Photographie de 2010 montrant l'entrée d'une galerie minière en pierre, identifiée comme le Niveau 21, située au bord du Drac. L'eau s'est retirée, laissant apparaître une grille de fer sombre et massive qui condamne l'accès à la galerie. Les parois rocheuses et le sol humide autour de l'entrée témoignent de la baisse récente du niveau de l'eau.

Mémoire de fer et d’eau : La galerie d’exhaure du Niveau 21

Imaginez un tunnel de plus de 3 kilomètres, creusé à la main et à l’explosif, aujourd’hui silencieux et invisible, dormant sous des millions de mètres cubes d’eau. C’est le destin de la Galerie du Niveau 21 de Saint-Arey.
Situé sur la commune de La Motte d’Aveillans, cet ouvrage d’art est un témoin clé de l’histoire des Houillères du Dauphiné, désormais caché par le Lac de Monteynard. Plongée dans l’histoire d’une galerie fantôme.

Cet article explore la galerie d’exhaure du niveau 21 des mines de La Motte-d’Aveillans, ouvrage hydraulique crucial du bassin minier de la Matheysine. Cette infrastructure stratégique permettait l’évacuation des eaux d’infiltration vers le Drac, garantissant ainsi la sécurité des chantiers de fond de la Société des Mines de la Mure. Le reportage documente avec précision l’architecture maçonnée de ce tunnel technique, témoignant du génie civil souterrain de l’époque. C’est une immersion inédite au cœur des réseaux logistiques qui ont soutenu l’exploitation charbonnière dauphinoise.

Informations pratiques

Catégorie Détails Techniques & Historiques
Désignation officielle Galerie d’exhaure du Niveau 21
Exploitant historique Compagnie des Mines d’Anthracite de La Mure (puis HBD)
Localisation Commune de Saint-Arey 
Concession rattachée Concession de La Jonche (1610 hectares)
Fonction primaire Exhaure gravitaire (drainage des eaux vers le Drac)
Matériau extrait Anthracite (Bassin houiller du Dauphiné)
Longueur totale ~ 3 600 mètres (3,6 km)
Chronologie de percement 1919 (début) — 1948 (achèvement complet)
Ouvrages liés Puits des Rioux (jonction effectuée entre 1942 et 1946)
Architecture souterraine Voûtes maçonnées (pierres de taille et briques), cadres en bois, renforcements métalliques
Incident majeur Effondrement à la « cote 1380 » en 1952 (déblayage en 1954)
Statut actuel Ennoyée (sous les eaux du Lac de Monteynard depuis 1962)
Visibilité Uniquement lors des vidanges décennales du barrage de Monteynard

La Galerie du Niveau 21 : Un destin lié aux mutations du bassin de La Mure

L’histoire de la galerie du niveau 21 est indissociable de celle de la concession de Jonche, créée officiellement le 12 août 1919. Malgré son potentiel, cette exploitation se heurta rapidement à une réalité géographique impitoyable : située au fond des gorges encaissées du Drac, la difficulté d’accès aux chantiers rendit toute rentabilité impossible.

Face à ces obstacles logistiques, la concession fut absorbée par la puissante Compagnie des Mines de La Mure. Fondée en 1856, cette dernière menait alors une stratégie active de rachat des petites concessions environnantes pour consolider le bassin. Sous cette nouvelle égide, la galerie du niveau 21 trouva une seconde vie technique : elle fut réaménagée pour devenir la galerie d’exhaure (évacuation des eaux) du puits des Rioux.

Ce n’est qu’en 1946, lors de la nationalisation des énergies, que l’ouvrage bascula dans le giron des Houillères du Bassin Dauphinois (HBD), marquant ainsi la fin de l’ère des compagnies privées et l’intégration de la galerie dans le grand ensemble industriel d’État.

Un chantier interminable (1919-1948)[

L’histoire de la galerie commence avec la concession de La Jonche, un vaste territoire de 1610 hectares couvrant Mayres, Saint-Arey et Prunières, attribué en 1915. Lorsque la puissante Compagnie des Mines d’Anthracite de La Mure rachète cette concession pour étendre son empire souterrain, elle lance un chantier titanesque.

Le creusement débute en 1919. Il faudra attendre 1948 pour qu’il soit totalement achevé. Pourquoi si long ?

  • Le chantier a subi de très nombreuses interruptions (guerres, crises économiques).

  • La jonction finale s’est faite avec une galerie venant du Puits des Rioux (creusée, elle, entre 1942 et 1946).

Au final, la galerie atteint une longueur impressionnante pour l’époque : 3,6 kilomètres.

Note
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Le défi temporel : Les 29 ans nécessaires à sa complétion (1919-1948) s’expliquent par les interruptions liées aux deux Guerres mondiales et aux crises économiques, mais aussi par la complexité géologique des synclinaux de La Jonche.
L’importance stratégique : Le Niveau 21 était le point bas névralgique du réseau. Sa défaillance en 1952 a failli condamner l’exploitation profonde en provoquant une remontée des eaux sur plus de 2 mètres de hauteur dans les galeries de service.
Le sacrifice patrimonial : L’engloutissement de 1962 marque la transition énergétique du Dauphiné : la fin de la primauté du charbon au profit de l’hydroélectricité (EDF), scellant définitivement l’accès à ce témoin du génie civil souterrain.

Photographie de 2010 montrant l'entrée d'une galerie minière en pierre, identifiée comme le Niveau 21, située au bord du Drac. L'eau s'est retirée, laissant apparaître une grille de fer sombre et massive qui condamne l'accès à la galerie. Les parois rocheuses et le sol humide autour de l'entrée témoignent de la baisse récente du niveau de l'eau.

L’entrée de la galerie du Niveau 21 émergeant des eaux du Drac. Ce cliché exceptionnel, réalisé en 2010 à la faveur d’un étiage marqué du fleuve, documente les dispositifs de mise en sécurité (grille de condamnation) des anciens travaux de fond après l’ennoyage du site.

À quoi servait cette galerie ?

1. Le problème : La mine est une « éponge »

Quand on creuse une montagne pour faire une mine, on crée un réseau de trous géant. La pluie qui s’infiltre dans le sol et les sources souterraines finissent toujours par couler dans ces galeries.
Si on ne fait rien, la mine se remplit comme une baignoire et les mineurs ne peuvent plus travailler : ils seraient noyés.

2. La solution : Utiliser la gravité (La « Gouttière » géante)

Dans une mine de montagne avec plusieurs niveaux (étages), l’eau coule naturellement du haut vers le bas.
Au lieu de dépenser énormément d’argent et d’énergie avec des pompes électriques pour remonter l’eau tout en haut, les ingénieurs utilisent une astuce : ils choisissent la galerie la plus basse possible qui débouche sur l’extérieur (dans votre cas, au fond des gorges du Drac).

Cette galerie devient l’égout ou la gouttière principale de la mine :

  • Toute l’eau des étages supérieurs descend par des conduits naturels ou creusés.

  • Elle arrive au niveau le plus bas (le Niveau 21).

  • Elle s’écoule ensuite toute seule, naturellement et gratuitement, vers l’extérieur (la rivière).

3. Pourquoi c’est crucial ?

  • Sécurité : Elle évite que les galeries du fond ne soient brusquement inondées.

  • Économie : C’est le moyen le moins cher de garder une mine au sec. Pas besoin de pompes géantes qui tombent en panne, c’est la gravité qui travaille.

  • Survie de la mine : Souvent, une mine qui n’est plus rentable pour extraire du charbon (comme la concession de Jonche) reste utile uniquement pour son drainage. Si on bouchait le Niveau 21, les autres mines reliées autour (comme le Puits des Rioux) seraient rapidement noyées sous des millions de litres d’eau.

Le saviez-vous ?
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L’exhaure est le terme technique désignant l’évacuation des eaux souterraines. Sans exhaure, les galeries seraient rapidement inondées par les nappes phréatiques.

Photographie de l'intérieur d'une galerie de mine voûtée et sombre, identifiée comme le niveau 21. Le sol est jonché de débris et, sur le côté droit, on distingue nettement d'importantes couches de sédiments grisâtres et de boue laissées par les eaux. La perspective montre la profondeur du tunnel dont les parois portent des traces d'humidité et d'érosion hydraulique.

Témoignage des processus de sédimentation souterraine lors d’un étiage exceptionnel du Drac. Ce document illustre l’interaction entre le réseau hydrographique de surface et les anciens travaux miniers ennoyés.

Note technique : Pourquoi la brique ?
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À la fin du XIXe siècle, la brique supplante souvent la pierre de taille dans les galeries de mine. Sa standardisation permet une mise en œuvre industrielle : les voûtes sont montées rapidement, sans nécessiter d’artisans tailleurs de pierre hautement qualifiés.
Au-delà du gain de temps, la brique offre un avantage structurel : sa porosité relative lui permet de mieux « respirer » face aux infiltrations. Là où une maçonnerie de pierre trop rigide pourrait éclater sous la pression de l’eau, la brique offre une souplesse qui préserve l’intégrité de la galerie.

L’effondrement de 1952 : La mine en péril

La nature reprend parfois ses droits violemment. En 1952, une catastrophe se produit : la galerie s’effondre à la « cote 1380 » (une mesure de distance interne).

Les conséquences furent immédiates :

  1. L’éboulement a agi comme un barrage, ralentissant l’évacuation de l’eau.

  2. Des sédiments et de la boue se sont accumulés, faisant monter le niveau de l’eau jusqu’à 2 mètres de hauteur dans la galerie.

Il a fallu attendre 1954 pour qu’une opération de sauvetage de la galerie soit lancée. Les équipes ont dû évacuer des quantités massives de boue pour restaurer le débit et sauver l’exploitation des niveaux inférieurs.


Photographie historique d'une entrée de galerie minière en pierre au ras de l'eau. L'ouverture, de forme voûtée, laisse s'écouler un mince filet d'eau vers le lit du Drac. Les parois rocheuses environnantes sont marquées par l'érosion et l'humidité.

Vue de la galerie d’exhaure du Niveau 21 lors d’une décrue du Drac – 2010.

À cette époque (1900-1930), la méthode repose sur la prudence, le travail manuel et l’utilisation de sondages de reconnaissance. On ne « fonce » jamais directement dans l’éboulement sous peine de provoquer une rupture brutale qui emporterait tout le monde.

Voici les étapes techniques telles qu’elles étaient pratiquées :

Le Sondage de Reconnaissance (La priorité absolue)

Avant de toucher aux décombres, il faut impérativement vider l’eau de manière contrôlée.

  • La technique : On utilise une perforatrice manuelle ou pneumatique (déjà courante début XXe) pour forer un trou de petit diamètre à travers l’éboulement ou à travers le « stot » (le pilier de roche restant).

  • Le tube à clapet : On insère dans ce trou un tube métallique scellé avec un robinet ou une vanne à l’extrémité. On perce ensuite le dernier mètre de roche à l’intérieur du tube.

  • L’évacuation : On ouvre la vanne pour laisser l’eau s’écouler progressivement dans les rigoles de la galerie saine (l’exhaure). Cela permet de faire baisser la pression hydrostatique sans risquer l’effondrement du bouchon de débris.

2. La gestion de l’air (Le danger des gaz)

L’eau stagnante depuis longtemps est un piège mortel :

  • Gaz toxiques : En s’écoulant, l’eau libère souvent du sulfure d’hydrogène (H2S) ou du dioxyde de carbone (CO2, les « mofettes »).

  • Grisou : Si la mine est grisouteuse, le vide libéré par l’eau peut se remplir de méthane.

  • Action : Les mineurs utilisent des lampes de sûreté (type Davy ou Wolf) pour surveiller l’oxygène et les gaz. On installe des « canars » (conduites d’air en bois ou en toile) pour pulser de l’air frais au front de taille.

Le déblaiement par « Petite Section »

Une fois l’eau évacuée (ou ramenée à un niveau gérable), on attaque l’éboulement.

  • Le boisage d’avancement : On ne déblaye pas tout d’un coup. On avance par « petites passes ». On installe des cadres en bois (chêne ou sapin) très serrés.

  • Le lançage de palplanches (ou poussage de garnissage) : Si les débris sont meubles (boue, gravats mouillés), on enfonce des planches pointues (des « palplanches ») à coups de masse au sommet du cadre de bois, dans la masse de l’éboulement, pour créer un « toit » protecteur avant de retirer les débris dessous.

Le risque de « Coup d’eau » résiduel

Même si le niveau a baissé, des poches d’eau peuvent rester prisonnières dans les interstices des débris.

  • Les mineurs travaillent souvent derrière un bouclier de bois (un barrage provisoire percé de trous) pour retenir une éventuelle poussée soudaine de boue.

  • Le travail se fait à la main (pic et pelle) pour « sentir » le terrain. Au moindre sifflement d’air ou suintement anormal, on évacue.

La consolidation finale

Dès qu’un passage est ouvert, on procède au « boisage de fer » (renforcement lourd) ou au maçonnage si la galerie doit redevenir pérenne. Dans les mines de la Matheysine ou de la Mure, la pression des terrains était telle qu’on utilisait souvent des cadres en bois doublés.

En résumé, l’équipement du mineur de 1910 pour cette tâche :

  • La lampe de sûreté (essentielle pour les gaz).

  • Le fleuret de sondage (pour percer et vider l’eau).

  • La hache et la scie (pour ajuster le boisage sur mesure).

  • La pompe à bras ou à vapeur (si la pente de la galerie ne permet pas l’écoulement naturel).

hotographie en perspective fuyante de l'intérieur d'une galerie minière souterraine au niveau 21. Les parois rocheuses sont sombres et présentent des traces d'humidité. Le sol semble aménagé pour l'évacuation des eaux (exhaure). La lumière, provenant probablement d'une lampe frontale ou d'un projecteur, révèle la structure voûtée du tunnel et l'étroitesse du passage, caractéristique des galeries de service technique du début du XXe siècle.

Vue intérieure de la galerie d’exhaure du niveau 21. Ce collecteur inférieur, photographié en 2010, assure l’assèchement des chantiers supérieurs par drainage gravitaire.

Note
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Une galerie dépouillée ?
L’absence de rails, câbles ou tuyaux n’est pas un hasard. Soit l’équipement a été récupéré lors du démantèlement de la mine, soit l’humidité extrême imposait une installation minimaliste dédiée uniquement à l’eau.

Comprendre les secrets de la galerie : ce que les parois nous racontent

En observant de près l’architecture de la galerie, on découvre une véritable machine à remonter le temps. Voici trois indices clés pour décrypter son histoire :

1. Un mélange de matériaux : la brique et la pierre

On remarque sur les parois une cohabitation entre la pierre de taille (calcaire) et la brique rouge.

  • La pierre : Témoigne des phases les plus anciennes de la mine ou des zones soumises à de fortes pressions rocheuses.

  • La brique : Marque l’ère industrielle (XIXe siècle). Plus rapide à poser, elle symbolise la modernisation de l’ouvrage.

  • Le petit plus : C’est une véritable « stratigraphie » visuelle : chaque matériau raconte une époque différente de la construction.

2. Les concrétions blanches : une mine « vivante »

Ces dépôts blancs que vous voyez sur les parois ne sont pas de simples taches. Ce sont des dépôts de calcite.

  • L’explication : L’eau s’infiltre à travers les couches de roche supérieures, dissout les minéraux et les redépose ici. C’est la preuve que, même des décennies après sa fermeture, la galerie reste un environnement chimiquement actif.

3. L’absence de rails : un tunnel dédié à l’eau

Un détail important saute aux yeux : l’absence totale de rails au fond de l’eau.

  • Le verdict : Cela confirme que cette galerie n’était pas utilisée pour transporter le charbon (le roulage). Sa mission était unique et vitale : servir de canal d’évacuation (exhaure) pour vider les eaux de la mine.

1. Le phénomène du « Paysan-Mineur » : Une spécificité matheysine

Jusqu’au début du XXe siècle, le mineur de La Mure n’est pas un ouvrier exclusif.

  • La double activité : C’est un montagnard qui possède quelques bêtes et un lopin de terre. Il travaille à la mine l’hiver ou quand les travaux des champs le permettent.

  • Le conflit d’agenda : Les compagnies privées se battaient contre l’absentéisme chronique lors des foires ou des moissons. Pour stabiliser cette main-d’œuvre volatile, les compagnies ont dû « professionnaliser » le métier en offrant des avantages que la terre ne donnait pas.

2. Des conditions de travail « à l’ancienne » (Manuelles et Animales)

Avant 1946, la mécanisation est balbutiante.

  • L’abattage à la main : Le travail se fait à la barre à mine, au pic et à la poudre noire. C’est un travail de force pure dans une atmosphère saturée de fumées de tir et de poussière d’anthracite.

  • L’éclairage : On utilise la chandelle, puis la lampe à huile, et enfin la lampe à acétylène (carbure). La lampe électrique de sécurité n’arrive que tardivement.

  • Le roulage : Dans les galeries, ce sont les hommes (souvent des jeunes, les « galibots ») qui poussent les bennes. Les chevaux sont introduits massivement dans les années 1870-1880 pour les galeries principales (comme la galerie de la Replat). Leur sort est tragique : ils passent souvent des années au fond sans voir le jour.

3. Le Paternalisme des Perier : « Tout par la Compagnie, pour la Compagnie »

La famille Perier (banquiers et industriels) a façonné La Mure. Le but était de fixer l’ouvrier et d’éviter la contagion des idées révolutionnaires.

  • Le logement : La Compagnie construit les premières cités (ex: Cité de la l’Église). Le logement est lié au contrat de travail : perdre son emploi, c’est perdre son toit.

  • Les économats : La Compagnie créait ses propres magasins où les mineurs achetaient leurs vivres. Cela permettait de récupérer une partie des salaires versés.

  • L’encadrement moral : La Compagnie finance l’église, les écoles religieuses et les fanfares. On soigne le corps (hôpital de la mine) pour que l’outil de production reste valide, mais on surveille aussi les esprits.

4. L’arrivée de la main-d’œuvre étrangère

Dès la fin du XIXe siècle, et surtout après l’hécatombe de la Grande Guerre (1914-1918), les locaux ne suffisent plus.

  • Les Italiens : Ils arrivent en masse dès les années 1880. Souvent mal vus au départ (car utilisés pour briser les grèves ou acceptant des salaires moindres), ils s’intègrent par le fond.

  • Les Polonais et les Grecs : Dans l’entre-deux-guerres, les concessions recrutent activement en Europe de l’Est.

  • La hiérarchie sociale : Une hiérarchie s’installe au fond : les locaux occupent souvent les postes de « porions » (chefs de chantier) ou de boutefeux, tandis que les immigrés sont affectés aux tâches les plus rudes au « pique ».

5. Les luttes sociales : L’éveil de la conscience ouvrière

Malgré le contrôle social, le bassin de La Mure est le théâtre de grèves mémorables.

  • La grève de 1906 : Dans le sillage de la catastrophe de Courrières (Nord), les mineurs de La Mure se soulèvent pour réclamer de meilleures conditions de sécurité et des augmentations de salaire.

  • Le syndicalisme rouge : Contrairement à d’autres bassins, le syndicalisme matheysin devient très combatif, porté par une haine du « grand capital » représenté par les actionnaires parisiens des mines.

  • Le tournant de la Guerre (1939-1945) : Pendant l’Occupation, les mineurs de La Mure jouent un rôle clé dans la Résistance (Maquis de l’Oisans et du Vercors). C’est cette force politique qui imposera la Nationalisation en 1946 pour « rendre la mine à la Nation ».

Synthèse pour votre analyse :

Si vous devez comparer cette époque à celle des HBD pour votre site web :

  • Avant 1946 : C’est l’époque des « Seigneurs de la Mine » (les Compagnies). Le profit prime, la sécurité est rudimentaire, mais une solidarité de village préexiste.

  • Après 1946 : C’est l’époque de la « Bataille du Charbon ». On rationalise, on mécanise, et le mineur devient un « héros de la reconstruction » avec un statut social protecteur garanti par l’État.

1962 : L’engloutissement par le barrage

Le destin de la Galerie du Niveau 21 bascule définitivement au début des années 60, non pas à cause de la mine, mais à cause de l’hydroélectricité.

La construction et la mise en eau du Barrage de Monteynard en 1962 ont scellé le sort de l’ouvrage. Située géographiquement bas dans la vallée, la galerie a été totalement noyée par la montée des eaux du lac artificiel. Cet événement a bouleversé la gestion de l’eau pour l’ensemble du réseau minier, obligeant les ingénieurs à repenser l’exhaure des niveaux profonds.

Le fantôme du lac (2010)

Aujourd’hui, la galerie est invisible. Cependant, lors de la vidange partielle du barrage en 2010, le niveau de l’eau a suffisamment baissé pour laisser réapparaître l’entrée de ce vieux tunnel, comme un spectre surgissant du passé.

Le devenir des eaux d’exhaure

Aujourd’hui, le voyage de l’eau ne s’arrête pas aux parois de la mine. Ces eaux d’exhaure, chargées en fer et en sulfates — ce qui leur donne parfois cette teinte orangée caractéristique — poursuivent leur chemin pour se mêler aux eaux du barrage du Drac. Ce flot continu unit ainsi, de manière invisible mais bien réelle, l’héritage industriel souterrain à l’écosystème actuel et aux grands paysages hydrauliques du Dauphiné.

La mine ne meurt jamais tout à fait ; elle continue de respirer et de drainer la montagne dans l’ombre.

AVERTISSEMENT : Les dangers invisibles des anciennes mines

Le patrimoine minier de notre région est un témoin de l’histoire, mais il constitue aujourd’hui un environnement hostile et instable. Contrairement aux grottes naturelles, les galeries de mine sont des ouvrages artificiels qui ne sont plus entretenus.

  1. Instabilité structurelle : L’humidité et le temps rongent les piliers et les boiseries. Un simple écho ou une vibration peut déclencher un effondrement.

  2. Atmosphère dangereuse : Dans les zones confinées, l’air peut s’appauvrir en oxygène ou se charger en radon (gaz radioactif naturel) ou en gaz toxiques issus de la décomposition des anciennes boiseries.

  3. Risque de chute : Les mines comportent souvent des liaisons verticales (puits de ventilation ou d’extraction) qui ne sont plus protégées. Une chute y est presque toujours fatale.

  4. Isolement : En cas d’accident sous terre, les secours sont extrêmement complexes, longs et mettent en péril la vie des sauveteurs.

Le saviez-vous ? La plupart des accidents mortels dans les mines abandonnées concernent des promeneurs ou des explorateurs non avertis. Respectez les barrières et le balisage.

Ce phénomène, redouté par les mineurs de l’époque sous le nom de ‘mofettes’ ou de ‘pousse’ (accumulation de gaz asphyxiants), rappelle que sans une ventilation active, la mine reprend ses droits et devient un environnement hostile à l’homme.

Foire Aux Questions la galerie du niveau 21 St Arey

L’exhaure désigne l’évacuation des eaux d’infiltration (nappes phréatiques, eaux de pluie) qui inondent naturellement les galeries souterraines. La galerie du Niveau 21 était un tunnel technique conçu spécifiquement pour drainer ces eaux par gravité vers l’extérieur (le ravin du Drac), évitant ainsi l’ennoyage des chantiers d’extraction situés en profondeur.

Dans le bassin minier de la Matheysine, les niveaux étaient souvent nommés en fonction de leur altitude ou d’une nomenclature interne à la compagnie. Le Niveau 21 correspond à l’un des points les plus bas du réseau de l’époque, situé bien en dessous des galeries de circulation principales du puits des Rioux.

La galerie d’exhaure du Niveau 21 prend naissance au pied du Puits des Rioux. C’est là que convergeaient les eaux collectées dans les différentes sections des mines de La Mure avant d’être canalisées vers cette sortie naturelle vers la vallée du Drac.

Lors de la mise en eau du barrage de Monteynard en 1962, la vallée du Drac a été engloutie sous les eaux du lac artificiel. L’orifice de sortie (le débouché) de la galerie se trouvant à une altitude inférieure au niveau maximal du lac, l’ouvrage est en permanence immergé. Il n’est visible que lors des vidanges décennales ou d’importants abaissements du niveau du lac.

Témoignage du savoir-faire des ingénieurs du XIXe et du début du XXe siècle, la galerie présente une architecture soignée. Elle est majoritairement constituée de voûtes maçonnées en briques ou en pierres de taille, une technique indispensable pour résister à la pression des terrains et à l’érosion constante causée par le flux des eaux d’exhaure.

Non, l’accès est strictement interdit et dangereux. Outre l’immersion quasi permanente par les eaux du lac de Monteynard, les galeries minières désaffectées présentent des risques majeurs d’effondrement, de présence de gaz ou d’envasement. Ce reportage photographique constitue l’un des rares témoignages visuels de cet aspect caché du patrimoine industriel dauphinois.

L’eau était l’ennemi numéro un du mineur. Une défaillance du système d’exhaure (comme le bouchage de cette galerie) pouvait entraîner l’arrêt total de la production et mettre en péril la vie des ouvriers au fond. La maintenance du Niveau 21 était donc une priorité stratégique pour la Société des Mines de la Mure.

Poursuivez votre exploration

« Retrouvez la galerie d’exploitation du niveau 20»

« Retrouvez la galerie d’exploitation du niveau 15 Combe Nevouse»

« .Suivez nous sur l’histoire des Houilleres du Bassin Dauphinois HBD »

Sources et sites officiels 

1. Sites institutionnels et Musées (Sources primaires)

2. Ressources Historiques et Techniques spécialisées

      • L’inventaire du Patrimoine de la Région AURA : Cherchez « Mines de la Mure » pour obtenir des fiches détaillées sur l’architecture industrielle du bassin.

      • SigMines Isère (BRGM) : Pour les historiens-géologues, l’outil InfoTerre du BRGM permet de visualiser les concessions minières et les zones d’aléas (souvent lié aux anciennes galeries d’exhaure).

3. Contexte Géographique et Barrage (L’engloutissement)

4. Vidéos et Reportages

    • Ina.fr – Les mines de la Mure : En tapant « Mines de la Mure », on trouve des reportages d’époque (notamment sur la fermeture ou le travail au fond) qui illustrent parfaitement l’ambiance des galeries maçonnées.

Bibliographie 

  • 1. Ouvrages de référence (La « Bible » du bassin)Collectif (Musée de la Mine). (2010). Mémoire d’anthracite : Mines et mineurs de la Matheysine. Grenoble : Éditions Glénat.

      • Pourquoi ce livre ? Publié à l’occasion du centenaire de la Mine Image, il contient des documents d’archives et des photographies rares sur les installations de surface et de fond.

  • 2. Sources historiques (Fonds anciens)

    • Vicat, Robert-Félix. (1845). Notice sur les mines d’anthracite de la Mure.

      • Pourquoi ce livre ? Source primaire. Vicat (l’inventeur du ciment artificiel) s’intéressait de près à la géologie locale. Ce document permet de comprendre l’état des mines avant les grands travaux d’exhaure du XXe siècle.

    • Gignoux, Maurice & Moret, Léon. (1940). Géologie dauphinoise. Paris : Masson.

      • Pourquoi ce livre ? Pour comprendre la structure géologique (synclinaux de La Jonche) qui explique pourquoi l’eau s’accumulait massivement dans les zones basses comme le Niveau 21.