Les Galeries des Boines : archéologie d’une épopée minière en Dauphiné

Dans le paysage apaisé des Signaraux se cachent les cicatrices d’une épopée industrielle oubliée. À travers l’inventaire des galeries des Boines, nous plongeons dans la réalité concrète d’une exploitation minière…

Au cœur des paysages sauvages du Dauphiné, les galeries des Boines demeurent les témoins silencieux d’une épopée minière méconnue. Entre prouesses techniques et échecs géologiques, cet inventaire archéologique retrace l’histoire d’une exploitation marquée par la persévérance des hommes. À travers l’analyse des archives et le croisement des témoignages de terrain, nous explorons ici les vestiges d’un sous-sol qui, bien qu’abandonné, continue de raconter la transformation industrielle de notre territoire.

Informations pratiques

Caractéristique Données historiques & techniques
Localisation Les Signaraux, La Motte d’Aveillans
Nature du gisement Anthracite
Période d’exploitation 1834 – 1908 exploitation par intermittence
Type d’ouvrages Galeries à flanc de coteau 
Secteurs identifiés B1, B2, B3, B4, B5, B6, B7 dite galerie Etienne
État actuel Les galeries sont aujourd’hui effondrés et difficilement visibles
Accès Site de la station de ski des Signaraux 

Cartographie et structuration du site minier des Boines

L’inventaire archéologique et minier du site permet de dresser un état des lieux précis de l’exploitation. Le périmètre de la concession s’articule autour de sept galeries principales, s’échelonnant de 1 250 à 1 400 mètres d’altitude, complétées par six zones de « grattage » d’affleurements situées dans une combe voisine, témoins d’une recherche artisanale du combustible.

Infrastructures logistiques

La topographie exigeante du secteur a nécessité des aménagements logistiques d’envergure pour l’époque. On note la présence sur le site de deux télébenne, dont l’un était spécifiquement dédié à l’acheminement du minerai brut vers une station de lavage dédiée. Ces infrastructures attestent d’une volonté d’industrialisation réelle, malgré les contraintes du terrain.

Géologie et déconvenues minières

Les campagnes de travaux ont permis de reconnaître les couches dites « Henriette » et « Trois Bancs ». Toutefois, la géologie tourmentée du secteur a rapidement montré ses limites : l’impossibilité de suivre ces veines de manière continue a précipité l’abandon de l’exploitation. Par ailleurs, les espoirs des concessionnaires furent déçus, les couches productives supérieures — telles que la couche « Roland » et la « Grande Couche » — n’ayant jamais pu être localisées sur le périmètre de la concession.

Organisation spatiale des travaux

Les vestiges se répartissent en deux secteurs distincts, reflétant des logiques d’exploration différentes :

  • Le premier secteur (Galeries B1, B2, B3 et B7) : Ces ouvrages s’alignent le long d’un axe commun, malgré des variations altitudinales marquées. La galerie B7, bien qu’isolée par son altitude nettement inférieure, semble appartenir à cette même logique d’exploitation.

  • Le second secteur (Galeries B4, B5 et B6) : Ces travaux se développent sur un axe approximativement perpendiculaire au premier, illustrant une tentative de prospection multidirectionnelle.

Malgré cette structuration, il demeure difficile, en l’état actuel des recherches, de corréler avec certitude les couches exploitées à leurs secteurs respectifs. Cette incertitude renforce le caractère mystérieux de cette concession, où la complexité géologique a durablement entravé les ambitions industrielles du XIXe siècle.


La galerie B7, dite « galerie Étienne » : le dernier vestige des Boines

La galerie B7, surnommée « galerie Étienne » en hommage au dernier propriétaire de la concession, occupe une place particulière dans l’histoire minière des Boines. Située sous l’actuel parking de la station des Signaraux, elle apparaît comme le témoin ultime de l’activité du site.

Une exploitation persistante et clandestine

Si la concession officielle s’est arrêtée en 1848, le site des Signaraux semble avoir connu une vie prolongée. Des témoignages oraux concordants indiquent que l’extraction du charbon s’est poursuivie bien après la fermeture officielle, notamment durant l’Occupation. Pour pallier les pénuries, les habitants de La Motte auraient exploité le gisement de manière clandestine, bravant les risques pour alimenter les foyers mottois. Cette hypothèse ferait de la galerie B7 la plus récente des structures ouvertes sur le site.

Analyse cartographique et mutations du paysage

L’étude comparative des cartes et photographies aériennes révèle une transformation radicale du secteur :

  • La voie de roulage : Des relevés suggèrent l’existence d’une voie de desserte reliant la galerie en direction du gîte de l’Oriel du Sénépy. Une photographie aérienne du 20 août 1969 confirme la présence d’une plateforme (un « carreau ») et d’un tracé de roulage, alors que la route actuelle n’existait pas encore en 1950.

  • L’impact de la station de ski : L’aménagement de la station en 1971 a profondément remodelé le terrain. Les clichés aériens de 1974 montrent clairement l’apparition du parking, du foyer et de la remontée mécanique, effaçant une grande partie des stigmates de l’exploitation minière ancienne.

Vie quotidienne et infrastructures disparues

Le témoignage de Maurice Darier offre un éclairage précieux sur les conditions de travail à la galerie B7. Il mentionne deux galeries adjacentes, dont l’une aurait servi de « Sainte Barbe » (lieu de culte et de protection des mineurs). À proximité, les vestiges d’un bâtiment — dont subsistaient, selon ses dires, des carreaux et un lavabo — laissent imaginer une structure dédiée à la vie des mineurs : cantine ou dortoir, évitant aux équipes les allers-retours quotidiens depuis La Motte.

Bien que les photographies aériennes de 1948 manquent de résolution pour confirmer formellement cette construction, son existence demeure historiquement plausible. De même, un bâtiment de stockage pour le charbon, toujours visible aujourd’hui, soulève des questions : a-t-il été édifié pour la galerie Étienne, ou fut-il utilisé par les mines voisines de Serre Leycon ? La chronologie exacte de ces structures reste, à ce jour, un mystère à élucider.

Vestige de la galerie B7 dite Etienne des Boines

Focus sur le secteur supérieur : Les galeries B1, B2 et B3

Le secteur regroupant les galeries B1, B2 et B3 constitue un ensemble cohérent de l’exploitation des Boines. Ces trois ouvrages, alignés sur un même axe et s’échelonnant en altitude, visaient très probablement l’extraction d’une même veine de charbon.

Voici la répartition altitudinale de ce groupe :

  • Galerie B3 (1349 m) : Point bas du secteur, elle est aujourd’hui dissimulée par un bosquet. Seul un petit razzier (amas de déblais) s’étirant dans la pente révèle son emplacement. L’entrée de la galerie est désormais presque totalement effacée, si ce n’est par une zone humide persistante à ses abords.

  • Galerie B2 (1372 m) : Occupant la position médiane, cette galerie se distingue par une importante venue d’eau. Ce drainage naturel a progressivement entaillé le razzier, mettant à nu les stigmates de l’activité souterraine.

  • Galerie B1 (1393 m) : Située au-dessus du sentier principal, cette galerie est la plus discrète. Seul le volume de déblais rejeté en contrebas du chemin permet aujourd’hui d’attester de l’existence de travaux miniers à ce niveau.

Un bilan d’exploitation mesuré

Le volume total des déblais extraits de ces trois galeries reste relativement faible, confirmant le caractère intermittent et peu productif de la concession. Pourtant, la présence à proximité d’un télébenne de transport — dont l’infrastructure était constituée de poteaux en bois — témoigne de l’ambition initiale des exploitants et de la nécessité d’évacuer le charbon par des moyens mécaniques, malgré l’isolement du site. (Nous reviendrons plus en détail sur les caractéristiques de ce téléphérique dans une prochaine partie).

Vestige de la galerie B2 Les Boines

Exploration du secteur B4 et B5 : les vestiges silencieux

En décalage avec le secteur précédent, l’alignement des galeries B4 et B5 révèle une exploitation plus discrète, voire incertaine. Ces deux points de percée, situés sur un axe commun, visaient manifestement l’exploitation d’une veine de charbon unique, bien que les traces laissées au sol soient aujourd’hui ténues.

Des structures de faible envergure

  • Galerie B5 (1329 m) : Il s’agit du point le plus bas de cet ensemble. Cette galerie se signale aujourd’hui par une importante venue d’eau, exploitée depuis plusieurs années comme source de captage pour les besoins de la station. En raison de cet aménagement, la zone est désormais clôturée pour des raisons sanitaires. À proximité, un razzier, progressivement recouvert par la végétation, demeure le seul témoin visible de l’activité minière passée. En raison de sa discrétion en bordure de sentier, elle échappe fréquemment à l’attention des promeneurs.

  • Galerie B4 (1365 m) : Située en surplomb dans une zone peu boisée, cette galerie est encore plus évanescente. Elle ne se manifeste plus que par une légère dépression au sol, que l’on pourrait, à première vue, confondre avec les traces d’un « grattage » de surface. L’entrée de la galerie a quasiment disparu ; son existence est toutefois formellement confirmée par les rapports de mise en sécurité datés de 1999. Fait notable, aucune trace significative de razzier n’a pu être relevée aux abords immédiats.

Conclusion sur le potentiel géologique

L’absence de déblais massifs et la faible lisibilité de ces ouvrages confirment que les travaux dans ce secteur n’ont sans doute jamais atteint une phase industrielle soutenue. Ces galeries, bien que répertoriées, illustrent la difficulté des exploitants des Boines à exploiter durablement une ressource dont la continuité géologique leur a fait, ici encore, cruellement défaut.

Venue d’eau du vestige de la galerie B5

La galerie B6 et la complexité logistique des Boines

La galerie B6, située à 1312 mètres d’altitude, ferme cet ensemble de travaux miniers. Par sa proximité immédiate avec les galeries B4 et B5, il est fort probable qu’elle ait ciblé les mêmes couches de charbon. Aujourd’hui, l’entrée est marquée par une zone humide persistante — devenue un point d’eau prisé par la faune locale — mais les traces d’extraction en surface ont presque totalement disparu. Seul le rapport officiel de mise en sécurité du BRGM (1999) permet d’attester formellement de l’activité minière en ce point précis.

Une exploitation de part et d’autre de la crête

L’un des aspects les plus fascinants de la concession des Boines est l’exploitation simultanée des deux versants de la ligne de crête. Cette configuration a imposé le déploiement de deux dispositifs distincts d’évacuation du minerai :

  • Le plan incliné du versant « Boines » : Desservant le secteur de l’actuelle station de ski, ce plan incliné fonctionnait par gravité. Bien que les archives écrites soient lacunaires, le témoignage oral de Maurice Darier nous éclaire sur cette installation rudimentaire : des rails posés à même le sol et un système de traction par câble équipé d’un frein à bande, permettant de réguler la descente des wagonnets chargés. Malheureusement, les terrassements liés à la création des pistes de ski ont effacé toute trace des infrastructures (poteaux, poulies, rails). Seul le tracé du plan incliné reste devinable en hiver, à la faveur de la végétation basse, passant à proximité de la galerie B5.

  • Les galeries « orphelines » du second versant : De l’autre côté de la crête, les vestiges témoignent d’une activité plus intensive. La taille imposante des razziers atteste de l’importance de ce secteur, qui justifiait la présence d’une télébenne de transport acheminant le minerai vers une plateforme de lavage. Selon le témoignage de M. Darier, il s’agissait probablement d’un système à câble unique, à la fois porteur et tracteur, muni d’un mécanisme de freinage sur poulie. Ces galeries, absentes des données du BRGM, sont aujourd’hui qualifiées de « galeries orphelines ».


Un témoignage extrèmement tenu de la galerie a proximité immédiate du plan incliné

Traces au sol et enjeux de terrain

Sur le terrain, la lecture des vestiges reste un défi. Une voie de roulage est encore identifiable : elle relie la galerie B2 à la ligne de crête, passant au-dessus de la galerie B4 et contournant un important site de grattage (noté G11). Ce dernier pourrait, selon nos hypothèses, dissimuler l’entrée d’une galerie oubliée.

Dans l’ensemble, l’emprise des activités minières aux Boines révèle une ingéniosité technique mise au service d’une rentabilité complexe. Hélas, l’érosion naturelle, le pâturage et les aménagements anthropiques (station de ski) ont agi comme un voile, effaçant peu à peu les cicatrices de cette ère industrielle. La localisation précise de ces « oubliées de l’histoire » demeure aujourd’hui un travail de mémoire autant que d’archéologie industrielle.

Conclusion

La mine des Boines illustre parfaitement ces « petites » exploitations qui ont jalonné l’histoire du Dauphiné, souvent éclipsées par les grandes mines du bassin de La Mure. Visiter ces lieux, c’est rendre hommage à la rudesse du travail des mineurs de montagne qui, contre toute attente, ont tenté de dompter les entrailles de la terre.

Vous explorez le patrimoine minier dauphinois ? N’hésitez pas à partager vos découvertes ou vos photos de ce site chargé d’histoire dans les commentaires ci-dessous.

Foire Aux Questions concessions des Boines guide exploration

La concession des Boines désigne une ancienne zone d’exploitation minière située aux Signaraux (La Motte-d’Aveillans), dans le Dauphiné.[1] C’était un site d’extraction d’anthracite qui a connu une activité intermittente entre 1834 et 1908.


La plupart des galeries sont aujourd’hui effondrées, dissimulées par la végétation ou l’érosion. Elles sont difficilement visibles, voire invisibles pour le promeneur non averti. La prudence est de mise car le terrain est instable et les structures minières anciennes présentent des risques.


La galerie B7 est le vestige le plus marquant du site. Elle porte le nom du dernier propriétaire de la concession. On pense qu’elle a connu une activité prolongée, notamment de manière clandestine durant la Seconde Guerre mondiale, lorsque les habitants exploitaient le gisement pour pallier les pénuries de charbon.


La plupart des galeries sont aujourd’hui effondrées, dissimulées par la végétation ou l’érosion. Elles sont difficilement visibles, voire invisibles pour le promeneur non averti. La prudence est de mise car le terrain est instable et les structures minières anciennes présentent des risques.


L’exploitation minière des Boines a été stoppée principalement par des contraintes géologiques : les veines de charbon étaient difficiles à suivre de manière continue, et les couches les plus productives espérées par les concessionnaires n’ont jamais été localisées. Le site n’a jamais atteint une rentabilité industrielle soutenue.


L’aménagement de la station de ski des Signaraux en 1971 a profondément remodelé le paysage. Les terrassements nécessaires pour créer le parking, le foyer et les pistes de ski ont effacé une grande partie des traces visibles de l’exploitation minière ancienne (rails, plans inclinés, structures annexes).


Le terme « galerie orpheline » désigne des ouvrages miniers (notamment sur le versant opposé à la station) dont les traces ont été retrouvées sur le terrain, mais qui ne figurent pas dans les archives officielles du BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières). Leur existence témoigne d’une exploitation locale moins formalisée ou oubliée.

Où se situe exactement le site et est-il accessible au public ?

Le site se situe sur le secteur de la station de ski des Signaraux, à La Motte-d’Aveillans.[1] Si vous pouvez vous promener dans le secteur de la station, gardez à l’esprit que les vestiges miniers sont situés dans un environnement naturel et parfois protégé (captage d’eau, terrain privé ou zones instables).[1] Respectez les clôtures et la signalisation.


Le site se situe sur le secteur de la station de ski des Signaraux, à La Motte-d’Aveillans. Si vous pouvez vous promener dans le secteur de la station, gardez à l’esprit que les vestiges miniers sont situés dans un environnement naturel et parfois protégé (captage d’eau, terrain privé ou zones instables). Respectez les clôtures et la signalisation.


Poursuivez votre exploration

Les Boines font partie de l’ensemble des mines de la Matheysine

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La concession des Boines et de Serre Leycon la plateforme de lavage

Sources et sites officiels 

1. Portails officiels de référence (données techniques)

Ces sites sont les sources primaires utilisées par les chercheurs et les historiens locaux pour documenter l’existence et la localisation des anciennes galeries.

  • Géorisques (Portail du BRGM/État) : https://www.georisques.gouv.fr/

    • Usage : C’est l’outil de référence pour consulter l’Inventaire des anciennes mines. En consultant la carte interactive, vous pouvez localiser les zones de travaux miniers connus et les rapports de mise en sécurité (comme ceux mentionnés dans votre article pour 1999). Tapez « La Motte-d’Aveillans » dans la barre de recherche du portail.

  • BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) : https://www.brgm.fr/

    • Usage : Pour des informations plus générales sur l’histoire géologique du bassin houiller de La Mure.

2. Mémoire et Patrimoine industriel local

Ces sites offrent un contexte historique et culturel sur l’exploitation minière dans le bassin de La Mure, incluant les aspects sociaux et les témoignages.

  • Musée Mine Image (La Motte-d’Aveillans) : https://www.mine-image.com/

    • Usage : Situé à proximité immédiate des Boines, c’est le lieu incontournable pour comprendre l’histoire de l’anthracite dans le Dauphiné. Ils possèdent des archives et des connaissances sur les petites concessions aux alentours. Il peut être très utile de les contacter pour des précisions historiques sur la galerie B7 ou les témoignages oraux

Bibliographie 

  • BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières). Rapports de mise en sécurité des cavités souterraines (Inventaire des anciennes mines).

    • Note : L’article cite explicitement des rapports de 1999. Ces documents sont des sources primaires techniques incontournables pour l’existence historique de ces galeries.

  • Le Dauphiné Libéré (Éditions de). Mémoire de mineur : La Mure. (Collection d’archives et témoignages).

    • Note : Utile pour recouper les aspects de la vie quotidienne et les témoignages oraux (comme celui mentionné de M. Maurice Darier).

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