
Les Galeries Giroud : plongée au cœur de la mine au niveau 12
Explorez l’ingéniosité du complexe minier Giroud à Susville : une organisation souterraine unique, de l’aérage au « versage », au service de l’épopée industrielle dauphinoise.
Plongez dans l’histoire industrielle du plateau matheysin en explorant les galeries Giroud à Susville. Véritable prouesse technique du niveau 12, ce complexe minier témoigne du savoir-faire des mineurs dauphinois. Découvrez les coulisses de cette organisation souterraine, entre aérage, circulation et extraction, au cœur d’un patrimoine minier aujourd’hui éffacé.
Informations pratiques
| Caractéristique | Détails historiques |
| Localisation | Bassin minier de la Matheysine (La Motte-d’Aveillans) |
| Structure du réseau | Faisceau de 5 galeries spécialisées |
| Les 5 galeries | L’exhaure, L’école, La sondeur, La cheminée d’aérage, et l’artère de roulage |
| Niveau d’exploitation | Niveau 12 |
| Point de sortie | La Galerie « Versage » (zone de déchargement) |
| Liaison logistique | Connexion directe avec l’usine de traitement |
| Exploitant historique | Famille Giroud (dont Jules Giroud) |
Dans les profondeurs du Niveau 12 : L’épopée des Galeries Giroud et du « Versage »
Avant les grandes modernisations du Plan Richard, un réseau souterrain vital faisait battre le cœur de la mine en Matheysine. Plongée dans l’anatomie du complexe Giroud, chef-d’œuvre de logistique minière.
Comment le charbon et les hommes circulaient-ils sous terre avant la grande mécanisation ? Au niveau 12, le complexe Giroud s’impose comme un modèle d’organisation technique. Composé de cinq galeries aux fonctions bien distinctes convergeant vers une artère unique, ce réseau trouvait son aboutissement à la Galerie « Versage ».Cet ensemble est généralement décrit comme le complexe des cinq galeries Giroud, un système cohérent où chaque ouvrage répond à un besoin précis : évacuer le charbon, gérer l’eau, assurer l’aérage, soutenir les activités de sondage, et former les mineurs. L’intérêt patrimonial de ces galeries ne tient pas seulement à leurs vestiges, mais à ce qu’elles racontent : une organisation industrielle où la logistique était pensée au plus près du terrain, bien avant les modernisations ultérieures du réseau.
Le Niveau 12 : Cœur battant de l’exploitation
Contrairement à une idée reçue, le niveau 12 n’était pas qu’une simple galerie d’extraction. Dès l’époque de Jules Giroud, ce niveau a été conçu comme la plaque tournante de toute la concession du Peychagnard à Susville. Par une prouesse d’organisation minière, les niveaux 10 et 11 étaient reliés à ce niveau 12 par des plans inclinés internes. Ainsi, toute la production extraite sur ces trois étages convergeait vers une seule et même recette de sortie. Cette centralisation, véritable modèle d’efficacité industrielle pour le XIXe siècle, permettait de concentrer le triage et le chargement du charbon sur un seul point, directement connecté au réseau ferroviaire. Le « 12 » est ainsi devenu l’âme du site, bien avant l’émergence des infrastructures modernes.
L’anatomie de l’exploitation a l’époque de Jules Giroud
Sous l’impulsion de l’ingénieur Jules Giroud, l’exploitation minière du Villaret a connu une véritable structuration industrielle. À cette époque, l’extraction se faisait exclusivement « à la montagne » via des galeries creusées à flanc de coteau, bien avant l’érection du grand puits vertical moderne du Villaret, construit dans les années 1950.
Le site était historiquement rattaché à la concession du Peychagnard. La nomenclature des ouvrages témoigne de la complexité de cette exploitation étagée : le célèbre « niveau 12 » ne correspondait pas au fond de la mine, mais indiquait que douze niveaux d’exploitation se superposaient au-dessus de lui. En réalité, le secteur en comptait quatorze au total, la numérotation débutant par la galerie la plus haute, désignée sous le nom de « galerie 00 ».
Eugène Chaper : L’architecte industriel (1860-1890)
Si le nom de Jules Giroud est associé à la technique minière au Villaret, celui d’Eugène Chaper est indissociable de la naissance de l’industrie charbonnière en Matheysine. Industriel visionnaire et figure marquante de la vie grenobloise, Eugène Chaper a su fédérer les capitaux nécessaires pour transformer l’exploitation artisanale du Peychagnard en une véritable puissance industrielle. En faisant confiance à Jules Giroud, il a permis la création d’une organisation rationnelle — de la célèbre galerie-école au système de centralisation des niveaux vers la recette principale. Ensemble, ils ont jeté les bases du modèle économique qui fera vivre Susville pendant plus d’un siècle, faisant passer la mine de l’échelle locale à celle de moteur de l’économie dauphinoise.
Le contexte : L’ère de Jules Giroud (1860-1890)
Jules Giroud prend la direction de la Compagnie des mines de la Motte-d’Aveillans (qui englobait le secteur de Susville) en 1860. C’est sous son impulsion que l’exploitation devient industrielle.
À cette époque, il n’y a pas encore de « carreau » au sens moderne (avec chevalement). On parle alors de plateformes de chargement ou de recettes de galeries.
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La date clé : On peut situer le développement des infrastructures logistiques du secteur du Villaret vers 1865-1870.
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C’est à cette période que Jules Giroud cherche à rationaliser le transport du charbon. Il met en place des systèmes de plans inclinés (systèmes de wagons descendant par gravité ou par treuils) pour relier les galeries situées en altitude aux points de stockage ou aux chemins de fer naissants.

Vestiges de l’activité minière : traces d’essais de sondeur sur la roche, à proximité de la galerie historique du XIXe siècle (cliché de 2019).
Les installations « anciennes » du Villaret
Le « carreau » de l’époque Giroud correspond en réalité à l’aire de triage et de chargement située à l’embouchure des galeries principales du Villaret (notamment les galeries de recherche et d’exploitation qui entaillaient le flanc de la montagne) le tout remontant aux années entre 1865 et 1875 pour la création des premières installations industrielles significatives au Villaret.
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La nature du site : Contrairement au puits vertical moderne, le carreau « Giroud » était une plateforme aménagée en terrasse. Il comprenait des culbuteurs, des zones de stockage (parcs à charbon) et les premières mécanisations de tri manuel.
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La connexion au réseau : Ces installations étaient intimement liées à la création du chemin de fer de la Mure (dont la ligne a été concédée en 1882 et inaugurée en 1888). Jules Giroud a conçu ces installations pour que le charbon extrait au Villaret soit directement basculé dans les wagonnets du réseau de desserte mais cela ne sera effectif qu’a partir de 1911 avec la gare du Villaret.
Il est important de noter que sous Jules Giroud, le site du Villaret n’était pas un site d’extraction unique et figé comme le deviendra le puits des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD) plus tard :
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La multiplicité des accès : Il y avait plusieurs petites entrées de mines (« galeries ») réparties sur le flanc de coteau du Peychagnard. Chaque galerie avait sa petite plateforme de travail.
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L’évolution constante : Ces installations étaient semi-permanentes. Elles étaient déplacées ou agrandies au fur et à mesure de l’avancement des galeries dans la couche de houille.

Localisation de la cheminée sur extrait de plan BRGM (propriété privée).
L’anatomie d’un réseau : les cinq galeries Giroud.
Pour comprendre le génie de cette infrastructure, il ne faut pas imaginer un simple tunnel, mais un véritable carrefour souterrain hautement organisé. Le site comptait en réalité cinq galeries Giroud, chacune ayant une fonction vitale pour la survie et l’efficacité de la mine.
Parmi ces ramifications, on trouvait :
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L’exhaure : Dédiée à la gestion et au pompage des eaux souterraines, indispensable pour éviter l’inondation des chantiers.
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L’école : Une galerie d’apprentissage, véritable chantier-école où les jeunes recrues (galibots) et les mineurs novices se formaient aux techniques d’abattage et de boisage en conditions réelles.
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La sondeur : Galerie liée au sondage (maintenance, réparation et essais des machines de carottage), raccordée perpendiculairement à l’exhaure..
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La cheminée d’aérage : Le poumon du niveau 12, garantissant la circulation de l’air frais et l’évacuation des gaz toxiques.
- Le versage : L’extrémité de la galerie de roulage. C’est par ce point névralgique que la production de charbon était évacuée pour être acheminée vers l’usine de Susville.

Entrée de la galerie d’exhaure Giroud en 2019. L’ouvrage a été condamné par un remblayage et l’accumulation de gravats.
Le « Roulage » et le « Versage » : l’artère vitale
Toute l’intelligence de ce réseau résidait dans sa convergence. Ces cinq galeries stratégiques se connectaient toutes sur une seule et même galerie de roulage (l’axe principal de circulation des berlines).
Cette artère collectrice acheminait le fruit du travail des mineurs jusqu’à son point d’aboutissement : la fameuse Galerie Giroud « Versage ». Dans le jargon minier, le « versage » désigne l’action de décharger le minerai. C’est exactement à cette extrémité que les berlines pleines de charbon, venues des profondeurs du niveau 12, étaient déversées pour rejoindre directement l’usine de traitement en surface. Un circuit court, pensé pour éviter les ruptures de charge inutiles.

Galerie Giroud Versage (2019) : Vue vers la zone de déchargement et raccordement du muret de soutien de la voie menant à une probable trémie.
Avant le Plan Richard : l’intelligence du terrain
Il faut se replacer dans le contexte temporel pour mesurer l’importance de ce carrefour. Ce système complet a fonctionné à plein régime bien avant l’arrivée du Plan Richard, ce vaste programme qui allait restructurer et moderniser l’évacuation du charbon dans tout le bassin dauphinois.
Avant cette révolution technologique, le complexe Giroud incarnait le summum de l’optimisation. Il prouve que les anciens ingénieurs savaient structurer la roche pour créer un réseau autonome (air, eau, formation, extraction) se vidant d’un seul flux vers la surface.
La famille Giroud : les bâtisseurs de la Matheysine minière
Si cet ensemble porte ce nom, c’est pour rendre hommage à la famille Giroud, et tout particulièrement à Jules Giroud, figure emblématique de l’entrepreneuriat minier local.
Bien avant la centralisation des Houillères en 1946, l’exploitation était l’affaire de concessions privées, dont celle de La Motte-d’Aveillans. Les Giroud étaient des exploitants de proximité, concevant eux-mêmes leurs réseaux. En finançant et en organisant ce faisceau de cinq galeries au Niveau 12, Jules Giroud ne cherchaient pas seulement à extraire du charbon : il structurait une industrie. Le nom « Giroud » est resté ancré dans la roche, balise géographique pour les mineurs, et marque indélébile de ces pionniers qui ont façonné l’identité de la Matheysine.
Un héritage sous la roche
Aujourd’hui, redécouvrir le rôle de l’exhaure, de l’école ou du versage, c’est ouvrir un chapitre fascinant du patrimoine industriel dauphinois. C’est comprendre qu’au-delà de la force physique, c’est une organisation millimétrée qui a permis de faire sortir l’or noir de nos montagnes.
Foire Aux Questions
1 -Comment se composait le réseau des cinq galeries Giroud ?
Le réseau se situait au niveau 12 de la mine de Susville et comprenait cinq galeries reliées entre elles. Chaque galerie avait une fonction précise pour le fonctionnement de la mine : la galerie d’exhaure servait à l’écoulement des eaux, la galerie-école formait le personnel, la galerie du sondeur permettait de réaliser des tests, la cheminée d’aérage assurait la ventilation et la galerie de versage servait à l’évacuation du charbon.
2 – Quel était l’intérêt stratégique du niveau 12 ?
Le niveau 12 constituait le point central de la concession du Peychagnard. Les charbons extraits dans les niveaux supérieurs (les niveaux 10 et 11) y étaient acheminés grâce à des plans inclinés intérieurs. Cela permettait de centraliser le tri et l’expédition du charbon en un seul endroit bien avant la modernisation complète de l’exploitation.
3 – Quel rôle a joué Jules Giroud dans l’histoire de cette mine ?
Jules Giroud a été un acteur clé du développement minier en Matheysine à partir de 1860. Il a transformé des méthodes d’exploitation encore artisanales en un système industriel organisé. C’est lui qui a rationalisé les installations du Villaret, notamment en concevant le complexe logistique du niveau 12 et les infrastructures de transport associées.
4 – Qu’appelle-t-on le versage dans cette exploitation ?
Le versage était le point de déchargement du charbon. Dans les galeries Giroud, ce dispositif permettait de vider les berlines de charbon venues du fond pour envoyer directement le combustible vers l’atelier de criblage et de lavage situé en contrebas. C’était un élément essentiel pour le transit de la production.
5 – Le site du niveau 12 possédait-il un chevalement ?
Non, durant la période d’activité de ces galeries (entre 1865 et 1875), l’accès se faisait à flanc de montagne et non par un puits vertical. Le carreau de la mine se limitait à des terrasses aménagées à l’extérieur des galeries pour le traitement et le départ du charbon vers les voies de transport.
6 – Comment fonctionnait la galerie-école ?
Cette galerie spécifique servait de centre d’apprentissage pratique pour les nouveaux mineurs et les jeunes apprentis appelés galibots. Ils y apprenaient les métiers de la mine, comme le soutènement (le boisage) et l’abattage du charbon, dans un environnement contrôlé mais représentatif des conditions du fond.
7 – Que reste-t-il aujourd’hui des galeries Giroud ?
Bien que les accès aient été sécurisés ou obstrués au fil du temps, le secteur conserve des vestiges de cette époque. On peut encore observer des maçonneries en pierre de taille, des structures liées au tri du charbon ainsi que des marques de forages techniques dans la roche, qui témoignent des méthodes de travail du XIXe siècle.
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Sources et sites officiels
1. Patrimoine industriel et minier (Contexte régional)
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Musée de la Mine Image (La Motte-d’Aveillans) : C’est le lieu de référence pour comprendre l’extraction du charbon dans le bassin de La Mure. Ils proposent des visites guidées très instructives.
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Lien utile : https://mine-image.com/
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La Mémoire de la Mine (Bassin de La Mure) : Diverses associations locales travaillent à la préservation de la mémoire des houillères du Dauphiné. Consulter les sites des mairies de Susville ou de La Mure peut également apporter des compléments sur le patrimoine bâti.
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Site de la mairie de Susville : https://www.susville.fr/
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2. Patrimoine ferroviaire (Contexte historique)
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Le Petit Train de La Mure : Indispensable pour l’aspect ferroviaire du bassin. Ce site permet de contextualiser l’importance du transport du charbon.
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Lien utile : https://www.lepetit-traindelamure.com/
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Chemins de fer du Dauphiné (Archives et associations) : Pour les passionnés de voies étroites, le site de la Fédération des Amis des Chemins de Fer Secondaires (FACS) contient souvent des inventaires techniques précieux.
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Lien utile :https://www.facs-patrimoine-ferroviaire.fr/
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3. Ressources institutionnelles et documentaires
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Inventaire du Patrimoine (Région Auvergne-Rhône-Alpes) : Le site de l’inventaire général du patrimoine culturel recense souvent des fiches techniques très complètes sur les sites miniers.
Bibliographie
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Association « La Mine Image » (La Motte-d’Aveillans), Archives et témoignages sur le bassin houiller de La Mure.
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Note : Bien qu’il s’agisse plus de fonds documentaires que d’un livre unique, les publications liées aux travaux de l’association La Mine Image constituent la base documentaire la plus fiable concernant la mémoire locale.
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- BRGM. (Année de publication). Rapport de mise en sécurité des mines de La Mure : travaux de confortement (bouchons de ciment et injections de cendres). Base de données InfoTerre. [En ligne]. Disponible sur : https://infoterre.brgm.fr/ [Consulté le : JJ/MM/AAAA].
- Archives Départementales de l’Isère. Série S : Travaux publics et mines. Dossiers relatifs aux concessions des mines de La Mure. [Cote du document]. [En ligne ou consultation physique].
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Susville : l‘histoire oubliée de la galerie sous l’école
Découvrez l’énigme de la galerie souterraine de Susville, un ouvrage industriel méconnu qui, des décennies durant, a servi de fondation silencieuse à la vie du village.
À Susville, le sous-sol raconte une histoire que la surface a tenté d’effacer. L’étude de la « galerie sous l’école » nous plonge dans les problématiques logistiques de l’exploitation houillère dauphinoise : comment les infrastructures de transport ont façonné l’urbanisme local, au point de devenir le soubassement même des équipements publics.
Informations pratiques
| Rubrique | Détails |
| Sujet principal | Analyse historique et logistique de la galerie souterraine de Susville |
| Localisation | Susville, Isère (Dauphiné), France |
| Fonction historique | Artère de transit logistique pour l’acheminement du charbon |
| Distinction majeure | Galerie de transit (logistique) vs Galerie Giroud (extraction/production) |
| Contexte urbanistique | Superposition d’une infrastructure minière sous les fondations d’une école (1931-1955) |
| Enjeux actuels | Effacement des traces minières par l’urbanisme et difficulté d’archéologie de terrain |
Sous la terre, une mécanique de précision : La topographie de l’exploitation minière
L’archéologie minière ne se limite pas à l’étude des filons ou des outils. Elle est, avant tout, une science de la logistique. Pour comprendre comment une mine fonctionnait, il faut décrypter la « topographie de l’exploitation », une architecture invisible où chaque galerie avait une fonction stratégique pour répondre à une exigence industrielle : le rendement.
1. La topographie de l’exploitation : Une hiérarchie des flux
Dans une mine, toutes les galeries ne se valent pas. L’analyse topographique nous révèle une segmentation claire, vitale pour la sécurité et l’efficacité :
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La Galerie Giroud (Le cœur battant) : C’est ici que se situait l’exploitation directe. C’est une zone de production pure, marquée par le front de taille, le boisage, et l’extraction brute. C’est l’espace où l’homme et la ressource se rencontrent.
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La Galerie sous l’école (L’artère de transit) : Contrairement à la galerie Giroud, cet ouvrage n’était pas destiné à l’extraction, mais à la circulation. Son rôle était purement logistique : acheminer le charbon de l’intérieur de la montagne vers la surface. Cette distinction témoigne d’une rationalisation du travail : on séparait l’extraction (la production) du transit (la logistique).
2. Le défi du transport : Le défi des 600 mètres
Le véritable exploit ne résidait pas seulement dans l’extraction du charbon, mais dans sa livraison. La mine devait alimenter la centrale électrique, située à environ 600 mètres. Cette distance, courte à l’échelle d’un paysage mais titanesque à l’échelle souterraine, imposait des contraintes techniques majeures.
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L’hypothèse de l’évolution technique : L’archéologie nous permet de lire les strates de l’innovation. Nous passons d’un système rudimentaire de wagonnets sur rails, nécessitant une force humaine ou animale intense.
3. Capacité et dimensionnement : La preuve par l’espace
Pourquoi certaines galeries présentent-elles des sections aussi généreuses ? En archéologie, la dimension d’un ouvrage est un indicateur de son intensité d’usage.
La largeur et la hauteur de ces tunnels n’étaient pas dictées par le confort, mais par une nécessité impérieuse : la circulation bidirectionnelle. Il fallait permettre aux wagons vides de monter pendant que les pleins descendaient, ou encore laisser assez d’espace pour le passage des ouvriers à côté des systèmes de convoyage.
Ces sections généreuses sont le « fossile » d’une activité fébrile. Elles témoignent d’une production industrielle soutenue où chaque centimètre carré était pensé pour ne jamais briser la chaîne de transport. Une galerie étroite aurait été un goulot d’étranglement fatidique pour la rentabilité de la centrale électrique.
Conclusion : L’archéologie comme témoin de l’industrie
En étudiant ces galeries, on réalise que la mine n’était pas un simple trou dans la roche, mais une véritable machine à extraire et à transporter. La complémentarité entre la Galerie Giroud et celle sous l’école, couplée à l’évolution des modes de transport, raconte une histoire humaine : celle de l’ingéniosité déployée pour satisfaire les besoins énergétiques d’une époque en pleine mutation industrielle.

La galerie sous l’école en 2006 : un ouvrage impressionnant par ses dimensions, vestige de l’activité minière de Susville.
L’urbanisme minier : Quand la mine devient la fondation du village
L’archéologie minière ne s’arrête pas au seuil de la galerie ; elle se prolonge sous nos pieds, dans les strates de notre urbanisme moderne. Au fil du temps, la frontière entre l’infrastructure industrielle et l’espace public s’est brouillée, laissant place à une superposition fascinante où la mine est devenue, littéralement, la fondation de la vie civile.
1. Chronologie croisée : L’école sur ses secrets
L’analyse du site révèle une temporalité complexe. Si l’école est un bâtiment emblématique avec ses phases de construction en 1931 et 1955, son implantation n’est pas fortuite. L’antériorité de la galerie, creusée bien avant l’érection des murs de l’école, pose une question fascinante : comment la commune a-t-elle « composé » avec le vide souterrain ?
Cette chronologie croisée montre que l’urbanisme n’est pas une page blanche, mais un palimpseste. Chaque extension de l’école a dû tenir compte de la stabilité du sous-sol, faisant de l’ouvrage minier un acteur silencieux de l’architecture scolaire.
2. La cohabitation fonctionnelle : Le « tunnel utilitaire »
L’archéologie du site nous livre une découverte singulière : la galerie sous l’école ne fut pas seulement un transit pour le charbon, mais une structure que l’on a choisie d’intégrer et de valoriser.
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L’assise industrielle : Le remblayage partiel de la galerie pour servir d’assise aux fondations de l’infrastructure civile est une prouesse technique et un symbole fort.
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L’intégration sociale : Ce « tunnel utilitaire » illustre parfaitement la symbiose entre le monde ouvrier et le tissu villageois. Ici, la mine n’est pas une zone industrielle isolée ; elle est le socle, le soutènement physique sur lequel s’est bâti l’avenir éducatif du village. C’est la preuve tangible que, dans ces cités minières, le destin du charbon et celui de la population étaient inextricablement liés.
3. Méthodologie et limites : Chasser les fantômes
L’étude de ce patrimoine se heurte aujourd’hui à un défi majeur : l’effacement des traces.
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L’amnésie du paysage : Les travaux de dépollution, la déconstruction des anciennes centrales électriques et les remaniements topographiques liés aux terrassements successifs ont agi comme un voile sur le passé. Les anciennes voies étroites, les emprises au sol des convoyeurs et les tracés de transport ont disparu, « effacés » pour laisser place à des espaces lisses, sécurisés, mais déconnectés de leur histoire.
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L’archéologie de l’invisible : Face à ces vestiges devenus invisibles, la méthode traditionnelle de terrain ne suffit plus. Il est impératif de croiser :
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La cartographie historique : Pour superposer les anciens plans de concession aux cadastres actuels. Hélas nous n’avons pas pu trouver d’informations relatives a ca.
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La mémoire orale : Les témoignages des anciens, derniers détenteurs de la « carte mentale » du site, sont les seuls capables de réanimer les zones d’ombre, là où les archives écrites font défaut. La aussi nous n’avons pas collecter d’informations orales sur cette histoire.
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Un témoin du passé minier : wagonnet en place sur la voie dans la galerie située sous l’école de Susville (2006).
La galerie sous l’école de Susville n’est pas qu’un simple ouvrage souterrain ; c’est un marqueur de la mutation industrielle du Dauphiné. Sa dissimulation sous les fondations d’une école pose la question de la mémoire collective : comment préserver la trace de ces infrastructures invisibles quand le sol lui-même a été bouleversé par la reconversion du site ?
Lecture de plans et réalité du terrain : le cas du déferrement
L’examen attentif du plan de voie révèle une absence de ligne au sein de cette galerie, ce qui pourrait laisser penser qu’elle n’a jamais été exploitée. Pourtant, cette interprétation doit être nuancée : il est fort probable que la zone ait été déferrée avant même la réalisation du relevé topographique. La disparition précoce des rails, consécutive à l’abandon ou à la réaffectation du site, expliquerait ainsi cette omission sur le document officiel. Ce décalage entre la réalité du terrain et la cartographie d’archive souligne toute la complexité de l’archéologie industrielle, où le document écrit ne retranscrit pas toujours la mémoire matérielle des lieux.

Plan des anciennes voies étroites à la sortie de la galerie Giroud.
Foire Aux Questions
Pourquoi une galerie minière passait-elle sous l’école de Susville ?
La galerie sous l’école était une artère de transit logistique essentielle pour le fonctionnement de la mine. Sa situation géographique permettait d’acheminer le charbon de manière souterraine, en évitant les contraintes de la surface, avant que les enjeux urbanistiques du village n’évoluent.
Est-il possible de visiter aujourd’hui cette galerie ?
Non, cette galerie n’est pas ouverte au public. Il s’agit d’un vestige historique situé sous des infrastructures communales, dont l’accès est sécurisé et réservé à la préservation du patrimoine.
Pourquoi les rails ne sont-ils pas visibles sur certains plans d’époque ?
L’absence de voies sur certains plans de relevé ne signifie pas que la galerie était inutilisée. Il est très probable que le déferrement (l’enlèvement des rails) ait eu lieu avant la réalisation du document. Le métal étant une ressource précieuse, il était fréquemment récupéré pour être réutilisé sur d’autres secteurs miniers.
Quel était le rôle des wagonnets dans cette galerie ?
Les wagonnets servaient au transport du charbon extrait vers les zones de tri ou d’expédition. Leur présence, attestée par des archives photographiques, confirme l’usage ferroviaire intensif de ces galeries souterraines.
En quoi cet article contribue-t-il à l’histoire du Dauphiné ?
En documentant ces infrastructures invisibles, cet article aide à reconstituer le puzzle de l’activité minière dauphinoise. Il permet de mieux comprendre comment le développement industriel a façonné le paysage et l’urbanisme actuel de villages comme Susville.
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Sources et sites officiels
1. Patrimoine industriel et minier (Contexte régional)
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Musée de la Mine Image (La Motte-d’Aveillans) : C’est le lieu de référence pour comprendre l’extraction du charbon dans le bassin de La Mure. Ils proposent des visites guidées très instructives.
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Lien utile : https://mine-image.com/
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La Mémoire de la Mine (Bassin de La Mure) : Diverses associations locales travaillent à la préservation de la mémoire des houillères du Dauphiné. Consulter les sites des mairies de Susville ou de La Mure peut également apporter des compléments sur le patrimoine bâti.
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Site de la mairie de Susville : https://www.susville.fr/
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2. Patrimoine ferroviaire (Contexte historique)
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Le Petit Train de La Mure : Indispensable pour l’aspect ferroviaire du bassin. Ce site permet de contextualiser l’importance du transport du charbon.
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Lien utile : https://www.lepetit-traindelamure.com/
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Chemins de fer du Dauphiné (Archives et associations) : Pour les passionnés de voies étroites, le site de la Fédération des Amis des Chemins de Fer Secondaires (FACS) contient souvent des inventaires techniques précieux.
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Lien utile :https://www.facs-patrimoine-ferroviaire.fr/
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3. Ressources institutionnelles et documentaires
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Inventaire du Patrimoine (Région Auvergne-Rhône-Alpes) : Le site de l’inventaire général du patrimoine culturel recense souvent des fiches techniques très complètes sur les sites miniers.
Bibliographie
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Association « La Mine Image » (La Motte-d’Aveillans), Archives et témoignages sur le bassin houiller de La Mure.
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Note : Bien qu’il s’agisse plus de fonds documentaires que d’un livre unique, les publications liées aux travaux de l’association La Mine Image constituent la base documentaire la plus fiable concernant la mémoire locale.
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- BRGM. (Année de publication). Rapport de mise en sécurité des mines de La Mure : travaux de confortement (bouchons de ciment et injections de cendres). Base de données InfoTerre. [En ligne]. Disponible sur : https://infoterre.brgm.fr/ [Consulté le : JJ/MM/AAAA].
- Archives Départementales de l’Isère. Série S : Travaux publics et mines. Dossiers relatifs aux concessions des mines de La Mure. [Cote du document]. [En ligne ou consultation physique].
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Galerie Photos
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La Galerie-École H. Giroud : Plongée au cœur de la formation des mineurs en Isère
Situées à Susville, au cœur du bassin minier de La Mure, la galerie-école H. Giroud sont bien plus qu’un simple vestige souterrain. Elles incarnent une page méconnue mais fondamentale de l’histoire industrielle du Dauphiné : celle de la formation et de la sécurité des hommes qui, pendant des décennies, ont extrait le charbon de nos sous-sols.
Situées à Susville, au cœur du bassin minier de La Mure, les galeries-écoles H. Giroud ne sont pas de simples vestiges souterrains : elles incarnent une page fondamentale de l’histoire industrielle du Dauphiné. Véritables « écoles de la mine », ces infrastructures permettaient aux apprentis mineurs de maîtriser les techniques de boisage et la sécurité dans des conditions réelles mais contrôlées. Plongez dans l’histoire de ces lieux d’apprentissage où se forgeait, génération après génération, le savoir-faire des hommes du charbon.
Informations pratiques
| Caractéristique | Détails |
| Localisation | Bassin minier de la Matheysine (Le Villaret, Susville) |
| Niveau d’exploitation | Niveau 12 |
| Type de structure | Réseau souterrain de 5 galeries spécialisées |
| Période d’activité majeure | Fin du XIXe siècle (développement vers 1865-1875) |
| Figure historique | Jules Giroud (Ingénieur et exploitant) |
| Points de sortie | Galerie « Versage » (zone de déchargement principale) |
| Fonction logistique | Centralisation des niveaux 10, 11 et 12 pour l’extraction |
| Infrastructures clés | Exhaure, École, Sondeur, Cheminée d’aérage, Artère de roulage |
Un témoin du passé minier de Susville
Le site du Villaret, à Susville, a longtemps battu au rythme des houillères. Si les puits et les chevalements sont souvent les figures emblématiques de l’extraction, les galeries-écoles jouaient un rôle tout aussi vital.
Ces galeries n’étaient pas destinées à une production intensive, mais à l’apprentissage. Elles servaient de terrain d’exercice pour les futurs mineurs, permettant une initiation technique dans des conditions réelles, mais contrôlées. Une manière pour les Houillères du Dauphiné de garantir la compétence et la sécurité de leurs ouvriers.
Les deux galeries du Villaret : Histoire et architecture
Le site se compose de deux galeries distinctes, témoins de l’évolution du complexe minier :
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La Galerie-École Giroud (datée de 1897) : Cette galerie est la plus documentée. Historiquement, elle rejoignait le réseau minier principal en s’embranchant sur la « Galerie Giroud versage ». Elle fut la première à être exploitée face au bâtiment de la direction des houillères avant de devenir un outil pédagogique.
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La Galerie sous l’école : Moins connue, cette seconde galerie passe sous l’actuelle école maternelle du Villaret. Elle rappelle la proximité immédiate, parfois impressionnante, entre le monde du travail minier et la vie quotidienne du village.
Pourquoi ces galeries sont-elles fermées aujourd’hui ?
Depuis leur fermeture, le site a fait l’objet de travaux de sécurisation importants. En 1999, face aux risques d’affaissement — notamment pour la galerie passant sous l’école — les accès ont été condamnés par des bouchons de ciment et des injections de cendres pour stabiliser le terrain. Aujourd’hui, ces portes métalliques scellées sont les seuls points visibles pour les curieux, marquant la fin de l’exploitation, mais aussi la préservation d’un patrimoine fragile.
Patrimoine industriel : Pourquoi ce lieu compte ?
La conservation de tels sites est essentielle pour la mémoire locale. Les galeries H. Giroud nous rappellent :
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L’évolution technique : De l’extraction artisanale à l’industrialisation, le bassin de La Mure a été un laboratoire technologique.
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La culture ouvrière : Ces lieux rappellent que le métier de mineur demandait un apprentissage rigoureux, loin des clichés simplistes.
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La résilience du paysage : Le Villaret est un exemple de la transformation d’un territoire qui a dû réinventer son sous-sol après la fin de l’extraction.

Plan des anciennes voies étroites à la sortie de la galerie Giroud reconstitué a partir de plans de la Mairie de Susville.
Voici pourquoi les galeries-écoles étaient devenues indispensables pour les compagnies minières de l’époque, et notamment dans le bassin du Dauphiné.
1. La sécurité comme impératif économique et humain
À la fin du XIXe siècle, les mines deviennent de plus en plus profondes et complexes. Les risques (éboulements, coups de grisou, incendies) sont omniprésents.
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Le danger de l’apprentissage « sur le tas » : Envoyer un jeune mineur de 14-16 ans directement sur un chantier de production était une aberration sécuritaire. Une erreur de boisage (le soutien des galeries) par un novice pouvait mettre en péril toute une équipe.
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La « bulle » de sécurité : La galerie-école permettait de simuler l’environnement de la mine (obscurité, étroitesse, poussière) sans les risques mortels d’une exploitation réelle. C’était un « bac à sable » géant où le droit à l’erreur était permis. Si le jeune apprenti ratait son étayage ici, il ne risquait pas de provoquer un éboulement catastrophique.
2. La maîtrise du « geste » technique
Le métier de mineur, contrairement aux idées reçues, était extrêmement technique. La galerie-école servait à automatiser les gestes.
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Le boisage (ou étayage) : C’était l’art vital du mineur : savoir poser les bois pour soutenir le toit de la galerie. C’est un savoir-faire complexe qui demande de « sentir » la pression du terrain. En galerie-école, les apprentis répétaient ces gestes jusqu’à ce qu’ils deviennent des réflexes.
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La manipulation des outils : Avec l’arrivée progressive de la mécanisation (marteaux-piqueurs, outils électriques), la formation technique est devenue indispensable pour ne pas briser le matériel coûteux et pour éviter les accidents liés aux machines.
3. La rationalisation et la productivité
Après la Première Guerre mondiale, les besoins en charbon explosent. Les compagnies minières ne pouvaient plus se permettre d’avoir des ouvriers peu qualifiés qui perdaient du temps.
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Le gain de rendement : Un mineur formé en galerie-école arrivait au « front de taille » (là où l’on extrait le charbon) déjà opérationnel. Il savait comment optimiser son travail, comment organiser son poste de travail pour extraire plus efficacement.
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La spécialisation : Les galeries-écoles permettaient aussi de repérer les talents : certains se révélant meilleurs en boisage, d’autres en manipulation d’outils, ou encore en gestion de la ventilation. La compagnie pouvait ainsi affecter les hommes aux postes où ils seraient les plus productifs.
4. L’intégration sociale et culturelle (« Le métier »)
C’est un aspect souvent oublié. La galerie-école était aussi un lieu d’acculturation.
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L’apprentissage du rythme : La mine impose une discipline de fer. La galerie-école permettait d’inculquer aux jeunes la ponctualité, le respect de la hiérarchie et la solidarité nécessaire entre les membres d’une équipe.
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Le rite de passage : En intégrant ces galeries, le jeune apprenti quittait le monde de l’enfance pour entrer dans celui des hommes. C’était une forme d’initiation. On y apprenait le « langage » de la mine, les codes, et surtout cette camaraderie indéfectible indispensable pour survivre en milieu hostile.
Le cadre réglementaire : Susville, site pilote de la sécurité minière
L’aménagement des galeries-écoles et des dispositifs de mise en sécurité, tels que les bouchons de ciment et les injections de cendres, ne saurait être réduit à une simple initiative locale. Ces travaux s’inscrivent dans une volonté nationale de normalisation de la sécurité souterraine, accélérée par la Loi du 9 septembre 1919 relative aux mines et les décrets successifs visant à renforcer la police des mines. Ces textes ont imposé aux exploitants des protocoles de surveillance rigoureux, destinés à prévenir les risques d’effondrements, d’inondations et de remontées de gaz.
Le site de Susville, par sa configuration géologique complexe et l’imbrication étroite entre les zones d’exploitation et les espaces de formation, a fait figure de site pilote à l’échelle nationale. Cette place prépondérante s’explique par la nécessité, pour la Compagnie des Mines, de concevoir des protocoles de sécurité avant-gardistes capables de garantir la pérennité des galeries-écoles tout en assurant la protection des élèves-mineurs. En testant des méthodes innovantes de consolidation — aujourd’hui largement documentées dans les rapports du BRGM (base InfoTerre) — Susville est devenu un véritable laboratoire de la sécurité minière. Les techniques éprouvées ici, répondant aux exigences strictes de la réglementation de l’époque, ont par la suite servi de référence pour le traitement des anciens ouvrages miniers sur l’ensemble du territoire français.

Reconstitution du carreau de mine : intégration numérique d’un wagonnet sur les voies d’époque par IA.
Foire Aux Questions
Qu‘est-ce qu’une galerie-école ?
Une galerie-école était une infrastructure souterraine spécialement aménagée pour la formation des apprentis mineurs. Contrairement aux galeries d’exploitation, elle permettait d’apprendre les gestes techniques (boisage, étayage, maniement des outils) et les règles de sécurité dans des conditions réelles mais contrôlées, sans les dangers liés à la production intensive.
Pourquoi les galeries de Susville ont-elles été fermées ?
Les galeries ont été condamnées pour des raisons de sécurité. En 1999, face aux risques d’affaissement du terrain, notamment pour la galerie située sous l’école maternelle du Villaret, d’importants travaux de sécurisation ont été réalisés. Les accès ont été scellés par des bouchons de ciment et des injections de cendres pour stabiliser le sous-sol.
Peut-on visiter les galeries-écoles H. Giroud aujourd’hui ?
Non, les galeries ne sont pas accessibles au public. Le site est totalement remblayé et sécurisé. Aujourd’hui, seuls les vestiges extérieurs et les portes métalliques scellées permettent de témoigner de l’emplacement et de l’existence historique de ces infrastructures.
Pourquoi ces galeries étaient-elles indispensables aux Houillères ?
Elles répondaient à un triple objectif : garantir la sécurité des mineurs en leur apprenant à maîtriser les risques avant d’aller au « front de taille », rationaliser la production en formant des ouvriers déjà opérationnels, et inculquer la culture et la discipline nécessaires à la vie minière.
Quel est l’intérêt historique du site de Susville ?
Le site du Villaret, à Susville, est un témoin majeur du passé industriel du bassin de La Mure. Il illustre l’évolution technique de l’extraction, l’importance de la transmission des savoir-faire ouvriers et la résilience d’un territoire qui a su préserver les traces de son patrimoine industriel après la fin de l’exploitation.
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Sources et sites officiels
1. Patrimoine industriel et minier (Contexte régional)
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Musée de la Mine Image (La Motte-d’Aveillans) : C’est le lieu de référence pour comprendre l’extraction du charbon dans le bassin de La Mure. Ils proposent des visites guidées très instructives.
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Lien utile : https://mine-image.com/
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La Mémoire de la Mine (Bassin de La Mure) : Diverses associations locales travaillent à la préservation de la mémoire des houillères du Dauphiné. Consulter les sites des mairies de Susville ou de La Mure peut également apporter des compléments sur le patrimoine bâti.
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Site de la mairie de Susville : https://www.susville.fr/
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2. Patrimoine ferroviaire (Contexte historique)
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Le Petit Train de La Mure : Indispensable pour l’aspect ferroviaire du bassin. Ce site permet de contextualiser l’importance du transport du charbon.
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Lien utile : https://www.lepetit-traindelamure.com/
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Chemins de fer du Dauphiné (Archives et associations) : Pour les passionnés de voies étroites, le site de la Fédération des Amis des Chemins de Fer Secondaires (FACS) contient souvent des inventaires techniques précieux.
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Lien utile :https://www.facs-patrimoine-ferroviaire.fr/
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3. Ressources institutionnelles et documentaires
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Inventaire du Patrimoine (Région Auvergne-Rhône-Alpes) : Le site de l’inventaire général du patrimoine culturel recense souvent des fiches techniques très complètes sur les sites miniers.
Bibliographie
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Association « La Mine Image » (La Motte-d’Aveillans), Archives et témoignages sur le bassin houiller de La Mure.
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Note : Bien qu’il s’agisse plus de fonds documentaires que d’un livre unique, les publications liées aux travaux de l’association La Mine Image constituent la base documentaire la plus fiable concernant la mémoire locale.
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- BRGM. (Année de publication). Rapport de mise en sécurité des mines de La Mure : travaux de confortement (bouchons de ciment et injections de cendres). Base de données InfoTerre. [En ligne]. Disponible sur : https://infoterre.brgm.fr/ [Consulté le : JJ/MM/AAAA].
- Archives Départementales de l’Isère. Série S : Travaux publics et mines. Dossiers relatifs aux concessions des mines de La Mure. [Cote du document]. [En ligne ou consultation physique].
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