
Le Terril du Puits du Villaret : Le Géant Invisible de la Matheysine
Situé à Susville, entre la route Napoléon et la D529, le site du Puits du Villaret cache une curiosité géologique et historique fascinante : son immense terril. Connu localement sous le nom de « Razzier », cet espace de 36 hectares raconte la fin de l’épopée charbonnière en Isère..
Plongez au cœur de la Matheysine pour découvrir le Terril du Villaret, véritable curiosité géologique de notre patrimoine minier. Situé à Susville, cet immense plateau de schiste de 36 hectares — que les anciens nomment localement le « Razzier » — est bien plus qu’un simple vestige industriel. Témoin silencieux de l’extraction du charbon en Isère, ce site unique établi sur d’anciens marais dévoile aujourd’hui une histoire fascinante où la mémoire ouvrière rencontre une biodiversité résiliente.
Informations pratiques
| Categorie | Description |
| Nom du Site | Puits du Villaret (et son Terril associé) |
| Localisation | Commune de Susville (Isère, 38) – Plateau Matheysin. |
| Exploitant | Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD). |
| Minerai extrait | Anthracite (Charbon de très haute qualité). |
| Période d’activité | 1969 – 1997 (environ 28 ans). |
| Dates clés | • 1948 : Début du fonçage (technique de congélation des sols). • 1952/1953 : Mise en service opérationnelle. • 28 mars 1997 : Arrêt définitif de l’extraction (fermeture symbolique des mines du Dauphiné).[1][2] |
| Caractéristiques Techniques | • Profondeur : 560 mètres (fond à l’étage 343). • Diamètre : 6,50 mètres. • Fonction : Circulation du personnel, du matériel et remontée des stériles (création du terril). |
| Éléments du paysage (Terril) | • Type : Terril plat (forme de table basse), issu des stériles remontés.
• Volume : 11290 mètres cubes. |
| Patrimoine Bâti Conservé | • Le Chevalement : Structure métallique brun-rouge (Label « Patrimoine en Isère »). • La Halle à Charbon (Magasin) : Bâtiment massif situé face au chevalement. • Fresque : Peinture commémorative réalisée en 2015 sur la base du chevalement. |
| Importance Historique | Le Villaret incarne la modernisation (après-guerre) et le crépuscule de l’activité minière en Matheysine. C’est ici que sont remontées les dernières tonnes de charbon du bassin. |
| Sites associés | • La Mine Image (La Motte-d’Aveillans) : Musée souterrain de référence. • Puits des Rioux (Prunières) : Autre chevalement conservé à proximité. |
Si l’image d’Épinal des mines de charbon nous renvoie souvent aux grands terrils coniques du Nord de la France, le patrimoine minier du Dauphiné possède ses propres spécificités. Le terril du Puits du Villaret en est l’exemple le plus frappant : une montagne de schiste qui a su se fondre dans le paysage alpin.
Qu’est-ce qu’un « Razzier » ?
Dans le bassin minier du Dauphiné, et plus particulièrement sur le plateau matheysin, le terme « terril » (cet amas de stériles miniers extraits du sol en même temps que le charbon) est souvent désigné par le mot local « razzier ».
Contrairement aux célèbres terrils du Nord-Pas-de-Calais, visibles à des kilomètres à la ronde, le razzier du Villaret possède une architecture unique : il est plat et étendu. Installé sur une ancienne zone marécageuse (vestige de la dernière glaciation), il s’étend sur plus de 36 hectares mais reste discret. Aujourd’hui, la végétation y a repris ses droits, camouflant les tonnes de pierres sous un manteau de verdure qui le rend presque invisible aux yeux des profanes.
Pour l’historien comme pour le promeneur, gravir le terril nécessite d’apprendre à lire le sol. Ce paysage n’est pas muet ; ses couleurs sont des archives. Le gris ou le noir dominants signalent le schiste brut, tel qu’il fut rejeté du lavoir. Mais ces zones rouge brique qui tranchent sur le versant racontent une autre histoire : celle de l’autocombustion. Sous la pression et la chaleur interne, les résidus de charbon restés dans la roche ont brûlé lentement, cuisant le schiste comme une poterie et modifiant sa chimie.
C’est sur ce substrat artificiel, chaud et incroyablement drainant — où l’eau file sans s’attarder — que s’est développée une végétation pionnière surprenante. Les bouleaux aux écorces argentées et les tapis de lichens ne sont pas là par hasard ; ils sont les seuls à supporter ce microclimat aride et instable. Cette alliance entre le déchet minier et la reconquête végétale définit une véritable « écologie industrielle », transformant une décharge de stériles en un sanctuaire de biodiversité unique.
Au-delà de sa fonction industrielle, le terril doit être appréhendé par le prisme de l’histoire des sensibilités. Pour les habitants des cités minières, ce volume n’était pas un simple élément de décor, mais une présence physique, intime et parfois envahissante. Il saturait l’horizon, servant de boussole et d’horloge à tout un territoire.
Mais cette proximité se payait au prix d’une interaction sensorielle constante, souvent rugueuse. Les jours de grand vent, le terril s’invitait dans les intérieurs et sur le linge étendu, déposant un voile de poussières noires qui rappelait, jusque dans la sphère privée, la réalité du charbon. En été, ou lors des phases de combustion interne, la masse minérale rayonnait, agissant comme un immense radiateur qui modifiait le microclimat local. Le terril ne se contentait pas d’être vu ; il était respiré et ressenti, s’imposant comme une composante inévitable de l’atmosphère quotidienne.

Entre mémoire industrielle et renouveau : panorama en direction du col de La Festinière (2011). Sur la gauche, les stériles noirs résistent encore, tandis que la végétation recouvre progressivement le reste du terril du Villaret.
L’Histoire du Puits du Villaret
Le Puits du Villaret fut l’un des sites majeurs de l’extraction de l’anthracite en Isère. Son activité a généré des millions de mètres cubes de déblais. Si une partie de ces stériles a été réutilisée pour le remblayage des chemins alentour, la grande majorité forme aujourd’hui ce plateau artificiel.
L’exploitation s’est définitivement arrêtée en 1997, marquant la fin d’une ère industrielle pour Susville et la région. Les galeries sont aujourd’hui obturées, laissant le terril comme principal témoin silencieux de ce labeur souterrain.
Pour saisir la pleine mesure de ce paysage, il faut admettre une vérité géologique et industrielle : le terril n’est autre que l’ombre portée du Puits du Villaret. Cette zone de stériles ne doit pas être lu comme un simple accident de relief, mais comme l’ultime maillon d’une chaîne opératoire implacable. Tout commence à des centaines de mètres sous terre, au front de taille, où le mineur arrache le « tout-venant », ce mélange impur de charbon, de grès et de schiste. Une fois remonté par la cage du puits, ce minerai brut subit l’épreuve du triage et du lavoir, véritables reins de l’installation minière. C’est ici que le destin de la roche se joue : le charbon part alimenter les fourneaux, tandis que la pierre, jugée inutile, est rejetée vers l’extérieur. Le terril du Villaret est donc bien plus qu’un amas de cailloux ; il est le volume exact, inversé et visible, du vide laborieusement creusé dans les entrailles de la terre.
Il serait inexact de résumer le terril au seul résultat du nettoyage du charbon. Pour saisir l’épaisseur sociale de ce paysage, il faut distinguer les origines de ces tonnes de pierres. Si une partie provient effectivement du tri mécanique en surface — une étape complexe liée aux lavoirs qui fera l’objet d’une analyse ultérieure —, la base constitutive de ce monticule est bien différente.
Elle est composée des « terres de creusement ». Ces blocs de grès et de schiste sont les témoins directs des travaux préparatoires, cette phase ingrate où le mineur n’est pas encore extracteur de richesse, mais perceur de tunnel. Ce volume minéral matérialise les kilomètres de galeries, de chassages et de recoupes forés à même le roc pour atteindre les veines. Chaque strate de ce remblai raconte donc d’abord l’effort physique du creusement : la roche arrachée pour construire le labyrinthe souterrain bien avant que la première tonne de charbon ne soit remontée.
Évolution des Méthodes de Gestion des Stériles
Le razzier plat tel que nous le connaissons aujourd’hui, avec sa forme étendue, a réellement pris forme à partir de 1969 et est resté actif jusqu’à la fermeture du puits en 1997. Cependant, l’histoire de la gestion des stériles du Puits du Villaret remonte à son fonçage en 1948.
Initialement, les stériles extraits du puits étaient principalement déversés au niveau de la Combe du Villaret, juste au-dessus des habitations de la cité de la centrale de Fontveille. Ce choix d’emplacement s’explique par la présence d’une ancienne ligne de chemin de fer à voie métrique, désaffectée avant l’arrivée des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD). La décision fut prise de profiter de cette ligne droite pour y déverser les déblais.
Pour acheminer les matériaux vers cette zone en hauteur, un télébenne fut construit, partant du carreau du Villaret et rejoignant l’ancienne ligne de chemin de fer. Ce système permettait de monter efficacement les stériles dans la montagne.
À partir de 1969, une nouvelle méthode de transport fut mise en place pour le razzier plat. Les stériles, après être remontés par le plan Richard avec le charbon et avoir traversé l’atelier de lavage, étaient transportés par une bande transporteuse de l’autre côté de la route. De là, ils étaient déversés dans une noria de camions-bennes, qui les acheminaient vers le terril pour y être étalés.

L’eau sous la roche : au fond de cette dépression sur le terril du Villaret (2011), l’apparition de plantes marécageuses trahit la présence de la nappe phréatique affleurant juste sous les stériles.
La genèse du terril
La silhouette du terril ne doit rien au hasard ; elle est la signature directe des technologies de déversement employées successivement. Si l’on disséquait ce monticule, on retrouverait les strates de deux époques logistiques. À l’origine, la mise à terril s’opérait à la force des bras et des reins : des sections de rails étaient posées à même le flanc, sur lesquelles on poussait les berlines pour les basculer dans le vide. Puis, la mécanisation a pris le relais. La forme tabulaire actuelle, ce vaste plateau sommital, trahit l’usage intensif du camion lors des dernières phases d’exploitation. C’est la rotation des poids lourds, nécessitant une surface plane pour manœuvrer et déverser leur charge, qui a arasé et étendu le sommet. Ce relief est donc une archive technique : la transition du rail vers la route est inscrite dans la pente.
Une clé de compréhension essentielle, pourtant fréquente dans le bassin de la Matheysine, manque souvent à la lecture paysagère de ce site : le phénomène de combustion interne. La teinte rouge brique qui domine certains versants n’est pas une fantaisie géologique, mais la preuve tangible que ce terril a fonctionné comme un fourneau involontaire.
L’explication réside dans la composition chimique des remblais : les stériles rejetés n’étaient jamais purs. Ils contenaient des résidus de charbon (anthracite) et, surtout, de la pyrite de fer. Sous l’effet combiné de l’air et de l’humidité, la pyrite s’oxyde, déclenchant une réaction exothermique. La température monte, finissant par enflammer les poussières de charbon résiduelles. La roche noire (le schiste) cuit alors littéralement sur place, se transformant en cette roche rouge, dure et sonnante, que l’on nomme « schiste cuit » ou « rouget ».
Ce feu intérieur, capable de couver pendant des décennies, est un facteur déterminant pour la stabilité du site. Il éclaire les mouvements de terrain — la roche cuite perdant du volume en se consumant — ainsi que la difficulté de la reconquête végétale : comment la flore pourrait-elle s’installer durablement sur un sol instable, chimiquement agressif et qui, par endroits, dégage encore une chaleur souterraine ?
Cliquez ici pour découvrir une coupe du terril révélant les traces de sa combustion interne.

Vue avant après du terril en 1952 et en 1997
1. La diversité des métiers : Une usine à ciel ouvert
Le personnel du jour était extrêmement stratifié. On y trouvait trois grands pôles :
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Le traitement (Lavoirs et Cribles) : C’est le secteur le plus dur. L’anthracite sortant de la mine est mélangé à du schiste (stérile). Au Villaret ou aux Rioux, les ouvriers (et longtemps les ouvrières) triaient le charbon sur des tapis roulants.
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Les Ateliers Centraux : Forgerons, mécaniciens, électriciens, menuisiers. C’était l’élite technique. Ils réparaient les marteaux-piqueurs, entretenaient les bennes et les câbles des puits. Sans eux, le fond s’arrêtait.
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Les « Grands Bureaux » et l’administratif : Comptables, géomètres, ingénieurs et personnel médical. Ils géraient la paie, les plans des galeries et la santé des mineurs.
2. Les conditions de travail : Bruit, poussière et froid
Contrairement au fond où la température est constante (environ 15-18°C à La Mure), le personnel du jour subissait le climat rude du plateau matheysin.
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L’exposition aux éléments : Dans les installations de triage (souvent de grands hangars en tôle mal isolés), les ouvriers travaillaient dans un froid glacial l’hiver, avec des courants d’air permanents.
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La poussière et le bruit : Les cribles (tamis géants) et les concasseurs généraient un vacarme assourdissant et une poussière fine d’anthracite, tout aussi nocive que celle du fond. Les « trieurs » finissaient la journée aussi noirs que ceux qui remontaient du puits.
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Le danger mécanique : Si le risque d’éboulement était absent, le danger venait des machines, des courroies de transmission et du mouvement incessant des trains du SGLM (Chemin de fer de La Mure) qui manoeuvraient sous les trémies.
3. La place singulière des femmes : Les « Trieuses »
Le bassin de La Mure a longtemps employé des femmes au jour, une pratique qui a perduré jusqu’aux années 1960-70.
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Le triage manuel : Elles étaient affectées au retrait des pierres sur les tapis de charbon. C’était un travail répétitif, épuisant pour le dos et les mains, effectué dans une atmosphère saturée de poussière.
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Évolution : Avec la modernisation des lavoirs (séparation par densité dans des bains de liqueur dense), leur nombre a diminué, les postes devenant plus techniques et masculinisés.
4. Vie sociale et Statut : Mineurs à part entière
Un point crucial : le personnel du jour bénéficiait du Statut du Mineur de 1946.
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Mêmes avantages : Ils avaient droit au logement gratuit (les cités), au charbon de chauffage, aux soins gratuits à la Société de Secours minière et aux colonies de vacances pour leurs enfants.
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La retraite : C’était le point de friction majeur. Les ouvriers du jour devaient travailler plus longtemps que ceux du fond (qui partaient à 50 ou 55 ans) pour obtenir leur retraite à taux plein. Cela créait une distinction sociale nette au sein de la cité.
5. La dynamique « Jour / Fond » : Une solidarité complexe
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Le complexe de la surface : Il existait parfois une tension symbolique. Les mineurs du fond se considéraient comme les seuls « vrais » mineurs, ceux qui risquaient leur vie. Les gens du jour étaient parfois vus comme des privilégiés, bien que leur travail soit essentiel.
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L’union dans la lutte : Lors des grandes grèves (1948, 1963), cette distinction disparaissait. Le personnel du jour (notamment les ateliers et le transport) était le premier à bloquer l’outil de production pour soutenir les revendications globales.
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La sentinelle du drame : Le personnel du jour était le premier témoin des accidents. C’est eux qui voyaient arriver les ambulances au carreau de la mine et qui géraient l’angoisse des familles accourant aux grilles du puits.
6. L’héritage architectural
Aujourd’hui, les vestiges les plus visibles à La Mure sont ceux du « Jour » :
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Le Puits du Villaret et son chevalement (classé).
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Les Grands Bureaux qui témoignent de la puissance administrative des HBD.
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Les Ateliers reconvertis pour certains en zones d’activités.
Un Site entre Passé et Avenir
L’observation botanique du terril ne peut se détacher de son origine artificielle. Ce « sol » qui n’en est pas un, composé de roches concassées et drainantes, a favorisé l’émergence d’une flore pionnière très spécifique. On y voit prospérer le bouleau, colonisateur par excellence des terrains ingrats, ainsi que des tapis de lichens capables de s’ancrer sur la pierre nue.
Mais la singularité de ce biotope relève de la thermique. Entre la couleur sombre des schistes qui accumule le rayonnement solaire et la chaleur diffuse issue de la combustion résiduelle des terres, le terril se comporte comme un îlot de chaleur. Il devient ainsi un refuge inattendu pour des espèces thermophiles, recherchant des températures élevées que l’environnement immédiat ne peut leur offrir. C’est ici que l’histoire rencontre la biologie : l’activité extractive a engendré, involontairement, une forme d’écologie industrielle où le déchet minéral conditionne une biodiversité nouvelle.
Le travail de l’historien ne s’arrête pas à la fermeture du puits ; il doit aussi interroger le temps long de « l’après-mine ». La question de la gouvernance de ces espaces est cruciale : qui hérite de ce paysage ? Si la surveillance des anciens sites relève généralement de l’État via le DPSM (Département Prévention et Sécurité Minière) du BRGM, notamment pour contrôler les risques d’échauffement ou de glissement, le terril du Villaret échappe à cette fatalité de la friche sous surveillance passive.
Ici, la « surveillance » a laissé place à la « valorisation ». Le site n’est plus seulement un dépôt de résidus potentiellement instable, il a opéré une mue spectaculaire en devenant une centrale solaire. Il y a là une ironie historique fascinante que l’on ne peut ignorer : ce sol, formé par l’extraction de l’énergie fossile du XIXe siècle, sert aujourd’hui de socle à la production d’énergie renouvelable du XXIe siècle. Le terril ne brûle pas de l’intérieur, il capte désormais le feu du ciel.
Depuis la fermeture de la mine, le terril du Villaret vit une seconde existence :
Il est à noter que le terril du Villaret a connu une nouvelle phase d’exploitation au cours des années 2010, un épisode spécifique qui fait l’objet d’un article dédié.
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Un terrain de loisirs : Sa topographie particulière en a fait un lieu prisé pour la pratique du moto-cross.
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Un refuge pour la biodiversité : La nature sauvage recolonise peu à peu cet espace industriel.
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Un projet d’énergie renouvelable : L’immense surface plane du terril fait actuellement l’objet d’études pour l’implantation d’une ferme solaire, symbolisant la transition de l’énergie fossile (le charbon) vers l’énergie verte.
Conclusion
En dernière analyse, le terril du Villaret s’impose comme le témoin immobile de la désindustrialisation. L’arrêt définitif de son alimentation n’a pas seulement marqué la fin d’un processus technique de rejet ; il a scellé la conclusion d’un cycle économique séculaire. La fermeture des mines de la Mure en 1997, l’une des ultimes fermetures de charbonnages en France, confère à cette masse inerte une portée historique nationale. Dans le silence du paysage actuel, ce cône tronqué acquiert une gravité particulière : il se dresse désormais comme le monument funéraire de l’industrie, l’épitaphe minérale d’un monde ouvrier aujourd’hui disparu.
Foire Aux Questions razzier du Villaret
Pourquoi le Puits du Villaret est-il si important dans l’histoire du bassin dauphinois ?
Le Villaret est le symbole de la « dernière bataille » du charbon en Isère. C’est ici, le 28 mars 1997, que la dernière berline d’anthracite a été remontée, marquant l’arrêt définitif de l’extraction minière non seulement en Matheysine, mais dans tout le Dauphiné, clôturant des siècles d’histoire industrielle.
Quelle est la différence entre le Villaret et les autres puits du plateau ?
C’est un puits « récent » (mis en service dans les années 1950) conçu pour la modernisation de l’après-guerre. Contrairement aux anciens puits du XIXe siècle, il disposait d’installations modernes et a servi de concentration pour l’extraction jusqu’à la fin.
Pourquoi la construction du puits a-t-elle été techniquement difficile ?
Le fonçage du puits (démarré en 1948) a rencontré des terrains gorgés d’eau et très instables. Les ingénieurs ont dû utiliser la technique de la congélation des sols : on injecte un liquide réfrigérant dans le sol pour créer un mur de glace étanche, permettant de creuser au sec avant de bétonner le cuvelage.
Pourquoi le terril du Villaret est-il plat et non conique comme dans le Nord ?
La topographie montagneuse et les techniques de déversement différaient. Au Villaret, les stériles (roches sans charbon) étaient étalés pour former une plateforme (terril tabulaire), plutôt que d’être accumulés en hauteur sur un point fixe. Aujourd’hui, cette forme facilite sa revégétalisation naturelle (bouleaux, saules).
Quel type de charbon extrayait-on ici ?
De l’anthracite. C’est un charbon très pur, à forte teneur en carbone et pauvre en matières volatiles, réputé pour son pouvoir calorifique élevé, typique du sillon alpin.
Peut-on descendre au fond du Puits du Villaret ?
Non. Comme pour la quasi-totalité des mines fermées en France, le puits a été remblayé (bouché) et sécurisé par une dalle en béton pour éviter tout effondrement ou émission de gaz. Pour visiter des galeries authentiques, il faut se rendre au musée de La Mine Image à La Motte-d’Aveillans, à quelques kilomètres.
Que représente la peinture sur la base du chevalement ?
Réalisée en 2015 par l’artiste Nessé, cette fresque rend hommage aux « Gueules Noires ». Elle a été commandée pour commémorer l’histoire humaine du site et redonner une visibilité culturelle à cette structure industrielle parfois oubliée.
Le bâtiment en face du chevalement existe-t-il toujours ?
Oui, il s’agit de l’ancienne salle de la machine d’extraction (le treuil géant qui faisait monter et descendre les cages). Ce bâtiment massif est conservé, bien que son usage ait changé ou qu’il soit fermé au public selon les périodes.
Y a-t-il encore des traces de pollution ?
Les sites miniers font l’objet de surveillances. Le terril est constitué de schistes et de grès (stériles). La nature a repris ses droits de manière spectaculaire, transformant la zone industrielle en un espace vert, bien que le sous-sol garde la mémoire des galeries inondées.
Poursuivez votre exploration
« Plongez dans l’épopée minière du Plateau Matheysin » « Découvrez l’histoire du Puits du Villaret, le plus récent du Plateau Matheysin »
Découvrez aussi l’exploitation du terril
Sources et sites officiels
Musées et Mémoire locale
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La Mine Image (Site Officiel)
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Pourquoi : C’est le musée souterrain de référence à La Motte-d’Aveillans. Indispensable pour comprendre ce qui se passait sous terre, en complément de votre article sur le puits de surface.
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Lien : https://www.mine-image.com
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Matheysine Tourisme – Le Patrimoine Minier
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Pourquoi : Pour situer le Villaret dans l’offre touristique actuelle du plateau (sentiers, autres vestiges).
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Lien : https://www.matheysine-tourisme.com
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Archives Audiovisuelles (INA)
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La fin des Gueules Noires (Journal Télévisé de 1997)
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Pourquoi : Une vidéo d’époque (INA) montrant la remontée de la dernière benne le 28 mars 1997 au Villaret. C’est une source primaire très forte émotionnellement.
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Recherche conseillée : « INA Fermeture mines La Mure 1997 » ou lien direct vers la fresque historique de l’INA.
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Lien générique : https://www.ina.fr (Rechercher « Mines Dauphiné »)
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Technique et Après-Mine
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Le BRGM et l’Après-Mine
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Pourquoi : Le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) gère la surveillance des anciens sites (eaux, gaz, stabilité). Utile pour la partie technique/environnementale.
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Lien : https://www.brgm.fr/fr/nos-actions/projets/gestion-apres-mine
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L’Agence Nationale pour la Garantie des Droits des Mineurs (ANGDM)
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Pourquoi : L’organisme qui a succédé à Charbonnages de France pour gérer les droits sociaux et le patrimoine immobilier.
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Lien : https://www.angdm.fr
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Patrimoine Culturel
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Isère Culture – Patrimoine en Isère
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Pourquoi : Pour consulter la fiche officielle si le chevalement est labellisé ou répertorié dans l’inventaire départemental.
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Lien : https://culture.isere.fr
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Bibliographie
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1. Ouvrages Historiques et Techniques de Référence
Ces livres sont les « bibles » locales pour comprendre l’évolution technique ayant mené à la création du Villaret.
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REYMOND, René. La Mure et le bassin houiller du Dauphiné.
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Note : René Reymond était ingénieur géomètre aux Houillères. C’est l’ouvrage le plus précis sur la géologie, les couches de charbon et l’implantation des puits, dont le Villaret.
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Éditeur : Imprimerie Barthélemy (Plusieurs éditions, notamment 1982).
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AILLAUD, Robert. Le temps du charbon : La Mure, Matheysine.
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Note : L’auteur, figure locale, retrace l’histoire sociale et technique. Les derniers chapitres traitent abondamment de la période d’activité du Villaret (1950-1997).
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Éditeur : Éditions Le Dauphiné Libéré / Collection Les Patrimoines (2006).
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ISBN : 978-2916272092.
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2. Sources Primaires & Articles Spécialisés (Pour l’aspect technique)
Le Puits du Villaret est célèbre chez les ingénieurs pour sa méthode de fonçage par congélation. Pour votre fiche d’identité, voici la source technique absolue :
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Revue de l’Industrie Minérale (RIM).
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Article cible : « Le fonçage du Puits du Villaret par congélation ».
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Date : Début des années 1950 (souvent cité dans les revues de 1951 ou 1952).
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Disponibilité : Consultable aux Archives Départementales de l’Isère ou dans les bibliothèques d’écoles des Mines (Paris, Saint-Étienne).
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. Mémoire Visuelle et Sociale
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MINSSIEUX, Pierre. Mines et mineurs de Matheysine.
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Note : Pierre Minssieux est le photographe emblématique du plateau. Ses ouvrages contiennent les visuels du Villaret en activité (chevalement, recette, personnel).
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Éditeur : Presses universitaires de Grenoble (PUG) ou éditions locales selon l’année.
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Collectif (La Mine Image). La Mine Image : La Motte d’Aveillans.
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Note : Les livrets édités par le musée souterrain contiennent souvent des coupes techniques et des historiques précis des puits, validés par d’anciens mineurs.
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4. Presse et Revues Locales (La fin de la mine)
Pour la date clé du 28 mars 1997 :
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Le Dauphiné Libéré. Numéro Hors-Série : « Adieu la Mine » (Mars/Avril 1997).
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Intérêt : Reportages complets sur la dernière remontée au Villaret, interviews des derniers mineurs et contexte de la fermeture.
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Le Puits du Villaret : Le cœur battant de l’anthracite dauphinois
Si vous vous promenez aujourd’hui du côté de Susville, sur le plateau matheysin, le silence a remplacé le fracas des machines. Pourtant, sous vos pieds et devant vos yeux, se dressait il n’y a pas si longtemps l’un des sites industriels les plus modernes d’Europe : le Puits du Villaret.
Plus qu’une simple mine, le Villaret fut le véritable poumon économique de la région, le point de rencontre entre le courage des gueules noires et la technologie ferroviaire. Retour sur l’histoire de ce géant de béton et d’acier.
Dernier bastion de l’extraction charbonnière sur le plateau matheysin, le Puits du Villaret à Susville incarne à lui seul la modernisation et le crépuscule des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD). Du fonçage innovant par congélation des sols en 1948 jusqu’à la remontée ultime du 28 mars 1997, ce site a marqué un demi-siècle d’histoire industrielle. Retour sur la trajectoire de ce puits emblématique, témoin de l’apogée des rendements, des tragédies souterraines et de la patrimonialisation d’une mémoire ouvrière désormais inscrite dans le paysage isérois.
Informations pratiques
| Catégorie | Description |
| Nom du site | Puits du Villaret |
| Localisation | Susville (Isère), Plateau Matheysin |
| Altitude | 903 m (au niveau du carreau) |
| Exploitant | Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD) |
| Type de minerai | Anthracite (Charbon) |
| Période d’activité | 1952 – 1997 (45 ans d’exploitation) |
| Profondeur totale | 560 mètres (fond à l’étage 343) |
| Diamètre du puits | 6,50 mètres |
| Construction | 1948-1952 (Technique de congélation des sols) |
| État actuel | Puits remblayé, Chevalement conservé (Patrimoine) |

Le puits du Villaret en 2018, arborant sa teinte brun rouge caractéristique et la fresque commémorative réalisée en 2015.
1. Identité et Caractéristiques Techniques
Le Puits du Villaret, exploité par les Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD), fut opérationnel de 1953 à 1997. Il se distinguait par ses dimensions imposantes adaptées à une exploitation moderne :
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Fonction : Il servait principalement à la circulation du personnel (descente des mineurs) et du matériel, ainsi qu’à la remontée des stériles (roches sans charbon) via des berlines de 3000 litres.
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Altitude en surface : Le « carreau » de la mine (l’entrée) se situe à environ 903 mètres d’altitude.
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Profondeur totale : Le puits descend jusqu’à l’étage 343 (altitude par rapport au niveau de la mer). La profondeur totale du trou est donc d’environ 560 mètres.
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Note sur votre texte précédent : Vous mentionniez « 270 mètres ». Il est possible que ce chiffre corresponde à un premier palier ou à la profondeur d’un étage intermédiaire spécifique (l’étage 630 par exemple), mais le fond du puits est bien plus bas pour permettre l’accès aux couches profondes d’anthracite.
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Diamètre : C’est un puits large de 6,50 mètres de diamètre, dimensionné pour permettre une ventilation importante et le passage de grosses cages.
Le Puits du Villaret était le puits le plus moderne du bassin et le centre névralgique de l’extraction jusqu’à la fermeture.
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Rôle central (Extraction et Service) : Contrairement à d’autres puits qui ne servaient qu’à l’aérage (ventilation), le Villaret était un puits « polyvalent ». Il servait à :
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La descente du personnel : Les mineurs (les « gueules noires ») empruntaient la cage pour rejoindre les galeries (le « fond »).
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L’extraction du charbon : C’était sa fonction principale. Il remontait les wagonnets pleins d’anthracite vers la surface.
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L’approvisionnement : Descente du matériel lourd, des bois de soutènement, etc.
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La Machinerie :
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Le Chevalement : La tour métallique visible de l’extérieur (haute d’environ 50 mètres) sert à soutenir les molettes (les grosses roues) sur lesquelles passent les câbles.
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La Machine d’extraction : Située dans le bâtiment au pied du chevalement, elle actionnait un énorme treuil (tambour) sur lequel s’enroulaient les câbles. C’était l’un des treuils les plus puissants du bassin.
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Les Cages : Le puits était équipé de cages à plusieurs étages (plateaux), permettant de transporter beaucoup d’hommes ou de wagonnets en un seul voyage, optimisant ainsi le rendement.
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Modernisation : Mis en service dans les années 50, il a progressivement remplacé les puits plus anciens (comme le Puits des Rioux à Prunières) pour concentrer la remontée du charbon en un point unique, plus efficace.

Rare cliché de 1953 montrant le chevalement provisoire utilisé pour les opérations de fonçage (creusement), avant l’édification de la tour définitive.
2. Construction et Innovation (1948-1953)
Le fonçage du puits a représenté un défi majeur pour l’époque en raison de la nature géologique du plateau de Susville.
. Le Contexte : La modernisation d’après-guerre
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la France est en pleine reconstruction et a une soif immense d’énergie. Les Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD) décident de moderniser l’extraction pour augmenter les rendements. L’objectif est de remplacer les petits puits vieillissants par un grand puits moderne, capable de centraliser la production : ce sera le Villaret.
. Le défi géologique : Un sol « impossible »
Le choix de l’emplacement à Susville se heurte à un obstacle majeur. Les 60 premiers mètres du sous-sol sont constitués d’alluvions gorgées d’eau et de sables mouvants (nappes aquifères).
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Le risque : Creuser de manière traditionnelle aurait provoqué l’effondrement immédiat des parois et l’inondation du chantier.
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La solution : Les ingénieurs doivent recourir à une technique de génie civil rare et coûteuse : la congélation des sols.
. Les étapes du chantier (1946 – 1952)
Phase 1 : La préparation et la congélation (dès 1946)
C’est la phase la plus délicate. On ne creuse pas encore le trou central.
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On fore une couronne de 20 à 30 petits trous tout autour du futur emplacement du puits.
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On y insère des tubes dans lesquels circule une saumure (eau salée) refroidie à très basse température (environ -25°C).
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Lentement, l’eau contenue dans la terre gèle. Au bout de plusieurs semaines, un cylindre de glace (un mur étanche) se forme dans le sol.
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Note historique : C’est durant ces travaux préparatoires (percement de galeries annexes ou travers-bancs) que survient l’accident tragique de janvier 1946.
Phase 2 : Le fonçage (creusement)
Une fois le sol gelé et dur comme du béton :
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Les mineurs peuvent creuser le puits (le fonçage) à l’intérieur de ce cylindre de glace, à l’abri des inondations.
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Le diamètre est large : 6,5 mètres.
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À mesure qu’ils descendent, ils posent un cuvelage (un revêtement) en béton armé ou en fonte pour rendre le puits définitivement étanche une fois que la glace fondra.
Phase 3 : L’équipement de surface (Le « Jour »)
Pendant que le trou descend vers 500 mètres :
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On construit le chevalement : C’est la tour métallique emblématique (souvent peinte en brun-rouge plus tard). Contrairement aux vieux chevalements en maçonnerie ou en treillis fins, celui du Villaret est une structure moderne à âme pleine (tôles pleines), conçue pour supporter de lourdes charges.
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On bâtit la « recette » (le bâtiment où arrivent les cages), la salle des machines (pour le treuil) et les installations de triage du charbon.
. Mise en service
Le puits est opérationnel au début des années 1950 (vers 1952). Il représente alors le sommet de la technologie minière :
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Ascenseurs rapides.
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Capacité de remonter des tonnes de charbon en un temps record.
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Ventilation puissante pour les galeries du fond.
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Immersion au cœur du puits du Villaret en 2015 : la cage d’ascenseur, photographiée peu avant le démantèlement des installations intérieures.
3. L’Âge d’Or de la Production
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La période : Les « Trente Glorieuses » de la mine (1955-1975)
Si le puits entre en service au début des années 50, son âge d’or se situe véritablement entre 1955 et 1975. C’est l’époque où la France a un besoin vital d’énergie pour sa reconstruction et son essor industriel. Le charbon est roi, et l’anthracite de La Mure (réputé comme l’un des meilleurs du monde pour sa pureté) est très demandé.
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Avant le Villaret : L’extraction était dispersée sur plusieurs petits puits (Puits des Rioux, Puits Sainte-Marie, etc.).
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Avec le Villaret : Tout change. Le Puits du Villaret devient le « Siège d’extraction unique ». Grâce à des galeries souterraines de liaison (tunnels reliant les différents secteurs sous terre), le charbon abattu dans d’autres zones du bassin était acheminé sous terre jusqu’au Villaret pour être remonté à la surface.
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Conséquence : Il devient le centre névralgique. Les autres puits sont relégués à l’aérage (ventilation) ou au service, tandis que le Villaret « crache » la production de tout le bassin.
Une stratégie clé : La « Concentration »
L’âge d’or du Villaret correspond à la mise en place d’une stratégie industrielle appelée la concentration.
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Modernisation et rendement record
Durant cette période, le Villaret est la vitrine technologique des HBD (Houillères du Bassin du Dauphiné).
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Mécanisation : Au fond, le travail au pic cède la place aux machines (haveuses, rabots).
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Logistique de pointe : Le puits est équipé de cages modernes à plusieurs étages permettant de remonter des trains entiers de wagonnets (berlines) très rapidement. La machine d’extraction en surface tourne à plein régime.
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Production : C’est à cette époque que les tonnages sont les plus élevés. On parle de plusieurs centaines de milliers de tonnes d’anthracite par an remontées par ce seul goulot.
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L’effervescence humaine et sociale
L’âge d’or du puits, c’est aussi l’âge d’or de Susville.
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Une fourmilière : À chaque changement de poste (les 3×8), des centaines de mineurs affluent vers le carreau de la mine, passent à la lampisterie et à la salle des pendus.
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Diversité : C’est l’époque où la main-d’œuvre est très cosmopolite. Aux mineurs locaux s’ajoutent les vagues d’immigration italienne, polonaise, puis maghrébine, tous réunis par le travail au Villaret.
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La vie autour du puits : Les cités minières autour du Villaret sont pleines de vie, rythmées par le bruit de la molette et la sirène de la mine.
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La fin de l’âge d’or
Le déclin de cet âge d’or s’amorce avec deux événements :
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Le drame de 1971 : L’accident mortel marque les esprits et rappelle la dangerosité accrue par l’intensification de la production.
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Le changement de politique énergétique (1974) : Avec le choix du nucléaire par la France et la difficulté croissante d’extraire le charbon dans des couches géologiques complexes, la rentabilité baisse. Le Villaret continuera de tourner jusqu’en 1997, mais l’époque de l’expansion et de l’embauche massive est révolue dès la fin des années 70.
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L’explosion de 1971 : Le 4 mai 1971, vers 17h30, une galerie est soufflée par un dégagement instantané de gaz carbonique accompagné d’une projection de charbon. Le bilan humain est lourd : 5 mineurs décèdent (Gaston Rivet, Milo Arnoldi, Martial Troussier, Roland Robert, André Julien) et 3 sont portés disparus dans un premier temps. L’intervention des secours sera périlleuse, intoxiquant légèrement quatre sauveteurs.

Le cœur du système de levage en 2015 : le treuil mécanique, élément indispensable au fonctionnement de l’ascenseur, photographié avant la destruction des intérieurs.
4. La Fin d’une Époque (1997)
. La date historique : 28 mars 1997
C’est la date officielle de l’arrêt de l’extraction. Ce jour-là ne marque pas seulement la fermeture du puits du Villaret, mais la fin définitive de l’exploitation charbonnière dans tout le Dauphiné. Après des siècles d’histoire (depuis le Moyen Âge), l’activité s’arrête net.
. La cérémonie de la « Dernière Berline »
La fermeture a été marquée par une cérémonie empreinte d’une lourde émotion, mélange de fierté et de tristesse.
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Le symbole : Une dernière berline (wagonnet) a été symboliquement remontée du fond.
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La décoration : Elle était souvent peinte, décorée de drapeaux ou de messages d’adieu (ex: « C’est fini », « Dernière remontée »).
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Les acteurs : Les mineurs étaient présents en tenue de travail, casque sur la tête, accompagnés de leurs familles, des élus et des anciens. C’était un moment de communion pour dire adieu à leur métier.
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Le geste : La remise des lampes. Le moment où les mineurs rendent leur lampe à la lampisterie est le symbole ultime de la fin du travail.
. Les raisons de la fermeture
En 1997, le puits ne ferme pas parce qu’il n’y a plus de charbon (il reste des réserves considérables sous terre), mais pour des raisons économiques et politiques :
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Le Pacte Charbonnier (1994) : Un accord national prévoyait la fermeture progressive de toutes les mines de France (Charbonnages de France) car le charbon français coûtait trop cher à extraire par rapport au charbon importé ou aux autres sources d’énergie (nucléaire).
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La géologie difficile : Les couches de La Mure étaient faillées, verticales, difficiles à mécaniser, rendant l’extraction pénible et coûteuse.
. La mise en sécurité et le démantèlement
Après la fête, place à la « mise au tombeau » technique du puits.
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Le bouchage : On ne laisse pas un trou de 500 mètres béant. Le puits a été comblé (remblayé) avec des matériaux stériles et du béton pour éviter les effondrements futurs et sécuriser la surface. Une dalle de béton scelle l’entrée.
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La destruction des bâtiments : Une grande partie des installations de surface (le lavoir, les bâtiments de triage, les tapis roulants) a été démantelée et ferraillée dans les mois/années qui ont suivi.
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La sauvegarde du Chevalement : Contrairement à d’autres sites où tout a été rasé, le chevalement (la tour) du Villaret a été conservé grâce à la mobilisation locale. Il est devenu un « monument historique » témoin, un repère visuel dans le paysage pour ne pas oublier.
. Le traumatisme social
Pour Susville et La Mure, 1997 est une rupture brutale.
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C’est la perte du principal employeur de la zone.
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C’est un changement d’identité : le territoire doit se réinventer, passant d’un territoire industriel « noir » à un territoire touristique et résidentiel « vert ».
1. Les conditions de travail : La lutte contre la pente et la poussière
Travailler à La Mure ne ressemblait pas au travail dans les mines du Nord (le Pas-de-Calais). La géologie alpine imposait des contraintes extrêmes.
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L’exploitation en « dressants » : Contrairement aux veines plates du Nord, les couches d’anthracite en Matheysine étaient souvent très inclinées, voire verticales. Les mineurs travaillaient dans des positions acrobatiques, souvent sur des planchers boisés suspendus au-dessus du vide.
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La dureté de l’anthracite : L’anthracite de La Mure est l’un des meilleurs charbons au monde (pur à plus de 90%), mais il est extrêmement dur. Avant la mécanisation massive des années 50-60, l’abattage au marteau-piqueur était épuisant.
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La Silicose : l’ennemi invisible. Si le bassin de La Mure était peu sujet au grisou (gaz explosif), il était extrêmement poussiéreux. L’anthracite dégageait une poussière fine et abrasive. Malgré l’arrosage des tailles, la silicose a décimé des générations de mineurs, bien plus sûrement que les éboulements.
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L’évolution technique : Sous l’ère des HBD, on passe de la force humaine et animale (les chevaux sont restés au fond jusqu’en 1952) à une mécanisation poussée avec les convoyeurs blindés et les soutènements marchants.
2. La vie sociale : Un paternalisme d’État
Après 1946, les HBD héritent du système paternaliste des anciennes compagnies privées, mais l’adaptent avec le Statut du Mineur.
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Le logement en cités : La vie du mineur est indissociable de sa cité. À La Mure, les cités comme celle des Trois-Mâts ou du Périer structurent l’espace urbain. Les HBD fournissaient le logement et le chauffage (le fameux « charbon de dotation »).
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La diversité communautaire : Le bassin était un véritable laboratoire d’intégration. Aux locaux (paysans-mineurs) se sont ajoutés des vagues successives d’immigrés : Italiens et Polonais dans l’entre-deux-guerres, puis Maghrébins (notamment des Marocains du Souss) dans les années 50 et 60. Cette mixité a forgé une identité matheysine forte, basée sur la solidarité du fond.
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Les avantages sociaux : Être mineur aux HBD, c’était bénéficier d’une protection sociale d’avant-garde : accès gratuit aux soins (la « Société de Secours »), colonies de vacances pour les enfants, et une retraite anticipée à 50 ou 55 ans.
3. Culture et traditions : Entre ferveur et lutte
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La Sainte-Barbe (4 décembre) : C’est le moment sacré. Même après la nationalisation, la fête de la patronne des mineurs restait le pilier de l’année, mêlant défilés, banquets et médailles du travail. C’était le jour où la hiérarchie et les ouvriers se retrouvaient autour d’une table.
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Le syndicalisme et la fierté : Le bassin de La Mure était un bastion de la CGT. La conscience de classe était exacerbée par la dangerosité du métier. Les grandes grèves (notamment celle de 1963) ont soudé la communauté contre les premières menaces de fermeture.
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Le sport et la musique : Les HBD subventionnaient de nombreuses associations. L’harmonie des mineurs et les clubs de football ou de rugby étaient les vecteurs essentiels de la cohésion sociale hors de la mine.
4. La fin d’un monde : Le traumatisme de la fermeture
La vie sociale des HBD a été marquée, à partir des années 70, par l’angoisse de la fin. Le « plan de licenciement » est devenu un mot quotidien.
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La reconversion : Contrairement à d’autres bassins, la Matheysine est restée enclavée. La fermeture du Villaret en 1997 a été vécue comme un deuil collectif.
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L’héritage : Aujourd’hui, cette vie sociale survit à travers l’association des anciens mineurs et le musée de La Mine Image à La Motte-d’Aveillans, qui est le gardien de cette mémoire technique et humaine.
En résumé : La vie du mineur des HBD était une vie de contrastes : une noirceur et une pénibilité extrêmes au fond, compensées par une vie sociale intense, protectrice et solidaire en surface. C’était un « État dans l’État ».
5. Patrimoine et Mémoire
Le 28 mars 1997 : Le silence après le vacarme
L’histoire séculaire de la mine en Matheysine s’achève officiellement le vendredi 28 mars 1997. Ce jour-là, au Puits du Villaret, l’émotion est palpable lorsque la « dernière berline » remonte du fond, saluée par une haie d’honneur de gueules noires, les yeux souvent embués de larmes. Ce n’est pas seulement un puits qui ferme, mais un mode de vie qui s’éteint.
Condamné par le Pacte Charbonnier national de 1994 face à la concurrence internationale et au choix du nucléaire, le site, pourtant encore riche en anthracite, cesse toute activité. Dans les mois qui suivent, le puits est remblayé et scellé par une dalle de béton, et les installations de triage sont démantelées. Seul le chevalement métallique sera sauvé de la destruction, se dressant désormais comme une sentinelle silencieuse en mémoire des hommes qui ont bravé les entrailles de la terre.
Contrairement à de nombreux sites miniers totalement rasés, le Villaret a bénéficié d’une valorisation patrimoniale remarquable :
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Conservation : Si le site a été partiellement démantelé, son chevalement (la tour métallique) a été préservé, devenant un repère visuel majeur dans le paysage.
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Reconnaissance : Il a reçu le label « Patrimoine en Isère » en 2008.
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Mise en valeur : Le chevalement a été repeint et doté d’un système d’illumination en 2009. En 2015, une fresque a été ajoutée, ancrant davantage ce monument industriel dans la mémoire collective de la Matheysine.
Foire Aux Questions Puits du Villaret
1 – Où se situe exactement le Puits du Villaret ?
Le puits est situé sur la commune de Susville (38350), en Isère, au cœur du plateau matheysin. Il est souvent associé à la ville voisine de La Mure, centre historique du bassin minier, mais se trouve bien physiquement à Susville.
Le puits est situé sur la commune de Susville (38350), en Isère, au cœur du plateau matheysin. Il est souvent associé à la ville voisine de La Mure, centre historique du bassin minier, mais se trouve bien physiquement à Susville.
Peut-on visiter l’intérieur du Puits du Villaret ?
Non, il n’est plus possible de descendre sous terre. Depuis l’arrêt de l’exploitation en 1997, le puits a été remblayé (bouché) et scellé par une dalle de béton pour des raisons de sécurité. Cependant, le site est accessible en extérieur pour admirer le chevalement (la tour métallique) et la fresque commémorative. Pour une visite souterraine, il faut se tourner vers le musée La Mine Image à La Motte-d’Aveillans.
Quelle profondeur atteignait le puits ?
Le Puits du Villaret descendait jusqu’à une profondeur totale d’environ 560 mètres. Il desservait plusieurs étages d’extraction et constituait l’accès principal aux gisements d’anthracite les plus profonds du bassin.
Pourquoi le chevalement est-il peint en brun rouge ?
Cette couleur est caractéristique de la protection antirouille utilisée sur les structures métalliques industrielles. Elle est devenue emblématique du site. En 2015, une fresque artistique représentant des visages de mineurs a été ajoutée à la base du chevalement pour rendre hommage aux travailleurs.
Quand le Puits du Villaret a-t-il fermé ?
L’extraction a officiellement cessé le 28 mars 1997. Cette date marque non seulement la fermeture du Villaret, mais aussi la fin définitive de l’exploitation charbonnière dans tout le Dauphiné.
Comment le puits a-t-il été creusé dans un sol gorgé d’eau ?
La construction (1948-1952) a nécessité une technique spéciale de congélation des sols. Les ingénieurs ont créé un mur de glace artificiel autour de la zone de creusement pour stabiliser les sables mouvants et les infiltrations d’eau sur les 60 premiers mètres de profondeur.
2 – Peut-on visiter l’intérieur du Puits du Villaret ?
Non, il n’est plus possible de descendre sous terre. Depuis l’arrêt de l’exploitation en 1997, le puits a été remblayé (bouché) et scellé par une dalle de béton pour des raisons de sécurité. Cependant, le site est accessible en extérieur pour admirer le chevalement (la tour métallique) et la fresque commémorative. Pour une visite souterraine, il faut se tourner vers le musée La Mine Image à La Motte-d’Aveillans.
3 – Quelle profondeur atteignait le puits ?
Le Puits du Villaret descendait jusqu’à une profondeur totale d’environ 560 mètres. Il desservait plusieurs étages d’extraction et constituait l’accès principal aux gisements d’anthracite les plus profonds du bassin.
4 – Pourquoi le chevalement est-il peint en brun rouge ?
Cette couleur est caractéristique de la protection antirouille utilisée sur les structures métalliques industrielles. Elle est devenue emblématique du site. En 2015, une fresque artistique représentant des visages de mineurs a été ajoutée à la base du chevalement pour rendre hommage aux travailleurs.
5 – Quand le Puits du Villaret a-t-il fermé ?
L’extraction a officiellement cessé le 28 mars 1997. Cette date marque non seulement la fermeture du Villaret, mais aussi la fin définitive de l’exploitation charbonnière dans tout le Dauphiné.
6 – Comment le puits a-t-il été creusé dans un sol gorgé d’eau ?
La construction (1948-1952) a nécessité une technique spéciale de congélation des sols. Les ingénieurs ont créé un mur de glace artificiel autour de la zone de creusement pour stabiliser les sables mouvants et les infiltrations d’eau sur les 60 premiers mètres de profondeur.
Poursuivez votre exploration
« Plongez dans l’épopée minière du Plateau Matheysin » « Découvrez l’histoire du terril du Puits du Villaret, le plus récent du Plateau Matheysin »
Découvrez aussi l’exploitation du terril
Sources et sites officiels
. Les Institutions Muséales Locales (Incontournables)
Pour ancrer le sujet dans le territoire et le tourisme de mémoire.
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La Mine Image (Musée Souterrain)
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Lien : https://www.mine-image.com/
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Pourquoi : C’est le musée de référence situé à La Motte-d’Aveillans (juste à côté de Susville). Il complète parfaitement l’article en proposant la visite des galeries que le lecteur vient de découvrir historiquement.
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Musée Matheysin
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Lien : https://musee-matheysin.fr/
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Pourquoi : Situé à La Mure, il conserve de nombreuses archives et objets liés à la vie quotidienne autour des mines (contexte social).
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2. Archives et Documents Audiovisuels (Sources Primaires)
Pour donner à voir l’événement historique mentionné dans votre page (la fermeture).
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INA (Institut National de l’Audiovisuel) – Journal télévisé de 1997
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Lien : https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/lyc97032812/fermeture-des-mines-de-la-mure
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Pourquoi : C’est le reportage d’époque exact sur la fermeture des mines de la Mure le 28 mars 1997. Il montre les dernières remontées au Puits du Villaret. C’est le complément parfait à votre paragraphe de fin.
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3. Contexte National et Institutionnel
Pour élargir le sujet au cadre juridique et national des mineurs.
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ANGDM (Agence Nationale pour la Garantie des Droits des Mineurs)
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Lien : https://www.angdm.fr/
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Pourquoi : L’organisme qui a succédé à Charbonnages de France pour la gestion de l’après-mine (droits sociaux, logement, santé). Lien institutionnel très fort pour un article historique.
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Archives Nationales du Monde du Travail (ANMT)
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Lien : https://archives-nationales-travail.culture.gouv.fr/
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Pourquoi : C’est à Roubaix que sont conservées les archives centrales de Charbonnages de France. Un lien utile pour les chercheurs qui voudraient approfondir les aspects administratifs des Houillères du Dauphiné.
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4. Géologie et Technique
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Mindat (Fiche Minérale – Anthracite La Mure)
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Lien : https://www.mindat.org/loc-20677.html
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Pourquoi : Site de référence international (en anglais, mais accessible) pour la minéralogie. La fiche « La Mure » permet de valider techniquement la qualité de l’anthracite extraite au Villaret.
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Bibliographie
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1. Les Monographies de Référence (Incontournables)
Ces ouvrages sont les piliers de l’historiographie du bassin matheysin.
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PERRIN (Yves), Les Hommes du charbon : histoire des mineurs du bassin de La Mure, Grenoble, Presses Universitaires de Grenoble (PUG), 1996.
-
Note : C’est la « bible » absolue sur le sujet. Yves Perrin couvre toute la période sociale et technique. Indispensable pour contextualiser la fermeture de 1997.
-
-
GUIBBERT (Pierre), La Mure, l’anthracite, Éditions du Musée Dauphinois, 1992.
-
Note : Ouvrage souvent édité en lien avec des expositions, très riche iconographiquement et validé par les conservateurs locaux.
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2. Histoire Technique (Spécifique Puits du Villaret)
Pour justifier les détails sur le fonçage et l’ingénierie.
-
Revue de l’Industrie Minérale (RIM), Numéros spéciaux sur les techniques de fonçage, Années 1948-1955.
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Note : Si vous devez citer le fonçage par congélation, c’est la source primaire. Bien que difficile à trouver en librairie (disponible aux archives ou écoles des mines), c’est la référence qui valide l’aspect ingénierie du Villaret.
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CHARBONNAGES DE FRANCE, Rapports annuels des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD).
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Note : Les rapports d’activité des années 1980-1990 détaillent les rendements spécifiques du Villaret avant la fermeture.
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3. Mémoire et Patrimoine (Approche visuelle et sociale)
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COLLECTIF, Mineurs de fond : La Mure, 50 ans de photographies, Éditions Glénat / Le Dauphiné Libéré, 1997.
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Note : Sorti l’année même de la fermeture du Villaret. C’est une source précieuse pour illustrer l’ambiance de fin de règne du puits.
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4. Sources Universitaires (Pour aller plus loin)
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SAADI-MOKRANE (Djamila), L’impact de la fermeture des mines sur la population de La Mure, Thèse ou Mémoire de recherche, Université de Grenoble, années 2000.
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Note : Utile si vous souhaitez étendre votre article aux conséquences sociologiques de la fermeture du Puits du Villaret sur la ville de Susville et alentours.
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