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Photographie historique de 2006 montrant l'entrée d'une galerie et une voie étroite de chemin de fer.

Les Galeries Giroud : plongée au cœur de la mine au niveau 12

Explorez l’ingéniosité du complexe minier Giroud à Susville : une organisation souterraine unique, de l’aérage au « versage », au service de l’épopée industrielle dauphinoise.

Plongez dans l’histoire industrielle du plateau matheysin en explorant les galeries Giroud à Susville. Véritable prouesse technique du niveau 12, ce complexe minier témoigne du savoir-faire des mineurs dauphinois. Découvrez les coulisses de cette organisation souterraine, entre aérage, circulation et extraction, au cœur d’un patrimoine minier aujourd’hui éffacé.

Informations pratiques

Caractéristique Détails historiques
Localisation Bassin minier de la Matheysine (La Motte-d’Aveillans)
Structure du réseau Faisceau de 5 galeries spécialisées
Les 5 galeries L’exhaure, L’école, La sondeur, La cheminée d’aérage, et l’artère de roulage
Niveau d’exploitation Niveau 12
Point de sortie La Galerie « Versage » (zone de déchargement)
Liaison logistique Connexion directe avec l’usine de traitement
Exploitant historique Famille Giroud (dont Jules Giroud)

Dans les profondeurs du Niveau 12 : L’épopée des Galeries Giroud et du « Versage »

Avant les grandes modernisations du Plan Richard, un réseau souterrain vital faisait battre le cœur de la mine en Matheysine. Plongée dans l’anatomie du complexe Giroud, chef-d’œuvre de logistique minière.

Comment le charbon et les hommes circulaient-ils sous terre avant la grande mécanisation ? Au niveau 12, le complexe Giroud s’impose comme un modèle d’organisation technique. Composé de cinq galeries aux fonctions bien distinctes convergeant vers une artère unique, ce réseau trouvait son aboutissement à la Galerie « Versage ».Cet ensemble est généralement décrit comme le complexe des cinq galeries Giroud, un système cohérent où chaque ouvrage répond à un besoin précis : évacuer le charbon, gérer l’eau, assurer l’aérage, soutenir les activités de sondage, et former les mineurs. L’intérêt patrimonial de ces galeries ne tient pas seulement à leurs vestiges, mais à ce qu’elles racontent : une organisation industrielle où la logistique était pensée au plus près du terrain, bien avant les modernisations ultérieures du réseau.

Le Niveau 12 : Cœur battant de l’exploitation

Contrairement à une idée reçue, le niveau 12 n’était pas qu’une simple galerie d’extraction. Dès l’époque de Jules Giroud, ce niveau a été conçu comme la plaque tournante de toute la concession du Peychagnard à Susville. Par une prouesse d’organisation minière, les niveaux 10 et 11 étaient reliés à ce niveau 12 par des plans inclinés internes. Ainsi, toute la production extraite sur ces trois étages convergeait vers une seule et même recette de sortie. Cette centralisation, véritable modèle d’efficacité industrielle pour le XIXe siècle, permettait de concentrer le triage et le chargement du charbon sur un seul point, directement connecté au réseau ferroviaire. Le « 12 » est ainsi devenu l’âme du site, bien avant l’émergence des infrastructures modernes.

L’anatomie de l’exploitation a l’époque de Jules Giroud

 Sous l’impulsion de l’ingénieur Jules Giroud, l’exploitation minière du Villaret a connu une véritable structuration industrielle. À cette époque, l’extraction se faisait exclusivement « à la montagne » via des galeries creusées à flanc de coteau, bien avant l’érection du grand puits vertical moderne du Villaret, construit dans les années 1950.

Le site était historiquement rattaché à la concession du Peychagnard. La nomenclature des ouvrages témoigne de la complexité de cette exploitation étagée : le célèbre « niveau 12 » ne correspondait pas au fond de la mine, mais indiquait que douze niveaux d’exploitation se superposaient au-dessus de lui. En réalité, le secteur en comptait quatorze au total, la numérotation débutant par la galerie la plus haute, désignée sous le nom de « galerie 00 ».

Eugène Chaper : L’architecte industriel (1860-1890)

Si le nom de Jules Giroud est associé à la technique minière au Villaret, celui d’Eugène Chaper est indissociable de la naissance de l’industrie charbonnière en Matheysine. Industriel visionnaire et figure marquante de la vie grenobloise, Eugène Chaper a su fédérer les capitaux nécessaires pour transformer l’exploitation artisanale du Peychagnard en une véritable puissance industrielle. En faisant confiance à Jules Giroud, il a permis la création d’une organisation rationnelle — de la célèbre galerie-école au système de centralisation des niveaux vers la recette principale. Ensemble, ils ont jeté les bases du modèle économique qui fera vivre Susville pendant plus d’un siècle, faisant passer la mine de l’échelle locale à celle de moteur de l’économie dauphinoise. 

Le contexte : L’ère de Jules Giroud (1860-1890)

Jules Giroud prend la direction de la Compagnie des mines de la Motte-d’Aveillans (qui englobait le secteur de Susville) en 1860. C’est sous son impulsion que l’exploitation devient industrielle.

À cette époque, il n’y a pas encore de « carreau » au sens moderne (avec chevalement). On parle alors de plateformes de chargement ou de recettes de galeries.

  • La date clé : On peut situer le développement des infrastructures logistiques du secteur du Villaret vers 1865-1870.

  • C’est à cette période que Jules Giroud cherche à rationaliser le transport du charbon. Il met en place des systèmes de plans inclinés (systèmes de wagons descendant par gravité ou par treuils) pour relier les galeries situées en altitude aux points de stockage ou aux chemins de fer naissants.

Photographie d'une paroi rocheuse présentant des marques d'essais de forage par sondeur, située près d'une ancienne galerie de mine datant du 19ème siècle.

Vestiges de l’activité minière : traces d’essais de sondeur sur la roche, à proximité de la galerie historique du XIXe siècle (cliché de 2019).

Les installations « anciennes » du Villaret

Le « carreau » de l’époque Giroud correspond en réalité à l’aire de triage et de chargement située à l’embouchure des galeries principales du Villaret (notamment les galeries de recherche et d’exploitation qui entaillaient le flanc de la montagne) le tout remontant aux années entre 1865 et 1875 pour la création des premières installations industrielles significatives au Villaret.

  • La nature du site : Contrairement au puits vertical moderne, le carreau « Giroud » était une plateforme aménagée en terrasse. Il comprenait des culbuteurs, des zones de stockage (parcs à charbon) et les premières mécanisations de tri manuel.

  • La connexion au réseau : Ces installations étaient intimement liées à la création du chemin de fer de la Mure (dont la ligne a été concédée en 1882 et inaugurée en 1888). Jules Giroud a conçu ces installations pour que le charbon extrait au Villaret soit directement basculé dans les wagonnets du réseau de desserte mais cela ne sera effectif qu’a partir de 1911 avec la gare du Villaret.

Il est important de noter que sous Jules Giroud, le site du Villaret n’était pas un site d’extraction unique et figé comme le deviendra le puits des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD) plus tard :

  1. La multiplicité des accès : Il y avait plusieurs petites entrées de mines (« galeries ») réparties sur le flanc de coteau du Peychagnard. Chaque galerie avait sa petite plateforme de travail.

  2. L’évolution constante : Ces installations étaient semi-permanentes. Elles étaient déplacées ou agrandies au fur et à mesure de l’avancement des galeries dans la couche de houille.

Extrait de plan BRGM indiquant l'emplacement d'une cheminée sur une parcelle privée.

 Localisation de la cheminée sur extrait de plan BRGM (propriété privée).

L’anatomie d’un réseau : les cinq galeries Giroud.

Pour comprendre le génie de cette infrastructure, il ne faut pas imaginer un simple tunnel, mais un véritable carrefour souterrain hautement organisé. Le site comptait en réalité cinq galeries Giroud, chacune ayant une fonction vitale pour la survie et l’efficacité de la mine.

Parmi ces ramifications, on trouvait :

  1. L’exhaure : Dédiée à la gestion et au pompage des eaux souterraines, indispensable pour éviter l’inondation des chantiers.

  2. L’école : Une galerie d’apprentissage, véritable chantier-école où les jeunes recrues (galibots) et les mineurs novices se formaient aux techniques d’abattage et de boisage en conditions réelles.

  3. La sondeur : Galerie liée au sondage (maintenance, réparation et essais des machines de carottage), raccordée perpendiculairement à l’exhaure..

  4. La cheminée d’aérage : Le poumon du niveau 12, garantissant la circulation de l’air frais et l’évacuation des gaz toxiques.

  5. Le versage : L’extrémité de la galerie de roulage. C’est par ce point névralgique que la production de charbon était évacuée pour être acheminée vers l’usine de Susville.
Vue de l'entrée de la galerie d'exhaure Giroud obstruée par des gravats et de la terre en 2019.

Entrée de la galerie d’exhaure Giroud en 2019. L’ouvrage a été condamné par un remblayage et l’accumulation de gravats.

Le « Roulage » et le « Versage » : l’artère vitale

Toute l’intelligence de ce réseau résidait dans sa convergence. Ces cinq galeries stratégiques se connectaient toutes sur une seule et même galerie de roulage (l’axe principal de circulation des berlines).

Cette artère collectrice acheminait le fruit du travail des mineurs jusqu’à son point d’aboutissement : la fameuse Galerie Giroud « Versage ». Dans le jargon minier, le « versage » désigne l’action de décharger le minerai. C’est exactement à cette extrémité que les berlines pleines de charbon, venues des profondeurs du niveau 12, étaient déversées pour rejoindre directement l’usine de traitement en surface. Un circuit court, pensé pour éviter les ruptures de charge inutiles.

Photo de 2019 de la galerie Giroud Versage montrant la structure d'un muret de soutien pour une ancienne voie de transport se dirigeant vers une trémie de déchargement.

Galerie Giroud Versage (2019) : Vue vers la zone de déchargement et raccordement du muret de soutien de la voie menant à une probable trémie.

Avant le Plan Richard : l’intelligence du terrain

Il faut se replacer dans le contexte temporel pour mesurer l’importance de ce carrefour. Ce système complet a fonctionné à plein régime bien avant l’arrivée du Plan Richard, ce vaste programme qui allait restructurer et moderniser l’évacuation du charbon dans tout le bassin dauphinois.
Avant cette révolution technologique, le complexe Giroud incarnait le summum de l’optimisation. Il prouve que les anciens ingénieurs savaient structurer la roche pour créer un réseau autonome (air, eau, formation, extraction) se vidant d’un seul flux vers la surface.

La famille Giroud : les bâtisseurs de la Matheysine minière

Si cet ensemble porte ce nom, c’est pour rendre hommage à la famille Giroud, et tout particulièrement à Jules Giroud, figure emblématique de l’entrepreneuriat minier local.

Bien avant la centralisation des Houillères en 1946, l’exploitation était l’affaire de concessions privées, dont celle de La Motte-d’Aveillans. Les Giroud étaient des exploitants de proximité, concevant eux-mêmes leurs réseaux. En finançant et en organisant ce faisceau de cinq galeries au Niveau 12, Jules Giroud ne cherchaient pas seulement à extraire du charbon : il structurait une industrie. Le nom « Giroud » est resté ancré dans la roche, balise géographique pour les mineurs, et marque indélébile de ces pionniers qui ont façonné l’identité de la Matheysine.

Un héritage sous la roche

Aujourd’hui, redécouvrir le rôle de l’exhaure, de l’école ou du versage, c’est ouvrir un chapitre fascinant du patrimoine industriel dauphinois. C’est comprendre qu’au-delà de la force physique, c’est une organisation millimétrée qui a permis de faire sortir l’or noir de nos montagnes.

Foire Aux Questions

Le réseau se situait au niveau 12 de la mine de Susville et comprenait cinq galeries reliées entre elles. Chaque galerie avait une fonction précise pour le fonctionnement de la mine : la galerie d’exhaure servait à l’écoulement des eaux, la galerie-école formait le personnel, la galerie du sondeur permettait de réaliser des tests, la cheminée d’aérage assurait la ventilation et la galerie de versage servait à l’évacuation du charbon.

Le niveau 12 constituait le point central de la concession du Peychagnard. Les charbons extraits dans les niveaux supérieurs (les niveaux 10 et 11) y étaient acheminés grâce à des plans inclinés intérieurs. Cela permettait de centraliser le tri et l’expédition du charbon en un seul endroit bien avant la modernisation complète de l’exploitation.

Jules Giroud a été un acteur clé du développement minier en Matheysine à partir de 1860. Il a transformé des méthodes d’exploitation encore artisanales en un système industriel organisé. C’est lui qui a rationalisé les installations du Villaret, notamment en concevant le complexe logistique du niveau 12 et les infrastructures de transport associées.

Le versage était le point de déchargement du charbon. Dans les galeries Giroud, ce dispositif permettait de vider les berlines de charbon venues du fond pour envoyer directement le combustible vers l’atelier de criblage et de lavage situé en contrebas. C’était un élément essentiel pour le transit de la production.

Non, durant la période d’activité de ces galeries (entre 1865 et 1875), l’accès se faisait à flanc de montagne et non par un puits vertical. Le carreau de la mine se limitait à des terrasses aménagées à l’extérieur des galeries pour le traitement et le départ du charbon vers les voies de transport.

Cette galerie spécifique servait de centre d’apprentissage pratique pour les nouveaux mineurs et les jeunes apprentis appelés galibots. Ils y apprenaient les métiers de la mine, comme le soutènement (le boisage) et l’abattage du charbon, dans un environnement contrôlé mais représentatif des conditions du fond.

Bien que les accès aient été sécurisés ou obstrués au fil du temps, le secteur conserve des vestiges de cette époque. On peut encore observer des maçonneries en pierre de taille, des structures liées au tri du charbon ainsi que des marques de forages techniques dans la roche, qui témoignent des méthodes de travail du XIXe siècle.

Poursuivez votre exploration

« Plongez dans l’épopée minière du Plateau Matheysin » « Découvrez l’histoire du Puits du Villaret, le plus récent du Plateau Matheysin »

Sources et sites officiels 

1. Patrimoine industriel et minier (Contexte régional)

  • Musée de la Mine Image (La Motte-d’Aveillans) : C’est le lieu de référence pour comprendre l’extraction du charbon dans le bassin de La Mure. Ils proposent des visites guidées très instructives.

  • La Mémoire de la Mine (Bassin de La Mure) : Diverses associations locales travaillent à la préservation de la mémoire des houillères du Dauphiné. Consulter les sites des mairies de Susville ou de La Mure peut également apporter des compléments sur le patrimoine bâti.

2. Patrimoine ferroviaire (Contexte historique)

  • Le Petit Train de La Mure : Indispensable pour l’aspect ferroviaire du bassin. Ce site permet de contextualiser l’importance du transport du charbon.

  • Chemins de fer du Dauphiné (Archives et associations) : Pour les passionnés de voies étroites, le site de la Fédération des Amis des Chemins de Fer Secondaires (FACS) contient souvent des inventaires techniques précieux.

3. Ressources institutionnelles et documentaires

  • Inventaire du Patrimoine (Région Auvergne-Rhône-Alpes) : Le site de l’inventaire général du patrimoine culturel recense souvent des fiches techniques très complètes sur les sites miniers.

Bibliographie 

    • Association « La Mine Image » (La Motte-d’Aveillans), Archives et témoignages sur le bassin houiller de La Mure.

      • Note : Bien qu’il s’agisse plus de fonds documentaires que d’un livre unique, les publications liées aux travaux de l’association La Mine Image constituent la base documentaire la plus fiable concernant la mémoire locale.

    • BRGM. (Année de publication). Rapport de mise en sécurité des mines de La Mure : travaux de confortement (bouchons de ciment et injections de cendres). Base de données InfoTerre. [En ligne]. Disponible sur : https://infoterre.brgm.fr/ [Consulté le : JJ/MM/AAAA].
    • Archives Départementales de l’Isère. Série S : Travaux publics et mines. Dossiers relatifs aux concessions des mines de La Mure. [Cote du document]. [En ligne ou consultation physique].

Exploitation minière à ciel ouvert du Bois Freynet en 1982, en noir et blanc.

Bois-Freynet : Mine à ciel ouvert au Peychagnard

L’extraction de l’anthracite à ciel ouvert sur le site de Bois-Freynet au Peychagnard

L’article « La Découverte de Bois-Freynet : Le chantier titanesque du Peychagnard » plonge les lecteurs dans l’histoire méconnue de l’extraction d’anthracite à ciel ouvert dans le Dauphiné. Contrairement aux mines souterraines traditionnelles, ce site du Peychagnard en Isère a été « décapé » par les ingénieurs des Houillères du Bassin Dauphinois pour maximiser la récupération du minerai, modifiant ainsi radicalement le paysage local. Cette méthode, appelée « Découverte », a permis une récupération optimal du minerai et a été privilégiée pour des raisons de sécurité et de géologie, les couches de charbon étant proches de la surface. Le chantier de Bois-Freynet est un exemple de l’impact de l’industrie sur la topographie et complète l’histoire minière de la Matheysine en offrant une perspective unique sur les techniques d’extraction du charbon.

Informations pratiques

Catégorie Description
Nom du Site La Découverte de Bois-Freynet 
Localisation Commune du Peychagnard, Plateau de la Matheysine, Isère
Type de Patrimoine Site minier industriel (mine d’anthracite à ciel ouvert) 
Période d’Activité Sondages 1983, autorisation février 1984, décapage janvier 1985, arrêt juillet 1986
Opérateur Houillères du Bassin Dauphinois (HBD) 
Méthode d’Exploitation « La Découverte » : exploitation à ciel ouvert par « décapage » de la colline 
Caractéristiques – Récupération maximisé du minerai (anthracite).

– Utilisation de pelles mécaniques et de dumpers.

– Modification profonde et durable du paysage, créant un « immense amphithéâtre en gradins ».

Objectifs de la Méthode – Maximiser la récupération du gisement, y compris les piliers laissés par d’anciens travaux.

– Exploiter des couches de charbon proches de la surface où l’extraction souterraine était trop dangereuse.

Héritage – Une « cicatrice historique » témoignant de l’intensité de l’activité industrielle.

– Un site complémentaire à la visite de la mine souterraine « Mine Image » pour comprendre l’ensemble des techniques minières de la région.

Pourquoi une « découverte » ici ? Contexte historique et économique (1946–1986)

Après la nationalisation de 1946 et la création des HBD, la Matheysine entre dans une phase de restructuration : concentration des moyens, modernisation, recherche d’abaisssement des coûts d’extraction. La Bataille du Charbon (1944‑1947) puis les politiques charbonnières des décennies suivantes poussent à exploiter au moindre coût les secteurs où les veines affleurent ou restent peu profondes—comme à Bois‑Freynet.

Photo historique en noir et blanc d'une vaste mine à ciel ouvert et terrassée, celle du Bois Freynet, photographiée en 1985 lors de la fin de son exploitation.

Photo historique en noir et blanc de la mine à ciel ouvert du Bois Freynet en 1985, à la fin de son exploitation.

Chronologie précise de Bois‑Freynet

  • 1983 — campagne de sondages et fouilles : possibilité confirmée d’une exploitation en découverte. Estimation prévisionnelle : ~18 000 m³ de charbon pour 72 000 m³ de stériles. [patrimoine…auphine.fr]
  • Février 1984 — étude d’impact achevée ; autorisation d’exploiter délivrée ; début du défrichement. [patrimoine…auphine.fr]
  • Janvier 1985 — démarrage du décapage ; mars 1985 : décapage des anciens travaux souterrains du quartier de Bois‑Freynet. [patrimoine…auphine.fr]
  • Juillet 1986fin de l’exploitation ; bilan : 41 174 t de charbon brut extraites (dont 29 100 t traitées au lavoir de Susville). (NB : la valeur financière citée par la source est vraisemblablement erronée dans son unité ; nous la laissons de côté ici.)

Contexte géologique : la « Grande Couche » de la Matheysine

Le plateau matheysin appartient au rameau externe de Belledonne et renferme des inclusions houillères exploitées depuis des siècles. Les gisements anthracifères présentent plusieurs couches, dont la Grande Couche (≈ 7 à 15 m), la plus productive ; les affleurements et veines à faible couverture expliquent la justification technique de la découverte à Bois‑Freynet.

Photo couleur des vestiges de la mine à ciel ouvert du Bois Freynet en 1993.

Bois Freynet : Les vestiges colorés d’une mine à ciel ouvert en 1993.

La « découverte » : principe, méthode et raisons du choix

Définition. Une exploitation en découverte est une mine à ciel ouvert : on enlève les morts‑terrains (stériles) pour accéder à la veine depuis la surface, avec décapage, abattage (souvent avec explosifs), chargement et transport par pelles et dumpers. Cette méthode s’emploie quand les couches sont proches de la surface et/ou que l’on souhaite récupérer des zones déjà exploitées au fond (anciens piliers, chantiers abandonnés).

À Bois‑Freynet (1985‑1986), le choix s’explique par :

  • Géologie favorable (veines peu profondes) et sécurité supérieure au fond lorsque les terrains sont instables.
  • Récupération élevée du minerai (meilleure qu’en souterrain où l’on doit laisser des piliers)—permettant d’avoir un taux de récupération bien supérieur à l’exploitation souterraine.
  • Mécanisation lourde (pelles mécaniques, les dumpers étaient des engins de faible tonnage comparés aux mines métalliques la Matheysine n’a jamais eu de 100‑tonnes Caterpillar par exemple).
    ) et exploitation par fosses successives avec remblayage au fur et à mesure des zones déhouillées.
Note

Pencil Pencil

Une exploitation minière en découverte, plus communément appelée mine à ciel ouvert, est une technique d’extraction de minerais qui se déroule directement à la surface du sol, par opposition à la mine souterraine qui nécessite de creuser des galeries et des puits.
Le principe est simple : au lieu de creuser des tunnels pour atteindre une ressource en profondeur, on enlève toutes les couches de terrain stériles (roche, terre, végétation) qui la recouvrent pour y accéder directement.
Le Processus en Étapes
Le décapage (ou la découverture) : On utilise des engins de chantier massifs (pelles mécaniques, bulldozers) pour retirer la couche de « stériles » ou « morts-terrains » qui recouvre le gisement de minerai.
L’abattage : Le minerai est ensuite fragmenté, souvent à l’aide d’explosifs.
Le chargement et le transport : D’immenses camions (appelés « dumpers ») transportent le minerai vers les usines de traitement.
Caractéristiques principales
Transformation radicale du paysage : Cette méthode crée d’immenses fosses, souvent en forme d’amphithéâtre avec des paliers successifs appelés « gradins ». le chantier fonctionne en fosses successives avec remblayage progressif.
Utilisation pour des gisements spécifiques : Elle est privilégiée lorsque le gisement est proche de la surface et très étendu horizontalement.
Haut rendement : Elle permet de récupérer la quasi-totalité du minerai, contrairement à l’exploitation souterraine où des piliers de soutien doivent être laissés en place.
Plus de sécurité : Elle est généralement moins dangereuse pour les travailleurs que la mine souterraine, car elle élimine les risques liés aux effondrements (coups de grisou, inondations).
Avantages et Inconvénients
Avantages Inconvénients
Rentabilité élevée sur les gisements adaptés Impact environnemental et visuel majeur (« cicatrice » dans le paysage)
Sécurité accrue pour les mineurs Destruction des écosystèmes de surface
Excellent taux de récupération du minerai Génère beaucoup de poussière, de bruit et de déchets (les stériles)
Mécanisation à grande échelle possible Nécessite des travaux de réaménagement (remblaiement, reboisement) très coûteux après l’exploitation
En résumé, une exploitation en découverte est une méthode d’extraction très efficace et rentable qui consiste à « déshabiller » la terre pour extraire un minerai, mais au prix d’un impact écologique et paysager considérable.

Bois‑Freynet dans l’histoire minière locale

La découverte de Bois‑Freynet complète une longue histoire souterraine (galeries à flanc, puits) menée notamment à La Motte‑d’Aveillans (Mine Image) et à Susville (puits du Villaret)—le grand site moderne des HBD, en service jusqu’en 1997. La visite de la Mine Image (galeries authentiques) offre le contre‑champ de la découverte : comprendre ensemble les deux techniques permet de saisir l’évolution du bassin.

  • La présence d’anciens travaux souterrains (quartier 7bis / 8bis) confirmée par les sondages.
  • Le coût trop élevé du charbon de fond dans les années 1980 chez HBD.
  • Puits du Villaret (Susville) : fonçage à partir de 1948, exploitation jusqu’en 1997 ; profondeur ~270 m ; rôle central dans la concentration de la production HBD de l’après‑guerre.
  • Musée souterrain « La Mine Image » (La Motte‑d’Aveillans) : galeries réhabilitées, muséographie sur un millénaire d’extraction locale.
Paysage de colline verdoyante et boisée, avec une végétation dense.

Le site de la Découverte de Bois-Freynet aujourd’hui.

Paysage, remise en état et héritage

Le chantier a créé un amphithéâtre en gradins, typique des découvertes. À l’arrêt, les HBD ont remodelé les versants et remis de la terre végétale ; puis l’ONF a reboisé en 1987 à l’aide de sapins, ce qui permet aujourd’hui d’identifier la zone (contrastant résineux/feuillus en hiver). Le site demeure une cicatrice historique, mais aussi un repère pédagogique sur l’empreinte de l’industrie sur la topographie.

Foire Aux Questions

Il s’agit d’une ancienne mine d’anthracite exploitée à ciel ouvert, située sur la commune du Peychagnard, sur le plateau de la Matheysine. Le terme « Découverte » désigne spécifiquement cette méthode d’extraction où l’on retire les couches de terre et de roche pour accéder directement au minerai, par opposition à une mine souterraine.

Le site se trouve en Isère, sur le plateau matheysin, dans la commune du Peychagnard.

Cette méthode a été choisie pour deux raisons principales :

  • Elle permettait de récupérer 100% du gisement de charbon, y compris les « piliers » laissés par d’anciennes exploitations souterraines.

  • Elle était plus sûre pour exploiter les couches de charbon très proches de la surface, là où le creusement de galeries souterraines aurait été trop dangereux.

L’exploitation par « découverte » a radicalement et durablement transformé le paysage. Elle a consisté à « décaper » la colline, créant un immense amphithéâtre en gradins, décrit dans l’article comme une véritable « cicatrice historique ».

La mine était opérée par les Houillères du Bassin Dauphinois (HBD).

Aujourd’hui, la nature a repris ses droits sur le site. Même si le relief reste marqué par l’ancienne activité industrielle, il faut un œil averti pour deviner le passé minier de la zone, désormais reboisée.

Visiter le site de la Découverte de Bois-Freynet permet de comprendre l’autre grande technique d’extraction du charbon en Matheysine. Alors que la « Mine Image » illustre le travail en galerie, Bois-Freynet témoigne de l’ampleur et de l’impact de l’extraction à ciel ouvert, offrant ainsi une vision complète de l’histoire minière de la région.

Poursuivez votre exploration

  • Patrimoine du Dauphiné, Puits du Villaret — histoire du site
    → Approche technique et historique du site le plus moderne du bassin. [patrimoine…auphine.fr]

Sources et sites officiels 

  • BRGM – Notice explicative de la feuille « La Mure » 1/50 000 (géologie régionale, gîtes, charbon) : PDF InfoTerre. [Msr~~E – BRGM]
  • ExxploreLes Houillères du Dauphiné (couches, Grande Couche, historique) : [exxplore.fr]
  • WikipédiaHouillères du Dauphiné (contexte des concessions, nationalisation) : [fr.wikipedia.org]
  • Mairie de SusvillePatrimoine minier (puits du Villaret) (données techniques, chronologie 1948–1997) : [susville.fr]

Bibliographie 

1. Ouvrages / études sur l’histoire minière de la Matheysine

  • Exxplore.fr, Les Houillères du Dauphiné (synthèse historique du bassin, couches, concessions, modernisation du XXᵉ siècle)
    → Très utile pour comprendre les couches (dont la Grande Couche), les deux champs d’exploitation (La Motte‑d’Aveillans / Villaret). [exxplore.fr]
  • Éditions Arthéma, Histoire des Mines de La Mure, en Isère
    → Contexte général du gisement, qualités de l’anthracite, évolution de l’entreprise La Mure et des HBD. [editionsarthema.fr]

2. Géologie, gisements et contexte scientifique

  • BRGM, Notice explicative de la feuille La Mure (1/50 000), J.-C. Barféty et al., 1988
    → Document géologique de référence sur la Matheysine : houiller, structure, gîtes minéraux, histoire tectonique. [Msr~~E – BRGM]
  • BRGM, Essai de synthèse géologique du Bassin houiller du Bas‑Dauphiné, D. Mariton, 1981
    → Évaluation des anciens travaux, structure du bassin, synthèses de sondages 1844‑1926. [infoterre.brgm.fr]
  • Geol‑Alp (Université Grenoble), Matheysine : aperçu d’ensemble
    → Mise en perspective géologique du plateau, boutonnières houillères, structure Belledonne. [. Drac : M…- Geol-Alp]
  • Mindat.org, Peychagnard Mine (localisation, classification du site et nature des minéraux)
    → Données de localisation et contexte minéralogique. [mindat.org]

3. Archives, administration et histoire des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD)

  • Wikipédia, Houillères du Dauphiné (concessions, nationalisation 1946, organisation du bassin)
    → Historique institutionnel fiable. [fr.wikipedia.org]
  • FranceArchives, Dossiers administratifs des HBD (1939‑1986)
    → Cadre administratif, politique charbonnière, dossiers d’énergie, planifications. [francearch…es.gouv.fr]
  • Mairie de Susville, Patrimoine minier — Puits du Villaret
    → Données techniques sur le puits moderne (270 m, dates, rôle dans le transport et l’extraction). [susville.fr]

4. Sites techniques et muséographiques

  • La Mine Image, Musée souterrain de La Motte‑d’Aveillans, Historique et présentation
    → Informations sur l’exploitation souterraine historique et la transformation en musée.
    [mine-image.com], [mine-image.com]

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