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Vue actuelle du site de l'ancien départ du télébenne 1 de la concession des Boines ; le terrain est vide, sans aucune trace visible des anciennes structures en bois de transport du charbon.

Mines des Boines et Serre Leycon : l’histoire industrielle du Dauphiné

Plongez au cœur de La Motte d’Aveillans pour découvrir les vestiges des mines des Boines et les techniques ingénieuses de transport de charbon qui ont façonné le paysage industriel du XIXe siècle.

Aujourd’hui, le calme des pâturages de La Motte d’Aveillans a effacé l’agitation d’hier. Pourtant, sous les sentiers paisibles, le sol garde les cicatrices d’une épopée industrielle intense : celle des petites mines de montagne. Comment, au XIXe siècle, extraire et transporter le charbon depuis des galeries perchées à plus de 1300 mètres d’altitude, là où les routes n’existaient pas ? Entre systèmes de télébennes aériens et plans inclinés vertigineux, découvrez l’histoire fascinante des solutions logistiques audacieuses qui ont permis à ces sites isolés de braver les contraintes du relief dauphinois. Une exploration au cœur du patrimoine minier, où la débrouillardise technique côtoyait la rudesse du travail des mineurs-paysans.

Caractéristique Détails
Lieu La Motte-d’Aveillans (Matheysine, Isère)
Ressource extraite Charbon (Anthracite)
Altitude du site Entre 1250 et 1400 mètres
Période d’activité XIXe siècle (exploitation intermittente)
Exploitation Artisanale (système de « mineurs-paysans »)
Solutions de transport Télébennes (câbles aériens) et Plans inclinés
Mode de traction Gravité motrice (systèmes auto-freinés)
Vestiges actuels Terrils, traces de galeries, « balafres » au sol
Principale contrainte Enclavement montagneux et forte déclivité

Les défis de l’altitude : entre isolement et saisonnalité

L’exploitation des Boines fut confrontée à deux obstacles majeurs :

  1. L’enclavement : Située à plus de 1300 mètres, la mine était coupée des grands axes de transport. Écouler la production était un défi logistique permanent.

  2. La saisonnalité : Entre 1834 et 1848, l’activité ne se maintenait que durant la belle saison, et de manière très intermittente.

Sept galeries furent pourtant foncées, s’échelonnant entre 1250 et 1400 mètres d’altitude. Aujourd’hui, les « razziers » (tas de déblais) de moins de 100 m³ témoignent de la brièveté de ces travaux : les galeries étaient bien souvent abandonnées sitôt ouvertes.

Infrastructures et logistique

La topographie exigeante du site a nécessité des aménagements logistiques audacieux pour l’époque. On note la présence sur le site de deux télébenne, dont l’un était spécifiquement dédié à l’acheminement du minerai vers une station de lavage. Ces installations soulignent une volonté d’industrialisation, malgré les contraintes du terrain.

Le premier télébenne

Le premier desservait les galeries B1, B2 et B3 ; nous pouvons supposer que de part sa position topographique en contrebas suggère une fonction d’exhaure naturelle.. Le charbon extrait des galeries B1 et B2, certainement les plus productives, était évacué par ce dispositif. Son point d’arrivée se situait à la jonction de la route actuelle des Signaraux et de la piste montant à l’arboretum.

Ce télébenne, d’une longueur approximative de 430 mètres, était une installation sommaire constituée de poteaux en bois et d’une poulie à chaque extrémité. Bien que nous ne disposions d’aucune photographie, cette information nous a été transmise par M. Darier, qui se souvenait avoir vu les poteaux en bois supportant la poulie. Il est probable qu’il n’y avait aucun poteau intermédiaire. Il convient de préciser qu’à l’époque, la route actuelle, aménagée pour la station des Signaraux, n’existait pas ; seul un sentier permettait le passage. Dès lors, le transport en direction de la Motte-d’Aveillans s’effectuait probablement à dos de mulet, ou bien le minerai était repris depuis le hameau pour être acheminé en chariots, tractés par des chevaux ou des bœufs.

Vue actuelle du site de l'ancien départ du télébenne 1 de la concession des Boines ; le terrain est vide, sans aucune trace visible des anciennes structures en bois de transport du charbon.

L’ancien site de départ du télébenne n°1, au cœur de la concession des Boines.

Emplacement de l'ancienne gare d'arrivée du télébenne n°1, concession des Boines.

Paysage naturel forestier ou montagneux marquant l’emplacement disparu de l’ancienne station d’arrivée du télébenne n°1 des mines des Boines.

Le deuxième télébenne

Un deuxième télébenne fut construit dans la Combe Noire. Celui-ci desservait deux galeries de mine qui, lors des travaux de mise en sécurité, n’ont pas été intégrées à la concession des Boines, malgré leur évidente proximité. En effet, si la concession des Boines se situe dans la combe des Signaraux, les galeries mentionnées se trouvent juste derrière un léger mamelon ; il est donc fort probable que cette contiguïté géographique laisse supposer une continuité de l’exploitation sur les mêmes veines (ou couches).

Ce second télébenne, d’une longueur supérieure au premier (550 mètres), nécessitait la mise en place d’un poteau intermédiaire. En revanche, nous disposons de très peu d’informations sur cette installation ; on peut toutefois supposer que les poteaux étaient métalliques. L’arrivée de la ligne se faisait au niveau d’une ancienne plateforme de lavage.

Dans la Combe Noire, nous avons recensé deux vestiges de galeries associés à un terril plus conséquent. Ce volume de stérile laisse supposer une extraction de charbon plus importante, ce qui aurait justifié la construction de cet équipement. Aujourd’hui, aucune trace visible de ce télébenne ne subsiste. 

Vue d'un terrain dégagé correspondant à l'ancien lieu de départ du télébenne 2 de la concession minière des Boines, où aucune trace des anciennes installations métalliques n'est visible.

Vestiges du passé minier : l’ancien site de départ du télébenne 2, concession des Boines.

Pour une petite exploitation charbonnière au XIXe siècle, le télébenne (souvent appelé à l’époque transporteur aérien à câble ou funiculaire aérien) est une solution technique ingénieuse et peu coûteuse pour pallier les difficultés du relief montagneux.

Définition : Le Télébenne au XIXe siècle

Le télébenne est un système de transport par câble aérien permettant de déplacer du charbon depuis un point d’extraction situé en altitude (souvent une galerie à flanc de montagne) vers un point de stockage ou de chargement en vallée (un quai de gare ou un canal), en utilisant la gravité comme force motrice.

Caractéristiques techniques pour une petite exploitation

Dans une petite mine à temps partiel, le système se caractérise par sa simplicité et sa robustesse :

  1. Le principe du « va-et-vient » ou « circuit fermé » :

    • Le système est constitué d’un câble porteur fixe (sur lequel roule la benne) et d’un câble tracteur mobile.

    • Pour les petites exploitations, on utilisait souvent le système à gravité (auto-freiné) : le poids de la benne chargée descendant entraîne la montée de la benne vide. C’est idéal pour une mine de montagne, car cela ne consomme aucune énergie externe (vapeur ou électrique).

  2. La structure :

    • Les pylônes : Des chevalets en bois (souvent en mélèze ou sapin local) soutiennent les câbles pour franchir les ravins ou les terrains accidentés où la construction d’une route ou d’un chemin de fer serait impossible ou trop coûteuse.

    • La benne : Un simple récipient en fer battu, suspendu par un chariot à galets, capable de basculer (benne basculante) pour vider le charbon à l’arrivée.

  3. L’adaptation au « temps partiel » :

    • Coût modique : Contrairement à un chemin de fer Decauville, le télébenne nécessite peu de terrassement. Il « survole » le terrain sans modifier le paysage.

    • Polyvalence : Lorsqu’il n’est pas utilisé (période creuse de l’exploitation), le système est immobilisé facilement. Les câbles peuvent être détendus pour éviter la corrosion ou le vol.

    • Maintenance réduite : Le système peut être entretenu par les mineurs eux-mêmes, qui sont souvent des paysans-mineurs possédant des compétences en mécanique de base.

Pourquoi était-ce indispensable en montagne ?

Au XIXe siècle, pour une petite mine, le télébenne résout trois problèmes majeurs :

  • L’accès difficile : Les routes de montagne étaient souvent impraticables pour les charrettes à bœufs chargées de charbon lourd.

  • La pente : Là où les chevaux glisseraient, le câble aérien maintient une trajectoire rectiligne directe, économisant des kilomètres de trajet sinueux.

  • La main-d’œuvre : Une seule personne en bas (au déchargement) et une en haut (au chargement) suffisaient à faire fonctionner le flux de transport, libérant les mineurs pour le travail de fond.

Terminologie d’époque

  • « Fil aérien » : terme très courant dans la littérature technique de 1880-1900.

  • « Transporteur à fil de fer ».

  • « Plan incliné aérien ».

En résumé : C’est l’outil de la « débrouillardise industrielle ». Il transforme la contrainte géographique du relief montagneux en avantage énergétique, en utilisant le poids du charbon extrait pour faire monter les outils vides.

Le plan incliné

Un autre mode de transport fut utilisé sur la concession, notamment pour desservir les galeries B4, B5 et B6 : un plan incliné d’environ 230m dont le tracé demeure aujourd’hui devinable. Il ne subsiste toutefois aucune installation physique, hormis une déclivité rendue difficilement perceptible par la végétation. La tête de départ du plan incliné semble se situer le long d’un sentier horizontal reliant la combe des Signaraux à la Combe Noire.

En l’absence d’informations sur les dates de percement des différentes galeries, il est complexe d’établir une chronologie précise. Cependant, nous pouvons formuler l’hypothèse suivante : le premier télébenne a probablement remplacé ce plan incliné. Le silence des témoignages oraux concernant le plan incliné, couplé à la mémoire vive des structures du télébenne, conforte l’hypothèse d’une antériorité du plan incliné sur le système par câble. 

Le point d’arrivée du plan incliné, quant à lui, se situait à proximité du départ du rif des Signaraux, à l’extrémité actuelle du parking. Ici encore, nous pouvons supposer que le transport ultérieur, au-delà du plan, était assuré par des mulets.

Le plan incliné ou descenderie au 19eme siècle

Dans une petite exploitation de montagne du XIXe siècle, le plan incliné est une voie de transport à forte déclivité, aménagée entre le carreau de mine (souvent situé à flanc de coteau) et un point de rupture de charge en contrebas (un chemin carrossable, une plateforme de stockage ou un point de transbordement).

1. Le principe de fonctionnement : La « gravité motrice »

À cette échelle, le plan incliné ne nécessite pas de machine à vapeur. Il exploite la force de la pesanteur :

  • Le système à va-et-vient (ou plan automatique) : Le poids des berlines chargées descendantes entraîne, par l’intermédiaire d’un câble ou d’une chaîne enroulé sur une poulie de renvoi située en tête de plan, la remontée des berlines vides.

  • La régulation : Le mouvement est contrôlé par un frein (frein à ruban ou à sabot) actionné par un « planiste » (le manœuvre responsable du plan) situé en haut de la pente, afin d’éviter l’emballement des chariots.

2. Caractéristiques structurelles pour une « petite exploitation »

Contrairement aux grands plans inclinés industriels, le modèle artisanal se distingue par sa simplicité :

  • La voie : Elle est souvent rudimentaire, constituée de rails en bois (ou parfois en fer plat cloué sur des traverses en bois) posés directement sur le sol, sans ballastage complexe.

  • La poulie : Située à la tête du plan (le point haut), elle est souvent fixée sur un simple chevalement en bois ou un bâti maçonné sommaire.

  • La pente : Elle suit le relief naturel du terrain, ce qui impose souvent des tracés irréguliers.

3. Contexte socio-économique (temps partiel)

Dans le cas d’une exploitation à temps partiel (mineurs-paysans), le plan incliné est un outil de rationalisation du travail. Il permet de pallier le manque de main-d’œuvre en réduisant drastiquement le temps de portage (le transport à dos d’homme ou de mulet), particulièrement pénible sur les sentiers de montagne.

  • Le rôle du planiste : Dans une petite mine, cette tâche est souvent dévolue à un ouvrier âgé ou à un jeune apprenti.

  • L’abandon : Ces structures sont souvent éphémères. Dès que la galerie est abandonnée ou que le minerai est épuisé, le bois est récupéré, les rails déposés, et la nature reprend ses droits. C’est pourquoi, aujourd’hui, il ne subsiste souvent qu’une « balafre » dans le terrain ou une simple rupture de pente.

Traces au sol et enjeux de terrain

Sur le terrain, la lecture des vestiges reste un défi. Une voie de roulage est encore identifiable : elle relie la galerie B2 à la ligne de crête, passant au-dessus de la galerie B4 et contournant un important site de grattage (noté G11). Ce dernier pourrait, selon nos hypothèses, dissimuler l’entrée d’une galerie oubliée.

Dans l’ensemble, l’emprise des activités minières aux Boines révèle une ingéniosité technique mise au service d’une rentabilité complexe. Hélas, l’érosion naturelle, le pâturage et les aménagements anthropiques (station de ski) ont agi comme un voile, effaçant peu à peu les cicatrices de cette ère industrielle. La localisation précise de ces « oubliées de l’histoire » demeure aujourd’hui un travail de mémoire autant que d’archéologie industrielle.

Conclusion

La mine des Boines illustre parfaitement ces « petites » exploitations qui ont jalonné l’histoire du Dauphiné, souvent éclipsées par les grandes mines du bassin de La Mure. Visiter ces lieux, c’est rendre hommage à la rudesse du travail des mineurs de montagne qui, contre toute attente, ont tenté de dompter les entrailles de la terre.

Vous explorez le patrimoine minier dauphinois ? N’hésitez pas à partager vos découvertes ou vos photos de ce site chargé d’histoire dans les commentaires ci-dessous.

Foire Aux Questions Le transport du charbon aux Boines et Serre-Leycon

Il s’agissait d’un site d’exploitation minière situé dans le bassin de la Matheysine, en Isère. Ces concessions jouaient un rôle crucial dans l’économie charbonnière du Dauphiné au XXe siècle, nécessitant une logistique complexe pour acheminer le minerai extrait des profondeurs vers les centres de tri ou les voies ferrées.

Le télébenne était un système de transport par câble aérien. Dans une topographie escarpée comme celle du Dauphiné, il permettait d’acheminer efficacement le charbon depuis les puits d’extraction (souvent situés sur des reliefs accidentés) vers les zones de traitement ou de stockage en contrebas, en évitant les contraintes liées au relief et au manque de routes carrossables pour les camions de l’époque.

Après la fermeture des mines, la plupart des structures métalliques (pylônes, rails, gares de départ) ont été démantelées. Le métal était une ressource précieuse, souvent récupérée pour être recyclée. Le passage du temps, la végétation et le réaménagement des terrains ont fini par effacer les dernières traces physiques, rendant ces sites méconnaissables pour les non-initiés.

Même sans ruines visibles, ces lieux portent la mémoire des hommes qui y ont travaillé. Documenter ces sites permet de conserver une trace de l’activité industrielle qui a façonné le paysage social et géographique de la Matheysine. C’est un travail de « mémoire vive » pour les générations futures.

L’identification repose aujourd’hui sur le croisement de plusieurs sources : les archives des concessions minières, les anciennes cartes d’état-major, la photogrammétrie aérienne (qui permet de voir des anomalies dans le terrain) et, parfois, le recueil de témoignages d’anciens mineurs ou habitants du secteur.

Poursuivez votre exploration

Les Boines font partie de l’ensemble des mines de la Matheysine

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La concession des Boines les galeries des Boines guide d’exploration et inventaire

La concession des Boines les grattages des Boines

La concession des Boines et de Serre Leycon la plateforme de lavage

Sources et sites officiels 

1. Le site de référence incontournable

  • Mine Image (La Motte-d’Aveillans)

    • Pourquoi : C’est le musée de la mine de la Matheysine par excellence. Ils possèdent les collections et les archives les plus complètes sur les concessions minières du secteur.

    • https://www.mine-image.com/

2. Bases de données patrimoniales et officielles

  • POP (Plateforme Ouverte du Patrimoine) – Ministère de la Culture

    • Pourquoi : Tu peux y effectuer des recherches sur les dossiers d’inventaire du patrimoine industriel de l’Isère. C’est une source fiable pour les notices historiques sur les concessions minières.

    • https://www.pop.culture.gouv.fr/

  • Archives Départementales de l’Isère

    • Pourquoi : Pour les lecteurs souhaitant consulter des documents originaux, plans cadastraux ou archives administratives sur les concessions de charbon (notamment les fonds de la concession des Boines).

    • https://archives.isere.fr/

3. Patrimoine Industriel (Approche nationale)

  • CILAC (Comité d’information et de liaison pour l’archéologie, l’étude et la mise en valeur du patrimoine industriel)

    • Pourquoi : C’est l’association de référence en France pour la sauvegarde du patrimoine industriel. Elle permet de donner une dimension nationale à ton article sur les télébennes et le transport de minerai.

    • http://www.cilac.com/

4. Contexte local et historique

  • Matheysine Tourisme (Patrimoine)

    • Pourquoi : Utile pour donner un aspect touristique aux lieux cités et montrer comment ce patrimoine minier est aujourd’hui valorisé dans les itinéraires de randonnée ou de découverte.

    • https://www.matheysine-tourisme.com/

Bibliographie 

  • BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières). Rapports de mise en sécurité des cavités souterraines (Inventaire des anciennes mines).

    • Note : L’article cite explicitement des rapports de 1999. Ces documents sont des sources primaires techniques incontournables pour l’existence historique de ces galeries.

  • Le Dauphiné Libéré (Éditions de). Mémoire de mineur : La Mure. (Collection d’archives et témoignages).

    • Note : Utile pour recouper les aspects de la vie quotidienne et les témoignages oraux (comme celui mentionné de M. Maurice Darier).