Vestiges en pierre de taille de l'entrée de la galerie de la poudrière du Villaret, mine de Susville en Isère, photographie de 1999.

La Poudrière du Villaret : Secret des Mines de Susville

Plongez au cœur de l’ingénierie minière du Dauphiné en découvrant ce vestige stratégique, autrefois garant de la sécurité des mineurs de l’Isère.

Comment les mineurs de l’Isère domptaient-ils le danger des explosifs ? Explorez l’histoire de la poudrière du Villaret à Susville, un vestige stratégique du patrimoine minier du Dauphiné. Entre ingénierie de pointe et rituels de sécurité draconiens, découvrez comment ce site méconnu protégeait les ouvriers au cœur des mines de charbon de la Matheysine

Informations pratiques

Caractéristique Détails de l’ouvrage
Nom de l’ouvrage Galerie de la Poudrière du Villaret
Localisation Susville, Isère (38) – Lieu-dit Versenat
Bassin Minier Bassin de la Matheysine (Extraction d’anthracite)
Implantation Niveau 12 (au-dessus du carreau du Villaret)
Coordonnées GPS 44.921847, 5.777846
Fonction Stockage sécurisé des explosifs et détonateurs
Type de construction Galerie souterraine voûtée avec chambre de décompression
Matériaux de sécurité Métaux non ferreux (bronze, étain) pour éviter les étincelles
Équipement du personnel Sandales de cuir souple (sans clous) et lampes de sûreté
Statut actuel Site remblayé et sécurisé en 1997 (Bâtiments rasés)
Accessibilité Extérieurs visibles, accès intérieur impossible car détruit

L’usage de la poudre : un mal nécessaire dans les mines d’Isère

Au cœur des mines du plateau de la Matheysine, l’abattage de la roche nécessitait l’usage intensif d’explosifs. Si la poudre a permis de décupler la productivité, elle a aussi introduit un risque permanent : la déflagration accidentelle.

Pour stocker ces substances hautement instables, les compagnies minières ne laissaient rien au hasard. Contrairement aux petites exploitations qui se contentaient d’un simple renfoncement, les grandes mines comme celle du Villaret disposaient de galeries spécifiquement conçues pour isoler le danger.

Vue de l'emplacement probable de l'ancienne galerie de la poudrière du Villaret à Susville (Isère) en 1999, après les travaux de mise en sécurité du site minier.

Sur les traces de la poudrière (1999). Photographie prise deux ans après le remblaiement du site, montrant le secteur présumé de l’entrée de la galerie au niveau 12 du carreau du Villaret.

L’ingénierie de la poudrière : une architecture du souffle

Si l’aspect extérieur de la poudrière du Villaret semble modeste, sa conception interne répond à des calculs d’ingénierie civile minière d’une grande précision. Contrairement à une galerie de roulage classique, une poudrière souterraine (comme celle du niveau -12) est conçue pour fragmenter et canaliser l’énergie.

1. La chicane de décompression : le brise-souffle

L’élément le plus stratégique d’une poudrière n’est pas sa porte blindée, mais la géométrie de sa galerie d’accès. Le plan type présente systématiquement un tracé en chicane (en « S » ou en « T »).

  • La raison : En cas de déflagration accidentelle, l’onde de choc se déplace de manière rectiligne. En frappant un mur de roche perpendiculaire (le « mur de dérivation »), l’onde perd l’essentiel de son énergie cinétique avant d’atteindre le puits ou les zones de vie. C’est ce qu’on appelle la rupture de charge du souffle.

2. L’isolement en cellules (niches de stockage)

Au Villaret, les explosifs n’étaient pas entassés dans une salle unique. Le plan de masse révèle une série de niches latérales creusées dans le rocher :

  • Chaque niche était séparée de la suivante par un pilier de protection d’une épaisseur calculée (souvent plusieurs mètres de roche en place).

  • Cette disposition empêche l’effet de « sympathie » : si une cartouche explose dans une cellule, l’onde de choc et la chaleur ne doivent pas pouvoir déclencher l’explosion de la cellule voisine.

3. La voûte : entre pression lithostatique et onde de choc

La forme en fer à cheval de la galerie (voûte plein cintre) répond à un double impératif :

  • Résistance externe : Supporter la pression des terrains (pression lithostatique), 

  • Résistance interne : En cas d’explosion, la forme voûtée répartit la pression sur les parois (les piédroits) plutôt que sur un plafond plat qui s’effondrerait instantanément, obstruant tout secours.

  • La ventilation naturelle : La courbure de la voûte favorise la circulation d’un filet d’air constant, indispensable pour maintenir les explosifs nitratés au sec, ces derniers étant extrêmement sensibles à l’humidité (hydrophilie).

4. Le radier et l’évacuation des eaux

Le sol (le radier) de la poudrière était souvent bétonné et légèrement incliné vers une rigole latérale. L’objectif était d’empêcher toute stagnation d’eau, qui aurait pu altérer les caisses d’explosifs ou, pire, favoriser la décomposition chimique de certaines dynamites anciennes.

Note
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Nous ne possédons hélas aucune photographie de la poudrière, ces lieux étant par nature interdits d’accès et protégés par le secret industriel et sécuritaire. La seule trace technique dont nous disposions est un plan de situation des galeries des secteurs du Peychagnard et du Villaret, établi par le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) lors des campagnes de mise en sécurité du bassin. Ce document est consultable en mairie de Susville.

Vestiges en pierre de taille de l'entrée de la galerie de la poudrière du Villaret, mine de Susville en Isère, photographie de 1999.

Derniers témoignages de la poudrière du Villaret (1999). L’appareillage soigné en pierre de taille souligne l’importance stratégique et la solidité de cet édifice, conçu pour isoler les explosifs de la mine.

Sandales de cuir et lampes protégées : le rituel de sécurité

Entrer dans la poudrière du Villaret exigeait une discipline de fer. Pour éviter toute étincelle fatidique (le redoutable « point chaud »), des mesures draconiennes étaient appliquées :

  1. Zéro métal ferreux : Toutes les charnières et parties métalliques étaient fabriquées en bronze ou en étain, des métaux qui ne produisent pas d’étincelles en cas de choc.

  2. L’habillement : Le gardien de la poudrière troquait ses sabots cloutés contre des sandales souples. Le règlement de sécurité imposait souvent des vêtements sans poches extérieures (pour éviter les vols ou les oublis de cartouches)

  3. L’éclairage : Le feu nu étant proscrit, on utilisait des lampes à pétrole dotées d’un grillage de protection spécifique pour isoler la flamme de l’atmosphère ambiante.

  4. La gestion des explosifs au Villaret n’était pas qu’une question de rituels, mais répondait à des règlements d’administration publique extrêmement stricts. Le stockage et la manipulation de la dynamite et des détonateurs étaient régis par le décret du 2 mai 1960 (portant règlement général sur l’exploitation des mines de combustibles minéraux solides) et, antérieurement, par les circulaires et arrêtés du Service des Mines.

  5. La poudrière n’était en rien un lieu occulte, mais un organe administratif et sécuritaire névralgique. Chaque mouvement de stock était consigné dans des registres de contrôle obligatoires. L’entrée et la sortie du personnel, le port de vêtements sans poches ou de chaussures sans clous ferreux, ainsi que l’interdiction stricte de tout objet pouvant produire une étincelle, n’étaient pas des coutumes, mais des consignes de sécurité impératives édictées pour prévenir tout risque de déflagration accidentelle.

  6. La conformité de ces installations était régulièrement vérifiée par l’Ingénieur des Mines (représentant le « Contrôle »). Ce dernier s’assurait non seulement de la solidité architecturale de l’ouvrage (murs de dérivation, merlons de protection, aération naturelle), mais aussi de la stricte application des règlements de police des mines. Ces inspections garantissaient que la poudrière restait un sanctuaire technique isolé, protégé des risques d’incendie et de malveillance.
  7. L’éclairage : C’est un point souvent oublié. Dans une poudrière, l’éclairage devait être de sûreté (souvent des niches vitrées éclairées par l’extérieur ou des lampes électriques antidéflagrantes spécifiques). Préciser ce détail renforce l’aspect « haute sécurité » du lieu.

  8. Le retour des ratés : Précisez que la poudrière gérait aussi le retour des « ratés » (explosifs n’ayant pas sauté), qui faisaient l’objet d’une procédure de destruction ou de stockage à part, extrêmement surveillée.
  9. Les explosifs quittaient la poudrière : les sacs de toile ou les caissettes en bois (souvent appelées « poudriers ») portées par le boutefeu ou son aide.

La poudrière du Villaret (1948-1997) : Stockage des explosifs brisants et contrôle du Service des Mines

Contrairement à une idée reçue, la poudrière du Villaret ne stockait pas de la « poudre noire », reléguée depuis la fin du XIXe siècle aux travaux de carrière secondaires. Durant la période d’activité intensive du puits (1948-1997), le Service des Mines imposait l’usage d’explosifs brisants industriels de haute technologie.

On y trouvait principalement des explosifs nitratés et des grisoudynamites, classés « de sûreté » (SGP). Ces produits étaient spécifiquement conçus pour l’abattage de l’anthracite et le creusement des galeries au rocher, avec des propriétés limitant le risque d’inflammation des poussières et des gaz de mine.

La conception même du bâtiment répondait à ces contraintes techniques : il fallait maintenir un taux d’hygrométrie faible pour éviter l’altération des nitrates, et une température stable pour prévenir toute exsudation de la nitroglycérine.

L’amorçage ne se faisait plus par mèche lente (mèche de mineur), mais par des détonateurs électriques à retard ou micro-retard. Ces derniers étaient stockés séparément de l’explosif principal. Ce système permettait de déclencher les tirs à distance, garantissant ainsi une sécurité maximale pour les boutefeux et une meilleure fragmentation du gisement. Le tout était placé sous le contrôle permanent de l’Ingénieur des Mines, garant de l’application des décrets de sécurité de 1946 et 1960. 

Note
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Le rôle du boutefeu : Ce n’est pas un simple ouvrier, c’est un agent spécialisé possédant un agrément technique. Il est le seul habilité à percevoir les explosifs en poudrière contre signature du registre de consommation.

Dessin technique en noir et blanc montrant le schéma d'une petite construction isolée en pierre, identifiée comme une poudrière de mine. Le schéma présente une vue en coupe et une vue de dessus avec des annotations indiquant les murs de soutènement, la porte d'entrée blindée et les conduits d'aération.

Schéma technique d’une poudrière de surface, vestige de l’exploitation des mines de cuivre de Saint-Véran (Hautes-Alpes).

L’organisation sociale et le circuit de l’explosif : du jour au fond

La poudrière du Villaret n’était pas un simple lieu de stockage, mais le pivot d’une organisation spatiale et humaine rigoureuse, articulée autour de la figure centrale du boutefeu.

1. La distribution : une comptabilité de fer

Chaque début de poste commençait par un rituel immuable. Le poudrier (agent responsable du dépôt) ouvrait le site au seul personnel habilité : les boutefeux. Ces derniers, titulaires d’un certificat de préposé au tir, ne recevaient leurs cartouches qu’après présentation d’un bon de commande signé par le porion (chef de chantier).

Chaque bâton d’explosif nitraté et chaque détonateur était consigné dans un registre d’entrée/sortie. Cette « comptabilité matière » interdisait tout écart : à la fin du poste, le boutefeu devait impérativement restituer les invendus ou justifier chaque détonation. La poudrière était donc un lieu de contrôle administratif permanent, sous l’autorité lointaine mais réelle de l’Ingénieur des Mines.

2. Le transport : la séparation des flux

Le trajet de l’explosif vers le front de taille suivait un protocole de sécurité strict pour éviter toute détonation accidentelle durant le transport :

  • L’explosif était transporté dans des caissettes en bois ou des sacs de cuir spéciaux, portés à l’épaule ou placés dans des berlines dédiées, signalées par des codes couleurs ou des plaques spécifiques.

  • Les détonateurs voyageaient systématiquement à part, dans des boîtes blindées fermées à clef, portées par le boutefeu lui-même.

Cette séparation spatiale (explosif d’un côté, amorçage de l’autre) se maintenait jusqu’au dernier moment, juste avant le chargement des trous de mine.

3. L’articulation avec le front de taille

Une fois descendu par le puits du Villaret, l’explosif pouvait transiter par des dépôts auxiliaires souterrains (souvent de simples niches aménagées et cadenassées dans le rocher) avant d’atteindre le chantier de traçage ou la taille.

Le boutefeu était le dernier maillon de cette chaîne. Seul détenteur de la clé de la « boîte à feu » et de la poignée de l’exploseur, il était le maître du temps et de la sécurité du chantier. Cette autonomie, couplée à la dangerosité de sa mission, lui conférait un statut social particulier au sein de la communauté minière : un ouvrier hautement qualifié, garant de l’avancement mais aussi de la vie de ses camarades.

Le rôle du Porion : C’est lui qui coordonnait le tir dans le cycle de travail (abattage, chargement, soutènement), faisant de la poudrière le « pouls » de la production.

Le carreau du Villaret : un patrimoine aujourd’hui disparu

La poudrière était stratégiquement située au niveau 12, légèrement en surplomb du « carreau » (l’ensemble des installations de surface). Adossée à la montagne pour une protection naturelle maximale, elle faisait partie intégrante du paysage industriel de Susville.

Malheureusement, le temps et les impératifs de sécurité moderne ont eu raison de cet édifice. En 1997, lors des travaux de mise en sécurité du site, les bâtiments extérieurs ont été rasés et la galerie remblayée. Aujourd’hui, seuls quelques fragments de béton épars témoignent encore de son emplacement exact au lieu-dit Versenat.

Le poste de gardien de la poudrière (ou magasinier d’explosifs) aux HBD est l’un des rôles les plus singuliers et les plus méconnus de la mine. C’est un métier de l’ombre, régi par une discipline quasi militaire, où la solitude côtoie une responsabilité écrasante.

En tant qu’historien, je peux vous brosser le portrait de cet homme (car c’était exclusivement masculin) qui détenait littéralement les clés de la puissance de feu de la mine.


1. Les conditions de travail : « Une solitude sous haute surveillance »

Travailler à la poudrière, c’est travailler à l’écart du reste de la communauté minière. Pour des raisons de sécurité évidentes, les poudrières des HBD (comme celle située près du puits du Villaret ou des Rioux) étaient isolées du carreau de la mine, souvent nichées dans des vallons ou protégées par des merlons de terre.

  • Le climat et l’isolement : Le gardien passe ses journées dans un bâtiment souvent exigu, aux murs épais, conçu pour diriger le souffle d’une éventuelle explosion vers le haut. Sur le plateau de La Mure, à 900 m d’altitude, cela signifie des hivers glaciaux dans un local où l’on ne peut pas installer n’importe quel système de chauffage (tout doit être antidéflagrant).

  • La rigueur administrative : Le gardien n’est pas un manutentionnaire, c’est un comptable. Chaque cartouche de dynamite (grisounite, gomme, etc.) et chaque détonateur est numéroté. Il doit tenir des registres d’une précision absolue. Une seule cartouche manquante déclenchait immédiatement une enquête de la Gendarmerie et de la Direction des Mines.

  • La sécurité drastique : Le gardien veille au respect de protocoles de sécurité qui ne tolèrent aucune erreur : interdiction absolue de fumer, contrôle des chaussures (pas de clous en fer qui pourraient produire une étincelle, utilisation de sabots de bois ou de chaussures à semelles de caoutchouc), et stockage strictement séparé des explosifs et des détonateurs.

2. Le rythme social : Le point de passage obligé

Bien qu’isolé physiquement, le préposé à la poudrière occupe un poste stratégique dans la chaîne de production.

  • Le rendez-vous des boutefeux : C’est lui qui voit passer, au début de chaque poste, les boutefeux (les mineurs spécialisés dans les tirs de mine). C’est un moment de sociabilité intense mais bref. Le gardien distribue les explosifs dans des sacoches en cuir ou en toile goudronnée. Il connaît chaque boutefeu, ses habitudes, et sa rigueur.

  • Une confiance absolue de la hiérarchie : Le gardien est choisi parmi les employés les plus stables, les plus calmes et les plus fiables. Il est souvent un ancien du fond, parfois reclassé pour raison de santé, mais dont la moralité est irréprochable. Aux yeux de la direction des HBD, c’est un homme de confiance totale.

3. Perception sociale : Un statut à part

Dans la hiérarchie sociale de la mine, le gardien de la poudrière a une image ambivalente :

  • Le « planqué » ? Pour certains mineurs de fond qui s’échinent dans la poussière et le bruit des marteaux-piqueurs, le garde-poudrière peut passer pour un privilégié. Il est au calme, ne descend pas, et son travail semble « propre ».

  • L’homme du danger : Mais pour la majorité, il est respecté. On sait que s’il y a un incident à la poudrière, il n’aura aucune chance. Il vit au milieu d’un stock capable de raser une partie du quartier. C’est une forme de courage passif mais bien réel.

  • Le garant de l’avancement : Sans lui, le travail du fond s’arrête. Dans le bassin de La Mure, où le rocher (le grès) est très dur, rien ne se fait sans explosif. Le gardien est celui qui fournit « l’énergie » nécessaire pour que les copains du fond puissent faire leur « cycle » et toucher leurs primes.

4. Vie sociale et Statut HBD

Comme tout le personnel du jour, il bénéficie du Statut du Mineur :

  • Logement en cité minière (souvent à proximité pour pouvoir intervenir ou surveiller le site).

  • Chauffage au charbon.

  • Mais sa vie sociale est marquée par cette responsabilité : il ne peut pas vraiment « décrocher ». Même en dehors des heures de service, il reste l’homme qui sait où sont les explosifs, ce qui, dans une région de forte tradition de résistance et de syndicalisme de combat, n’est pas un détail neutre.

Les deux galeries de la poudriere

Le site disposait de deux poudrières aménagées en galerie, l’une située au nord et l’autre au sud. Afin de garantir la sécurité des installations, ces deux structures avaient été conçues avec un plan en « T » ; cette disposition spécifique permettait de briser l’onde de choc et de limiter considérablement les dégâts en cas d’explosion accidentelle. Par ailleurs, devant l’entrée de la galerie sud, se trouvait un petit bâtiment entièrement en bois. Il servait de poste au boutefeu, l’opérateur chargé de la manipulation des dispositifs de mise à feu.

Conclusion : Préserver la mémoire minière du Dauphiné

Si la galerie de la poudrière du Villaret n’est plus visible à l’œil nu, son histoire demeure un pilier de notre compréhension du monde ouvrier. Elle rappelle que derrière chaque tonne de charbon extraite, il y avait une organisation scientifique dévouée à la protection des mineurs.

Explorer ce patrimoine, c’est rendre hommage à ceux qui ont façonné le sous-sol de l’Isère.

Un patrimoine protégé : l’impératif de sécurité et de mémoire

Aujourd’hui, les vestiges de la poudrière du Villaret sont rendus à la forêt et ses accès ont été remblayés lors des campagnes de mise en sécurité définitive du bassin. Si ces lieux suscitent une curiosité légitime, il est impératif de rappeler qu’il est strictement interdit et mortel de tenter de pénétrer dans d’anciens ouvrages miniers.

Au-delà de la violation de la propriété privée, les risques souterrains sont invisibles et foudroyants :

  • Les risques atmosphériques : En l’absence de ventilation forcée, des gaz lourds et asphyxiants (comme le dioxyde de carbone, appelé « stythe » par les mineurs) ou des poches de grisou résiduel peuvent s’accumuler, rendant l’air mortel en quelques secondes.

  • L’instabilité structurelle : Les pressions de terrain et la dégradation des soutènements avec le temps rendent tout effondrement imprévisible.

Le respect de ce patrimoine passe par une observation extérieure et une étude documentaire. Pénétrer dans ces galeries, c’est non seulement se mettre en danger de mort, mais aussi risquer de dégrader les derniers témoins fragiles de l’ingénierie minière du XXe siècle.

Foire Aux Questions poudrière du Villaret

La poudrière était un lieu de stockage hautement sécurisé pour la poudre et les explosifs (comme la dynamite) utilisés pour l’abattage de la roche. Dans les mines de charbon de l’Isère, ces substances étaient indispensables pour percer les galeries de pierre, mais elles représentaient un danger constant d’explosion accidentelle.

La sécurité était draconienne : interdiction stricte de toute flamme ou objet métallique ferreux (source d’étincelles). Le gardien portait des sandales en cuir sans clous et utilisait des outils en bronze ou en étain. La galerie elle-même était conçue avec une « chambre de décompression » pour absorber le souffle d’une éventuelle déflagration.

Non, la galerie n’est plus accessible. Lors de la mise en sécurité du site minier du Villaret en 1997, les bâtiments extérieurs ont été rasés et l’entrée de la galerie a été remblayée pour éviter tout risque d’effondrement ou d’intrusion. Seuls les vestiges extérieurs et l’emplacement sont identifiables par les passionnés d’archéologie industrielle.

La poudrière se trouvait au « niveau 12 » du carreau du Villaret, sur la commune de Susville (38134). Elle était stratégiquement implantée en retrait des autres bâtiments pour protéger les mineurs et les installations de surface en cas d’accident.

Elle témoigne de l’organisation scientifique et de la gestion des risques dans les mines du Dauphiné. C’est un maillon essentiel pour comprendre l’évolution des techniques de sécurité ouvrière au XXe siècle dans le bassin minier de la Matheysine.

Poursuivez votre exploration

Retrouvez l’histoire du puits du Villaret

L’histoire de son terril

Et l’histoire de son exploitation

Sources et sites officiels 

1. Les Incontournables (Patrimoine Local)

2. Ressources Historiques et Techniques

  • Le site de la commune de Susville : Indispensable pour l’ancrage local. La mairie dédie souvent des sections à l’histoire de ses hameaux miniers comme le Villaret.

  • L’Inventaire du Patrimoine d’Auvergne-Rhône-Alpes : Recherchez « Mines de la Mure » ou « Susville » pour accéder aux fiches techniques officielles sur le bâti industriel.

  • Remonter le temps (IGN) : Un outil fantastique pour vos lecteurs. Ils pourront comparer les vues aériennes actuelles du Villaret avec celles des années 1950, quand la mine était en pleine activité.

3. Culture et Archives

Bibliographie 

  • 1. Histoire technique et sécurité minière

    • GUIOLLARD, Pierre-Christian. Les chevalements des houillères françaises. Édition à compte d’auteur, 1993.

      • Pourquoi ce livre ? Pour comprendre l’architecture des « carreaux » de mine (comme celui du Villaret) et l’agencement des bâtiments de surface par rapport aux galeries de stockage (poudrières).

    • ASSOCIATION MÉMOIRE DES MINEURS DE LA MATHEYSINE. Bulletins et hors-séries sur le patrimoine minier.

      • Pourquoi cette source ? Ces publications locales contiennent souvent des témoignages directs de mineurs ayant travaillé au Villaret ou à la poudrière.

    2. Rapports techniques et institutionnels (Pour l’aspect « 1997 »)

    • BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières). Inventaire et mise en sécurité des anciens sites miniers du Dauphiné. Rapports de fin d’exploitation (1997-2000).

      • Pourquoi cette source ? Elle documente précisément les opérations de remblaiement et de démolition mentionnées dans votre article.

    • HBCM (Houillères du Bassin du Centre et du Midi). Archives de la direction des Mines de la Mure. Déposées aux Archives Départementales de l’Isère.