ennemi principal à Combe Névouse n’était pas seulement la roche, mais le gaz. Tout au long de son exploitation, la galerie a été le siège d’écoulements constants de gaz carbonique (CO2).
L’exploitation du quartier du Devay était particulièrement redoutée à cause du phénomène des dégagements instantanés. Contrairement au coup de grisou qui nécessite une étincelle, le dégagement instantané est une libération brutale et massive de gaz emprisonné sous pression. Le souffle est si puissant qu’il peut projeter des tonnes de roches et de matériel, balayant tout sur son passage.
Pour tenter de sécuriser la zone, les Houillères du Bassin du Dauphiné utilisaient la technique des « tirs d’ébranlement ».
-
La méthode : On forait des trous de 20 mètres pour y placer de petites charges explosives.
-
L’objectif : Fracturer la roche préventivement pour laisser le gaz s’échapper et faire tomber la pression avant d’envoyer les hommes extraire le charbon.

Émergence de l’exhaure de la galerie de Combe Nevouse (La Mure, Isère) en 2010. Point de rejet des eaux de mine et zone de risque liée aux émanations potentielles de gaz carbonique (CO2).
La tragédie de 1971 et la fin de l’exploitation
Malgré ces précautions techniques avancées, la nature est restée imprévisible. La galerie de Combe Névouse est tristement célèbre pour ses accidents mortels liés au gaz :
-
1968 : Un premier accident coûte la vie à un mineur.[
-
1971 : Une catastrophe majeure se produit, causant la mort de huit mineurs.
-
1983 : Le 23 août, un troisième dégagement instantané scelle le destin du site, entraînant sa fermeture définitive.

Vestiges de l’installation du culbuteur, galerie de Combe Nevouse (cliché de 2010).
1. Les conditions de travail : La lutte contre la pente et la poussière
Travailler à La Mure ne ressemblait pas au travail dans les mines du Nord (le Pas-de-Calais). La géologie alpine imposait des contraintes extrêmes.
-
L’exploitation en « dressants » : Contrairement aux veines plates du Nord, les couches d’anthracite en Matheysine étaient souvent très inclinées, voire verticales. Les mineurs travaillaient dans des positions acrobatiques, souvent sur des planchers boisés suspendus au-dessus du vide.
-
La dureté de l’anthracite : L’anthracite de La Mure est l’un des meilleurs charbons au monde (pur à plus de 90%), mais il est extrêmement dur. Avant la mécanisation massive des années 50-60, l’abattage au marteau-piqueur était épuisant.
-
La Silicose : l’ennemi invisible. Si le bassin de La Mure était peu sujet au grisou (gaz explosif), il était extrêmement poussiéreux. L’anthracite dégageait une poussière fine et abrasive. Malgré l’arrosage des tailles, la silicose a décimé des générations de mineurs, bien plus sûrement que les éboulements.
-
L’évolution technique : Sous l’ère des HBD, on passe de la force humaine et animale (les chevaux sont restés au fond jusqu’en 1952) à une mécanisation poussée avec les convoyeurs blindés et les soutènements marchants.
2. La vie sociale : Un paternalisme d’État
Après 1946, les HBD héritent du système paternaliste des anciennes compagnies privées, mais l’adaptent avec le Statut du Mineur.
-
Le logement en cités : La vie du mineur est indissociable de sa cité. À La Mure, les cités comme celle des Trois-Mâts ou du Périer structurent l’espace urbain. Les HBD fournissaient le logement et le chauffage (le fameux « charbon de dotation »).
-
La diversité communautaire : Le bassin était un véritable laboratoire d’intégration. Aux locaux (paysans-mineurs) se sont ajoutés des vagues successives d’immigrés : Italiens et Polonais dans l’entre-deux-guerres, puis Maghrébins (notamment des Marocains du Souss) dans les années 50 et 60. Cette mixité a forgé une identité matheysine forte, basée sur la solidarité du fond.
-
Les avantages sociaux : Être mineur aux HBD, c’était bénéficier d’une protection sociale d’avant-garde : accès gratuit aux soins (la « Société de Secours »), colonies de vacances pour les enfants, et une retraite anticipée à 50 ou 55 ans.
3. Culture et traditions : Entre ferveur et lutte
-
La Sainte-Barbe (4 décembre) : C’est le moment sacré. Même après la nationalisation, la fête de la patronne des mineurs restait le pilier de l’année, mêlant défilés, banquets et médailles du travail. C’était le jour où la hiérarchie et les ouvriers se retrouvaient autour d’une table.
-
Le syndicalisme et la fierté : Le bassin de La Mure était un bastion de la CGT. La conscience de classe était exacerbée par la dangerosité du métier. Les grandes grèves (notamment celle de 1963) ont soudé la communauté contre les premières menaces de fermeture.
-
Le sport et la musique : Les HBD subventionnaient de nombreuses associations. L’harmonie des mineurs et les clubs de football ou de rugby étaient les vecteurs essentiels de la cohésion sociale hors de la mine.
4. La fin d’un monde : Le traumatisme de la fermeture
La vie sociale des HBD a été marquée, à partir des années 70, par l’angoisse de la fin. Le « plan de licenciement » est devenu un mot quotidien.
-
La reconversion : Contrairement à d’autres bassins, la Matheysine est restée enclavée. La fermeture du Villaret en 1997 a été vécue comme un deuil collectif.
-
L’héritage : Aujourd’hui, cette vie sociale survit à travers l’association des anciens mineurs et le musée de La Mine Image à La Motte-d’Aveillans, qui est le gardien de cette mémoire technique et humaine.
En résumé : La vie du mineur des HBD était une vie de contrastes : une noirceur et une pénibilité extrêmes au fond, compensées par une vie sociale intense, protectrice et solidaire en surface. C’était un « État dans l’État ».
Que reste-t-il à voir aujourd’hui ?
Pour le promeneur ou l’amateur d’histoire industrielle, le site offre encore des indices visibles de son passé laborieux :
-
L’eau : Canalisée aujourd’hui dans un conduit en béton pour stabiliser le terrain, elle continue de couler depuis le karst percé il y a 60 ans.
-
Les rails : On devine au sol le tracé de la voie étroite où circulaient les berlines. Ces wagonnets servaient à évacuer les stériles (déchets de roche) vers le « razzier » (la zone de déversement).
-
Le basculeur : Les ruines d’un petit bâtiment subsistent. C’est ici que les berlines étaient basculées pour vider leur contenu dans des camions-bennes en contrebas.
-
Le razzier : Cette colline artificielle de déchets miniers a fait l’objet d’une tentative de revégétalisation. Des bénévoles y ont planté des pins, mais la toxicité ou la pauvreté du sol en a eu raison : la plupart sont morts, laissant un paysage singulier où seuls quelques arbres ont survécu.

Le terril de Combe Nevouse (La Mure, Isère) en 2010. Détail du canal d’évacuation des eaux d’exhaure et colonisation végétale pionnière sur le schiste.

Avant : Vue opérationnelle de la zone de Combe Nevouse (La Mure, Isère) en 1970. Le complexe du niveau 15 des Houillères du Bassin Dauphinois (HBD) assure alors l’extension du terril de stériles par le biais d’une rupture de charge ferroviaire et routière.
Apres : La zone de Combe Nevouse (La Mure, Isère) en 2018. État du site après la fermeture du niveau 15 en 1997 et le démantèlement complet des installations de surface. On observe le razzier (terril) dans sa configuration définitive.
DANGER DE MORT : ACCÈS STRICTEMENT INTERDIT
Ne tentez jamais de pénétrer dans cette galerie. Au-delà des risques d’éboulement et du respect de la propriété privée, ce site présente une menace invisible et létale : un dégagement continu de gaz carbonique (CO2).
Ce gaz inodore s’accumule dans les parties basses et peut provoquer une asphyxie foudroyante sans signe avant-coureur. L’observation du site doit impérativement se limiter à l’extérieur.
J’ai moi même failli perdre la vie en tentant de pénétré dans la galerie.
Foire Aux Questions la galerie de CombeNevouse
1. Qu’est-ce que le site de Combe Névouse dans le bassin de la Matheysine ?
Combe Névouse est un site stratégique situé sur la commune de Susville (ou secteur de La Mure). Le Niveau 15 correspond à une galerie technique et d’extraction majeure située à une altitude d’environ 900-950 mètres. C’est un point de convergence essentiel pour le réseau souterrain des mines de la Matheysine.
2. Quel type de minerai était extrait par les HBD à cet endroit ?
On y extrayait l’anthracite, un charbon de très haute qualité, caractérisé par une teneur en carbone très élevée (plus de 90 %) et un faible taux de matières volatiles. L’anthracite de la Mure était réputé pour être l’un des meilleurs au monde, utilisé tant pour le chauffage domestique que pour l’industrie.
3. Quel était le rôle spécifique du Niveau 15 ?
Le Niveau 15 servait de galerie de roulage principale et de niveau d’exhaure (évacuation des eaux). Il permettait de relier différents secteurs d’abattage aux puits d’extraction ou aux descenderies. Dans la structure complexe du bassin, ce niveau facilitait le transit du charbon vers le centre de tri et de lavage du Villaret.
4. Qui étaient l’exploitant du site ?
Le site a été exploité par les HBD (Houillères du Bassin du Dauphiné), l’une des divisions des Charbonnages de France lors de la nationalisation.
5. Quelles sont les techniques de soutènement visibles au Niveau 15 ?
Contrairement aux mines métalliques, les mines de charbon de la Matheysine utilisaient massivement :
-
Des cintres métalliques (souvent de type Toussaint-Heintzmann) pour résister à la forte pression des terrains houillers.
-
Des éléments de boisage en sapin ou mélèze (utilisés pour le coffrage ou comme témoins de pression).
-
On y observe également des zones de travers-bancs creusées directement dans le rocher (le « stérile »).
6. Comment le charbon était-il transporté dans cette galerie ?
Le Niveau 15 était équipé de voies ferrées étroites. Le roulage y était intensif, assuré par des locotracteurs électriques (souvent alimentés par caténaires ou trolley) ou des locotracteurs diesel, tractant des rames de berlines à forte capacité.
7. Pourquoi le site présente-t-il des formations géologiques spectaculaires ?
En raison de l’arrêt des pompages et de la forte minéralisation, le Niveau 15 est le siège de phénomènes de concrétionnement rapide. L’eau chargée en fer et en carbonate crée des stalactites de limonite (« fleurs de fer ») et des dépôts de boues d’ocre (gley) qui recouvrent le sol sur plusieurs dizaines de centimètres.
8. Pourquoi trouve-t-on des concrétions ferrugineuses dans une mine de charbon ?
Bien que l’on extraie du charbon, les eaux d’infiltration traversent des couches riches en sulfures de fer (pyrite, marcassite) présentes dans les bancs de schistes permiens et carbonifères. En s’oxydant au contact de l’air des galeries, ces minéraux créent des dépôts d’ocre et des stalactites de limonite, donnant parfois un aspect « mine de fer » aux galeries abandonnées.
9. Quel est l’état actuel du patrimoine au Niveau 15 ?
Le site témoigne de la fin de l’épopée minière (fermeture définitive du bassin en 1997). On y trouve des vestiges de l’électrification (isolateurs, câbles), des conduites d’air comprimé pour les marteaux-piqueurs et les perforatrices, ainsi que les infrastructures de gestion des eaux qui continuent de drainer le massif.
10. Quelle est l’importance historique de ce niveau pour la Matheysine ?
Le Niveau 15 est un maillon de la « colonne vertébrale » souterraine qui a permis la survie économique du plateau pendant plus d’un siècle. Il illustre le passage de l’extraction artisanale à une industrialisation massive et mécanisée sous l’égide des HBD, marquant l’identité sociale et technique de toute une région.
Poursuivez votre exploration
« Retrouvez la galerie d’exploitation du niveau 20»
« Retrouvez la galerie d’exploitation du niveau 21»
« .Suivez nous sur l’histoire des Houilleres du Bassin Dauphinois HBD »
Sources et sites officiels
1. Sources d’Autorité & Archives (Crédibilité Historique)
-
L’Inventaire Général du Patrimoine Culturel (Région AURA) : Pour une description technique et architecturale des vestiges industriels.
-
Lien : patrimoine.auvergnerhonealpes.fr (Cherchez « Saint-Arey » dans leur base de données).
-
-
Les Archives Départementales de l’Isère : Indispensable pour ceux qui veulent consulter les registres de concessions minières.
-
Lien : archives.isere.fr
-
-
Le Système d’Information Géologique (SIGES) – BRGM : Pour les données techniques sur le sous-sol et les anciennes concessions d’anthracite.
-
Lien : sigessn.brgm.fr
-
2. Musées et Réseaux Thématiques (Contexte Régional)
La mine de Combe Névouse fait partie intégrante du bassin minier de la Matheysine.
-
Musée La Mine Image (La Motte-d’Aveillans) : C’est le site de référence pour comprendre le travail des mineurs dans le bassin de La Mure.
-
Lien : mine-image.com
-
3. Cartographie Historique (Expérience Utilisateur)
Rien n’est plus parlant que de comparer le site actuel avec les relevés anciens.
-
Géoportail – Cartes de l’État-Major : Pour visualiser l’emprise de la mine et des voies ferrées (chemin de fer de la Mure) au XIXe siècle.
-
Lien : geoportail.gouv.fr (Activez la couche « Cartes de l’état-major 1820-1866 »).
-
-
Remonter le Temps (IGN) : Pour comparer des photos aériennes de l’époque de l’exploitation avec aujourd’hui.
-
Lien : remonterletemps.ign.fr
-
4. Liens Locaux et Territoriaux
Pour ancrer votre article dans son territoire actuel.
-
Mairie de Saint-Arey : Pour les informations pratiques et le contexte communal.
-
Lien : saint-arey.fr
-
-
Office de Tourisme Matheysine Tourisme : Pour lier le patrimoine minier aux sentiers de randonnée actuels (comme le sentier qui mène au pont de Cognet).
-
Lien : matheysine-tourisme.com
-
Bibliographie
-
1. Le Lien avec le Transport (Essentiel pour Combe Névouse)
La mine de Combe Névouse était intrinsèquement liée au transport de l’anthracite. Ce livre décrit l’infrastructure ferroviaire qui passait à proximité.
-
Titre : Le Chemin de Fer de La Mure
-
Auteur : Patrice Bouillin
-
Éditeur : Presses et Editions Ferroviaires
-
ISBN : 978-2905447111
-
Pourquoi ce choix : Saint-Arey et ses infrastructures minières sont indissociables de l’histoire du SGLM (Saint-Georges-de-Commiers – La Mure).
-
Voir la carte
Galerie Photos
Utilisez les touches de direction pour faire défiler les photos

La Galerie Niveau 20 de Saint-Arey : Le Dernier Souffle des Mines de La Mure
Si vous vous promenez aujourd’hui dans les gorges du Drac, près de Saint-Arey, le silence règne. Pourtant, sous vos pieds et derrière la végétation, se cache l’un des ouvrages les plus importants et les plus récents de l’histoire des Houillères du Dauphiné : la Galerie du Niveau 20.
Cet article vous plonge dans l’histoire de ce tunnel titanesque de 6 kilomètres, véritable colonne vertébrale de l’exploitation charbonnière de La Mure à la fin du XXe siècle.
Découvrez l’histoire et la structure de la Galerie Saint-Arey (Niveau 20), pièce maîtresse du système d’exploitation des mines de Susville. Des méthodes de percement à la géologie du gisement d’anthracite, nous analysons l’importance stratégique de cette galerie dans le développement industriel du Dauphiné. Une immersion technique et historique indispensable pour comprendre l’héritage minier de la région.
Informations pratiques
| Caractéristique | Détails Techniques et Historiques |
| Nom de l’ouvrage | Galerie Saint-Arey (Niveau 20) |
| Site Minier | Mine de Susville |
| Bassin Houiller | Bassin de la Matheysine (Dauphiné) |
| Localisation | Saint Arey, Isère (38), France |
| Substance exploitée | Anthracite (charbon de haute qualité, faible teneur en matières volatiles) |
| Altitude / Niveau | Niveau 20 (Référence altimétrique spécifique au réseau du Peychagnard) |
| Période d’activité | 1975-1997 |
| Type d’ouvrage | Galerie de desserte (Travers-bancs) |
| Mode de percement | Machines de percement et explosif |
| Soutènement | Soutènement en cintres métalliques |
| Géologie du terrain | Terrains carbonifères du dôme de la Mure (grès, schistes et couches d’anthracite) |
| Fonction principale | Accès aux chantiers d’abattage et roulage du minerai vers les puits ou le plan Richard |
| Infrastructure associée | Camions type dumper articulés |
| Statut actuel | Site patrimonial / Vestiges historiques (accessibilité restreinte/sécurisée) |
1. Un ouvrage titanesque au cœur de la montagne
La Galerie du Niveau 20, située au lieu-dit La Baume, n’était pas une simple galerie de mine. C’était une artère vitale creusée pour moderniser et prolonger l’activité du bassin minier.
Construction et dimensions
Le percement débute en 1975 et s’achève en 1987, réalisé par les sociétés EGCEC et FORCAL.[1] C’est un chantier de longue haleine qui aboutira à des dimensions impressionnantes :
-
Longueur initiale : 4 200 mètres.
-
Extension en 1987 : La galerie atteint 6 000 mètres pour opérer la jonction avec la concession du Peychagnard (via la descenderie des Éperons).
-
Section : Une entrée massive d’environ 5 mètres de large sur 2,50 mètres de haut.
Un point de jonction stratégique
Dès 1979, la galerie est connectée au quartier des Chuzins. Elle devient alors le nœud central du réseau souterrain, reliant :
-
La Galerie de Gaillaure.
-
Le Puits des Rioux (situé sur Prunières).
-
Le Puits du Villaret (à Susville).
2. Le creusement des travers-bancs
Un travers-banc est une galerie horizontale tracée dans le rocher (le « stérile ») perpendiculairement aux couches de charbon pour les rejoindre depuis les puits ou les galeries principales. Dans les années 70 à La Mure, le creusement était devenu très mécanisé. On utilisait :
-
Des jumbos de perforation (engins avec des bras articulés portant des perforateurs hydrauliques ou pneumatiques) pour forer les trous de mine.
-
L’explosif pour l’abattage du rocher.
-
Des chargeuses performantes pour évacuer les déblais.
3. L’étayage par cintres métalliques
À cette époque, le boisage traditionnel (étançons en sapin ou chêne) était largement remplacé dans les galeries principales par le soutènement métallique, plus résistant à la pression énorme des massifs de montagne (très forte à La Mure en raison de la tectonique alpine).
-
Types de cintres : On utilisait souvent des cintres coulissants (type TH – Toussaint-Heintzmann). Ces arcs d’acier sont composés de plusieurs segments qui s’emboîtent. Sous la pression du terrain, ils peuvent « glisser » légèrement tout en maintenant leur portance, ce qui évite qu’ils ne se tordent ou ne cassent brutalement.
-
Garnissage : Entre les cintres et la paroi, on plaçait des éléments de garnissage (grillages métalliques, plaques de béton ou de bois) pour empêcher les chutes de petits blocs.
4. La circulation des camions (Le « Trackless Mining »)
C’est l’un des changements les plus radicaux des années 70 à La Mure. On est passé du transport par rails (berlines tractées par des locotracteurs) au transport sur pneus, dit « trackless » (sans rails).
-
Pourquoi des camions ? Pour plus de souplesse et de rapidité. Les camions (souvent des dumpers articulés spécifiquement conçus pour la mine, comme les marques Joy ou Eimco) pouvaient circuler directement du front de taille jusqu’aux points de déchargement sans les contraintes de pose de voies ferrées.
-
Aménagement des galeries : Pour permettre la circulation de ces engins (souvent imposants), les galeries principales et les travers-bancs devaient être creusés avec des sections beaucoup plus larges qu’autrefois (parfois 15 à 20 m² de section).
-
L’exemple du Villaret : Le puits du Villaret (mis en service dans les années 40 mais modernisé par la suite) et les grandes galeries de liaison vers les nouveaux quartiers d’exploitation étaient le théâtre de ce va-et-vient de véhicules diesel équipés de filtres spéciaux pour l’échappement.
Le contexte de l’époque
En 1975, les mines de La Mure sont dans une phase de rationalisation. L’anthracite de La Mure est le meilleur du monde (très pur, brûlant sans fumée), mais l’extraction est difficile à cause de la géologie tourmentée des Alpes. La mécanisation à outrance (cintres lourds, engins sur pneus) était la seule solution pour maintenir la production face à la concurrence des charbons d’importation, avant la fermeture définitive du bassin en 1997.

Vue de l’entrée condamnée de la galerie de La Baume, témoignant des travaux de mise en sécurité du site. L’ouvrage est scellé par un murage en maçonnerie, complété par une cheminée d’évent spécifique. Ce dispositif permet l’évacuation contrôlée du dioxyde de carbone (CO₂) d’origine naturelle ou résiduelle, évitant ainsi toute mise en pression de la galerie et garantissant la sécurité des riverains.
5. À quoi servait la Galerie du Niveau 20 ?
Contrairement aux idées reçues, toutes les galeries ne servent pas uniquement à extraire du charbon. Le « Niveau 20 » avait trois fonctions critiques pour la survie de la mine et des mineurs :
-
La logistique (Transport) : C’était l’autoroute du sous-sol. La quasi-totalité du matériel lourd passait par ici pour rejoindre les chantiers d’abattage (sauf le matériel du niveau 17 qui passait par le Villaret). Elle a aussi servi à évacuer les stériles (roches sans charbon) des Chuzins jusqu’en 1989.
-
L’aérage (Ventilation) : Une mine doit respirer. Cette galerie permettait d’apporter de l’air frais et d’évacuer l’air vicié.
-
L’exhaure (Drainage) : Située à un point bas, elle collectait les eaux d’infiltration de la mine, mais aussi un ennemi invisible : le gaz carbonique (CO2).
Il existait une galerie encore plus profonde, dite « Galerie du Drac », située sous le niveau 20, exclusivement dédiée à l’évacuation des eaux.
Le secteur de Saint-Arey / La Baume / Combe Nevouse représente l’une des zones les plus complexes et les plus dangereuses de l’histoire des mines de La Mure, particulièrement durant la période de modernisation des années 70.
L’accident le plus marquant et le plus tragique lié à ces lieux (et plus précisément à la zone de Combe Nevouse) est celui du 19 janvier 1971, mais la configuration technique que vous décrivez (camions et cintres métalliques) a également généré d’autres types d’incidents moins connus mais révélateurs des risques de l’époque.
Voici les éléments contextuels sur les accidents dans ces galeries :
6. La tragédie de Combe Nevouse (19 janvier 1971)
Bien que légèrement avant 1975, cet accident a hanté la mémoire des mineurs de la « fin de la mine ».
-
La cause : Un Dégagement Instantané (DI) massif de dioxyde de carbone (acide carbonique). À La Mure, le danger n’était pas seulement le grisou (méthane), mais surtout ces poches de gaz carbonique sous pression dans le gisement d’anthracite.
-
Le bilan : 6 morts.
-
Le mécanisme : Lors de l’avancement d’une galerie, la paroi a littéralement explosé sous la pression du gaz, projetant des centaines de tonnes de charbon pulvérulent et asphyxiant instantanément les mineurs. Cet accident a montré que malgré le soutènement lourd (cintres métalliques), la pression gazeuse restait imprévisible.
7. Les risques liés à la circulation des camions (Années 75)
Comme vous l’avez souligné, l’introduction du transport « trackless » (sans rails) par camions dans les travers-bancs de liaison entre La Baume et Saint-Arey a changé la nature des accidents :
-
Les incendies et fumées : La présence de gros moteurs diesel et de réservoirs de carburant dans des galeries parfois confinées augmentait le risque d’incendie. Un feu de pneu ou de moteur de dumper sous terre était une catastrophe en raison de l’opacité des fumées.
-
Les accidents de circulation : Le passage de camions imposants dans des galeries où circulaient aussi des hommes à pied a provoqué des accidents de collision ou d’écrasement. La visibilité était souvent réduite par la poussière soulevée par les pneus.
-
Le problème du freinage : Les galeries de La Mure n’étaient pas toujours parfaitement horizontales. Des défaillances de freinage sur des engins chargés dans les rampes ont causé plusieurs frayeurs et incidents matériels sérieux dans le secteur de la Baume.
8. La pression des terrains et le soutènement métallique
Dans les secteurs profonds comme ceux de Combe Nevouse, la montagne « bougeait » énormément.
-
Le flambage des cintres : Même les cintres métalliques les plus lourds (type TH) finissaient par se tordre sous la pression de la roche. Il n’était pas rare que des galeries dimensionnées pour les camions se rétrécissent en quelques mois, obligeant à des travaux de « recoupement » (élargissement) très dangereux.
-
Les chutes de blocs : Le creusement des travers-bancs de grande section (pour laisser passer les camions) créait de grandes surfaces de toit à nu avant la pose des cintres. C’était le moment le plus critique pour les mineurs, exposés aux « coups de toit ».
Pourquoi ce secteur était-il si spécifique ?
La liaison La Baume – Saint-Arey était stratégique car elle permettait de relier les nouveaux quartiers d’extraction au Puits du Villaret (lavoir). Le charbon de Combe Nevouse était d’une qualité exceptionnelle (anthracite pur), mais le gisement était très tourmenté par la tectonique alpine.
Accident précis impliquant un camion en 1974 ou 1975 :
Il y a eu de nombreux incidents de « dérapage » ou de sorties de piste de dumpers dans les galeries de liaison à cette époque, souvent dus à l’état du sol (mélange de poussière de charbon et d’eau rendant la piste glissante). Ces accidents ont conduit à renforcer la sécurité sur la signalisation et l’éclairage des grandes galeries de roulage.

Avant
État des lieux du vallon de La Baume avant l’aménagement du carreau. Cliché de prospection daté de 1969, illustrant la topographie originelle du site avant le début des travaux de terrassement et l’implantation des premières infrastructures d’extraction.
Apres
Vue panoramique du carreau de la mine de La Baume (Isere), 1978. État des installations de surface et des infrastructures de chantier durant la phase d’activité contemporaine. Archives historiques de l’exploitation minière.
6. Les dangers de La Baume : Gaz et Tragédie
L’histoire minière est indissociable du risque. Le site de Saint-Arey garde la mémoire de ces dangers.
Le piège du CO2
La galerie servait d’exhaure pour le gaz carbonique, un gaz lourd qui « coule » comme de l’eau. Une cheminée (encore visible aujourd’hui) était destinée à disperser ce gaz dans l’atmosphère. Avant sa construction, le canal d’exhaure était un véritable piège mortel pour la faune locale : on y retrouvait souvent de petits mammifères et oiseaux, asphyxiés par le gaz stagnant au ras du sol.
Le souvenir de 1975
Le percement de cette galerie a été endeuillé dès son commencement. En 1975, un accident tragique a coûté la vie à des mineurs. Une stèle commémorative rappelle aujourd’hui leur sacrifice.
« Lors de la redécouverte des vestiges de cette galerie, l’étroitesse de l’entrée ne laissait qu’une seule voie d’accès : un caniveau d’exhaure partiellement dégagé. Pensant pouvoir franchir l’obstruction, j’ai tenté de m’y introduire en rampant au ras du sol. C’est alors que j’ai perçu, à quelques centimètres de mon visage, des cadavres d’oiseaux — signe fatal et pourtant trop tardivement compris de la présence de gaz délétères.
Avant même de pouvoir reculer, j’ai perdu connaissance, piégé par une poche de gaz stagnante. Je ne dois mon salut qu’à la réactivité de mon collègue qui, me voyant sombrer, m’a tiré par les pieds hors du caniveau vers l’air libre. Cet incident rappelle brutalement la dangerosité des exploitations abandonnées. Bien que j’aie toujours pratiqué le test du briquet tempête pour vérifier la présence d’oxygène au sol, cet épisode démontre que dans l’atmosphère confinée d’une mine, la frontière entre l’observation scientifique et l’accident mortel est infime. »
C’est une observation tout à fait exacte et tragiquement confirmée par les médecins du travail et les historiens des mines. Les « traceurs » (ceux qui creusaient les travers-bancs dans le rocher) étaient effectivement beaucoup plus exposés à une forme foudroyante de silicose que les « abatteurs » (ceux qui extrayaient le charbon).
Voici pourquoi cette différence était si marquée, particulièrement dans les années 70 à La Mure :
7. La nature de la poussière : Silice vs Carbone
C’est le facteur principal.
-
À l’abattage : Le mineur travaille dans le charbon (l’anthracite). La poussière est composée essentiellement de carbone. Elle provoque la pneumoconiose (ou anthracose), une maladie grave, mais qui met souvent plus de temps à devenir invalidante.
-
Dans les travers-bancs : Pour rejoindre les couches de charbon, on doit traverser des couches de rocher stérile (grès, schistes quartzites). Ce rocher contient une très forte proportion de silice cristalline (quartz). La silice est extrêmement « agressive » pour les alvéoles pulmonaires : elle crée des cicatrices (fibroses) qui détruisent le poumon beaucoup plus vite que la poussière de charbon.
8. La mécanisation des années 70 : le « progrès » dangereux
Comme vous l’avez mentionné, dans les années 75, on utilisait des machines puissantes pour creuser les travers-bancs (jumbos de perforation, chargeuses, camions).
-
La perforation : Les marteaux-perforateurs pneumatiques ou hydrauliques tournaient à très haute vitesse pour forer les trous de mine dans le rocher dur. Cette vitesse de rotation broyait la roche en une poussière impalpable, la « fleur de silice », presque invisible à l’œil nu mais mortelle car elle pénètre au plus profond des poumons.
-
L’insuffisance de l’arrosage : Bien que l’injection d’eau dans les fleurets (mèches) soit devenue obligatoire, elle n’était pas toujours suffisante ou pratiquée rigoureusement pour ne pas « noyer » le chantier ou gêner la progression des camions sur le sol.
9. Le confinement des travers-bancs
Les travers-bancs sont des galeries « en cul-de-sac » pendant toute la durée de leur creusement.
-
Contrairement aux tailles (zones d’abattage) où un courant d’air traverse le chantier, le front d’avancement d’un travers-banc est ventilé par des « canars » (tuyaux de ventilation).
-
La ventilation y était souvent moins efficace, laissant stagner un nuage de poussière de roche très concentré, aggravé par les gaz d’échappement des camions et des engins diesel qui remuaient la poussière déposée au sol.
10. Le paradoxe du « mineur de rocher »
Les traceurs de travers-bancs étaient souvent considérés comme l’élite des mineurs. C’était un travail de haute technicité, exigeant une grande force physique et payé par des primes d’avancement importantes.
-
Parce qu’ils étaient robustes, ces mineurs inhalaient de plus grands volumes d’air lors de l’effort, et donc plus de poussière.
-
On a vu des cas de silicose aiguë (parfois appelée « silicose galopante ») chez des jeunes mineurs ayant passé seulement quelques années au rocher, alors que des mineurs de charbon pouvaient tenir 20 ans avant d’être « essoufflés ».
Le bilan à La Mure
À La Mure, la dureté exceptionnelle du rocher alpin rendait le creusement des galeries de liaison (comme celles de Saint-Arey ou de la Baume) particulièrement redoutable. Les années 70, malgré le confort relatif apporté par les cintres métalliques (qui sécurisaient contre les éboulements) et les camions (qui évitaient de pousser des berlines), ont été des années où la poussière de silice est devenue plus fine et plus abondante à cause de la puissance des outils.
C’est pour cette raison que de nombreux anciens mineurs de La Mure, qui travaillaient au « rocher », ont été touchés par des taux d’invalidité très élevés peu de temps après leur départ de la mine.
1. Les conditions de travail : La lutte contre la pente et la poussière
Travailler à La Mure ne ressemblait pas au travail dans les mines du Nord (le Pas-de-Calais). La géologie alpine imposait des contraintes extrêmes.
-
L’exploitation en « dressants » : Contrairement aux veines plates du Nord, les couches d’anthracite en Matheysine étaient souvent très inclinées, voire verticales. Les mineurs travaillaient dans des positions acrobatiques, souvent sur des planchers boisés suspendus au-dessus du vide.
-
La dureté de l’anthracite : L’anthracite de La Mure est l’un des meilleurs charbons au monde (pur à plus de 90%), mais il est extrêmement dur. Avant la mécanisation massive des années 50-60, l’abattage au marteau-piqueur était épuisant.
-
La Silicose : l’ennemi invisible. Si le bassin de La Mure était peu sujet au grisou (gaz explosif), il était extrêmement poussiéreux. L’anthracite dégageait une poussière fine et abrasive. Malgré l’arrosage des tailles, la silicose a décimé des générations de mineurs, bien plus sûrement que les éboulements.
-
L’évolution technique : Sous l’ère des HBD, on passe de la force humaine et animale (les chevaux sont restés au fond jusqu’en 1952) à une mécanisation poussée avec les convoyeurs blindés et les soutènements marchants.
2. La vie sociale : Un paternalisme d’État
Après 1946, les HBD héritent du système paternaliste des anciennes compagnies privées, mais l’adaptent avec le Statut du Mineur.
-
Le logement en cités : La vie du mineur est indissociable de sa cité. À La Mure, les cités comme celle des Trois-Mâts ou du Périer structurent l’espace urbain. Les HBD fournissaient le logement et le chauffage (le fameux « charbon de dotation »).
-
La diversité communautaire : Le bassin était un véritable laboratoire d’intégration. Aux locaux (paysans-mineurs) se sont ajoutés des vagues successives d’immigrés : Italiens et Polonais dans l’entre-deux-guerres, puis Maghrébins (notamment des Marocains du Souss) dans les années 50 et 60. Cette mixité a forgé une identité matheysine forte, basée sur la solidarité du fond.
-
Les avantages sociaux : Être mineur aux HBD, c’était bénéficier d’une protection sociale d’avant-garde : accès gratuit aux soins (la « Société de Secours »), colonies de vacances pour les enfants, et une retraite anticipée à 50 ou 55 ans.
3. Culture et traditions : Entre ferveur et lutte
-
La Sainte-Barbe (4 décembre) : C’est le moment sacré. Même après la nationalisation, la fête de la patronne des mineurs restait le pilier de l’année, mêlant défilés, banquets et médailles du travail. C’était le jour où la hiérarchie et les ouvriers se retrouvaient autour d’une table.
-
Le syndicalisme et la fierté : Le bassin de La Mure était un bastion de la CGT. La conscience de classe était exacerbée par la dangerosité du métier. Les grandes grèves (notamment celle de 1963) ont soudé la communauté contre les premières menaces de fermeture.
-
Le sport et la musique : Les HBD subventionnaient de nombreuses associations. L’harmonie des mineurs et les clubs de football ou de rugby étaient les vecteurs essentiels de la cohésion sociale hors de la mine.
4. La fin d’un monde : Le traumatisme de la fermeture
La vie sociale des HBD a été marquée, à partir des années 70, par l’angoisse de la fin. Le « plan de licenciement » est devenu un mot quotidien.
-
La reconversion : Contrairement à d’autres bassins, la Matheysine est restée enclavée. La fermeture du Villaret en 1997 a été vécue comme un deuil collectif.
-
L’héritage : Aujourd’hui, cette vie sociale survit à travers l’association des anciens mineurs et le musée de La Mine Image à La Motte-d’Aveillans, qui est le gardien de cette mémoire technique et humaine.
En résumé : La vie du mineur des HBD était une vie de contrastes : une noirceur et une pénibilité extrêmes au fond, compensées par une vie sociale intense, protectrice et solidaire en surface. C’était un « État dans l’État ».
11. Que reste-t-il à voir aujourd’hui ?
Pour l’amateur d’exploration (urbex) ou le randonneur curieux, le site a radicalement changé. Situé dans la gorge du Drac, la nature reprend ses droits.
-
Installations rasées : Tous les bâtiments techniques ont été détruits après l’arrêt de l’exploitation.
-
L’entrée murée : L’entrée de la galerie est toujours là, mais elle est obturée (murée) pour des raisons de sécurité évidentes.
-
Vestiges visibles : On peut encore apercevoir la cheminée d’aération (la tour en béton) et le tracé du caniveau d’exhaure.
-
Le Razzier : Un immense éboulis (razzier) surplombe la zone d’accès, témoin de la géologie tourmentée du lieu.

Vue frontale de l’entrée condamnée de la galerie de La Baume (2015). Ce vestige de l’exploitation minière illustre la phase de mise en sécurité du site, avec sa cheminée d’aérage spécifique pour l’évacuation du dioxyde de carbone et l’installation récente d’un périmètre de protection.
Foire Aux Questions galerie de la Baume
1. Qu’est-ce que le « Niveau 20 » et à quoi correspond cette appellation ?
Le terme « Niveau 20 » est une référence altimétrique spécifique au réseau des mines de la Matheysine (système du Peychagnard). Il ne s’agit pas de la profondeur, mais d’une côte de niveau. Cette galerie constitue l’une des dernières grandes infrastructures de modernisation des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD).
2. Quelle était la fonction principale de cette galerie de 6 kilomètres ?
Contrairement aux galeries de traçage qui suivent la veine de charbon, le Niveau 20 était une galerie de desserte (travers-bancs). Elle servait de « colonne vertébrale » pour :
-
Le transport : Acheminer le matériel lourd vers les chantiers d’abattage.
-
L’aérage : Assurer la circulation de l’air frais dans les profondeurs.
-
L’exhaure : Drainer les eaux de la mine et canaliser les gaz lourds (CO2).
3. Pourquoi le site de La Baume est-il considéré comme un ouvrage « récent » ?
Le percement a débuté en 1975 et s’est achevé en 1987. C’est un ouvrage de la phase de concentration et de modernisation ultime du bassin minier de La Mure, peu de temps avant la fin de l’exploitation (le « dernier souffle » du bassin).
4. Quel est cet ennemi invisible souvent mentionné : le CO2 ?
La mine de Saint-Arey est sujette aux émanations de dioxyde de carbone (CO2), un gaz lourd qui s’accumule au sol et chasse l’oxygène. C’est ce gaz, et non le grisou (méthane), qui représentait le danger principal à cet endroit, provoquant des asphyxies foudroyantes.
5. Pourquoi voit-on une haute cheminée métallique sur les photos du site actuel ?
Il s’agit d’une cheminée d’évent. Même après la fermeture, la mine continue de « dégazer ». Le CO2 étant plus lourd que l’air, il s’écoule vers les points bas (comme l’entrée de la galerie). La cheminée permet d’évacuer ce gaz par tirage naturel et de le disperser en hauteur pour éviter qu’il ne stagne au sol et ne devienne mortel pour les promeneurs ou la faune.
6. Peut-on encore visiter l’intérieur de la galerie ?
Absolument pas. Pour des raisons de sécurité publique, l’entrée a été condamnée par un murage massif en maçonnerie. Le risque d’anoxie (manque d’oxygène) et les risques d’effondrements internes rendent toute tentative d’intrusion extrêmement dangereuse, comme en témoignent les accidents historiques.
7. Quels sont les vestiges encore visibles sur le carreau de La Baume ?
Aujourd’hui, la nature reprend ses droits, mais on peut encore observer :
-
L’entrée murée de la galerie.
-
La cheminée de dégazage.
-
Le tracé de la cunette d’exhaure (le caniveau d’évacuation des eaux).
-
La stèle commémorative en hommage aux mineurs qui ont perdu la vie lors du percement en 1975.
8. Quel type de minerai était exploité via cette galerie ?
On y extrayait l’anthracite, un charbon d’une pureté exceptionnelle, très riche en carbone et pauvre en matières volatiles, qui faisait la renommée mondiale du bassin de La Mure.
Poursuivez votre exploration
« Retrouvez la galerie d’exhaure du niveau 21»
« Retrouvez la galerie d’exploitation du niveau 15 Combe Nevouse»
« .Suivez nous sur l’histoire des Houilleres du Bassin Dauphinois HBD »
Sources et sites officiels
1. Archives Institutionnelles et Inventaires
-
Archives Départementales de l’Isère (AD38) : C’est la source primaire pour les plans de concession, les rapports des ingénieurs des mines et les dossiers du personnel des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD).
-
Recherche dans les fonds des Mines de la Mure (Cherchez les cotes liées à la concession de Prunières/Saint-Arey).
-
-
BRGM – InfoTerre : Pour accéder aux fiches de l’Inventaire National des Cavités et aux rapports de fin d’exploitation (https://www.google.com/url?sa=E&q=https%3A%2F%2Farchives.isere.fr%2Fcliquez sur l’onglet « Données » puis « Dossiers de sous-sol »).
-
Légifrance (Annales des Mines) : Pour retrouver les décrets de concession originaux (XIXe siècle).
2. Musées et Associations de Sauvegarde
-
La Mine Image (Musée de la mine à La Motte-d’Aveillans) : Le site de référence pour la mémoire ouvrière et technique du plateau. Bien que Saint-Arey soit plus au sud, les techniques de soutènement et d’extraction y sont documentées.
3. Études Techniques et Géologiques
-
Géologie du Dauphiné (Site de Maurice Gidon) : Une analyse géologique très fine du secteur de La Mure et de la faille de Saint-Arey.
-
Inventaire des Réseaux Spéciaux et Souterrains (IRSS) : Ce site compile souvent des fiches techniques sur l’état actuel des galeries (accès, sécurité, topographie).
4. Cartographie et Localisation Précise
-
Géoportail (IGN) : Utilisez les « Cartes de l’État-Major » et les « Photographies aériennes 1950-1965 » pour visualiser l’emprise des carreaux de mine et des entrées de galeries avant la renaturation.
-
Accès au Géoportail (Activez la couche « Carte géologique »).
-
5. Documentation Iconographique et Vidéos
-
INA (Institut National de l’Audiovisuel) : Recherche sur « Mines de la Mure » ou « Houillères du Dauphiné » pour voir des reportages d’époque montrant les mineurs au travail, notamment dans les secteurs escarpés.
Bibliographie
-
1. Ouvrages de référence (Monographies)
-
ASSOCIATION LA MINE IMAGE. Les Gueules Noires de la Mure : Cent cinquante ans d’histoire des Houillères du Bassin du Dauphiné. Ouvrage collectif.
2. Études Géologiques et Techniques
-
GIDON, Maurice. Géologie de la Matheysine. (Travaux disponibles via le portail Geol-Alp). Indispensable pour comprendre la complexité tectonique du secteur Saint-Arey et la difficulté de l’exploitation en dressants.
-
HAUDOUR, Jean & SARROT-REYNAULD, Jean. Le bassin houiller de La Mure (Isère) : étude géologique. Bulletin du Service de la Carte Géologique de la France, 1964.
-
SARROT-REYNAULD, Jean. Étude géologique du dôme de La Mure (Isère) et des régions annexes. Mémoires pour servir à l’explication de la carte géologique détaillée de la France, 1961.
3. Articles et Publications Scientifiques
-
BAILLY-MAÎTRE, Marie-Christine. « Les mines de plomb et d’argent en Oisans et en Matheysine au Moyen Âge ». Revue de géographie alpine. (Bien que centré sur le Moyen Âge, ses travaux posent les bases de l’histoire minière dauphinoise)
4. Sources d’Archives (Cotes spécifiques AD38)
-
Fonds des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD) : Archives départementales de l’Isère, Série S (Travaux publics) et surtout la Série J (Fonds privés et d’entreprises).
-
Série 108 J : Fonds des Houillères de la Mure (plans de galeries, rapports d’accidents, dossiers du personnel).
-
Série 7 S : Mines et carrières (dossiers de concessions du XIXe siècle, notamment pour la concession de Prunières dont dépend Saint-Arey).
-
5. Rapports Institutionnels
-
BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) :
-
Inventaire des archives minières des HBD.
-
Rapports de mise en sécurité (DREAL/UTAM) effectués lors de la fermeture définitive des accès dans les années 1990-2000.
-
-
Voir la carte
Galerie Photos
Utilisez les touches de direction pour faire défiler les photos

La Poudrière du Villaret : Secret des Mines de Susville
Plongez au cœur de l’ingénierie minière du Dauphiné en découvrant ce vestige stratégique, autrefois garant de la sécurité des mineurs de l’Isère.
Comment les mineurs de l’Isère domptaient-ils le danger des explosifs ? Explorez l’histoire de la poudrière du Villaret à Susville, un vestige stratégique du patrimoine minier du Dauphiné. Entre ingénierie de pointe et rituels de sécurité draconiens, découvrez comment ce site méconnu protégeait les ouvriers au cœur des mines de charbon de la Matheysine
Informations pratiques
| Caractéristique | Détails de l’ouvrage |
| Nom de l’ouvrage | Galerie de la Poudrière du Villaret |
| Localisation | Susville, Isère (38) – Lieu-dit Versenat |
| Bassin Minier | Bassin de la Matheysine (Extraction d’anthracite) |
| Implantation | Niveau 12 (au-dessus du carreau du Villaret) |
| Coordonnées GPS | 44.921847, 5.777846 |
| Fonction | Stockage sécurisé des explosifs et détonateurs |
| Type de construction | Galerie souterraine voûtée avec chambre de décompression |
| Matériaux de sécurité | Métaux non ferreux (bronze, étain) pour éviter les étincelles |
| Équipement du personnel | Sandales de cuir souple (sans clous) et lampes de sûreté |
| Statut actuel | Site remblayé et sécurisé en 1997 (Bâtiments rasés) |
| Accessibilité | Extérieurs visibles, accès intérieur impossible car détruit |
L’usage de la poudre : un mal nécessaire dans les mines d’Isère
Au cœur des mines du plateau de la Matheysine, l’abattage de la roche nécessitait l’usage intensif d’explosifs. Si la poudre a permis de décupler la productivité, elle a aussi introduit un risque permanent : la déflagration accidentelle.
Pour stocker ces substances hautement instables, les compagnies minières ne laissaient rien au hasard. Contrairement aux petites exploitations qui se contentaient d’un simple renfoncement, les grandes mines comme celle du Villaret disposaient de galeries spécifiquement conçues pour isoler le danger.

Sur les traces de la poudrière (1999). Photographie prise deux ans après le remblaiement du site, montrant le secteur présumé de l’entrée de la galerie au niveau 12 du carreau du Villaret.
L’ingénierie de la poudrière : une architecture du souffle
Si l’aspect extérieur de la poudrière du Villaret semble modeste, sa conception interne répond à des calculs d’ingénierie civile minière d’une grande précision. Contrairement à une galerie de roulage classique, une poudrière souterraine (comme celle du niveau -12) est conçue pour fragmenter et canaliser l’énergie.
1. La chicane de décompression : le brise-souffle
L’élément le plus stratégique d’une poudrière n’est pas sa porte blindée, mais la géométrie de sa galerie d’accès. Le plan type présente systématiquement un tracé en chicane (en « S » ou en « T »).
-
La raison : En cas de déflagration accidentelle, l’onde de choc se déplace de manière rectiligne. En frappant un mur de roche perpendiculaire (le « mur de dérivation »), l’onde perd l’essentiel de son énergie cinétique avant d’atteindre le puits ou les zones de vie. C’est ce qu’on appelle la rupture de charge du souffle.
2. L’isolement en cellules (niches de stockage)
Au Villaret, les explosifs n’étaient pas entassés dans une salle unique. Le plan de masse révèle une série de niches latérales creusées dans le rocher :
-
Chaque niche était séparée de la suivante par un pilier de protection d’une épaisseur calculée (souvent plusieurs mètres de roche en place).
-
Cette disposition empêche l’effet de « sympathie » : si une cartouche explose dans une cellule, l’onde de choc et la chaleur ne doivent pas pouvoir déclencher l’explosion de la cellule voisine.
3. La voûte : entre pression lithostatique et onde de choc
La forme en fer à cheval de la galerie (voûte plein cintre) répond à un double impératif :
-
Résistance externe : Supporter la pression des terrains (pression lithostatique),
-
Résistance interne : En cas d’explosion, la forme voûtée répartit la pression sur les parois (les piédroits) plutôt que sur un plafond plat qui s’effondrerait instantanément, obstruant tout secours.
-
La ventilation naturelle : La courbure de la voûte favorise la circulation d’un filet d’air constant, indispensable pour maintenir les explosifs nitratés au sec, ces derniers étant extrêmement sensibles à l’humidité (hydrophilie).
4. Le radier et l’évacuation des eaux
Le sol (le radier) de la poudrière était souvent bétonné et légèrement incliné vers une rigole latérale. L’objectif était d’empêcher toute stagnation d’eau, qui aurait pu altérer les caisses d’explosifs ou, pire, favoriser la décomposition chimique de certaines dynamites anciennes.
Nous ne possédons hélas aucune photographie de la poudrière, ces lieux étant par nature interdits d’accès et protégés par le secret industriel et sécuritaire. La seule trace technique dont nous disposions est un plan de situation des galeries des secteurs du Peychagnard et du Villaret, établi par le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) lors des campagnes de mise en sécurité du bassin. Ce document est consultable en mairie de Susville.

Derniers témoignages de la poudrière du Villaret (1999). L’appareillage soigné en pierre de taille souligne l’importance stratégique et la solidité de cet édifice, conçu pour isoler les explosifs de la mine.
Sandales de cuir et lampes protégées : le rituel de sécurité
Entrer dans la poudrière du Villaret exigeait une discipline de fer. Pour éviter toute étincelle fatidique (le redoutable « point chaud »), des mesures draconiennes étaient appliquées :
-
Zéro métal ferreux : Toutes les charnières et parties métalliques étaient fabriquées en bronze ou en étain, des métaux qui ne produisent pas d’étincelles en cas de choc.
-
L’habillement : Le gardien de la poudrière troquait ses sabots cloutés contre des sandales souples. Le règlement de sécurité imposait souvent des vêtements sans poches extérieures (pour éviter les vols ou les oublis de cartouches)
-
L’éclairage : Le feu nu étant proscrit, on utilisait des lampes à pétrole dotées d’un grillage de protection spécifique pour isoler la flamme de l’atmosphère ambiante.
-
La gestion des explosifs au Villaret n’était pas qu’une question de rituels, mais répondait à des règlements d’administration publique extrêmement stricts. Le stockage et la manipulation de la dynamite et des détonateurs étaient régis par le décret du 2 mai 1960 (portant règlement général sur l’exploitation des mines de combustibles minéraux solides) et, antérieurement, par les circulaires et arrêtés du Service des Mines.
-
La poudrière n’était en rien un lieu occulte, mais un organe administratif et sécuritaire névralgique. Chaque mouvement de stock était consigné dans des registres de contrôle obligatoires. L’entrée et la sortie du personnel, le port de vêtements sans poches ou de chaussures sans clous ferreux, ainsi que l’interdiction stricte de tout objet pouvant produire une étincelle, n’étaient pas des coutumes, mais des consignes de sécurité impératives édictées pour prévenir tout risque de déflagration accidentelle.
- La conformité de ces installations était régulièrement vérifiée par l’Ingénieur des Mines (représentant le « Contrôle »). Ce dernier s’assurait non seulement de la solidité architecturale de l’ouvrage (murs de dérivation, merlons de protection, aération naturelle), mais aussi de la stricte application des règlements de police des mines. Ces inspections garantissaient que la poudrière restait un sanctuaire technique isolé, protégé des risques d’incendie et de malveillance.
-
L’éclairage : C’est un point souvent oublié. Dans une poudrière, l’éclairage devait être de sûreté (souvent des niches vitrées éclairées par l’extérieur ou des lampes électriques antidéflagrantes spécifiques). Préciser ce détail renforce l’aspect « haute sécurité » du lieu.
- Le retour des ratés : Précisez que la poudrière gérait aussi le retour des « ratés » (explosifs n’ayant pas sauté), qui faisaient l’objet d’une procédure de destruction ou de stockage à part, extrêmement surveillée.
-
Les explosifs quittaient la poudrière : les sacs de toile ou les caissettes en bois (souvent appelées « poudriers ») portées par le boutefeu ou son aide.
La poudrière du Villaret (1948-1997) : Stockage des explosifs brisants et contrôle du Service des Mines
Contrairement à une idée reçue, la poudrière du Villaret ne stockait pas de la « poudre noire », reléguée depuis la fin du XIXe siècle aux travaux de carrière secondaires. Durant la période d’activité intensive du puits (1948-1997), le Service des Mines imposait l’usage d’explosifs brisants industriels de haute technologie.
On y trouvait principalement des explosifs nitratés et des grisoudynamites, classés « de sûreté » (SGP). Ces produits étaient spécifiquement conçus pour l’abattage de l’anthracite et le creusement des galeries au rocher, avec des propriétés limitant le risque d’inflammation des poussières et des gaz de mine.
La conception même du bâtiment répondait à ces contraintes techniques : il fallait maintenir un taux d’hygrométrie faible pour éviter l’altération des nitrates, et une température stable pour prévenir toute exsudation de la nitroglycérine.
L’amorçage ne se faisait plus par mèche lente (mèche de mineur), mais par des détonateurs électriques à retard ou micro-retard. Ces derniers étaient stockés séparément de l’explosif principal. Ce système permettait de déclencher les tirs à distance, garantissant ainsi une sécurité maximale pour les boutefeux et une meilleure fragmentation du gisement. Le tout était placé sous le contrôle permanent de l’Ingénieur des Mines, garant de l’application des décrets de sécurité de 1946 et 1960.
Le rôle du boutefeu : Ce n’est pas un simple ouvrier, c’est un agent spécialisé possédant un agrément technique. Il est le seul habilité à percevoir les explosifs en poudrière contre signature du registre de consommation.

Schéma technique d’une poudrière de surface, vestige de l’exploitation des mines de cuivre de Saint-Véran (Hautes-Alpes).
L’organisation sociale et le circuit de l’explosif : du jour au fond
La poudrière du Villaret n’était pas un simple lieu de stockage, mais le pivot d’une organisation spatiale et humaine rigoureuse, articulée autour de la figure centrale du boutefeu.
1. La distribution : une comptabilité de fer
Chaque début de poste commençait par un rituel immuable. Le poudrier (agent responsable du dépôt) ouvrait le site au seul personnel habilité : les boutefeux. Ces derniers, titulaires d’un certificat de préposé au tir, ne recevaient leurs cartouches qu’après présentation d’un bon de commande signé par le porion (chef de chantier).
Chaque bâton d’explosif nitraté et chaque détonateur était consigné dans un registre d’entrée/sortie. Cette « comptabilité matière » interdisait tout écart : à la fin du poste, le boutefeu devait impérativement restituer les invendus ou justifier chaque détonation. La poudrière était donc un lieu de contrôle administratif permanent, sous l’autorité lointaine mais réelle de l’Ingénieur des Mines.
2. Le transport : la séparation des flux
Le trajet de l’explosif vers le front de taille suivait un protocole de sécurité strict pour éviter toute détonation accidentelle durant le transport :
-
L’explosif était transporté dans des caissettes en bois ou des sacs de cuir spéciaux, portés à l’épaule ou placés dans des berlines dédiées, signalées par des codes couleurs ou des plaques spécifiques.
-
Les détonateurs voyageaient systématiquement à part, dans des boîtes blindées fermées à clef, portées par le boutefeu lui-même.
Cette séparation spatiale (explosif d’un côté, amorçage de l’autre) se maintenait jusqu’au dernier moment, juste avant le chargement des trous de mine.
3. L’articulation avec le front de taille
Une fois descendu par le puits du Villaret, l’explosif pouvait transiter par des dépôts auxiliaires souterrains (souvent de simples niches aménagées et cadenassées dans le rocher) avant d’atteindre le chantier de traçage ou la taille.
Le boutefeu était le dernier maillon de cette chaîne. Seul détenteur de la clé de la « boîte à feu » et de la poignée de l’exploseur, il était le maître du temps et de la sécurité du chantier. Cette autonomie, couplée à la dangerosité de sa mission, lui conférait un statut social particulier au sein de la communauté minière : un ouvrier hautement qualifié, garant de l’avancement mais aussi de la vie de ses camarades.
Le rôle du Porion : C’est lui qui coordonnait le tir dans le cycle de travail (abattage, chargement, soutènement), faisant de la poudrière le « pouls » de la production.
Le carreau du Villaret : un patrimoine aujourd’hui disparu
La poudrière était stratégiquement située au niveau 12, légèrement en surplomb du « carreau » (l’ensemble des installations de surface). Adossée à la montagne pour une protection naturelle maximale, elle faisait partie intégrante du paysage industriel de Susville.
Malheureusement, le temps et les impératifs de sécurité moderne ont eu raison de cet édifice. En 1997, lors des travaux de mise en sécurité du site, les bâtiments extérieurs ont été rasés et la galerie remblayée. Aujourd’hui, seuls quelques fragments de béton épars témoignent encore de son emplacement exact au lieu-dit Versenat.
Le poste de gardien de la poudrière (ou magasinier d’explosifs) aux HBD est l’un des rôles les plus singuliers et les plus méconnus de la mine. C’est un métier de l’ombre, régi par une discipline quasi militaire, où la solitude côtoie une responsabilité écrasante.
En tant qu’historien, je peux vous brosser le portrait de cet homme (car c’était exclusivement masculin) qui détenait littéralement les clés de la puissance de feu de la mine.
1. Les conditions de travail : « Une solitude sous haute surveillance »
Travailler à la poudrière, c’est travailler à l’écart du reste de la communauté minière. Pour des raisons de sécurité évidentes, les poudrières des HBD (comme celle située près du puits du Villaret ou des Rioux) étaient isolées du carreau de la mine, souvent nichées dans des vallons ou protégées par des merlons de terre.
-
Le climat et l’isolement : Le gardien passe ses journées dans un bâtiment souvent exigu, aux murs épais, conçu pour diriger le souffle d’une éventuelle explosion vers le haut. Sur le plateau de La Mure, à 900 m d’altitude, cela signifie des hivers glaciaux dans un local où l’on ne peut pas installer n’importe quel système de chauffage (tout doit être antidéflagrant).
-
La rigueur administrative : Le gardien n’est pas un manutentionnaire, c’est un comptable. Chaque cartouche de dynamite (grisounite, gomme, etc.) et chaque détonateur est numéroté. Il doit tenir des registres d’une précision absolue. Une seule cartouche manquante déclenchait immédiatement une enquête de la Gendarmerie et de la Direction des Mines.
-
La sécurité drastique : Le gardien veille au respect de protocoles de sécurité qui ne tolèrent aucune erreur : interdiction absolue de fumer, contrôle des chaussures (pas de clous en fer qui pourraient produire une étincelle, utilisation de sabots de bois ou de chaussures à semelles de caoutchouc), et stockage strictement séparé des explosifs et des détonateurs.
2. Le rythme social : Le point de passage obligé
Bien qu’isolé physiquement, le préposé à la poudrière occupe un poste stratégique dans la chaîne de production.
-
Le rendez-vous des boutefeux : C’est lui qui voit passer, au début de chaque poste, les boutefeux (les mineurs spécialisés dans les tirs de mine). C’est un moment de sociabilité intense mais bref. Le gardien distribue les explosifs dans des sacoches en cuir ou en toile goudronnée. Il connaît chaque boutefeu, ses habitudes, et sa rigueur.
-
Une confiance absolue de la hiérarchie : Le gardien est choisi parmi les employés les plus stables, les plus calmes et les plus fiables. Il est souvent un ancien du fond, parfois reclassé pour raison de santé, mais dont la moralité est irréprochable. Aux yeux de la direction des HBD, c’est un homme de confiance totale.
3. Perception sociale : Un statut à part
Dans la hiérarchie sociale de la mine, le gardien de la poudrière a une image ambivalente :
-
Le « planqué » ? Pour certains mineurs de fond qui s’échinent dans la poussière et le bruit des marteaux-piqueurs, le garde-poudrière peut passer pour un privilégié. Il est au calme, ne descend pas, et son travail semble « propre ».
-
L’homme du danger : Mais pour la majorité, il est respecté. On sait que s’il y a un incident à la poudrière, il n’aura aucune chance. Il vit au milieu d’un stock capable de raser une partie du quartier. C’est une forme de courage passif mais bien réel.
-
Le garant de l’avancement : Sans lui, le travail du fond s’arrête. Dans le bassin de La Mure, où le rocher (le grès) est très dur, rien ne se fait sans explosif. Le gardien est celui qui fournit « l’énergie » nécessaire pour que les copains du fond puissent faire leur « cycle » et toucher leurs primes.
4. Vie sociale et Statut HBD
Comme tout le personnel du jour, il bénéficie du Statut du Mineur :
-
Logement en cité minière (souvent à proximité pour pouvoir intervenir ou surveiller le site).
-
Chauffage au charbon.
-
Mais sa vie sociale est marquée par cette responsabilité : il ne peut pas vraiment « décrocher ». Même en dehors des heures de service, il reste l’homme qui sait où sont les explosifs, ce qui, dans une région de forte tradition de résistance et de syndicalisme de combat, n’est pas un détail neutre.
Les deux galeries de la poudriere
Le site disposait de deux poudrières aménagées en galerie, l’une située au nord et l’autre au sud. Afin de garantir la sécurité des installations, ces deux structures avaient été conçues avec un plan en « T » ; cette disposition spécifique permettait de briser l’onde de choc et de limiter considérablement les dégâts en cas d’explosion accidentelle. Par ailleurs, devant l’entrée de la galerie sud, se trouvait un petit bâtiment entièrement en bois. Il servait de poste au boutefeu, l’opérateur chargé de la manipulation des dispositifs de mise à feu.
Conclusion : Préserver la mémoire minière du Dauphiné
Si la galerie de la poudrière du Villaret n’est plus visible à l’œil nu, son histoire demeure un pilier de notre compréhension du monde ouvrier. Elle rappelle que derrière chaque tonne de charbon extraite, il y avait une organisation scientifique dévouée à la protection des mineurs.
Explorer ce patrimoine, c’est rendre hommage à ceux qui ont façonné le sous-sol de l’Isère.
Un patrimoine protégé : l’impératif de sécurité et de mémoire
Aujourd’hui, les vestiges de la poudrière du Villaret sont rendus à la forêt et ses accès ont été remblayés lors des campagnes de mise en sécurité définitive du bassin. Si ces lieux suscitent une curiosité légitime, il est impératif de rappeler qu’il est strictement interdit et mortel de tenter de pénétrer dans d’anciens ouvrages miniers.
Au-delà de la violation de la propriété privée, les risques souterrains sont invisibles et foudroyants :
-
Les risques atmosphériques : En l’absence de ventilation forcée, des gaz lourds et asphyxiants (comme le dioxyde de carbone, appelé « stythe » par les mineurs) ou des poches de grisou résiduel peuvent s’accumuler, rendant l’air mortel en quelques secondes.
-
L’instabilité structurelle : Les pressions de terrain et la dégradation des soutènements avec le temps rendent tout effondrement imprévisible.
Le respect de ce patrimoine passe par une observation extérieure et une étude documentaire. Pénétrer dans ces galeries, c’est non seulement se mettre en danger de mort, mais aussi risquer de dégrader les derniers témoins fragiles de l’ingénierie minière du XXe siècle.
Foire Aux Questions poudrière du Villaret
1 – À quoi servait une poudrière dans les mines de la Matheysine ?
La poudrière était un lieu de stockage hautement sécurisé pour la poudre et les explosifs (comme la dynamite) utilisés pour l’abattage de la roche. Dans les mines de charbon de l’Isère, ces substances étaient indispensables pour percer les galeries de pierre, mais elles représentaient un danger constant d’explosion accidentelle.
2 – Quelles étaient les mesures de sécurité pour entrer dans la galerie du Villaret ?
La sécurité était draconienne : interdiction stricte de toute flamme ou objet métallique ferreux (source d’étincelles). Le gardien portait des sandales en cuir sans clous et utilisait des outils en bronze ou en étain. La galerie elle-même était conçue avec une « chambre de décompression » pour absorber le souffle d’une éventuelle déflagration.
3 – Peut-on encore visiter la poudrière du Villaret aujourd’hui ?
Non, la galerie n’est plus accessible. Lors de la mise en sécurité du site minier du Villaret en 1997, les bâtiments extérieurs ont été rasés et l’entrée de la galerie a été remblayée pour éviter tout risque d’effondrement ou d’intrusion. Seuls les vestiges extérieurs et l’emplacement sont identifiables par les passionnés d’archéologie industrielle.
4 – Où se situait exactement ce site minier à Susville ?
La poudrière se trouvait au « niveau 12 » du carreau du Villaret, sur la commune de Susville (38134). Elle était stratégiquement implantée en retrait des autres bâtiments pour protéger les mineurs et les installations de surface en cas d’accident.
5 – Pourquoi la poudrière du Villaret est-elle importante pour le patrimoine de l’Isère ?
Elle témoigne de l’organisation scientifique et de la gestion des risques dans les mines du Dauphiné. C’est un maillon essentiel pour comprendre l’évolution des techniques de sécurité ouvrière au XXe siècle dans le bassin minier de la Matheysine.
Poursuivez votre exploration
Retrouvez l’histoire du puits du Villaret
L’histoire de son terril
Et l’histoire de son exploitation
Sources et sites officiels
1. Les Incontournables (Patrimoine Local)
-
Le Musée de la Mine d’Image (La Motte-d’Aveillans) : C’est le site de référence pour comprendre le quotidien des mineurs de la Matheysine. Idéal pour ceux qui souhaitent voir une reconstitution de galeries.
-
Office de Tourisme de la Matheysine : Pour situer le Villaret dans son contexte touristique actuel et découvrir les autres sentiers du patrimoine.
2. Ressources Historiques et Techniques
-
Le site de la commune de Susville : Indispensable pour l’ancrage local. La mairie dédie souvent des sections à l’histoire de ses hameaux miniers comme le Villaret.
-
L’Inventaire du Patrimoine d’Auvergne-Rhône-Alpes : Recherchez « Mines de la Mure » ou « Susville » pour accéder aux fiches techniques officielles sur le bâti industriel.
-
Remonter le temps (IGN) : Un outil fantastique pour vos lecteurs. Ils pourront comparer les vues aériennes actuelles du Villaret avec celles des années 1950, quand la mine était en pleine activité.
3. Culture et Archives
-
Archives Départementales de l’Isère : Pour les lecteurs qui souhaitent pousser la recherche documentaire sur les concessions minières et les plans de surface.
-
Patrimoine de l’Isère (Isère Culture) : Le portail officiel du département pour la valorisation des sites historiques.
Bibliographie
-
1. Histoire technique et sécurité minière
-
GUIOLLARD, Pierre-Christian. Les chevalements des houillères françaises. Édition à compte d’auteur, 1993.
-
Pourquoi ce livre ? Pour comprendre l’architecture des « carreaux » de mine (comme celui du Villaret) et l’agencement des bâtiments de surface par rapport aux galeries de stockage (poudrières).
-
-
ASSOCIATION MÉMOIRE DES MINEURS DE LA MATHEYSINE. Bulletins et hors-séries sur le patrimoine minier.
-
Pourquoi cette source ? Ces publications locales contiennent souvent des témoignages directs de mineurs ayant travaillé au Villaret ou à la poudrière.
-
2. Rapports techniques et institutionnels (Pour l’aspect « 1997 »)
-
BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières). Inventaire et mise en sécurité des anciens sites miniers du Dauphiné. Rapports de fin d’exploitation (1997-2000).
-
Pourquoi cette source ? Elle documente précisément les opérations de remblaiement et de démolition mentionnées dans votre article.
-
-
HBCM (Houillères du Bassin du Centre et du Midi). Archives de la direction des Mines de la Mure. Déposées aux Archives Départementales de l’Isère.
-
Voir la carte
Galerie Photos
Utilisez les touches de direction pour faire défiler les photos

Le Plan Richard : Artère vitale et sortie de secours des mines de Susville
Située au Villaret, cette galerie marque un tournant technologique majeur avec le remplacement des wagonnets par des bandes transporteuses pour remonter le charbon. Au-delà de sa fonction logistique reliant les profondeurs au lavoir, le Plan Richard constituait une issue de secours cruciale pour les mineurs, témoignant aujourd’hui de l’ingéniosité et des risques de l’exploitation sur le plateau matheysin.
Nichée sur la commune de Susville, au lieu-dit Le Villaret, la galerie du Plan Richard incarne une étape clé dans la modernisation des Houillères du Dauphiné. Abandonnant le roulage traditionnel par wagonnets au profit de bandes transporteuses, cet ouvrage stratégique assurait non seulement l’acheminement massif de l’anthracite du Puits n°1 vers le lavoir, mais constituait surtout une voie vitale pour l’aérage et la sécurité des hommes. Exploration d’un vestige industriel qui fut, durant des décennies, le véritable poumon des mines de la Mure.
Informations pratiques
| Caractéristique | Détail |
| Nom de l’ouvrage | Galerie de sortie du Plan Richard |
| Localisation | Susville (Isère), lieu-dit Le Villaret |
| Coordonnées GPS | 44.924000, 5.777778 |
| Type d’ouvrage | Galerie inclinée (Plan) avec bandes transporteuses |
| Fonctions principales | 1.Remontée du charbon (stériles exclus)
2. Sortie de secours et aérage |
| Niveaux desservis | Du Niv. 20 (482 m) et Niv. 17 (635 m) → Vers le Lavoir (Surface) |
| Technologie | Remplacement du roulage (wagonnets) par convoyeurs à bandes |
| Connexion surface | Liaison directe au bâtiment du lavoir via tuyère en ciment |
| État actuel | Sortie obstruée, installations de surface démantelées |
Le Plan Richard : L’artère vitale de la mine du Villaret
L’histoire de l’exploitation minière est une course perpétuelle vers les profondeurs. Pour suivre les veines d’anthracite, les mineurs de la Matheysine ont dû creuser toujours plus bas, posant un défi logistique majeur : comment remonter des tonnes de minerai depuis les entrailles de la terre jusqu’à l’usine de traitement ?
C’est ici qu’intervient le Plan Richard, une prouesse technique qui a révolutionné le transport du charbon sur le site du Villaret.

Vestige de la sortie du Plan Richard (2019) : L’orifice a été définitivement condamné par un merlon de terre et de déblais lors de la campagne de mise en sécurité du site en 1999.
Une logistique souterraine divisée en deux flux
Pour comprendre l’importance du Plan Richard, il faut d’abord saisir l’organisation du site minier. À son apogée, l’activité se concentrait autour de deux puits verticaux aux fonctions bien distinctes, situés au niveau 12 (altitude 888 mètres) :
-
Le Puits des Rioux : Véritable « ascenseur du personnel », il était dédié au transport des mineurs vers les différents étages d’exploitation.
-
Le Puits du Villaret : Il servait à la logistique matérielle. C’est par ce puits que descendaient les machines, les outils et les cintres de soutènement. Il servait également à remonter les stériles (les roches inutiles extraites lors du creusement).
Mais curieusement, le charbon, lui, ne passait pas par ces puits.

Vue depuis les abords de la galerie (2019) : Ce muret en maçonnerie longe la falaise et servait d’assise à la structure métallique de la bande transporteuse, défiant le relief accidenté.
La fin des wagonnets : la révolution des bandes transporteuses
Historiquement, le charbon était chargé dans des wagonnets poussés par des hommes ou tirés par des chevaux, puis des locomotives. Cependant, face à l’augmentation des cadences et de la profondeur, ce système a montré ses limites.
La mine du Villaret a alors opéré une mutation technologique en remplaçant le roulage par wagonnets par un système de transport en continu via des bandes transporteuses. Ce choix présentait trois avantages décisifs pour la rentabilité :
-
Fluidité : Un flux ininterrompu de charbon vers la surface.
-
Gain de temps : Suppression des étapes fastidieuses de chargement et déchargement des berlines.
-
Maintenance : Une mécanique plus simple et plus fiable que le matériel ferroviaire souterrain.

Perspective depuis la zone du lavoir (2019) : On distingue ici le tracé rectiligne du muret le long de la falaise. C’est par cette voie que le charbon brut arrivait pour être traité dans l’usine de lavage située au premier plan.
L’anatomie du Plan Richard (I, II et III)
Ce système de convoyeurs portait le nom de « Plan Richard ». C’était une véritable autoroute du charbon remontant depuis les profondeurs :
-
Plan Richard I et II : Ces deux premières sections de bandes remontaient le minerai depuis le niveau 17 (altitude 635 m).
-
Plan Richard III : Lorsque l’exploitation a dû descendre encore plus bas, jusqu’au niveau 20 (altitude 482 m) — correspondant à la galerie de la Baume — une troisième section fut ajoutée pour connecter ce niveau inférieur au reste du réseau.
Le charbon, une fois arrivé au jour par la galerie de sortie du Plan Richard I, ne s’arrêtait pas là. Il était acheminé directement vers le lavoir (l’usine de tri et de lavage) via un impressionnant tuyau en ciment reliant la sortie de la galerie au bâtiment industriel sur le carreau de la mine.

Document de 2019 : Ce fragment de buse en béton est le dernier témoin de la liaison aérienne du Plan Richard. Il protégeait la bande transporteuse qui acheminait le charbon brut depuis la sortie de la galerie jusqu’aux installations de traitement du lavoir.
Un rôle vital pour la sécurité
Au-delà de sa fonction productive, le Plan Richard jouait un rôle crucial dans la sécurité des hommes. En cas d’accident, d’incendie ou de blocage sur les puits principaux (Villaret ou Rioux), la galerie inclinée du Plan Richard servait de sortie de secours. Les mineurs pouvaient l’emprunter pour évacuer les chantiers du fond et rejoindre la surface à pied.
1. Les conditions de travail : La lutte contre la pente et la poussière
Travailler à La Mure ne ressemblait pas au travail dans les mines du Nord (le Pas-de-Calais). La géologie alpine imposait des contraintes extrêmes.
-
L’exploitation en « dressants » : Contrairement aux veines plates du Nord, les couches d’anthracite en Matheysine étaient souvent très inclinées, voire verticales. Les mineurs travaillaient dans des positions acrobatiques, souvent sur des planchers boisés suspendus au-dessus du vide.
-
La dureté de l’anthracite : L’anthracite de La Mure est l’un des meilleurs charbons au monde (pur à plus de 90%), mais il est extrêmement dur. Avant la mécanisation massive des années 50-60, l’abattage au marteau-piqueur était épuisant.
-
La Silicose : l’ennemi invisible. Si le bassin de La Mure était peu sujet au grisou (gaz explosif), il était extrêmement poussiéreux. L’anthracite dégageait une poussière fine et abrasive. Malgré l’arrosage des tailles, la silicose a décimé des générations de mineurs, bien plus sûrement que les éboulements.
-
L’évolution technique : Sous l’ère des HBD, on passe de la force humaine et animale (les chevaux sont restés au fond jusqu’en 1952) à une mécanisation poussée avec les convoyeurs blindés et les soutènements marchants.
2. La vie sociale : Un paternalisme d’État
Après 1946, les HBD héritent du système paternaliste des anciennes compagnies privées, mais l’adaptent avec le Statut du Mineur.
-
Le logement en cités : La vie du mineur est indissociable de sa cité. À La Mure, les cités comme celle des Trois-Mâts ou du Périer structurent l’espace urbain. Les HBD fournissaient le logement et le chauffage (le fameux « charbon de dotation »).
-
La diversité communautaire : Le bassin était un véritable laboratoire d’intégration. Aux locaux (paysans-mineurs) se sont ajoutés des vagues successives d’immigrés : Italiens et Polonais dans l’entre-deux-guerres, puis Maghrébins (notamment des Marocains du Souss) dans les années 50 et 60. Cette mixité a forgé une identité matheysine forte, basée sur la solidarité du fond.
-
Les avantages sociaux : Être mineur aux HBD, c’était bénéficier d’une protection sociale d’avant-garde : accès gratuit aux soins (la « Société de Secours »), colonies de vacances pour les enfants, et une retraite anticipée à 50 ou 55 ans.
3. Culture et traditions : Entre ferveur et lutte
-
La Sainte-Barbe (4 décembre) : C’est le moment sacré. Même après la nationalisation, la fête de la patronne des mineurs restait le pilier de l’année, mêlant défilés, banquets et médailles du travail. C’était le jour où la hiérarchie et les ouvriers se retrouvaient autour d’une table.
-
Le syndicalisme et la fierté : Le bassin de La Mure était un bastion de la CGT. La conscience de classe était exacerbée par la dangerosité du métier. Les grandes grèves (notamment celle de 1963) ont soudé la communauté contre les premières menaces de fermeture.
-
Le sport et la musique : Les HBD subventionnaient de nombreuses associations. L’harmonie des mineurs et les clubs de football ou de rugby étaient les vecteurs essentiels de la cohésion sociale hors de la mine.
4. La fin d’un monde : Le traumatisme de la fermeture
La vie sociale des HBD a été marquée, à partir des années 70, par l’angoisse de la fin. Le « plan de licenciement » est devenu un mot quotidien.
-
La reconversion : Contrairement à d’autres bassins, la Matheysine est restée enclavée. La fermeture du Villaret en 1997 a été vécue comme un deuil collectif.
-
L’héritage : Aujourd’hui, cette vie sociale survit à travers l’association des anciens mineurs et le musée de La Mine Image à La Motte-d’Aveillans, qui est le gardien de cette mémoire technique et humaine.
En résumé : La vie du mineur des HBD était une vie de contrastes : une noirceur et une pénibilité extrêmes au fond, compensées par une vie sociale intense, protectrice et solidaire en surface. C’était un « État dans l’État ».
Que reste-t-il aujourd’hui ?
Le paysage industriel du Villaret a profondément changé. Aujourd’hui, la sortie du Plan Richard est obstruée et la végétation a repris ses droits. Les installations aériennes spectaculaires, le bâtiment du versage et le grand lavoir ont été démantelés.
Seuls quelques vestiges de maçonnerie, comme ceux visibles sur nos photos, témoignent encore de cette mécanique complexe qui faisait battre le cœur de la montagne.
Stériles : Roches sans valeur (cailloux, terre) qu’il faut extraire pour atteindre la veine de charbon.
Cintres : Arches métalliques utilisées pour soutenir les galeries et éviter les éboulements.
Carreau : Ensemble des installations de la mine situées à la surface (bureaux, lavoirs, vestiaires, puits).
Au jour : Expression minière désignant la surface, par opposition au « fond ».
Un patrimoine protégé : l’impératif de sécurité et de mémoire
Aujourd’hui, les vestiges de la galerie du plan Richard sont rendus à la nature et ses accès ont été murés et remblayés lors des campagnes de mise en sécurité définitive du bassin. Si ces lieux suscitent une curiosité légitime, il est impératif de rappeler qu’il est strictement interdit et mortel de tenter de pénétrer dans d’anciens ouvrages miniers.
Au-delà de la violation de la propriété privée, les risques souterrains sont invisibles et foudroyants :
-
Les risques atmosphériques : En l’absence de ventilation forcée, des gaz lourds et asphyxiants (comme le dioxyde de carbone, appelé « stythe » par les mineurs) ou des poches de grisou résiduel peuvent s’accumuler, rendant l’air mortel en quelques secondes.
-
L’instabilité structurelle : Les pressions de terrain et la dégradation des soutènements avec le temps rendent tout effondrement imprévisible.
Le respect de ce patrimoine passe par une observation extérieure et une étude documentaire. Pénétrer dans ces galeries, c’est non seulement se mettre en danger de mort, mais aussi risquer de dégrader les derniers témoins fragiles de l’ingénierie minière du XXe siècle.
Foire Aux Questions plan Richard
Qu’est-ce que le Plan Richard dans les mines de la Mure ?
Le Plan Richard était un ouvrage souterrain stratégique des Houillères du Dauphiné. Contrairement aux puits verticaux, il s’agit d’une galerie inclinée équipée de bandes transporteuses (tapis roulants). Elle permettait de remonter le charbon en continu depuis le fond de la mine jusqu’à la surface, remplaçant ainsi le système de wagonnets.
Où se trouve la galerie de sortie du Plan Richard ?
Les vestiges de cette galerie sont situés sur la commune du Villaret, en Isère, sur le plateau matheysin. Elle débouche à proximité de l’ancien site minier du Villaret, où se trouvait autrefois le grand lavoir à charbon.
Peut-on visiter l’intérieur de la galerie du Plan Richard ?
Non, l’accès est strictement interdit et impossible. Dans le cadre de la mise en sécurité du site minier en 1999, l’entrée de la galerie a été définitivement obstruée par des remblais pour prévenir tout risque d’accident (éboulements, gaz). Seuls les vestiges extérieurs (maçonnerie, murets) sont visibles.
Quelle est la différence entre le Puits du Villaret et le Plan Richard ?
Leurs fonctions étaient distinctes. Le Puits du Villaret (vertical) servait d’ascenseur pour le matériel et la remontée des roches stériles. Le Plan Richard (incliné) était exclusivement dédié au transport rapide du charbon vers l’usine de traitement et servait également de sortie de secours pour les mineurs.
Que reste-t-il des installations du Plan Richard aujourd’hui ?
Les infrastructures métalliques aériennes et les bâtiments du lavoir ont été démantelés après la fermeture des mines. Aujourd’hui, on peut observer la tête de la galerie maçonnée (l’entrée voûtée), des sections du muret de soutènement à flanc de falaise et des fragments du carter en béton qui protégeait la bande transporteuse.
Poursuivez votre exploration
Découvrez le puits du Villaret
Indissociable du puits du Villaret le terril
Et son exploitation
Sources et sites officiels
Les Musées et Lieux de Mémoire (Sources Locales)
Ces liens sont les plus pertinents pour le maillage « géographique » et « thématique ».
-
La Mine Image (Musée Souterrain)
-
Pourquoi ce lien ? C’est le musée situé sur la commune même de La Motte-d’Aveillans. Il gère la mémoire du site et possède les archives techniques locales. C’est la référence absolue pour votre sujet.
-
Site officiel : www.mine-image.com
-
-
Musée Matheysin (La Mure)
-
Pourquoi ce lien ? Situé à La Mure, il conserve une riche collection sur l’histoire régionale et la vie quotidienne des mineurs de la Matheysine.
-
Site officiel : www.musee-matheysin.fr
-
Les Institutions Techniques et Archives (Sources Scientifiques)
Ces liens valident la partie technique de votre article (fermeture, mise en sécurité, géologie).
-
BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières)
-
Pourquoi ce lien ? C’est l’organisme d’État chargé de la gestion de l’après-mine (surveillance des anciens puits, risques d’effondrement). Ils détiennent les dossiers techniques de la mise en sécurité de 1999 mentionnée dans votre article.
-
Site officiel : www.brgm.fr ou le portail des risques www.georisques.gouv.fr
-
-
Archives Départementales de l’Isère
-
Pourquoi ce lien ? C’est ici que sont conservés les fonds des Houillères du Bassin du Dauphiné (plans, registres du personnel). Utile pour les généalogistes ou chercheurs.
-
Site officiel : archives.isere.fr
-
Tourisme et Territoire
Pour ancrer l’article dans l’actualité touristique locale.
-
Matheysine Tourisme
-
Pourquoi ce lien ? Pour les randonneurs qui souhaiteraient découvrir les sentiers autour des anciens sites miniers.
-
Site officiel : www.matheysine-tourisme.com
-
Bibliographie
-
CHION, Pierre. La mine et les mineurs de la Matheysine : 150 ans de charbon à La Mure. Éditions Le Belvédère, 2005.
-
Pourquoi ce livre ? C’est la « bible » locale. Pierre Chion est l’historien incontournable du plateau. Il détaille l’évolution technique du Puits du Villaret et le passage aux bandes transporteuses.
-
-
ALLEMAND, H. & CHION, P. Les Gueules Noires du Dauphiné. Éditions Glénat, 1990.
-
Pourquoi ce livre ? Un ouvrage riche en photographies d’époque qui permet de visualiser l’activité sur le carreau du Villaret avant son démantèlement.
-
-
VEITL, Philippe. Les mines de La Mure, une histoire sociale et politique. PUG (Presses Universitaires de Grenoble), 1994.
-
Pourquoi ce livre ? Pour comprendre le contexte économique qui a poussé les Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD) à moderniser l’extraction (abandon des wagonnets pour les plans inclinés) afin de rester rentables.
-
Voir la carte
Galerie Photos
Utilisez les touches de direction pour faire défiler les photos

Plus que du charbon : Le rôle vital (et méconnu) du Puits Charvet
Rouage invisible mais vital de l’exploitation à Susville, cet ouvrage d’exhaure assurait la sécurité du terril du Villaret contre les risques d’auto-combustion, jusqu’à son démantèlement définitif en 1997.
Contrairement aux idées reçues, le Puits Charvet n’a jamais vu remonter une seule berline de charbon, ni descendre de mineurs pour l’abattage. Foncé spécifiquement pour la sécurité du site, sa mission était purement hydraulique : pomper l’eau nécessaire à l’arrosage permanent du terril pour empêcher son autocombustion.
Informations pratiques
| Caractéristique | Détails |
| Nom | Puits Charvet |
| Localisation | Susville (Isère), Le Villaret |
| Coordonnées | 44.930595, 5.774357 |
| Profondeur | 68 mètres |
| Diamètre | 2,50 mètres |
| Architecture | • 0 à 50m : Bétonné (étanche) • 50 à 68m : Naturel (zone de captage) |
| Usage | Pompage d’eau pour éviter l’auto-combustion du terril (pyrite) |
| Fermeture | 1997 |
| État | Bâtiment détruit, puits scellé. |
Le Puits Charvet à Susville : Le gardien invisible de la sécurité minière
Si vous vous promenez aujourd’hui près de la chapelle Notre-Dame des Neiges au Villaret (Susville), vous ne verrez aucune tour d’extraction se découper sur l’horizon. Pourtant, c’est ici que se trouvait le Puits Charvet, un maillon essentiel de la chaîne de sécurité des mines dauphinoises, jusqu’à sa fermeture en 1997.

Schéma technique du bâtiment abritant la tête de puits du Charvet et ses accessoires électriques et hydrauliques
Un ouvrage vital, mais pas pour le charbon
Contrairement aux idées reçues, tous les puits de mine ne servaient pas à remonter des hommes ou du minerai. Le Puits Charvet avait une fonction bien plus spécifique : c’était une source d’approvisionnement en eau industrielle.
Avec un diamètre de 2,50 mètres et une profondeur totale de 68 mètres, cet ouvrage technique était conçu pour capter les eaux souterraines. Ses 50 premiers mètres étaient bétonnés, tandis que les 18 derniers mètres, laissés à nu, permettaient aux eaux de s’infiltrer naturellement au fond du puits, où une pompe électrique immergée les attendait.
Incertitudes historiques et techniques
Les archives ne nous permettent pas, à ce jour, de dater précisément le forage du puits ni d’identifier la méthode employée. Toutefois, au vu des pratiques de l’époque, l’hypothèse d’un forage au trépan reste la plus plausible.
De même, nous ne disposons d’aucune information technique concernant la machinerie : le type de pompe utilisé ainsi que le débit d’eau nécessaire à l’arrosage du terril demeurent inconnus.
Pour consulter les données techniques complètes, le dossier est disponible sur le portail InfoTerre du BRGM (Code BSS : BSS001ZBSE).

L’emplacement du Puits Charvet aujourd’hui : un paysage totalement « gommé » où la nature a repris ses droits sur le patrimoine industriel.
Pourquoi une mine a-t-elle besoin d’eau ?
Le paradoxe peut surprendre : les mineurs luttent souvent contre l’eau au fond, alors pourquoi en pomper ici ? La réponse réside dans la gestion des déchets miniers, les fameux stériles (les roches extraites qui ne sont pas du charbon pur).[1]
Ces stériles contenaient deux éléments potentiellement dangereux lorsqu’ils sont combinés :
-
Des résidus de charbon.
-
De la pyrite de fer.
C’est ici que l’historien et le chimiste se rejoignent. La pyrite de fer possède une propriété redoutable : au contact de l’oxygène de l’air, elle s’oxyde et dégage de la chaleur. Si l’air circule librement dans un tas de déblais (le terril), cette chaleur s’accumule jusqu’à provoquer l’auto-combustion des résidus de charbon.
Ces feux de terrils sont des brasiers internes presque impossibles à éteindre une fois déclarés.

Schéma de principe d’une coupe technique de forage : visualisation du cuvelage et du système d’exhaure (pompage).
La stratégie de l’arrosage
L’eau pompée au Puits Charvet servait de bouclier préventif. En arrosant constamment le terril, on saturait les déblais. L’eau remplissait les interstices, chassant l’oxygène et empêchant ainsi l’air de venir « nourrir » la réaction chimique de la pyrite. Sans oxygène, pas d’oxydation, et donc pas d’incendie.
Une fois pompées hors des galeries (eaux d’exhaure) et déversées sur le terril, les eaux suivaient un parcours gravitationnel simple mais lourd de conséquences. En ruisselant sur les amas de schistes, elles rejoignaient naturellement le point bas le plus proche : le ruisseau de La Jonche.
À cette époque, la conscience écologique et les normes de dépollution étaient inexistantes. Ces eaux de ruissellement, chargées de soufre et acidifiées par leur passage sur les roches minières, ne subissaient aucun traitement. Elles étaient rejetées directement dans le milieu naturel. Une partie de ces effluents pollués finissait irrémédiablement par s’infiltrer dans les sols, contaminant ainsi la nappe phréatique.
Qu’est-ce qu’un puits d’exhaure ?
Dans le langage minier, l’exhaure désigne l’ensemble des techniques permettant d’évacuer les eaux d’infiltration hors de la mine. Un « puits d’exhaure » est donc un puits vertical équipé de puissantes pompes et de tuyauteries, dont la fonction unique ou principale est de remonter ces eaux vers la surface.
Souvent, d’anciens puits d’extraction (qui servaient à remonter le charbon ou les hommes) étaient reconvertis en puits d’exhaure à la fin de leur vie productive, devenant ainsi les poumons hydrauliques de la concession.Mais ici il servait uniquement au puisage de l’eau.
1. La diversité des métiers : Une usine à ciel ouvert
Le personnel du jour était extrêmement stratifié. On y trouvait trois grands pôles :
-
Le traitement (Lavoirs et Cribles) : C’est le secteur le plus dur. L’anthracite sortant de la mine est mélangé à du schiste (stérile). Au Villaret ou aux Rioux, les ouvriers (et longtemps les ouvrières) triaient le charbon sur des tapis roulants.
-
Les Ateliers Centraux : Forgerons, mécaniciens, électriciens, menuisiers. C’était l’élite technique. Ils réparaient les marteaux-piqueurs, entretenaient les bennes et les câbles des puits. Sans eux, le fond s’arrêtait.
-
Les « Grands Bureaux » et l’administratif : Comptables, géomètres, ingénieurs et personnel médical. Ils géraient la paie, les plans des galeries et la santé des mineurs.
2. Les conditions de travail : Bruit, poussière et froid
Contrairement au fond où la température est constante (environ 15-18°C à La Mure), le personnel du jour subissait le climat rude du plateau matheysin.
-
L’exposition aux éléments : Dans les installations de triage (souvent de grands hangars en tôle mal isolés), les ouvriers travaillaient dans un froid glacial l’hiver, avec des courants d’air permanents.
-
La poussière et le bruit : Les cribles (tamis géants) et les concasseurs généraient un vacarme assourdissant et une poussière fine d’anthracite, tout aussi nocive que celle du fond. Les « trieurs » finissaient la journée aussi noirs que ceux qui remontaient du puits.
-
Le danger mécanique : Si le risque d’éboulement était absent, le danger venait des machines, des courroies de transmission et du mouvement incessant des trains du SGLM (Chemin de fer de La Mure) qui manoeuvraient sous les trémies.
3. La place singulière des femmes : Les « Trieuses »
Le bassin de La Mure a longtemps employé des femmes au jour, une pratique qui a perduré jusqu’aux années 1960-70.
-
Le triage manuel : Elles étaient affectées au retrait des pierres sur les tapis de charbon. C’était un travail répétitif, épuisant pour le dos et les mains, effectué dans une atmosphère saturée de poussière.
-
Évolution : Avec la modernisation des lavoirs (séparation par densité dans des bains de liqueur dense), leur nombre a diminué, les postes devenant plus techniques et masculinisés.
4. Vie sociale et Statut : Mineurs à part entière
Un point crucial : le personnel du jour bénéficiait du Statut du Mineur de 1946.
-
Mêmes avantages : Ils avaient droit au logement gratuit (les cités), au charbon de chauffage, aux soins gratuits à la Société de Secours minière et aux colonies de vacances pour leurs enfants.
-
La retraite : C’était le point de friction majeur. Les ouvriers du jour devaient travailler plus longtemps que ceux du fond (qui partaient à 50 ou 55 ans) pour obtenir leur retraite à taux plein. Cela créait une distinction sociale nette au sein de la cité.
5. La dynamique « Jour / Fond » : Une solidarité complexe
-
Le complexe de la surface : Il existait parfois une tension symbolique. Les mineurs du fond se considéraient comme les seuls « vrais » mineurs, ceux qui risquaient leur vie. Les gens du jour étaient parfois vus comme des privilégiés, bien que leur travail soit essentiel.
-
L’union dans la lutte : Lors des grandes grèves (1948, 1963), cette distinction disparaissait. Le personnel du jour (notamment les ateliers et le transport) était le premier à bloquer l’outil de production pour soutenir les revendications globales.
-
La sentinelle du drame : Le personnel du jour était le premier témoin des accidents. C’est eux qui voyaient arriver les ambulances au carreau de la mine et qui géraient l’angoisse des familles accourant aux grilles du puits.
6. L’héritage architectural
Aujourd’hui, les vestiges les plus visibles à La Mure sont ceux du « Jour » :
-
Le Puits du Villaret et son chevalement (classé).
-
Les Grands Bureaux qui témoignent de la puissance administrative des HBD.
-
Les Ateliers reconvertis pour certains en zones d’activités.
Le site aujourd’hui
Lors de l’arrêt définitif de l’exploitation en 1997, le site a été traité selon les procédures de mise en sécurité :
-
Le puits a été scellé par un bouchon de béton.
-
Le bâtiment abritant la machinerie a été détruit.
Il ne reste aujourd’hui aucune trace visible de cet ouvrage en surface, mais son histoire nous rappelle que l’exploitation minière était une lutte constante non seulement pour extraire des ressources, mais aussi pour maîtriser les réactions physico-chimiques de la terre.
Foire Aux Questions du puits Charvet
1. Des mineurs descendaient-ils dans le Puits Charvet pour extraire du charbon ?
Non. C’est la confusion la plus fréquente. Contrairement aux puits d’extraction (comme le puits Villaret), le Puits Charvet n’était pas destiné à la circulation du personnel ni à la remontée du minerai. C’était un ouvrage exclusivement technique, sans cage d’ascenseur pour les hommes.
2. À quoi servait ce puits s’il ne produisait pas de charbon ?
C’était un puits d’exhaure, c’est-à-dire une station de pompage industrielle. Son rôle unique était de puiser de l’eau en grande profondeur pour la remonter en surface via des tuyauteries fixées sur la tête de puits.
3. Pourquoi fallait-il pomper de l’eau pour arroser le terril ?
Le terril (la montagne de déchets miniers) contient des schistes mêlés à de la pyrite et des résidus de charbon. Au contact de l’air et de l’humidité, ces matériaux s’oxydent et chauffent : c’est le phénomène d’auto-combustion. Sans un arrosage constant assuré par le Puits Charvet, le terril risquait de prendre feu spontanément, dégageant des fumées toxiques et menaçant de s’effondrer.
4. Quelles sont les dimensions de cet ouvrage ?
Bien que n’étant pas un puits d’extraction, le Puits Charvet reste une prouesse technique. Comme indiqué dans la fiche technique de l’article, il atteint une profondeur impressionnante (voir données ci-dessus) avec un diamètre conséquent pour permettre le passage des pompes et le débit nécessaire à la sécurité du site.
5. D‘où venait l’eau pompée ?
Le forage descendait suffisamment bas pour capter les eaux d’infiltration naturelles ou les eaux accumulées dans les « vieux travaux » (anciennes galeries abandonnées et noyées), transformant ainsi la nuisance de l’eau souterraine en une ressource de sécurité pour la surface.
Poursuivez votre exploration
Retrouvez l’histoire du puits du Villaret
L’histoire de son terril
Et l’histoire de son exploitation
Sources et sites officiels
1. Les Institutions & Archives
-
Le Musée La Mine Image (La Motte-d’Aveillans)
-
Pourquoi : C’est LA référence muséale du bassin minier du Dauphiné.
-
URL : https://www.mine-image.com/
-
Idée d’intégration : « Pour comprendre la vie des mineurs du plateau, une visite s’impose au musée souterrain de [La Mine Image]… »
-
-
Géorisques (Ministère de la Transition Écologique)
-
Pourquoi : Pour valider l’aspect technique des risques (feux de terril, affaissements) et l’après-mine.
-
URL : https://www.georisques.gouv.fr/articles-risques/risques-miniers
-
Idée d’intégration : « La gestion des risques, notamment l’échauffement des terrils, est aujourd’hui surveillée dans le cadre de la prévention des [risques miniers]… »
-
-
Archives Départementales de l’Isère
-
Pourquoi : Si vous avez utilisé des sources de chez eux.
-
URL : https://archives.isere.fr/
-
Idée d’intégration : « Certains plans de coupe sont issus des fonds conservés aux [Archives Départementales de l’Isère]… »
-
2. Le Contexte Géographique & Touristique
-
Matheysine Tourisme
-
Pourquoi : Pour situer Susville dans son territoire actuel.
-
URL : https://www.matheysine-tourisme.com/fr/decouvrir/incontournables/le-patrimoine-minier/
-
Idée d’intégration : « Le Puits Charvet est l’un des nombreux vestiges du [patrimoine minier de la Matheysine]… »
-
-
Le Petit Train de La Mure (EDEIS)
-
Pourquoi : Pour faire le lien avec le transport ferroviaire dont nous avons parlé.
-
URL : https://lepetittraindelamure.com/
-
Idée d’intégration : « L’exploitation du charbon à Susville était intrinsèquement liée au réseau ferroviaire, aujourd’hui reconverti en site touristique avec le [Petit Train de La Mure]… »
-
3. Les Outils Cartographiques
-
Remonter le Temps (IGN)
-
Pourquoi : C’est un outil fabuleux pour comparer les photos aériennes des années 1950/60 avec aujourd’hui.
-
URL : https://remonterletemps.ign.fr/
-
Idée d’intégration : « Il est possible de visualiser l’évolution du site et la disparition des bâtiments grâce aux outils de l’IGN comme [Remonter le Temps]… »
-
-
Infoterre (BRGM)
-
Pourquoi : Pour ceux qui cherchent les dossiers du sous-sol (BSS).
-
URL : http://infoterre.brgm.fr/
-
Idée d’intégration : « Les données techniques des ouvrages miniers sont répertoriées par le BRGM sur le portail [InfoTerre]… »
-
Bibliographie
-
1. Archives et Rapports Techniques
C’est ici que se trouvent les données brutes (profondeur, dates, fermeture) que vous utilisez.
-
BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières). Dossier des ouvrages débouchant au jour – Département de l’Isère. Fiches signalétiques de la Banque du Sous-Sol (BSS).
-
Charbonnages de France / Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD). Dossier d’Arrêt Définitif des Travaux (DADT) de la concession de La Mure. 1997. (Consultable aux Archives Départementales de l’Isère ou via la DREAL).
-
Archives Départementales de l’Isère. Fonds des Houillères du Bassin du Dauphiné. Série continue (notamment les plans de surface du Villaret et les registres d’entretien des pompes).
2. Ouvrages de Référence sur le Bassin
Ces livres contextuels mentionnent les installations de Susville et l’histoire technique du bassin.
-
GUIOLLARD, Pierre-Christian. Les chevalements des houillères françaises. Éditions P.C. Guiollard, 1993.
-
Note : L’auteur est la référence absolue pour l’inventaire des têtes de puits en France.
-
-
DÉSIRÉ-MARCHAND, José. La grande aventure des mineurs en Dauphiné : l’histoire des « Gueules noires » de la Mure. Éditions des Cahiers de l’Alpe, 1980.
-
Note : Indispensable pour le contexte social et humain autour des puits de Susville.
-
-
DOLFUS, M. Le bassin houiller de La Mure (Isère). In Revue de l’Industrie Minérale, éditions de la Sim, numéros divers (années 1950-1970 pour la période d’activité).
3. Publications Locales et Mémoire
-
LA MINE IMAGE (Musée Souterrain). Mémoire de la Mine en Matheysine. Ouvrages et plaquettes édités par l’association de sauvegarde du site de la Motte-d’Aveillans.
-
VACHEZ, Colette. La Mure et la Matheysine. Éditions Alan Sutton, coll. « Mémoire en images », 2000.
-
Note : Contient souvent des cartes postales et photos d’époque des installations de surface avant démolition.
-
-
Voir la carte
Galerie Photos
Utilisez les touches de direction pour faire défiler les photos