Sujets relatifs à l’histoire de l’exploitation du charbon et d’autres minerais : puits de mine, galeries, chevalements, cités ouvrières et infrastructures de transport associées.

Archive d’étiquettes pour : Patrimoine minier

Dessin de reconstitution architecturale montrant l'extérieur d'un bâtiment industriel minier en briques et structure métallique, isolé dans le paysage.

Plus que du charbon : Le rôle vital (et méconnu) du Puits Charvet

Rouage invisible mais vital de l’exploitation à Susville, cet ouvrage d’exhaure assurait la sécurité du terril du Villaret contre les risques d’auto-combustion, jusqu’à son démantèlement définitif en 1997.

Contrairement aux idées reçues, le Puits Charvet n’a jamais vu remonter une seule berline de charbon, ni descendre de mineurs pour l’abattage. Foncé spécifiquement pour la sécurité du site, sa mission était purement hydraulique : pomper l’eau nécessaire à l’arrosage permanent du terril pour empêcher son autocombustion.

Informations pratiques

Caractéristique Détails
Nom Puits Charvet
Localisation Susville (Isère), Le Villaret
Coordonnées 44.930595, 5.774357
Profondeur 68 mètres
Diamètre 2,50 mètres
Architecture • 0 à 50m : Bétonné (étanche)
• 50 à 68m : Naturel (zone de captage)
Usage Pompage d’eau pour éviter l’auto-combustion du terril (pyrite)
Fermeture 1997
État Bâtiment détruit, puits scellé.

Le Puits Charvet à Susville : Le gardien invisible de la sécurité minière

Si vous vous promenez aujourd’hui près de la chapelle Notre-Dame des Neiges au Villaret (Susville), vous ne verrez aucune tour d’extraction se découper sur l’horizon. Pourtant, c’est ici que se trouvait le Puits Charvet, un maillon essentiel de la chaîne de sécurité des mines dauphinoises, jusqu’à sa fermeture en 1997.

Croquis à main levé de la tête de puits du Charvet (Susville) et de son bâtiment de recette.

Schéma technique du bâtiment abritant la tête de puits du Charvet et ses accessoires électriques et hydrauliques

Un ouvrage vital, mais pas pour le charbon

Contrairement aux idées reçues, tous les puits de mine ne servaient pas à remonter des hommes ou du minerai. Le Puits Charvet avait une fonction bien plus spécifique : c’était une source d’approvisionnement en eau industrielle.

Avec un diamètre de 2,50 mètres et une profondeur totale de 68 mètres, cet ouvrage technique était conçu pour capter les eaux souterraines. Ses 50 premiers mètres étaient bétonnés, tandis que les 18 derniers mètres, laissés à nu, permettaient aux eaux de s’infiltrer naturellement au fond du puits, où une pompe électrique immergée les attendait.

Incertitudes historiques et techniques

Les archives ne nous permettent pas, à ce jour, de dater précisément le forage du puits ni d’identifier la méthode employée. Toutefois, au vu des pratiques de l’époque, l’hypothèse d’un forage au trépan reste la plus plausible.
De même, nous ne disposons d’aucune information technique concernant la machinerie : le type de pompe utilisé ainsi que le débit d’eau nécessaire à l’arrosage du terril demeurent inconnus.

Note

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Pour consulter les données techniques complètes, le dossier est disponible sur le portail InfoTerre du BRGM (Code BSS : BSS001ZBSE).

Paysage actuel du site du Puits Charvet à Susville : une zone enherbée après la démolition des installations et la renaturation.

L’emplacement du Puits Charvet aujourd’hui : un paysage totalement « gommé » où la nature a repris ses droits sur le patrimoine industriel. 

Pourquoi une mine a-t-elle besoin d’eau ?

Le paradoxe peut surprendre : les mineurs luttent souvent contre l’eau au fond, alors pourquoi en pomper ici ? La réponse réside dans la gestion des déchets miniers, les fameux stériles (les roches extraites qui ne sont pas du charbon pur).[1]

Ces stériles contenaient deux éléments potentiellement dangereux lorsqu’ils sont combinés :

  1. Des résidus de charbon.

  2. De la pyrite de fer.

C’est ici que l’historien et le chimiste se rejoignent. La pyrite de fer possède une propriété redoutable : au contact de l’oxygène de l’air, elle s’oxyde et dégage de la chaleur. Si l’air circule librement dans un tas de déblais (le terril), cette chaleur s’accumule jusqu’à provoquer l’auto-combustion des résidus de charbon.

Ces feux de terrils sont des brasiers internes presque impossibles à éteindre une fois déclarés.

Schéma en coupe verticale d'un puits de pompage minier montrant les couches géologiques, le tubage du forage et la position de la pompe immergée.

Schéma de principe d’une coupe technique de forage : visualisation du cuvelage et du système d’exhaure (pompage).

La stratégie de l’arrosage

L’eau pompée au Puits Charvet servait de bouclier préventif. En arrosant constamment le terril, on saturait les déblais. L’eau remplissait les interstices, chassant l’oxygène et empêchant ainsi l’air de venir « nourrir » la réaction chimique de la pyrite. Sans oxygène, pas d’oxydation, et donc pas d’incendie.

Une fois pompées hors des galeries (eaux d’exhaure) et déversées sur le terril, les eaux suivaient un parcours gravitationnel simple mais lourd de conséquences. En ruisselant sur les amas de schistes, elles rejoignaient naturellement le point bas le plus proche : le ruisseau de La Jonche.

À cette époque, la conscience écologique et les normes de dépollution étaient inexistantes. Ces eaux de ruissellement, chargées de soufre et acidifiées par leur passage sur les roches minières, ne subissaient aucun traitement. Elles étaient rejetées directement dans le milieu naturel. Une partie de ces effluents pollués finissait irrémédiablement par s’infiltrer dans les sols, contaminant ainsi la nappe phréatique.

Note

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Qu’est-ce qu’un puits d’exhaure ?
Dans le langage minier, l’exhaure désigne l’ensemble des techniques permettant d’évacuer les eaux d’infiltration hors de la mine. Un « puits d’exhaure » est donc un puits vertical équipé de puissantes pompes et de tuyauteries, dont la fonction unique ou principale est de remonter ces eaux vers la surface.
Souvent, d’anciens puits d’extraction (qui servaient à remonter le charbon ou les hommes) étaient reconvertis en puits d’exhaure à la fin de leur vie productive, devenant ainsi les poumons hydrauliques de la concession.Mais ici il servait uniquement au puisage de l’eau.

1. La diversité des métiers : Une usine à ciel ouvert

Le personnel du jour était extrêmement stratifié. On y trouvait trois grands pôles :

  • Le traitement (Lavoirs et Cribles) : C’est le secteur le plus dur. L’anthracite sortant de la mine est mélangé à du schiste (stérile). Au Villaret ou aux Rioux, les ouvriers (et longtemps les ouvrières) triaient le charbon sur des tapis roulants.

  • Les Ateliers Centraux : Forgerons, mécaniciens, électriciens, menuisiers. C’était l’élite technique. Ils réparaient les marteaux-piqueurs, entretenaient les bennes et les câbles des puits. Sans eux, le fond s’arrêtait.

  • Les « Grands Bureaux » et l’administratif : Comptables, géomètres, ingénieurs et personnel médical. Ils géraient la paie, les plans des galeries et la santé des mineurs.

2. Les conditions de travail : Bruit, poussière et froid

Contrairement au fond où la température est constante (environ 15-18°C à La Mure), le personnel du jour subissait le climat rude du plateau matheysin.

  • L’exposition aux éléments : Dans les installations de triage (souvent de grands hangars en tôle mal isolés), les ouvriers travaillaient dans un froid glacial l’hiver, avec des courants d’air permanents.

  • La poussière et le bruit : Les cribles (tamis géants) et les concasseurs généraient un vacarme assourdissant et une poussière fine d’anthracite, tout aussi nocive que celle du fond. Les « trieurs » finissaient la journée aussi noirs que ceux qui remontaient du puits.

  • Le danger mécanique : Si le risque d’éboulement était absent, le danger venait des machines, des courroies de transmission et du mouvement incessant des trains du SGLM (Chemin de fer de La Mure) qui manoeuvraient sous les trémies.

3. La place singulière des femmes : Les « Trieuses »

Le bassin de La Mure a longtemps employé des femmes au jour, une pratique qui a perduré jusqu’aux années 1960-70.

  • Le triage manuel : Elles étaient affectées au retrait des pierres sur les tapis de charbon. C’était un travail répétitif, épuisant pour le dos et les mains, effectué dans une atmosphère saturée de poussière.

  • Évolution : Avec la modernisation des lavoirs (séparation par densité dans des bains de liqueur dense), leur nombre a diminué, les postes devenant plus techniques et masculinisés.

4. Vie sociale et Statut : Mineurs à part entière

Un point crucial : le personnel du jour bénéficiait du Statut du Mineur de 1946.

  • Mêmes avantages : Ils avaient droit au logement gratuit (les cités), au charbon de chauffage, aux soins gratuits à la Société de Secours minière et aux colonies de vacances pour leurs enfants.

  • La retraite : C’était le point de friction majeur. Les ouvriers du jour devaient travailler plus longtemps que ceux du fond (qui partaient à 50 ou 55 ans) pour obtenir leur retraite à taux plein. Cela créait une distinction sociale nette au sein de la cité.

5. La dynamique « Jour / Fond » : Une solidarité complexe

  • Le complexe de la surface : Il existait parfois une tension symbolique. Les mineurs du fond se considéraient comme les seuls « vrais » mineurs, ceux qui risquaient leur vie. Les gens du jour étaient parfois vus comme des privilégiés, bien que leur travail soit essentiel.

  • L’union dans la lutte : Lors des grandes grèves (1948, 1963), cette distinction disparaissait. Le personnel du jour (notamment les ateliers et le transport) était le premier à bloquer l’outil de production pour soutenir les revendications globales.

  • La sentinelle du drame : Le personnel du jour était le premier témoin des accidents. C’est eux qui voyaient arriver les ambulances au carreau de la mine et qui géraient l’angoisse des familles accourant aux grilles du puits.

6. L’héritage architectural

Aujourd’hui, les vestiges les plus visibles à La Mure sont ceux du « Jour » :

  • Le Puits du Villaret et son chevalement (classé).

  • Les Grands Bureaux qui témoignent de la puissance administrative des HBD.

  • Les Ateliers reconvertis pour certains en zones d’activités.

Le site aujourd’hui

Lors de l’arrêt définitif de l’exploitation en 1997, le site a été traité selon les procédures de mise en sécurité :

  • Le puits a été scellé par un bouchon de béton.

  • Le bâtiment abritant la machinerie a été détruit.

Il ne reste aujourd’hui aucune trace visible de cet ouvrage en surface, mais son histoire nous rappelle que l’exploitation minière était une lutte constante non seulement pour extraire des ressources, mais aussi pour maîtriser les réactions physico-chimiques de la terre.

Foire Aux Questions du puits Charvet

Non. C’est la confusion la plus fréquente. Contrairement aux puits d’extraction (comme le puits Villaret), le Puits Charvet n’était pas destiné à la circulation du personnel ni à la remontée du minerai. C’était un ouvrage exclusivement technique, sans cage d’ascenseur pour les hommes.

C’était un puits d’exhaure, c’est-à-dire une station de pompage industrielle. Son rôle unique était de puiser de l’eau en grande profondeur pour la remonter en surface via des tuyauteries fixées sur la tête de puits.

Le terril (la montagne de déchets miniers) contient des schistes mêlés à de la pyrite et des résidus de charbon. Au contact de l’air et de l’humidité, ces matériaux s’oxydent et chauffent : c’est le phénomène d’auto-combustion. Sans un arrosage constant assuré par le Puits Charvet, le terril risquait de prendre feu spontanément, dégageant des fumées toxiques et menaçant de s’effondrer.

Bien que n’étant pas un puits d’extraction, le Puits Charvet reste une prouesse technique. Comme indiqué dans la fiche technique de l’article, il atteint une profondeur impressionnante (voir données ci-dessus) avec un diamètre conséquent pour permettre le passage des pompes et le débit nécessaire à la sécurité du site.

Le forage descendait suffisamment bas pour capter les eaux d’infiltration naturelles ou les eaux accumulées dans les « vieux travaux » (anciennes galeries abandonnées et noyées), transformant ainsi la nuisance de l’eau souterraine en une ressource de sécurité pour la surface.

Poursuivez votre exploration

Retrouvez l’histoire du puits du Villaret

L’histoire de son terril

Et l’histoire de son exploitation

Sources et sites officiels 

1. Les Institutions & Archives 

  • Le Musée La Mine Image (La Motte-d’Aveillans)

    • Pourquoi : C’est LA référence muséale du bassin minier du Dauphiné.

    • URL : https://www.mine-image.com/

    • Idée d’intégration : « Pour comprendre la vie des mineurs du plateau, une visite s’impose au musée souterrain de [La Mine Image]… »

  • Géorisques (Ministère de la Transition Écologique)

    • Pourquoi : Pour valider l’aspect technique des risques (feux de terril, affaissements) et l’après-mine.

    • URL : https://www.georisques.gouv.fr/articles-risques/risques-miniers

    • Idée d’intégration : « La gestion des risques, notamment l’échauffement des terrils, est aujourd’hui surveillée dans le cadre de la prévention des [risques miniers]… »

  • Archives Départementales de l’Isère

    • Pourquoi : Si vous avez utilisé des sources de chez eux.

    • URL : https://archives.isere.fr/

    • Idée d’intégration : « Certains plans de coupe sont issus des fonds conservés aux [Archives Départementales de l’Isère]… »

2. Le Contexte Géographique & Touristique 

  • Matheysine Tourisme

    • Pourquoi : Pour situer Susville dans son territoire actuel.

    • URL : https://www.matheysine-tourisme.com/fr/decouvrir/incontournables/le-patrimoine-minier/

    • Idée d’intégration : « Le Puits Charvet est l’un des nombreux vestiges du [patrimoine minier de la Matheysine]… »

  • Le Petit Train de La Mure (EDEIS)

    • Pourquoi : Pour faire le lien avec le transport ferroviaire dont nous avons parlé.

    • URL : https://lepetittraindelamure.com/

    • Idée d’intégration : « L’exploitation du charbon à Susville était intrinsèquement liée au réseau ferroviaire, aujourd’hui reconverti en site touristique avec le [Petit Train de La Mure]… »

3. Les Outils Cartographiques 

  • Remonter le Temps (IGN)

    • Pourquoi : C’est un outil fabuleux pour comparer les photos aériennes des années 1950/60 avec aujourd’hui.

    • URL : https://remonterletemps.ign.fr/

    • Idée d’intégration : « Il est possible de visualiser l’évolution du site et la disparition des bâtiments grâce aux outils de l’IGN comme [Remonter le Temps]… »

  • Infoterre (BRGM)

    • Pourquoi : Pour ceux qui cherchent les dossiers du sous-sol (BSS).

    • URL : http://infoterre.brgm.fr/

    • Idée d’intégration : « Les données techniques des ouvrages miniers sont répertoriées par le BRGM sur le portail [InfoTerre]… »

Bibliographie 

  • 1. Archives et Rapports Techniques 

    C’est ici que se trouvent les données brutes (profondeur, dates, fermeture) que vous utilisez.

    • BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières). Dossier des ouvrages débouchant au jour – Département de l’Isère. Fiches signalétiques de la Banque du Sous-Sol (BSS).

    • Charbonnages de France / Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD). Dossier d’Arrêt Définitif des Travaux (DADT) de la concession de La Mure. 1997. (Consultable aux Archives Départementales de l’Isère ou via la DREAL).

    • Archives Départementales de l’Isère. Fonds des Houillères du Bassin du Dauphiné. Série continue (notamment les plans de surface du Villaret et les registres d’entretien des pompes).

    2. Ouvrages de Référence sur le Bassin 

    Ces livres contextuels mentionnent les installations de Susville et l’histoire technique du bassin.

    • GUIOLLARD, Pierre-Christian. Les chevalements des houillères françaises. Éditions P.C. Guiollard, 1993.

      • Note : L’auteur est la référence absolue pour l’inventaire des têtes de puits en France.

    • DÉSIRÉ-MARCHAND, José. La grande aventure des mineurs en Dauphiné : l’histoire des « Gueules noires » de la Mure. Éditions des Cahiers de l’Alpe, 1980.

      • Note : Indispensable pour le contexte social et humain autour des puits de Susville.

    • DOLFUS, M. Le bassin houiller de La Mure (Isère). In Revue de l’Industrie Minérale, éditions de la Sim, numéros divers (années 1950-1970 pour la période d’activité).

    3. Publications Locales et Mémoire

    • LA MINE IMAGE (Musée Souterrain). Mémoire de la Mine en Matheysine. Ouvrages et plaquettes édités par l’association de sauvegarde du site de la Motte-d’Aveillans.

    • VACHEZ, Colette. La Mure et la Matheysine. Éditions Alan Sutton, coll. « Mémoire en images », 2000.

      • Note : Contient souvent des cartes postales et photos d’époque des installations de surface avant démolition.

Trémie d'alimentation de criblage équipée de rehausses en tôle et d'un convoyeur d'évacuation, photo de 2012.

Le Razzier de Susville : L’histoire méconnue du terril du Villaret et son ultime exploitation (2011-2012)

Plus qu’un simple amas de stériles, le Razzier de Susville incarne la mémoire minière de la Matheysine. Découvrez comment ce site, né de l’activité historique du Puits du Villaret, a fait l’objet d’une tentative audacieuse de valorisation de ses déchets au début du XXIe siècle, redéfinissant notre regard sur le patrimoine industriel.

Symbole incontournable du paysage du plateau matheysin, le Razzier de Susville est bien plus qu’une simple colline artificielle. Véritable mémoire des entrailles de la terre, ce terril plat, formé par l’accumulation des stériles du Puits du Villaret, raconte un siècle d’industrie minière en Isère. Mais saviez-vous que ce géant de schiste a connu une seconde vie industrielle récente ? Retour sur l’histoire de ce site, de l’extraction du charbon à la tentative de valorisation des années 2010.

Informations pratiques

Rubrique Détails
Nom du site Le Razzier (ou Le Razier)
Localisation Commune de Susville (Plateau Matheysin, Isère, France).
Nature du site Terril minier (amas de stériles de charbon).[
Origine géologique Rejets de l’exploitation des Houillères du Dauphiné (Mines de La Mure).
Composition • Schistes noirs (stériles bruts).
• Schistes rouges (ou « cuits ») résultant de la combustion spontanée des terres.
Phénomène notable Auto-combustion interne causée par l’oxydation de la pyrite de fer en présence de charbon résiduel et d’oxygène (réaction exothermique).
Infrastructures liées • Puits Charvet : Installation hydraulique créée spécifiquement pour l’arrosage permanent du terril afin de maîtriser les incendies.
Périodes de Valorisation • Années 1990 (ex: 1999) : Évacuation massive par trains de wagons-trémies (opérateur cité : VFT).

• Années 2010 (ex: 2012) : Campagne de traitement in situ avec criblage mobile (séparation granulométrique).

Archéologie industrielle Présence ponctuelle de vestiges de l’exploitation souterraine (boisages, étançons) remontés accidentellement dans les stériles.
Usage actuel / Devenir Exploitation des granulats (remblais routiers, travaux publics) et sécurisation environnementale du site.

1. Qu’est-ce que le « Razzier » de Susville ? 

Dans le jargon minier du Dauphiné, on ne parle pas toujours de « terril », mais de « razzier ». Celui de Susville est le fruit de l’activité intense des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD).

Situé à proximité immédiate du Puits du Villaret (actif jusqu’en 1997), ce dépôt est constitué de millions de tonnes de stériles miniers : des roches (schistes, grès) extraites du sous-sol pour atteindre les veines d’anthracite, mais aussi du charbon de trop mauvaise qualité pour être commercialisé à l’époque.

Contrairement aux terrils coniques du Nord de la France, le Razzier de Susville présente une forme tabulaire (plate), typique de la gestion des déchets miniers dans les vallées alpines.


Tas de stériles miniers contenant des débris de soutènement en bois, photographie prise en 2012.

Vestiges de boisage (éléments de soutènement ancien) remontés au jour accidentellement avec les stériles lors de l’extraction de 2012.

2. 2011-2012 : L’ultime tentative de valorisation des déchets 

Si l’extraction souterraine a cessé en 1997, le site a connu un rebondissement industriel inattendu au début du XXIe siècle. On a longtemps pensé que les terrils ne contenaient que des cailloux sans valeur. Pourtant, les analyses ont révélé qu’il restait une quantité non négligeable de carbone mélangé aux schistes.

Entre 2011 et la fin de l’année 2012, une entreprise spécialisée a tenté le pari de la valorisation des matériaux.
L’objectif était double :

  1. Récupérer l’énergie résiduelle : Laver les matériaux du terril pour isoler les fines particules de charbon encore présentes.

  2. Produire des granulats : Utiliser la roche stérile lavée (schistes rouges et noirs) comme remblai pour les travaux publics et les routes.

Durant ces deux années, le paysage du Razzier a été animé par le ballet des engins et d’une installation de traitement (criblage et lavage). L’activité a cependant cessé fin 2012, laissant le site retrouver son calme, mais marquant la dernière interaction industrielle directe avec la matière extraite du sous-sol matheysin.

Vue en coupe de la paroi d'un terril montrant une strate horizontale de couleur claire, trace d'une combustion interne, photo de 2012

Coupe stratigraphique du Razzier (2012). La bande de coloration distincte (claire) traversant la masse de stériles témoigne d’un ancien foyer de combustion spontanée, provoqué par l’oxydation exothermique des pyrites en présence de résidus charbonneux.

Note

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L’observation de la coupe du Razzier révèle une strate blanchâtre caractéristique, stigmate d’une combustion interne. Ce phénomène résulte de l’oxydation de la pyrite de fer en présence de résidus charbonneux et d’oxygène. La réaction, pouvant être initiée par un choc mécanique, a nécessité la mise en place de mesures préventives : le puits Charvet fut ainsi aménagé pour assurer l’arrosage permanent du site et limiter les risques d’échauffement.

3. De la friche industrielle au patrimoine environnemental 

Aujourd’hui, le Razzier de Susville est un site en pleine mutation qui intéresse à la fois les historiens, les écologues et les énergéticiens.

  • Un refuge pour la biodiversité : Avec le temps, la nature reprend ses droits. Les zones de schistes, qui peuvent emmagasiner la chaleur, et les zones humides formées sur le plat du terril créent des biotopes particuliers où une flore pionnière s’installe.

  • Un lieu de mémoire : Il reste le témoin physique du labeur des mineurs qui ont creusé le Puits du Villaret, souvent dans des conditions extrêmes (notamment via la technique de congélation des sols).

  • Un avenir énergétique : Sa surface plane et son exposition en font un candidat idéal pour de nouveaux projets, notamment l’installation de parcs photovoltaïques, transformant ainsi une ancienne terre de carbone en productrice d’énergie verte.

Vue d'une cribleuse mobile à deux sorties en activité sur le chantier du Razzier, photographie prise en 2012.

Unité de criblage en opération lors de la campagne d’exploitation du Razzier en 2012. La machine est ici configurée avec deux convoyeurs de sortie pour le tri granulométrique des matériaux.

Conclusion

Le Razzier de Susville n’est pas qu’un tas de cailloux. C’est un livre d’histoire à ciel ouvert qui a traversé les époques : de la gloire du charbon à la fermeture des mines, jusqu’à l’épisode de retraitement de 2011-2012. Il demeure un marqueur identitaire fort pour les habitants de Susville et de la Matheysine.

Foire Aux Questions exploitation du razzier de Susville

Le Razzier est un terril situé à Susville. Il s’agit d’une colline artificielle formée par l’accumulation des stériles, c’est-à-dire les roches extraites du sous-sol par les mineurs (Houillères du Dauphiné) qui ne contenaient pas assez de charbon pour être vendues. C’est la « poubelle » géologique de l’ancienne mine.

Au lieu de laisser ces amas rocheux à l’abandon, on les exploite à nouveau. Les schistes (la roche noire) et les schistes rouges (cuits) sont d’excellents matériaux pour les travaux publics (sous-couches routières, remblais). Le terril devient ainsi une carrière à ciel ouvert.

C’est la trace d’un incendie interne. Le terril contient encore des résidus de charbon et de la pyrite de fer. Au contact de l’oxygène de l’air (parfois suite à un éboulement ou un choc), une réaction chimique dégage de la chaleur (oxydation exothermique). Cela cuit la roche : le schiste noir devient rouge, et les zones de combustion intense laissent des traces de cendres blanches.

Oui, c’est de l’archéologie involontaire. Lors de l’exploitation récente, il n’est pas rare de voir remonter des vestiges de boisage (étançons, poutres) qui servaient à soutenir les galeries autrefois. Ils ont été jetés avec les stériles lors du tri au fond de la mine ou à la surface, et ressortent des décennies plus tard.

Poursuivez votre exploration

« Plongez dans l’épopée minière du Plateau Matheysin » « Découvrez l’histoire du Puits du Villaret, le plus récent du Plateau Matheysin »

Sources et sites officiels 

Musées et Mémoire locale

  • La Mine Image (Site Officiel)

    • Pourquoi : C’est le musée souterrain de référence à La Motte-d’Aveillans. Indispensable pour comprendre ce qui se passait sous terre, en complément de votre article sur le puits de surface.

    • Lien : https://www.mine-image.com

  • Matheysine Tourisme – Le Patrimoine Minier

    • Pourquoi : Pour situer le Villaret dans l’offre touristique actuelle du plateau (sentiers, autres vestiges).

    • Lien : https://www.matheysine-tourisme.com

  •  Archives Audiovisuelles (INA)

    • La fin des Gueules Noires (Journal Télévisé de 1997)

      • Pourquoi : Une vidéo d’époque (INA) montrant la remontée de la dernière benne le 28 mars 1997 au Villaret. C’est une source primaire très forte émotionnellement.

      • Recherche conseillée : « INA Fermeture mines La Mure 1997 » ou lien direct vers la fresque historique de l’INA.

      • Lien générique : https://www.ina.fr (Rechercher « Mines Dauphiné »)

    • Technique et Après-Mine

      • Le BRGM et l’Après-Mine

        • Pourquoi : Le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) gère la surveillance des anciens sites (eaux, gaz, stabilité). Utile pour la partie technique/environnementale.

        • Lien : https://www.brgm.fr/fr/nos-actions/projets/gestion-apres-mine

      • L’Agence Nationale pour la Garantie des Droits des Mineurs (ANGDM)

        • Pourquoi : L’organisme qui a succédé à Charbonnages de France pour gérer les droits sociaux et le patrimoine immobilier.

        • Lien : https://www.angdm.fr

    • Patrimoine Culturel

      • Isère Culture – Patrimoine en Isère

        • Pourquoi : Pour consulter la fiche officielle si le chevalement est labellisé ou répertorié dans l’inventaire départemental.

        • Lien : https://culture.isere.fr

Bibliographie 

  • 1. Ouvrages Historiques et Techniques de Référence

    Ces livres sont les « bibles » locales pour comprendre l’évolution technique ayant mené à la création du Villaret.

    • REYMOND, René. La Mure et le bassin houiller du Dauphiné.

      • Note : René Reymond était ingénieur géomètre aux Houillères. C’est l’ouvrage le plus précis sur la géologie, les couches de charbon et l’implantation des puits, dont le Villaret.

      • Éditeur : Imprimerie Barthélemy (Plusieurs éditions, notamment 1982).

    • 2. Sources Primaires & Articles Spécialisés (Pour l’aspect technique)

      Le Puits du Villaret est célèbre chez les ingénieurs pour sa méthode de fonçage par congélation. Pour votre fiche d’identité, voici la source technique absolue :

      • Revue de l’Industrie Minérale (RIM).

        • Article cible : « Le fonçage du Puits du Villaret par congélation ».

        • Date : Début des années 1950 (souvent cité dans les revues de 1951 ou 1952).

        • Disponibilité : Consultable aux Archives Départementales de l’Isère ou dans les bibliothèques d’écoles des Mines (Paris, Saint-Étienne).

      • . Mémoire Visuelle et Sociale

        • Collectif (La Mine Image). La Mine Image : La Motte d’Aveillans.

          • Note : Les livrets édités par le musée souterrain contiennent souvent des coupes techniques et des historiques précis des puits, validés par d’anciens mineurs.

        4. Presse et Revues Locales (La fin de la mine)

        Pour la date clé du 28 mars 1997 :

        • Le Dauphiné Libéré. Numéro Hors-Série : « Adieu la Mine » (Mars/Avril 1997).

          • Intérêt : Reportages complets sur la dernière remontée au Villaret, interviews des derniers mineurs et contexte de la fermeture.

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Détail de la végétation marécageuse sur le terril plat de Susville (Puits du Villaret) en 2011.

Le Terril du Puits du Villaret : Le Géant Invisible de la Matheysine

Situé à Susville, entre la route Napoléon et la D529, le site du Puits du Villaret cache une curiosité géologique et historique fascinante : son immense terril. Connu localement sous le nom de « Razzier », cet espace de 36 hectares raconte la fin de l’épopée charbonnière en Isère..

Plongez au cœur de la Matheysine pour découvrir le Terril du Villaret, véritable curiosité géologique de notre patrimoine minier. Situé à Susville, cet immense plateau de schiste de 36 hectares — que les anciens nomment localement le « Razzier » — est bien plus qu’un simple vestige industriel. Témoin silencieux de l’extraction du charbon en Isère, ce site unique établi sur d’anciens marais dévoile aujourd’hui une histoire fascinante où la mémoire ouvrière rencontre une biodiversité résiliente.

Informations pratiques

Categorie Description
Nom du Site Puits du Villaret (et son Terril associé)
Localisation Commune de Susville (Isère, 38) – Plateau Matheysin.
Exploitant Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD).
Minerai extrait Anthracite (Charbon de très haute qualité).
Période d’activité 1969 – 1997 (environ 28 ans).
Dates clés • 1948 : Début du fonçage (technique de congélation des sols).
• 1952/1953 : Mise en service opérationnelle.
• 28 mars 1997 : Arrêt définitif de l’extraction (fermeture symbolique des mines du Dauphiné).[1][2]
Caractéristiques Techniques • Profondeur : 560 mètres (fond à l’étage 343).
• Diamètre : 6,50 mètres.
• Fonction : Circulation du personnel, du matériel et remontée des stériles (création du terril).
Éléments du paysage (Terril) • Type : Terril plat (forme de table basse), issu des stériles remontés.

Volume : 11290 mètres cubes.
• État actuel : Végétalisation avancée, intégration paysagère.

Patrimoine Bâti Conservé • Le Chevalement : Structure métallique brun-rouge (Label « Patrimoine en Isère »).
• La Halle à Charbon (Magasin) : Bâtiment massif situé face au chevalement.
• Fresque : Peinture commémorative réalisée en 2015 sur la base du chevalement.
Importance Historique Le Villaret incarne la modernisation (après-guerre) et le crépuscule de l’activité minière en Matheysine. C’est ici que sont remontées les dernières tonnes de charbon du bassin.
Sites associés • La Mine Image (La Motte-d’Aveillans) : Musée souterrain de référence.
• Puits des Rioux (Prunières) : Autre chevalement conservé à proximité.

Si l’image d’Épinal des mines de charbon nous renvoie souvent aux grands terrils coniques du Nord de la France, le patrimoine minier du Dauphiné possède ses propres spécificités. Le terril du Puits du Villaret en est l’exemple le plus frappant : une montagne de schiste qui a su se fondre dans le paysage alpin.

Qu’est-ce qu’un « Razzier » ?

Dans le bassin minier du Dauphiné, et plus particulièrement sur le plateau matheysin, le terme « terril » (cet amas de stériles miniers extraits du sol en même temps que le charbon) est souvent désigné par le mot local « razzier ».

Contrairement aux célèbres terrils du Nord-Pas-de-Calais, visibles à des kilomètres à la ronde, le razzier du Villaret possède une architecture unique : il est plat et étendu. Installé sur une ancienne zone marécageuse (vestige de la dernière glaciation), il s’étend sur plus de 36 hectares mais reste discret. Aujourd’hui, la végétation y a repris ses droits, camouflant les tonnes de pierres sous un manteau de verdure qui le rend presque invisible aux yeux des profanes.

Pour l’historien comme pour le promeneur, gravir le terril nécessite d’apprendre à lire le sol. Ce paysage n’est pas muet ; ses couleurs sont des archives. Le gris ou le noir dominants signalent le schiste brut, tel qu’il fut rejeté du lavoir. Mais ces zones rouge brique qui tranchent sur le versant racontent une autre histoire : celle de l’autocombustion. Sous la pression et la chaleur interne, les résidus de charbon restés dans la roche ont brûlé lentement, cuisant le schiste comme une poterie et modifiant sa chimie.
C’est sur ce substrat artificiel, chaud et incroyablement drainant — où l’eau file sans s’attarder — que s’est développée une végétation pionnière surprenante. Les bouleaux aux écorces argentées et les tapis de lichens ne sont pas là par hasard ; ils sont les seuls à supporter ce microclimat aride et instable. Cette alliance entre le déchet minier et la reconquête végétale définit une véritable « écologie industrielle », transformant une décharge de stériles en un sanctuaire de biodiversité unique. 

Au-delà de sa fonction industrielle, le terril doit être appréhendé par le prisme de l’histoire des sensibilités. Pour les habitants des cités minières, ce volume n’était pas un simple élément de décor, mais une présence physique, intime et parfois envahissante. Il saturait l’horizon, servant de boussole et d’horloge à tout un territoire.
Mais cette proximité se payait au prix d’une interaction sensorielle constante, souvent rugueuse. Les jours de grand vent, le terril s’invitait dans les intérieurs et sur le linge étendu, déposant un voile de poussières noires qui rappelait, jusque dans la sphère privée, la réalité du charbon. En été, ou lors des phases de combustion interne, la masse minérale rayonnait, agissant comme un immense radiateur qui modifiait le microclimat local. Le terril ne se contentait pas d’être vu ; il était respiré et ressenti, s’imposant comme une composante inévitable de l’atmosphère quotidienne.

Vue du terril de Susville en 2011 direction col de La Festinière : contraste entre schistes noirs miniers et végétalisation.

Entre mémoire industrielle et renouveau : panorama en direction du col de La Festinière (2011). Sur la gauche, les stériles noirs résistent encore, tandis que la végétation recouvre progressivement le reste du terril du Villaret.

L’Histoire du Puits du Villaret

Le Puits du Villaret fut l’un des sites majeurs de l’extraction de l’anthracite en Isère. Son activité a généré des millions de mètres cubes de déblais. Si une partie de ces stériles a été réutilisée pour le remblayage des chemins alentour, la grande majorité forme aujourd’hui ce plateau artificiel.

L’exploitation s’est définitivement arrêtée en 1997, marquant la fin d’une ère industrielle pour Susville et la région. Les galeries sont aujourd’hui obturées, laissant le terril comme principal témoin silencieux de ce labeur souterrain.

Pour saisir la pleine mesure de ce paysage, il faut admettre une vérité géologique et industrielle : le terril n’est autre que l’ombre portée du Puits du Villaret. Cette zone de stériles ne doit pas être lu comme un simple accident de relief, mais comme l’ultime maillon d’une chaîne opératoire implacable. Tout commence à des centaines de mètres sous terre, au front de taille, où le mineur arrache le « tout-venant », ce mélange impur de charbon, de grès et de schiste. Une fois remonté par la cage du puits, ce minerai brut subit l’épreuve du triage et du lavoir, véritables reins de l’installation minière. C’est ici que le destin de la roche se joue : le charbon part alimenter les fourneaux, tandis que la pierre, jugée inutile, est rejetée vers l’extérieur. Le terril du Villaret est donc bien plus qu’un amas de cailloux ; il est le volume exact, inversé et visible, du vide laborieusement creusé dans les entrailles de la terre.

Il serait inexact de résumer le terril au seul résultat du nettoyage du charbon. Pour saisir l’épaisseur sociale de ce paysage, il faut distinguer les origines de ces tonnes de pierres. Si une partie provient effectivement du tri mécanique en surface — une étape complexe liée aux lavoirs qui fera l’objet d’une analyse ultérieure —, la base constitutive de ce monticule est bien différente.
Elle est composée des « terres de creusement ». Ces blocs de grès et de schiste sont les témoins directs des travaux préparatoires, cette phase ingrate où le mineur n’est pas encore extracteur de richesse, mais perceur de tunnel. Ce volume minéral matérialise les kilomètres de galeries, de chassages et de recoupes forés à même le roc pour atteindre les veines. Chaque strate de ce remblai raconte donc d’abord l’effort physique du creusement : la roche arrachée pour construire le labyrinthe souterrain bien avant que la première tonne de charbon ne soit remontée.

Évolution des Méthodes de Gestion des Stériles

Le razzier plat tel que nous le connaissons aujourd’hui, avec sa forme étendue, a réellement pris forme à partir de 1969 et est resté actif jusqu’à la fermeture du puits en 1997. Cependant, l’histoire de la gestion des stériles du Puits du Villaret remonte à son fonçage en 1948.

Initialement, les stériles extraits du puits étaient principalement déversés au niveau de la Combe du Villaret, juste au-dessus des habitations de la cité de la centrale de Fontveille. Ce choix d’emplacement s’explique par la présence d’une ancienne ligne de chemin de fer à voie métrique, désaffectée avant l’arrivée des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD). La décision fut prise de profiter de cette ligne droite pour y déverser les déblais.

Pour acheminer les matériaux vers cette zone en hauteur, un télébenne fut construit, partant du carreau du Villaret et rejoignant l’ancienne ligne de chemin de fer. Ce système permettait de monter efficacement les stériles dans la montagne.

À partir de 1969, une nouvelle méthode de transport fut mise en place pour le razzier plat. Les stériles, après être remontés par le plan Richard avec le charbon et avoir traversé l’atelier de lavage, étaient transportés par une bande transporteuse de l’autre côté de la route. De là, ils étaient déversés dans une noria de camions-bennes, qui les acheminaient vers le terril pour y être étalés.

Végétation de zone humide au fond d'un cratère du terril de Susville (2011) indiquant la nappe phréatique.

L’eau sous la roche : au fond de cette dépression sur le terril du Villaret (2011), l’apparition de plantes marécageuses trahit la présence de la nappe phréatique affleurant juste sous les stériles.

La genèse du terril

La silhouette du terril ne doit rien au hasard ; elle est la signature directe des technologies de déversement employées successivement. Si l’on disséquait ce monticule, on retrouverait les strates de deux époques logistiques. À l’origine, la mise à terril s’opérait à la force des bras et des reins : des sections de rails étaient posées à même le flanc, sur lesquelles on poussait les berlines pour les basculer dans le vide. Puis, la mécanisation a pris le relais. La forme tabulaire actuelle, ce vaste plateau sommital, trahit l’usage intensif du camion lors des dernières phases d’exploitation. C’est la rotation des poids lourds, nécessitant une surface plane pour manœuvrer et déverser leur charge, qui a arasé et étendu le sommet. Ce relief est donc une archive technique : la transition du rail vers la route est inscrite dans la pente.

Une clé de compréhension essentielle, pourtant fréquente dans le bassin de la Matheysine, manque souvent à la lecture paysagère de ce site : le phénomène de combustion interne. La teinte rouge brique qui domine certains versants n’est pas une fantaisie géologique, mais la preuve tangible que ce terril a fonctionné comme un fourneau involontaire.

L’explication réside dans la composition chimique des remblais : les stériles rejetés n’étaient jamais purs. Ils contenaient des résidus de charbon (anthracite) et, surtout, de la pyrite de fer. Sous l’effet combiné de l’air et de l’humidité, la pyrite s’oxyde, déclenchant une réaction exothermique. La température monte, finissant par enflammer les poussières de charbon résiduelles. La roche noire (le schiste) cuit alors littéralement sur place, se transformant en cette roche rouge, dure et sonnante, que l’on nomme « schiste cuit » ou « rouget ».

Ce feu intérieur, capable de couver pendant des décennies, est un facteur déterminant pour la stabilité du site. Il éclaire les mouvements de terrain — la roche cuite perdant du volume en se consumant — ainsi que la difficulté de la reconquête végétale : comment la flore pourrait-elle s’installer durablement sur un sol instable, chimiquement agressif et qui, par endroits, dégage encore une chaleur souterraine ? 

Cliquez ici pour découvrir une coupe du terril révélant les traces de sa combustion interne.

AvantAprès

Vue avant après du terril en 1952 et en 1997

1. La diversité des métiers : Une usine à ciel ouvert

Le personnel du jour était extrêmement stratifié. On y trouvait trois grands pôles :

  • Le traitement (Lavoirs et Cribles) : C’est le secteur le plus dur. L’anthracite sortant de la mine est mélangé à du schiste (stérile). Au Villaret ou aux Rioux, les ouvriers (et longtemps les ouvrières) triaient le charbon sur des tapis roulants.

  • Les Ateliers Centraux : Forgerons, mécaniciens, électriciens, menuisiers. C’était l’élite technique. Ils réparaient les marteaux-piqueurs, entretenaient les bennes et les câbles des puits. Sans eux, le fond s’arrêtait.

  • Les « Grands Bureaux » et l’administratif : Comptables, géomètres, ingénieurs et personnel médical. Ils géraient la paie, les plans des galeries et la santé des mineurs.

2. Les conditions de travail : Bruit, poussière et froid

Contrairement au fond où la température est constante (environ 15-18°C à La Mure), le personnel du jour subissait le climat rude du plateau matheysin.

  • L’exposition aux éléments : Dans les installations de triage (souvent de grands hangars en tôle mal isolés), les ouvriers travaillaient dans un froid glacial l’hiver, avec des courants d’air permanents.

  • La poussière et le bruit : Les cribles (tamis géants) et les concasseurs généraient un vacarme assourdissant et une poussière fine d’anthracite, tout aussi nocive que celle du fond. Les « trieurs » finissaient la journée aussi noirs que ceux qui remontaient du puits.

  • Le danger mécanique : Si le risque d’éboulement était absent, le danger venait des machines, des courroies de transmission et du mouvement incessant des trains du SGLM (Chemin de fer de La Mure) qui manoeuvraient sous les trémies.

3. La place singulière des femmes : Les « Trieuses »

Le bassin de La Mure a longtemps employé des femmes au jour, une pratique qui a perduré jusqu’aux années 1960-70.

  • Le triage manuel : Elles étaient affectées au retrait des pierres sur les tapis de charbon. C’était un travail répétitif, épuisant pour le dos et les mains, effectué dans une atmosphère saturée de poussière.

  • Évolution : Avec la modernisation des lavoirs (séparation par densité dans des bains de liqueur dense), leur nombre a diminué, les postes devenant plus techniques et masculinisés.

4. Vie sociale et Statut : Mineurs à part entière

Un point crucial : le personnel du jour bénéficiait du Statut du Mineur de 1946.

  • Mêmes avantages : Ils avaient droit au logement gratuit (les cités), au charbon de chauffage, aux soins gratuits à la Société de Secours minière et aux colonies de vacances pour leurs enfants.

  • La retraite : C’était le point de friction majeur. Les ouvriers du jour devaient travailler plus longtemps que ceux du fond (qui partaient à 50 ou 55 ans) pour obtenir leur retraite à taux plein. Cela créait une distinction sociale nette au sein de la cité.

5. La dynamique « Jour / Fond » : Une solidarité complexe

  • Le complexe de la surface : Il existait parfois une tension symbolique. Les mineurs du fond se considéraient comme les seuls « vrais » mineurs, ceux qui risquaient leur vie. Les gens du jour étaient parfois vus comme des privilégiés, bien que leur travail soit essentiel.

  • L’union dans la lutte : Lors des grandes grèves (1948, 1963), cette distinction disparaissait. Le personnel du jour (notamment les ateliers et le transport) était le premier à bloquer l’outil de production pour soutenir les revendications globales.

  • La sentinelle du drame : Le personnel du jour était le premier témoin des accidents. C’est eux qui voyaient arriver les ambulances au carreau de la mine et qui géraient l’angoisse des familles accourant aux grilles du puits.

6. L’héritage architectural

Aujourd’hui, les vestiges les plus visibles à La Mure sont ceux du « Jour » :

  • Le Puits du Villaret et son chevalement (classé).

  • Les Grands Bureaux qui témoignent de la puissance administrative des HBD.

  • Les Ateliers reconvertis pour certains en zones d’activités.

Un Site entre Passé et Avenir

L’observation botanique du terril ne peut se détacher de son origine artificielle. Ce « sol » qui n’en est pas un, composé de roches concassées et drainantes, a favorisé l’émergence d’une flore pionnière très spécifique. On y voit prospérer le bouleau, colonisateur par excellence des terrains ingrats, ainsi que des tapis de lichens capables de s’ancrer sur la pierre nue.
Mais la singularité de ce biotope relève de la thermique. Entre la couleur sombre des schistes qui accumule le rayonnement solaire et la chaleur diffuse issue de la combustion résiduelle des terres, le terril se comporte comme un îlot de chaleur. Il devient ainsi un refuge inattendu pour des espèces thermophiles, recherchant des températures élevées que l’environnement immédiat ne peut leur offrir. C’est ici que l’histoire rencontre la biologie : l’activité extractive a engendré, involontairement, une forme d’écologie industrielle où le déchet minéral conditionne une biodiversité nouvelle. 

Le travail de l’historien ne s’arrête pas à la fermeture du puits ; il doit aussi interroger le temps long de « l’après-mine ». La question de la gouvernance de ces espaces est cruciale : qui hérite de ce paysage ? Si la surveillance des anciens sites relève généralement de l’État via le DPSM (Département Prévention et Sécurité Minière) du BRGM, notamment pour contrôler les risques d’échauffement ou de glissement, le terril du Villaret échappe à cette fatalité de la friche sous surveillance passive.
Ici, la « surveillance » a laissé place à la « valorisation ». Le site n’est plus seulement un dépôt de résidus potentiellement instable, il a opéré une mue spectaculaire en devenant une centrale solaire. Il y a là une ironie historique fascinante que l’on ne peut ignorer : ce sol, formé par l’extraction de l’énergie fossile du XIXe siècle, sert aujourd’hui de socle à la production d’énergie renouvelable du XXIe siècle. Le terril ne brûle pas de l’intérieur, il capte désormais le feu du ciel. 

Depuis la fermeture de la mine, le terril du Villaret vit une seconde existence :

Il est à noter que le terril du Villaret a connu une nouvelle phase d’exploitation au cours des années 2010, un épisode spécifique qui fait l’objet d’un article dédié.

  • Un terrain de loisirs : Sa topographie particulière en a fait un lieu prisé pour la pratique du moto-cross.

  • Un refuge pour la biodiversité : La nature sauvage recolonise peu à peu cet espace industriel.

  • Un projet d’énergie renouvelable : L’immense surface plane du terril fait actuellement l’objet d’études pour l’implantation d’une ferme solaire, symbolisant la transition de l’énergie fossile (le charbon) vers l’énergie verte.

Conclusion

En dernière analyse, le terril du Villaret s’impose comme le témoin immobile de la désindustrialisation. L’arrêt définitif de son alimentation n’a pas seulement marqué la fin d’un processus technique de rejet ; il a scellé la conclusion d’un cycle économique séculaire. La fermeture des mines de la Mure en 1997, l’une des ultimes fermetures de charbonnages en France, confère à cette masse inerte une portée historique nationale. Dans le silence du paysage actuel, ce cône tronqué acquiert une gravité particulière : il se dresse désormais comme le monument funéraire de l’industrie, l’épitaphe minérale d’un monde ouvrier aujourd’hui disparu.

Foire Aux Questions razzier du Villaret


Le Villaret est le symbole de la « dernière bataille » du charbon en Isère. C’est ici, le 28 mars 1997, que la dernière berline d’anthracite a été remontée, marquant l’arrêt définitif de l’extraction minière non seulement en Matheysine, mais dans tout le Dauphiné, clôturant des siècles d’histoire industrielle.

C’est un puits « récent » (mis en service dans les années 1950) conçu pour la modernisation de l’après-guerre. Contrairement aux anciens puits du XIXe siècle, il disposait d’installations modernes et a servi de concentration pour l’extraction jusqu’à la fin.

Le fonçage du puits (démarré en 1948) a rencontré des terrains gorgés d’eau et très instables. Les ingénieurs ont dû utiliser la technique de la congélation des sols : on injecte un liquide réfrigérant dans le sol pour créer un mur de glace étanche, permettant de creuser au sec avant de bétonner le cuvelage.

La topographie montagneuse et les techniques de déversement différaient. Au Villaret, les stériles (roches sans charbon) étaient étalés pour former une plateforme (terril tabulaire), plutôt que d’être accumulés en hauteur sur un point fixe. Aujourd’hui, cette forme facilite sa revégétalisation naturelle (bouleaux, saules).

De l’anthracite. C’est un charbon très pur, à forte teneur en carbone et pauvre en matières volatiles, réputé pour son pouvoir calorifique élevé, typique du sillon alpin.

Non. Comme pour la quasi-totalité des mines fermées en France, le puits a été remblayé (bouché) et sécurisé par une dalle en béton pour éviter tout effondrement ou émission de gaz. Pour visiter des galeries authentiques, il faut se rendre au musée de La Mine Image à La Motte-d’Aveillans, à quelques kilomètres.

Réalisée en 2015 par l’artiste Nessé, cette fresque rend hommage aux « Gueules Noires ». Elle a été commandée pour commémorer l’histoire humaine du site et redonner une visibilité culturelle à cette structure industrielle parfois oubliée.

Oui, il s’agit de l’ancienne salle de la machine d’extraction (le treuil géant qui faisait monter et descendre les cages). Ce bâtiment massif est conservé, bien que son usage ait changé ou qu’il soit fermé au public selon les périodes.

Les sites miniers font l’objet de surveillances. Le terril est constitué de schistes et de grès (stériles). La nature a repris ses droits de manière spectaculaire, transformant la zone industrielle en un espace vert, bien que le sous-sol garde la mémoire des galeries inondées.

Poursuivez votre exploration

« Plongez dans l’épopée minière du Plateau Matheysin » « Découvrez l’histoire du Puits du Villaret, le plus récent du Plateau Matheysin »

Découvrez aussi l’exploitation du terril 

Sources et sites officiels 

Musées et Mémoire locale

  • La Mine Image (Site Officiel)

    • Pourquoi : C’est le musée souterrain de référence à La Motte-d’Aveillans. Indispensable pour comprendre ce qui se passait sous terre, en complément de votre article sur le puits de surface.

    • Lien : https://www.mine-image.com

  • Matheysine Tourisme – Le Patrimoine Minier

    • Pourquoi : Pour situer le Villaret dans l’offre touristique actuelle du plateau (sentiers, autres vestiges).

    • Lien : https://www.matheysine-tourisme.com

  •  Archives Audiovisuelles (INA)

    • La fin des Gueules Noires (Journal Télévisé de 1997)

      • Pourquoi : Une vidéo d’époque (INA) montrant la remontée de la dernière benne le 28 mars 1997 au Villaret. C’est une source primaire très forte émotionnellement.

      • Recherche conseillée : « INA Fermeture mines La Mure 1997 » ou lien direct vers la fresque historique de l’INA.

      • Lien générique : https://www.ina.fr (Rechercher « Mines Dauphiné »)

    • Technique et Après-Mine

      • Le BRGM et l’Après-Mine

        • Pourquoi : Le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) gère la surveillance des anciens sites (eaux, gaz, stabilité). Utile pour la partie technique/environnementale.

        • Lien : https://www.brgm.fr/fr/nos-actions/projets/gestion-apres-mine

      • L’Agence Nationale pour la Garantie des Droits des Mineurs (ANGDM)

        • Pourquoi : L’organisme qui a succédé à Charbonnages de France pour gérer les droits sociaux et le patrimoine immobilier.

        • Lien : https://www.angdm.fr

    • Patrimoine Culturel

      • Isère Culture – Patrimoine en Isère

        • Pourquoi : Pour consulter la fiche officielle si le chevalement est labellisé ou répertorié dans l’inventaire départemental.

        • Lien : https://culture.isere.fr

Bibliographie 

  • 1. Ouvrages Historiques et Techniques de Référence

    Ces livres sont les « bibles » locales pour comprendre l’évolution technique ayant mené à la création du Villaret.

    • REYMOND, René. La Mure et le bassin houiller du Dauphiné.

      • Note : René Reymond était ingénieur géomètre aux Houillères. C’est l’ouvrage le plus précis sur la géologie, les couches de charbon et l’implantation des puits, dont le Villaret.

      • Éditeur : Imprimerie Barthélemy (Plusieurs éditions, notamment 1982).

    • AILLAUD, Robert. Le temps du charbon : La Mure, Matheysine.

      • Note : L’auteur, figure locale, retrace l’histoire sociale et technique. Les derniers chapitres traitent abondamment de la période d’activité du Villaret (1950-1997).

      • Éditeur : Éditions Le Dauphiné Libéré / Collection Les Patrimoines (2006).

      • ISBN : 978-2916272092.

    • 2. Sources Primaires & Articles Spécialisés (Pour l’aspect technique)

      Le Puits du Villaret est célèbre chez les ingénieurs pour sa méthode de fonçage par congélation. Pour votre fiche d’identité, voici la source technique absolue :

      • Revue de l’Industrie Minérale (RIM).

        • Article cible : « Le fonçage du Puits du Villaret par congélation ».

        • Date : Début des années 1950 (souvent cité dans les revues de 1951 ou 1952).

        • Disponibilité : Consultable aux Archives Départementales de l’Isère ou dans les bibliothèques d’écoles des Mines (Paris, Saint-Étienne).

      • . Mémoire Visuelle et Sociale

        • MINSSIEUX, Pierre. Mines et mineurs de Matheysine.

          • Note : Pierre Minssieux est le photographe emblématique du plateau. Ses ouvrages contiennent les visuels du Villaret en activité (chevalement, recette, personnel).

          • Éditeur : Presses universitaires de Grenoble (PUG) ou éditions locales selon l’année.

        • Collectif (La Mine Image). La Mine Image : La Motte d’Aveillans.

          • Note : Les livrets édités par le musée souterrain contiennent souvent des coupes techniques et des historiques précis des puits, validés par d’anciens mineurs.

        4. Presse et Revues Locales (La fin de la mine)

        Pour la date clé du 28 mars 1997 :

        • Le Dauphiné Libéré. Numéro Hors-Série : « Adieu la Mine » (Mars/Avril 1997).

          • Intérêt : Reportages complets sur la dernière remontée au Villaret, interviews des derniers mineurs et contexte de la fermeture.

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