
La Galerie-École H. Giroud : Plongée au cœur de la formation des mineurs en Isère
Situées à Susville, au cœur du bassin minier de La Mure, la galerie-école H. Giroud sont bien plus qu’un simple vestige souterrain. Elles incarnent une page méconnue mais fondamentale de l’histoire industrielle du Dauphiné : celle de la formation et de la sécurité des hommes qui, pendant des décennies, ont extrait le charbon de nos sous-sols.
Situées à Susville, au cœur du bassin minier de La Mure, les galeries-écoles H. Giroud ne sont pas de simples vestiges souterrains : elles incarnent une page fondamentale de l’histoire industrielle du Dauphiné. Véritables « écoles de la mine », ces infrastructures permettaient aux apprentis mineurs de maîtriser les techniques de boisage et la sécurité dans des conditions réelles mais contrôlées. Plongez dans l’histoire de ces lieux d’apprentissage où se forgeait, génération après génération, le savoir-faire des hommes du charbon.
Informations pratiques
| Caractéristique | Détails |
| Localisation | Bassin minier de la Matheysine (Le Villaret, Susville) |
| Niveau d’exploitation | Niveau 12 |
| Type de structure | Réseau souterrain de 5 galeries spécialisées |
| Période d’activité majeure | Fin du XIXe siècle (développement vers 1865-1875) |
| Figure historique | Jules Giroud (Ingénieur et exploitant) |
| Points de sortie | Galerie « Versage » (zone de déchargement principale) |
| Fonction logistique | Centralisation des niveaux 10, 11 et 12 pour l’extraction |
| Infrastructures clés | Exhaure, École, Sondeur, Cheminée d’aérage, Artère de roulage |
Un témoin du passé minier de Susville
Le site du Villaret, à Susville, a longtemps battu au rythme des houillères. Si les puits et les chevalements sont souvent les figures emblématiques de l’extraction, les galeries-écoles jouaient un rôle tout aussi vital.
Ces galeries n’étaient pas destinées à une production intensive, mais à l’apprentissage. Elles servaient de terrain d’exercice pour les futurs mineurs, permettant une initiation technique dans des conditions réelles, mais contrôlées. Une manière pour les Houillères du Dauphiné de garantir la compétence et la sécurité de leurs ouvriers.
Les deux galeries du Villaret : Histoire et architecture
Le site se compose de deux galeries distinctes, témoins de l’évolution du complexe minier :
-
La Galerie-École Giroud (datée de 1897) : Cette galerie est la plus documentée. Historiquement, elle rejoignait le réseau minier principal en s’embranchant sur la « Galerie Giroud versage ». Elle fut la première à être exploitée face au bâtiment de la direction des houillères avant de devenir un outil pédagogique.
-
La Galerie sous l’école : Moins connue, cette seconde galerie passe sous l’actuelle école maternelle du Villaret. Elle rappelle la proximité immédiate, parfois impressionnante, entre le monde du travail minier et la vie quotidienne du village.
Pourquoi ces galeries sont-elles fermées aujourd’hui ?
Depuis leur fermeture, le site a fait l’objet de travaux de sécurisation importants. En 1999, face aux risques d’affaissement — notamment pour la galerie passant sous l’école — les accès ont été condamnés par des bouchons de ciment et des injections de cendres pour stabiliser le terrain. Aujourd’hui, ces portes métalliques scellées sont les seuls points visibles pour les curieux, marquant la fin de l’exploitation, mais aussi la préservation d’un patrimoine fragile.
Patrimoine industriel : Pourquoi ce lieu compte ?
La conservation de tels sites est essentielle pour la mémoire locale. Les galeries H. Giroud nous rappellent :
-
L’évolution technique : De l’extraction artisanale à l’industrialisation, le bassin de La Mure a été un laboratoire technologique.
-
La culture ouvrière : Ces lieux rappellent que le métier de mineur demandait un apprentissage rigoureux, loin des clichés simplistes.
-
La résilience du paysage : Le Villaret est un exemple de la transformation d’un territoire qui a dû réinventer son sous-sol après la fin de l’extraction.

Plan des anciennes voies étroites à la sortie de la galerie Giroud reconstitué a partir de plans de la Mairie de Susville.
Voici pourquoi les galeries-écoles étaient devenues indispensables pour les compagnies minières de l’époque, et notamment dans le bassin du Dauphiné.
1. La sécurité comme impératif économique et humain
À la fin du XIXe siècle, les mines deviennent de plus en plus profondes et complexes. Les risques (éboulements, coups de grisou, incendies) sont omniprésents.
-
Le danger de l’apprentissage « sur le tas » : Envoyer un jeune mineur de 14-16 ans directement sur un chantier de production était une aberration sécuritaire. Une erreur de boisage (le soutien des galeries) par un novice pouvait mettre en péril toute une équipe.
-
La « bulle » de sécurité : La galerie-école permettait de simuler l’environnement de la mine (obscurité, étroitesse, poussière) sans les risques mortels d’une exploitation réelle. C’était un « bac à sable » géant où le droit à l’erreur était permis. Si le jeune apprenti ratait son étayage ici, il ne risquait pas de provoquer un éboulement catastrophique.
2. La maîtrise du « geste » technique
Le métier de mineur, contrairement aux idées reçues, était extrêmement technique. La galerie-école servait à automatiser les gestes.
-
Le boisage (ou étayage) : C’était l’art vital du mineur : savoir poser les bois pour soutenir le toit de la galerie. C’est un savoir-faire complexe qui demande de « sentir » la pression du terrain. En galerie-école, les apprentis répétaient ces gestes jusqu’à ce qu’ils deviennent des réflexes.
-
La manipulation des outils : Avec l’arrivée progressive de la mécanisation (marteaux-piqueurs, outils électriques), la formation technique est devenue indispensable pour ne pas briser le matériel coûteux et pour éviter les accidents liés aux machines.
3. La rationalisation et la productivité
Après la Première Guerre mondiale, les besoins en charbon explosent. Les compagnies minières ne pouvaient plus se permettre d’avoir des ouvriers peu qualifiés qui perdaient du temps.
-
Le gain de rendement : Un mineur formé en galerie-école arrivait au « front de taille » (là où l’on extrait le charbon) déjà opérationnel. Il savait comment optimiser son travail, comment organiser son poste de travail pour extraire plus efficacement.
-
La spécialisation : Les galeries-écoles permettaient aussi de repérer les talents : certains se révélant meilleurs en boisage, d’autres en manipulation d’outils, ou encore en gestion de la ventilation. La compagnie pouvait ainsi affecter les hommes aux postes où ils seraient les plus productifs.
4. L’intégration sociale et culturelle (« Le métier »)
C’est un aspect souvent oublié. La galerie-école était aussi un lieu d’acculturation.
-
L’apprentissage du rythme : La mine impose une discipline de fer. La galerie-école permettait d’inculquer aux jeunes la ponctualité, le respect de la hiérarchie et la solidarité nécessaire entre les membres d’une équipe.
-
Le rite de passage : En intégrant ces galeries, le jeune apprenti quittait le monde de l’enfance pour entrer dans celui des hommes. C’était une forme d’initiation. On y apprenait le « langage » de la mine, les codes, et surtout cette camaraderie indéfectible indispensable pour survivre en milieu hostile.
Le cadre réglementaire : Susville, site pilote de la sécurité minière
L’aménagement des galeries-écoles et des dispositifs de mise en sécurité, tels que les bouchons de ciment et les injections de cendres, ne saurait être réduit à une simple initiative locale. Ces travaux s’inscrivent dans une volonté nationale de normalisation de la sécurité souterraine, accélérée par la Loi du 9 septembre 1919 relative aux mines et les décrets successifs visant à renforcer la police des mines. Ces textes ont imposé aux exploitants des protocoles de surveillance rigoureux, destinés à prévenir les risques d’effondrements, d’inondations et de remontées de gaz.
Le site de Susville, par sa configuration géologique complexe et l’imbrication étroite entre les zones d’exploitation et les espaces de formation, a fait figure de site pilote à l’échelle nationale. Cette place prépondérante s’explique par la nécessité, pour la Compagnie des Mines, de concevoir des protocoles de sécurité avant-gardistes capables de garantir la pérennité des galeries-écoles tout en assurant la protection des élèves-mineurs. En testant des méthodes innovantes de consolidation — aujourd’hui largement documentées dans les rapports du BRGM (base InfoTerre) — Susville est devenu un véritable laboratoire de la sécurité minière. Les techniques éprouvées ici, répondant aux exigences strictes de la réglementation de l’époque, ont par la suite servi de référence pour le traitement des anciens ouvrages miniers sur l’ensemble du territoire français.

Reconstitution du carreau de mine : intégration numérique d’un wagonnet sur les voies d’époque par IA.
Foire Aux Questions
Qu‘est-ce qu’une galerie-école ?
Une galerie-école était une infrastructure souterraine spécialement aménagée pour la formation des apprentis mineurs. Contrairement aux galeries d’exploitation, elle permettait d’apprendre les gestes techniques (boisage, étayage, maniement des outils) et les règles de sécurité dans des conditions réelles mais contrôlées, sans les dangers liés à la production intensive.
Pourquoi les galeries de Susville ont-elles été fermées ?
Les galeries ont été condamnées pour des raisons de sécurité. En 1999, face aux risques d’affaissement du terrain, notamment pour la galerie située sous l’école maternelle du Villaret, d’importants travaux de sécurisation ont été réalisés. Les accès ont été scellés par des bouchons de ciment et des injections de cendres pour stabiliser le sous-sol.
Peut-on visiter les galeries-écoles H. Giroud aujourd’hui ?
Non, les galeries ne sont pas accessibles au public. Le site est totalement remblayé et sécurisé. Aujourd’hui, seuls les vestiges extérieurs et les portes métalliques scellées permettent de témoigner de l’emplacement et de l’existence historique de ces infrastructures.
Pourquoi ces galeries étaient-elles indispensables aux Houillères ?
Elles répondaient à un triple objectif : garantir la sécurité des mineurs en leur apprenant à maîtriser les risques avant d’aller au « front de taille », rationaliser la production en formant des ouvriers déjà opérationnels, et inculquer la culture et la discipline nécessaires à la vie minière.
Quel est l’intérêt historique du site de Susville ?
Le site du Villaret, à Susville, est un témoin majeur du passé industriel du bassin de La Mure. Il illustre l’évolution technique de l’extraction, l’importance de la transmission des savoir-faire ouvriers et la résilience d’un territoire qui a su préserver les traces de son patrimoine industriel après la fin de l’exploitation.
Poursuivez votre exploration
« Plongez dans l’épopée minière du Plateau Matheysin » « Découvrez l’histoire du Puits du Villaret, le plus récent du Plateau Matheysin »
Sources et sites officiels
1. Patrimoine industriel et minier (Contexte régional)
-
Musée de la Mine Image (La Motte-d’Aveillans) : C’est le lieu de référence pour comprendre l’extraction du charbon dans le bassin de La Mure. Ils proposent des visites guidées très instructives.
-
Lien utile : https://mine-image.com/
-
-
La Mémoire de la Mine (Bassin de La Mure) : Diverses associations locales travaillent à la préservation de la mémoire des houillères du Dauphiné. Consulter les sites des mairies de Susville ou de La Mure peut également apporter des compléments sur le patrimoine bâti.
-
Site de la mairie de Susville : https://www.susville.fr/
-
2. Patrimoine ferroviaire (Contexte historique)
-
Le Petit Train de La Mure : Indispensable pour l’aspect ferroviaire du bassin. Ce site permet de contextualiser l’importance du transport du charbon.
-
Lien utile : https://www.lepetit-traindelamure.com/
-
-
Chemins de fer du Dauphiné (Archives et associations) : Pour les passionnés de voies étroites, le site de la Fédération des Amis des Chemins de Fer Secondaires (FACS) contient souvent des inventaires techniques précieux.
-
Lien utile :https://www.facs-patrimoine-ferroviaire.fr/
-
3. Ressources institutionnelles et documentaires
-
Inventaire du Patrimoine (Région Auvergne-Rhône-Alpes) : Le site de l’inventaire général du patrimoine culturel recense souvent des fiches techniques très complètes sur les sites miniers.
Bibliographie
-
-
Association « La Mine Image » (La Motte-d’Aveillans), Archives et témoignages sur le bassin houiller de La Mure.
-
Note : Bien qu’il s’agisse plus de fonds documentaires que d’un livre unique, les publications liées aux travaux de l’association La Mine Image constituent la base documentaire la plus fiable concernant la mémoire locale.
-
- BRGM. (Année de publication). Rapport de mise en sécurité des mines de La Mure : travaux de confortement (bouchons de ciment et injections de cendres). Base de données InfoTerre. [En ligne]. Disponible sur : https://infoterre.brgm.fr/ [Consulté le : JJ/MM/AAAA].
- Archives Départementales de l’Isère. Série S : Travaux publics et mines. Dossiers relatifs aux concessions des mines de La Mure. [Cote du document]. [En ligne ou consultation physique].
-
Voir la carte
Galerie Photos
Utilisez les touches de direction pour faire défiler les photos

La Berline de Mine à La Mure : Témoin de l’Épopée de l’Anthracite en Matheysine
Symbole du travail de fond et de la puissance industrielle du Dauphiné, une berline de mine est aujourd’hui préservée à La Mure. Plus qu’un simple wagonnet de métal, cet objet raconte l’histoire des hommes qui ont extrait, pendant plus d’un siècle, le meilleur charbon du monde. Découvrez les secrets de ce vestige du patrimoine minier isérois.
Symbole emblématique du passé minier de l’Isère, la berline de mine de La Mure rappelle l’importance de l’extraction de l’anthracite dans le bassin dauphinois.[1] Découvrez l’histoire de ce matériel roulant historique, son rôle essentiel dans la chaîne de production minière et les raisons de sa préservation en tant que patrimoine industriel local.
Informations pratiques
| Caractéristique | Détails |
| Type de matériel | Berline de mine (wagonnet d’extraction) |
| Opérateur historique | Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD) |
| Numéro d’identification | 699 |
| Usage principal | Transport de houille (anthracite) en galeries |
| Matériau de caisse | Acier riveté/soudé |
| Voie (écartement) | 600 mm |
| Lieu d’exposition | Établissement Gros, La Mure |
| État de conservation | Exposé à titre patrimonial |
| Signification historique | Témoin de l’exploitation minière en Matheysine |
Qu’est-ce qu’une berline de mine ?
Dans le vocabulaire technique du mineur, une berline est un wagonnet circulant sur rails, utilisé pour transporter le charbon (ou les stériles) depuis le front de taille jusqu’au puits d’extraction.
À La Mure, ces véhicules étaient le maillon essentiel de la chaîne de production. Robustes et conçues pour les galeries étroites, les berlines pouvaient transporter plusieurs centaines de kilos d’anthracite par voyage. Autrefois tractées par des chevaux ou poussées à bout de bras par les galibots, elles ont ensuite été tirées par des locomotives électriques ou à air comprimé.

Berline historique des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD), photographiée en 2011 devant l’établissement Gros à La Mure.
Nous sommes ici en présence d’une berline à charbon tout à fait standard, à fond fixe et d’une capacité de 2 m³. Elle compte parmi les dernières berlines à avoir été exploitées au fond.
La Mure : Terre d’Anthracite et de Tradition Minière
Le plateau de la Matheysine, en Isère, a abrité l’un des gisements de charbon les plus riches de France : les Mines de La Mure. L’anthracite extrait ici était réputé pour sa pureté et son fort pouvoir calorifique.
La berline exposée aujourd’hui à La Mure n’est pas un simple décor urbain. Elle rend hommage :
-
Aux mineurs qui ont œuvré dans l’obscurité des galeries.
-
Au savoir-faire de la Compagnie des Mines de la Mure.
-
À l’identité d’un territoire qui a vécu au rythme de la « remonte » et du sifflet de la mine.
En tant qu’historien spécialisé en archéologie minière, je précise que cette berline a été récupérée par les établissements Gros, spécialisés dans le recyclage et la revalorisation, lors de la fermeture des mines en 1997. Cette entreprise fut chargée de recycler l’ensemble du matériel minier extrait des galeries.

La berline n°699 des HBD devant l’ancien établissement Gros à La Mure (2011).
Pourquoi préserver ce patrimoine industriel ?
La préservation de ce matériel minier répond à un devoir de mémoire. En observant cette berline, on peut imaginer :
-
Le vacarme du roulage : Le bruit des roues métalliques sur les rails résonnant dans les galeries.
-
La rudesse du travail : Le chargement manuel à la pelle, une tâche physique épuisante.
-
Le génie civil : L’organisation des réseaux de rails qui parcouraient des centaines de kilomètres sous nos pieds.
Aujourd’hui, alors que les puits sont fermés, ces objets deviennent des archives à ciel ouvert. Ils permettent de ne pas oublier que sous le paysage verdoyant de la Matheysine se cache une véritable ville souterraine.
Foire Aux Questions la berline de La Mure
1 – Qu’est-ce qu’une berline de mine ?
Une berline est un wagonnet de transport utilisé dans les mines pour acheminer le minerai (ici, l’anthracite) depuis le fond de la galerie jusqu’à la surface ou vers les installations de traitement. C’est un élément emblématique du matériel roulant ferroviaire en voie étroite propre au travail minier.
2 – Pourquoi cette berline est-elle exposée devant l’établissement Gros ?
L’établissement Gros à La Mure occupe une place centrale dans l’histoire locale. La présence de cette berline (n°699) en extérieur agit comme un monument commémoratif. Elle rend hommage au passé minier de la ville et rappelle aux passants le dur labeur des mineurs des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD).
3 – Quel était le rôle des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD) ?
Les HBD étaient l’organisme en charge de l’exploitation des mines de charbon dans le secteur de La Mure et de la Matheysine. Elles ont façonné le paysage économique et social de la région pendant plus d’un siècle, faisant du bassin dauphinois l’un des centres de production d’anthracite les plus importants de France.
4 – Peut-on visiter d’autres sites miniers à La Mure ?
Oui, La Mure possède une riche culture minière. Outre les témoignages historiques dans la ville, il est possible de découvrir le Musée de la Mine Image (à La Motte-d’Aveillans), qui offre une immersion complète dans les galeries et l’histoire des mineurs du Dauphiné.
5 – Pourquoi est-il important de conserver ce type de matériel ?
La préservation de matériels comme la berline n°699 permet de maintenir vivant le patrimoine industriel dauphinois. Ces objets servent de points de repère historiques pour les générations actuelles et futures, permettant de ne pas oublier l’histoire ouvrière et technologique qui a construit l’identité de la Matheysine.
Poursuivez votre exploration
Retrouvez l’histoire du puits du Villaret
L’histoire de son terril
Et l’histoire de son exploitation
« .Suivez nous sur l’histoire des Houilleres du Bassin Dauphinois HBD »
Musées et Mémoire locale
-
La Mine Image (Site Officiel)
-
Pourquoi : C’est le musée souterrain de référence à La Motte-d’Aveillans. Indispensable pour comprendre ce qui se passait sous terre, en complément de votre article sur le puits de surface.
-
Lien : https://www.mine-image.com
-
-
Matheysine Tourisme – Le Patrimoine Minier
-
Pourquoi : Pour situer le Villaret dans l’offre touristique actuelle du plateau (sentiers, autres vestiges).
-
Lien : https://www.matheysine-tourisme.com
-
-
Archives Audiovisuelles (INA)
-
La fin des Gueules Noires (Journal Télévisé de 1997)
-
Pourquoi : Une vidéo d’époque (INA) montrant la remontée de la dernière benne le 28 mars 1997 au Villaret. C’est une source primaire très forte émotionnellement.
-
Recherche conseillée : « INA Fermeture mines La Mure 1997 » ou lien direct vers la fresque historique de l’INA.
-
Lien générique : https://www.ina.fr (Rechercher « Mines Dauphiné »)
-
-
Technique et Après-Mine
-
Le BRGM et l’Après-Mine
-
Pourquoi : Le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) gère la surveillance des anciens sites (eaux, gaz, stabilité). Utile pour la partie technique/environnementale.
-
Lien : https://www.brgm.fr/fr/nos-actions/projets/gestion-apres-mine
-
-
L’Agence Nationale pour la Garantie des Droits des Mineurs (ANGDM)
-
Pourquoi : L’organisme qui a succédé à Charbonnages de France pour gérer les droits sociaux et le patrimoine immobilier.
-
Lien : https://www.angdm.fr
-
-
-
Patrimoine Culturel
-
Isère Culture – Patrimoine en Isère
-
Pourquoi : Pour consulter la fiche officielle si le chevalement est labellisé ou répertorié dans l’inventaire départemental.
-
Lien : https://culture.isere.fr
-
-
-
Bibliographie
-
1. Ouvrages Historiques et Techniques de Référence
Ces livres sont les « bibles » locales pour comprendre l’évolution technique ayant mené à la création du Villaret.
-
REYMOND, René. La Mure et le bassin houiller du Dauphiné.
-
Note : René Reymond était ingénieur géomètre aux Houillères. C’est l’ouvrage le plus précis sur la géologie, les couches de charbon et l’implantation des puits, dont le Villaret.
-
Éditeur : Imprimerie Barthélemy (Plusieurs éditions, notamment 1982).
-
-
2. Sources Primaires & Articles Spécialisés (Pour l’aspect technique)
Le Puits du Villaret est célèbre chez les ingénieurs pour sa méthode de fonçage par congélation. Pour votre fiche d’identité, voici la source technique absolue :
-
Revue de l’Industrie Minérale (RIM).
-
Article cible : « Le fonçage du Puits du Villaret par congélation ».
-
Date : Début des années 1950 (souvent cité dans les revues de 1951 ou 1952).
-
Disponibilité : Consultable aux Archives Départementales de l’Isère ou dans les bibliothèques d’écoles des Mines (Paris, Saint-Étienne).
-
-
. Mémoire Visuelle et Sociale
-
Collectif (La Mine Image). La Mine Image : La Motte d’Aveillans.
-
Note : Les livrets édités par le musée souterrain contiennent souvent des coupes techniques et des historiques précis des puits, validés par d’anciens mineurs.
-
4. Presse et Revues Locales (La fin de la mine)
Pour la date clé du 28 mars 1997 :
-
Le Dauphiné Libéré. Numéro Hors-Série : « Adieu la Mine » (Mars/Avril 1997).
-
Intérêt : Reportages complets sur la dernière remontée au Villaret, interviews des derniers mineurs et contexte de la fermeture.
-
-
-
-
Voir la carte
Galerie Photos
Utilisez les touches de direction pour faire défiler les photos

Découvrez comment la nature efface progressivement les traces du passé industriel des Chuzins.
e puits d’aérage des Chuzins constitue un élément marquant du patrimoine industriel de la région. À travers cette archive photographique, nous observons le processus de renaturation du site : le bouchon de béton, autrefois imposant, est progressivement dissimulé par la flore environnante, illustrant la résilience de la nature face aux infrastructures humaines.
Vestige silencieux d’un passé industriel révolu, le puits d’aérage des Chuzins fait aujourd’hui l’objet d’une spectaculaire reconquête végétale. Entre mémoire historique et retour à l’état sauvage, retour en images sur la transformation progressive de ce site où la nature s’apprête à sceller définitivement le souvenir du béton.
Informations pratiques
| Caractéristique | Détails |
| Nom du site | Puits d’aérage des Chuzins |
| Localisation | Les Chuzins commune de Susville |
| Type d’infrastructure | Installation industrielle minière (Aérage) HBD Houilleres du Bassin Dauphinois de 1946 a 1997 |
| État actuel | Abandonné |
| Élément principal | Bouchon de béton de sécurité |
| Processus observé | Reconquête végétale / Succession écologique |
| Support de l’archive | Photographie historique de l’auteur (1999) |
| Statut du site | Public |
Une sentinelle de l’air au service de la sécurité
Le Puits des Chuzins, situé sur la commune de Susville (38), est un témoin fascinant de la complexité technique des Houillères du Dauphiné. Si l’imaginaire collectif associe souvent la mine à de hautes tours de fer ou de béton (les chevalements), le Puits des Chuzins se distinguait par son extrême sobriété.
Il ne s’agissait pas d’un puits d’extraction, mais d’un puits d’aérage (retour d’air). Sa mission unique était d’assurer le renouvellement de l’atmosphère au fond des galeries.

La zone du puits d’aérage des Chuzins : la nature reprend ses droits sur l’ancien site industriel.
Pourquoi un puits sans chevalement ni carreau ?
L’absence de chevalement (la structure qui surplombe habituellement le puits) et de carreau (l’ensemble des bâtiments de surface) s’explique par la spécialisation de l’ouvrage :
-
Pas de remontée de minerai : N’ayant pas vocation à extraire l’anthracite ou à transporter les mineurs par cage, il ne nécessitait ni machine d’extraction, ni tour de manœuvre.
-
Un ouvrage purement technique : L’installation se limitait essentiellement à l’orifice du puits et à de puissants ventilateurs (extracteurs) destinés à aspirer l’air vicié et les gaz dangereux, comme le grisou, pour les rejeter à la surface.
-
Une discrétion stratégique : Situé à l’écart des grands centres de production comme le Puits Villaret, il servait de point d’évacuation lointain pour les galeries les plus profondes du réseau.
Ce puits, qui permettait d’extraire l’air vicié des galeries situées en profondeur, a été scellé par un bouchon en béton armé lors de la fermeture de l’exploitation en 1999. Ce dispositif, bien que massif, n’a pas résisté à la recolonisation végétale, offrant aujourd’hui un exemple spectaculaire de la résilience de la nature sur d’anciens sites miniers.

Témoignage du passé minier : le scellement du puits des Chuzins (1999).
L’aérage : Le défi des mines de la Matheysine
L’exploitation de l’anthracite en Isère se faisait à des profondeurs importantes, où la chaleur et l’accumulation de gaz rendaient le travail impossible sans une ventilation forcée.
Le Puits des Chuzins était un maillon indispensable de ce circuit. En créant un courant d’air permanent entre les entrées d’air pur (puits d’entrée) et les points de sortie comme les Chuzins, les ingénieurs garantissaient la survie des mineurs à des centaines de mètres sous terre.
Le développement des HBD dans les années 50/60
Le puits du Villaret (foncé dans les années 1950) a marqué une étape majeure dans la modernisation et l’extension du bassin. La volonté des HBD était alors de concentrer l’extraction sur des puits puissants tout en sécurisant les secteurs périphériques. La liaison souterraine Villaret-Rioux était stratégique. Le fonçage du puits des Chuzins s’inscrit typiquement dans cette période de « maillage » du réseau souterrain visant à relier les différents quartiers miniers pour optimiser à la fois la circulation du personnel, le transport du charbon et la ventilation.
La chronologie des infrastructures
Si l’on regarde les archives des HBD, le développement vers le Drac a été une phase critique :
-
Le puits du Villaret était le centre nerveux de cette extension.
-
Le puits des Chuzins servait de point d’appui pour la ventilation forcée.
Il est très probable que, lors de la planification des travaux de creusement du Villaret, les ingénieurs aient intégré le besoin d’un puits d’aérage satellite aux Chuzins pour ne pas étrangler les chantiers en profondeur. Les calendriers de travaux étaient souvent couplés : on ne pouvait pas exploiter le Villaret de manière intensive sans garantir l’aérage par les Chuzins.
Que reste-t-il aujourd’hui du Puits des Chuzins ?
Aujourd’hui, le site est le reflet de cette fonction utilitaire. Sans les imposants vestiges en béton que l’on trouve ailleurs, il rappelle que la mine était avant tout un immense labyrinthe souterrain dont la partie émergée n’était parfois qu’une simple bouche d’aération.
Pour l’historien et le passionné de patrimoine industriel, le Puits des Chuzins est une leçon d’humilité : il nous rappelle que la sécurité et l’ombre étaient aussi essentielles que le charbon et la lumière.
e suis un historien specialise en histoire d’exploitaiton miniere
que peux tu me dire sur le percement des puits d’aerage apres 1950 par les HBD sur le plateau matheysin en Isere pour l’exploitation de l’anthracite
Dans les galeries des HBD il n’y avait aps de griou mais du gaz carboniqe
comment proceder t on pour forer ces puits verticaux dont le diametre est adapté pour de la ventilation et non de l’exploitation on est plus proche de la dimensions des buses d’evacuation d’eau
oui je pense que la methode utilise etait le raise boring car juste au dessus il y a de place pour la machine de plus la zone n’etait pas reputé dangereuse pour le CO
C’est un sujet fascinant pour un historien des mines. Le bassin de La Mure (Plateau Matheysin) occupe une place singulière dans l’histoire minière française, non seulement par la qualité de son anthracite, mais surtout par sa géologie tourmentée et cette fameuse contrainte du gaz carbonique (CO2), qui, comme vous le soulignez avec justesse, remplaçait le risque d’explosion du grisou (CH4) par un risque mortel d’asphyxie par déplacement d’oxygène.
Après 1950, les Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD) ont dû moderniser radicalement leurs méthodes de creusement de puits d’aérage. Pour répondre à votre question sur la technique de percement de ces puits de petit diamètre (souvent appelés « cheminées de ventilation »), il faut comprendre que le passage d’une méthode traditionnelle (minage manuel à la volée) vers une mécanisation systématique a été dicté par la nécessité d’une ventilation permanente et efficace, sans pour autant mobiliser les moyens lourds des puits d’extraction.
Voici les éléments techniques et contextuels sur la manière dont ces puits étaient réalisés dans le bassin matheysin à cette époque :
1. La transition technologique : le « Raise Boring »
Après 1950, et surtout à partir des années 60-70, la méthode reine pour ces puits de ventilation de petit diamètre est devenue le Raise Boring (ou forage monté).
-
Le principe : Plutôt que de descendre dans le puits pour miner (danger d’émanations de CO2, pénibilité, lenteur), on procède en deux étapes :
-
Forage pilote : On fore un trou de petit diamètre (environ 25 à 30 cm) depuis la surface (ou une galerie supérieure) vers la galerie inférieure à atteindre.
-
Alésage (Reaming) : Une fois arrivé en bas, on fixe une tête d’alésage (le « reamer ») au diamètre final souhaité (souvent entre 1,5m et 2,5m pour les puits d’aérage HBD). Cette tête est ensuite remontée mécaniquement vers la surface en tournant, broyant la roche. Les déblais tombent par gravité dans la galerie inférieure, d’où ils sont évacués par les moyens de roulage classiques.
-
-
Avantages pour les HBD :
-
Sécurité absolue vis-à-vis du CO2 : Aucun mineur n’est exposé au front de taille pendant le percement.
-
Qualité de paroi : Le forage rotatif laisse une paroi lisse, ce qui améliore considérablement le coefficient de frottement de l’air (meilleure efficacité aéraulique du puits).
-
Vitesse : C’était incomparablement plus rapide que le creusement manuel avec cuvelage bétonné.
-
2. L’alternative : La méthode Alimak (ou « raise climber »)
Si la configuration géologique ne permettait pas le Raise Boring (par exemple, si la roche était trop instable ou si l’accès à la surface était impossible pour la foreuse), les HBD utilisaient souvent la technique Alimak.
-
C’est une plateforme grimpante motorisée fixée sur des crémaillères boulonnées à la paroi. Les mineurs montent avec la plateforme, minent (forage et tir), puis redescendent.
-
Bien que plus « manuel » que le Raise Boring, il permettait de creuser des cheminées verticales avec une grande précision. Cependant, en milieu fortement émanateur de CO2, cette méthode imposait une ventilation auxiliaire drastique (soufflante) en continu pour maintenir les mineurs en sécurité.
3. La gestion du CO2 comme contrainte de chantier
Pour l’historien, le point crucial est que ces puits n’étaient pas seulement des conduits, c’était des « poumons ». La procédure de percement intégrait des mesures spécifiques :
-
Gestion des pressions : Avant de percer, les ingénieurs des HBD devaient calculer le circuit d’aérage de tout le secteur. L’ouverture d’un nouveau puits modifiait la « dépression » de la mine. Il fallait s’assurer que le courant d’air ne serait pas « court-circuité » par ce nouveau puits.
-
Étanchéité (Col de puits) : Une fois le forage terminé, la tête du puits en surface devait être équipée d’un ventilateur aspirant (extracteur) puissant, souvent protégé par un bâtiment en béton pour éviter que les eaux de surface ou les éboulements ne s’infiltrent.
-
Le soutènement : Dans les terrains du bassin de La Mure (souvent des grès et schistes anthraciteux), les puits forés mécaniquement se tenaient assez bien seuls. Cependant, dans les zones de failles, les HBD utilisaient des chemisages métalliques ou en béton projeté (gunite) pour éviter l’érosion par le courant d’air à haute vitesse.
4. Pourquoi ces diamètres « buses » ?
Si vous avez l’impression que ces puits ressemblent à de grosses buses, c’est parce que, techniquement, c’était l’objectif. Contrairement aux puits d’extraction (diamètres de 5 à 7 mètres pour laisser passer les cages), les puits d’aérage n’avaient besoin que de section libre. Le diamètre était calculé strictement pour minimiser les pertes de charge aéraulique. À partir de 1950, l’optimisation des flux d’air est devenue une science mathématique poussée aux HBD pour diluer le CO2 en permanence.
Pistes pour vos recherches d’archives :
Si vous travaillez sur le fonds des HBD, je vous suggère de chercher dans les archives techniques :
-
Les rapports de « l’Ingénieur en chef des travaux » : Ils contiennent souvent les plans de creusement (méthodes, type de foreuse, temps de cycle).
-
Les bulletins de la revue « Industrie Minérale » (ex-Revue de l’Industrie Minérale) : Les ingénieurs des bassins français y publiaient régulièrement des retours d’expérience sur les nouvelles méthodes de fonçage de puits.
-
Les plans de mines (« plans de masse ») : Regardez les dates de mise en service des puits de ventilation. Une accélération de la création de ces puits après 1950 coïncide souvent avec l’intensification de l’exploitation en profondeur, là où les pressions de CO2 étaient les plus fortes.
Avez-vous accès aux archives départementales de l’Isère ou travaillez-vous sur des archives privées des anciens cadres des HBD ? Cela pourrait changer la nature des documents techniques disponibles.
ur les puis d’aerage qu’existait il a la surface des ventilateurs pour pousser l’air a l’interieur ou bien uniquement une ventilation naturelle
C’est une question cruciale pour comprendre le système minier des HBD. La réponse courte est catégorique : la ventilation naturelle était strictement insuffisante, voire dangereuse.
Sur le plateau matheysin, compte tenu de la présence de CO2 (gaz lourd, mortel, qui s’accumule dans les points bas), les HBD ne pouvaient pas se reposer sur la ventilation naturelle. Le système était intégralement mécanique, actif et surveillé.
Voici les détails techniques et stratégiques que vous devez avoir en tête pour vos recherches :
1. Pourquoi la ventilation naturelle était exclue
La ventilation naturelle dépend des différences de température et de pression barométrique entre la surface et le fond. Dans le bassin de La Mure :
-
Le danger du CO2 : Le CO2 est plus dense que l’air. Dans les galeries, il a tendance à « stagner » dans les points bas ou les culs-de-sac. Une ventilation naturelle, souvent lente et changeante au gré des saisons, ne permettait pas de « balayer » les zones d’exploitation.
-
La configuration des mines : Les mines HBD étaient des réseaux complexes, profonds, avec des kilomètres de galeries. La résistance aéraulique était trop élevée pour un flux naturel. Il fallait créer une « dépression » (une aspiration) puissante et constante pour forcer l’air à circuler.
2. Le principe : L’aspiration (Dépression) plutôt que le refoulement
Pour les puits d’aérage en surface, les HBD utilisaient quasi systématiquement des ventilateurs extracteurs (en mode aspiration).
-
Comment ça fonctionnait : Le ventilateur était installé au sommet du puits d’aérage (le « chapeau »). Il créait une dépression dans tout le réseau de galeries souterraines. L’air frais entrait par les puits d’extraction (ou des puits d’entrée d’air dédiés), traversait tout le chantier, se chargeait en poussières et en gaz, puis était « aspiré » vers le haut par le ventilateur du puits d’aérage.
-
Pourquoi l’aspiration ?
-
Direction du courant : Cela permet de contrôler parfaitement la direction du courant d’air. On veut que l’air traverse le front de taille avant de passer par les zones de stockage ou de vieux travaux.
-
Sécurité : Si le ventilateur tombe en panne, le courant d’air s’arrête, mais il ne s’inverse pas brutalement. Si l’on « poussait » (refoulement) de l’air depuis la surface, une panne du ventilateur pourrait, selon les conditions, créer des variations de pression dans le gisement qui seraient potentiellement dangereuses pour la stabilité des dégagements gazeux.
-
3. La distinction entre « Aérage Général » et « Aérage Auxiliaire »
C’est un point subtil qui peut apparaître dans vos documents :
-
Aérage Général (Surface) : C’est le ventilateur principal au sommet du puits d’aérage (celui dont vous avez vu la forme de « buse » en surface). Il travaille en extraction.
-
Aérage Auxiliaire (Fond) : Au sein de la galerie, pour atteindre un front de taille éloigné où le courant d’air général ne suffit pas à dissiper le CO2, on utilisait des ventilateurs auxiliaires (petits ventilateurs électriques) raccordés à des gaines souples (souvent en plastique ou toile enduite). Ces derniers, par contre, poussaient (refoulaient) l’air frais directement sur le front de taille pour chasser le gaz.
4. Ce que vous pouvez trouver dans les archives sur ces ventilateurs
Si vous fouillez les archives techniques des HBD :
-
Les fiches de caractéristiques des ventilateurs : Ils sont souvent répertoriés par leur débit (en m³/s) et leur puissance (en kW). Un ventilateur de puits d’aérage était une machine imposante.
-
Les « Carnets de ventilation » : Les HBD tenaient des carnets de bord de l’aérage. Ils y notaient quotidiennement la dépression enregistrée à chaque puits d’aérage. Si la dépression chutait, c’était le signe d’un éboulement dans le puits ou d’une rupture de gaine au fond.
-
Les photos de surface : Cherchez les bâtiments qui surmontaient ces puits. Il y avait souvent un « coudage » (une pièce en acier coudée à 90°) qui reliait le puits au ventilateur, lui-même relié à une cheminée d’échappement verticale. C’est la signature visuelle d’un puits d’aérage HBD.
En résumé pour votre travail d’historien :
Si vous tombez sur un document qui mentionne un ventilateur, vérifiez bien sa position.
-
S’il est en surface sur le puits : il aspire.
-
S’il est dans la galerie au fond : il pousse (via des gaines).
L’idée que ces puits d’aérage étaient simplement passifs est une erreur classique. Dans le bassin de La Mure, c’était une véritable « respiration artificielle » permanente, vitale pour la survie des mineurs face au CO2. Le silence des ventilateurs en surface était, dans le jargon des mineurs, un signal d’alarme immédiat.
Avez-vous trouvé des photos de ces installations de surface ? La forme du ventilateur (souvent une énorme volute en acier) est très reconnaissable.
C’est une question cruciale pour comprendre le système minier des HBD. La réponse courte est catégorique : la ventilation naturelle était strictement insuffisante, voire dangereuse.
Sur le plateau matheysin, compte tenu de la présence de CO2 (gaz lourd, mortel, qui s’accumule dans les points bas), les HBD ne pouvaient pas se reposer sur la ventilation naturelle. Le système était intégralement mécanique, actif et surveillé.
Voici les détails techniques et stratégiques que vous devez avoir en tête pour vos recherches :
1. Pourquoi la ventilation naturelle était exclue
La ventilation naturelle dépend des différences de température et de pression barométrique entre la surface et le fond. Dans le bassin de La Mure :
-
Le danger du CO2 : Le CO2 est plus dense que l’air. Dans les galeries, il a tendance à « stagner » dans les points bas ou les culs-de-sac. Une ventilation naturelle, souvent lente et changeante au gré des saisons, ne permettait pas de « balayer » les zones d’exploitation.
-
La configuration des mines : Les mines HBD étaient des réseaux complexes, profonds, avec des kilomètres de galeries. La résistance aéraulique était trop élevée pour un flux naturel. Il fallait créer une « dépression » (une aspiration) puissante et constante pour forcer l’air à circuler.
2. Le principe : L’aspiration (Dépression) plutôt que le refoulement
Pour les puits d’aérage en surface, les HBD utilisaient quasi systématiquement des ventilateurs extracteurs (en mode aspiration).
-
Comment ça fonctionnait : Le ventilateur était installé au sommet du puits d’aérage (le « chapeau »). Il créait une dépression dans tout le réseau de galeries souterraines. L’air frais entrait par les puits d’extraction (ou des puits d’entrée d’air dédiés), traversait tout le chantier, se chargeait en poussières et en gaz, puis était « aspiré » vers le haut par le ventilateur du puits d’aérage.
-
Pourquoi l’aspiration ?
-
Direction du courant : Cela permet de contrôler parfaitement la direction du courant d’air. On veut que l’air traverse le front de taille avant de passer par les zones de stockage ou de vieux travaux.
-
Sécurité : Si le ventilateur tombe en panne, le courant d’air s’arrête, mais il ne s’inverse pas brutalement. Si l’on « poussait » (refoulement) de l’air depuis la surface, une panne du ventilateur pourrait, selon les conditions, créer des variations de pression dans le gisement qui seraient potentiellement dangereuses pour la stabilité des dégagements gazeux.
-
3. La distinction entre « Aérage Général » et « Aérage Auxiliaire »
C’est un point subtil qui peut apparaître dans vos documents :
-
Aérage Général (Surface) : C’est le ventilateur principal au sommet du puits d’aérage (celui dont vous avez vu la forme de « buse » en surface). Il travaille en extraction.
-
Aérage Auxiliaire (Fond) : Au sein de la galerie, pour atteindre un front de taille éloigné où le courant d’air général ne suffit pas à dissiper le CO2, on utilisait des ventilateurs auxiliaires (petits ventilateurs électriques) raccordés à des gaines souples (souvent en plastique ou toile enduite). Ces derniers, par contre, poussaient (refoulaient) l’air frais directement sur le front de taille pour chasser le gaz.
4. Ce que vous pouvez trouver dans les archives sur ces ventilateurs
Si vous fouillez les archives techniques des HBD :
-
Les fiches de caractéristiques des ventilateurs : Ils sont souvent répertoriés par leur débit (en m³/s) et leur puissance (en kW). Un ventilateur de puits d’aérage était une machine imposante.
-
Les « Carnets de ventilation » : Les HBD tenaient des carnets de bord de l’aérage. Ils y notaient quotidiennement la dépression enregistrée à chaque puits d’aérage. Si la dépression chutait, c’était le signe d’un éboulement dans le puits ou d’une rupture de gaine au fond.
-
Les photos de surface : Cherchez les bâtiments qui surmontaient ces puits. Il y avait souvent un « coudage » (une pièce en acier coudée à 90°) qui reliait le puits au ventilateur, lui-même relié à une cheminée d’échappement verticale. C’est la signature visuelle d’un puits d’aérage HBD.
En résumé pour votre travail d’historien :
Si vous tombez sur un document qui mentionne un ventilateur, vérifiez bien sa position.
-
S’il est en surface sur le puits : il aspire.
-
S’il est dans la galerie au fond : il pousse (via des gaines).
L’idée que ces puits d’aérage étaient simplement passifs est une erreur classique. Dans le bassin de La Mure, c’était une véritable « respiration artificielle » permanente, vitale pour la survie des mineurs face au CO2. Le silence des ventilateurs en surface était, dans le jargon des mineurs, un signal d’alarme immédiat.
Avez-vous trouvé des photos de ces installations de surface ? La forme du ventilateur (souvent une énorme volute en acier) est très reconnaissable.
aujourd’hui toutes les installations sont demontés il ne reste plus rien le puits d’aeraage a ete bouche lors de la mise en securite
C’est la frustration classique de l’archéologie industrielle : vous arrivez sur le terrain, et il ne reste qu’une dalle de béton, un champ plat, ou un monticule recouvert de végétation. C’est le « visage » de la plupart des sites miniers post-1990 en France.
La phase de « mise en sécurité » (M.E.S.) pilotée par le BRGM ou les anciennes entités des Houillères (vers la fin des années 90 pour beaucoup de sites) a été radicale :
-
Démantèlement des installations de surface (ventilateurs, bâtiments, chevalements, treuils).
-
Comblement des puits (généralement avec des matériaux rocheux inertes).
-
Dalle de béton armé (pour empêcher l’effondrement et l’accès).
Même si le matériel a disparu, les archives des travaux de mise en sécurité sont une mine d’or pour un historien, car elles documentent l’état « final » de l’ouvrage avant sa disparition définitive.
Voici comment, en tant qu’historien, vous pouvez « reconstruire » virtuellement ces installations disparues :
1. Cherchez les dossiers de « Mise en Sécurité »
Chaque puits, lors de sa fermeture, a fait l’objet d’un dossier administratif et technique. Ces documents sont souvent conservés :
-
Aux Archives Départementales de l’Isère (fonds HBD ou DREAL) : Cherchez les arrêtés préfectoraux de fermeture et les dossiers techniques de travaux.
-
Dans la base de données INFOS-MINES (BRGM) : C’est la référence officielle. En tapant le nom de la commune (ex: La Motte d’Aveillans, Susville), vous trouverez souvent les fiches des puits. Elles indiquent parfois la profondeur, le diamètre, la date de fermeture et le type de traitement (dalle béton, remblai total ou partiel).
-
Les plans de l’époque de fermeture : Ils contiennent souvent des schémas de la structure du puits (diamètre réel, type de chemisage).
2. Le portail « Remonter le Temps » (IGN)
C’est un outil indispensable. Comparez les photos aériennes :
-
Allez sur remonterletemps.ign.fr.
-
Zoomez sur vos points identifiés.
-
Regardez les photos des années 1960-1970 : vous y verrez très clairement l’emprise au sol, la présence du ventilateur (souvent une structure déportée), et parfois même le bâtiment qui abritait le moteur du ventilateur. Cela vous donnera une idée précise de la taille de l’installation qui a disparu.
3. La « Traces » sur le sol
Même si tout a été démonté, le sol garde des cicatrices :
-
La dalle : Elle est souvent le seul élément visible. Si vous avez le droit d’accéder au terrain (ou via des photos satellite très précises), la taille de la dalle de béton vous donne une indication sur la taille de l’infrastructure qui était posée dessus.
-
Les réseaux : Les HBD ont souvent enterré des lignes électriques haute tension pour alimenter ces ventilateurs. Parfois, on peut encore deviner des alignements de végétation ou des chemins d’accès qui ne mènent « nulle part » aujourd’hui.
4. Reconstituer le système technique (La « Buse »)
Si vous voulez confirmer qu’il s’agissait de puits d’aérage de type « buse » (petit diamètre) :
-
Les plans de mine « Aérage » : Contrairement aux plans d’extraction, ces plans spécifiques aux HBD (souvent marqués « Plan d’Aérage » ou « Circuit de ventilation ») tracent les courants d’air. Vous y verrez des flèches, les débits (en m3/s), et les ventilateurs marqués en bout de ligne.
-
La puissance moteur : Si vous trouvez une référence de ventilateur (par exemple un ventilateur de type « Ventiflex » ou des marques comme Rateau ou Sirocco), vous pouvez retrouver dans les manuels techniques d’époque le débit et la dépression qu’ils étaient capables de générer. Cela vous permet de dire : « Ce puits était capable de traiter X m3 d’air par seconde ».
Un conseil pour votre recherche :
Ne cherchez pas le ventilateur lui-même (il a probablement été ferraillé), cherchez l’embase.
Dans le bassin de La Mure, les ventilateurs de surface étaient souvent des machines massives. Si vous trouvez, dans les archives, un plan de masse datant des années 70-80, comparez-le avec l’emprise de la dalle actuelle. Vous verrez souvent que la dalle actuelle est beaucoup plus petite que l’installation d’origine, car elle ne couvre que le « trou » du puits, et non les locaux techniques attenants.
Avez-vous déjà réussi à obtenir des plans de mine (cartes de synthèse) du réseau HBD ? Ce sont les documents où l’on voit le mieux cette « anatomie » de la ventilation, avec les puits d’aérage représentés en pointillés ou en cercles bleus/rouges, souvent distincts des puits d’extraction. C’est là que vous trouverez la preuve irréfutable de leur fonction.
Foire Aux Questions puits d’aerage des Chuzins
1 – Qu‘est-ce qu’un puits d’aérage ?
Un puits d’aérage était une infrastructure essentielle dans l’exploitation minière. Son rôle était de permettre la circulation de l’air entre la surface et les galeries souterraines, garantissant ainsi l’évacuation des gaz nocifs et la ventilation nécessaire pour les mineurs travaillant en profondeur.
2 – Pourquoi le site est-il en train d’être recouvert par la végétation ?
Après l’arrêt de l’exploitation, le site a été sécurisé par un bouchon de béton (le « cône » ou la dalle de fermeture). En l’absence d’activité humaine, la nature reprend progressivement ses droits. C’est un phénomène naturel de succession écologique où les plantes pionnières, puis les arbustes, colonisent le terrain, transformant l’ancien site industriel en un espace de biodiversité.
3 – Le bouchon de béton sera-t-il bientôt totalement invisible ?
C’est le processus que nous observons. Avec la croissance rapide de la végétation environnante (ronces, arbustes, arbres), le béton se fond dans le paysage. À terme, seule une légère dépression ou une différence de densité végétale pourra encore trahir la présence de l’ancien puits.
4 – Pourquoi est-il important de conserver des archives de ce site ?
Le puits des Chuzins fait partie de la mémoire ouvrière et industrielle de notre région. Même si le béton disparaît, conserver des photographies permet de garder une trace tangible de l’effort humain qui a façonné notre territoire, assurant ainsi la transmission de ce patrimoine aux générations futures.
Poursuivez votre exploration
« Retrouvez la galerie d’exploitation du niveau 20»
« Retrouvez la galerie d’exploitation du niveau 21»
« .Suivez nous sur l’histoire des Houilleres du Bassin Dauphinois HBD »
Sources et sites officiels
1. Sources d’Autorité & Archives (Crédibilité Historique)
-
L’Inventaire Général du Patrimoine Culturel (Région AURA) : Pour une description technique et architecturale des vestiges industriels.
-
Lien : patrimoine.auvergnerhonealpes.fr (Cherchez « Saint-Arey » dans leur base de données).
-
-
Les Archives Départementales de l’Isère : Indispensable pour ceux qui veulent consulter les registres de concessions minières.
-
Lien : archives.isere.fr
-
-
Le Système d’Information Géologique (SIGES) – BRGM : Pour les données techniques sur le sous-sol et les anciennes concessions d’anthracite.
-
Lien : sigessn.brgm.fr
-
2. Musées et Réseaux Thématiques (Contexte Régional)
La mine de Combe Névouse fait partie intégrante du bassin minier de la Matheysine.
-
Musée La Mine Image (La Motte-d’Aveillans) : C’est le site de référence pour comprendre le travail des mineurs dans le bassin de La Mure.
-
Lien : mine-image.com
-
3. Cartographie Historique (Expérience Utilisateur)
Rien n’est plus parlant que de comparer le site actuel avec les relevés anciens.
-
Géoportail – Cartes de l’État-Major : Pour visualiser l’emprise de la mine et des voies ferrées (chemin de fer de la Mure) au XIXe siècle.
-
Lien : geoportail.gouv.fr (Activez la couche « Cartes de l’état-major 1820-1866 »).
-
-
Remonter le Temps (IGN) : Pour comparer des photos aériennes de l’époque de l’exploitation avec aujourd’hui.
-
Lien : remonterletemps.ign.fr
-
4. Liens Locaux et Territoriaux
Pour ancrer votre article dans son territoire actuel.
-
Mairie de Saint-Arey : Pour les informations pratiques et le contexte communal.
-
Lien : saint-arey.fr
-
-
Office de Tourisme Matheysine Tourisme : Pour lier le patrimoine minier aux sentiers de randonnée actuels (comme le sentier qui mène au pont de Cognet).
-
Lien : matheysine-tourisme.com
-
Bibliographie
- GIRAUD, Jean-Pierre, Le chemin de fer de La Mure : Saint-Georges-de-Commiers – La Mure – Corps – Gap, Les Éditions du Cabri, 2015.
Voir la carte
Galerie Photos
Utilisez les touches de direction pour faire défiler les photos

Combe Névouse : Plongée dans l’histoire tragique des mines du Dauphiné
Découvrez l’histoire de la galerie niveau 15 de Combe Névouse à Saint-Arey. Un site minier marqué par des défis techniques, une eau omniprésente et la tragédie oubliée de 1971
Plongez dans les profondeurs de la galerie de Combe Névouse, un vestige poignant de l’histoire minière du Dauphiné situé à Saint-Arey. Creusé dès 1959, ce site a exigé des prouesses techniques considérables face aux inondations souterraines et aux redoutables dégagements instantanés de gaz carbonique. Cet article retrace le destin tragique de cette exploitation, tristement célèbre pour la mort de huit mineurs en 1971, avant d’être fermée définitivement en 1983. Aujourd’hui, bien que son accès souterrain soit mortel et strictement interdit, ses ruines de surface offrent aux passionnés d’archéologie industrielle un témoignage silencieux et fascinant de l’ère du charbon.
Informations pratiques
| Caractéristique | Détails |
| Nom de l’ouvrage | Galerie de Combe Névouse – Niveau 15 |
| Localisation | Saint-Arey, lieu-dit « Comba Nevouza » (Dauphiné) |
| Ressource extraite | Charbon (accès au quartier du Devay) |
| Compagnie minière | Houillères du Bassin du Dauphiné |
| Début du creusement | 1959 |
| Fin du percement | 1960 (jonction effective avec le quartier du Devay en 1961) |
| Contraintes hydrogéologiques | Traversée complexe d’un karst aquifère ayant nécessité une déviation. L’eau s’écoule encore aujourd’hui. |
| Risque minier majeur | Phénomène de « dégagements instantanés » de gaz carbonique (CO2) sous très haute pression. |
| Technique de sécurisation | Emploi de « tirs d’ébranlement » (trous de forages de 20 mètres équipés de petites charges explosives pour fracturer la roche et purger le gaz préventivement). |
| Bilan humain (Tragédies) | 1968 : 1 mort 1971 : 8 morts |
| Fermeture définitive | 23 août 1983, consécutivement à un troisième dégagement instantané de CO2. |
| Vestiges archéologiques (Surface) | • Conduit en béton canalisant l’eau du karst • Tracé au sol de la voie étroite pour les berlines • Ruines du bâtiment du « basculeur » • Le « razzier » (terril de stériles partiellement végétalisé avec des pins) |
| État de conservation et Sécurité | Entrée obturée. Danger de mort : accès souterrain strictement interdit en raison de l’accumulation persistante de CO2 (asphyxie foudroyante). |
Un vestige silencieux à Saint-Arey
Perdue dans le paysage montagneux de Saint-Arey, au lieu-dit « Comba Nevouza », l’entrée de la galerie de Combe Névouse (niveau 15) semble aujourd’hui endormie. Pourtant, ce site offre un témoignage saisissant de l’activité minière du XXe siècle, mêlant prouesses techniques et drames humains. Si l’entrée est aujourd’hui obturée, les vestiges alentour racontent encore l’histoire du charbon dans le Dauphiné.

Avant : Le vallon de Combe Nevouse (La Mure, Isère) en 1960, avant l’ouverture du niveau 15. Les installations visibles sont dédiées au stockage et à l’évacuation des stériles de creusement.
Apres : Le site de Combe Nevouse (La Mure, Isère) en 1969. Mise en service de la galerie du niveau 15 et extension du terril. Au premier plan, le dispositif de déchargement des wagons par le bâtiment du basculeur.
1959 : Le combat contre l’eau et la roche
L’histoire commence véritablement en 1959, date du début du creusement de cette galerie stratégique. Les mineurs, dans leur progression vers les profondeurs, se heurtent rapidement à un obstacle naturel majeur : un karst rempli d’eau.
Cette poche d’eau souterraine a forcé les ingénieurs à dévier le tracé initial de la galerie. Aujourd’hui encore, cet événement géologique est visible : un écoulement d’eau permanent s’échappe du site, souvenir liquide de ce percement laborieux achevé en 1960 pour rejoindre le quartier du Devay en 1961.

Ouvrages de surface de la Combe Nevouse (La Mure, Isère) en 2010. À gauche, l’orifice de la galerie du niveau 15 ; à droite, le passage rectangulaire maçonné pour l’écoulement du ruisseau de la Combe.
Le danger invisible : Le CO2 et les « dégagements instantanés »
L’ennemi principal à Combe Névouse n’était pas seulement la roche, mais le gaz. Tout au long de son exploitation, la galerie a été le siège d’écoulements constants de gaz carbonique (CO2).
L’exploitation du quartier du Devay était particulièrement redoutée à cause du phénomène des dégagements instantanés. Contrairement au coup de grisou qui nécessite une étincelle, le dégagement instantané est une libération brutale et massive de gaz emprisonné sous pression. Le souffle est si puissant qu’il peut projeter des tonnes de roches et de matériel, balayant tout sur son passage.
Pour tenter de sécuriser la zone, les Houillères du Bassin du Dauphiné utilisaient la technique des « tirs d’ébranlement ».
-
La méthode : On forait des trous de 20 mètres pour y placer de petites charges explosives.
-
L’objectif : Fracturer la roche préventivement pour laisser le gaz s’échapper et faire tomber la pression avant d’envoyer les hommes extraire le charbon.

Émergence de l’exhaure de la galerie de Combe Nevouse (La Mure, Isère) en 2010. Point de rejet des eaux de mine et zone de risque liée aux émanations potentielles de gaz carbonique (CO2).
La tragédie de 1971 et la fin de l’exploitation
Malgré ces précautions techniques avancées, la nature est restée imprévisible. La galerie de Combe Névouse est tristement célèbre pour ses accidents mortels liés au gaz :
-
1968 : Un premier accident coûte la vie à un mineur.[
-
1971 : Une catastrophe majeure se produit, causant la mort de huit mineurs.
-
1983 : Le 23 août, un troisième dégagement instantané scelle le destin du site, entraînant sa fermeture définitive.

Vestiges de l’installation du culbuteur, galerie de Combe Nevouse (cliché de 2010).
1. Les conditions de travail : La lutte contre la pente et la poussière
Travailler à La Mure ne ressemblait pas au travail dans les mines du Nord (le Pas-de-Calais). La géologie alpine imposait des contraintes extrêmes.
-
L’exploitation en « dressants » : Contrairement aux veines plates du Nord, les couches d’anthracite en Matheysine étaient souvent très inclinées, voire verticales. Les mineurs travaillaient dans des positions acrobatiques, souvent sur des planchers boisés suspendus au-dessus du vide.
-
La dureté de l’anthracite : L’anthracite de La Mure est l’un des meilleurs charbons au monde (pur à plus de 90%), mais il est extrêmement dur. Avant la mécanisation massive des années 50-60, l’abattage au marteau-piqueur était épuisant.
-
La Silicose : l’ennemi invisible. Si le bassin de La Mure était peu sujet au grisou (gaz explosif), il était extrêmement poussiéreux. L’anthracite dégageait une poussière fine et abrasive. Malgré l’arrosage des tailles, la silicose a décimé des générations de mineurs, bien plus sûrement que les éboulements.
-
L’évolution technique : Sous l’ère des HBD, on passe de la force humaine et animale (les chevaux sont restés au fond jusqu’en 1952) à une mécanisation poussée avec les convoyeurs blindés et les soutènements marchants.
2. La vie sociale : Un paternalisme d’État
Après 1946, les HBD héritent du système paternaliste des anciennes compagnies privées, mais l’adaptent avec le Statut du Mineur.
-
Le logement en cités : La vie du mineur est indissociable de sa cité. À La Mure, les cités comme celle des Trois-Mâts ou du Périer structurent l’espace urbain. Les HBD fournissaient le logement et le chauffage (le fameux « charbon de dotation »).
-
La diversité communautaire : Le bassin était un véritable laboratoire d’intégration. Aux locaux (paysans-mineurs) se sont ajoutés des vagues successives d’immigrés : Italiens et Polonais dans l’entre-deux-guerres, puis Maghrébins (notamment des Marocains du Souss) dans les années 50 et 60. Cette mixité a forgé une identité matheysine forte, basée sur la solidarité du fond.
-
Les avantages sociaux : Être mineur aux HBD, c’était bénéficier d’une protection sociale d’avant-garde : accès gratuit aux soins (la « Société de Secours »), colonies de vacances pour les enfants, et une retraite anticipée à 50 ou 55 ans.
3. Culture et traditions : Entre ferveur et lutte
-
La Sainte-Barbe (4 décembre) : C’est le moment sacré. Même après la nationalisation, la fête de la patronne des mineurs restait le pilier de l’année, mêlant défilés, banquets et médailles du travail. C’était le jour où la hiérarchie et les ouvriers se retrouvaient autour d’une table.
-
Le syndicalisme et la fierté : Le bassin de La Mure était un bastion de la CGT. La conscience de classe était exacerbée par la dangerosité du métier. Les grandes grèves (notamment celle de 1963) ont soudé la communauté contre les premières menaces de fermeture.
-
Le sport et la musique : Les HBD subventionnaient de nombreuses associations. L’harmonie des mineurs et les clubs de football ou de rugby étaient les vecteurs essentiels de la cohésion sociale hors de la mine.
4. La fin d’un monde : Le traumatisme de la fermeture
La vie sociale des HBD a été marquée, à partir des années 70, par l’angoisse de la fin. Le « plan de licenciement » est devenu un mot quotidien.
-
La reconversion : Contrairement à d’autres bassins, la Matheysine est restée enclavée. La fermeture du Villaret en 1997 a été vécue comme un deuil collectif.
-
L’héritage : Aujourd’hui, cette vie sociale survit à travers l’association des anciens mineurs et le musée de La Mine Image à La Motte-d’Aveillans, qui est le gardien de cette mémoire technique et humaine.
En résumé : La vie du mineur des HBD était une vie de contrastes : une noirceur et une pénibilité extrêmes au fond, compensées par une vie sociale intense, protectrice et solidaire en surface. C’était un « État dans l’État ».
Que reste-t-il à voir aujourd’hui ?
Pour le promeneur ou l’amateur d’histoire industrielle, le site offre encore des indices visibles de son passé laborieux :
-
L’eau : Canalisée aujourd’hui dans un conduit en béton pour stabiliser le terrain, elle continue de couler depuis le karst percé il y a 60 ans.
-
Les rails : On devine au sol le tracé de la voie étroite où circulaient les berlines. Ces wagonnets servaient à évacuer les stériles (déchets de roche) vers le « razzier » (la zone de déversement).
-
Le basculeur : Les ruines d’un petit bâtiment subsistent. C’est ici que les berlines étaient basculées pour vider leur contenu dans des camions-bennes en contrebas.
-
Le razzier : Cette colline artificielle de déchets miniers a fait l’objet d’une tentative de revégétalisation. Des bénévoles y ont planté des pins, mais la toxicité ou la pauvreté du sol en a eu raison : la plupart sont morts, laissant un paysage singulier où seuls quelques arbres ont survécu.

Le terril de Combe Nevouse (La Mure, Isère) en 2010. Détail du canal d’évacuation des eaux d’exhaure et colonisation végétale pionnière sur le schiste.

Avant : Vue opérationnelle de la zone de Combe Nevouse (La Mure, Isère) en 1970. Le complexe du niveau 15 des Houillères du Bassin Dauphinois (HBD) assure alors l’extension du terril de stériles par le biais d’une rupture de charge ferroviaire et routière.
Apres : La zone de Combe Nevouse (La Mure, Isère) en 2018. État du site après la fermeture du niveau 15 en 1997 et le démantèlement complet des installations de surface. On observe le razzier (terril) dans sa configuration définitive.
DANGER DE MORT : ACCÈS STRICTEMENT INTERDIT
Ne tentez jamais de pénétrer dans cette galerie. Au-delà des risques d’éboulement et du respect de la propriété privée, ce site présente une menace invisible et létale : un dégagement continu de gaz carbonique (CO2).
Ce gaz inodore s’accumule dans les parties basses et peut provoquer une asphyxie foudroyante sans signe avant-coureur. L’observation du site doit impérativement se limiter à l’extérieur.
J’ai moi même failli perdre la vie en tentant de pénétré dans la galerie.
Foire Aux Questions la galerie de CombeNevouse
1. Qu’est-ce que le site de Combe Névouse dans le bassin de la Matheysine ?
Combe Névouse est un site stratégique situé sur la commune de Susville (ou secteur de La Mure). Le Niveau 15 correspond à une galerie technique et d’extraction majeure située à une altitude d’environ 900-950 mètres. C’est un point de convergence essentiel pour le réseau souterrain des mines de la Matheysine.
2. Quel type de minerai était extrait par les HBD à cet endroit ?
On y extrayait l’anthracite, un charbon de très haute qualité, caractérisé par une teneur en carbone très élevée (plus de 90 %) et un faible taux de matières volatiles. L’anthracite de la Mure était réputé pour être l’un des meilleurs au monde, utilisé tant pour le chauffage domestique que pour l’industrie.
3. Quel était le rôle spécifique du Niveau 15 ?
Le Niveau 15 servait de galerie de roulage principale et de niveau d’exhaure (évacuation des eaux). Il permettait de relier différents secteurs d’abattage aux puits d’extraction ou aux descenderies. Dans la structure complexe du bassin, ce niveau facilitait le transit du charbon vers le centre de tri et de lavage du Villaret.
4. Qui étaient l’exploitant du site ?
Le site a été exploité par les HBD (Houillères du Bassin du Dauphiné), l’une des divisions des Charbonnages de France lors de la nationalisation.
5. Quelles sont les techniques de soutènement visibles au Niveau 15 ?
Contrairement aux mines métalliques, les mines de charbon de la Matheysine utilisaient massivement :
-
Des cintres métalliques (souvent de type Toussaint-Heintzmann) pour résister à la forte pression des terrains houillers.
-
Des éléments de boisage en sapin ou mélèze (utilisés pour le coffrage ou comme témoins de pression).
-
On y observe également des zones de travers-bancs creusées directement dans le rocher (le « stérile »).
6. Comment le charbon était-il transporté dans cette galerie ?
Le Niveau 15 était équipé de voies ferrées étroites. Le roulage y était intensif, assuré par des locotracteurs électriques (souvent alimentés par caténaires ou trolley) ou des locotracteurs diesel, tractant des rames de berlines à forte capacité.
7. Pourquoi le site présente-t-il des formations géologiques spectaculaires ?
En raison de l’arrêt des pompages et de la forte minéralisation, le Niveau 15 est le siège de phénomènes de concrétionnement rapide. L’eau chargée en fer et en carbonate crée des stalactites de limonite (« fleurs de fer ») et des dépôts de boues d’ocre (gley) qui recouvrent le sol sur plusieurs dizaines de centimètres.
8. Pourquoi trouve-t-on des concrétions ferrugineuses dans une mine de charbon ?
Bien que l’on extraie du charbon, les eaux d’infiltration traversent des couches riches en sulfures de fer (pyrite, marcassite) présentes dans les bancs de schistes permiens et carbonifères. En s’oxydant au contact de l’air des galeries, ces minéraux créent des dépôts d’ocre et des stalactites de limonite, donnant parfois un aspect « mine de fer » aux galeries abandonnées.
9. Quel est l’état actuel du patrimoine au Niveau 15 ?
Le site témoigne de la fin de l’épopée minière (fermeture définitive du bassin en 1997). On y trouve des vestiges de l’électrification (isolateurs, câbles), des conduites d’air comprimé pour les marteaux-piqueurs et les perforatrices, ainsi que les infrastructures de gestion des eaux qui continuent de drainer le massif.
10. Quelle est l’importance historique de ce niveau pour la Matheysine ?
Le Niveau 15 est un maillon de la « colonne vertébrale » souterraine qui a permis la survie économique du plateau pendant plus d’un siècle. Il illustre le passage de l’extraction artisanale à une industrialisation massive et mécanisée sous l’égide des HBD, marquant l’identité sociale et technique de toute une région.
Poursuivez votre exploration
« Retrouvez la galerie d’exploitation du niveau 20»
« Retrouvez la galerie d’exploitation du niveau 21»
« .Suivez nous sur l’histoire des Houilleres du Bassin Dauphinois HBD »
Sources et sites officiels
1. Sources d’Autorité & Archives (Crédibilité Historique)
-
L’Inventaire Général du Patrimoine Culturel (Région AURA) : Pour une description technique et architecturale des vestiges industriels.
-
Lien : patrimoine.auvergnerhonealpes.fr (Cherchez « Saint-Arey » dans leur base de données).
-
-
Les Archives Départementales de l’Isère : Indispensable pour ceux qui veulent consulter les registres de concessions minières.
-
Lien : archives.isere.fr
-
-
Le Système d’Information Géologique (SIGES) – BRGM : Pour les données techniques sur le sous-sol et les anciennes concessions d’anthracite.
-
Lien : sigessn.brgm.fr
-
2. Musées et Réseaux Thématiques (Contexte Régional)
La mine de Combe Névouse fait partie intégrante du bassin minier de la Matheysine.
-
Musée La Mine Image (La Motte-d’Aveillans) : C’est le site de référence pour comprendre le travail des mineurs dans le bassin de La Mure.
-
Lien : mine-image.com
-
3. Cartographie Historique (Expérience Utilisateur)
Rien n’est plus parlant que de comparer le site actuel avec les relevés anciens.
-
Géoportail – Cartes de l’État-Major : Pour visualiser l’emprise de la mine et des voies ferrées (chemin de fer de la Mure) au XIXe siècle.
-
Lien : geoportail.gouv.fr (Activez la couche « Cartes de l’état-major 1820-1866 »).
-
-
Remonter le Temps (IGN) : Pour comparer des photos aériennes de l’époque de l’exploitation avec aujourd’hui.
-
Lien : remonterletemps.ign.fr
-
4. Liens Locaux et Territoriaux
Pour ancrer votre article dans son territoire actuel.
-
Mairie de Saint-Arey : Pour les informations pratiques et le contexte communal.
-
Lien : saint-arey.fr
-
-
Office de Tourisme Matheysine Tourisme : Pour lier le patrimoine minier aux sentiers de randonnée actuels (comme le sentier qui mène au pont de Cognet).
-
Lien : matheysine-tourisme.com
-
Bibliographie
-
1. Le Lien avec le Transport (Essentiel pour Combe Névouse)
La mine de Combe Névouse était intrinsèquement liée au transport de l’anthracite. Ce livre décrit l’infrastructure ferroviaire qui passait à proximité.
-
Titre : Le Chemin de Fer de La Mure
-
Auteur : Patrice Bouillin
-
Éditeur : Presses et Editions Ferroviaires
-
ISBN : 978-2905447111
-
Pourquoi ce choix : Saint-Arey et ses infrastructures minières sont indissociables de l’histoire du SGLM (Saint-Georges-de-Commiers – La Mure).
-
Voir la carte
Galerie Photos
Utilisez les touches de direction pour faire défiler les photos

Mémoire de fer et d’eau : La galerie d’exhaure du Niveau 21
Imaginez un tunnel de plus de 3 kilomètres, creusé à la main et à l’explosif, aujourd’hui silencieux et invisible, dormant sous des millions de mètres cubes d’eau. C’est le destin de la Galerie du Niveau 21 de Saint-Arey.
Situé sur la commune de La Motte d’Aveillans, cet ouvrage d’art est un témoin clé de l’histoire des Houillères du Dauphiné, désormais caché par le Lac de Monteynard. Plongée dans l’histoire d’une galerie fantôme.
Cet article explore la galerie d’exhaure du niveau 21 des mines de La Motte-d’Aveillans, ouvrage hydraulique crucial du bassin minier de la Matheysine. Cette infrastructure stratégique permettait l’évacuation des eaux d’infiltration vers le Drac, garantissant ainsi la sécurité des chantiers de fond de la Société des Mines de la Mure. Le reportage documente avec précision l’architecture maçonnée de ce tunnel technique, témoignant du génie civil souterrain de l’époque. C’est une immersion inédite au cœur des réseaux logistiques qui ont soutenu l’exploitation charbonnière dauphinoise.
Informations pratiques
| Catégorie | Détails Techniques & Historiques |
| Désignation officielle | Galerie d’exhaure du Niveau 21 |
| Exploitant historique | Compagnie des Mines d’Anthracite de La Mure (puis HBD) |
| Localisation | Commune de Saint-Arey |
| Concession rattachée | Concession de La Jonche (1610 hectares) |
| Fonction primaire | Exhaure gravitaire (drainage des eaux vers le Drac) |
| Matériau extrait | Anthracite (Bassin houiller du Dauphiné) |
| Longueur totale | ~ 3 600 mètres (3,6 km) |
| Chronologie de percement | 1919 (début) — 1948 (achèvement complet) |
| Ouvrages liés | Puits des Rioux (jonction effectuée entre 1942 et 1946) |
| Architecture souterraine | Voûtes maçonnées (pierres de taille et briques), cadres en bois, renforcements métalliques |
| Incident majeur | Effondrement à la « cote 1380 » en 1952 (déblayage en 1954) |
| Statut actuel | Ennoyée (sous les eaux du Lac de Monteynard depuis 1962) |
| Visibilité | Uniquement lors des vidanges décennales du barrage de Monteynard |
La Galerie du Niveau 21 : Un destin lié aux mutations du bassin de La Mure
L’histoire de la galerie du niveau 21 est indissociable de celle de la concession de Jonche, créée officiellement le 12 août 1919. Malgré son potentiel, cette exploitation se heurta rapidement à une réalité géographique impitoyable : située au fond des gorges encaissées du Drac, la difficulté d’accès aux chantiers rendit toute rentabilité impossible.
Face à ces obstacles logistiques, la concession fut absorbée par la puissante Compagnie des Mines de La Mure. Fondée en 1856, cette dernière menait alors une stratégie active de rachat des petites concessions environnantes pour consolider le bassin. Sous cette nouvelle égide, la galerie du niveau 21 trouva une seconde vie technique : elle fut réaménagée pour devenir la galerie d’exhaure (évacuation des eaux) du puits des Rioux.
Ce n’est qu’en 1946, lors de la nationalisation des énergies, que l’ouvrage bascula dans le giron des Houillères du Bassin Dauphinois (HBD), marquant ainsi la fin de l’ère des compagnies privées et l’intégration de la galerie dans le grand ensemble industriel d’État.
Un chantier interminable (1919-1948)[
L’histoire de la galerie commence avec la concession de La Jonche, un vaste territoire de 1610 hectares couvrant Mayres, Saint-Arey et Prunières, attribué en 1915. Lorsque la puissante Compagnie des Mines d’Anthracite de La Mure rachète cette concession pour étendre son empire souterrain, elle lance un chantier titanesque.
Le creusement débute en 1919. Il faudra attendre 1948 pour qu’il soit totalement achevé. Pourquoi si long ?
-
Le chantier a subi de très nombreuses interruptions (guerres, crises économiques).
-
La jonction finale s’est faite avec une galerie venant du Puits des Rioux (creusée, elle, entre 1942 et 1946).
Au final, la galerie atteint une longueur impressionnante pour l’époque : 3,6 kilomètres.
Le défi temporel : Les 29 ans nécessaires à sa complétion (1919-1948) s’expliquent par les interruptions liées aux deux Guerres mondiales et aux crises économiques, mais aussi par la complexité géologique des synclinaux de La Jonche.
L’importance stratégique : Le Niveau 21 était le point bas névralgique du réseau. Sa défaillance en 1952 a failli condamner l’exploitation profonde en provoquant une remontée des eaux sur plus de 2 mètres de hauteur dans les galeries de service.
Le sacrifice patrimonial : L’engloutissement de 1962 marque la transition énergétique du Dauphiné : la fin de la primauté du charbon au profit de l’hydroélectricité (EDF), scellant définitivement l’accès à ce témoin du génie civil souterrain.

L’entrée de la galerie du Niveau 21 émergeant des eaux du Drac. Ce cliché exceptionnel, réalisé en 2010 à la faveur d’un étiage marqué du fleuve, documente les dispositifs de mise en sécurité (grille de condamnation) des anciens travaux de fond après l’ennoyage du site.
À quoi servait cette galerie ?
1. Le problème : La mine est une « éponge »
Quand on creuse une montagne pour faire une mine, on crée un réseau de trous géant. La pluie qui s’infiltre dans le sol et les sources souterraines finissent toujours par couler dans ces galeries.
Si on ne fait rien, la mine se remplit comme une baignoire et les mineurs ne peuvent plus travailler : ils seraient noyés.
2. La solution : Utiliser la gravité (La « Gouttière » géante)
Dans une mine de montagne avec plusieurs niveaux (étages), l’eau coule naturellement du haut vers le bas.
Au lieu de dépenser énormément d’argent et d’énergie avec des pompes électriques pour remonter l’eau tout en haut, les ingénieurs utilisent une astuce : ils choisissent la galerie la plus basse possible qui débouche sur l’extérieur (dans votre cas, au fond des gorges du Drac).
Cette galerie devient l’égout ou la gouttière principale de la mine :
-
Toute l’eau des étages supérieurs descend par des conduits naturels ou creusés.
-
Elle arrive au niveau le plus bas (le Niveau 21).
-
Elle s’écoule ensuite toute seule, naturellement et gratuitement, vers l’extérieur (la rivière).
3. Pourquoi c’est crucial ?
-
Sécurité : Elle évite que les galeries du fond ne soient brusquement inondées.
-
Économie : C’est le moyen le moins cher de garder une mine au sec. Pas besoin de pompes géantes qui tombent en panne, c’est la gravité qui travaille.
-
Survie de la mine : Souvent, une mine qui n’est plus rentable pour extraire du charbon (comme la concession de Jonche) reste utile uniquement pour son drainage. Si on bouchait le Niveau 21, les autres mines reliées autour (comme le Puits des Rioux) seraient rapidement noyées sous des millions de litres d’eau.
L’exhaure est le terme technique désignant l’évacuation des eaux souterraines. Sans exhaure, les galeries seraient rapidement inondées par les nappes phréatiques.

Témoignage des processus de sédimentation souterraine lors d’un étiage exceptionnel du Drac. Ce document illustre l’interaction entre le réseau hydrographique de surface et les anciens travaux miniers ennoyés.
À la fin du XIXe siècle, la brique supplante souvent la pierre de taille dans les galeries de mine. Sa standardisation permet une mise en œuvre industrielle : les voûtes sont montées rapidement, sans nécessiter d’artisans tailleurs de pierre hautement qualifiés.
Au-delà du gain de temps, la brique offre un avantage structurel : sa porosité relative lui permet de mieux « respirer » face aux infiltrations. Là où une maçonnerie de pierre trop rigide pourrait éclater sous la pression de l’eau, la brique offre une souplesse qui préserve l’intégrité de la galerie.
L’effondrement de 1952 : La mine en péril
La nature reprend parfois ses droits violemment. En 1952, une catastrophe se produit : la galerie s’effondre à la « cote 1380 » (une mesure de distance interne).
Les conséquences furent immédiates :
-
L’éboulement a agi comme un barrage, ralentissant l’évacuation de l’eau.
-
Des sédiments et de la boue se sont accumulés, faisant monter le niveau de l’eau jusqu’à 2 mètres de hauteur dans la galerie.
Il a fallu attendre 1954 pour qu’une opération de sauvetage de la galerie soit lancée. Les équipes ont dû évacuer des quantités massives de boue pour restaurer le débit et sauver l’exploitation des niveaux inférieurs.

Vue de la galerie d’exhaure du Niveau 21 lors d’une décrue du Drac – 2010.
À cette époque (1900-1930), la méthode repose sur la prudence, le travail manuel et l’utilisation de sondages de reconnaissance. On ne « fonce » jamais directement dans l’éboulement sous peine de provoquer une rupture brutale qui emporterait tout le monde.
Voici les étapes techniques telles qu’elles étaient pratiquées :
Le Sondage de Reconnaissance (La priorité absolue)
Avant de toucher aux décombres, il faut impérativement vider l’eau de manière contrôlée.
-
La technique : On utilise une perforatrice manuelle ou pneumatique (déjà courante début XXe) pour forer un trou de petit diamètre à travers l’éboulement ou à travers le « stot » (le pilier de roche restant).
-
Le tube à clapet : On insère dans ce trou un tube métallique scellé avec un robinet ou une vanne à l’extrémité. On perce ensuite le dernier mètre de roche à l’intérieur du tube.
-
L’évacuation : On ouvre la vanne pour laisser l’eau s’écouler progressivement dans les rigoles de la galerie saine (l’exhaure). Cela permet de faire baisser la pression hydrostatique sans risquer l’effondrement du bouchon de débris.
2. La gestion de l’air (Le danger des gaz)
L’eau stagnante depuis longtemps est un piège mortel :
-
Gaz toxiques : En s’écoulant, l’eau libère souvent du sulfure d’hydrogène (H2S) ou du dioxyde de carbone (CO2, les « mofettes »).
-
Grisou : Si la mine est grisouteuse, le vide libéré par l’eau peut se remplir de méthane.
-
Action : Les mineurs utilisent des lampes de sûreté (type Davy ou Wolf) pour surveiller l’oxygène et les gaz. On installe des « canars » (conduites d’air en bois ou en toile) pour pulser de l’air frais au front de taille.
Le déblaiement par « Petite Section »
Une fois l’eau évacuée (ou ramenée à un niveau gérable), on attaque l’éboulement.
-
Le boisage d’avancement : On ne déblaye pas tout d’un coup. On avance par « petites passes ». On installe des cadres en bois (chêne ou sapin) très serrés.
-
Le lançage de palplanches (ou poussage de garnissage) : Si les débris sont meubles (boue, gravats mouillés), on enfonce des planches pointues (des « palplanches ») à coups de masse au sommet du cadre de bois, dans la masse de l’éboulement, pour créer un « toit » protecteur avant de retirer les débris dessous.
Le risque de « Coup d’eau » résiduel
Même si le niveau a baissé, des poches d’eau peuvent rester prisonnières dans les interstices des débris.
-
Les mineurs travaillent souvent derrière un bouclier de bois (un barrage provisoire percé de trous) pour retenir une éventuelle poussée soudaine de boue.
-
Le travail se fait à la main (pic et pelle) pour « sentir » le terrain. Au moindre sifflement d’air ou suintement anormal, on évacue.
La consolidation finale
Dès qu’un passage est ouvert, on procède au « boisage de fer » (renforcement lourd) ou au maçonnage si la galerie doit redevenir pérenne. Dans les mines de la Matheysine ou de la Mure, la pression des terrains était telle qu’on utilisait souvent des cadres en bois doublés.
En résumé, l’équipement du mineur de 1910 pour cette tâche :
-
La lampe de sûreté (essentielle pour les gaz).
-
Le fleuret de sondage (pour percer et vider l’eau).
-
La hache et la scie (pour ajuster le boisage sur mesure).
-
La pompe à bras ou à vapeur (si la pente de la galerie ne permet pas l’écoulement naturel).

Vue intérieure de la galerie d’exhaure du niveau 21. Ce collecteur inférieur, photographié en 2010, assure l’assèchement des chantiers supérieurs par drainage gravitaire.
Une galerie dépouillée ?
L’absence de rails, câbles ou tuyaux n’est pas un hasard. Soit l’équipement a été récupéré lors du démantèlement de la mine, soit l’humidité extrême imposait une installation minimaliste dédiée uniquement à l’eau.
Comprendre les secrets de la galerie : ce que les parois nous racontent
En observant de près l’architecture de la galerie, on découvre une véritable machine à remonter le temps. Voici trois indices clés pour décrypter son histoire :
1. Un mélange de matériaux : la brique et la pierre
On remarque sur les parois une cohabitation entre la pierre de taille (calcaire) et la brique rouge.
-
La pierre : Témoigne des phases les plus anciennes de la mine ou des zones soumises à de fortes pressions rocheuses.
-
La brique : Marque l’ère industrielle (XIXe siècle). Plus rapide à poser, elle symbolise la modernisation de l’ouvrage.
-
Le petit plus : C’est une véritable « stratigraphie » visuelle : chaque matériau raconte une époque différente de la construction.
2. Les concrétions blanches : une mine « vivante »
Ces dépôts blancs que vous voyez sur les parois ne sont pas de simples taches. Ce sont des dépôts de calcite.
-
L’explication : L’eau s’infiltre à travers les couches de roche supérieures, dissout les minéraux et les redépose ici. C’est la preuve que, même des décennies après sa fermeture, la galerie reste un environnement chimiquement actif.
3. L’absence de rails : un tunnel dédié à l’eau
Un détail important saute aux yeux : l’absence totale de rails au fond de l’eau.
-
Le verdict : Cela confirme que cette galerie n’était pas utilisée pour transporter le charbon (le roulage). Sa mission était unique et vitale : servir de canal d’évacuation (exhaure) pour vider les eaux de la mine.
1. Le phénomène du « Paysan-Mineur » : Une spécificité matheysine
Jusqu’au début du XXe siècle, le mineur de La Mure n’est pas un ouvrier exclusif.
-
La double activité : C’est un montagnard qui possède quelques bêtes et un lopin de terre. Il travaille à la mine l’hiver ou quand les travaux des champs le permettent.
-
Le conflit d’agenda : Les compagnies privées se battaient contre l’absentéisme chronique lors des foires ou des moissons. Pour stabiliser cette main-d’œuvre volatile, les compagnies ont dû « professionnaliser » le métier en offrant des avantages que la terre ne donnait pas.
2. Des conditions de travail « à l’ancienne » (Manuelles et Animales)
Avant 1946, la mécanisation est balbutiante.
-
L’abattage à la main : Le travail se fait à la barre à mine, au pic et à la poudre noire. C’est un travail de force pure dans une atmosphère saturée de fumées de tir et de poussière d’anthracite.
-
L’éclairage : On utilise la chandelle, puis la lampe à huile, et enfin la lampe à acétylène (carbure). La lampe électrique de sécurité n’arrive que tardivement.
-
Le roulage : Dans les galeries, ce sont les hommes (souvent des jeunes, les « galibots ») qui poussent les bennes. Les chevaux sont introduits massivement dans les années 1870-1880 pour les galeries principales (comme la galerie de la Replat). Leur sort est tragique : ils passent souvent des années au fond sans voir le jour.
3. Le Paternalisme des Perier : « Tout par la Compagnie, pour la Compagnie »
La famille Perier (banquiers et industriels) a façonné La Mure. Le but était de fixer l’ouvrier et d’éviter la contagion des idées révolutionnaires.
-
Le logement : La Compagnie construit les premières cités (ex: Cité de la l’Église). Le logement est lié au contrat de travail : perdre son emploi, c’est perdre son toit.
-
Les économats : La Compagnie créait ses propres magasins où les mineurs achetaient leurs vivres. Cela permettait de récupérer une partie des salaires versés.
-
L’encadrement moral : La Compagnie finance l’église, les écoles religieuses et les fanfares. On soigne le corps (hôpital de la mine) pour que l’outil de production reste valide, mais on surveille aussi les esprits.
4. L’arrivée de la main-d’œuvre étrangère
Dès la fin du XIXe siècle, et surtout après l’hécatombe de la Grande Guerre (1914-1918), les locaux ne suffisent plus.
-
Les Italiens : Ils arrivent en masse dès les années 1880. Souvent mal vus au départ (car utilisés pour briser les grèves ou acceptant des salaires moindres), ils s’intègrent par le fond.
-
Les Polonais et les Grecs : Dans l’entre-deux-guerres, les concessions recrutent activement en Europe de l’Est.
-
La hiérarchie sociale : Une hiérarchie s’installe au fond : les locaux occupent souvent les postes de « porions » (chefs de chantier) ou de boutefeux, tandis que les immigrés sont affectés aux tâches les plus rudes au « pique ».
5. Les luttes sociales : L’éveil de la conscience ouvrière
Malgré le contrôle social, le bassin de La Mure est le théâtre de grèves mémorables.
-
La grève de 1906 : Dans le sillage de la catastrophe de Courrières (Nord), les mineurs de La Mure se soulèvent pour réclamer de meilleures conditions de sécurité et des augmentations de salaire.
-
Le syndicalisme rouge : Contrairement à d’autres bassins, le syndicalisme matheysin devient très combatif, porté par une haine du « grand capital » représenté par les actionnaires parisiens des mines.
-
Le tournant de la Guerre (1939-1945) : Pendant l’Occupation, les mineurs de La Mure jouent un rôle clé dans la Résistance (Maquis de l’Oisans et du Vercors). C’est cette force politique qui imposera la Nationalisation en 1946 pour « rendre la mine à la Nation ».
Synthèse pour votre analyse :
Si vous devez comparer cette époque à celle des HBD pour votre site web :
-
Avant 1946 : C’est l’époque des « Seigneurs de la Mine » (les Compagnies). Le profit prime, la sécurité est rudimentaire, mais une solidarité de village préexiste.
-
Après 1946 : C’est l’époque de la « Bataille du Charbon ». On rationalise, on mécanise, et le mineur devient un « héros de la reconstruction » avec un statut social protecteur garanti par l’État.
1962 : L’engloutissement par le barrage
Le destin de la Galerie du Niveau 21 bascule définitivement au début des années 60, non pas à cause de la mine, mais à cause de l’hydroélectricité.
La construction et la mise en eau du Barrage de Monteynard en 1962 ont scellé le sort de l’ouvrage. Située géographiquement bas dans la vallée, la galerie a été totalement noyée par la montée des eaux du lac artificiel. Cet événement a bouleversé la gestion de l’eau pour l’ensemble du réseau minier, obligeant les ingénieurs à repenser l’exhaure des niveaux profonds.
Le fantôme du lac (2010)
Aujourd’hui, la galerie est invisible. Cependant, lors de la vidange partielle du barrage en 2010, le niveau de l’eau a suffisamment baissé pour laisser réapparaître l’entrée de ce vieux tunnel, comme un spectre surgissant du passé.
Le devenir des eaux d’exhaure
Aujourd’hui, le voyage de l’eau ne s’arrête pas aux parois de la mine. Ces eaux d’exhaure, chargées en fer et en sulfates — ce qui leur donne parfois cette teinte orangée caractéristique — poursuivent leur chemin pour se mêler aux eaux du barrage du Drac. Ce flot continu unit ainsi, de manière invisible mais bien réelle, l’héritage industriel souterrain à l’écosystème actuel et aux grands paysages hydrauliques du Dauphiné.
La mine ne meurt jamais tout à fait ; elle continue de respirer et de drainer la montagne dans l’ombre.
AVERTISSEMENT : Les dangers invisibles des anciennes mines
Le patrimoine minier de notre région est un témoin de l’histoire, mais il constitue aujourd’hui un environnement hostile et instable. Contrairement aux grottes naturelles, les galeries de mine sont des ouvrages artificiels qui ne sont plus entretenus.
-
Instabilité structurelle : L’humidité et le temps rongent les piliers et les boiseries. Un simple écho ou une vibration peut déclencher un effondrement.
-
Atmosphère dangereuse : Dans les zones confinées, l’air peut s’appauvrir en oxygène ou se charger en radon (gaz radioactif naturel) ou en gaz toxiques issus de la décomposition des anciennes boiseries.
-
Risque de chute : Les mines comportent souvent des liaisons verticales (puits de ventilation ou d’extraction) qui ne sont plus protégées. Une chute y est presque toujours fatale.
-
Isolement : En cas d’accident sous terre, les secours sont extrêmement complexes, longs et mettent en péril la vie des sauveteurs.
Le saviez-vous ? La plupart des accidents mortels dans les mines abandonnées concernent des promeneurs ou des explorateurs non avertis. Respectez les barrières et le balisage.
Ce phénomène, redouté par les mineurs de l’époque sous le nom de ‘mofettes’ ou de ‘pousse’ (accumulation de gaz asphyxiants), rappelle que sans une ventilation active, la mine reprend ses droits et devient un environnement hostile à l’homme.
Foire Aux Questions la galerie du niveau 21 St Arey
1. Qu’est-ce qu’une galerie d’exhaure dans le contexte minier ?
L’exhaure désigne l’évacuation des eaux d’infiltration (nappes phréatiques, eaux de pluie) qui inondent naturellement les galeries souterraines. La galerie du Niveau 21 était un tunnel technique conçu spécifiquement pour drainer ces eaux par gravité vers l’extérieur (le ravin du Drac), évitant ainsi l’ennoyage des chantiers d’extraction situés en profondeur.
2. Pourquoi ce niveau est-il appelé « Niveau 21 » ?
Dans le bassin minier de la Matheysine, les niveaux étaient souvent nommés en fonction de leur altitude ou d’une nomenclature interne à la compagnie. Le Niveau 21 correspond à l’un des points les plus bas du réseau de l’époque, situé bien en dessous des galeries de circulation principales du puits des Rioux.
3. Quel est le lien entre cette galerie et le Puits des Rioux ?
La galerie d’exhaure du Niveau 21 prend naissance au pied du Puits des Rioux. C’est là que convergeaient les eaux collectées dans les différentes sections des mines de La Mure avant d’être canalisées vers cette sortie naturelle vers la vallée du Drac.
4. Pourquoi cette galerie est-elle aujourd’hui invisible la majeure partie du temps ?
Lors de la mise en eau du barrage de Monteynard en 1962, la vallée du Drac a été engloutie sous les eaux du lac artificiel. L’orifice de sortie (le débouché) de la galerie se trouvant à une altitude inférieure au niveau maximal du lac, l’ouvrage est en permanence immergé. Il n’est visible que lors des vidanges décennales ou d’importants abaissements du niveau du lac.
5. Comment cette galerie a-t-elle été construite ?
Témoignage du savoir-faire des ingénieurs du XIXe et du début du XXe siècle, la galerie présente une architecture soignée. Elle est majoritairement constituée de voûtes maçonnées en briques ou en pierres de taille, une technique indispensable pour résister à la pression des terrains et à l’érosion constante causée par le flux des eaux d’exhaure.
6. Peut-on encore visiter cet ouvrage aujourd’hui ?
Non, l’accès est strictement interdit et dangereux. Outre l’immersion quasi permanente par les eaux du lac de Monteynard, les galeries minières désaffectées présentent des risques majeurs d’effondrement, de présence de gaz ou d’envasement. Ce reportage photographique constitue l’un des rares témoignages visuels de cet aspect caché du patrimoine industriel dauphinois.
7. Quel était l‘impact de l’eau sur l‘exploitation de l’anthracite ?
L’eau était l’ennemi numéro un du mineur. Une défaillance du système d’exhaure (comme le bouchage de cette galerie) pouvait entraîner l’arrêt total de la production et mettre en péril la vie des ouvriers au fond. La maintenance du Niveau 21 était donc une priorité stratégique pour la Société des Mines de la Mure.
Poursuivez votre exploration
« Retrouvez la galerie d’exploitation du niveau 20»
« Retrouvez la galerie d’exploitation du niveau 15 Combe Nevouse»
« .Suivez nous sur l’histoire des Houilleres du Bassin Dauphinois HBD »
Sources et sites officiels
1. Sites institutionnels et Musées (Sources primaires)
-
-
-
La Mine Image : Le site officiel du musée souterrain de La Motte-d’Aveillans. Indispensable pour comprendre le quotidien des mineurs sur le site même du puits des Rioux.
-
Archives Départementales de l’Isère – Fonds des Houillères : En cherchant « Mines de la Mure » ou « HBD », on accède aux inventaires des plans et documents techniques d’époque.
-
Le Petit Train de la Mure : Pour le contexte du transport de l’anthracite, indissociable de l’extraction.
-
-
2. Ressources Historiques et Techniques spécialisées
-
-
-
L’inventaire du Patrimoine de la Région AURA : Cherchez « Mines de la Mure » pour obtenir des fiches détaillées sur l’architecture industrielle du bassin.
- SigMines Isère (BRGM) : Pour les historiens-géologues, l’outil InfoTerre du BRGM permet de visualiser les concessions minières et les zones d’aléas (souvent lié aux anciennes galeries d’exhaure).
-
-
3. Contexte Géographique et Barrage (L’engloutissement)
-
-
-
EDF – Barrage de Monteynard-Avignonet : Pour comprendre les enjeux de la mise en eau en 1962 qui a noyé le débouché du Niveau 21.
-
Remonter le Temps (IGN) : Un outil précieux pour comparer les photos aériennes de la vallée du Drac avant (années 1950) et après la construction du barrage.
-
-
4. Vidéos et Reportages
-
-
Ina.fr – Les mines de la Mure : En tapant « Mines de la Mure », on trouve des reportages d’époque (notamment sur la fermeture ou le travail au fond) qui illustrent parfaitement l’ambiance des galeries maçonnées.
-
Bibliographie
-
1. Ouvrages de référence (La « Bible » du bassin)Collectif (Musée de la Mine). (2010). Mémoire d’anthracite : Mines et mineurs de la Matheysine. Grenoble : Éditions Glénat.
-
-
Pourquoi ce livre ? Publié à l’occasion du centenaire de la Mine Image, il contient des documents d’archives et des photographies rares sur les installations de surface et de fond.
-
-
-
2. Sources historiques (Fonds anciens)
-
Vicat, Robert-Félix. (1845). Notice sur les mines d’anthracite de la Mure.
-
Pourquoi ce livre ? Source primaire. Vicat (l’inventeur du ciment artificiel) s’intéressait de près à la géologie locale. Ce document permet de comprendre l’état des mines avant les grands travaux d’exhaure du XXe siècle.
-
-
Gignoux, Maurice & Moret, Léon. (1940). Géologie dauphinoise. Paris : Masson.
-
Pourquoi ce livre ? Pour comprendre la structure géologique (synclinaux de La Jonche) qui explique pourquoi l’eau s’accumulait massivement dans les zones basses comme le Niveau 21.
-
-
Voir la carte
Galerie Photos
Utilisez les touches de direction pour faire défiler les photos

La Galerie Niveau 20 de Saint-Arey : Le Dernier Souffle des Mines de La Mure
Si vous vous promenez aujourd’hui dans les gorges du Drac, près de Saint-Arey, le silence règne. Pourtant, sous vos pieds et derrière la végétation, se cache l’un des ouvrages les plus importants et les plus récents de l’histoire des Houillères du Dauphiné : la Galerie du Niveau 20.
Cet article vous plonge dans l’histoire de ce tunnel titanesque de 6 kilomètres, véritable colonne vertébrale de l’exploitation charbonnière de La Mure à la fin du XXe siècle.
Découvrez l’histoire et la structure de la Galerie Saint-Arey (Niveau 20), pièce maîtresse du système d’exploitation des mines de Susville. Des méthodes de percement à la géologie du gisement d’anthracite, nous analysons l’importance stratégique de cette galerie dans le développement industriel du Dauphiné. Une immersion technique et historique indispensable pour comprendre l’héritage minier de la région.
Informations pratiques
| Caractéristique | Détails Techniques et Historiques |
| Nom de l’ouvrage | Galerie Saint-Arey (Niveau 20) |
| Site Minier | Mine de Susville |
| Bassin Houiller | Bassin de la Matheysine (Dauphiné) |
| Localisation | Saint Arey, Isère (38), France |
| Substance exploitée | Anthracite (charbon de haute qualité, faible teneur en matières volatiles) |
| Altitude / Niveau | Niveau 20 (Référence altimétrique spécifique au réseau du Peychagnard) |
| Période d’activité | 1975-1997 |
| Type d’ouvrage | Galerie de desserte (Travers-bancs) |
| Mode de percement | Machines de percement et explosif |
| Soutènement | Soutènement en cintres métalliques |
| Géologie du terrain | Terrains carbonifères du dôme de la Mure (grès, schistes et couches d’anthracite) |
| Fonction principale | Accès aux chantiers d’abattage et roulage du minerai vers les puits ou le plan Richard |
| Infrastructure associée | Camions type dumper articulés |
| Statut actuel | Site patrimonial / Vestiges historiques (accessibilité restreinte/sécurisée) |
1. Un ouvrage titanesque au cœur de la montagne
La Galerie du Niveau 20, située au lieu-dit La Baume, n’était pas une simple galerie de mine. C’était une artère vitale creusée pour moderniser et prolonger l’activité du bassin minier.
Construction et dimensions
Le percement débute en 1975 et s’achève en 1987, réalisé par les sociétés EGCEC et FORCAL.[1] C’est un chantier de longue haleine qui aboutira à des dimensions impressionnantes :
-
Longueur initiale : 4 200 mètres.
-
Extension en 1987 : La galerie atteint 6 000 mètres pour opérer la jonction avec la concession du Peychagnard (via la descenderie des Éperons).
-
Section : Une entrée massive d’environ 5 mètres de large sur 2,50 mètres de haut.
Un point de jonction stratégique
Dès 1979, la galerie est connectée au quartier des Chuzins. Elle devient alors le nœud central du réseau souterrain, reliant :
-
La Galerie de Gaillaure.
-
Le Puits des Rioux (situé sur Prunières).
-
Le Puits du Villaret (à Susville).
2. Le creusement des travers-bancs
Un travers-banc est une galerie horizontale tracée dans le rocher (le « stérile ») perpendiculairement aux couches de charbon pour les rejoindre depuis les puits ou les galeries principales. Dans les années 70 à La Mure, le creusement était devenu très mécanisé. On utilisait :
-
Des jumbos de perforation (engins avec des bras articulés portant des perforateurs hydrauliques ou pneumatiques) pour forer les trous de mine.
-
L’explosif pour l’abattage du rocher.
-
Des chargeuses performantes pour évacuer les déblais.
3. L’étayage par cintres métalliques
À cette époque, le boisage traditionnel (étançons en sapin ou chêne) était largement remplacé dans les galeries principales par le soutènement métallique, plus résistant à la pression énorme des massifs de montagne (très forte à La Mure en raison de la tectonique alpine).
-
Types de cintres : On utilisait souvent des cintres coulissants (type TH – Toussaint-Heintzmann). Ces arcs d’acier sont composés de plusieurs segments qui s’emboîtent. Sous la pression du terrain, ils peuvent « glisser » légèrement tout en maintenant leur portance, ce qui évite qu’ils ne se tordent ou ne cassent brutalement.
-
Garnissage : Entre les cintres et la paroi, on plaçait des éléments de garnissage (grillages métalliques, plaques de béton ou de bois) pour empêcher les chutes de petits blocs.
4. La circulation des camions (Le « Trackless Mining »)
C’est l’un des changements les plus radicaux des années 70 à La Mure. On est passé du transport par rails (berlines tractées par des locotracteurs) au transport sur pneus, dit « trackless » (sans rails).
-
Pourquoi des camions ? Pour plus de souplesse et de rapidité. Les camions (souvent des dumpers articulés spécifiquement conçus pour la mine, comme les marques Joy ou Eimco) pouvaient circuler directement du front de taille jusqu’aux points de déchargement sans les contraintes de pose de voies ferrées.
-
Aménagement des galeries : Pour permettre la circulation de ces engins (souvent imposants), les galeries principales et les travers-bancs devaient être creusés avec des sections beaucoup plus larges qu’autrefois (parfois 15 à 20 m² de section).
-
L’exemple du Villaret : Le puits du Villaret (mis en service dans les années 40 mais modernisé par la suite) et les grandes galeries de liaison vers les nouveaux quartiers d’exploitation étaient le théâtre de ce va-et-vient de véhicules diesel équipés de filtres spéciaux pour l’échappement.
Le contexte de l’époque
En 1975, les mines de La Mure sont dans une phase de rationalisation. L’anthracite de La Mure est le meilleur du monde (très pur, brûlant sans fumée), mais l’extraction est difficile à cause de la géologie tourmentée des Alpes. La mécanisation à outrance (cintres lourds, engins sur pneus) était la seule solution pour maintenir la production face à la concurrence des charbons d’importation, avant la fermeture définitive du bassin en 1997.

Vue de l’entrée condamnée de la galerie de La Baume, témoignant des travaux de mise en sécurité du site. L’ouvrage est scellé par un murage en maçonnerie, complété par une cheminée d’évent spécifique. Ce dispositif permet l’évacuation contrôlée du dioxyde de carbone (CO₂) d’origine naturelle ou résiduelle, évitant ainsi toute mise en pression de la galerie et garantissant la sécurité des riverains.
5. À quoi servait la Galerie du Niveau 20 ?
Contrairement aux idées reçues, toutes les galeries ne servent pas uniquement à extraire du charbon. Le « Niveau 20 » avait trois fonctions critiques pour la survie de la mine et des mineurs :
-
La logistique (Transport) : C’était l’autoroute du sous-sol. La quasi-totalité du matériel lourd passait par ici pour rejoindre les chantiers d’abattage (sauf le matériel du niveau 17 qui passait par le Villaret). Elle a aussi servi à évacuer les stériles (roches sans charbon) des Chuzins jusqu’en 1989.
-
L’aérage (Ventilation) : Une mine doit respirer. Cette galerie permettait d’apporter de l’air frais et d’évacuer l’air vicié.
-
L’exhaure (Drainage) : Située à un point bas, elle collectait les eaux d’infiltration de la mine, mais aussi un ennemi invisible : le gaz carbonique (CO2).
Il existait une galerie encore plus profonde, dite « Galerie du Drac », située sous le niveau 20, exclusivement dédiée à l’évacuation des eaux.
Le secteur de Saint-Arey / La Baume / Combe Nevouse représente l’une des zones les plus complexes et les plus dangereuses de l’histoire des mines de La Mure, particulièrement durant la période de modernisation des années 70.
L’accident le plus marquant et le plus tragique lié à ces lieux (et plus précisément à la zone de Combe Nevouse) est celui du 19 janvier 1971, mais la configuration technique que vous décrivez (camions et cintres métalliques) a également généré d’autres types d’incidents moins connus mais révélateurs des risques de l’époque.
Voici les éléments contextuels sur les accidents dans ces galeries :
6. La tragédie de Combe Nevouse (19 janvier 1971)
Bien que légèrement avant 1975, cet accident a hanté la mémoire des mineurs de la « fin de la mine ».
-
La cause : Un Dégagement Instantané (DI) massif de dioxyde de carbone (acide carbonique). À La Mure, le danger n’était pas seulement le grisou (méthane), mais surtout ces poches de gaz carbonique sous pression dans le gisement d’anthracite.
-
Le bilan : 6 morts.
-
Le mécanisme : Lors de l’avancement d’une galerie, la paroi a littéralement explosé sous la pression du gaz, projetant des centaines de tonnes de charbon pulvérulent et asphyxiant instantanément les mineurs. Cet accident a montré que malgré le soutènement lourd (cintres métalliques), la pression gazeuse restait imprévisible.
7. Les risques liés à la circulation des camions (Années 75)
Comme vous l’avez souligné, l’introduction du transport « trackless » (sans rails) par camions dans les travers-bancs de liaison entre La Baume et Saint-Arey a changé la nature des accidents :
-
Les incendies et fumées : La présence de gros moteurs diesel et de réservoirs de carburant dans des galeries parfois confinées augmentait le risque d’incendie. Un feu de pneu ou de moteur de dumper sous terre était une catastrophe en raison de l’opacité des fumées.
-
Les accidents de circulation : Le passage de camions imposants dans des galeries où circulaient aussi des hommes à pied a provoqué des accidents de collision ou d’écrasement. La visibilité était souvent réduite par la poussière soulevée par les pneus.
-
Le problème du freinage : Les galeries de La Mure n’étaient pas toujours parfaitement horizontales. Des défaillances de freinage sur des engins chargés dans les rampes ont causé plusieurs frayeurs et incidents matériels sérieux dans le secteur de la Baume.
8. La pression des terrains et le soutènement métallique
Dans les secteurs profonds comme ceux de Combe Nevouse, la montagne « bougeait » énormément.
-
Le flambage des cintres : Même les cintres métalliques les plus lourds (type TH) finissaient par se tordre sous la pression de la roche. Il n’était pas rare que des galeries dimensionnées pour les camions se rétrécissent en quelques mois, obligeant à des travaux de « recoupement » (élargissement) très dangereux.
-
Les chutes de blocs : Le creusement des travers-bancs de grande section (pour laisser passer les camions) créait de grandes surfaces de toit à nu avant la pose des cintres. C’était le moment le plus critique pour les mineurs, exposés aux « coups de toit ».
Pourquoi ce secteur était-il si spécifique ?
La liaison La Baume – Saint-Arey était stratégique car elle permettait de relier les nouveaux quartiers d’extraction au Puits du Villaret (lavoir). Le charbon de Combe Nevouse était d’une qualité exceptionnelle (anthracite pur), mais le gisement était très tourmenté par la tectonique alpine.
Accident précis impliquant un camion en 1974 ou 1975 :
Il y a eu de nombreux incidents de « dérapage » ou de sorties de piste de dumpers dans les galeries de liaison à cette époque, souvent dus à l’état du sol (mélange de poussière de charbon et d’eau rendant la piste glissante). Ces accidents ont conduit à renforcer la sécurité sur la signalisation et l’éclairage des grandes galeries de roulage.

Avant
État des lieux du vallon de La Baume avant l’aménagement du carreau. Cliché de prospection daté de 1969, illustrant la topographie originelle du site avant le début des travaux de terrassement et l’implantation des premières infrastructures d’extraction.
Apres
Vue panoramique du carreau de la mine de La Baume (Isere), 1978. État des installations de surface et des infrastructures de chantier durant la phase d’activité contemporaine. Archives historiques de l’exploitation minière.
6. Les dangers de La Baume : Gaz et Tragédie
L’histoire minière est indissociable du risque. Le site de Saint-Arey garde la mémoire de ces dangers.
Le piège du CO2
La galerie servait d’exhaure pour le gaz carbonique, un gaz lourd qui « coule » comme de l’eau. Une cheminée (encore visible aujourd’hui) était destinée à disperser ce gaz dans l’atmosphère. Avant sa construction, le canal d’exhaure était un véritable piège mortel pour la faune locale : on y retrouvait souvent de petits mammifères et oiseaux, asphyxiés par le gaz stagnant au ras du sol.
Le souvenir de 1975
Le percement de cette galerie a été endeuillé dès son commencement. En 1975, un accident tragique a coûté la vie à des mineurs. Une stèle commémorative rappelle aujourd’hui leur sacrifice.
« Lors de la redécouverte des vestiges de cette galerie, l’étroitesse de l’entrée ne laissait qu’une seule voie d’accès : un caniveau d’exhaure partiellement dégagé. Pensant pouvoir franchir l’obstruction, j’ai tenté de m’y introduire en rampant au ras du sol. C’est alors que j’ai perçu, à quelques centimètres de mon visage, des cadavres d’oiseaux — signe fatal et pourtant trop tardivement compris de la présence de gaz délétères.
Avant même de pouvoir reculer, j’ai perdu connaissance, piégé par une poche de gaz stagnante. Je ne dois mon salut qu’à la réactivité de mon collègue qui, me voyant sombrer, m’a tiré par les pieds hors du caniveau vers l’air libre. Cet incident rappelle brutalement la dangerosité des exploitations abandonnées. Bien que j’aie toujours pratiqué le test du briquet tempête pour vérifier la présence d’oxygène au sol, cet épisode démontre que dans l’atmosphère confinée d’une mine, la frontière entre l’observation scientifique et l’accident mortel est infime. »
C’est une observation tout à fait exacte et tragiquement confirmée par les médecins du travail et les historiens des mines. Les « traceurs » (ceux qui creusaient les travers-bancs dans le rocher) étaient effectivement beaucoup plus exposés à une forme foudroyante de silicose que les « abatteurs » (ceux qui extrayaient le charbon).
Voici pourquoi cette différence était si marquée, particulièrement dans les années 70 à La Mure :
7. La nature de la poussière : Silice vs Carbone
C’est le facteur principal.
-
À l’abattage : Le mineur travaille dans le charbon (l’anthracite). La poussière est composée essentiellement de carbone. Elle provoque la pneumoconiose (ou anthracose), une maladie grave, mais qui met souvent plus de temps à devenir invalidante.
-
Dans les travers-bancs : Pour rejoindre les couches de charbon, on doit traverser des couches de rocher stérile (grès, schistes quartzites). Ce rocher contient une très forte proportion de silice cristalline (quartz). La silice est extrêmement « agressive » pour les alvéoles pulmonaires : elle crée des cicatrices (fibroses) qui détruisent le poumon beaucoup plus vite que la poussière de charbon.
8. La mécanisation des années 70 : le « progrès » dangereux
Comme vous l’avez mentionné, dans les années 75, on utilisait des machines puissantes pour creuser les travers-bancs (jumbos de perforation, chargeuses, camions).
-
La perforation : Les marteaux-perforateurs pneumatiques ou hydrauliques tournaient à très haute vitesse pour forer les trous de mine dans le rocher dur. Cette vitesse de rotation broyait la roche en une poussière impalpable, la « fleur de silice », presque invisible à l’œil nu mais mortelle car elle pénètre au plus profond des poumons.
-
L’insuffisance de l’arrosage : Bien que l’injection d’eau dans les fleurets (mèches) soit devenue obligatoire, elle n’était pas toujours suffisante ou pratiquée rigoureusement pour ne pas « noyer » le chantier ou gêner la progression des camions sur le sol.
9. Le confinement des travers-bancs
Les travers-bancs sont des galeries « en cul-de-sac » pendant toute la durée de leur creusement.
-
Contrairement aux tailles (zones d’abattage) où un courant d’air traverse le chantier, le front d’avancement d’un travers-banc est ventilé par des « canars » (tuyaux de ventilation).
-
La ventilation y était souvent moins efficace, laissant stagner un nuage de poussière de roche très concentré, aggravé par les gaz d’échappement des camions et des engins diesel qui remuaient la poussière déposée au sol.
10. Le paradoxe du « mineur de rocher »
Les traceurs de travers-bancs étaient souvent considérés comme l’élite des mineurs. C’était un travail de haute technicité, exigeant une grande force physique et payé par des primes d’avancement importantes.
-
Parce qu’ils étaient robustes, ces mineurs inhalaient de plus grands volumes d’air lors de l’effort, et donc plus de poussière.
-
On a vu des cas de silicose aiguë (parfois appelée « silicose galopante ») chez des jeunes mineurs ayant passé seulement quelques années au rocher, alors que des mineurs de charbon pouvaient tenir 20 ans avant d’être « essoufflés ».
Le bilan à La Mure
À La Mure, la dureté exceptionnelle du rocher alpin rendait le creusement des galeries de liaison (comme celles de Saint-Arey ou de la Baume) particulièrement redoutable. Les années 70, malgré le confort relatif apporté par les cintres métalliques (qui sécurisaient contre les éboulements) et les camions (qui évitaient de pousser des berlines), ont été des années où la poussière de silice est devenue plus fine et plus abondante à cause de la puissance des outils.
C’est pour cette raison que de nombreux anciens mineurs de La Mure, qui travaillaient au « rocher », ont été touchés par des taux d’invalidité très élevés peu de temps après leur départ de la mine.
1. Les conditions de travail : La lutte contre la pente et la poussière
Travailler à La Mure ne ressemblait pas au travail dans les mines du Nord (le Pas-de-Calais). La géologie alpine imposait des contraintes extrêmes.
-
L’exploitation en « dressants » : Contrairement aux veines plates du Nord, les couches d’anthracite en Matheysine étaient souvent très inclinées, voire verticales. Les mineurs travaillaient dans des positions acrobatiques, souvent sur des planchers boisés suspendus au-dessus du vide.
-
La dureté de l’anthracite : L’anthracite de La Mure est l’un des meilleurs charbons au monde (pur à plus de 90%), mais il est extrêmement dur. Avant la mécanisation massive des années 50-60, l’abattage au marteau-piqueur était épuisant.
-
La Silicose : l’ennemi invisible. Si le bassin de La Mure était peu sujet au grisou (gaz explosif), il était extrêmement poussiéreux. L’anthracite dégageait une poussière fine et abrasive. Malgré l’arrosage des tailles, la silicose a décimé des générations de mineurs, bien plus sûrement que les éboulements.
-
L’évolution technique : Sous l’ère des HBD, on passe de la force humaine et animale (les chevaux sont restés au fond jusqu’en 1952) à une mécanisation poussée avec les convoyeurs blindés et les soutènements marchants.
2. La vie sociale : Un paternalisme d’État
Après 1946, les HBD héritent du système paternaliste des anciennes compagnies privées, mais l’adaptent avec le Statut du Mineur.
-
Le logement en cités : La vie du mineur est indissociable de sa cité. À La Mure, les cités comme celle des Trois-Mâts ou du Périer structurent l’espace urbain. Les HBD fournissaient le logement et le chauffage (le fameux « charbon de dotation »).
-
La diversité communautaire : Le bassin était un véritable laboratoire d’intégration. Aux locaux (paysans-mineurs) se sont ajoutés des vagues successives d’immigrés : Italiens et Polonais dans l’entre-deux-guerres, puis Maghrébins (notamment des Marocains du Souss) dans les années 50 et 60. Cette mixité a forgé une identité matheysine forte, basée sur la solidarité du fond.
-
Les avantages sociaux : Être mineur aux HBD, c’était bénéficier d’une protection sociale d’avant-garde : accès gratuit aux soins (la « Société de Secours »), colonies de vacances pour les enfants, et une retraite anticipée à 50 ou 55 ans.
3. Culture et traditions : Entre ferveur et lutte
-
La Sainte-Barbe (4 décembre) : C’est le moment sacré. Même après la nationalisation, la fête de la patronne des mineurs restait le pilier de l’année, mêlant défilés, banquets et médailles du travail. C’était le jour où la hiérarchie et les ouvriers se retrouvaient autour d’une table.
-
Le syndicalisme et la fierté : Le bassin de La Mure était un bastion de la CGT. La conscience de classe était exacerbée par la dangerosité du métier. Les grandes grèves (notamment celle de 1963) ont soudé la communauté contre les premières menaces de fermeture.
-
Le sport et la musique : Les HBD subventionnaient de nombreuses associations. L’harmonie des mineurs et les clubs de football ou de rugby étaient les vecteurs essentiels de la cohésion sociale hors de la mine.
4. La fin d’un monde : Le traumatisme de la fermeture
La vie sociale des HBD a été marquée, à partir des années 70, par l’angoisse de la fin. Le « plan de licenciement » est devenu un mot quotidien.
-
La reconversion : Contrairement à d’autres bassins, la Matheysine est restée enclavée. La fermeture du Villaret en 1997 a été vécue comme un deuil collectif.
-
L’héritage : Aujourd’hui, cette vie sociale survit à travers l’association des anciens mineurs et le musée de La Mine Image à La Motte-d’Aveillans, qui est le gardien de cette mémoire technique et humaine.
En résumé : La vie du mineur des HBD était une vie de contrastes : une noirceur et une pénibilité extrêmes au fond, compensées par une vie sociale intense, protectrice et solidaire en surface. C’était un « État dans l’État ».
11. Que reste-t-il à voir aujourd’hui ?
Pour l’amateur d’exploration (urbex) ou le randonneur curieux, le site a radicalement changé. Situé dans la gorge du Drac, la nature reprend ses droits.
-
Installations rasées : Tous les bâtiments techniques ont été détruits après l’arrêt de l’exploitation.
-
L’entrée murée : L’entrée de la galerie est toujours là, mais elle est obturée (murée) pour des raisons de sécurité évidentes.
-
Vestiges visibles : On peut encore apercevoir la cheminée d’aération (la tour en béton) et le tracé du caniveau d’exhaure.
-
Le Razzier : Un immense éboulis (razzier) surplombe la zone d’accès, témoin de la géologie tourmentée du lieu.

Vue frontale de l’entrée condamnée de la galerie de La Baume (2015). Ce vestige de l’exploitation minière illustre la phase de mise en sécurité du site, avec sa cheminée d’aérage spécifique pour l’évacuation du dioxyde de carbone et l’installation récente d’un périmètre de protection.
Foire Aux Questions galerie de la Baume
1. Qu’est-ce que le « Niveau 20 » et à quoi correspond cette appellation ?
Le terme « Niveau 20 » est une référence altimétrique spécifique au réseau des mines de la Matheysine (système du Peychagnard). Il ne s’agit pas de la profondeur, mais d’une côte de niveau. Cette galerie constitue l’une des dernières grandes infrastructures de modernisation des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD).
2. Quelle était la fonction principale de cette galerie de 6 kilomètres ?
Contrairement aux galeries de traçage qui suivent la veine de charbon, le Niveau 20 était une galerie de desserte (travers-bancs). Elle servait de « colonne vertébrale » pour :
-
Le transport : Acheminer le matériel lourd vers les chantiers d’abattage.
-
L’aérage : Assurer la circulation de l’air frais dans les profondeurs.
-
L’exhaure : Drainer les eaux de la mine et canaliser les gaz lourds (CO2).
3. Pourquoi le site de La Baume est-il considéré comme un ouvrage « récent » ?
Le percement a débuté en 1975 et s’est achevé en 1987. C’est un ouvrage de la phase de concentration et de modernisation ultime du bassin minier de La Mure, peu de temps avant la fin de l’exploitation (le « dernier souffle » du bassin).
4. Quel est cet ennemi invisible souvent mentionné : le CO2 ?
La mine de Saint-Arey est sujette aux émanations de dioxyde de carbone (CO2), un gaz lourd qui s’accumule au sol et chasse l’oxygène. C’est ce gaz, et non le grisou (méthane), qui représentait le danger principal à cet endroit, provoquant des asphyxies foudroyantes.
5. Pourquoi voit-on une haute cheminée métallique sur les photos du site actuel ?
Il s’agit d’une cheminée d’évent. Même après la fermeture, la mine continue de « dégazer ». Le CO2 étant plus lourd que l’air, il s’écoule vers les points bas (comme l’entrée de la galerie). La cheminée permet d’évacuer ce gaz par tirage naturel et de le disperser en hauteur pour éviter qu’il ne stagne au sol et ne devienne mortel pour les promeneurs ou la faune.
6. Peut-on encore visiter l’intérieur de la galerie ?
Absolument pas. Pour des raisons de sécurité publique, l’entrée a été condamnée par un murage massif en maçonnerie. Le risque d’anoxie (manque d’oxygène) et les risques d’effondrements internes rendent toute tentative d’intrusion extrêmement dangereuse, comme en témoignent les accidents historiques.
7. Quels sont les vestiges encore visibles sur le carreau de La Baume ?
Aujourd’hui, la nature reprend ses droits, mais on peut encore observer :
-
L’entrée murée de la galerie.
-
La cheminée de dégazage.
-
Le tracé de la cunette d’exhaure (le caniveau d’évacuation des eaux).
-
La stèle commémorative en hommage aux mineurs qui ont perdu la vie lors du percement en 1975.
8. Quel type de minerai était exploité via cette galerie ?
On y extrayait l’anthracite, un charbon d’une pureté exceptionnelle, très riche en carbone et pauvre en matières volatiles, qui faisait la renommée mondiale du bassin de La Mure.
Poursuivez votre exploration
« Retrouvez la galerie d’exhaure du niveau 21»
« Retrouvez la galerie d’exploitation du niveau 15 Combe Nevouse»
« .Suivez nous sur l’histoire des Houilleres du Bassin Dauphinois HBD »
Sources et sites officiels
1. Archives Institutionnelles et Inventaires
-
Archives Départementales de l’Isère (AD38) : C’est la source primaire pour les plans de concession, les rapports des ingénieurs des mines et les dossiers du personnel des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD).
-
Recherche dans les fonds des Mines de la Mure (Cherchez les cotes liées à la concession de Prunières/Saint-Arey).
-
-
BRGM – InfoTerre : Pour accéder aux fiches de l’Inventaire National des Cavités et aux rapports de fin d’exploitation (https://www.google.com/url?sa=E&q=https%3A%2F%2Farchives.isere.fr%2Fcliquez sur l’onglet « Données » puis « Dossiers de sous-sol »).
-
Légifrance (Annales des Mines) : Pour retrouver les décrets de concession originaux (XIXe siècle).
2. Musées et Associations de Sauvegarde
-
La Mine Image (Musée de la mine à La Motte-d’Aveillans) : Le site de référence pour la mémoire ouvrière et technique du plateau. Bien que Saint-Arey soit plus au sud, les techniques de soutènement et d’extraction y sont documentées.
3. Études Techniques et Géologiques
-
Géologie du Dauphiné (Site de Maurice Gidon) : Une analyse géologique très fine du secteur de La Mure et de la faille de Saint-Arey.
-
Inventaire des Réseaux Spéciaux et Souterrains (IRSS) : Ce site compile souvent des fiches techniques sur l’état actuel des galeries (accès, sécurité, topographie).
4. Cartographie et Localisation Précise
-
Géoportail (IGN) : Utilisez les « Cartes de l’État-Major » et les « Photographies aériennes 1950-1965 » pour visualiser l’emprise des carreaux de mine et des entrées de galeries avant la renaturation.
-
Accès au Géoportail (Activez la couche « Carte géologique »).
-
5. Documentation Iconographique et Vidéos
-
INA (Institut National de l’Audiovisuel) : Recherche sur « Mines de la Mure » ou « Houillères du Dauphiné » pour voir des reportages d’époque montrant les mineurs au travail, notamment dans les secteurs escarpés.
Bibliographie
-
1. Ouvrages de référence (Monographies)
-
ASSOCIATION LA MINE IMAGE. Les Gueules Noires de la Mure : Cent cinquante ans d’histoire des Houillères du Bassin du Dauphiné. Ouvrage collectif.
2. Études Géologiques et Techniques
-
GIDON, Maurice. Géologie de la Matheysine. (Travaux disponibles via le portail Geol-Alp). Indispensable pour comprendre la complexité tectonique du secteur Saint-Arey et la difficulté de l’exploitation en dressants.
-
HAUDOUR, Jean & SARROT-REYNAULD, Jean. Le bassin houiller de La Mure (Isère) : étude géologique. Bulletin du Service de la Carte Géologique de la France, 1964.
-
SARROT-REYNAULD, Jean. Étude géologique du dôme de La Mure (Isère) et des régions annexes. Mémoires pour servir à l’explication de la carte géologique détaillée de la France, 1961.
3. Articles et Publications Scientifiques
-
BAILLY-MAÎTRE, Marie-Christine. « Les mines de plomb et d’argent en Oisans et en Matheysine au Moyen Âge ». Revue de géographie alpine. (Bien que centré sur le Moyen Âge, ses travaux posent les bases de l’histoire minière dauphinoise)
4. Sources d’Archives (Cotes spécifiques AD38)
-
Fonds des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD) : Archives départementales de l’Isère, Série S (Travaux publics) et surtout la Série J (Fonds privés et d’entreprises).
-
Série 108 J : Fonds des Houillères de la Mure (plans de galeries, rapports d’accidents, dossiers du personnel).
-
Série 7 S : Mines et carrières (dossiers de concessions du XIXe siècle, notamment pour la concession de Prunières dont dépend Saint-Arey).
-
5. Rapports Institutionnels
-
BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) :
-
Inventaire des archives minières des HBD.
-
Rapports de mise en sécurité (DREAL/UTAM) effectués lors de la fermeture définitive des accès dans les années 1990-2000.
-
-
Voir la carte
Galerie Photos
Utilisez les touches de direction pour faire défiler les photos

La Piste Noire de Bois Freynet : Une cicatrice minière témoin du passé houiller dauphinois
En 1983, un chantier colossal se préparait dans le massif du Dauphiné : l’exploitation à ciel ouvert de la zone de Bois Freynet par les Houillères du Bassin Dauphinois (HBD). Un défi logistique de taille se posait : comment accéder à ce site isolé pour extraire le précieux charbon ? La réponse fut la création d’une artère singulière, une route au nom évocateur : la Piste Noire.
La Piste Noire. Un nom qui résonne avec l’histoire industrielle du Dauphiné. Bien plus qu’un simple chemin, elle est le témoin d’une époque où l’extraction du charbon façonnait le paysage et la vie des hommes. Découvrez l’histoire de cette route singulière, construite à partir de déchets miniers, et devenue aujourd’hui un lieu de mémoire et de loisirs.
Informations pratiques
Voici une fiche technique sous forme de tableau pour la Piste Noire, reprenant les informations pertinentes et les organisant de manière concise :
| Caractéristique | Description |
| Nom | Piste Noire |
| Localisation | Bassin Dauphinois, Massif du Dauphiné, secteur de Bois Freynet et Fontveille, Susville. Voir carte en pied d’article. |
| Période de Construction | 1983 |
| Période d’Utilisation | 1983 – 1986 (Exploitation à ciel ouvert de Bois Freynet) |
| Fonction Principale | Accès à la zone d’exploitation minière de Bois Freynet ; Transport du charbon vers le lavoir du Villaret. |
| Type de Revêtement | Schistes (déchets miniers issus de l’extraction du charbon) |
| Utilisation Actuelle | Sentier de randonnée, VTT, potentiel pour 4×4 (à vérifier la réglementation actuelle) |
| Impact Environnemental | Poussière, pollution sonore et atmosphérique lors de l’exploitation ; Modification du paysage. |
| Rôle Historique | Témoignage de l’activité minière dans le Bassin Dauphinois; impact sur la vie des habitants de Fontveille. |
| État Actuel | Piste conservée, empruntée par des usagers de loisirs, visible, accessible. La piste est en bonne état. |
| Gestion/Protection | La piste est géré par la commune de Susville |
Une route née des entrailles de la mine
Le nom de « Piste Noire » n’était pas anodin. Loin d’être une coquetterie, il reflétait la nature même de son revêtement : des schistes, ces déchets miniers issus de l’extraction du charbon. Ce choix pragmatique permit de stabiliser le terrain accidenté et de créer une voie carrossable capable de supporter un trafic intense.
Avant même l’arrivée des excavatrices et des bulldozers, la Piste Noire devait jouer un rôle crucial. Il fallait d’abord permettre aux camions grumiers de débarder le bois de la zone, préparant ainsi le terrain pour l’exploitation minière.
Ce que nous appelons aujourd’hui la Piste Noire correspond historiquement à la liaison technique entre le carreau du Puits Villaret et le triage-lavoir.
La « piste noire » constituait l’axe logistique dédié à l’évacuation, par camions-bennes, de l’anthracite issu de la découverte (exploitation à ciel ouvert) de Bois Freynet.

La Piste Noire surplombant la cité nouvelle de Fontveille, vestige de l’exploitation minière de Bois Freynet (photo de 2017).
De l’extraction à la valorisation : La Piste Noire, cordon ombilical de l’anthracite
1. Le « Tout-venant » : un produit brut
À sa sortie de terre, l’anthracite est intimement mêlé à des stériles (principalement des schistes et des grès). Ce mélange est inexploitable en l’état par les chaudières industrielles ou domestiques. La Piste Noire n’était donc pas un simple chemin forestier, mais un axe logistique vital, un véritable « cordon ombilical » reliant le lieu d’extraction à l’Usine de Préparation des Combustibles (UPC).
2. Le Lavoir : l’alchimie de la densité
Au bout de cette piste, les camions bennes déversaient leur cargaison au lavoir. C’est ici que s’opérait la séparation densimétrique :
-
Plongé dans des bacs à pistonnage ou des milieux denses, le charbon (plus léger) flottait, tandis que le schiste (plus lourd) coulait.
-
Cette étape de lavage permettait d’éliminer les impuretés et d’abaisser le taux de cendres, garantissant la pureté exceptionnelle de l’anthracite dauphinois.
3. Le Criblage : la naissance des produits commerciaux
Une fois lavé, le charbon passait au criblage (tri par taille). C’est à ce stade que le combustible gagnait sa valeur marchande et son nom. Il était calibré en différentes catégories selon les besoins du marché :
-
Les Gaillettes et Noisettes pour les poêles domestiques.
-
Les Grains et Petits Grains pour les chaudières.
-
Les Fines pour l’industrie lourde et les centrales thermiques.
4. Une économie de la qualité
C’est précisément ce processus industriel, qui transformait la roche brute en une source d’énergie stratégique. En circulant sur la Piste Noire, l’anthracite entamait sa mutation d’un produit minéral brut vers un produit de luxe énergétique, faisant la fortune et la renommée du plateau de la Matheysine jusqu’en 1997.
Un ballet incessant de camions bennes
L’exploitation à ciel ouvert lancée, la Piste Noire devint l’épine dorsale de toute l’opération. Les camions bennes, chargés de charbon extrait de Bois Freynet, entamaient un ballet incessant en direction du lavoir du Villaret, situé à Susville.
Imaginez la scène : une noria de camions, jour après jour, arpentant la Piste Noire. La poussière soulevée par leurs passages, malgré les tentatives d’arrosage, recouvrait inévitablement le paysage.

Tracé de la Piste Noire superposé à une carte topographique IGN.
La vie quotidienne bouleversée
Le tracé de la Piste Noire traversait la cité nouvelle de la centrale à Fontveille. Pour les habitants, la vie quotidienne était radicalement transformée. Faire sécher son linge au soleil devenait un défi, tant la poussière omniprésente risquait de le souiller.
Cette poussière, cependant, n’était pas la seule nuisance. Il faut également prendre en compte les émissions polluantes de la centrale, qui brûlait un charbon de qualité médiocre, rejetant d’autres particules fines dans l’air ambiant.
1. La diversité des métiers : Une usine à ciel ouvert
Le personnel du jour était extrêmement stratifié. On y trouvait trois grands pôles :
-
Le traitement (Lavoirs et Cribles) : C’est le secteur le plus dur. L’anthracite sortant de la mine est mélangé à du schiste (stérile). Au Villaret ou aux Rioux, les ouvriers (et longtemps les ouvrières) triaient le charbon sur des tapis roulants.
-
Les Ateliers Centraux : Forgerons, mécaniciens, électriciens, menuisiers. C’était l’élite technique. Ils réparaient les marteaux-piqueurs, entretenaient les bennes et les câbles des puits. Sans eux, le fond s’arrêtait.
-
Les « Grands Bureaux » et l’administratif : Comptables, géomètres, ingénieurs et personnel médical. Ils géraient la paie, les plans des galeries et la santé des mineurs.
2. Les conditions de travail : Bruit, poussière et froid
Contrairement au fond où la température est constante (environ 15-18°C à La Mure), le personnel du jour subissait le climat rude du plateau matheysin.
-
L’exposition aux éléments : Dans les installations de triage (souvent de grands hangars en tôle mal isolés), les ouvriers travaillaient dans un froid glacial l’hiver, avec des courants d’air permanents.
-
La poussière et le bruit : Les cribles (tamis géants) et les concasseurs généraient un vacarme assourdissant et une poussière fine d’anthracite, tout aussi nocive que celle du fond. Les « trieurs » finissaient la journée aussi noirs que ceux qui remontaient du puits.
-
Le danger mécanique : Si le risque d’éboulement était absent, le danger venait des machines, des courroies de transmission et du mouvement incessant des trains du SGLM (Chemin de fer de La Mure) qui manoeuvraient sous les trémies.
3. La place singulière des femmes : Les « Trieuses »
Le bassin de La Mure a longtemps employé des femmes au jour, une pratique qui a perduré jusqu’aux années 1960-70.
-
Le triage manuel : Elles étaient affectées au retrait des pierres sur les tapis de charbon. C’était un travail répétitif, épuisant pour le dos et les mains, effectué dans une atmosphère saturée de poussière.
-
Évolution : Avec la modernisation des lavoirs (séparation par densité dans des bains de liqueur dense), leur nombre a diminué, les postes devenant plus techniques et masculinisés.
4. Vie sociale et Statut : Mineurs à part entière
Un point crucial : le personnel du jour bénéficiait du Statut du Mineur de 1946.
-
Mêmes avantages : Ils avaient droit au logement gratuit (les cités), au charbon de chauffage, aux soins gratuits à la Société de Secours minière et aux colonies de vacances pour leurs enfants.
-
La retraite : C’était le point de friction majeur. Les ouvriers du jour devaient travailler plus longtemps que ceux du fond (qui partaient à 50 ou 55 ans) pour obtenir leur retraite à taux plein. Cela créait une distinction sociale nette au sein de la cité.
5. La dynamique « Jour / Fond » : Une solidarité complexe
-
Le complexe de la surface : Il existait parfois une tension symbolique. Les mineurs du fond se considéraient comme les seuls « vrais » mineurs, ceux qui risquaient leur vie. Les gens du jour étaient parfois vus comme des privilégiés, bien que leur travail soit essentiel.
-
L’union dans la lutte : Lors des grandes grèves (1948, 1963), cette distinction disparaissait. Le personnel du jour (notamment les ateliers et le transport) était le premier à bloquer l’outil de production pour soutenir les revendications globales.
-
La sentinelle du drame : Le personnel du jour était le premier témoin des accidents. C’est eux qui voyaient arriver les ambulances au carreau de la mine et qui géraient l’angoisse des familles accourant aux grilles du puits.
6. L’héritage architectural
Aujourd’hui, les vestiges les plus visibles à La Mure sont ceux du « Jour » :
-
Le Puits du Villaret et son chevalement (classé).
-
Les Grands Bureaux qui témoignent de la puissance administrative des HBD.
-
Les Ateliers reconvertis pour certains en zones d’activités.
Un héritage complexe
Aujourd’hui, la Piste Noire de Bois Freynet est bien plus qu’un simple chemin. Elle est une cicatrice dans le paysage, un témoin silencieux d’une époque révolue, celle de l’exploitation minière à grande échelle dans le Bassin Dauphinois. Elle rappelle la dureté des conditions de travail, l’impact environnemental et les compromis nécessaires pour assurer la production d’énergie.
Cette piste noire, symbole d’une activité industrielle intense, soulève encore aujourd’hui des questions sur la gestion des héritages miniers et la nécessité d’une transition énergétique juste et durable. Elle nous invite à nous souvenir du passé pour mieux construire l’avenir.
Foire Aux Questions la piste Noire
1. Pourquoi appelle-t-on ce chemin la « Piste Noire » ?
Son nom vient directement de sa composition. Contrairement aux routes classiques en remblai calcaire (gris ou blanc), cette piste a été construite à partir de stériles miniers, principalement des schistes noirs extraits des mines de charbon locales. Cette couleur sombre caractéristique l’a immédiatement distinguée dans le paysage.
2. Quand et par qui cette piste a-t-elle été construite ?
La piste a été aménagée en 1983 par les Houillères du Bassin Dauphinois (HBD). Elle était indispensable pour ouvrir le chantier d’exploitation à ciel ouvert (appelé « la découverte ») de la zone de Bois Freynet.
3. Quel était le rôle exact de cette route durant l’exploitation minière ?
La Piste Noire avait une double fonction logistique :
-
Au début : Permettre l’accès aux engins de terrassement et le passage des camions grumiers pour déboiser la zone.
-
En phase d’exploitation : Assurer la « noria » (le va-et-vient incessant) des camions bennes transportant le charbon brut depuis Bois Freynet jusqu’au lavoir du Villaret, à Susville, pour y être traité.
4. Quelles étaient les nuisances pour les habitants de Fontveille ?
Le passage des camions à proximité de la cité nouvelle de la centrale entraînait d’importantes retombées de poussière noire. Malgré l’arrosage régulier de la piste pour limiter les envols, il était quasiment impossible pour les riverains de faire sécher leur linge dehors ou de garder les habitations propres. À cela s’ajoutaient le bruit des moteurs et les fumées de la centrale thermique voisine.
5. Combien de temps la piste a-t-elle servi à l’industrie minière ?
L’activité a été intense mais relativement courte. Le chantier de Bois Freynet ayant pris fin en 1986, la piste a été abandonnée par les Houillères seulement trois ans après sa création, suite à l’épuisement ou à l’arrêt de l’exploitation de cette zone.
6. Peut-on encore emprunter la Piste Noire aujourd’hui ?
Oui, la piste existe toujours. Bien qu’elle ne soit plus entretenue pour le passage de poids lourds, elle est devenue un itinéraire prisé par les promeneurs, les vététistes et, dans certaines zones autorisées, par les véhicules tout-terrain (4×4). Elle constitue désormais un sentier de mémoire permettant de découvrir les paysages transformés du bassin minier.
7. Où se situait le point d’arrivée du charbon transporté par la piste ?
Le charbon empruntant la piste était acheminé vers le lavoir du Villaret à Susville. C’est là que le minerai était trié, lavé et calibré avant d’être expédié vers les clients industriels ou domestiques.
Poursuivez votre exploration
« Retrouvez l’exploitation de Bois Freynet«
« .Suivez nous sur l’histoire des Houilleres du Bassin Dauphinois HBD«
Sources et sites officiels
1. Contextualisation Historique et Technique
-
La Mine Image (Musée souterrain de la Mine) : C’est le site de référence pour comprendre l’extraction dans le Dauphiné. Ils ont des ressources sur les Houillères du Bassin Dauphinois (HBD).
-
Mémoire d’Obiou : Cette association d’histoire locale publie des articles de fond sur le patrimoine de la Matheysine, notamment sur l’époque des « découvertes » (mines à ciel ouvert).
2. Cartographie et Évolution du Paysage (Essentiel pour la Piste)
-
Géoportail – Remonter le temps (IGN) : Ce lien est crucial pour vos lecteurs. Il permet de comparer les photos aériennes de 1983 (pendant l’exploitation) avec celles d’aujourd’hui pour voir le tracé de la Piste Noire.
-
Inventaire des Réseaux Spéciaux (Fiches Ferroviaires/Minières) : Ce site répertorie souvent les anciens tracés techniques (plans inclinés, voies de camions) liés aux mines. (Rechercher « Bassin Dauphinois »).
3. Localisation et Patrimoine Local
-
Mairie de Susville : La Piste Noire reliait Bois Freynet au Villaret (Susville). Le site de la commune évoque parfois son passé minier.
-
Patrimoine de l’Isère : La page du Département dédiée au patrimoine industriel.
4. Archives et Documents d’Époque
-
Archives Départementales de l’Isère : Pour les lecteurs qui souhaitent consulter les fonds d’archives des HBD (Houillères du Bassin Dauphinois).
-
Archives Nationales du Monde du Travail (ANMT) : Ils conservent des dossiers sur les fermetures de mines et les reconversions de sites.
Bibliographie
-
1. Ouvrages de référence (Histoire Générale)
-
BILLET, Jean. La Matheysine : Étude de géographie régionale. Imprimerie Allier, 1963.
-
Pourquoi ce livre ? Bien que plus ancien, il permet de comprendre la topographie complexe de la zone entre Susville et Fontveille avant les grands bouleversements des « découvertes ».
-
2. Études et Publications Locales (Le plus précis sur Bois Freynet)
-
ASSOCIATION MÉMOIRE D’OBIOU. Bulletins annuels de la revue « Mémoire d’Obiou ».
-
Vérification : Consultez notamment le n° 18 (2013) et le n° 23 (2018). Cette revue de référence pour l’histoire locale contient des témoignages d’anciens mineurs et des précisions sur les sites de Susville et les chantiers de surface des années 80.
-
-
COLLECTIF. Le Bassin Minier Dauphinois : Regards Croisés. Édité par le Musée de la Mine Image, 2005.
-
Contenu : Analyse l’évolution des paysages miniers et l’impact des déchets de schistes sur l’environnement.
-
3. Rapports Techniques et Archives (Sources primaires)
-
HOUILLÈRES DU BASSIN DAUPHINOIS (HBD). Rapports annuels d’activité (1982, 1983, 1986).
-
Localisation : Archives Départementales de l’Isère (Fonds des Houillères).
-
Détails : Ces documents administratifs valident les dates de mise en service de la piste et les tonnages évacués vers le lavoir du Villaret.
-
-
CHARBONNAGES DE FRANCE. Archives de la fermeture du Bassin Dauphinois.
-
Contenu : Plans de remise en état des sites (ou abandon des pistes) après 1986.
-
4. Ressources Cartographiques
-
INSTITUT GÉOGRAPHIQUE NATIONAL (IGN). Carte Topographique 3336OT (La Mure / Valbonnais).
-
Note : Utile pour identifier le tracé actuel de la piste devenu chemin de randonnée.
-
-
Voir la carte
Galerie Photos
Utilisez les touches de direction pour faire défiler les photos

Le Plan Richard : Artère vitale et sortie de secours des mines de Susville
Située au Villaret, cette galerie marque un tournant technologique majeur avec le remplacement des wagonnets par des bandes transporteuses pour remonter le charbon. Au-delà de sa fonction logistique reliant les profondeurs au lavoir, le Plan Richard constituait une issue de secours cruciale pour les mineurs, témoignant aujourd’hui de l’ingéniosité et des risques de l’exploitation sur le plateau matheysin.
Nichée sur la commune de Susville, au lieu-dit Le Villaret, la galerie du Plan Richard incarne une étape clé dans la modernisation des Houillères du Dauphiné. Abandonnant le roulage traditionnel par wagonnets au profit de bandes transporteuses, cet ouvrage stratégique assurait non seulement l’acheminement massif de l’anthracite du Puits n°1 vers le lavoir, mais constituait surtout une voie vitale pour l’aérage et la sécurité des hommes. Exploration d’un vestige industriel qui fut, durant des décennies, le véritable poumon des mines de la Mure.
Informations pratiques
| Caractéristique | Détail |
| Nom de l’ouvrage | Galerie de sortie du Plan Richard |
| Localisation | Susville (Isère), lieu-dit Le Villaret |
| Coordonnées GPS | 44.924000, 5.777778 |
| Type d’ouvrage | Galerie inclinée (Plan) avec bandes transporteuses |
| Fonctions principales | 1.Remontée du charbon (stériles exclus)
2. Sortie de secours et aérage |
| Niveaux desservis | Du Niv. 20 (482 m) et Niv. 17 (635 m) → Vers le Lavoir (Surface) |
| Technologie | Remplacement du roulage (wagonnets) par convoyeurs à bandes |
| Connexion surface | Liaison directe au bâtiment du lavoir via tuyère en ciment |
| État actuel | Sortie obstruée, installations de surface démantelées |
Le Plan Richard : L’artère vitale de la mine du Villaret
L’histoire de l’exploitation minière est une course perpétuelle vers les profondeurs. Pour suivre les veines d’anthracite, les mineurs de la Matheysine ont dû creuser toujours plus bas, posant un défi logistique majeur : comment remonter des tonnes de minerai depuis les entrailles de la terre jusqu’à l’usine de traitement ?
C’est ici qu’intervient le Plan Richard, une prouesse technique qui a révolutionné le transport du charbon sur le site du Villaret.

Vestige de la sortie du Plan Richard (2019) : L’orifice a été définitivement condamné par un merlon de terre et de déblais lors de la campagne de mise en sécurité du site en 1999.
Une logistique souterraine divisée en deux flux
Pour comprendre l’importance du Plan Richard, il faut d’abord saisir l’organisation du site minier. À son apogée, l’activité se concentrait autour de deux puits verticaux aux fonctions bien distinctes, situés au niveau 12 (altitude 888 mètres) :
-
Le Puits des Rioux : Véritable « ascenseur du personnel », il était dédié au transport des mineurs vers les différents étages d’exploitation.
-
Le Puits du Villaret : Il servait à la logistique matérielle. C’est par ce puits que descendaient les machines, les outils et les cintres de soutènement. Il servait également à remonter les stériles (les roches inutiles extraites lors du creusement).
Mais curieusement, le charbon, lui, ne passait pas par ces puits.

Vue depuis les abords de la galerie (2019) : Ce muret en maçonnerie longe la falaise et servait d’assise à la structure métallique de la bande transporteuse, défiant le relief accidenté.
La fin des wagonnets : la révolution des bandes transporteuses
Historiquement, le charbon était chargé dans des wagonnets poussés par des hommes ou tirés par des chevaux, puis des locomotives. Cependant, face à l’augmentation des cadences et de la profondeur, ce système a montré ses limites.
La mine du Villaret a alors opéré une mutation technologique en remplaçant le roulage par wagonnets par un système de transport en continu via des bandes transporteuses. Ce choix présentait trois avantages décisifs pour la rentabilité :
-
Fluidité : Un flux ininterrompu de charbon vers la surface.
-
Gain de temps : Suppression des étapes fastidieuses de chargement et déchargement des berlines.
-
Maintenance : Une mécanique plus simple et plus fiable que le matériel ferroviaire souterrain.

Perspective depuis la zone du lavoir (2019) : On distingue ici le tracé rectiligne du muret le long de la falaise. C’est par cette voie que le charbon brut arrivait pour être traité dans l’usine de lavage située au premier plan.
L’anatomie du Plan Richard (I, II et III)
Ce système de convoyeurs portait le nom de « Plan Richard ». C’était une véritable autoroute du charbon remontant depuis les profondeurs :
-
Plan Richard I et II : Ces deux premières sections de bandes remontaient le minerai depuis le niveau 17 (altitude 635 m).
-
Plan Richard III : Lorsque l’exploitation a dû descendre encore plus bas, jusqu’au niveau 20 (altitude 482 m) — correspondant à la galerie de la Baume — une troisième section fut ajoutée pour connecter ce niveau inférieur au reste du réseau.
Le charbon, une fois arrivé au jour par la galerie de sortie du Plan Richard I, ne s’arrêtait pas là. Il était acheminé directement vers le lavoir (l’usine de tri et de lavage) via un impressionnant tuyau en ciment reliant la sortie de la galerie au bâtiment industriel sur le carreau de la mine.

Document de 2019 : Ce fragment de buse en béton est le dernier témoin de la liaison aérienne du Plan Richard. Il protégeait la bande transporteuse qui acheminait le charbon brut depuis la sortie de la galerie jusqu’aux installations de traitement du lavoir.
Un rôle vital pour la sécurité
Au-delà de sa fonction productive, le Plan Richard jouait un rôle crucial dans la sécurité des hommes. En cas d’accident, d’incendie ou de blocage sur les puits principaux (Villaret ou Rioux), la galerie inclinée du Plan Richard servait de sortie de secours. Les mineurs pouvaient l’emprunter pour évacuer les chantiers du fond et rejoindre la surface à pied.
1. Les conditions de travail : La lutte contre la pente et la poussière
Travailler à La Mure ne ressemblait pas au travail dans les mines du Nord (le Pas-de-Calais). La géologie alpine imposait des contraintes extrêmes.
-
L’exploitation en « dressants » : Contrairement aux veines plates du Nord, les couches d’anthracite en Matheysine étaient souvent très inclinées, voire verticales. Les mineurs travaillaient dans des positions acrobatiques, souvent sur des planchers boisés suspendus au-dessus du vide.
-
La dureté de l’anthracite : L’anthracite de La Mure est l’un des meilleurs charbons au monde (pur à plus de 90%), mais il est extrêmement dur. Avant la mécanisation massive des années 50-60, l’abattage au marteau-piqueur était épuisant.
-
La Silicose : l’ennemi invisible. Si le bassin de La Mure était peu sujet au grisou (gaz explosif), il était extrêmement poussiéreux. L’anthracite dégageait une poussière fine et abrasive. Malgré l’arrosage des tailles, la silicose a décimé des générations de mineurs, bien plus sûrement que les éboulements.
-
L’évolution technique : Sous l’ère des HBD, on passe de la force humaine et animale (les chevaux sont restés au fond jusqu’en 1952) à une mécanisation poussée avec les convoyeurs blindés et les soutènements marchants.
2. La vie sociale : Un paternalisme d’État
Après 1946, les HBD héritent du système paternaliste des anciennes compagnies privées, mais l’adaptent avec le Statut du Mineur.
-
Le logement en cités : La vie du mineur est indissociable de sa cité. À La Mure, les cités comme celle des Trois-Mâts ou du Périer structurent l’espace urbain. Les HBD fournissaient le logement et le chauffage (le fameux « charbon de dotation »).
-
La diversité communautaire : Le bassin était un véritable laboratoire d’intégration. Aux locaux (paysans-mineurs) se sont ajoutés des vagues successives d’immigrés : Italiens et Polonais dans l’entre-deux-guerres, puis Maghrébins (notamment des Marocains du Souss) dans les années 50 et 60. Cette mixité a forgé une identité matheysine forte, basée sur la solidarité du fond.
-
Les avantages sociaux : Être mineur aux HBD, c’était bénéficier d’une protection sociale d’avant-garde : accès gratuit aux soins (la « Société de Secours »), colonies de vacances pour les enfants, et une retraite anticipée à 50 ou 55 ans.
3. Culture et traditions : Entre ferveur et lutte
-
La Sainte-Barbe (4 décembre) : C’est le moment sacré. Même après la nationalisation, la fête de la patronne des mineurs restait le pilier de l’année, mêlant défilés, banquets et médailles du travail. C’était le jour où la hiérarchie et les ouvriers se retrouvaient autour d’une table.
-
Le syndicalisme et la fierté : Le bassin de La Mure était un bastion de la CGT. La conscience de classe était exacerbée par la dangerosité du métier. Les grandes grèves (notamment celle de 1963) ont soudé la communauté contre les premières menaces de fermeture.
-
Le sport et la musique : Les HBD subventionnaient de nombreuses associations. L’harmonie des mineurs et les clubs de football ou de rugby étaient les vecteurs essentiels de la cohésion sociale hors de la mine.
4. La fin d’un monde : Le traumatisme de la fermeture
La vie sociale des HBD a été marquée, à partir des années 70, par l’angoisse de la fin. Le « plan de licenciement » est devenu un mot quotidien.
-
La reconversion : Contrairement à d’autres bassins, la Matheysine est restée enclavée. La fermeture du Villaret en 1997 a été vécue comme un deuil collectif.
-
L’héritage : Aujourd’hui, cette vie sociale survit à travers l’association des anciens mineurs et le musée de La Mine Image à La Motte-d’Aveillans, qui est le gardien de cette mémoire technique et humaine.
En résumé : La vie du mineur des HBD était une vie de contrastes : une noirceur et une pénibilité extrêmes au fond, compensées par une vie sociale intense, protectrice et solidaire en surface. C’était un « État dans l’État ».
Que reste-t-il aujourd’hui ?
Le paysage industriel du Villaret a profondément changé. Aujourd’hui, la sortie du Plan Richard est obstruée et la végétation a repris ses droits. Les installations aériennes spectaculaires, le bâtiment du versage et le grand lavoir ont été démantelés.
Seuls quelques vestiges de maçonnerie, comme ceux visibles sur nos photos, témoignent encore de cette mécanique complexe qui faisait battre le cœur de la montagne.
Stériles : Roches sans valeur (cailloux, terre) qu’il faut extraire pour atteindre la veine de charbon.
Cintres : Arches métalliques utilisées pour soutenir les galeries et éviter les éboulements.
Carreau : Ensemble des installations de la mine situées à la surface (bureaux, lavoirs, vestiaires, puits).
Au jour : Expression minière désignant la surface, par opposition au « fond ».
Un patrimoine protégé : l’impératif de sécurité et de mémoire
Aujourd’hui, les vestiges de la galerie du plan Richard sont rendus à la nature et ses accès ont été murés et remblayés lors des campagnes de mise en sécurité définitive du bassin. Si ces lieux suscitent une curiosité légitime, il est impératif de rappeler qu’il est strictement interdit et mortel de tenter de pénétrer dans d’anciens ouvrages miniers.
Au-delà de la violation de la propriété privée, les risques souterrains sont invisibles et foudroyants :
-
Les risques atmosphériques : En l’absence de ventilation forcée, des gaz lourds et asphyxiants (comme le dioxyde de carbone, appelé « stythe » par les mineurs) ou des poches de grisou résiduel peuvent s’accumuler, rendant l’air mortel en quelques secondes.
-
L’instabilité structurelle : Les pressions de terrain et la dégradation des soutènements avec le temps rendent tout effondrement imprévisible.
Le respect de ce patrimoine passe par une observation extérieure et une étude documentaire. Pénétrer dans ces galeries, c’est non seulement se mettre en danger de mort, mais aussi risquer de dégrader les derniers témoins fragiles de l’ingénierie minière du XXe siècle.
Foire Aux Questions plan Richard
Qu’est-ce que le Plan Richard dans les mines de la Mure ?
Le Plan Richard était un ouvrage souterrain stratégique des Houillères du Dauphiné. Contrairement aux puits verticaux, il s’agit d’une galerie inclinée équipée de bandes transporteuses (tapis roulants). Elle permettait de remonter le charbon en continu depuis le fond de la mine jusqu’à la surface, remplaçant ainsi le système de wagonnets.
Où se trouve la galerie de sortie du Plan Richard ?
Les vestiges de cette galerie sont situés sur la commune du Villaret, en Isère, sur le plateau matheysin. Elle débouche à proximité de l’ancien site minier du Villaret, où se trouvait autrefois le grand lavoir à charbon.
Peut-on visiter l’intérieur de la galerie du Plan Richard ?
Non, l’accès est strictement interdit et impossible. Dans le cadre de la mise en sécurité du site minier en 1999, l’entrée de la galerie a été définitivement obstruée par des remblais pour prévenir tout risque d’accident (éboulements, gaz). Seuls les vestiges extérieurs (maçonnerie, murets) sont visibles.
Quelle est la différence entre le Puits du Villaret et le Plan Richard ?
Leurs fonctions étaient distinctes. Le Puits du Villaret (vertical) servait d’ascenseur pour le matériel et la remontée des roches stériles. Le Plan Richard (incliné) était exclusivement dédié au transport rapide du charbon vers l’usine de traitement et servait également de sortie de secours pour les mineurs.
Que reste-t-il des installations du Plan Richard aujourd’hui ?
Les infrastructures métalliques aériennes et les bâtiments du lavoir ont été démantelés après la fermeture des mines. Aujourd’hui, on peut observer la tête de la galerie maçonnée (l’entrée voûtée), des sections du muret de soutènement à flanc de falaise et des fragments du carter en béton qui protégeait la bande transporteuse.
Poursuivez votre exploration
Découvrez le puits du Villaret
Indissociable du puits du Villaret le terril
Et son exploitation
Sources et sites officiels
Les Musées et Lieux de Mémoire (Sources Locales)
Ces liens sont les plus pertinents pour le maillage « géographique » et « thématique ».
-
La Mine Image (Musée Souterrain)
-
Pourquoi ce lien ? C’est le musée situé sur la commune même de La Motte-d’Aveillans. Il gère la mémoire du site et possède les archives techniques locales. C’est la référence absolue pour votre sujet.
-
Site officiel : www.mine-image.com
-
-
Musée Matheysin (La Mure)
-
Pourquoi ce lien ? Situé à La Mure, il conserve une riche collection sur l’histoire régionale et la vie quotidienne des mineurs de la Matheysine.
-
Site officiel : www.musee-matheysin.fr
-
Les Institutions Techniques et Archives (Sources Scientifiques)
Ces liens valident la partie technique de votre article (fermeture, mise en sécurité, géologie).
-
BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières)
-
Pourquoi ce lien ? C’est l’organisme d’État chargé de la gestion de l’après-mine (surveillance des anciens puits, risques d’effondrement). Ils détiennent les dossiers techniques de la mise en sécurité de 1999 mentionnée dans votre article.
-
Site officiel : www.brgm.fr ou le portail des risques www.georisques.gouv.fr
-
-
Archives Départementales de l’Isère
-
Pourquoi ce lien ? C’est ici que sont conservés les fonds des Houillères du Bassin du Dauphiné (plans, registres du personnel). Utile pour les généalogistes ou chercheurs.
-
Site officiel : archives.isere.fr
-
Tourisme et Territoire
Pour ancrer l’article dans l’actualité touristique locale.
-
Matheysine Tourisme
-
Pourquoi ce lien ? Pour les randonneurs qui souhaiteraient découvrir les sentiers autour des anciens sites miniers.
-
Site officiel : www.matheysine-tourisme.com
-
Bibliographie
-
CHION, Pierre. La mine et les mineurs de la Matheysine : 150 ans de charbon à La Mure. Éditions Le Belvédère, 2005.
-
Pourquoi ce livre ? C’est la « bible » locale. Pierre Chion est l’historien incontournable du plateau. Il détaille l’évolution technique du Puits du Villaret et le passage aux bandes transporteuses.
-
-
ALLEMAND, H. & CHION, P. Les Gueules Noires du Dauphiné. Éditions Glénat, 1990.
-
Pourquoi ce livre ? Un ouvrage riche en photographies d’époque qui permet de visualiser l’activité sur le carreau du Villaret avant son démantèlement.
-
-
VEITL, Philippe. Les mines de La Mure, une histoire sociale et politique. PUG (Presses Universitaires de Grenoble), 1994.
-
Pourquoi ce livre ? Pour comprendre le contexte économique qui a poussé les Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD) à moderniser l’extraction (abandon des wagonnets pour les plans inclinés) afin de rester rentables.
-
Voir la carte
Galerie Photos
Utilisez les touches de direction pour faire défiler les photos

Plus que du charbon : Le rôle vital (et méconnu) du Puits Charvet
Rouage invisible mais vital de l’exploitation à Susville, cet ouvrage d’exhaure assurait la sécurité du terril du Villaret contre les risques d’auto-combustion, jusqu’à son démantèlement définitif en 1997.
Contrairement aux idées reçues, le Puits Charvet n’a jamais vu remonter une seule berline de charbon, ni descendre de mineurs pour l’abattage. Foncé spécifiquement pour la sécurité du site, sa mission était purement hydraulique : pomper l’eau nécessaire à l’arrosage permanent du terril pour empêcher son autocombustion.
Informations pratiques
| Caractéristique | Détails |
| Nom | Puits Charvet |
| Localisation | Susville (Isère), Le Villaret |
| Coordonnées | 44.930595, 5.774357 |
| Profondeur | 68 mètres |
| Diamètre | 2,50 mètres |
| Architecture | • 0 à 50m : Bétonné (étanche) • 50 à 68m : Naturel (zone de captage) |
| Usage | Pompage d’eau pour éviter l’auto-combustion du terril (pyrite) |
| Fermeture | 1997 |
| État | Bâtiment détruit, puits scellé. |
Le Puits Charvet à Susville : Le gardien invisible de la sécurité minière
Si vous vous promenez aujourd’hui près de la chapelle Notre-Dame des Neiges au Villaret (Susville), vous ne verrez aucune tour d’extraction se découper sur l’horizon. Pourtant, c’est ici que se trouvait le Puits Charvet, un maillon essentiel de la chaîne de sécurité des mines dauphinoises, jusqu’à sa fermeture en 1997.

Schéma technique du bâtiment abritant la tête de puits du Charvet et ses accessoires électriques et hydrauliques
Un ouvrage vital, mais pas pour le charbon
Contrairement aux idées reçues, tous les puits de mine ne servaient pas à remonter des hommes ou du minerai. Le Puits Charvet avait une fonction bien plus spécifique : c’était une source d’approvisionnement en eau industrielle.
Avec un diamètre de 2,50 mètres et une profondeur totale de 68 mètres, cet ouvrage technique était conçu pour capter les eaux souterraines. Ses 50 premiers mètres étaient bétonnés, tandis que les 18 derniers mètres, laissés à nu, permettaient aux eaux de s’infiltrer naturellement au fond du puits, où une pompe électrique immergée les attendait.
Incertitudes historiques et techniques
Les archives ne nous permettent pas, à ce jour, de dater précisément le forage du puits ni d’identifier la méthode employée. Toutefois, au vu des pratiques de l’époque, l’hypothèse d’un forage au trépan reste la plus plausible.
De même, nous ne disposons d’aucune information technique concernant la machinerie : le type de pompe utilisé ainsi que le débit d’eau nécessaire à l’arrosage du terril demeurent inconnus.
Pour consulter les données techniques complètes, le dossier est disponible sur le portail InfoTerre du BRGM (Code BSS : BSS001ZBSE).

L’emplacement du Puits Charvet aujourd’hui : un paysage totalement « gommé » où la nature a repris ses droits sur le patrimoine industriel.
Pourquoi une mine a-t-elle besoin d’eau ?
Le paradoxe peut surprendre : les mineurs luttent souvent contre l’eau au fond, alors pourquoi en pomper ici ? La réponse réside dans la gestion des déchets miniers, les fameux stériles (les roches extraites qui ne sont pas du charbon pur).[1]
Ces stériles contenaient deux éléments potentiellement dangereux lorsqu’ils sont combinés :
-
Des résidus de charbon.
-
De la pyrite de fer.
C’est ici que l’historien et le chimiste se rejoignent. La pyrite de fer possède une propriété redoutable : au contact de l’oxygène de l’air, elle s’oxyde et dégage de la chaleur. Si l’air circule librement dans un tas de déblais (le terril), cette chaleur s’accumule jusqu’à provoquer l’auto-combustion des résidus de charbon.
Ces feux de terrils sont des brasiers internes presque impossibles à éteindre une fois déclarés.

Schéma de principe d’une coupe technique de forage : visualisation du cuvelage et du système d’exhaure (pompage).
La stratégie de l’arrosage
L’eau pompée au Puits Charvet servait de bouclier préventif. En arrosant constamment le terril, on saturait les déblais. L’eau remplissait les interstices, chassant l’oxygène et empêchant ainsi l’air de venir « nourrir » la réaction chimique de la pyrite. Sans oxygène, pas d’oxydation, et donc pas d’incendie.
Une fois pompées hors des galeries (eaux d’exhaure) et déversées sur le terril, les eaux suivaient un parcours gravitationnel simple mais lourd de conséquences. En ruisselant sur les amas de schistes, elles rejoignaient naturellement le point bas le plus proche : le ruisseau de La Jonche.
À cette époque, la conscience écologique et les normes de dépollution étaient inexistantes. Ces eaux de ruissellement, chargées de soufre et acidifiées par leur passage sur les roches minières, ne subissaient aucun traitement. Elles étaient rejetées directement dans le milieu naturel. Une partie de ces effluents pollués finissait irrémédiablement par s’infiltrer dans les sols, contaminant ainsi la nappe phréatique.
Qu’est-ce qu’un puits d’exhaure ?
Dans le langage minier, l’exhaure désigne l’ensemble des techniques permettant d’évacuer les eaux d’infiltration hors de la mine. Un « puits d’exhaure » est donc un puits vertical équipé de puissantes pompes et de tuyauteries, dont la fonction unique ou principale est de remonter ces eaux vers la surface.
Souvent, d’anciens puits d’extraction (qui servaient à remonter le charbon ou les hommes) étaient reconvertis en puits d’exhaure à la fin de leur vie productive, devenant ainsi les poumons hydrauliques de la concession.Mais ici il servait uniquement au puisage de l’eau.
1. La diversité des métiers : Une usine à ciel ouvert
Le personnel du jour était extrêmement stratifié. On y trouvait trois grands pôles :
-
Le traitement (Lavoirs et Cribles) : C’est le secteur le plus dur. L’anthracite sortant de la mine est mélangé à du schiste (stérile). Au Villaret ou aux Rioux, les ouvriers (et longtemps les ouvrières) triaient le charbon sur des tapis roulants.
-
Les Ateliers Centraux : Forgerons, mécaniciens, électriciens, menuisiers. C’était l’élite technique. Ils réparaient les marteaux-piqueurs, entretenaient les bennes et les câbles des puits. Sans eux, le fond s’arrêtait.
-
Les « Grands Bureaux » et l’administratif : Comptables, géomètres, ingénieurs et personnel médical. Ils géraient la paie, les plans des galeries et la santé des mineurs.
2. Les conditions de travail : Bruit, poussière et froid
Contrairement au fond où la température est constante (environ 15-18°C à La Mure), le personnel du jour subissait le climat rude du plateau matheysin.
-
L’exposition aux éléments : Dans les installations de triage (souvent de grands hangars en tôle mal isolés), les ouvriers travaillaient dans un froid glacial l’hiver, avec des courants d’air permanents.
-
La poussière et le bruit : Les cribles (tamis géants) et les concasseurs généraient un vacarme assourdissant et une poussière fine d’anthracite, tout aussi nocive que celle du fond. Les « trieurs » finissaient la journée aussi noirs que ceux qui remontaient du puits.
-
Le danger mécanique : Si le risque d’éboulement était absent, le danger venait des machines, des courroies de transmission et du mouvement incessant des trains du SGLM (Chemin de fer de La Mure) qui manoeuvraient sous les trémies.
3. La place singulière des femmes : Les « Trieuses »
Le bassin de La Mure a longtemps employé des femmes au jour, une pratique qui a perduré jusqu’aux années 1960-70.
-
Le triage manuel : Elles étaient affectées au retrait des pierres sur les tapis de charbon. C’était un travail répétitif, épuisant pour le dos et les mains, effectué dans une atmosphère saturée de poussière.
-
Évolution : Avec la modernisation des lavoirs (séparation par densité dans des bains de liqueur dense), leur nombre a diminué, les postes devenant plus techniques et masculinisés.
4. Vie sociale et Statut : Mineurs à part entière
Un point crucial : le personnel du jour bénéficiait du Statut du Mineur de 1946.
-
Mêmes avantages : Ils avaient droit au logement gratuit (les cités), au charbon de chauffage, aux soins gratuits à la Société de Secours minière et aux colonies de vacances pour leurs enfants.
-
La retraite : C’était le point de friction majeur. Les ouvriers du jour devaient travailler plus longtemps que ceux du fond (qui partaient à 50 ou 55 ans) pour obtenir leur retraite à taux plein. Cela créait une distinction sociale nette au sein de la cité.
5. La dynamique « Jour / Fond » : Une solidarité complexe
-
Le complexe de la surface : Il existait parfois une tension symbolique. Les mineurs du fond se considéraient comme les seuls « vrais » mineurs, ceux qui risquaient leur vie. Les gens du jour étaient parfois vus comme des privilégiés, bien que leur travail soit essentiel.
-
L’union dans la lutte : Lors des grandes grèves (1948, 1963), cette distinction disparaissait. Le personnel du jour (notamment les ateliers et le transport) était le premier à bloquer l’outil de production pour soutenir les revendications globales.
-
La sentinelle du drame : Le personnel du jour était le premier témoin des accidents. C’est eux qui voyaient arriver les ambulances au carreau de la mine et qui géraient l’angoisse des familles accourant aux grilles du puits.
6. L’héritage architectural
Aujourd’hui, les vestiges les plus visibles à La Mure sont ceux du « Jour » :
-
Le Puits du Villaret et son chevalement (classé).
-
Les Grands Bureaux qui témoignent de la puissance administrative des HBD.
-
Les Ateliers reconvertis pour certains en zones d’activités.
Le site aujourd’hui
Lors de l’arrêt définitif de l’exploitation en 1997, le site a été traité selon les procédures de mise en sécurité :
-
Le puits a été scellé par un bouchon de béton.
-
Le bâtiment abritant la machinerie a été détruit.
Il ne reste aujourd’hui aucune trace visible de cet ouvrage en surface, mais son histoire nous rappelle que l’exploitation minière était une lutte constante non seulement pour extraire des ressources, mais aussi pour maîtriser les réactions physico-chimiques de la terre.
Foire Aux Questions du puits Charvet
1. Des mineurs descendaient-ils dans le Puits Charvet pour extraire du charbon ?
Non. C’est la confusion la plus fréquente. Contrairement aux puits d’extraction (comme le puits Villaret), le Puits Charvet n’était pas destiné à la circulation du personnel ni à la remontée du minerai. C’était un ouvrage exclusivement technique, sans cage d’ascenseur pour les hommes.
2. À quoi servait ce puits s’il ne produisait pas de charbon ?
C’était un puits d’exhaure, c’est-à-dire une station de pompage industrielle. Son rôle unique était de puiser de l’eau en grande profondeur pour la remonter en surface via des tuyauteries fixées sur la tête de puits.
3. Pourquoi fallait-il pomper de l’eau pour arroser le terril ?
Le terril (la montagne de déchets miniers) contient des schistes mêlés à de la pyrite et des résidus de charbon. Au contact de l’air et de l’humidité, ces matériaux s’oxydent et chauffent : c’est le phénomène d’auto-combustion. Sans un arrosage constant assuré par le Puits Charvet, le terril risquait de prendre feu spontanément, dégageant des fumées toxiques et menaçant de s’effondrer.
4. Quelles sont les dimensions de cet ouvrage ?
Bien que n’étant pas un puits d’extraction, le Puits Charvet reste une prouesse technique. Comme indiqué dans la fiche technique de l’article, il atteint une profondeur impressionnante (voir données ci-dessus) avec un diamètre conséquent pour permettre le passage des pompes et le débit nécessaire à la sécurité du site.
5. D‘où venait l’eau pompée ?
Le forage descendait suffisamment bas pour capter les eaux d’infiltration naturelles ou les eaux accumulées dans les « vieux travaux » (anciennes galeries abandonnées et noyées), transformant ainsi la nuisance de l’eau souterraine en une ressource de sécurité pour la surface.
Poursuivez votre exploration
Retrouvez l’histoire du puits du Villaret
L’histoire de son terril
Et l’histoire de son exploitation
Sources et sites officiels
1. Les Institutions & Archives
-
Le Musée La Mine Image (La Motte-d’Aveillans)
-
Pourquoi : C’est LA référence muséale du bassin minier du Dauphiné.
-
URL : https://www.mine-image.com/
-
Idée d’intégration : « Pour comprendre la vie des mineurs du plateau, une visite s’impose au musée souterrain de [La Mine Image]… »
-
-
Géorisques (Ministère de la Transition Écologique)
-
Pourquoi : Pour valider l’aspect technique des risques (feux de terril, affaissements) et l’après-mine.
-
URL : https://www.georisques.gouv.fr/articles-risques/risques-miniers
-
Idée d’intégration : « La gestion des risques, notamment l’échauffement des terrils, est aujourd’hui surveillée dans le cadre de la prévention des [risques miniers]… »
-
-
Archives Départementales de l’Isère
-
Pourquoi : Si vous avez utilisé des sources de chez eux.
-
URL : https://archives.isere.fr/
-
Idée d’intégration : « Certains plans de coupe sont issus des fonds conservés aux [Archives Départementales de l’Isère]… »
-
2. Le Contexte Géographique & Touristique
-
Matheysine Tourisme
-
Pourquoi : Pour situer Susville dans son territoire actuel.
-
URL : https://www.matheysine-tourisme.com/fr/decouvrir/incontournables/le-patrimoine-minier/
-
Idée d’intégration : « Le Puits Charvet est l’un des nombreux vestiges du [patrimoine minier de la Matheysine]… »
-
-
Le Petit Train de La Mure (EDEIS)
-
Pourquoi : Pour faire le lien avec le transport ferroviaire dont nous avons parlé.
-
URL : https://lepetittraindelamure.com/
-
Idée d’intégration : « L’exploitation du charbon à Susville était intrinsèquement liée au réseau ferroviaire, aujourd’hui reconverti en site touristique avec le [Petit Train de La Mure]… »
-
3. Les Outils Cartographiques
-
Remonter le Temps (IGN)
-
Pourquoi : C’est un outil fabuleux pour comparer les photos aériennes des années 1950/60 avec aujourd’hui.
-
URL : https://remonterletemps.ign.fr/
-
Idée d’intégration : « Il est possible de visualiser l’évolution du site et la disparition des bâtiments grâce aux outils de l’IGN comme [Remonter le Temps]… »
-
-
Infoterre (BRGM)
-
Pourquoi : Pour ceux qui cherchent les dossiers du sous-sol (BSS).
-
URL : http://infoterre.brgm.fr/
-
Idée d’intégration : « Les données techniques des ouvrages miniers sont répertoriées par le BRGM sur le portail [InfoTerre]… »
-
Bibliographie
-
1. Archives et Rapports Techniques
C’est ici que se trouvent les données brutes (profondeur, dates, fermeture) que vous utilisez.
-
BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières). Dossier des ouvrages débouchant au jour – Département de l’Isère. Fiches signalétiques de la Banque du Sous-Sol (BSS).
-
Charbonnages de France / Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD). Dossier d’Arrêt Définitif des Travaux (DADT) de la concession de La Mure. 1997. (Consultable aux Archives Départementales de l’Isère ou via la DREAL).
-
Archives Départementales de l’Isère. Fonds des Houillères du Bassin du Dauphiné. Série continue (notamment les plans de surface du Villaret et les registres d’entretien des pompes).
2. Ouvrages de Référence sur le Bassin
Ces livres contextuels mentionnent les installations de Susville et l’histoire technique du bassin.
-
GUIOLLARD, Pierre-Christian. Les chevalements des houillères françaises. Éditions P.C. Guiollard, 1993.
-
Note : L’auteur est la référence absolue pour l’inventaire des têtes de puits en France.
-
-
DÉSIRÉ-MARCHAND, José. La grande aventure des mineurs en Dauphiné : l’histoire des « Gueules noires » de la Mure. Éditions des Cahiers de l’Alpe, 1980.
-
Note : Indispensable pour le contexte social et humain autour des puits de Susville.
-
-
DOLFUS, M. Le bassin houiller de La Mure (Isère). In Revue de l’Industrie Minérale, éditions de la Sim, numéros divers (années 1950-1970 pour la période d’activité).
3. Publications Locales et Mémoire
-
LA MINE IMAGE (Musée Souterrain). Mémoire de la Mine en Matheysine. Ouvrages et plaquettes édités par l’association de sauvegarde du site de la Motte-d’Aveillans.
-
VACHEZ, Colette. La Mure et la Matheysine. Éditions Alan Sutton, coll. « Mémoire en images », 2000.
-
Note : Contient souvent des cartes postales et photos d’époque des installations de surface avant démolition.
-
-
Voir la carte
Galerie Photos
Utilisez les touches de direction pour faire défiler les photos

Le Razzier de Susville : L’histoire méconnue du terril du Villaret et son ultime exploitation (2011-2012)
Plus qu’un simple amas de stériles, le Razzier de Susville incarne la mémoire minière de la Matheysine. Découvrez comment ce site, né de l’activité historique du Puits du Villaret, a fait l’objet d’une tentative audacieuse de valorisation de ses déchets au début du XXIe siècle, redéfinissant notre regard sur le patrimoine industriel.
Symbole incontournable du paysage du plateau matheysin, le Razzier de Susville est bien plus qu’une simple colline artificielle. Véritable mémoire des entrailles de la terre, ce terril plat, formé par l’accumulation des stériles du Puits du Villaret, raconte un siècle d’industrie minière en Isère. Mais saviez-vous que ce géant de schiste a connu une seconde vie industrielle récente ? Retour sur l’histoire de ce site, de l’extraction du charbon à la tentative de valorisation des années 2010.
Informations pratiques
| Rubrique | Détails |
| Nom du site | Le Razzier (ou Le Razier) |
| Localisation | Commune de Susville (Plateau Matheysin, Isère, France). |
| Nature du site | Terril minier (amas de stériles de charbon).[ |
| Origine géologique | Rejets de l’exploitation des Houillères du Dauphiné (Mines de La Mure). |
| Composition | • Schistes noirs (stériles bruts). • Schistes rouges (ou « cuits ») résultant de la combustion spontanée des terres. |
| Phénomène notable | Auto-combustion interne causée par l’oxydation de la pyrite de fer en présence de charbon résiduel et d’oxygène (réaction exothermique). |
| Infrastructures liées | • Puits Charvet : Installation hydraulique créée spécifiquement pour l’arrosage permanent du terril afin de maîtriser les incendies. |
| Périodes de Valorisation | • Années 1990 (ex: 1999) : Évacuation massive par trains de wagons-trémies (opérateur cité : VFT).
• Années 2010 (ex: 2012) : Campagne de traitement in situ avec criblage mobile (séparation granulométrique). |
| Archéologie industrielle | Présence ponctuelle de vestiges de l’exploitation souterraine (boisages, étançons) remontés accidentellement dans les stériles. |
| Usage actuel / Devenir | Exploitation des granulats (remblais routiers, travaux publics) et sécurisation environnementale du site. |
1. Qu’est-ce que le « Razzier » de Susville ?
Dans le jargon minier du Dauphiné, on ne parle pas toujours de « terril », mais de « razzier ». Celui de Susville est le fruit de l’activité intense des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD).
Situé à proximité immédiate du Puits du Villaret (actif jusqu’en 1997), ce dépôt est constitué de millions de tonnes de stériles miniers : des roches (schistes, grès) extraites du sous-sol pour atteindre les veines d’anthracite, mais aussi du charbon de trop mauvaise qualité pour être commercialisé à l’époque.
Contrairement aux terrils coniques du Nord de la France, le Razzier de Susville présente une forme tabulaire (plate), typique de la gestion des déchets miniers dans les vallées alpines.

Vestiges de boisage (éléments de soutènement ancien) remontés au jour accidentellement avec les stériles lors de l’extraction de 2012.
2. 2011-2012 : L’ultime tentative de valorisation des déchets
Si l’extraction souterraine a cessé en 1997, le site a connu un rebondissement industriel inattendu au début du XXIe siècle. On a longtemps pensé que les terrils ne contenaient que des cailloux sans valeur. Pourtant, les analyses ont révélé qu’il restait une quantité non négligeable de carbone mélangé aux schistes.
Entre 2011 et la fin de l’année 2012, une entreprise spécialisée a tenté le pari de la valorisation des matériaux.
L’objectif était double :
-
Récupérer l’énergie résiduelle : Laver les matériaux du terril pour isoler les fines particules de charbon encore présentes.
-
Produire des granulats : Utiliser la roche stérile lavée (schistes rouges et noirs) comme remblai pour les travaux publics et les routes.
Durant ces deux années, le paysage du Razzier a été animé par le ballet des engins et d’une installation de traitement (criblage et lavage). L’activité a cependant cessé fin 2012, laissant le site retrouver son calme, mais marquant la dernière interaction industrielle directe avec la matière extraite du sous-sol matheysin.

Coupe stratigraphique du Razzier (2012). La bande de coloration distincte (claire) traversant la masse de stériles témoigne d’un ancien foyer de combustion spontanée, provoqué par l’oxydation exothermique des pyrites en présence de résidus charbonneux.
L’observation de la coupe du Razzier révèle une strate blanchâtre caractéristique, stigmate d’une combustion interne. Ce phénomène résulte de l’oxydation de la pyrite de fer en présence de résidus charbonneux et d’oxygène. La réaction, pouvant être initiée par un choc mécanique, a nécessité la mise en place de mesures préventives : le puits Charvet fut ainsi aménagé pour assurer l’arrosage permanent du site et limiter les risques d’échauffement.
3. De la friche industrielle au patrimoine environnemental
Aujourd’hui, le Razzier de Susville est un site en pleine mutation qui intéresse à la fois les historiens, les écologues et les énergéticiens.
-
Un refuge pour la biodiversité : Avec le temps, la nature reprend ses droits. Les zones de schistes, qui peuvent emmagasiner la chaleur, et les zones humides formées sur le plat du terril créent des biotopes particuliers où une flore pionnière s’installe.
-
Un lieu de mémoire : Il reste le témoin physique du labeur des mineurs qui ont creusé le Puits du Villaret, souvent dans des conditions extrêmes (notamment via la technique de congélation des sols).
-
Un avenir énergétique : Sa surface plane et son exposition en font un candidat idéal pour de nouveaux projets, notamment l’installation de parcs photovoltaïques, transformant ainsi une ancienne terre de carbone en productrice d’énergie verte.

Unité de criblage en opération lors de la campagne d’exploitation du Razzier en 2012. La machine est ici configurée avec deux convoyeurs de sortie pour le tri granulométrique des matériaux.
Conclusion
Le Razzier de Susville n’est pas qu’un tas de cailloux. C’est un livre d’histoire à ciel ouvert qui a traversé les époques : de la gloire du charbon à la fermeture des mines, jusqu’à l’épisode de retraitement de 2011-2012. Il demeure un marqueur identitaire fort pour les habitants de Susville et de la Matheysine.
Foire Aux Questions exploitation du razzier de Susville
Qu’est-ce que le « Razzier » exactement ?
Le Razzier est un terril situé à Susville. Il s’agit d’une colline artificielle formée par l’accumulation des stériles, c’est-à-dire les roches extraites du sous-sol par les mineurs (Houillères du Dauphiné) qui ne contenaient pas assez de charbon pour être vendues. C’est la « poubelle » géologique de l’ancienne mine.
Pourquoi parle-t-on de « valorisation » du terril ?
Au lieu de laisser ces amas rocheux à l’abandon, on les exploite à nouveau. Les schistes (la roche noire) et les schistes rouges (cuits) sont d’excellents matériaux pour les travaux publics (sous-couches routières, remblais). Le terril devient ainsi une carrière à ciel ouvert.
Pourquoi certaines parties du terril sont-elles rouges ou blanchâtres ?
C’est la trace d’un incendie interne. Le terril contient encore des résidus de charbon et de la pyrite de fer. Au contact de l’oxygène de l’air (parfois suite à un éboulement ou un choc), une réaction chimique dégage de la chaleur (oxydation exothermique). Cela cuit la roche : le schiste noir devient rouge, et les zones de combustion intense laissent des traces de cendres blanches.
Trouve-t-on des objets anciens dans le terril ?
Oui, c’est de l’archéologie involontaire. Lors de l’exploitation récente, il n’est pas rare de voir remonter des vestiges de boisage (étançons, poutres) qui servaient à soutenir les galeries autrefois. Ils ont été jetés avec les stériles lors du tri au fond de la mine ou à la surface, et ressortent des décennies plus tard.
Poursuivez votre exploration
« Plongez dans l’épopée minière du Plateau Matheysin » « Découvrez l’histoire du Puits du Villaret, le plus récent du Plateau Matheysin »
Sources et sites officiels
Musées et Mémoire locale
-
La Mine Image (Site Officiel)
-
Pourquoi : C’est le musée souterrain de référence à La Motte-d’Aveillans. Indispensable pour comprendre ce qui se passait sous terre, en complément de votre article sur le puits de surface.
-
Lien : https://www.mine-image.com
-
-
Matheysine Tourisme – Le Patrimoine Minier
-
Pourquoi : Pour situer le Villaret dans l’offre touristique actuelle du plateau (sentiers, autres vestiges).
-
Lien : https://www.matheysine-tourisme.com
-
-
Archives Audiovisuelles (INA)
-
La fin des Gueules Noires (Journal Télévisé de 1997)
-
Pourquoi : Une vidéo d’époque (INA) montrant la remontée de la dernière benne le 28 mars 1997 au Villaret. C’est une source primaire très forte émotionnellement.
-
Recherche conseillée : « INA Fermeture mines La Mure 1997 » ou lien direct vers la fresque historique de l’INA.
-
Lien générique : https://www.ina.fr (Rechercher « Mines Dauphiné »)
-
-
Technique et Après-Mine
-
Le BRGM et l’Après-Mine
-
Pourquoi : Le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) gère la surveillance des anciens sites (eaux, gaz, stabilité). Utile pour la partie technique/environnementale.
-
Lien : https://www.brgm.fr/fr/nos-actions/projets/gestion-apres-mine
-
-
L’Agence Nationale pour la Garantie des Droits des Mineurs (ANGDM)
-
Pourquoi : L’organisme qui a succédé à Charbonnages de France pour gérer les droits sociaux et le patrimoine immobilier.
-
Lien : https://www.angdm.fr
-
-
-
Patrimoine Culturel
-
Isère Culture – Patrimoine en Isère
-
Pourquoi : Pour consulter la fiche officielle si le chevalement est labellisé ou répertorié dans l’inventaire départemental.
-
Lien : https://culture.isere.fr
-
-
-
Bibliographie
-
1. Ouvrages Historiques et Techniques de Référence
Ces livres sont les « bibles » locales pour comprendre l’évolution technique ayant mené à la création du Villaret.
-
REYMOND, René. La Mure et le bassin houiller du Dauphiné.
-
Note : René Reymond était ingénieur géomètre aux Houillères. C’est l’ouvrage le plus précis sur la géologie, les couches de charbon et l’implantation des puits, dont le Villaret.
-
Éditeur : Imprimerie Barthélemy (Plusieurs éditions, notamment 1982).
-
-
2. Sources Primaires & Articles Spécialisés (Pour l’aspect technique)
Le Puits du Villaret est célèbre chez les ingénieurs pour sa méthode de fonçage par congélation. Pour votre fiche d’identité, voici la source technique absolue :
-
Revue de l’Industrie Minérale (RIM).
-
Article cible : « Le fonçage du Puits du Villaret par congélation ».
-
Date : Début des années 1950 (souvent cité dans les revues de 1951 ou 1952).
-
Disponibilité : Consultable aux Archives Départementales de l’Isère ou dans les bibliothèques d’écoles des Mines (Paris, Saint-Étienne).
-
-
. Mémoire Visuelle et Sociale
-
Collectif (La Mine Image). La Mine Image : La Motte d’Aveillans.
-
Note : Les livrets édités par le musée souterrain contiennent souvent des coupes techniques et des historiques précis des puits, validés par d’anciens mineurs.
-
4. Presse et Revues Locales (La fin de la mine)
Pour la date clé du 28 mars 1997 :
-
Le Dauphiné Libéré. Numéro Hors-Série : « Adieu la Mine » (Mars/Avril 1997).
-
Intérêt : Reportages complets sur la dernière remontée au Villaret, interviews des derniers mineurs et contexte de la fermeture.
-
-
-
-
Voir la carte
Galerie Photos
Utilisez les touches de direction pour faire défiler les photos