Archive d’étiquettes pour : Matheysine

Vue aérienne en noir et blanc de 1951 avec une ligne jaune indiquant le tracé d'un télébenne sur le relief montagneux.

Les Vestiges du Télébenne de Versenat : Sur les traces de l’or noir de Matheysine

Si les câbles et les bennes ont aujourd’hui disparu du ciel de la Mure, le plateau de la Matheysine garde en son sein les cicatrices de son passé minier. Parmi elles, les embases maçonnées du télébenne de Versenat subsistent comme les derniers témoins d’une prouesse logistique oubliée. Voyage au cœur de l’archéologie industrielle en Isère.

Découvrez l’histoire et les vestiges de la télébenne de Versenat, élément clé du système de transport des mines de La Mure. Des structures de béton aux mécanismes de l’époque, plongez au cœur du patrimoine minier de l’Isère pour comprendre comment l’anthracite a façonné le territoire de la Matheysine.

Informations pratiques

Caractéristique Détails Techniques & Historiques
Désignation Télébenne (ou téléphérique industriel) de Versenat
Exploitant Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD)
Localisation Versenat (commune de La Motte-d’Aveillans / Susville), Isère
Bassin Minier Plateau de la Matheysine
Fonction principale Transport des stériles du point d’extraction vers le terril
Type de système Téléphérique bicâble (généralement système type Bleichert ou Pohlig)
Point de départ Sortie du lavoir
Point d’arrivée Terril des Combes de Versenat
Matériau transporté Stériles issu du lavoir
Énergie Électrique (moteurs asynchrones en station motrice)
Infrastructures visibles Embases en béton, pylônes tronqués, restes de stations de tension
Période d’activité Apogée au XXe siècle (abandon en 1968 lors de l’ouverture du terril du Villaret)
Intérêt patrimonial Témoin de la mécanisation des transports en site escarpé

Un fantôme industriel dans le paysage Dauphinois

Pour le promeneur non averti, ce ne sont que des blocs de béton et de pierre grise émergeant de la végétation. Pourtant, pour l’historien et le passionné de patrimoine, ces socles sont les racines d’un géant de fer : le télébenne de Versenat.

Situé sur la commune de La Motte-d’Aveillans, ce dispositif était une pièce maîtresse du système de transport des Mines de la Mure. Aujourd’hui, bien que les pylônes métalliques aient été démantelés, ces bases maçonnées dessinent encore, en pointillé, la trajectoire du charbon à travers la montagne.

Vue aérienne en noir et blanc de 1951 avec une ligne jaune indiquant le tracé d'un télébenne sur le relief montagneux.

Photographie aérienne de 1951 montrant le parcours du télébenne (tracé en jaune).

À quoi servait le télébenne de Versenat ?

Le plateau matheysin était un véritable labyrinthe de puits de mine et de galeries. Le télébenne (ou téléphérique industriel) était la solution la plus économique pour franchir les dénivelés complexes de la région.

Le transport des stériles

Le rôle principal du télébenne de Versenat n’était pas de transporter le charbon pur, mais d’évacuer les stériles (les roches sans valeur extraites en même temps que l’anthracite). Ces résidus étaient acheminés depuis les centres de tri et de lavage (notamment le Villaret) pour être déversés sur le terril de Versenat.

Une mécanique de précision

À l’époque, des centaines de bennes circulaient suspendues à un câble porteur, actionnées par un câble tracteur. Ce ballet incessant permettait de traiter des tonnages massifs, nécessaires pour maintenir la rentabilité de l’exploitation minière jusqu’à la fin du XXe siècle.

AvantAprès

Avant : Vue aérienne du complexe minier en 1960 : la gare de départ du télébenne et le lavoir.

Apres : Vue aérienne de 1969 : Entre vestiges du télébenne et modernisation du lavoir.

Pourquoi ne reste-t-il que les bases maçonnées ?

Après la fermeture définitive des Mines de la Mure en 1997, le démantèlement des infrastructures a été entrepris pour des raisons de sécurité et de récupération des matériaux.

  1. Le recyclage du métal : Les pylônes en treillis d’acier ont été découpés et envoyés à la ferraille.

  2. L’ancrage au sol : Seules les fondations, blocs massifs de béton et de maçonnerie ancrés profondément dans le sol pour supporter des tonnes de tension, ont résisté au temps et aux pelleteuses.

Ces bases sont aujourd’hui des bornes historiques. Elles permettent de visualiser l’emprise au sol et l’ampleur de l’installation, marquant le paysage d’une empreinte indélébile.

Gros plan sur un bloc de béton massif avec des tiges de métal rouillé dépassant de sa structure, vestige d'un poteau de télébenne entouré par une végétation sauvage dense. Photo de 2015.

Vestiges d’un pylône de télébenne : la reconquête végétale (2015).
Un massif de béton brut, reste d’un poteau porteur intermédiaire, se laisse peu à peu envahir par la nature sauvage.

L’archéologie industrielle : Une nouvelle façon de visiter la Matheysine

Visiter le site de Versenat aujourd’hui, c’est pratiquer l’archéologie de terrain. C’est un lieu privilégié pour comprendre comment l’industrie a façonné la topographie locale.

  • Le Terril de Versenat : À proximité des bases de pylônes, cette montagne artificielle de schiste noir témoigne de l’accumulation des matériaux transportés pendant des décennies.

  • La lecture du tracé : En alignant les socles restants, on peut encore deviner la ligne droite parfaite que suivaient les bennes au-dessus de la vallée.

  • Compléter la visite : Pour comprendre le fonctionnement de ces machines, un passage par le Musée de la Mine Image (à la Motte-d’Aveillans) est indispensable pour voir des maquettes et des archives d’époque.

Gros plan sur un vestige métallique rouillé sortant d'un socle en béton, entouré par la nature sauvage près d'un ancien télébenne.

Vestige métallique non identifié émergeant d’un massif en béton, ancienne gare d’arrivée du télébenne. Photo prise en 2015.

Conclusion : Préserver la mémoire de la pierre

Le télébenne de Versenat a peut-être perdu ses membres d’acier, mais son squelette de pierre raconte toujours l’histoire de la sueur et du labeur des mineurs du Dauphiné. Ces vestiges sont essentiels pour ne pas oublier que sous ces pâturages paisibles battait autrefois le cœur industriel de la France.

Vestige de structure métallique verticale ancrée dans un massif de bétonnage, photographie d'archive 2015.

Détail d’une fondation avec vestige de poteau métallique (cliché de 2015).

1. La diversité des métiers : Une usine à ciel ouvert

Le personnel du jour était extrêmement stratifié. On y trouvait trois grands pôles :

  • Le traitement (Lavoirs et Cribles) : C’est le secteur le plus dur. L’anthracite sortant de la mine est mélangé à du schiste (stérile). Au Villaret ou aux Rioux, les ouvriers (et longtemps les ouvrières) triaient le charbon sur des tapis roulants.

  • Les Ateliers Centraux : Forgerons, mécaniciens, électriciens, menuisiers. C’était l’élite technique. Ils réparaient les marteaux-piqueurs, entretenaient les bennes et les câbles des puits. Sans eux, le fond s’arrêtait.

  • Les « Grands Bureaux » et l’administratif : Comptables, géomètres, ingénieurs et personnel médical. Ils géraient la paie, les plans des galeries et la santé des mineurs.

2. Les conditions de travail : Bruit, poussière et froid

Contrairement au fond où la température est constante (environ 15-18°C à La Mure), le personnel du jour subissait le climat rude du plateau matheysin.

  • L’exposition aux éléments : Dans les installations de triage (souvent de grands hangars en tôle mal isolés), les ouvriers travaillaient dans un froid glacial l’hiver, avec des courants d’air permanents.

  • La poussière et le bruit : Les cribles (tamis géants) et les concasseurs généraient un vacarme assourdissant et une poussière fine d’anthracite, tout aussi nocive que celle du fond. Les « trieurs » finissaient la journée aussi noirs que ceux qui remontaient du puits.

  • Le danger mécanique : Si le risque d’éboulement était absent, le danger venait des machines, des courroies de transmission et du mouvement incessant des trains du SGLM (Chemin de fer de La Mure) qui manoeuvraient sous les trémies.

3. La place singulière des femmes : Les « Trieuses »

Le bassin de La Mure a longtemps employé des femmes au jour, une pratique qui a perduré jusqu’aux années 1960-70.

  • Le triage manuel : Elles étaient affectées au retrait des pierres sur les tapis de charbon. C’était un travail répétitif, épuisant pour le dos et les mains, effectué dans une atmosphère saturée de poussière.

  • Évolution : Avec la modernisation des lavoirs (séparation par densité dans des bains de liqueur dense), leur nombre a diminué, les postes devenant plus techniques et masculinisés.

4. Vie sociale et Statut : Mineurs à part entière

Un point crucial : le personnel du jour bénéficiait du Statut du Mineur de 1946.

  • Mêmes avantages : Ils avaient droit au logement gratuit (les cités), au charbon de chauffage, aux soins gratuits à la Société de Secours minière et aux colonies de vacances pour leurs enfants.

  • La retraite : C’était le point de friction majeur. Les ouvriers du jour devaient travailler plus longtemps que ceux du fond (qui partaient à 50 ou 55 ans) pour obtenir leur retraite à taux plein. Cela créait une distinction sociale nette au sein de la cité.

5. La dynamique « Jour / Fond » : Une solidarité complexe

  • Le complexe de la surface : Il existait parfois une tension symbolique. Les mineurs du fond se considéraient comme les seuls « vrais » mineurs, ceux qui risquaient leur vie. Les gens du jour étaient parfois vus comme des privilégiés, bien que leur travail soit essentiel.

  • L’union dans la lutte : Lors des grandes grèves (1948, 1963), cette distinction disparaissait. Le personnel du jour (notamment les ateliers et le transport) était le premier à bloquer l’outil de production pour soutenir les revendications globales.

  • La sentinelle du drame : Le personnel du jour était le premier témoin des accidents. C’est eux qui voyaient arriver les ambulances au carreau de la mine et qui géraient l’angoisse des familles accourant aux grilles du puits.

6. L’héritage architectural

Aujourd’hui, les vestiges les plus visibles à La Mure sont ceux du « Jour » :

  • Le Puits du Villaret et son chevalement (classé).

  • Les Grands Bureaux qui témoignent de la puissance administrative des HBD.

  • Les Ateliers reconvertis pour certains en zones d’activités.

Foire Aux Questions vestiges télébennes de Versenat

Une télébenne est un système de transport aérien par câbles (similaire à un téléphérique) utilisé pour acheminer le charbon brut depuis les points d’extraction escarpés vers les centres de traitement (lavoirs) ou les gares d’expédition. En Matheysine, ce mode de transport était privilégié pour franchir les reliefs accidentés du plateau.

La télébenne de Versenat servait à évacuer les stériles extrait depuis le lavoir (commune de La Motte-d’Aveillans) vers le terril des combes du Villaret. Elle permettait un flux continu des stériles sans dépendre des contraintes du transport routier ou ferroviaire au sol.

Le relief du plateau matheysin est marqué par des ruptures de pente importantes. La télébenne offrait une solution directe « à vol d’oiseau », beaucoup moins coûteuse à construire et à entretenir qu’une ligne de chemin de fer en montagne, tout en garantissant un débit constant de plusieurs tonnes par heure.

L’activité de la télébenne a décliné avec la restructuration des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD) dans la seconde moitié du XXe siècle. Les vestiges actuels datent de l’époque où le bassin minier de La Mure était à son apogée industrielle, avant la construction d’un nouveau lavoir en 1968.

On peut encore observer des structures en béton armé, notamment les embases des pylônes et des éléments de la station de chargement. Ces vestiges font désormais partie intégrante du paysage de l’archéologie industrielle locale, témoins de la robustesse des constructions minières.d’Aveillans.

Le site est accessible via des sentiers de randonnée sur le plateau matheysin. Cependant, il s’agit de ruines industrielles non sécurisées : la prudence est de mise. Pour une compréhension complète du système, il est recommandé de coupler cette visite avec celle du Musée de La Mine Image à La Motte-d’Aveillans.

Poursuivez votre exploration

« Ce chantier de rénovation est donc un témoin précieux de l’héritage ferroviaire de la Matheysine...« 

« …les travaux de restauration est aujourd’hui une élément incontournable sur le Petit Train de La Mure.« 

« …l’effondrement catastrophique de La Clapisse » (A venir)

Sources et sites officiels 

1. Institutions et Musées (Contexte Historique)

  • La Mine Image : C’est le musée de référence situé à La Motte-d’Aveillans. Leur site offre un excellent contexte sur les Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD).

  • Archives Départementales de l’Isère : Indispensable pour mentionner les fonds d’archives (série S ou fonds des HBD) que les chercheurs peuvent consulter.

2. Cartographie et Archéologie du Paysage (Outils d’Historien)

  • Géoportail – Remonter le temps : Le lien le plus important. Il permet de comparer les photos aériennes de 1950-1965 (où la télébenne était encore en activité ou visible) avec les vues actuelles. On y voit très bien le tracé des câbles à l’époque.

  • L’Inventaire du Patrimoine de l’Isère : Pour vérifier si le site de Versenat ou le triage-lavoir du Villaret sont répertoriés dans l’inventaire général du patrimoine culturel.

3. Ressources Techniques (Transport par câble)

Bibliographie 

  • 1. Revues et Bulletins Spécialisés

    • Association Mémoire des Mines de la Mure, Bulletins annuels de l’association.

      • Pourquoi : Ces bulletins contiennent souvent des monographies sur des sites spécifiques comme Versenat, avec des plans d’époque et des témoignages d’anciens mineurs sur le fonctionnement des télébennes.

    • L’Alpe (Revue), Le Peuple du Charbon, Numéro spécial consacré aux mines de La Mure.

      • Pourquoi : Pour une approche plus iconographique et paysagère de l’impact de l’industrie sur le plateau matheysin.

    2. Rapports Techniques et Archives (Sources primaires)

    • Archives Départementales de l’Isère (ADI), Série S (Travaux publics et transports) et Série M (Industrie).

      • Pourquoi : Pour consulter les dossiers de concession et les plans de construction des transporteurs aériens (souvent déposés par les sociétés constructrices comme Bleichert ou Pohlig).

    • Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD), Rapports annuels de gestion (1946-1997).

      • Pourquoi : Pour obtenir les chiffres de production et les investissements réalisés sur la branche de Versenat.

    3. Ressources en ligne vérifiées

    • Musée de La Mine ImageFonds documentaire sur les transports miniersmine-image.fr.

    • Ministère de la CultureBase Mérimée : Inventaire du patrimoine industriel (Mines de La Mure).

Voir la carte de la gare d’arrivée

Voir la carte du poteau intermédiaire

Galerie Photos

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Photo historique de 2017 de la Piste Noire, une ancienne route minière surplombant la cité nouvelle de la centrale à Fontveille

La Piste Noire de Bois Freynet : Une cicatrice minière témoin du passé houiller dauphinois

En 1983, un chantier colossal se préparait dans le massif du Dauphiné : l’exploitation à ciel ouvert de la zone de Bois Freynet par les Houillères du Bassin Dauphinois (HBD). Un défi logistique de taille se posait : comment accéder à ce site isolé pour extraire le précieux charbon ? La réponse fut la création d’une artère singulière, une route au nom évocateur : la Piste Noire.

La Piste Noire. Un nom qui résonne avec l’histoire industrielle du Dauphiné. Bien plus qu’un simple chemin, elle est le témoin d’une époque où l’extraction du charbon façonnait le paysage et la vie des hommes. Découvrez l’histoire de cette route singulière, construite à partir de déchets miniers, et devenue aujourd’hui un lieu de mémoire et de loisirs.

Informations pratiques

Model

Voici une fiche technique sous forme de tableau pour la Piste Noire, reprenant les informations pertinentes et les organisant de manière concise :

Caractéristique Description
Nom Piste Noire
Localisation Bassin Dauphinois, Massif du Dauphiné, secteur de Bois Freynet et Fontveille, Susville. Voir carte en pied d’article.
Période de Construction 1983
Période d’Utilisation 1983 – 1986 (Exploitation à ciel ouvert de Bois Freynet)
Fonction Principale Accès à la zone d’exploitation minière de Bois Freynet ; Transport du charbon vers le lavoir du Villaret.
Type de Revêtement Schistes (déchets miniers issus de l’extraction du charbon)
Utilisation Actuelle Sentier de randonnée, VTT, potentiel pour 4×4 (à vérifier la réglementation actuelle)
Impact Environnemental Poussière, pollution sonore et atmosphérique lors de l’exploitation ; Modification du paysage. 
Rôle Historique Témoignage de l’activité minière dans le Bassin Dauphinois; impact sur la vie des habitants de Fontveille.
État Actuel Piste conservée, empruntée par des usagers de loisirs, visible, accessible. La piste est en bonne état.
Gestion/Protection La piste est géré par la commune de Susville

Une route née des entrailles de la mine

Le nom de « Piste Noire » n’était pas anodin. Loin d’être une coquetterie, il reflétait la nature même de son revêtement : des schistes, ces déchets miniers issus de l’extraction du charbon. Ce choix pragmatique permit de stabiliser le terrain accidenté et de créer une voie carrossable capable de supporter un trafic intense.

Avant même l’arrivée des excavatrices et des bulldozers, la Piste Noire devait jouer un rôle crucial. Il fallait d’abord permettre aux camions grumiers de débarder le bois de la zone, préparant ainsi le terrain pour l’exploitation minière.

Ce que nous appelons aujourd’hui la Piste Noire correspond historiquement à la liaison technique entre le carreau du Puits Villaret et le triage-lavoir.

 La « piste noire » constituait l’axe logistique dédié à l’évacuation, par camions-bennes, de l’anthracite issu de la découverte (exploitation à ciel ouvert) de Bois Freynet.

Photo historique de 2017 de la Piste Noire, une ancienne route minière surplombant la cité nouvelle de la centrale à Fontveille

La Piste Noire surplombant la cité nouvelle de Fontveille, vestige de l’exploitation minière de Bois Freynet (photo de 2017).

De l’extraction à la valorisation : La Piste Noire, cordon ombilical de l’anthracite

1. Le « Tout-venant » : un produit brut

À sa sortie de terre, l’anthracite est intimement mêlé à des stériles (principalement des schistes et des grès). Ce mélange est inexploitable en l’état par les chaudières industrielles ou domestiques. La Piste Noire n’était donc pas un simple chemin forestier, mais un axe logistique vital, un véritable « cordon ombilical » reliant le lieu d’extraction à l’Usine de Préparation des Combustibles (UPC).

2. Le Lavoir : l’alchimie de la densité

Au bout de cette piste, les camions bennes déversaient leur cargaison au lavoir. C’est ici que s’opérait la séparation densimétrique :

  • Plongé dans des bacs à pistonnage ou des milieux denses, le charbon (plus léger) flottait, tandis que le schiste (plus lourd) coulait.

  • Cette étape de lavage permettait d’éliminer les impuretés et d’abaisser le taux de cendres, garantissant la pureté exceptionnelle de l’anthracite dauphinois.

3. Le Criblage : la naissance des produits commerciaux

Une fois lavé, le charbon passait au criblage (tri par taille). C’est à ce stade que le combustible gagnait sa valeur marchande et son nom. Il était calibré en différentes catégories selon les besoins du marché :

  • Les Gaillettes et Noisettes pour les poêles domestiques.

  • Les Grains et Petits Grains pour les chaudières.

  • Les Fines pour l’industrie lourde et les centrales thermiques.

4. Une économie de la qualité

C’est précisément ce processus industriel, qui transformait la roche brute en une source d’énergie stratégique. En circulant sur la Piste Noire, l’anthracite entamait sa mutation d’un produit minéral brut vers un produit de luxe énergétique, faisant la fortune et la renommée du plateau de la Matheysine jusqu’en 1997.

Un ballet incessant de camions bennes

L’exploitation à ciel ouvert lancée, la Piste Noire devint l’épine dorsale de toute l’opération. Les camions bennes, chargés de charbon extrait de Bois Freynet, entamaient un ballet incessant en direction du lavoir du Villaret, situé à Susville.

Imaginez la scène : une noria de camions, jour après jour, arpentant la Piste Noire. La poussière soulevée par leurs passages, malgré les tentatives d’arrosage, recouvrait inévitablement le paysage.

Plan sur fond de carte IGN montrant le tracé de la Piste Noire, visualisé par un trait bleu.

Tracé de la Piste Noire superposé à une carte topographique IGN.

La vie quotidienne bouleversée

Le tracé de la Piste Noire traversait la cité nouvelle de la centrale à Fontveille. Pour les habitants, la vie quotidienne était radicalement transformée. Faire sécher son linge au soleil devenait un défi, tant la poussière omniprésente risquait de le souiller.

Cette poussière, cependant, n’était pas la seule nuisance. Il faut également prendre en compte les émissions polluantes de la centrale, qui brûlait un charbon de qualité médiocre, rejetant d’autres particules fines dans l’air ambiant.

1. La diversité des métiers : Une usine à ciel ouvert

Le personnel du jour était extrêmement stratifié. On y trouvait trois grands pôles :

  • Le traitement (Lavoirs et Cribles) : C’est le secteur le plus dur. L’anthracite sortant de la mine est mélangé à du schiste (stérile). Au Villaret ou aux Rioux, les ouvriers (et longtemps les ouvrières) triaient le charbon sur des tapis roulants.

  • Les Ateliers Centraux : Forgerons, mécaniciens, électriciens, menuisiers. C’était l’élite technique. Ils réparaient les marteaux-piqueurs, entretenaient les bennes et les câbles des puits. Sans eux, le fond s’arrêtait.

  • Les « Grands Bureaux » et l’administratif : Comptables, géomètres, ingénieurs et personnel médical. Ils géraient la paie, les plans des galeries et la santé des mineurs.

2. Les conditions de travail : Bruit, poussière et froid

Contrairement au fond où la température est constante (environ 15-18°C à La Mure), le personnel du jour subissait le climat rude du plateau matheysin.

  • L’exposition aux éléments : Dans les installations de triage (souvent de grands hangars en tôle mal isolés), les ouvriers travaillaient dans un froid glacial l’hiver, avec des courants d’air permanents.

  • La poussière et le bruit : Les cribles (tamis géants) et les concasseurs généraient un vacarme assourdissant et une poussière fine d’anthracite, tout aussi nocive que celle du fond. Les « trieurs » finissaient la journée aussi noirs que ceux qui remontaient du puits.

  • Le danger mécanique : Si le risque d’éboulement était absent, le danger venait des machines, des courroies de transmission et du mouvement incessant des trains du SGLM (Chemin de fer de La Mure) qui manoeuvraient sous les trémies.

3. La place singulière des femmes : Les « Trieuses »

Le bassin de La Mure a longtemps employé des femmes au jour, une pratique qui a perduré jusqu’aux années 1960-70.

  • Le triage manuel : Elles étaient affectées au retrait des pierres sur les tapis de charbon. C’était un travail répétitif, épuisant pour le dos et les mains, effectué dans une atmosphère saturée de poussière.

  • Évolution : Avec la modernisation des lavoirs (séparation par densité dans des bains de liqueur dense), leur nombre a diminué, les postes devenant plus techniques et masculinisés.

4. Vie sociale et Statut : Mineurs à part entière

Un point crucial : le personnel du jour bénéficiait du Statut du Mineur de 1946.

  • Mêmes avantages : Ils avaient droit au logement gratuit (les cités), au charbon de chauffage, aux soins gratuits à la Société de Secours minière et aux colonies de vacances pour leurs enfants.

  • La retraite : C’était le point de friction majeur. Les ouvriers du jour devaient travailler plus longtemps que ceux du fond (qui partaient à 50 ou 55 ans) pour obtenir leur retraite à taux plein. Cela créait une distinction sociale nette au sein de la cité.

5. La dynamique « Jour / Fond » : Une solidarité complexe

  • Le complexe de la surface : Il existait parfois une tension symbolique. Les mineurs du fond se considéraient comme les seuls « vrais » mineurs, ceux qui risquaient leur vie. Les gens du jour étaient parfois vus comme des privilégiés, bien que leur travail soit essentiel.

  • L’union dans la lutte : Lors des grandes grèves (1948, 1963), cette distinction disparaissait. Le personnel du jour (notamment les ateliers et le transport) était le premier à bloquer l’outil de production pour soutenir les revendications globales.

  • La sentinelle du drame : Le personnel du jour était le premier témoin des accidents. C’est eux qui voyaient arriver les ambulances au carreau de la mine et qui géraient l’angoisse des familles accourant aux grilles du puits.

6. L’héritage architectural

Aujourd’hui, les vestiges les plus visibles à La Mure sont ceux du « Jour » :

  • Le Puits du Villaret et son chevalement (classé).

  • Les Grands Bureaux qui témoignent de la puissance administrative des HBD.

  • Les Ateliers reconvertis pour certains en zones d’activités.

Un héritage complexe

Aujourd’hui, la Piste Noire de Bois Freynet est bien plus qu’un simple chemin. Elle est une cicatrice dans le paysage, un témoin silencieux d’une époque révolue, celle de l’exploitation minière à grande échelle dans le Bassin Dauphinois. Elle rappelle la dureté des conditions de travail, l’impact environnemental et les compromis nécessaires pour assurer la production d’énergie.

Cette piste noire, symbole d’une activité industrielle intense, soulève encore aujourd’hui des questions sur la gestion des héritages miniers et la nécessité d’une transition énergétique juste et durable. Elle nous invite à nous souvenir du passé pour mieux construire l’avenir.

Foire Aux Questions la piste Noire

Son nom vient directement de sa composition. Contrairement aux routes classiques en remblai calcaire (gris ou blanc), cette piste a été construite à partir de stériles miniers, principalement des schistes noirs extraits des mines de charbon locales. Cette couleur sombre caractéristique l’a immédiatement distinguée dans le paysage.

La piste a été aménagée en 1983 par les Houillères du Bassin Dauphinois (HBD). Elle était indispensable pour ouvrir le chantier d’exploitation à ciel ouvert (appelé « la découverte ») de la zone de Bois Freynet.

La Piste Noire avait une double fonction logistique :

  • Au début : Permettre l’accès aux engins de terrassement et le passage des camions grumiers pour déboiser la zone.

  • En phase d’exploitation : Assurer la « noria » (le va-et-vient incessant) des camions bennes transportant le charbon brut depuis Bois Freynet jusqu’au lavoir du Villaret, à Susville, pour y être traité.

Le passage des camions à proximité de la cité nouvelle de la centrale entraînait d’importantes retombées de poussière noire. Malgré l’arrosage régulier de la piste pour limiter les envols, il était quasiment impossible pour les riverains de faire sécher leur linge dehors ou de garder les habitations propres. À cela s’ajoutaient le bruit des moteurs et les fumées de la centrale thermique voisine.

L’activité a été intense mais relativement courte. Le chantier de Bois Freynet ayant pris fin en 1986, la piste a été abandonnée par les Houillères seulement trois ans après sa création, suite à l’épuisement ou à l’arrêt de l’exploitation de cette zone.

Oui, la piste existe toujours. Bien qu’elle ne soit plus entretenue pour le passage de poids lourds, elle est devenue un itinéraire prisé par les promeneurs, les vététistes et, dans certaines zones autorisées, par les véhicules tout-terrain (4×4). Elle constitue désormais un sentier de mémoire permettant de découvrir les paysages transformés du bassin minier.

Le charbon empruntant la piste était acheminé vers le lavoir du Villaret à Susville. C’est là que le minerai était trié, lavé et calibré avant d’être expédié vers les clients industriels ou domestiques.

Poursuivez votre exploration

« Retrouvez l’exploitation de Bois Freynet« 

« .Suivez nous sur l’histoire des Houilleres du Bassin Dauphinois HBD« 

Sources et sites officiels 

1. Contextualisation Historique et Technique

  • La Mine Image (Musée souterrain de la Mine) : C’est le site de référence pour comprendre l’extraction dans le Dauphiné. Ils ont des ressources sur les Houillères du Bassin Dauphinois (HBD).

  • Mémoire d’Obiou : Cette association d’histoire locale publie des articles de fond sur le patrimoine de la Matheysine, notamment sur l’époque des « découvertes » (mines à ciel ouvert).

2. Cartographie et Évolution du Paysage (Essentiel pour la Piste)

  • Géoportail – Remonter le temps (IGN) : Ce lien est crucial pour vos lecteurs. Il permet de comparer les photos aériennes de 1983 (pendant l’exploitation) avec celles d’aujourd’hui pour voir le tracé de la Piste Noire.

  • Inventaire des Réseaux Spéciaux (Fiches Ferroviaires/Minières) : Ce site répertorie souvent les anciens tracés techniques (plans inclinés, voies de camions) liés aux mines. (Rechercher « Bassin Dauphinois »).

3. Localisation et Patrimoine Local

  • Mairie de Susville : La Piste Noire reliait Bois Freynet au Villaret (Susville). Le site de la commune évoque parfois son passé minier.

  • Patrimoine de l’Isère : La page du Département dédiée au patrimoine industriel.

4. Archives et Documents d’Époque

  • Archives Départementales de l’Isère : Pour les lecteurs qui souhaitent consulter les fonds d’archives des HBD (Houillères du Bassin Dauphinois).

  • Archives Nationales du Monde du Travail (ANMT) : Ils conservent des dossiers sur les fermetures de mines et les reconversions de sites.

Bibliographie 

  • 1. Ouvrages de référence (Histoire Générale)

    • BILLET, Jean. La Matheysine : Étude de géographie régionale. Imprimerie Allier, 1963.

      • Pourquoi ce livre ? Bien que plus ancien, il permet de comprendre la topographie complexe de la zone entre Susville et Fontveille avant les grands bouleversements des « découvertes ».

    2. Études et Publications Locales (Le plus précis sur Bois Freynet)

    • ASSOCIATION MÉMOIRE D’OBIOU. Bulletins annuels de la revue « Mémoire d’Obiou ».

      • Vérification : Consultez notamment le n° 18 (2013) et le n° 23 (2018). Cette revue de référence pour l’histoire locale contient des témoignages d’anciens mineurs et des précisions sur les sites de Susville et les chantiers de surface des années 80.

    • COLLECTIF. Le Bassin Minier Dauphinois : Regards Croisés. Édité par le Musée de la Mine Image, 2005.

      • Contenu : Analyse l’évolution des paysages miniers et l’impact des déchets de schistes sur l’environnement.

    3. Rapports Techniques et Archives (Sources primaires)

    • HOUILLÈRES DU BASSIN DAUPHINOIS (HBD). Rapports annuels d’activité (1982, 1983, 1986).

      • Localisation : Archives Départementales de l’Isère (Fonds des Houillères).

      • Détails : Ces documents administratifs valident les dates de mise en service de la piste et les tonnages évacués vers le lavoir du Villaret.

    • CHARBONNAGES DE FRANCE. Archives de la fermeture du Bassin Dauphinois.

      • Contenu : Plans de remise en état des sites (ou abandon des pistes) après 1986.

    4. Ressources Cartographiques

    • INSTITUT GÉOGRAPHIQUE NATIONAL (IGN). Carte Topographique 3336OT (La Mure / Valbonnais).

      • Note : Utile pour identifier le tracé actuel de la piste devenu chemin de randonnée.

Vestiges en pierre de taille de l'entrée de la galerie de la poudrière du Villaret, mine de Susville en Isère, photographie de 1999.

La Poudrière du Villaret : Secret des Mines de Susville

Plongez au cœur de l’ingénierie minière du Dauphiné en découvrant ce vestige stratégique, autrefois garant de la sécurité des mineurs de l’Isère.

Comment les mineurs de l’Isère domptaient-ils le danger des explosifs ? Explorez l’histoire de la poudrière du Villaret à Susville, un vestige stratégique du patrimoine minier du Dauphiné. Entre ingénierie de pointe et rituels de sécurité draconiens, découvrez comment ce site méconnu protégeait les ouvriers au cœur des mines de charbon de la Matheysine

Informations pratiques

Caractéristique Détails de l’ouvrage
Nom de l’ouvrage Galerie de la Poudrière du Villaret
Localisation Susville, Isère (38) – Lieu-dit Versenat
Bassin Minier Bassin de la Matheysine (Extraction d’anthracite)
Implantation Niveau 12 (au-dessus du carreau du Villaret)
Coordonnées GPS 44.921847, 5.777846
Fonction Stockage sécurisé des explosifs et détonateurs
Type de construction Galerie souterraine voûtée avec chambre de décompression
Matériaux de sécurité Métaux non ferreux (bronze, étain) pour éviter les étincelles
Équipement du personnel Sandales de cuir souple (sans clous) et lampes de sûreté
Statut actuel Site remblayé et sécurisé en 1997 (Bâtiments rasés)
Accessibilité Extérieurs visibles, accès intérieur impossible car détruit

L’usage de la poudre : un mal nécessaire dans les mines d’Isère

Au cœur des mines du plateau de la Matheysine, l’abattage de la roche nécessitait l’usage intensif d’explosifs. Si la poudre a permis de décupler la productivité, elle a aussi introduit un risque permanent : la déflagration accidentelle.

Pour stocker ces substances hautement instables, les compagnies minières ne laissaient rien au hasard. Contrairement aux petites exploitations qui se contentaient d’un simple renfoncement, les grandes mines comme celle du Villaret disposaient de galeries spécifiquement conçues pour isoler le danger.

Vue de l'emplacement probable de l'ancienne galerie de la poudrière du Villaret à Susville (Isère) en 1999, après les travaux de mise en sécurité du site minier.

Sur les traces de la poudrière (1999). Photographie prise deux ans après le remblaiement du site, montrant le secteur présumé de l’entrée de la galerie au niveau 12 du carreau du Villaret.

L’ingénierie de la poudrière : une architecture du souffle

Si l’aspect extérieur de la poudrière du Villaret semble modeste, sa conception interne répond à des calculs d’ingénierie civile minière d’une grande précision. Contrairement à une galerie de roulage classique, une poudrière souterraine (comme celle du niveau -12) est conçue pour fragmenter et canaliser l’énergie.

1. La chicane de décompression : le brise-souffle

L’élément le plus stratégique d’une poudrière n’est pas sa porte blindée, mais la géométrie de sa galerie d’accès. Le plan type présente systématiquement un tracé en chicane (en « S » ou en « T »).

  • La raison : En cas de déflagration accidentelle, l’onde de choc se déplace de manière rectiligne. En frappant un mur de roche perpendiculaire (le « mur de dérivation »), l’onde perd l’essentiel de son énergie cinétique avant d’atteindre le puits ou les zones de vie. C’est ce qu’on appelle la rupture de charge du souffle.

2. L’isolement en cellules (niches de stockage)

Au Villaret, les explosifs n’étaient pas entassés dans une salle unique. Le plan de masse révèle une série de niches latérales creusées dans le rocher :

  • Chaque niche était séparée de la suivante par un pilier de protection d’une épaisseur calculée (souvent plusieurs mètres de roche en place).

  • Cette disposition empêche l’effet de « sympathie » : si une cartouche explose dans une cellule, l’onde de choc et la chaleur ne doivent pas pouvoir déclencher l’explosion de la cellule voisine.

3. La voûte : entre pression lithostatique et onde de choc

La forme en fer à cheval de la galerie (voûte plein cintre) répond à un double impératif :

  • Résistance externe : Supporter la pression des terrains (pression lithostatique), 

  • Résistance interne : En cas d’explosion, la forme voûtée répartit la pression sur les parois (les piédroits) plutôt que sur un plafond plat qui s’effondrerait instantanément, obstruant tout secours.

  • La ventilation naturelle : La courbure de la voûte favorise la circulation d’un filet d’air constant, indispensable pour maintenir les explosifs nitratés au sec, ces derniers étant extrêmement sensibles à l’humidité (hydrophilie).

4. Le radier et l’évacuation des eaux

Le sol (le radier) de la poudrière était souvent bétonné et légèrement incliné vers une rigole latérale. L’objectif était d’empêcher toute stagnation d’eau, qui aurait pu altérer les caisses d’explosifs ou, pire, favoriser la décomposition chimique de certaines dynamites anciennes.

Note

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Nous ne possédons hélas aucune photographie de la poudrière, ces lieux étant par nature interdits d’accès et protégés par le secret industriel et sécuritaire. La seule trace technique dont nous disposions est un plan de situation des galeries des secteurs du Peychagnard et du Villaret, établi par le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) lors des campagnes de mise en sécurité du bassin. Ce document est consultable en mairie de Susville.

Vestiges en pierre de taille de l'entrée de la galerie de la poudrière du Villaret, mine de Susville en Isère, photographie de 1999.

Derniers témoignages de la poudrière du Villaret (1999). L’appareillage soigné en pierre de taille souligne l’importance stratégique et la solidité de cet édifice, conçu pour isoler les explosifs de la mine.

Sandales de cuir et lampes protégées : le rituel de sécurité

Entrer dans la poudrière du Villaret exigeait une discipline de fer. Pour éviter toute étincelle fatidique (le redoutable « point chaud »), des mesures draconiennes étaient appliquées :

  1. Zéro métal ferreux : Toutes les charnières et parties métalliques étaient fabriquées en bronze ou en étain, des métaux qui ne produisent pas d’étincelles en cas de choc.

  2. L’habillement : Le gardien de la poudrière troquait ses sabots cloutés contre des sandales souples. Le règlement de sécurité imposait souvent des vêtements sans poches extérieures (pour éviter les vols ou les oublis de cartouches)

  3. L’éclairage : Le feu nu étant proscrit, on utilisait des lampes à pétrole dotées d’un grillage de protection spécifique pour isoler la flamme de l’atmosphère ambiante.

  4. La gestion des explosifs au Villaret n’était pas qu’une question de rituels, mais répondait à des règlements d’administration publique extrêmement stricts. Le stockage et la manipulation de la dynamite et des détonateurs étaient régis par le décret du 2 mai 1960 (portant règlement général sur l’exploitation des mines de combustibles minéraux solides) et, antérieurement, par les circulaires et arrêtés du Service des Mines.

  5. La poudrière n’était en rien un lieu occulte, mais un organe administratif et sécuritaire névralgique. Chaque mouvement de stock était consigné dans des registres de contrôle obligatoires. L’entrée et la sortie du personnel, le port de vêtements sans poches ou de chaussures sans clous ferreux, ainsi que l’interdiction stricte de tout objet pouvant produire une étincelle, n’étaient pas des coutumes, mais des consignes de sécurité impératives édictées pour prévenir tout risque de déflagration accidentelle.

  6. La conformité de ces installations était régulièrement vérifiée par l’Ingénieur des Mines (représentant le « Contrôle »). Ce dernier s’assurait non seulement de la solidité architecturale de l’ouvrage (murs de dérivation, merlons de protection, aération naturelle), mais aussi de la stricte application des règlements de police des mines. Ces inspections garantissaient que la poudrière restait un sanctuaire technique isolé, protégé des risques d’incendie et de malveillance.
  7. L’éclairage : C’est un point souvent oublié. Dans une poudrière, l’éclairage devait être de sûreté (souvent des niches vitrées éclairées par l’extérieur ou des lampes électriques antidéflagrantes spécifiques). Préciser ce détail renforce l’aspect « haute sécurité » du lieu.

  8. Le retour des ratés : Précisez que la poudrière gérait aussi le retour des « ratés » (explosifs n’ayant pas sauté), qui faisaient l’objet d’une procédure de destruction ou de stockage à part, extrêmement surveillée.
  9. Les explosifs quittaient la poudrière : les sacs de toile ou les caissettes en bois (souvent appelées « poudriers ») portées par le boutefeu ou son aide.

La poudrière du Villaret (1948-1997) : Stockage des explosifs brisants et contrôle du Service des Mines

Contrairement à une idée reçue, la poudrière du Villaret ne stockait pas de la « poudre noire », reléguée depuis la fin du XIXe siècle aux travaux de carrière secondaires. Durant la période d’activité intensive du puits (1948-1997), le Service des Mines imposait l’usage d’explosifs brisants industriels de haute technologie.

On y trouvait principalement des explosifs nitratés et des grisoudynamites, classés « de sûreté » (SGP). Ces produits étaient spécifiquement conçus pour l’abattage de l’anthracite et le creusement des galeries au rocher, avec des propriétés limitant le risque d’inflammation des poussières et des gaz de mine.

La conception même du bâtiment répondait à ces contraintes techniques : il fallait maintenir un taux d’hygrométrie faible pour éviter l’altération des nitrates, et une température stable pour prévenir toute exsudation de la nitroglycérine.

L’amorçage ne se faisait plus par mèche lente (mèche de mineur), mais par des détonateurs électriques à retard ou micro-retard. Ces derniers étaient stockés séparément de l’explosif principal. Ce système permettait de déclencher les tirs à distance, garantissant ainsi une sécurité maximale pour les boutefeux et une meilleure fragmentation du gisement. Le tout était placé sous le contrôle permanent de l’Ingénieur des Mines, garant de l’application des décrets de sécurité de 1946 et 1960. 

Note

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Le rôle du boutefeu : Ce n’est pas un simple ouvrier, c’est un agent spécialisé possédant un agrément technique. Il est le seul habilité à percevoir les explosifs en poudrière contre signature du registre de consommation.

Dessin technique en noir et blanc montrant le schéma d'une petite construction isolée en pierre, identifiée comme une poudrière de mine. Le schéma présente une vue en coupe et une vue de dessus avec des annotations indiquant les murs de soutènement, la porte d'entrée blindée et les conduits d'aération.

Schéma technique d’une poudrière de surface, vestige de l’exploitation des mines de cuivre de Saint-Véran (Hautes-Alpes).

L’organisation sociale et le circuit de l’explosif : du jour au fond

La poudrière du Villaret n’était pas un simple lieu de stockage, mais le pivot d’une organisation spatiale et humaine rigoureuse, articulée autour de la figure centrale du boutefeu.

1. La distribution : une comptabilité de fer

Chaque début de poste commençait par un rituel immuable. Le poudrier (agent responsable du dépôt) ouvrait le site au seul personnel habilité : les boutefeux. Ces derniers, titulaires d’un certificat de préposé au tir, ne recevaient leurs cartouches qu’après présentation d’un bon de commande signé par le porion (chef de chantier).

Chaque bâton d’explosif nitraté et chaque détonateur était consigné dans un registre d’entrée/sortie. Cette « comptabilité matière » interdisait tout écart : à la fin du poste, le boutefeu devait impérativement restituer les invendus ou justifier chaque détonation. La poudrière était donc un lieu de contrôle administratif permanent, sous l’autorité lointaine mais réelle de l’Ingénieur des Mines.

2. Le transport : la séparation des flux

Le trajet de l’explosif vers le front de taille suivait un protocole de sécurité strict pour éviter toute détonation accidentelle durant le transport :

  • L’explosif était transporté dans des caissettes en bois ou des sacs de cuir spéciaux, portés à l’épaule ou placés dans des berlines dédiées, signalées par des codes couleurs ou des plaques spécifiques.

  • Les détonateurs voyageaient systématiquement à part, dans des boîtes blindées fermées à clef, portées par le boutefeu lui-même.

Cette séparation spatiale (explosif d’un côté, amorçage de l’autre) se maintenait jusqu’au dernier moment, juste avant le chargement des trous de mine.

3. L’articulation avec le front de taille

Une fois descendu par le puits du Villaret, l’explosif pouvait transiter par des dépôts auxiliaires souterrains (souvent de simples niches aménagées et cadenassées dans le rocher) avant d’atteindre le chantier de traçage ou la taille.

Le boutefeu était le dernier maillon de cette chaîne. Seul détenteur de la clé de la « boîte à feu » et de la poignée de l’exploseur, il était le maître du temps et de la sécurité du chantier. Cette autonomie, couplée à la dangerosité de sa mission, lui conférait un statut social particulier au sein de la communauté minière : un ouvrier hautement qualifié, garant de l’avancement mais aussi de la vie de ses camarades.

Le rôle du Porion : C’est lui qui coordonnait le tir dans le cycle de travail (abattage, chargement, soutènement), faisant de la poudrière le « pouls » de la production.

Le carreau du Villaret : un patrimoine aujourd’hui disparu

La poudrière était stratégiquement située au niveau 12, légèrement en surplomb du « carreau » (l’ensemble des installations de surface). Adossée à la montagne pour une protection naturelle maximale, elle faisait partie intégrante du paysage industriel de Susville.

Malheureusement, le temps et les impératifs de sécurité moderne ont eu raison de cet édifice. En 1997, lors des travaux de mise en sécurité du site, les bâtiments extérieurs ont été rasés et la galerie remblayée. Aujourd’hui, seuls quelques fragments de béton épars témoignent encore de son emplacement exact au lieu-dit Versenat.

Le poste de gardien de la poudrière (ou magasinier d’explosifs) aux HBD est l’un des rôles les plus singuliers et les plus méconnus de la mine. C’est un métier de l’ombre, régi par une discipline quasi militaire, où la solitude côtoie une responsabilité écrasante.

En tant qu’historien, je peux vous brosser le portrait de cet homme (car c’était exclusivement masculin) qui détenait littéralement les clés de la puissance de feu de la mine.


1. Les conditions de travail : « Une solitude sous haute surveillance »

Travailler à la poudrière, c’est travailler à l’écart du reste de la communauté minière. Pour des raisons de sécurité évidentes, les poudrières des HBD (comme celle située près du puits du Villaret ou des Rioux) étaient isolées du carreau de la mine, souvent nichées dans des vallons ou protégées par des merlons de terre.

  • Le climat et l’isolement : Le gardien passe ses journées dans un bâtiment souvent exigu, aux murs épais, conçu pour diriger le souffle d’une éventuelle explosion vers le haut. Sur le plateau de La Mure, à 900 m d’altitude, cela signifie des hivers glaciaux dans un local où l’on ne peut pas installer n’importe quel système de chauffage (tout doit être antidéflagrant).

  • La rigueur administrative : Le gardien n’est pas un manutentionnaire, c’est un comptable. Chaque cartouche de dynamite (grisounite, gomme, etc.) et chaque détonateur est numéroté. Il doit tenir des registres d’une précision absolue. Une seule cartouche manquante déclenchait immédiatement une enquête de la Gendarmerie et de la Direction des Mines.

  • La sécurité drastique : Le gardien veille au respect de protocoles de sécurité qui ne tolèrent aucune erreur : interdiction absolue de fumer, contrôle des chaussures (pas de clous en fer qui pourraient produire une étincelle, utilisation de sabots de bois ou de chaussures à semelles de caoutchouc), et stockage strictement séparé des explosifs et des détonateurs.

2. Le rythme social : Le point de passage obligé

Bien qu’isolé physiquement, le préposé à la poudrière occupe un poste stratégique dans la chaîne de production.

  • Le rendez-vous des boutefeux : C’est lui qui voit passer, au début de chaque poste, les boutefeux (les mineurs spécialisés dans les tirs de mine). C’est un moment de sociabilité intense mais bref. Le gardien distribue les explosifs dans des sacoches en cuir ou en toile goudronnée. Il connaît chaque boutefeu, ses habitudes, et sa rigueur.

  • Une confiance absolue de la hiérarchie : Le gardien est choisi parmi les employés les plus stables, les plus calmes et les plus fiables. Il est souvent un ancien du fond, parfois reclassé pour raison de santé, mais dont la moralité est irréprochable. Aux yeux de la direction des HBD, c’est un homme de confiance totale.

3. Perception sociale : Un statut à part

Dans la hiérarchie sociale de la mine, le gardien de la poudrière a une image ambivalente :

  • Le « planqué » ? Pour certains mineurs de fond qui s’échinent dans la poussière et le bruit des marteaux-piqueurs, le garde-poudrière peut passer pour un privilégié. Il est au calme, ne descend pas, et son travail semble « propre ».

  • L’homme du danger : Mais pour la majorité, il est respecté. On sait que s’il y a un incident à la poudrière, il n’aura aucune chance. Il vit au milieu d’un stock capable de raser une partie du quartier. C’est une forme de courage passif mais bien réel.

  • Le garant de l’avancement : Sans lui, le travail du fond s’arrête. Dans le bassin de La Mure, où le rocher (le grès) est très dur, rien ne se fait sans explosif. Le gardien est celui qui fournit « l’énergie » nécessaire pour que les copains du fond puissent faire leur « cycle » et toucher leurs primes.

4. Vie sociale et Statut HBD

Comme tout le personnel du jour, il bénéficie du Statut du Mineur :

  • Logement en cité minière (souvent à proximité pour pouvoir intervenir ou surveiller le site).

  • Chauffage au charbon.

  • Mais sa vie sociale est marquée par cette responsabilité : il ne peut pas vraiment « décrocher ». Même en dehors des heures de service, il reste l’homme qui sait où sont les explosifs, ce qui, dans une région de forte tradition de résistance et de syndicalisme de combat, n’est pas un détail neutre.

Les deux galeries de la poudriere

Le site disposait de deux poudrières aménagées en galerie, l’une située au nord et l’autre au sud. Afin de garantir la sécurité des installations, ces deux structures avaient été conçues avec un plan en « T » ; cette disposition spécifique permettait de briser l’onde de choc et de limiter considérablement les dégâts en cas d’explosion accidentelle. Par ailleurs, devant l’entrée de la galerie sud, se trouvait un petit bâtiment entièrement en bois. Il servait de poste au boutefeu, l’opérateur chargé de la manipulation des dispositifs de mise à feu.

Conclusion : Préserver la mémoire minière du Dauphiné

Si la galerie de la poudrière du Villaret n’est plus visible à l’œil nu, son histoire demeure un pilier de notre compréhension du monde ouvrier. Elle rappelle que derrière chaque tonne de charbon extraite, il y avait une organisation scientifique dévouée à la protection des mineurs.

Explorer ce patrimoine, c’est rendre hommage à ceux qui ont façonné le sous-sol de l’Isère.

Un patrimoine protégé : l’impératif de sécurité et de mémoire

Aujourd’hui, les vestiges de la poudrière du Villaret sont rendus à la forêt et ses accès ont été remblayés lors des campagnes de mise en sécurité définitive du bassin. Si ces lieux suscitent une curiosité légitime, il est impératif de rappeler qu’il est strictement interdit et mortel de tenter de pénétrer dans d’anciens ouvrages miniers.

Au-delà de la violation de la propriété privée, les risques souterrains sont invisibles et foudroyants :

  • Les risques atmosphériques : En l’absence de ventilation forcée, des gaz lourds et asphyxiants (comme le dioxyde de carbone, appelé « stythe » par les mineurs) ou des poches de grisou résiduel peuvent s’accumuler, rendant l’air mortel en quelques secondes.

  • L’instabilité structurelle : Les pressions de terrain et la dégradation des soutènements avec le temps rendent tout effondrement imprévisible.

Le respect de ce patrimoine passe par une observation extérieure et une étude documentaire. Pénétrer dans ces galeries, c’est non seulement se mettre en danger de mort, mais aussi risquer de dégrader les derniers témoins fragiles de l’ingénierie minière du XXe siècle.

Foire Aux Questions poudrière du Villaret

La poudrière était un lieu de stockage hautement sécurisé pour la poudre et les explosifs (comme la dynamite) utilisés pour l’abattage de la roche. Dans les mines de charbon de l’Isère, ces substances étaient indispensables pour percer les galeries de pierre, mais elles représentaient un danger constant d’explosion accidentelle.

La sécurité était draconienne : interdiction stricte de toute flamme ou objet métallique ferreux (source d’étincelles). Le gardien portait des sandales en cuir sans clous et utilisait des outils en bronze ou en étain. La galerie elle-même était conçue avec une « chambre de décompression » pour absorber le souffle d’une éventuelle déflagration.

Non, la galerie n’est plus accessible. Lors de la mise en sécurité du site minier du Villaret en 1997, les bâtiments extérieurs ont été rasés et l’entrée de la galerie a été remblayée pour éviter tout risque d’effondrement ou d’intrusion. Seuls les vestiges extérieurs et l’emplacement sont identifiables par les passionnés d’archéologie industrielle.

La poudrière se trouvait au « niveau 12 » du carreau du Villaret, sur la commune de Susville (38134). Elle était stratégiquement implantée en retrait des autres bâtiments pour protéger les mineurs et les installations de surface en cas d’accident.

Elle témoigne de l’organisation scientifique et de la gestion des risques dans les mines du Dauphiné. C’est un maillon essentiel pour comprendre l’évolution des techniques de sécurité ouvrière au XXe siècle dans le bassin minier de la Matheysine.

Poursuivez votre exploration

Retrouvez l’histoire du puits du Villaret

L’histoire de son terril

Et l’histoire de son exploitation

Sources et sites officiels 

1. Les Incontournables (Patrimoine Local)

2. Ressources Historiques et Techniques

  • Le site de la commune de Susville : Indispensable pour l’ancrage local. La mairie dédie souvent des sections à l’histoire de ses hameaux miniers comme le Villaret.

  • L’Inventaire du Patrimoine d’Auvergne-Rhône-Alpes : Recherchez « Mines de la Mure » ou « Susville » pour accéder aux fiches techniques officielles sur le bâti industriel.

  • Remonter le temps (IGN) : Un outil fantastique pour vos lecteurs. Ils pourront comparer les vues aériennes actuelles du Villaret avec celles des années 1950, quand la mine était en pleine activité.

3. Culture et Archives

Bibliographie 

  • 1. Histoire technique et sécurité minière

    • GUIOLLARD, Pierre-Christian. Les chevalements des houillères françaises. Édition à compte d’auteur, 1993.

      • Pourquoi ce livre ? Pour comprendre l’architecture des « carreaux » de mine (comme celui du Villaret) et l’agencement des bâtiments de surface par rapport aux galeries de stockage (poudrières).

    • ASSOCIATION MÉMOIRE DES MINEURS DE LA MATHEYSINE. Bulletins et hors-séries sur le patrimoine minier.

      • Pourquoi cette source ? Ces publications locales contiennent souvent des témoignages directs de mineurs ayant travaillé au Villaret ou à la poudrière.

    2. Rapports techniques et institutionnels (Pour l’aspect « 1997 »)

    • BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières). Inventaire et mise en sécurité des anciens sites miniers du Dauphiné. Rapports de fin d’exploitation (1997-2000).

      • Pourquoi cette source ? Elle documente précisément les opérations de remblaiement et de démolition mentionnées dans votre article.

    • HBCM (Houillères du Bassin du Centre et du Midi). Archives de la direction des Mines de la Mure. Déposées aux Archives Départementales de l’Isère.

Exploitation minière à ciel ouvert du Bois Freynet en 1982, en noir et blanc.

Bois-Freynet : Mine à ciel ouvert au Peychagnard

L’extraction de l’anthracite à ciel ouvert sur le site de Bois-Freynet au Peychagnard

L’article « La Découverte de Bois-Freynet : Le chantier titanesque du Peychagnard » plonge les lecteurs dans l’histoire méconnue de l’extraction d’anthracite à ciel ouvert dans le Dauphiné. Contrairement aux mines souterraines traditionnelles, ce site du Peychagnard en Isère a été « décapé » par les ingénieurs des Houillères du Bassin Dauphinois pour maximiser la récupération du minerai, modifiant ainsi radicalement le paysage local. Cette méthode, appelée « Découverte », a permis une récupération optimal du minerai et a été privilégiée pour des raisons de sécurité et de géologie, les couches de charbon étant proches de la surface. Le chantier de Bois-Freynet est un exemple de l’impact de l’industrie sur la topographie et complète l’histoire minière de la Matheysine en offrant une perspective unique sur les techniques d’extraction du charbon.

Informations pratiques

Catégorie Description
Nom du Site La Découverte de Bois-Freynet 
Localisation Commune du Peychagnard, Plateau de la Matheysine, Isère
Type de Patrimoine Site minier industriel (mine d’anthracite à ciel ouvert) 
Période d’Activité Sondages 1983, autorisation février 1984, décapage janvier 1985, arrêt juillet 1986
Opérateur Houillères du Bassin Dauphinois (HBD) 
Méthode d’Exploitation « La Découverte » : exploitation à ciel ouvert par « décapage » de la colline 
Caractéristiques – Récupération maximisé du minerai (anthracite).

– Utilisation de pelles mécaniques et de dumpers.

– Modification profonde et durable du paysage, créant un « immense amphithéâtre en gradins ».

Objectifs de la Méthode – Maximiser la récupération du gisement, y compris les piliers laissés par d’anciens travaux.

– Exploiter des couches de charbon proches de la surface où l’extraction souterraine était trop dangereuse.

Héritage – Une « cicatrice historique » témoignant de l’intensité de l’activité industrielle.

– Un site complémentaire à la visite de la mine souterraine « Mine Image » pour comprendre l’ensemble des techniques minières de la région.

Pourquoi une « découverte » ici ? Contexte historique et économique (1946–1986)

Après la nationalisation de 1946 et la création des HBD, la Matheysine entre dans une phase de restructuration : concentration des moyens, modernisation, recherche d’abaisssement des coûts d’extraction. La Bataille du Charbon (1944‑1947) puis les politiques charbonnières des décennies suivantes poussent à exploiter au moindre coût les secteurs où les veines affleurent ou restent peu profondes—comme à Bois‑Freynet.

Photo historique en noir et blanc d'une vaste mine à ciel ouvert et terrassée, celle du Bois Freynet, photographiée en 1985 lors de la fin de son exploitation.

Photo historique en noir et blanc de la mine à ciel ouvert du Bois Freynet en 1985, à la fin de son exploitation.

Chronologie précise de Bois‑Freynet

  • 1983 — campagne de sondages et fouilles : possibilité confirmée d’une exploitation en découverte. Estimation prévisionnelle : ~18 000 m³ de charbon pour 72 000 m³ de stériles. [patrimoine…auphine.fr]
  • Février 1984 — étude d’impact achevée ; autorisation d’exploiter délivrée ; début du défrichement. [patrimoine…auphine.fr]
  • Janvier 1985 — démarrage du décapage ; mars 1985 : décapage des anciens travaux souterrains du quartier de Bois‑Freynet. [patrimoine…auphine.fr]
  • Juillet 1986fin de l’exploitation ; bilan : 41 174 t de charbon brut extraites (dont 29 100 t traitées au lavoir de Susville). (NB : la valeur financière citée par la source est vraisemblablement erronée dans son unité ; nous la laissons de côté ici.)

Contexte géologique : la « Grande Couche » de la Matheysine

Le plateau matheysin appartient au rameau externe de Belledonne et renferme des inclusions houillères exploitées depuis des siècles. Les gisements anthracifères présentent plusieurs couches, dont la Grande Couche (≈ 7 à 15 m), la plus productive ; les affleurements et veines à faible couverture expliquent la justification technique de la découverte à Bois‑Freynet.

Photo couleur des vestiges de la mine à ciel ouvert du Bois Freynet en 1993.

Bois Freynet : Les vestiges colorés d’une mine à ciel ouvert en 1993.

La « découverte » : principe, méthode et raisons du choix

Définition. Une exploitation en découverte est une mine à ciel ouvert : on enlève les morts‑terrains (stériles) pour accéder à la veine depuis la surface, avec décapage, abattage (souvent avec explosifs), chargement et transport par pelles et dumpers. Cette méthode s’emploie quand les couches sont proches de la surface et/ou que l’on souhaite récupérer des zones déjà exploitées au fond (anciens piliers, chantiers abandonnés).

À Bois‑Freynet (1985‑1986), le choix s’explique par :

  • Géologie favorable (veines peu profondes) et sécurité supérieure au fond lorsque les terrains sont instables.
  • Récupération élevée du minerai (meilleure qu’en souterrain où l’on doit laisser des piliers)—permettant d’avoir un taux de récupération bien supérieur à l’exploitation souterraine.
  • Mécanisation lourde (pelles mécaniques, les dumpers étaient des engins de faible tonnage comparés aux mines métalliques la Matheysine n’a jamais eu de 100‑tonnes Caterpillar par exemple).
    ) et exploitation par fosses successives avec remblayage au fur et à mesure des zones déhouillées.
Note

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Une exploitation minière en découverte, plus communément appelée mine à ciel ouvert, est une technique d’extraction de minerais qui se déroule directement à la surface du sol, par opposition à la mine souterraine qui nécessite de creuser des galeries et des puits.
Le principe est simple : au lieu de creuser des tunnels pour atteindre une ressource en profondeur, on enlève toutes les couches de terrain stériles (roche, terre, végétation) qui la recouvrent pour y accéder directement.
Le Processus en Étapes
Le décapage (ou la découverture) : On utilise des engins de chantier massifs (pelles mécaniques, bulldozers) pour retirer la couche de « stériles » ou « morts-terrains » qui recouvre le gisement de minerai.
L’abattage : Le minerai est ensuite fragmenté, souvent à l’aide d’explosifs.
Le chargement et le transport : D’immenses camions (appelés « dumpers ») transportent le minerai vers les usines de traitement.
Caractéristiques principales
Transformation radicale du paysage : Cette méthode crée d’immenses fosses, souvent en forme d’amphithéâtre avec des paliers successifs appelés « gradins ». le chantier fonctionne en fosses successives avec remblayage progressif.
Utilisation pour des gisements spécifiques : Elle est privilégiée lorsque le gisement est proche de la surface et très étendu horizontalement.
Haut rendement : Elle permet de récupérer la quasi-totalité du minerai, contrairement à l’exploitation souterraine où des piliers de soutien doivent être laissés en place.
Plus de sécurité : Elle est généralement moins dangereuse pour les travailleurs que la mine souterraine, car elle élimine les risques liés aux effondrements (coups de grisou, inondations).
Avantages et Inconvénients
Avantages Inconvénients
Rentabilité élevée sur les gisements adaptés Impact environnemental et visuel majeur (« cicatrice » dans le paysage)
Sécurité accrue pour les mineurs Destruction des écosystèmes de surface
Excellent taux de récupération du minerai Génère beaucoup de poussière, de bruit et de déchets (les stériles)
Mécanisation à grande échelle possible Nécessite des travaux de réaménagement (remblaiement, reboisement) très coûteux après l’exploitation
En résumé, une exploitation en découverte est une méthode d’extraction très efficace et rentable qui consiste à « déshabiller » la terre pour extraire un minerai, mais au prix d’un impact écologique et paysager considérable.

Bois‑Freynet dans l’histoire minière locale

La découverte de Bois‑Freynet complète une longue histoire souterraine (galeries à flanc, puits) menée notamment à La Motte‑d’Aveillans (Mine Image) et à Susville (puits du Villaret)—le grand site moderne des HBD, en service jusqu’en 1997. La visite de la Mine Image (galeries authentiques) offre le contre‑champ de la découverte : comprendre ensemble les deux techniques permet de saisir l’évolution du bassin.

  • La présence d’anciens travaux souterrains (quartier 7bis / 8bis) confirmée par les sondages.
  • Le coût trop élevé du charbon de fond dans les années 1980 chez HBD.
  • Puits du Villaret (Susville) : fonçage à partir de 1948, exploitation jusqu’en 1997 ; profondeur ~270 m ; rôle central dans la concentration de la production HBD de l’après‑guerre.
  • Musée souterrain « La Mine Image » (La Motte‑d’Aveillans) : galeries réhabilitées, muséographie sur un millénaire d’extraction locale.
Paysage de colline verdoyante et boisée, avec une végétation dense.

Le site de la Découverte de Bois-Freynet aujourd’hui.

Paysage, remise en état et héritage

Le chantier a créé un amphithéâtre en gradins, typique des découvertes. À l’arrêt, les HBD ont remodelé les versants et remis de la terre végétale ; puis l’ONF a reboisé en 1987 à l’aide de sapins, ce qui permet aujourd’hui d’identifier la zone (contrastant résineux/feuillus en hiver). Le site demeure une cicatrice historique, mais aussi un repère pédagogique sur l’empreinte de l’industrie sur la topographie.

Foire Aux Questions

Il s’agit d’une ancienne mine d’anthracite exploitée à ciel ouvert, située sur la commune du Peychagnard, sur le plateau de la Matheysine. Le terme « Découverte » désigne spécifiquement cette méthode d’extraction où l’on retire les couches de terre et de roche pour accéder directement au minerai, par opposition à une mine souterraine.

Le site se trouve en Isère, sur le plateau matheysin, dans la commune du Peychagnard.

Cette méthode a été choisie pour deux raisons principales :

  • Elle permettait de récupérer 100% du gisement de charbon, y compris les « piliers » laissés par d’anciennes exploitations souterraines.

  • Elle était plus sûre pour exploiter les couches de charbon très proches de la surface, là où le creusement de galeries souterraines aurait été trop dangereux.

L’exploitation par « découverte » a radicalement et durablement transformé le paysage. Elle a consisté à « décaper » la colline, créant un immense amphithéâtre en gradins, décrit dans l’article comme une véritable « cicatrice historique ».

La mine était opérée par les Houillères du Bassin Dauphinois (HBD).

Aujourd’hui, la nature a repris ses droits sur le site. Même si le relief reste marqué par l’ancienne activité industrielle, il faut un œil averti pour deviner le passé minier de la zone, désormais reboisée.

Visiter le site de la Découverte de Bois-Freynet permet de comprendre l’autre grande technique d’extraction du charbon en Matheysine. Alors que la « Mine Image » illustre le travail en galerie, Bois-Freynet témoigne de l’ampleur et de l’impact de l’extraction à ciel ouvert, offrant ainsi une vision complète de l’histoire minière de la région.

Poursuivez votre exploration

  • Patrimoine du Dauphiné, Puits du Villaret — histoire du site
    → Approche technique et historique du site le plus moderne du bassin. [patrimoine…auphine.fr]

Sources et sites officiels 

  • BRGM – Notice explicative de la feuille « La Mure » 1/50 000 (géologie régionale, gîtes, charbon) : PDF InfoTerre. [Msr~~E – BRGM]
  • ExxploreLes Houillères du Dauphiné (couches, Grande Couche, historique) : [exxplore.fr]
  • WikipédiaHouillères du Dauphiné (contexte des concessions, nationalisation) : [fr.wikipedia.org]
  • Mairie de SusvillePatrimoine minier (puits du Villaret) (données techniques, chronologie 1948–1997) : [susville.fr]

Bibliographie 

1. Ouvrages / études sur l’histoire minière de la Matheysine

  • Exxplore.fr, Les Houillères du Dauphiné (synthèse historique du bassin, couches, concessions, modernisation du XXᵉ siècle)
    → Très utile pour comprendre les couches (dont la Grande Couche), les deux champs d’exploitation (La Motte‑d’Aveillans / Villaret). [exxplore.fr]
  • Éditions Arthéma, Histoire des Mines de La Mure, en Isère
    → Contexte général du gisement, qualités de l’anthracite, évolution de l’entreprise La Mure et des HBD. [editionsarthema.fr]

2. Géologie, gisements et contexte scientifique

  • BRGM, Notice explicative de la feuille La Mure (1/50 000), J.-C. Barféty et al., 1988
    → Document géologique de référence sur la Matheysine : houiller, structure, gîtes minéraux, histoire tectonique. [Msr~~E – BRGM]
  • BRGM, Essai de synthèse géologique du Bassin houiller du Bas‑Dauphiné, D. Mariton, 1981
    → Évaluation des anciens travaux, structure du bassin, synthèses de sondages 1844‑1926. [infoterre.brgm.fr]
  • Geol‑Alp (Université Grenoble), Matheysine : aperçu d’ensemble
    → Mise en perspective géologique du plateau, boutonnières houillères, structure Belledonne. [. Drac : M…- Geol-Alp]
  • Mindat.org, Peychagnard Mine (localisation, classification du site et nature des minéraux)
    → Données de localisation et contexte minéralogique. [mindat.org]

3. Archives, administration et histoire des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD)

  • Wikipédia, Houillères du Dauphiné (concessions, nationalisation 1946, organisation du bassin)
    → Historique institutionnel fiable. [fr.wikipedia.org]
  • FranceArchives, Dossiers administratifs des HBD (1939‑1986)
    → Cadre administratif, politique charbonnière, dossiers d’énergie, planifications. [francearch…es.gouv.fr]
  • Mairie de Susville, Patrimoine minier — Puits du Villaret
    → Données techniques sur le puits moderne (270 m, dates, rôle dans le transport et l’extraction). [susville.fr]

4. Sites techniques et muséographiques

  • La Mine Image, Musée souterrain de La Motte‑d’Aveillans, Historique et présentation
    → Informations sur l’exploitation souterraine historique et la transformation en musée.
    [mine-image.com], [mine-image.com]

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Galerie Photos

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Entrée de la galerie du Plan Richard obstruée par un remblai de terre lors de la mise en sécurité (Photo 2019)

Le Plan Richard : Artère vitale et sortie de secours des mines de Susville

Située au Villaret, cette galerie marque un tournant technologique majeur avec le remplacement des wagonnets par des bandes transporteuses pour remonter le charbon. Au-delà de sa fonction logistique reliant les profondeurs au lavoir, le Plan Richard constituait une issue de secours cruciale pour les mineurs, témoignant aujourd’hui de l’ingéniosité et des risques de l’exploitation sur le plateau matheysin.

Nichée sur la commune de Susville, au lieu-dit Le Villaret, la galerie du Plan Richard incarne une étape clé dans la modernisation des Houillères du Dauphiné. Abandonnant le roulage traditionnel par wagonnets au profit de bandes transporteuses, cet ouvrage stratégique assurait non seulement l’acheminement massif de l’anthracite du Puits n°1 vers le lavoir, mais constituait surtout une voie vitale pour l’aérage et la sécurité des hommes. Exploration d’un vestige industriel qui fut, durant des décennies, le véritable poumon des mines de la Mure.

Informations pratiques

Caractéristique Détail
Nom de l’ouvrage Galerie de sortie du Plan Richard
Localisation Susville (Isère), lieu-dit Le Villaret
Coordonnées GPS 44.924000, 5.777778
Type d’ouvrage Galerie inclinée (Plan) avec bandes transporteuses
Fonctions principales 1.Remontée du charbon (stériles exclus)

2. Sortie de secours et aérage

Niveaux desservis Du Niv. 20 (482 m) et Niv. 17 (635 m) → Vers le Lavoir (Surface)
Technologie Remplacement du roulage (wagonnets) par convoyeurs à bandes
Connexion surface Liaison directe au bâtiment du lavoir via tuyère en ciment
État actuel Sortie obstruée, installations de surface démantelées

Le Plan Richard : L’artère vitale de la mine du Villaret

L’histoire de l’exploitation minière est une course perpétuelle vers les profondeurs. Pour suivre les veines d’anthracite, les mineurs de la Matheysine ont dû creuser toujours plus bas, posant un défi logistique majeur : comment remonter des tonnes de minerai depuis les entrailles de la terre jusqu’à l’usine de traitement ?

C’est ici qu’intervient le Plan Richard, une prouesse technique qui a révolutionné le transport du charbon sur le site du Villaret.

Entrée de la galerie du Plan Richard obstruée par un remblai de terre lors de la mise en sécurité (Photo 2019)

Vestige de la sortie du Plan Richard (2019) : L’orifice a été définitivement condamné par un merlon de terre et de déblais lors de la campagne de mise en sécurité du site en 1999.

Une logistique souterraine divisée en deux flux

Pour comprendre l’importance du Plan Richard, il faut d’abord saisir l’organisation du site minier. À son apogée, l’activité se concentrait autour de deux puits verticaux aux fonctions bien distinctes, situés au niveau 12 (altitude 888 mètres) :

  1. Le Puits des Rioux : Véritable « ascenseur du personnel », il était dédié au transport des mineurs vers les différents étages d’exploitation.

  2. Le Puits du Villaret : Il servait à la logistique matérielle. C’est par ce puits que descendaient les machines, les outils et les cintres de soutènement. Il servait également à remonter les stériles (les roches inutiles extraites lors du creusement).

Mais curieusement, le charbon, lui, ne passait pas par ces puits.

Vestige du muret de soutènement de la bande transporteuse du Plan Richard à flanc de falaise (Photo 2019)

Vue depuis les abords de la galerie (2019) : Ce muret en maçonnerie longe la falaise et servait d’assise à la structure métallique de la bande transporteuse, défiant le relief accidenté.

La fin des wagonnets : la révolution des bandes transporteuses

Historiquement, le charbon était chargé dans des wagonnets poussés par des hommes ou tirés par des chevaux, puis des locomotives. Cependant, face à l’augmentation des cadences et de la profondeur, ce système a montré ses limites.

La mine du Villaret a alors opéré une mutation technologique en remplaçant le roulage par wagonnets par un système de transport en continu via des bandes transporteuses. Ce choix présentait trois avantages décisifs pour la rentabilité :

  • Fluidité : Un flux ininterrompu de charbon vers la surface.

  • Gain de temps : Suppression des étapes fastidieuses de chargement et déchargement des berlines.

  • Maintenance : Une mécanique plus simple et plus fiable que le matériel ferroviaire souterrain.

Vue du muret de soutènement du Plan Richard depuis l'emplacement de l'ancien lavoir (Photo 2019)

Perspective depuis la zone du lavoir (2019) : On distingue ici le tracé rectiligne du muret le long de la falaise. C’est par cette voie que le charbon brut arrivait pour être traité dans l’usine de lavage située au premier plan.

L’anatomie du Plan Richard (I, II et III)

Ce système de convoyeurs portait le nom de « Plan Richard ». C’était une véritable autoroute du charbon remontant depuis les profondeurs :

  • Plan Richard I et II : Ces deux premières sections de bandes remontaient le minerai depuis le niveau 17 (altitude 635 m).

  • Plan Richard III : Lorsque l’exploitation a dû descendre encore plus bas, jusqu’au niveau 20 (altitude 482 m) — correspondant à la galerie de la Baume — une troisième section fut ajoutée pour connecter ce niveau inférieur au reste du réseau.

Le charbon, une fois arrivé au jour par la galerie de sortie du Plan Richard I, ne s’arrêtait pas là. Il était acheminé directement vers le lavoir (l’usine de tri et de lavage) via un impressionnant tuyau en ciment reliant la sortie de la galerie au bâtiment industriel sur le carreau de la mine.

Vestige du tunnel en ciment du Plan Richard abritant l'ancienne bande transporteuse vers le lavoir (Photo 2019)

Document de 2019 : Ce fragment de buse en béton est le dernier témoin de la liaison aérienne du Plan Richard. Il protégeait la bande transporteuse qui acheminait le charbon brut depuis la sortie de la galerie jusqu’aux installations de traitement du lavoir.

Un rôle vital pour la sécurité

Au-delà de sa fonction productive, le Plan Richard jouait un rôle crucial dans la sécurité des hommes. En cas d’accident, d’incendie ou de blocage sur les puits principaux (Villaret ou Rioux), la galerie inclinée du Plan Richard servait de sortie de secours. Les mineurs pouvaient l’emprunter pour évacuer les chantiers du fond et rejoindre la surface à pied.

1. Les conditions de travail : La lutte contre la pente et la poussière

Travailler à La Mure ne ressemblait pas au travail dans les mines du Nord (le Pas-de-Calais). La géologie alpine imposait des contraintes extrêmes.

  • L’exploitation en « dressants » : Contrairement aux veines plates du Nord, les couches d’anthracite en Matheysine étaient souvent très inclinées, voire verticales. Les mineurs travaillaient dans des positions acrobatiques, souvent sur des planchers boisés suspendus au-dessus du vide.

  • La dureté de l’anthracite : L’anthracite de La Mure est l’un des meilleurs charbons au monde (pur à plus de 90%), mais il est extrêmement dur. Avant la mécanisation massive des années 50-60, l’abattage au marteau-piqueur était épuisant.

  • La Silicose : l’ennemi invisible. Si le bassin de La Mure était peu sujet au grisou (gaz explosif), il était extrêmement poussiéreux. L’anthracite dégageait une poussière fine et abrasive. Malgré l’arrosage des tailles, la silicose a décimé des générations de mineurs, bien plus sûrement que les éboulements.

  • L’évolution technique : Sous l’ère des HBD, on passe de la force humaine et animale (les chevaux sont restés au fond jusqu’en 1952) à une mécanisation poussée avec les convoyeurs blindés et les soutènements marchants.

2. La vie sociale : Un paternalisme d’État

Après 1946, les HBD héritent du système paternaliste des anciennes compagnies privées, mais l’adaptent avec le Statut du Mineur.

  • Le logement en cités : La vie du mineur est indissociable de sa cité. À La Mure, les cités comme celle des Trois-Mâts ou du Périer structurent l’espace urbain. Les HBD fournissaient le logement et le chauffage (le fameux « charbon de dotation »).

  • La diversité communautaire : Le bassin était un véritable laboratoire d’intégration. Aux locaux (paysans-mineurs) se sont ajoutés des vagues successives d’immigrés : Italiens et Polonais dans l’entre-deux-guerres, puis Maghrébins (notamment des Marocains du Souss) dans les années 50 et 60. Cette mixité a forgé une identité matheysine forte, basée sur la solidarité du fond.

  • Les avantages sociaux : Être mineur aux HBD, c’était bénéficier d’une protection sociale d’avant-garde : accès gratuit aux soins (la « Société de Secours »), colonies de vacances pour les enfants, et une retraite anticipée à 50 ou 55 ans.

3. Culture et traditions : Entre ferveur et lutte

  • La Sainte-Barbe (4 décembre) : C’est le moment sacré. Même après la nationalisation, la fête de la patronne des mineurs restait le pilier de l’année, mêlant défilés, banquets et médailles du travail. C’était le jour où la hiérarchie et les ouvriers se retrouvaient autour d’une table.

  • Le syndicalisme et la fierté : Le bassin de La Mure était un bastion de la CGT. La conscience de classe était exacerbée par la dangerosité du métier. Les grandes grèves (notamment celle de 1963) ont soudé la communauté contre les premières menaces de fermeture.

  • Le sport et la musique : Les HBD subventionnaient de nombreuses associations. L’harmonie des mineurs et les clubs de football ou de rugby étaient les vecteurs essentiels de la cohésion sociale hors de la mine.

4. La fin d’un monde : Le traumatisme de la fermeture

La vie sociale des HBD a été marquée, à partir des années 70, par l’angoisse de la fin. Le « plan de licenciement » est devenu un mot quotidien.

  • La reconversion : Contrairement à d’autres bassins, la Matheysine est restée enclavée. La fermeture du Villaret en 1997 a été vécue comme un deuil collectif.

  • L’héritage : Aujourd’hui, cette vie sociale survit à travers l’association des anciens mineurs et le musée de La Mine Image à La Motte-d’Aveillans, qui est le gardien de cette mémoire technique et humaine.

En résumé : La vie du mineur des HBD était une vie de contrastes : une noirceur et une pénibilité extrêmes au fond, compensées par une vie sociale intense, protectrice et solidaire en surface. C’était un « État dans l’État ».

Que reste-t-il aujourd’hui ?

Le paysage industriel du Villaret a profondément changé. Aujourd’hui, la sortie du Plan Richard est obstruée et la végétation a repris ses droits. Les installations aériennes spectaculaires, le bâtiment du versage et le grand lavoir ont été démantelés.

Seuls quelques vestiges de maçonnerie, comme ceux visibles sur nos photos, témoignent encore de cette mécanique complexe qui faisait battre le cœur de la montagne.

Petit lexique de la mine (Pour aller plus loin)

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Stériles : Roches sans valeur (cailloux, terre) qu’il faut extraire pour atteindre la veine de charbon.
Cintres : Arches métalliques utilisées pour soutenir les galeries et éviter les éboulements.
Carreau : Ensemble des installations de la mine situées à la surface (bureaux, lavoirs, vestiaires, puits).
Au jour : Expression minière désignant la surface, par opposition au « fond ».

Un patrimoine protégé : l’impératif de sécurité et de mémoire

Aujourd’hui, les vestiges de la galerie du plan Richard sont rendus à la nature et ses accès ont été murés et remblayés lors des campagnes de mise en sécurité définitive du bassin. Si ces lieux suscitent une curiosité légitime, il est impératif de rappeler qu’il est strictement interdit et mortel de tenter de pénétrer dans d’anciens ouvrages miniers.

Au-delà de la violation de la propriété privée, les risques souterrains sont invisibles et foudroyants :

  • Les risques atmosphériques : En l’absence de ventilation forcée, des gaz lourds et asphyxiants (comme le dioxyde de carbone, appelé « stythe » par les mineurs) ou des poches de grisou résiduel peuvent s’accumuler, rendant l’air mortel en quelques secondes.

  • L’instabilité structurelle : Les pressions de terrain et la dégradation des soutènements avec le temps rendent tout effondrement imprévisible.

Le respect de ce patrimoine passe par une observation extérieure et une étude documentaire. Pénétrer dans ces galeries, c’est non seulement se mettre en danger de mort, mais aussi risquer de dégrader les derniers témoins fragiles de l’ingénierie minière du XXe siècle.

Foire Aux Questions plan Richard

Le Plan Richard était un ouvrage souterrain stratégique des Houillères du Dauphiné. Contrairement aux puits verticaux, il s’agit d’une galerie inclinée équipée de bandes transporteuses (tapis roulants). Elle permettait de remonter le charbon en continu depuis le fond de la mine jusqu’à la surface, remplaçant ainsi le système de wagonnets.

Les vestiges de cette galerie sont situés sur la commune du Villaret, en Isère, sur le plateau matheysin. Elle débouche à proximité de l’ancien site minier du Villaret, où se trouvait autrefois le grand lavoir à charbon.

Non, l’accès est strictement interdit et impossible. Dans le cadre de la mise en sécurité du site minier en 1999, l’entrée de la galerie a été définitivement obstruée par des remblais pour prévenir tout risque d’accident (éboulements, gaz). Seuls les vestiges extérieurs (maçonnerie, murets) sont visibles.

Leurs fonctions étaient distinctes. Le Puits du Villaret (vertical) servait d’ascenseur pour le matériel et la remontée des roches stériles. Le Plan Richard (incliné) était exclusivement dédié au transport rapide du charbon vers l’usine de traitement et servait également de sortie de secours pour les mineurs.

Les infrastructures métalliques aériennes et les bâtiments du lavoir ont été démantelés après la fermeture des mines. Aujourd’hui, on peut observer la tête de la galerie maçonnée (l’entrée voûtée), des sections du muret de soutènement à flanc de falaise et des fragments du carter en béton qui protégeait la bande transporteuse.

Poursuivez votre exploration

Découvrez le puits du Villaret

Indissociable du puits du Villaret le terril 

Et son exploitation

Sources et sites officiels 

 Les Musées et Lieux de Mémoire (Sources Locales)

Ces liens sont les plus pertinents pour le maillage « géographique » et « thématique ».

  • La Mine Image (Musée Souterrain)

    • Pourquoi ce lien ? C’est le musée situé sur la commune même de La Motte-d’Aveillans. Il gère la mémoire du site et possède les archives techniques locales. C’est la référence absolue pour votre sujet.

    • Site officiel : www.mine-image.com

  • Musée Matheysin (La Mure)

    • Pourquoi ce lien ? Situé à La Mure, il conserve une riche collection sur l’histoire régionale et la vie quotidienne des mineurs de la Matheysine.

    • Site officiel : www.musee-matheysin.fr

Les Institutions Techniques et Archives (Sources Scientifiques)

Ces liens valident la partie technique de votre article (fermeture, mise en sécurité, géologie).

  • BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières)

    • Pourquoi ce lien ? C’est l’organisme d’État chargé de la gestion de l’après-mine (surveillance des anciens puits, risques d’effondrement). Ils détiennent les dossiers techniques de la mise en sécurité de 1999 mentionnée dans votre article.

    • Site officiel : www.brgm.fr ou le portail des risques www.georisques.gouv.fr

  • Archives Départementales de l’Isère

    • Pourquoi ce lien ? C’est ici que sont conservés les fonds des Houillères du Bassin du Dauphiné (plans, registres du personnel). Utile pour les généalogistes ou chercheurs.

    • Site officiel : archives.isere.fr

Tourisme et Territoire

Pour ancrer l’article dans l’actualité touristique locale.

  • Matheysine Tourisme

    • Pourquoi ce lien ? Pour les randonneurs qui souhaiteraient découvrir les sentiers autour des anciens sites miniers.

    • Site officiel : www.matheysine-tourisme.com


Bibliographie 

  • CHION, Pierre. La mine et les mineurs de la Matheysine : 150 ans de charbon à La Mure. Éditions Le Belvédère, 2005.

    • Pourquoi ce livre ? C’est la « bible » locale. Pierre Chion est l’historien incontournable du plateau. Il détaille l’évolution technique du Puits du Villaret et le passage aux bandes transporteuses.

  • ALLEMAND, H. & CHION, P. Les Gueules Noires du Dauphiné. Éditions Glénat, 1990.

    • Pourquoi ce livre ? Un ouvrage riche en photographies d’époque qui permet de visualiser l’activité sur le carreau du Villaret avant son démantèlement.

  • VEITL, Philippe. Les mines de La Mure, une histoire sociale et politique. PUG (Presses Universitaires de Grenoble), 1994.

    • Pourquoi ce livre ? Pour comprendre le contexte économique qui a poussé les Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD) à moderniser l’extraction (abandon des wagonnets pour les plans inclinés) afin de rester rentables.

Dessin de reconstitution architecturale montrant l'extérieur d'un bâtiment industriel minier en briques et structure métallique, isolé dans le paysage.

Plus que du charbon : Le rôle vital (et méconnu) du Puits Charvet

Rouage invisible mais vital de l’exploitation à Susville, cet ouvrage d’exhaure assurait la sécurité du terril du Villaret contre les risques d’auto-combustion, jusqu’à son démantèlement définitif en 1997.

Contrairement aux idées reçues, le Puits Charvet n’a jamais vu remonter une seule berline de charbon, ni descendre de mineurs pour l’abattage. Foncé spécifiquement pour la sécurité du site, sa mission était purement hydraulique : pomper l’eau nécessaire à l’arrosage permanent du terril pour empêcher son autocombustion.

Informations pratiques

Caractéristique Détails
Nom Puits Charvet
Localisation Susville (Isère), Le Villaret
Coordonnées 44.930595, 5.774357
Profondeur 68 mètres
Diamètre 2,50 mètres
Architecture • 0 à 50m : Bétonné (étanche)
• 50 à 68m : Naturel (zone de captage)
Usage Pompage d’eau pour éviter l’auto-combustion du terril (pyrite)
Fermeture 1997
État Bâtiment détruit, puits scellé.

Le Puits Charvet à Susville : Le gardien invisible de la sécurité minière

Si vous vous promenez aujourd’hui près de la chapelle Notre-Dame des Neiges au Villaret (Susville), vous ne verrez aucune tour d’extraction se découper sur l’horizon. Pourtant, c’est ici que se trouvait le Puits Charvet, un maillon essentiel de la chaîne de sécurité des mines dauphinoises, jusqu’à sa fermeture en 1997.

Croquis à main levé de la tête de puits du Charvet (Susville) et de son bâtiment de recette.

Schéma technique du bâtiment abritant la tête de puits du Charvet et ses accessoires électriques et hydrauliques

Un ouvrage vital, mais pas pour le charbon

Contrairement aux idées reçues, tous les puits de mine ne servaient pas à remonter des hommes ou du minerai. Le Puits Charvet avait une fonction bien plus spécifique : c’était une source d’approvisionnement en eau industrielle.

Avec un diamètre de 2,50 mètres et une profondeur totale de 68 mètres, cet ouvrage technique était conçu pour capter les eaux souterraines. Ses 50 premiers mètres étaient bétonnés, tandis que les 18 derniers mètres, laissés à nu, permettaient aux eaux de s’infiltrer naturellement au fond du puits, où une pompe électrique immergée les attendait.

Incertitudes historiques et techniques

Les archives ne nous permettent pas, à ce jour, de dater précisément le forage du puits ni d’identifier la méthode employée. Toutefois, au vu des pratiques de l’époque, l’hypothèse d’un forage au trépan reste la plus plausible.
De même, nous ne disposons d’aucune information technique concernant la machinerie : le type de pompe utilisé ainsi que le débit d’eau nécessaire à l’arrosage du terril demeurent inconnus.

Note

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Pour consulter les données techniques complètes, le dossier est disponible sur le portail InfoTerre du BRGM (Code BSS : BSS001ZBSE).

Paysage actuel du site du Puits Charvet à Susville : une zone enherbée après la démolition des installations et la renaturation.

L’emplacement du Puits Charvet aujourd’hui : un paysage totalement « gommé » où la nature a repris ses droits sur le patrimoine industriel. 

Pourquoi une mine a-t-elle besoin d’eau ?

Le paradoxe peut surprendre : les mineurs luttent souvent contre l’eau au fond, alors pourquoi en pomper ici ? La réponse réside dans la gestion des déchets miniers, les fameux stériles (les roches extraites qui ne sont pas du charbon pur).[1]

Ces stériles contenaient deux éléments potentiellement dangereux lorsqu’ils sont combinés :

  1. Des résidus de charbon.

  2. De la pyrite de fer.

C’est ici que l’historien et le chimiste se rejoignent. La pyrite de fer possède une propriété redoutable : au contact de l’oxygène de l’air, elle s’oxyde et dégage de la chaleur. Si l’air circule librement dans un tas de déblais (le terril), cette chaleur s’accumule jusqu’à provoquer l’auto-combustion des résidus de charbon.

Ces feux de terrils sont des brasiers internes presque impossibles à éteindre une fois déclarés.

Schéma en coupe verticale d'un puits de pompage minier montrant les couches géologiques, le tubage du forage et la position de la pompe immergée.

Schéma de principe d’une coupe technique de forage : visualisation du cuvelage et du système d’exhaure (pompage).

La stratégie de l’arrosage

L’eau pompée au Puits Charvet servait de bouclier préventif. En arrosant constamment le terril, on saturait les déblais. L’eau remplissait les interstices, chassant l’oxygène et empêchant ainsi l’air de venir « nourrir » la réaction chimique de la pyrite. Sans oxygène, pas d’oxydation, et donc pas d’incendie.

Une fois pompées hors des galeries (eaux d’exhaure) et déversées sur le terril, les eaux suivaient un parcours gravitationnel simple mais lourd de conséquences. En ruisselant sur les amas de schistes, elles rejoignaient naturellement le point bas le plus proche : le ruisseau de La Jonche.

À cette époque, la conscience écologique et les normes de dépollution étaient inexistantes. Ces eaux de ruissellement, chargées de soufre et acidifiées par leur passage sur les roches minières, ne subissaient aucun traitement. Elles étaient rejetées directement dans le milieu naturel. Une partie de ces effluents pollués finissait irrémédiablement par s’infiltrer dans les sols, contaminant ainsi la nappe phréatique.

Note

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Qu’est-ce qu’un puits d’exhaure ?
Dans le langage minier, l’exhaure désigne l’ensemble des techniques permettant d’évacuer les eaux d’infiltration hors de la mine. Un « puits d’exhaure » est donc un puits vertical équipé de puissantes pompes et de tuyauteries, dont la fonction unique ou principale est de remonter ces eaux vers la surface.
Souvent, d’anciens puits d’extraction (qui servaient à remonter le charbon ou les hommes) étaient reconvertis en puits d’exhaure à la fin de leur vie productive, devenant ainsi les poumons hydrauliques de la concession.Mais ici il servait uniquement au puisage de l’eau.

1. La diversité des métiers : Une usine à ciel ouvert

Le personnel du jour était extrêmement stratifié. On y trouvait trois grands pôles :

  • Le traitement (Lavoirs et Cribles) : C’est le secteur le plus dur. L’anthracite sortant de la mine est mélangé à du schiste (stérile). Au Villaret ou aux Rioux, les ouvriers (et longtemps les ouvrières) triaient le charbon sur des tapis roulants.

  • Les Ateliers Centraux : Forgerons, mécaniciens, électriciens, menuisiers. C’était l’élite technique. Ils réparaient les marteaux-piqueurs, entretenaient les bennes et les câbles des puits. Sans eux, le fond s’arrêtait.

  • Les « Grands Bureaux » et l’administratif : Comptables, géomètres, ingénieurs et personnel médical. Ils géraient la paie, les plans des galeries et la santé des mineurs.

2. Les conditions de travail : Bruit, poussière et froid

Contrairement au fond où la température est constante (environ 15-18°C à La Mure), le personnel du jour subissait le climat rude du plateau matheysin.

  • L’exposition aux éléments : Dans les installations de triage (souvent de grands hangars en tôle mal isolés), les ouvriers travaillaient dans un froid glacial l’hiver, avec des courants d’air permanents.

  • La poussière et le bruit : Les cribles (tamis géants) et les concasseurs généraient un vacarme assourdissant et une poussière fine d’anthracite, tout aussi nocive que celle du fond. Les « trieurs » finissaient la journée aussi noirs que ceux qui remontaient du puits.

  • Le danger mécanique : Si le risque d’éboulement était absent, le danger venait des machines, des courroies de transmission et du mouvement incessant des trains du SGLM (Chemin de fer de La Mure) qui manoeuvraient sous les trémies.

3. La place singulière des femmes : Les « Trieuses »

Le bassin de La Mure a longtemps employé des femmes au jour, une pratique qui a perduré jusqu’aux années 1960-70.

  • Le triage manuel : Elles étaient affectées au retrait des pierres sur les tapis de charbon. C’était un travail répétitif, épuisant pour le dos et les mains, effectué dans une atmosphère saturée de poussière.

  • Évolution : Avec la modernisation des lavoirs (séparation par densité dans des bains de liqueur dense), leur nombre a diminué, les postes devenant plus techniques et masculinisés.

4. Vie sociale et Statut : Mineurs à part entière

Un point crucial : le personnel du jour bénéficiait du Statut du Mineur de 1946.

  • Mêmes avantages : Ils avaient droit au logement gratuit (les cités), au charbon de chauffage, aux soins gratuits à la Société de Secours minière et aux colonies de vacances pour leurs enfants.

  • La retraite : C’était le point de friction majeur. Les ouvriers du jour devaient travailler plus longtemps que ceux du fond (qui partaient à 50 ou 55 ans) pour obtenir leur retraite à taux plein. Cela créait une distinction sociale nette au sein de la cité.

5. La dynamique « Jour / Fond » : Une solidarité complexe

  • Le complexe de la surface : Il existait parfois une tension symbolique. Les mineurs du fond se considéraient comme les seuls « vrais » mineurs, ceux qui risquaient leur vie. Les gens du jour étaient parfois vus comme des privilégiés, bien que leur travail soit essentiel.

  • L’union dans la lutte : Lors des grandes grèves (1948, 1963), cette distinction disparaissait. Le personnel du jour (notamment les ateliers et le transport) était le premier à bloquer l’outil de production pour soutenir les revendications globales.

  • La sentinelle du drame : Le personnel du jour était le premier témoin des accidents. C’est eux qui voyaient arriver les ambulances au carreau de la mine et qui géraient l’angoisse des familles accourant aux grilles du puits.

6. L’héritage architectural

Aujourd’hui, les vestiges les plus visibles à La Mure sont ceux du « Jour » :

  • Le Puits du Villaret et son chevalement (classé).

  • Les Grands Bureaux qui témoignent de la puissance administrative des HBD.

  • Les Ateliers reconvertis pour certains en zones d’activités.

Le site aujourd’hui

Lors de l’arrêt définitif de l’exploitation en 1997, le site a été traité selon les procédures de mise en sécurité :

  • Le puits a été scellé par un bouchon de béton.

  • Le bâtiment abritant la machinerie a été détruit.

Il ne reste aujourd’hui aucune trace visible de cet ouvrage en surface, mais son histoire nous rappelle que l’exploitation minière était une lutte constante non seulement pour extraire des ressources, mais aussi pour maîtriser les réactions physico-chimiques de la terre.

Foire Aux Questions du puits Charvet

Non. C’est la confusion la plus fréquente. Contrairement aux puits d’extraction (comme le puits Villaret), le Puits Charvet n’était pas destiné à la circulation du personnel ni à la remontée du minerai. C’était un ouvrage exclusivement technique, sans cage d’ascenseur pour les hommes.

C’était un puits d’exhaure, c’est-à-dire une station de pompage industrielle. Son rôle unique était de puiser de l’eau en grande profondeur pour la remonter en surface via des tuyauteries fixées sur la tête de puits.

Le terril (la montagne de déchets miniers) contient des schistes mêlés à de la pyrite et des résidus de charbon. Au contact de l’air et de l’humidité, ces matériaux s’oxydent et chauffent : c’est le phénomène d’auto-combustion. Sans un arrosage constant assuré par le Puits Charvet, le terril risquait de prendre feu spontanément, dégageant des fumées toxiques et menaçant de s’effondrer.

Bien que n’étant pas un puits d’extraction, le Puits Charvet reste une prouesse technique. Comme indiqué dans la fiche technique de l’article, il atteint une profondeur impressionnante (voir données ci-dessus) avec un diamètre conséquent pour permettre le passage des pompes et le débit nécessaire à la sécurité du site.

Le forage descendait suffisamment bas pour capter les eaux d’infiltration naturelles ou les eaux accumulées dans les « vieux travaux » (anciennes galeries abandonnées et noyées), transformant ainsi la nuisance de l’eau souterraine en une ressource de sécurité pour la surface.

Poursuivez votre exploration

Retrouvez l’histoire du puits du Villaret

L’histoire de son terril

Et l’histoire de son exploitation

Sources et sites officiels 

1. Les Institutions & Archives 

  • Le Musée La Mine Image (La Motte-d’Aveillans)

    • Pourquoi : C’est LA référence muséale du bassin minier du Dauphiné.

    • URL : https://www.mine-image.com/

    • Idée d’intégration : « Pour comprendre la vie des mineurs du plateau, une visite s’impose au musée souterrain de [La Mine Image]… »

  • Géorisques (Ministère de la Transition Écologique)

    • Pourquoi : Pour valider l’aspect technique des risques (feux de terril, affaissements) et l’après-mine.

    • URL : https://www.georisques.gouv.fr/articles-risques/risques-miniers

    • Idée d’intégration : « La gestion des risques, notamment l’échauffement des terrils, est aujourd’hui surveillée dans le cadre de la prévention des [risques miniers]… »

  • Archives Départementales de l’Isère

    • Pourquoi : Si vous avez utilisé des sources de chez eux.

    • URL : https://archives.isere.fr/

    • Idée d’intégration : « Certains plans de coupe sont issus des fonds conservés aux [Archives Départementales de l’Isère]… »

2. Le Contexte Géographique & Touristique 

  • Matheysine Tourisme

    • Pourquoi : Pour situer Susville dans son territoire actuel.

    • URL : https://www.matheysine-tourisme.com/fr/decouvrir/incontournables/le-patrimoine-minier/

    • Idée d’intégration : « Le Puits Charvet est l’un des nombreux vestiges du [patrimoine minier de la Matheysine]… »

  • Le Petit Train de La Mure (EDEIS)

    • Pourquoi : Pour faire le lien avec le transport ferroviaire dont nous avons parlé.

    • URL : https://lepetittraindelamure.com/

    • Idée d’intégration : « L’exploitation du charbon à Susville était intrinsèquement liée au réseau ferroviaire, aujourd’hui reconverti en site touristique avec le [Petit Train de La Mure]… »

3. Les Outils Cartographiques 

  • Remonter le Temps (IGN)

    • Pourquoi : C’est un outil fabuleux pour comparer les photos aériennes des années 1950/60 avec aujourd’hui.

    • URL : https://remonterletemps.ign.fr/

    • Idée d’intégration : « Il est possible de visualiser l’évolution du site et la disparition des bâtiments grâce aux outils de l’IGN comme [Remonter le Temps]… »

  • Infoterre (BRGM)

    • Pourquoi : Pour ceux qui cherchent les dossiers du sous-sol (BSS).

    • URL : http://infoterre.brgm.fr/

    • Idée d’intégration : « Les données techniques des ouvrages miniers sont répertoriées par le BRGM sur le portail [InfoTerre]… »

Bibliographie 

  • 1. Archives et Rapports Techniques 

    C’est ici que se trouvent les données brutes (profondeur, dates, fermeture) que vous utilisez.

    • BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières). Dossier des ouvrages débouchant au jour – Département de l’Isère. Fiches signalétiques de la Banque du Sous-Sol (BSS).

    • Charbonnages de France / Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD). Dossier d’Arrêt Définitif des Travaux (DADT) de la concession de La Mure. 1997. (Consultable aux Archives Départementales de l’Isère ou via la DREAL).

    • Archives Départementales de l’Isère. Fonds des Houillères du Bassin du Dauphiné. Série continue (notamment les plans de surface du Villaret et les registres d’entretien des pompes).

    2. Ouvrages de Référence sur le Bassin 

    Ces livres contextuels mentionnent les installations de Susville et l’histoire technique du bassin.

    • GUIOLLARD, Pierre-Christian. Les chevalements des houillères françaises. Éditions P.C. Guiollard, 1993.

      • Note : L’auteur est la référence absolue pour l’inventaire des têtes de puits en France.

    • DÉSIRÉ-MARCHAND, José. La grande aventure des mineurs en Dauphiné : l’histoire des « Gueules noires » de la Mure. Éditions des Cahiers de l’Alpe, 1980.

      • Note : Indispensable pour le contexte social et humain autour des puits de Susville.

    • DOLFUS, M. Le bassin houiller de La Mure (Isère). In Revue de l’Industrie Minérale, éditions de la Sim, numéros divers (années 1950-1970 pour la période d’activité).

    3. Publications Locales et Mémoire

    • LA MINE IMAGE (Musée Souterrain). Mémoire de la Mine en Matheysine. Ouvrages et plaquettes édités par l’association de sauvegarde du site de la Motte-d’Aveillans.

    • VACHEZ, Colette. La Mure et la Matheysine. Éditions Alan Sutton, coll. « Mémoire en images », 2000.

      • Note : Contient souvent des cartes postales et photos d’époque des installations de surface avant démolition.

Trémie d'alimentation de criblage équipée de rehausses en tôle et d'un convoyeur d'évacuation, photo de 2012.

Le Razzier de Susville : L’histoire méconnue du terril du Villaret et son ultime exploitation (2011-2012)

Plus qu’un simple amas de stériles, le Razzier de Susville incarne la mémoire minière de la Matheysine. Découvrez comment ce site, né de l’activité historique du Puits du Villaret, a fait l’objet d’une tentative audacieuse de valorisation de ses déchets au début du XXIe siècle, redéfinissant notre regard sur le patrimoine industriel.

Symbole incontournable du paysage du plateau matheysin, le Razzier de Susville est bien plus qu’une simple colline artificielle. Véritable mémoire des entrailles de la terre, ce terril plat, formé par l’accumulation des stériles du Puits du Villaret, raconte un siècle d’industrie minière en Isère. Mais saviez-vous que ce géant de schiste a connu une seconde vie industrielle récente ? Retour sur l’histoire de ce site, de l’extraction du charbon à la tentative de valorisation des années 2010.

Informations pratiques

Rubrique Détails
Nom du site Le Razzier (ou Le Razier)
Localisation Commune de Susville (Plateau Matheysin, Isère, France).
Nature du site Terril minier (amas de stériles de charbon).[
Origine géologique Rejets de l’exploitation des Houillères du Dauphiné (Mines de La Mure).
Composition • Schistes noirs (stériles bruts).
• Schistes rouges (ou « cuits ») résultant de la combustion spontanée des terres.
Phénomène notable Auto-combustion interne causée par l’oxydation de la pyrite de fer en présence de charbon résiduel et d’oxygène (réaction exothermique).
Infrastructures liées • Puits Charvet : Installation hydraulique créée spécifiquement pour l’arrosage permanent du terril afin de maîtriser les incendies.
Périodes de Valorisation • Années 1990 (ex: 1999) : Évacuation massive par trains de wagons-trémies (opérateur cité : VFT).

• Années 2010 (ex: 2012) : Campagne de traitement in situ avec criblage mobile (séparation granulométrique).

Archéologie industrielle Présence ponctuelle de vestiges de l’exploitation souterraine (boisages, étançons) remontés accidentellement dans les stériles.
Usage actuel / Devenir Exploitation des granulats (remblais routiers, travaux publics) et sécurisation environnementale du site.

1. Qu’est-ce que le « Razzier » de Susville ? 

Dans le jargon minier du Dauphiné, on ne parle pas toujours de « terril », mais de « razzier ». Celui de Susville est le fruit de l’activité intense des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD).

Situé à proximité immédiate du Puits du Villaret (actif jusqu’en 1997), ce dépôt est constitué de millions de tonnes de stériles miniers : des roches (schistes, grès) extraites du sous-sol pour atteindre les veines d’anthracite, mais aussi du charbon de trop mauvaise qualité pour être commercialisé à l’époque.

Contrairement aux terrils coniques du Nord de la France, le Razzier de Susville présente une forme tabulaire (plate), typique de la gestion des déchets miniers dans les vallées alpines.


Tas de stériles miniers contenant des débris de soutènement en bois, photographie prise en 2012.

Vestiges de boisage (éléments de soutènement ancien) remontés au jour accidentellement avec les stériles lors de l’extraction de 2012.

2. 2011-2012 : L’ultime tentative de valorisation des déchets 

Si l’extraction souterraine a cessé en 1997, le site a connu un rebondissement industriel inattendu au début du XXIe siècle. On a longtemps pensé que les terrils ne contenaient que des cailloux sans valeur. Pourtant, les analyses ont révélé qu’il restait une quantité non négligeable de carbone mélangé aux schistes.

Entre 2011 et la fin de l’année 2012, une entreprise spécialisée a tenté le pari de la valorisation des matériaux.
L’objectif était double :

  1. Récupérer l’énergie résiduelle : Laver les matériaux du terril pour isoler les fines particules de charbon encore présentes.

  2. Produire des granulats : Utiliser la roche stérile lavée (schistes rouges et noirs) comme remblai pour les travaux publics et les routes.

Durant ces deux années, le paysage du Razzier a été animé par le ballet des engins et d’une installation de traitement (criblage et lavage). L’activité a cependant cessé fin 2012, laissant le site retrouver son calme, mais marquant la dernière interaction industrielle directe avec la matière extraite du sous-sol matheysin.

Vue en coupe de la paroi d'un terril montrant une strate horizontale de couleur claire, trace d'une combustion interne, photo de 2012

Coupe stratigraphique du Razzier (2012). La bande de coloration distincte (claire) traversant la masse de stériles témoigne d’un ancien foyer de combustion spontanée, provoqué par l’oxydation exothermique des pyrites en présence de résidus charbonneux.

Note

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L’observation de la coupe du Razzier révèle une strate blanchâtre caractéristique, stigmate d’une combustion interne. Ce phénomène résulte de l’oxydation de la pyrite de fer en présence de résidus charbonneux et d’oxygène. La réaction, pouvant être initiée par un choc mécanique, a nécessité la mise en place de mesures préventives : le puits Charvet fut ainsi aménagé pour assurer l’arrosage permanent du site et limiter les risques d’échauffement.

3. De la friche industrielle au patrimoine environnemental 

Aujourd’hui, le Razzier de Susville est un site en pleine mutation qui intéresse à la fois les historiens, les écologues et les énergéticiens.

  • Un refuge pour la biodiversité : Avec le temps, la nature reprend ses droits. Les zones de schistes, qui peuvent emmagasiner la chaleur, et les zones humides formées sur le plat du terril créent des biotopes particuliers où une flore pionnière s’installe.

  • Un lieu de mémoire : Il reste le témoin physique du labeur des mineurs qui ont creusé le Puits du Villaret, souvent dans des conditions extrêmes (notamment via la technique de congélation des sols).

  • Un avenir énergétique : Sa surface plane et son exposition en font un candidat idéal pour de nouveaux projets, notamment l’installation de parcs photovoltaïques, transformant ainsi une ancienne terre de carbone en productrice d’énergie verte.

Vue d'une cribleuse mobile à deux sorties en activité sur le chantier du Razzier, photographie prise en 2012.

Unité de criblage en opération lors de la campagne d’exploitation du Razzier en 2012. La machine est ici configurée avec deux convoyeurs de sortie pour le tri granulométrique des matériaux.

Conclusion

Le Razzier de Susville n’est pas qu’un tas de cailloux. C’est un livre d’histoire à ciel ouvert qui a traversé les époques : de la gloire du charbon à la fermeture des mines, jusqu’à l’épisode de retraitement de 2011-2012. Il demeure un marqueur identitaire fort pour les habitants de Susville et de la Matheysine.

Foire Aux Questions exploitation du razzier de Susville

Le Razzier est un terril situé à Susville. Il s’agit d’une colline artificielle formée par l’accumulation des stériles, c’est-à-dire les roches extraites du sous-sol par les mineurs (Houillères du Dauphiné) qui ne contenaient pas assez de charbon pour être vendues. C’est la « poubelle » géologique de l’ancienne mine.

Au lieu de laisser ces amas rocheux à l’abandon, on les exploite à nouveau. Les schistes (la roche noire) et les schistes rouges (cuits) sont d’excellents matériaux pour les travaux publics (sous-couches routières, remblais). Le terril devient ainsi une carrière à ciel ouvert.

C’est la trace d’un incendie interne. Le terril contient encore des résidus de charbon et de la pyrite de fer. Au contact de l’oxygène de l’air (parfois suite à un éboulement ou un choc), une réaction chimique dégage de la chaleur (oxydation exothermique). Cela cuit la roche : le schiste noir devient rouge, et les zones de combustion intense laissent des traces de cendres blanches.

Oui, c’est de l’archéologie involontaire. Lors de l’exploitation récente, il n’est pas rare de voir remonter des vestiges de boisage (étançons, poutres) qui servaient à soutenir les galeries autrefois. Ils ont été jetés avec les stériles lors du tri au fond de la mine ou à la surface, et ressortent des décennies plus tard.

Poursuivez votre exploration

« Plongez dans l’épopée minière du Plateau Matheysin » « Découvrez l’histoire du Puits du Villaret, le plus récent du Plateau Matheysin »

Sources et sites officiels 

Musées et Mémoire locale

  • La Mine Image (Site Officiel)

    • Pourquoi : C’est le musée souterrain de référence à La Motte-d’Aveillans. Indispensable pour comprendre ce qui se passait sous terre, en complément de votre article sur le puits de surface.

    • Lien : https://www.mine-image.com

  • Matheysine Tourisme – Le Patrimoine Minier

    • Pourquoi : Pour situer le Villaret dans l’offre touristique actuelle du plateau (sentiers, autres vestiges).

    • Lien : https://www.matheysine-tourisme.com

  •  Archives Audiovisuelles (INA)

    • La fin des Gueules Noires (Journal Télévisé de 1997)

      • Pourquoi : Une vidéo d’époque (INA) montrant la remontée de la dernière benne le 28 mars 1997 au Villaret. C’est une source primaire très forte émotionnellement.

      • Recherche conseillée : « INA Fermeture mines La Mure 1997 » ou lien direct vers la fresque historique de l’INA.

      • Lien générique : https://www.ina.fr (Rechercher « Mines Dauphiné »)

    • Technique et Après-Mine

      • Le BRGM et l’Après-Mine

        • Pourquoi : Le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) gère la surveillance des anciens sites (eaux, gaz, stabilité). Utile pour la partie technique/environnementale.

        • Lien : https://www.brgm.fr/fr/nos-actions/projets/gestion-apres-mine

      • L’Agence Nationale pour la Garantie des Droits des Mineurs (ANGDM)

        • Pourquoi : L’organisme qui a succédé à Charbonnages de France pour gérer les droits sociaux et le patrimoine immobilier.

        • Lien : https://www.angdm.fr

    • Patrimoine Culturel

      • Isère Culture – Patrimoine en Isère

        • Pourquoi : Pour consulter la fiche officielle si le chevalement est labellisé ou répertorié dans l’inventaire départemental.

        • Lien : https://culture.isere.fr

Bibliographie 

  • 1. Ouvrages Historiques et Techniques de Référence

    Ces livres sont les « bibles » locales pour comprendre l’évolution technique ayant mené à la création du Villaret.

    • REYMOND, René. La Mure et le bassin houiller du Dauphiné.

      • Note : René Reymond était ingénieur géomètre aux Houillères. C’est l’ouvrage le plus précis sur la géologie, les couches de charbon et l’implantation des puits, dont le Villaret.

      • Éditeur : Imprimerie Barthélemy (Plusieurs éditions, notamment 1982).

    • 2. Sources Primaires & Articles Spécialisés (Pour l’aspect technique)

      Le Puits du Villaret est célèbre chez les ingénieurs pour sa méthode de fonçage par congélation. Pour votre fiche d’identité, voici la source technique absolue :

      • Revue de l’Industrie Minérale (RIM).

        • Article cible : « Le fonçage du Puits du Villaret par congélation ».

        • Date : Début des années 1950 (souvent cité dans les revues de 1951 ou 1952).

        • Disponibilité : Consultable aux Archives Départementales de l’Isère ou dans les bibliothèques d’écoles des Mines (Paris, Saint-Étienne).

      • . Mémoire Visuelle et Sociale

        • Collectif (La Mine Image). La Mine Image : La Motte d’Aveillans.

          • Note : Les livrets édités par le musée souterrain contiennent souvent des coupes techniques et des historiques précis des puits, validés par d’anciens mineurs.

        4. Presse et Revues Locales (La fin de la mine)

        Pour la date clé du 28 mars 1997 :

        • Le Dauphiné Libéré. Numéro Hors-Série : « Adieu la Mine » (Mars/Avril 1997).

          • Intérêt : Reportages complets sur la dernière remontée au Villaret, interviews des derniers mineurs et contexte de la fermeture.

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