
La Voie Charvet : Le chaînon manquant du Petit Train de la Mure
De la mine de Picardon à la gare de La Festinière : histoire d’une liaison vitale pour le charbon du Plateau Matheysin.
Si la silhouette emblématique du Petit Train de la Mure (SGLM) est gravée dans la mémoire collective de l’Isère, elle occulte pourtant tout un réseau de « veines » industrielles sans lesquelles l’exportation du charbon aurait été impossible. Parmi ces oubliés de l’histoire, la Voie Charvet occupe une place singulière sur le Plateau Matheysin. Véritable trait d’union technique reliant la mine de Picardon à l’artère ferroviaire de La Festinière, cette ligne a permis de transborder des tonnes d’anthracite durant l’âge d’or minier. En tant qu’historiens, nous vous invitons à dépoussiérer ce chapitre méconnu du patrimoine ferroviaire dauphinois, là où le génie humain a su dompter la pente pour faire circuler l’or noir.
Informations pratiques
| Nom de la ligne | Voie Charvet |
| Localisation | Plateau Matheysin, Isère (38) |
| Type de ligne | Chemin de fer industriel (Réseau minier) |
| Usage principal | Transport de l’anthracite (Charbon) et du matériel minier |
| Connexion réseau | Jonction avec le SGLM (Chemin de fer de la Mure) |
| Points clés desservis | Puits du Marais, Feyteny, Lespinasse |
| Mode de traction | Hippomobile (historique) puis mécanique |
| État en 2005 | Déferrée. Vestiges visibles (remblais) ou disparus (urbanisation) |
| Particularité | Tracé sinueux adapté à la topographie minière |
Cet article présente un état des lieux photographique réalisé en 2005. Certaines sections peuvent avoir évolué depuis.

Plan topographique et industriel du secteur de Pierre-Châtel (1932). Échelle 1/20 000. Le document cartographie l’implantation des concessions minières et détaille l’infrastructure d’évacuation, mettant en évidence le tracé de l’embranchement particulier (EP) Charvet et son articulation avec le réseau local.
Exploration de terrain : De « Le Collet » à « Lespinasse »
L’histoire ne s’écrit pas seulement dans les bibliothèques, elle se vérifie chaussures aux pieds. Aujourd’hui, nous vous emmenons parcourir l’intégralité du tracé supposé de la voie, reliant le lieu-dit Le Collet au secteur de Lespinasse.
Notre objectif ? Confirmer sur le terrain les indices laissés dans les archives.
1. Le point de départ : La jonction avec le SGLM
Notre enquête débute là où tout se jouait : au point de rencontre stratégique avec la ligne du Chemin de fer de La Mure (SGLM). Pour localiser cet endroit précis, nous nous sommes appuyés sur une source documentaire précieuse : une photographie d’époque publiée dans l’ouvrage de référence de Garnier. Ce cliché nous a servi de boussole pour orienter nos recherches.
2. Les vestiges parlent : L’entrée du site
Une fois sur place, la confrontation entre l’image d’hier et la réalité d’aujourd’hui est saisissante. Nous constatons immédiatement que l’ancienne voie industrielle arrivait exactement au même niveau que celle du SGLM, facilitant sans doute les manœuvres.
Plus fascinant encore, l’observation attentive des lieux nous révèle deux anciens poteaux. Dressés de part et d’autre du passage, ils encadraient probablement le portail d’entrée du site ferroviaire. Si la barrière a disparu depuis longtemps, ces sentinelles de pierre (ou de béton/métal) marquent encore physiquement la frontière d’un passé industriel révolu.
Mise en service en 1905, la ligne reliant les bâtiments de stockage des mines de Picadon au Collet avait pour vocation l’évacuation du charbon vers Grenoble via le réseau du SGLM (Saint-Georges-de-Commiers à La Mure). Cette infrastructure, destinée à ouvrir des débouchés au-delà du marché local, fut désaffectée dès 1912 suite à la fermeture des mines pour cause d’épuisement du gisement.

Vestiges de la voie Charvet en 2005 : vue sur la zone de jonction entre la voie du SGLM et la voie hippomobile.
L’énigme du pont métallique : Le SGLM allait-il plus loin ?
Notre exploration nous mène à une question cruciale : la voie métrique du SGLM s’arrêtait-elle à la gare ou pénétrait-elle directement sur le site de la Voie Charvet ? Un indice monumental semble confirmer la seconde hypothèse : la présence d’un pont métallique sur culées en pierre de taille.
1. L’épreuve des ronces et la mesure décisive
L’accès à l’histoire se mérite. Face à ce pont, une barrière de végétation épineuse nous bloque le passage, nous obligeant à contourner l’obstacle par le champ en contrebas pour inspecter l’ouvrage « par en dessous ».
Malgré le déferrage de la ligne (les rails ont été retirés), les traverses et la structure même du pont parlent encore. Le verdict du mètre ruban est sans appel : l’écartement entre les files de voie est d’un mètre.
Cette largeur, combinée à la robustesse de l’ouvrage métallique, prouve qu’il n’était pas conçu pour de frêles wagonnets de mine (voie de 50 ou 60 cm), mais bien pour supporter les lourds wagons tombereaux du SGLM. La connexion physique entre le réseau public et la ligne privée est donc avérée.
2. Vers Pierre-Châtel : Une plateforme à double usage ?
En reprenant notre marche vers Pierre-Châtel, nous observons attentivement la plateforme ferroviaire. Sa largeur est intrigante : elle semble suffisante pour avoir accueilli, côte à côte, la voie métrique (pour l’exportation) et la voie étroite des wagonnets (venant de la mine).
Malheureusement, le temps a fait son œuvre. De cette infrastructure potentiellement complexe, il ne reste qu’une bordure en pierre de taille, aujourd’hui noyée sous la végétation, dernier témoin silencieux de l’activité passée.
3. Quand le paysage s’efface : L’hypothèse de la pente
Notre progression bute ensuite sur un champ cultivé, que nous longeons par respect pour les cultures. Ici, la trace physique disparaît, effacée par l’agriculture et surtout par la construction de la route actuelle au niveau des Côtes du Collet La Roche.
Pour retrouver le tracé invisible, nous devons raisonner en ingénieurs de l’époque. Un facteur clé nous guide : la déclivité. La pente devait rester douce et constante pour permettre la traction des wagonnets par des chevaux (traction hippomobile). C’est en suivant cette logique de « moindre effort » pour l’animal que nous pouvons redessiner mentalement le chemin du rail dans le paysage moderne.

Installations de transbordement de l’anthracite au hameau de La Festinière (c. 1900). Le cliché met en évidence le dispositif gravitaire : la voie en estacade de l’entreprise Charvet surplombe le gabarit métrique du SGLM, rationalisant ainsi les opérations de chargement et de stockage.
iveau Inférieur (Le SGLM) : On distingue une rame de wagons tombereaux à voie métrique, caractéristiques du matériel remorqué du SGLM, chargés d’anthracite de la Matheysine. Les châssis et les essieux portent les traces de la poussière de charbon.
Niveau Supérieur (La voie Charvet) : L’élément architectural clé est l’estacade (ou le remblai maçonné) qui supporte la voie privée Charvet. Cette voie est nettement surélevée par rapport au niveau du sol de la gare.
L’Action technique : La différence de hauteur n’est pas fortuite ; elle illustre une rationalisation précoce de la logistique. La position dominante de la voie Charvet permet, selon la configuration des wagons (à trémies ou basculants), soit de stocker le combustible en tas coniques sous l’estacade, soit de faciliter le transvasement direct par gravité, minimisant ainsi le pelletage manuel éreintant pour les ouvriers visibles à l’image.
De Mas Briançon à Feyteny : Quand le paysage a une mémoire
Notre enquête de terrain se poursuit, transformant la randonnée en véritable jeu de piste. Parfois, la modernisation du territoire a effacé l’histoire, mais il suffit d’un détail pour que le passé refasse surface.
1. Le chassé-croisé avec la route moderne
Après avoir perdu la trace de la voie, nous la retrouvons ponctuellement sous une habitation située en contrebas de la route actuelle. Ici, un fragment de la plateforme ferroviaire a survécu.
Cependant, en direction de Pierre-Châtel, la tâche se complique. La construction de la route moderne passant par le Mas Briançon (qui n’existait pas au début du XXe siècle) a recouvert une grande partie de l’ancien tracé. Il faut s’éloigner un peu pour retrouver la ligne, là où le goudron n’a pas encore tout enseveli.
2. Flashback : Le temps héroïque des charretiers
Ce parcours est l’occasion d’évoquer l’avant-train. Comment le charbon sortait-il de la charbonnière de Picardon avant la construction de la Voie Charvet ?
C’était le règne des charretiers. Dans des conditions souvent difficiles, ils transportaient l’anthracite via un itinéraire spécifique :
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Passage par le secteur des Marais.
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Longeant l’étang du Crey.
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Ressortant au lieu-dit Le Crey pour charger enfin le précieux combustible sur les wagons du SGLM.
Le conseil de l’historien : Si vous vous promenez dans ce secteur en hiver, lorsque la végétation est basse, l’ancien tracé de ce sentier de labeur est encore parfaitement visible dans le paysage.
3. L’archéologie du quotidien vers Feyteny
En reprenant notre marche sur l’ancienne plateforme de la Voie Charvet en direction de Feyteny, ouvrez l’œil sur les clôtures des prairies et des jardins privés.
Rien ne se perd, tout se transforme : de nombreux piquets de clôture sont en réalité des vestiges directs de la ligne. Tronçons de rails coupés, anciens tuyaux métalliques… Les riverains ont offert une seconde vie à l’acier industriel, préservant involontairement des morceaux d’histoire ferroviaire.

Vestiges de la voie Charvet photographiés en 2005, surplombant le site de la mine et du puits du Marais.
Trésors insolites et preuves toponymiques : L’arrivée à Feyteny
La fin de notre parcours nous réserve encore de belles surprises, où le passé industriel se fond étonnamment dans le paysage rural et urbain actuel.
1. La citerne rivetée : Quand l’industrie sert l’agriculture
Au milieu d’un champ, notre regard d’historien est attiré par un objet métallique d’apparence anodine. Il s’agit des vestiges d’une ancienne citerne, aujourd’hui reconvertie en abreuvoir pour le bétail.
Ce n’est pas n’importe quel bac à eau : l’assemblage est réalisé avec des rivets. Cette technique d’assemblage à chaud, typique de la fin du XIXe siècle (avant la généralisation de la soudure), est une preuve irréfutable de l’ancienneté de cette cuve. Probablement utilisée autrefois pour le stockage de l’eau ou du carburant lié à l’exploitation ferroviaire, elle témoigne d’un recyclage pragmatique par les agriculteurs locaux.
2. L’histoire inscrite sur les murs
En arrivant au hameau de Feyteny, le doute n’est plus permis sur l’exactitude de notre itinéraire. L’histoire ferroviaire est ici officialisée par la toponymie locale.
Nous tombons nez à nez avec une plaque de rue sans équivoque : « Ancienne Voie Charvet ». Ce marqueur urbain confirme que le chemin que nous suivons depuis les champs était bien l’artère vitale du charbon. Guidés par ces traces indélébiles, nous poursuivons désormais notre route à travers les rues, cap sur notre prochaine étape : le secteur de Lespinasse.

Vue bucolique sur les vestiges de la voie Charvet au lieu-dit Feyteny (2005).
Terminus Lespinasse : La fin du voyage et le mystère du plan incliné
Notre exploration touche à sa fin en arrivant dans le secteur de Lespinasse. C’est ici, au pied du relief, que se jouait la partie la plus technique de l’acheminement du charbon : la réception des wagonnets descendant de la charbonnière de Picardon.
1. Le témoin de pierre
Si les mécanismes ont disparu, la maçonnerie résiste. Au bord de la route, nous repérons un imposant massif en pierre de taille.
Selon notre analyse, ce bloc ne doit rien au hasard : il marquait très probablement le point d’arrivée (la station inférieure) du plan incliné. C’est ici que la gravité était maîtrisée pour descendre l’anthracite des hauteurs vers la plaine, avant son transbordement.
2. Reconstituer le « faisceau » invisible
En observant la topographie autour de l’ancienne laiterie, l’imagination de l’historien se met en marche. L’espace disponible suggère la présence passée d’un faisceau de voies (une zone de triage et de manœuvre) nécessaire pour gérer le flux des wagonnets pleins et vides.
Cependant, une zone d’ombre persiste. Pour valider cette hypothèse de tracé, nous manquons de preuves visuelles. Existe-t-il, dans un grenier ou un fonds d’archives privé, un plan ou des photos d’époque montrant ce chemin de fer en activité à Lespinasse ? La question reste ouverte et l’appel est lancé aux passionnés.
Conclusion : Une mémoire à préserver
Voilà qui clôt notre marche sur les traces de la Voie Charvet. Du point de jonction avec le SGLM jusqu’aux vestiges du plan incliné, nous avons remonté le temps. Il ne nous reste plus qu’à faire le chemin en sens inverse, avec la satisfaction d’avoir redonné vie, le temps d’une promenade, à ce patrimoine industriel oublié de l’Isère.

Vestiges de la voie Charvet au lieu-dit Lespinasse en 2005 : le goudron a recouvert l’ancienne voie.
Foire Aux Questions sur la Voie Charvet
1. Quelle était la fonction principale de la Voie Charvet ?
La Voie Charvet était une ligne de chemin de fer industrielle. Sa fonction exclusive était le transport du charbon (l’anthracite de Matheysine) depuis les puits d’extraction, notamment le Puits du Marais, jusqu’aux infrastructures de traitement ou de transbordement vers le réseau principal.
2. Quel est le lien entre la Voie Charvet et le SGLM ?
Le SGLM (Chemin de fer de Saint-Georges-de-Commiers à La Mure) constituait l’artère principale pour l’exportation du charbon hors du plateau. La Voie Charvet agissait comme un affluent : elle collectait le charbon sur les sites miniers pour l’acheminer vers la ligne du SGLM à des points de jonction stratégiques.
3. Que reste-t-il de la ligne aujourd’hui ?
Comme le montrent les photos de 2005 présentes dans cet article, les vestiges sont disparates.
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À Feyteny : La plateforme de la voie est encore visible mais fortement envahie par la végétation.
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À Lespinasse : L’urbanisation a effacé les traces, l’ancien tracé ayant été recouvert par le goudron de la voirie moderne.
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Vers le Puits du Marais : On devine encore les terrassements et les zones de jonction ferroviaire.
4. Peut-on se promener sur l’ancien tracé ?
Certaines sections sont devenues des chemins ruraux ou des routes goudronnées accessibles au public. Cependant, d’autres parties traversent des propriétés privées ou sont rendues impraticables par la végétation. Il est conseillé de se référer au cadastre et aux cartes IGN actuelles pour identifier les chemins communaux.
5. Pourquoi parle-t-on de « voie hippomobile » ?
Aux débuts de l’exploitation minière ou sur certaines sections secondaires, la traction n’était pas toujours mécanique (vapeur ou électrique). Des chevaux étaient utilisés pour tirer les wagonnets sur les rails avant la modernisation complète du réseau. La zone de jonction évoquée dans l’article marque cette transition technologique.
Poursuivez votre exploration
Découvrez d’autres articles sur le patrimoine industriel de l’Isère https://patrimoinedudauphine.fr/patrimoine-ferroviaire/
La Voie Charvet ne peut être comprise sans évoquer son lien vital avec le SGLM. Ce réseau capillaire permettait d’acheminer l’anthracite depuis les sites d’extraction comme la gare de Notre-Dame-de-Vaulx, Ces vestiges constituent aujourd’hui une part essentielle du patrimoine de la Matheysine, témoignant de l’intensité de l’activité minière passée
Sources et sites officiels
Archives Départementales de l’Isère
Pourquoi : Pour consulter les cadastres napoléoniens, les séries S (Travaux publics) et M (Mines).archives.isere.fr
Gallica (Bibliothèque Nationale de France)
Pourquoi : Pour retrouver des articles de presse ancienne (Le Petit Dauphinois, etc.) mentionnant les accidents ou l’activité de la mine, ainsi que des cartes postales anciennes numérisées. gallica.bnf.fr
Inventaire du Patrimoine de la Région Auvergne-Rhône-Alpes
Pourquoi : Ce site contient souvent des dossiers très fouillés sur le patrimoine industriel et ferroviaire régional. patrimoine.auvergnerhonealpes.fr
La Mine Image (Musée souterrain de la mine)
Pourquoi : Situé à La Motte-d’Aveillans, c’est l’institution de référence sur l’histoire du charbon matheysin. Ils détiennent probablement des archives sur le Puits du Marais. mine-image.com
Le Petit Train de La Mure (Edeis)
Pourquoi : Le site officiel de la ligne touristique actuelle, héritière du SGLM sur lequel se branchait la Voie Charvet. lepetittraindelamure.com
Matheysine Tourisme
Pourquoi : Pour situer le contexte géographique et touristique actuel. matheysine-tourisme.com
FACS – Patrimoine Ferroviaire
Pourquoi : La Fédération des Amis des Chemins de fer Secondaires est une référence nationale pour les lignes à voie métrique et étroite. facs-patrimoine-ferroviaire.fr
Bibliographie
Ouvrages de référence sur le SGLM et les réseaux miniers :
BOUILLIN, Patrice. Le Chemin de fer de la Mure : St-Georges-de-Commiers – La Mure – Corps – Gap – Valbonnais. Éditions Presse et Éditions Ferroviaires, 1995. (L’ouvrage de référence absolu pour cette zone).
DOMENGIE, Henri. Les petits trains de jadis – Sud-Est de la France. Éditions du Cabri, 1985. (Pour le contexte du réseau secondaire en Isère).
CENAC, Michel. Le rail en Matheysine. Éditions à compte d’auteur (ou association locale), date à vérifier selon votre édition.
Histoire des Mines et du contexte industriel :
H.B.D. (Houillères du Bassin du Dauphiné). Rapports d’exploitation et plans des concessions. (Si vous avez consulté des rapports d’époque).
Collectif. Mines et Mineurs de Matheysine. (Il existe plusieurs ouvrages locaux édités par la Mairie de La Mure ou le Musée de la Mine Image).
Périodiques et Revues spécialisées :
Chemins de Fer Régionaux et Urbains. Revue de la FACS (Fédération des Amis des Chemins de fer Secondaires). Numéros traitant du SGLM.
Connaissance du Rail. Articles divers sur les lignes métriques alpines.
Sources d’Archives (À adapter selon vos recherches)
Si vous êtes allé aux archives, citer la série (la « cote ») fait toute la différence pour un historien :
Archives Départementales de l’Isère (ADI) :
Série S (Travaux Publics et Transports) : Dossiers relatifs aux chemins de fer d’intérêt local et voies industrielles (Sous-série 5S généralement).
Série M (Administration générale et économie) : Dossiers relatifs aux concessions minières et à l’industrie (Mines de la Mure, Puits du Marais).
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Gare du Villaret : Plongée dans l’histoire du train minier de La Mure
Histoire d’une gare sur la ligne du chemin de fer de La Mure
Plus qu’un simple bâtiment ferroviaire, la gare du Villaret fut le cœur battant de la ligne du Petit Train de La Mure. C’est ici, sur ses quais, que des tonnes d’anthracite ont commencé leur voyage vers la vallée, scellant le destin du plateau Matheysin à celui de son audacieux chemin de fer. Cet article explore l’histoire de ce site emblématique, jalon d’une ligne de montagne pionnière, de son rôle vital dans l’industrie minière à sa renaissance touristique, jusqu’à sa mise en sommeil qui n’efface pas la richesse de son passé.
Informations pratiques
| Catégorie | Informations |
| Nom Officiel | Gare du Villaret. |
| Localisation | • Commune : Susville, Isère.
• Hameau : Le Villaret. • Région : Plateau Matheysin, Dauphiné. |
| Ligne Ferroviaire | Chemin de fer de Saint-Georges-de-Commiers à La Mure (SGLM), plus connu sous le nom de « Petit Train de La Mure ». |
| Vocation Principale | Industrielle et logistique : point de chargement et d’expédition du charbon extrait des Houillères du Dauphiné, notamment du puits du Villaret. |
| Fonction Secondaire | Halte pour voyageurs (à ses débuts). |
| Dates Clés | • 27 novembre 1908 : Décision de construire une véritable gare, financée par la Compagnie des Mines de La Mure.
• 1911 : Construction du faisceau de voies pour le charbon. • 1912 : Électrification partielle des voies de manœuvre. • 1913 : Construction du bâtiment voyageurs. • Après 1945 : Apogée de la gare, liée à l’exploitation intensive du puits du Villaret. . 18 octobre 1988 : Départ du tout dernier train de charbon, marquant la fin de l’activité. |
| Statut Actuel | • Gare : N’est plus en activité ferroviaire. Le bâtiment est aujourd’hui une propriété privée et ne se visite pas.
• Site : Lieu de mémoire du patrimoine minier et ferroviaire. Les voies ont été en grande partie ensevelies. |
| Particularités | • A remplacé une simple halte pour devenir le centre névralgique de l’expédition du charbon du bassin minier.
• La gare sert aujourd’hui de terminus provisoire au nouveau « Petit Train de La Mure » dans son exploitation touristique. |
La Gare du Villaret : Mémoire vivante du patrimoine minier de La Mure
Au cœur du plateau matheysin, à Susville, se dresse un bâtiment qui semble attendre un train qui ne viendra plus : la gare du Villaret. Bien plus qu’une simple station, elle fut le cœur battant de l’activité charbonnière du Dauphiné, un témoin essentiel de l’histoire industrielle et ferroviaire de l’Isère. Retour sur le destin de ce lieu de patrimoine, né de la houille et façonné par le rail.

La gare du Villaret photographiée en 2006, près de deux décennies après son dernier train de charbon. La vue est orientée en direction de La Mure.
D’une simple halte à un pôle stratégique
À l’origine, le site du Villaret n’était qu’un arrêt secondaire sur la célèbre ligne du chemin de fer de Saint-Georges-de-Commiers à La Mure (SGLM). La proximité d’autres gares ne justifiait pas une installation plus importante. Mais l’histoire du bassin minier en a décidé autrement.
Le 27 novembre 1908, la Compagnie des Mines de La Mure, consciente de son potentiel, prend une décision visionnaire : financer entièrement la construction d’une véritable gare pour remplacer la modeste halte. L’objectif ? Créer un point de chargement performant pour le charbon extrait des puits voisins. La compagnie prend tout en charge, de l’achat des terrains aux travaux de construction, partageant seulement les coûts d’électrification avec l’État.
Les défis de la construction
Le projet était ambitieux.
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1911 : Le faisceau de voies destiné au chargement du charbon est la première étape concrète.
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1912 : L’électrification est installée, mais de manière ciblée. Seules les locomotives électriques peuvent manœuvrer les lourdes rames de charbon. Pour le reste, la traction hippomobile reste de mise, une image saisissante de la transition technologique de l’époque.
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1913 : Le bâtiment voyageurs sort enfin de terre, donnant à la gare du Villaret son visage définitif.

La gare du Villaret en 2006. La vue est orientée en direction de La Motte d’Aveillans, l’un des cœurs historiques du bassin minier.
L’âge d’or de la gare, cœur nerveux des Houillères
Si la gare est née avant la Première Guerre Mondiale, son véritable essor survient après la Seconde. Alors que la production du puits de La Motte d’Aveilans décline, celui du Villaret, creusé en 1948, monte en puissance. Équipé des techniques d’extraction les plus modernes, il assure la survie économique de tout le bassin minier.
La gare du Villaret devient alors le centre névralgique des Houillères. C’est depuis ses bureaux que les commandes de trains étaient orchestrées. C’est sur ses voies que des milliers de tonnes de charbon étaient triées et expédiées vers Saint-Georges-de-Commiers, prêtes à alimenter l’industrie régionale et nationale. Elle était le point de départ d’une richesse qui a façonné le territoire pendant des décennies.

Depuis l’ancien faisceau de voies de la gare du Villaret, le regard tourné vers l’emplacement du puits minier.
Le silence des rails et l’héritage d’aujourd’hui
L’inéluctable déclin de l’industrie charbonnière française scelle le destin de la gare. Le 18 octobre 1988, le tout dernier train de charbon quitte les voies du Villaret, marquant la fin d’une épopée industrielle de près d’un siècle.
Dans les années qui suivirent, le site fut malheureusement abandonné. Le vaste faisceau de voies, autrefois vibrant d’activité, fut enseveli sous des gravats, comme pour tourner la page d’un passé devenu encombrant.
Aujourd’hui, la gare du Villaret est un héritage précieux. Son bâtiment, toujours debout, nous rappelle l’interdépendance vitale entre la mine et le rail. C’est un lieu de mémoire qui raconte le labeur des mineurs, l’ingéniosité des cheminots et l’aventure d’un territoire dauphinois bâti sur l’or noir. Un patrimoine à connaître et à préserver.
Foire Aux Questions sur la Gare de Susville.
1. Où se trouve exactement la Gare du Villaret ?
La Gare du Villaret est située sur la commune de Susville, en Isère, au cœur de l’ancien bassin minier du plateau Matheysin. Elle se trouve sur le tracé historique de la ligne du chemin de fer de La Mure.
2. Quelle était la fonction principale de la Gare du Villaret ?
La Gare du Villaret n’était pas une simple gare de voyageurs. Sa fonction principale était industrielle et logistique. C’était le point de chargement et d’expédition du charbon extrait du puits du Villaret, le plus moderne des Houillères du Dauphiné après la Seconde Guerre mondiale. Elle était le centre névralgique du train minier de La Mure.
3. Qu’est-ce que le SGLM ?
SGLM est l’acronyme de la compagnie « Chemin de fer de Saint-Georges-de-Commiers à La Mure ». C’est le nom historique de la ligne ferroviaire qui desservait le plateau Matheysin, célèbre à la fois pour son rôle dans le transport du charbon et, plus tard, pour son exploitation touristique sous le nom de « Petit Train de La Mure ».
4. Peut-on encore voir des trains à la Gare du Villaret ?
Non, la gare n’est plus en activité. Le dernier train de charbon a quitté ses voies le 18 octobre 1988, marquant la fin de l’exploitation minière et ferroviaire du site. Aujourd’hui, le bâtiment voyageurs est un vestige de ce riche passé industriel du Dauphiné au XXe siècle. Mais le train touristique passe devant la gare.
5. Est-il possible de visiter la Gare du Villaret ?
Le bâtiment de la gare est une propriété privée et ne se visite pas de l’intérieur. Cependant, il reste visible depuis l’extérieur. Il constitue un point d’intérêt pour les amateurs de patrimoine ferroviaire et d’histoire industrielle qui parcourent la région de La Mure.
6. Pourquoi cette gare était elle si importante pour la région ?
Elle était le maillon final d’une chaîne économique qui a fait vivre tout le territoire pendant des décennies. En assurant l’expédition efficace du charbon, elle a garanti la rentabilité des mines de La Mure et a joué un rôle clé dans le développement économique du Dauphiné au XXe siècle.
Poursuivez votre exploration
« Cette petite gare est donc un témoin précieux de l’héritage ferroviaire de la Matheysine...«
« …la gare du Villaret sert aujourd’hui de terminus provisoire du célèbre Petit Train de La Mure.«
Sources et sites officiels
« Pour préparer votre voyage et consulter les informations pratiques, rendez-vous sur le site officiel du Petit Train de La Mure.«
« La gare du Villaret est une excellente porte d’entrée pour découvrir les nombreux autres atouts touristiques de la région, comme le recommande l’Office de Tourisme de la Matheysine. »
« Pour une plongée encore plus profonde dans les détails techniques et historiques de la ligne, la page Wikipédia consacrée au Chemin de fer de la Mure est une ressource très complète. »
Bibliographie
Ouvrages de référence sur la ligne
Ce sont les incontournables, les ouvrages qui font la synthèse la plus complète sur le sujet.
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BOUILLIN, Patrice, Le petit train de la Mure: Saint-Georges-de-Commiers – La Mure – Valbonnais – Corps – Gap, Éditions du Cabri, 1995.
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Commentaire : C’est LA référence absolue sur la ligne. Patrice Bouillin, que vous connaissez sans doute de nom, a réalisé un travail monumental, très richement illustré de photographies, de plans et de schémas techniques. Il aborde non seulement l’histoire de la construction et de l’exploitation, mais aussi le matériel roulant et le contexte industriel. Des informations précieuses sur chaque gare, y compris celle du Villaret, y figurent.
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BANAUDO, José, Sur les rails du Dauphiné : l’histoire des chemins de fer de l’Isère, Éditions du Cabri, 2002.
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Commentaire : Plus large, cet ouvrage permet de replacer la ligne de La Mure dans son contexte ferroviaire régional. Il est excellent pour comprendre les enjeux des différentes lignes de l’Isère, les complémentarités et les concurrences. Il offre une vision d’ensemble indispensable.
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Contexte industriel et minier
La ligne n’existerait pas sans les houillères du plateau Matheysin. Comprendre l’un impose de connaître l’autre.
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Association « La Mine Image », Quand la lumière venait d’en bas : Histoire de la mine en Matheysine, La Mure, 2003.
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Commentaire : Cet ouvrage, souvent réalisé par d’anciens mineurs ou des passionnés d’histoire locale, est essentiel pour saisir l’importance de l’anthracite, le travail dans les mines, et donc la raison d’être de la gare du Villaret comme point de chargement et de transit.
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Articles de revues spécialisées
Les revues d’histoire ferroviaire ont, à de multiples reprises, traité de cette ligne célèbre. Les archives de ces publications sont une mine d’or.
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Chemins de Fer Régionaux et Tramways (revue de la FACS-UNECTO) :
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Commentaire : Il faut absolument dépouiller les anciens numéros. La ligne de La Mure, de par son caractère pionnier (électrification) et spectaculaire, y a été maintes fois décrite. Vous y trouverez des articles techniques très pointus sur l’électrification de 1903, le matériel roulant spécifique ou les ouvrages d’art.
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La Vie du Rail (notamment les numéros anciens et spéciaux) :
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Commentaire : Au fil des décennies, cette revue a publié de nombreux reportages, actualités et articles de fond sur le « Petit Train de La Mure », que ce soit durant son exploitation industrielle, sa période touristique ou lors des événements plus récents (fermeture, projet de réouverture). Leurs archives photographiques sont souvent exceptionnelles.
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Sources et archives
Pour une recherche de première main, indispensable pour un historien.
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Archives départementales de l’Isère (Série S – Travaux publics et transports) :
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Commentaire : On y trouve les dossiers de concession de la ligne, les plans des gares (dont probablement ceux du Villaret), les rapports de l’ingénieur des Ponts et Chaussées, la correspondance officielle… C’est la source brute, incontournable pour vérifier une date ou une information technique.
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Archives Nationales du Monde du Travail (ANMT) à Roubaix :
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Commentaire : Si des fonds relatifs aux Houillères du Dauphiné ou aux compagnies ferroviaires successives (PLM, VFD) y ont été versés, ils peuvent contenir des informations sur l’exploitation, le personnel ou le volume de fret ayant transité par Le Villaret.
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Le passage à niveau du Villaret : un instantané de la vie du SGLM
Au cœur du pays minier, l’analyse d’une scène oubliée redonne vie à la garde-barrière, aux cantonniers et à la puissante locomotive électrique du train de La Mure.
L’historien est un détective du passé, et ses indices sont souvent des images. Cet article propose une étude de cas concrète à partir d’une photographie du passage à niveau du Villaret. En la soumettant à une analyse critique, nous allons extraire une quantité surprenante d’informations sur la technique, l’exploitation et la dimension humaine de l’un des plus célèbres chemins de fer secondaires de France.
Informations pratiques
| Dénomination | Passage à Niveau du Villaret |
| Type d’ouvrage | Passage à niveau gardé avec maisonnette de garde-barrière. |
| Localisation | Hameau du Villaret, Commune de Susville, Plateau Matheysin, Isère (France). |
| Coordonnées GPS (approx.) | 44.9985° N, 5.7672° E |
| Ligne Ferroviaire | Chemin de fer de La Mure (Réseau SGLM). Branche industrielle desservant les puits miniers du plateau. |
| Période d’activité | Fin du XIXe siècle – 1988 (date de l’arrêt du trafic minier sur la ligne). |
| Fonction Principale | Sécuriser le croisement entre la voie ferrée (transport d’anthracite et de personnel) et le « Chemin du Villaret », une voie de desserte locale. |
| Caractéristiques Techniques | • Voie : Unique, à écartement métrique (1000 mm), électrifiée.
• Barrières : Basculante, à manœuvre manuelle (probablement par treuil). • Signalisation : Annonceur électrique et cloche d’avertissement. |
| Personnel Associé | Un(e) garde-barrière logé(e) dans la maisonnette. Poste souvent occupé par des femmes de mineurs ou des mineurs à la retraite ou invalides (« gueules noires »). |
| État Actuel | L’emprise ferroviaire a été réhabilitée et accueille aujourd’hui le Petit Train de La Mure à vocation touristique. En revanche, la maisonnette du garde-barrière et ses annexes ont été rasées. L’emplacement n’est plus matérialisé que par un espace enherbé, ne laissant aucune trace visible du bâti passé. |
| Intérêt Patrimonial | • Témoin technique d’un système de sécurité ferroviaire d’une ligne industrielle.
• Témoin social de la vie des communautés minières. • Élément d’archéologie du paysage industriel matheysin. |
L’Âge d’Or du Charbon : La Ligne SGLM, Artère de l’Industrie
Pour comprendre ce qui a été perdu, il faut se souvenir de ce qui fut. Au début du XXe siècle, le plateau matheysin vivait au rythme des houillères du bassin de La Mure. Pour transporter cet « or noir », la SGLM (Saint Georges de Commiers La Mure) a bâti sa propre ligne de chemin de fer. Ce n’était pas une ligne de promenade, mais une artère industrielle où des convois de charbon circulaient jour et nuit, façonnant l’économie et le paysage.

La locomotive T10 en tête d’un convoi de tombereaux chargés de charbon, à l’approche du passage à niveau n°12. Année 1980.
Le Fantôme du Passage à Niveau du Villaret : Sur les Traces d’un Patrimoine Disparu
Lorsque vous montez à bord du Petit Train de La Mure, vous vous engagez sur une ligne chargée d’histoire. Mais le voyage le plus fascinant est parfois celui qui nous mène sur les traces de ce qui n’existe plus. À l’emplacement dit du Villaret, sur la commune de Susville, se trouvait un de ces lieux. Il n’y a plus rien à voir, et pourtant, tout est à raconter : l’histoire du passage à niveau du Villaret, un fantôme du passé minier de la Matheysine.

Vue actuelle sur l’emplacement de l’ancien passage à niveau du Villaret, sur la commune de Susville. C’est précisément ici que la route croisait la voie unique du chemin de fer de La Mure (SGLM). Aujourd’hui, la ligne et le passage à niveau ont entièrement disparu du paysage.
Le Métier de Garde-Barrière : Pilier de la Sécurité Ferroviaire
Le garde-barrière était bien plus qu’un simple employé chargé d’ouvrir et de fermer un passage. Il (ou très souvent, elle, car ce métier a été massivement féminisé) était le gardien d’un point de conflit potentiellement mortel : le croisement entre la voie ferrée et la route. Sa mission était simple en théorie, mais d’une importance capitale en pratique : empêcher toute collision.
Ce métier était caractérisé par plusieurs aspects fondamentaux :
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Une responsabilité immense : La moindre erreur d’inattention, un retard dans la manœuvre ou une barrière mal fermée pouvait entraîner une catastrophe. La vie des automobilistes, des piétons et des passagers du train reposait sur sa vigilance.
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Un travail d’astreinte constante : Les trains circulant de jour comme de nuit, 7 jours sur 7, le garde-barrière devait être disponible à toute heure. C’est pour cette raison qu’il était logé sur place, dans la fameuse « maison de garde-barrière » située juste à côté des voies.
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Un mode de vie plus qu’un métier : Le rythme de la vie de toute la famille était dicté par les horaires des trains. Le son de la cloche annonçant une arrivée imminente faisait partie du quotidien. Souvent, l’épouse du garde-barrière était elle-même « garde-barrière auxiliaire » et le remplaçait pendant ses absences ou ses repos.
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Une figure locale : Situé à un point de passage obligé, le garde-barrière était une personnalité connue de tous dans le village ou le quartier. Il était un repère, une source d’information, et son petit jardin souvent fleuri était une image familière du paysage.
Le Travail au Quotidien : Une Routine Précise et Immuable
Le travail du garde-barrière suivait un protocole très strict, répété des dizaines de fois par jour. Voici les étapes de son intervention pour le passage d’un seul train :
1. L’Annonce du train
Le garde-barrière ne voyait pas le train arriver de loin. Il était prévenu de son approche par un signal sonore :
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Une sonnerie électrique (le « ronfleur » ou le « timbre ») qui se déclenchait lorsque le train passait sur un contact (une « pédale ») situé à plusieurs kilomètres en amont sur la voie. Le nombre de sonneries pouvait même indiquer la direction ou le type de train.
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Dans les systèmes plus anciens, l’annonce pouvait venir d’un poste voisin par téléphone ou télégraphe.
2. La Fermeture des Barrières
Dès la réception de l’annonce, le garde-barrière devait agir vite mais sans précipitation.
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Il sortait de sa guérite ou de sa maison.
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Il se positionnait près du mécanisme de commande : un grand treuil actionné par une manivelle.
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Il tournait la manivelle, souvent des dizaines de tours, pour abaisser les barrières. C’était un travail très physique, car les barrières et les contrepoids étaient lourds. Il fallait synchroniser la descente des deux barrières (celle de son côté et celle de l’autre côté de la voie, reliée par des câbles souterrains ou aériens).
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Il devait s’assurer que plus aucun véhicule ni piéton ne se trouvait sur les voies avant de fermer complètement.
3. La Sécurisation et la Confirmation
Une fois les barrières abaissées et verrouillées, le travail n’était pas fini.
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Le garde-barrière devait donner au mécanicien du train un signal visuel pour lui confirmer que la voie était libre et le passage à niveau sécurisé.
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Le jour, il présentait un drapeau roulé.
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La nuit, il utilisait une lanterne à feu blanc.
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En cas de danger (un véhicule bloqué sur la voie, par exemple), il devait utiliser un drapeau rouge ou une lanterne à feu rouge pour ordonner l’arrêt d’urgence du train.
4. Le Passage du Train
Il surveillait le passage du convoi, s’assurant que tout se déroulait normalement. Il échangeait souvent un salut avec le mécanicien, un geste de reconnaissance entre maillons de la chaîne de sécurité ferroviaire.
5. La Réouverture des Barrières
Une fois le dernier wagon passé, il effectuait la manœuvre inverse : il tournait la manivelle dans l’autre sens pour relever les barrières et libérer la circulation routière.
En plus de ce cycle, le garde-barrière était aussi chargé de l’entretien courant du passage à niveau : graissage des mécanismes du treuil et des barrières, nettoyage des abords de la voie, et parfois même une surveillance sur une petite portion de voie ferrée.

Précieux témoignage de la maison de garde-barrière du Villaret, aujourd’hui entièrement disparue. Cette photographie d’archive immortalise son pignon et ses deux fenêtres. Ironiquement, si la maison a été détruite, la plateforme de la ligne du SGLM, elle, subsiste encore à cet emplacement.
La Vie du Passage à Niveau : Un Quotidien Manuel et Essentiel
L’infrastructure ne se limitait pas aux barrières ; c’était un véritable lieu de vie. Le site comprenait la maison de garde-barrière, un bassin-lavoir semi-enterré, ainsi qu’une remise. Ces éléments, aujourd’hui disparus, n’étaient pas de simples annexes techniques ; ils témoignaient de la vie quotidienne qui s’organisait autour de cette artère industrielle, un témoin de première ligne de l’intense activité minière de la région
« Imaginons la journée du gardien du PN au début du XXe siècle. Le tintement de l’annonceur électrique le prévient de l’arrivée d’un convoi depuis La Motte-d’Aveillans. Il sort de sa maisonnette, dont la fumée du poêle se mêle à l’air vif du plateau matheysin, et actionne le lourd mécanisme du treuil pour faire manœuvrer les barrières. Quelques instants plus tard, dans un crissement métallique, une des puissantes locomotives électriques passe en tractant sa lourde rame de wagons remplis de l’anthracite extrait du carreau du Villaret à proximité. Un signe de la main au mécanicien, et une fois le convoi passé, il rouvre le passage aux quelques charrettes et habitants qui patientent sur le Chemin du Villaret… »
C’est précisément parce qu’elle n’existe plus que notre rôle de mémoire devient essentiel. Documenter, raconter et transmettre.

Un rare aperçu de la vie quotidienne au passage à niveau : l’ancien lavoir de la maison de garde-barrière. Aujourd’hui entièrement disparu, ce bâtiment témoigne d’une époque où la vie domestique était intimement liée à celle du chemin de fer SGLM.
La Disparition d’un Témoin du Passé
Le basculement a eu lieu en 2008. Lors d’importants travaux de modernisation sur la ligne, notamment le remplacement de la caténaire, la décision fut prise de détruire la maison, le bassin et la remise. Aujourd’hui, si vous cherchez ces témoins du passé, vous ne trouverez qu’un petit bâtiment technique abritant la commande désormais automatisée du passage à niveau.
Cette disparition, bien que dictée par la modernisation, a emporté avec elle un fragment tangible de l’histoire ferroviaire et sociale de la Matheysine. Elle nous rappelle la fragilité de notre patrimoine industriel, où ces « petits » bâtiments sont souvent les premiers à disparaître, effaçant avec eux le souvenir du labeur des hommes et des femmes qui ont construit notre territoire.
Fermez les yeux et écoutez le Villaret d’autrefois. Le paysage sonore était une partition réglée par le chemin de fer. D’abord, le tintement de la cloche du passage à niveau, une alerte familière qui suspendait le temps. Puis, venu du fond de la vallée, le sifflet puissant de la locomotive, promesse d’arrivée ou d’adieu. Enfin, le fracas rythmé des roues sur les rails, ce crissement métallique qui faisait vibrer le sol et les maisons.
Aujourd’hui, ce monde sonore a disparu. Le contraste est saisissant : au vacarme familier du train a succédé un silence presque pesant, uniquement troublé par le vrombissement impersonnel des pneus sur l’asphalte. La fin de l’exploitation ferroviaire n’a pas seulement changé le paysage visuel ; ce fut une véritable révolution sonore, laissant un vide que les bruits automobiles ne parviennent pas à combler.
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La naissance (fin XIXe) : Une nécessité technique pour une industrie en plein essor.
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L’âge d’or (1903-1960) : La vie rythmée par les trains de houille et l’électricité.
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Le déclin et la fin (après-guerre jusqu’à 1988) : La concurrence de la route, la fin des mines.
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La postérité (aujourd’hui) : Le paysage a changé. Le passage à niveau est maintenant automatisé et l’herbe a repris ses droits là où se dressait la maison. De ce passé, il ne reste qu’un objet de patrimoine, une trace dans le paysage et la mémoire collective.
Pour que les générations futures sachent qu’ici, au Villaret, se tenait un gardien de la voie du charbon.
Le Train de La Mure, Un Héritage qui Revit
La démolition du passage à niveau rend l’existence du Petit Train de La Mure encore plus précieuse. Bien que la maison ait disparu, les rails, eux, sont toujours là et ont trouvé une nouvelle vocation. Chaque passage du train touristique sur ce tracé est un hommage involontaire à ces infrastructures disparues.
En voyageant sur cette ligne, vous ne faites pas que contempler un paysage magnifique. Vous devenez un passeur de mémoire, roulant sur une histoire dont certains chapitres ont été physiquement effacés, mais ne doivent pas être oubliés. Le fantôme du passage à niveau du Villaret nous rappelle que le plus beau patrimoine est celui dont on continue à raconter l’histoire, même après sa disparition.

La nouvelle vocation du chemin de fer de La Mure : le convoi touristique remplace les anciens trains de charbon.
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Foire Aux Questions sur le passage à niveau du Villaret.
1. C’était quoi exactement, le passage à niveau du Villaret ?
C’était le « Passage à Niveau » sur une branche industrielle du célèbre Chemin de fer de La Mure. Sa fonction était de sécuriser le croisement entre la voie ferrée et le « Chemin du Villaret », une route locale de la commune de Susville. Il était composé de barrières et d’une maisonnette pour le garde-barrière.
2. Pourquoi y avait-il une voie ferrée si importante à cet endroit ?
Cette ligne était le cœur de l’industrie minière du plateau Matheysin. Elle servait principalement à transporter l’anthracite (une houille de haute qualité) extrait des puits de mine environnants (comme le Puits des Rioux) vers la vallée. Elle transportait également le personnel des mines.
3. Peut-on encore voir la maisonnette du garde-barrière aujourd’hui ?
Non. C’est un point essentiel de l’histoire récente du lieu. La maisonnette et ses bâtiments annexes ont été entièrement rasés. Aujourd’hui, seul un espace enherbé subsiste à son emplacement, ne laissant aucune trace visible du bâtiment qui a pourtant structuré la vie locale pendant près d’un siècle.
4. La voie ferrée a-t-elle aussi complètement disparu ?
Non. Si la ligne industrielle a cessé son activité en 1988, son tracé a connu une nouvelle vie. L’emprise de la voie a été réhabilitée pour accueillir le « Petit Train de La Mure », un train touristique qui permet de découvrir les paysages spectaculaires de la région. Le train passe donc exactement à l’endroit où se trouvait le passage à niveau.
5. Quel type de train circulait sur cette ligne à l’époque minière ?
Il s’agissait d’un chemin de fer aux caractéristiques très spécifiques :
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Voie métrique : L’écartement des rails était de 1000 mm (contre 1435 mm pour les lignes classiques).
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Traction Électrique : Ce fut l’une des premières lignes électrifiées au monde en courant continu à haute tension, dès 1903.
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Trafic Minier : Le trafic était composé de puissantes locomotives électriques tractant de lourds convois de wagons remplis de charbon.
6. Qui s’occupait de manœuvrer les barrières ?
Un(e) garde-barrière logeait sur place, dans la maisonnette. Alerté(e) de l’arrivée d’un train par une cloche, il ou elle sortait pour fermer manuellement les barrières roulantes. Ce poste était un rôle social important, souvent confié à des femmes de mineurs ou à d’anciens mineurs invalides (« gueules noires »).
7. Qu’est devenu le passage à niveau a-t-il cessé de fonctionner ?
Son activité a pris fin en 1988 avec la fermeture des Houillères du Dauphiné et le passage du dernier train de charbon. Symbole de la nouvelle ère touristique, il est aujourd’hui entièrement automatisé pour le passage sécurisé du Train de La Mure.
Pour allez plus loin
« Ce passage à niveau, bien que modeste, est un élément essentiel du riche patrimoine ferroviaire de la Matheysine. »
« Situé à peu de distance de l’entrée de la gare du Villaret, il en constitue l’accès principal. »
« Les barrières automatiques modernes assurent aujourd’hui la sécurité des convois du Petit Train de La Mure lors de leur départ. »
Sources et sites officiels
« Pour préparer votre voyage et consulter les informations pratiques, rendez-vous sur le site officiel du Petit Train de La Mure.«
« Le PN se trouve à la jonction des territoires des communes de Susville et de La Mure. »
« La modernisation de ses barrières et de sa signalisation répond aux normes actuelles de sécurité des passages à niveau. »
« Ce point de passage est l’un des nombreux sites d’intérêt à découvrir sur le plateau de la Matheysine, une région riche en patrimoine industriel et naturel. »
Bibliographie
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ALLEMAND, Dominique et BOUILLIN, Patrice, Le chemin de fer de La Mure (Saint-Georges-de-Commiers – La Mure – Corps – Gap), Éditions du Cabri, 1999.
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C’est l’ouvrage incontournable, la « bible » sur l’histoire de cette ligne. Il contient des informations techniques détaillées sur les locomotives (notamment les Corpet-Louvet à vapeur des débuts), les plans des infrastructures, l’histoire de l’exploitation et une riche iconographie. C’est la source la plus probable pour identifier le matériel et dater la photographie.
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GIRAUD, Jean-Marc, Les chemins de fer du Dauphiné, Éditions De Borée, 2011.
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Cet ouvrage replace la ligne de La Mure dans son contexte régional plus large. Il permet de comprendre les spécificités du SGLM par rapport aux autres réseaux du Dauphiné (PLM, Tramways de l’Isère, etc.) et offre une excellente vision d’ensemble de l’histoire ferroviaire locale.
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BERGERON, Yves, Le chemin de fer de La Mure : un siècle de services, auto-édité, 1986.
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Plus ancien et plus rare, ce livre est souvent très précis sur l’histoire de l’exploitation liée aux mines. Il peut contenir des détails sur la vie quotidienne des cheminots et l’organisation du travail, très pertinents pour un article centré sur les métiers de garde-barrière et de cantonnier.
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Revue Chemins de Fer Régionaux et Tramways (CFRT), éditée par la FACS-PATRIMOINE FERROVIAIRE.
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Cette revue spécialisée a publié de nombreux articles sur le chemin de fer de La Mure au fil des décennies. Une recherche dans leurs archives pourrait révéler des études techniques ou des témoignages très pointus sur la période qui vous intéresse.
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