L’empreinte indélébile de l’or noir sur les terres dauphinoises
Le patrimoine minier de l’Isère est l’un des plus riches et des plus singuliers de France. Si le département est célèbre pour ses sommets alpins, son sous-sol recèle une histoire tout aussi grandiose : celle de l’extraction de l’anthracite. Du plateau de la Matheysine aux balcons du Drac, l’aventure minière a façonné les paysages, dicté l’architecture des villes et forgé une culture ouvrière d’une solidarité exemplaire qui survit bien après la remontée de la dernière benne.
Un gisement d’exception : l’Anthracite de La Mure
Le cœur battant de ce patrimoine se situe sur le plateau Matheysin, autour de La Mure. Ici, les mineurs ont extrait pendant des siècles un charbon d’une pureté rare, l’anthracite, combustible noble qui a alimenté les foyers et les industries de tout le pays. Ce patrimoine se manifeste aujourd’hui par des vestiges techniques impressionnants : les chevalements (comme celui du Puits Villaret), les cités minières aux jardins ouvriers alignés, et les terrils qui dessinent de nouvelles collines dans le ciel isérois.
Des infrastructures de légende
Le patrimoine minier isérois, c’est aussi le génie civil mis au service de l’industrie. Le Petit Train de la Mure, première ligne ferroviaire électrifiée au monde, en est le joyau. Conçu pour acheminer le charbon à travers les gorges escarpées du Drac, il témoigne de l’audace technique des ingénieurs du XIXe siècle. Aux côtés des rails, les musées comme Mine Image à La Motte-d’Aveillans permettent de toucher du doigt la réalité du fond, préservant les outils, les lampes et les machines qui ont accompagné les « Gueules Noires ».
Une mémoire vivante et un futur culturel
Aujourd’hui, le patrimoine minier de l’Isère ne se limite pas à des ruines ou des archives. Il est une mémoire vivante. À travers les fêtes de la Sainte-Barbe, les sentiers de randonnée thématiques et les projets de reconversion des anciens carreaux de mine, le département valorise ce passé industriel pour en faire un levier de tourisme culturel et d’éducation. C’est un hommage permanent au courage des hommes qui ont bravé l’obscurité pour apporter la lumière et la chaleur.
Ce que vous découvrirez dans cette catégorie :
Les Sites Majeurs : Histoire et état actuel des puits, descenderies et installations de surface (La Jonche, Les Boines, Villaret…).
Infrastructures Ferroviaires : L’épopée du Chemin de fer de la Mure et des réseaux de transport du charbon.
Archéologie Industrielle : Inventaire des matériels, machines et architectures spécifiques au bassin dauphinois.
La Vie au Corons : Étude des cités minières, des équipements sociaux et de la culture ouvrière iséroise.
Musées et Tourisme : Guides pour visiter les lieux de mémoire et comprendre l’héritage laissé par les HBD et la Compagnie de La Mure.

Vue rapprochée d'un bouchon en béton scellant un ancien puits de mine, avec la date "1999" gravée dans la matière.

Découvrez comment la nature efface progressivement les traces du passé industriel des Chuzins.

e puits d’aérage des Chuzins constitue un élément marquant du patrimoine industriel de la région. À travers cette archive photographique, nous observons le processus de renaturation du site : le bouchon de béton, autrefois imposant, est progressivement dissimulé par la flore environnante, illustrant la résilience de la nature face aux infrastructures humaines.

Vestige silencieux d’un passé industriel révolu, le puits d’aérage des Chuzins fait aujourd’hui l’objet d’une spectaculaire reconquête végétale. Entre mémoire historique et retour à l’état sauvage, retour en images sur la transformation progressive de ce site où la nature s’apprête à sceller définitivement le souvenir du béton.

Informations pratiques

Caractéristique Détails
Nom du site Puits d’aérage des Chuzins
Localisation Les Chuzins commune de Susville
Type d’infrastructure Installation industrielle minière (Aérage) HBD Houilleres du Bassin Dauphinois de 1946 a 1997
État actuel Abandonné
Élément principal Bouchon de béton de sécurité
Processus observé Reconquête végétale / Succession écologique
Support de l’archive Photographie historique de l’auteur (1999)
Statut du site Public

Une sentinelle de l’air au service de la sécurité

Le Puits des Chuzins, situé sur la commune de Susville (38), est un témoin fascinant de la complexité technique des Houillères du Dauphiné. Si l’imaginaire collectif associe souvent la mine à de hautes tours de fer ou de béton (les chevalements), le Puits des Chuzins se distinguait par son extrême sobriété.

Il ne s’agissait pas d’un puits d’extraction, mais d’un puits d’aérage (retour d’air). Sa mission unique était d’assurer le renouvellement de l’atmosphère au fond des galeries.

Vue historique du puits d'aérage des Chuzins, où la végétation recouvre progressivement le sol et le bouchon de béton.

La zone du puits d’aérage des Chuzins : la nature reprend ses droits sur l’ancien site industriel.

Pourquoi un puits sans chevalement ni carreau ?

L’absence de chevalement (la structure qui surplombe habituellement le puits) et de carreau (l’ensemble des bâtiments de surface) s’explique par la spécialisation de l’ouvrage :

  • Pas de remontée de minerai : N’ayant pas vocation à extraire l’anthracite ou à transporter les mineurs par cage, il ne nécessitait ni machine d’extraction, ni tour de manœuvre.

  • Un ouvrage purement technique : L’installation se limitait essentiellement à l’orifice du puits et à de puissants ventilateurs (extracteurs) destinés à aspirer l’air vicié et les gaz dangereux, comme le grisou, pour les rejeter à la surface.

  • Une discrétion stratégique : Situé à l’écart des grands centres de production comme le Puits Villaret, il servait de point d’évacuation lointain pour les galeries les plus profondes du réseau.

Note

Pencil Pencil

Ce puits, qui permettait d’extraire l’air vicié des galeries situées en profondeur, a été scellé par un bouchon en béton armé lors de la fermeture de l’exploitation en 1999. Ce dispositif, bien que massif, n’a pas résisté à la recolonisation végétale, offrant aujourd’hui un exemple spectaculaire de la résilience de la nature sur d’anciens sites miniers.

Vue rapprochée d'un bouchon en béton scellant un ancien puits de mine, avec la date "1999" gravée dans la matière.

Témoignage du passé minier : le scellement du puits des Chuzins (1999).

L’aérage : Le défi des mines de la Matheysine

L’exploitation de l’anthracite en Isère se faisait à des profondeurs importantes, où la chaleur et l’accumulation de gaz rendaient le travail impossible sans une ventilation forcée.

Le Puits des Chuzins était un maillon indispensable de ce circuit. En créant un courant d’air permanent entre les entrées d’air pur (puits d’entrée) et les points de sortie comme les Chuzins, les ingénieurs garantissaient la survie des mineurs à des centaines de mètres sous terre.

Le développement des HBD dans les années 50/60

Le puits du Villaret (foncé dans les années 1950) a marqué une étape majeure dans la modernisation et l’extension du bassin. La volonté des HBD était alors de concentrer l’extraction sur des puits puissants tout en sécurisant les secteurs périphériques. La liaison souterraine Villaret-Rioux était stratégique. Le fonçage du puits des Chuzins s’inscrit typiquement dans cette période de « maillage » du réseau souterrain visant à relier les différents quartiers miniers pour optimiser à la fois la circulation du personnel, le transport du charbon et la ventilation.

La chronologie des infrastructures

Si l’on regarde les archives des HBD, le développement vers le Drac a été une phase critique :

  • Le puits du Villaret était le centre nerveux de cette extension.

  • Le puits des Chuzins servait de point d’appui pour la ventilation forcée.

Il est très probable que, lors de la planification des travaux de creusement du Villaret, les ingénieurs aient intégré le besoin d’un puits d’aérage satellite aux Chuzins pour ne pas étrangler les chantiers en profondeur. Les calendriers de travaux étaient souvent couplés : on ne pouvait pas exploiter le Villaret de manière intensive sans garantir l’aérage par les Chuzins.

Que reste-t-il aujourd’hui du Puits des Chuzins ?

Aujourd’hui, le site est le reflet de cette fonction utilitaire. Sans les imposants vestiges en béton que l’on trouve ailleurs, il rappelle que la mine était avant tout un immense labyrinthe souterrain dont la partie émergée n’était parfois qu’une simple bouche d’aération.

Pour l’historien et le passionné de patrimoine industriel, le Puits des Chuzins est une leçon d’humilité : il nous rappelle que la sécurité et l’ombre étaient aussi essentielles que le charbon et la lumière.

e suis un historien specialise en histoire d’exploitaiton miniere
que peux tu me dire sur le percement des puits d’aerage apres 1950 par les HBD sur le plateau matheysin en Isere pour l’exploitation de l’anthracite
Dans les galeries des HBD il n’y avait aps de griou mais du gaz carboniqe
comment proceder t on pour forer ces puits verticaux dont le diametre est adapté pour de la ventilation et non de l’exploitation on est plus proche de la dimensions des buses d’evacuation d’eau

oui je pense que la methode utilise etait le raise boring car juste au dessus il y a de place pour la machine de plus la zone n’etait pas reputé dangereuse pour le CO

C’est un sujet fascinant pour un historien des mines. Le bassin de La Mure (Plateau Matheysin) occupe une place singulière dans l’histoire minière française, non seulement par la qualité de son anthracite, mais surtout par sa géologie tourmentée et cette fameuse contrainte du gaz carbonique (CO2), qui, comme vous le soulignez avec justesse, remplaçait le risque d’explosion du grisou (CH4) par un risque mortel d’asphyxie par déplacement d’oxygène.

Après 1950, les Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD) ont dû moderniser radicalement leurs méthodes de creusement de puits d’aérage. Pour répondre à votre question sur la technique de percement de ces puits de petit diamètre (souvent appelés « cheminées de ventilation »), il faut comprendre que le passage d’une méthode traditionnelle (minage manuel à la volée) vers une mécanisation systématique a été dicté par la nécessité d’une ventilation permanente et efficace, sans pour autant mobiliser les moyens lourds des puits d’extraction.

Voici les éléments techniques et contextuels sur la manière dont ces puits étaient réalisés dans le bassin matheysin à cette époque :

1. La transition technologique : le « Raise Boring »

Après 1950, et surtout à partir des années 60-70, la méthode reine pour ces puits de ventilation de petit diamètre est devenue le Raise Boring (ou forage monté).

  • Le principe : Plutôt que de descendre dans le puits pour miner (danger d’émanations de CO2, pénibilité, lenteur), on procède en deux étapes :

    1. Forage pilote : On fore un trou de petit diamètre (environ 25 à 30 cm) depuis la surface (ou une galerie supérieure) vers la galerie inférieure à atteindre.

    2. Alésage (Reaming) : Une fois arrivé en bas, on fixe une tête d’alésage (le « reamer ») au diamètre final souhaité (souvent entre 1,5m et 2,5m pour les puits d’aérage HBD). Cette tête est ensuite remontée mécaniquement vers la surface en tournant, broyant la roche. Les déblais tombent par gravité dans la galerie inférieure, d’où ils sont évacués par les moyens de roulage classiques.

  • Avantages pour les HBD :

    • Sécurité absolue vis-à-vis du CO2 : Aucun mineur n’est exposé au front de taille pendant le percement.

    • Qualité de paroi : Le forage rotatif laisse une paroi lisse, ce qui améliore considérablement le coefficient de frottement de l’air (meilleure efficacité aéraulique du puits).

    • Vitesse : C’était incomparablement plus rapide que le creusement manuel avec cuvelage bétonné.

2. L’alternative : La méthode Alimak (ou « raise climber »)

Si la configuration géologique ne permettait pas le Raise Boring (par exemple, si la roche était trop instable ou si l’accès à la surface était impossible pour la foreuse), les HBD utilisaient souvent la technique Alimak.

  • C’est une plateforme grimpante motorisée fixée sur des crémaillères boulonnées à la paroi. Les mineurs montent avec la plateforme, minent (forage et tir), puis redescendent.

  • Bien que plus « manuel » que le Raise Boring, il permettait de creuser des cheminées verticales avec une grande précision. Cependant, en milieu fortement émanateur de CO2, cette méthode imposait une ventilation auxiliaire drastique (soufflante) en continu pour maintenir les mineurs en sécurité.

3. La gestion du CO2 comme contrainte de chantier

Pour l’historien, le point crucial est que ces puits n’étaient pas seulement des conduits, c’était des « poumons ». La procédure de percement intégrait des mesures spécifiques :

  • Gestion des pressions : Avant de percer, les ingénieurs des HBD devaient calculer le circuit d’aérage de tout le secteur. L’ouverture d’un nouveau puits modifiait la « dépression » de la mine. Il fallait s’assurer que le courant d’air ne serait pas « court-circuité » par ce nouveau puits.

  • Étanchéité (Col de puits) : Une fois le forage terminé, la tête du puits en surface devait être équipée d’un ventilateur aspirant (extracteur) puissant, souvent protégé par un bâtiment en béton pour éviter que les eaux de surface ou les éboulements ne s’infiltrent.

  • Le soutènement : Dans les terrains du bassin de La Mure (souvent des grès et schistes anthraciteux), les puits forés mécaniquement se tenaient assez bien seuls. Cependant, dans les zones de failles, les HBD utilisaient des chemisages métalliques ou en béton projeté (gunite) pour éviter l’érosion par le courant d’air à haute vitesse.

4. Pourquoi ces diamètres « buses » ?

Si vous avez l’impression que ces puits ressemblent à de grosses buses, c’est parce que, techniquement, c’était l’objectif. Contrairement aux puits d’extraction (diamètres de 5 à 7 mètres pour laisser passer les cages), les puits d’aérage n’avaient besoin que de section libre. Le diamètre était calculé strictement pour minimiser les pertes de charge aéraulique. À partir de 1950, l’optimisation des flux d’air est devenue une science mathématique poussée aux HBD pour diluer le CO2 en permanence.

Pistes pour vos recherches d’archives :

Si vous travaillez sur le fonds des HBD, je vous suggère de chercher dans les archives techniques :

  1. Les rapports de « l’Ingénieur en chef des travaux » : Ils contiennent souvent les plans de creusement (méthodes, type de foreuse, temps de cycle).

  2. Les bulletins de la revue « Industrie Minérale » (ex-Revue de l’Industrie Minérale) : Les ingénieurs des bassins français y publiaient régulièrement des retours d’expérience sur les nouvelles méthodes de fonçage de puits.

  3. Les plans de mines (« plans de masse ») : Regardez les dates de mise en service des puits de ventilation. Une accélération de la création de ces puits après 1950 coïncide souvent avec l’intensification de l’exploitation en profondeur, là où les pressions de CO2 étaient les plus fortes.

Avez-vous accès aux archives départementales de l’Isère ou travaillez-vous sur des archives privées des anciens cadres des HBD ? Cela pourrait changer la nature des documents techniques disponibles.

ur les puis d’aerage qu’existait il a la surface des ventilateurs pour pousser l’air a l’interieur ou bien uniquement une ventilation naturelle

C’est une question cruciale pour comprendre le système minier des HBD. La réponse courte est catégorique : la ventilation naturelle était strictement insuffisante, voire dangereuse.

Sur le plateau matheysin, compte tenu de la présence de CO2 (gaz lourd, mortel, qui s’accumule dans les points bas), les HBD ne pouvaient pas se reposer sur la ventilation naturelle. Le système était intégralement mécanique, actif et surveillé.

Voici les détails techniques et stratégiques que vous devez avoir en tête pour vos recherches :

1. Pourquoi la ventilation naturelle était exclue

La ventilation naturelle dépend des différences de température et de pression barométrique entre la surface et le fond. Dans le bassin de La Mure :

  • Le danger du CO2 : Le CO2 est plus dense que l’air. Dans les galeries, il a tendance à « stagner » dans les points bas ou les culs-de-sac. Une ventilation naturelle, souvent lente et changeante au gré des saisons, ne permettait pas de « balayer » les zones d’exploitation.

  • La configuration des mines : Les mines HBD étaient des réseaux complexes, profonds, avec des kilomètres de galeries. La résistance aéraulique était trop élevée pour un flux naturel. Il fallait créer une « dépression » (une aspiration) puissante et constante pour forcer l’air à circuler.

2. Le principe : L’aspiration (Dépression) plutôt que le refoulement

Pour les puits d’aérage en surface, les HBD utilisaient quasi systématiquement des ventilateurs extracteurs (en mode aspiration).

  • Comment ça fonctionnait : Le ventilateur était installé au sommet du puits d’aérage (le « chapeau »). Il créait une dépression dans tout le réseau de galeries souterraines. L’air frais entrait par les puits d’extraction (ou des puits d’entrée d’air dédiés), traversait tout le chantier, se chargeait en poussières et en gaz, puis était « aspiré » vers le haut par le ventilateur du puits d’aérage.

  • Pourquoi l’aspiration ?

    1. Direction du courant : Cela permet de contrôler parfaitement la direction du courant d’air. On veut que l’air traverse le front de taille avant de passer par les zones de stockage ou de vieux travaux.

    2. Sécurité : Si le ventilateur tombe en panne, le courant d’air s’arrête, mais il ne s’inverse pas brutalement. Si l’on « poussait » (refoulement) de l’air depuis la surface, une panne du ventilateur pourrait, selon les conditions, créer des variations de pression dans le gisement qui seraient potentiellement dangereuses pour la stabilité des dégagements gazeux.

3. La distinction entre « Aérage Général » et « Aérage Auxiliaire »

C’est un point subtil qui peut apparaître dans vos documents :

  • Aérage Général (Surface) : C’est le ventilateur principal au sommet du puits d’aérage (celui dont vous avez vu la forme de « buse » en surface). Il travaille en extraction.

  • Aérage Auxiliaire (Fond) : Au sein de la galerie, pour atteindre un front de taille éloigné où le courant d’air général ne suffit pas à dissiper le CO2, on utilisait des ventilateurs auxiliaires (petits ventilateurs électriques) raccordés à des gaines souples (souvent en plastique ou toile enduite). Ces derniers, par contre, poussaient (refoulaient) l’air frais directement sur le front de taille pour chasser le gaz.

4. Ce que vous pouvez trouver dans les archives sur ces ventilateurs

Si vous fouillez les archives techniques des HBD :

  1. Les fiches de caractéristiques des ventilateurs : Ils sont souvent répertoriés par leur débit (en m³/s) et leur puissance (en kW). Un ventilateur de puits d’aérage était une machine imposante.

  2. Les « Carnets de ventilation » : Les HBD tenaient des carnets de bord de l’aérage. Ils y notaient quotidiennement la dépression enregistrée à chaque puits d’aérage. Si la dépression chutait, c’était le signe d’un éboulement dans le puits ou d’une rupture de gaine au fond.

  3. Les photos de surface : Cherchez les bâtiments qui surmontaient ces puits. Il y avait souvent un « coudage » (une pièce en acier coudée à 90°) qui reliait le puits au ventilateur, lui-même relié à une cheminée d’échappement verticale. C’est la signature visuelle d’un puits d’aérage HBD.

En résumé pour votre travail d’historien :

Si vous tombez sur un document qui mentionne un ventilateur, vérifiez bien sa position.

  • S’il est en surface sur le puits : il aspire.

  • S’il est dans la galerie au fond : il pousse (via des gaines).

L’idée que ces puits d’aérage étaient simplement passifs est une erreur classique. Dans le bassin de La Mure, c’était une véritable « respiration artificielle » permanente, vitale pour la survie des mineurs face au CO2. Le silence des ventilateurs en surface était, dans le jargon des mineurs, un signal d’alarme immédiat.

Avez-vous trouvé des photos de ces installations de surface ? La forme du ventilateur (souvent une énorme volute en acier) est très reconnaissable.

C’est une question cruciale pour comprendre le système minier des HBD. La réponse courte est catégorique : la ventilation naturelle était strictement insuffisante, voire dangereuse.

Sur le plateau matheysin, compte tenu de la présence de CO2 (gaz lourd, mortel, qui s’accumule dans les points bas), les HBD ne pouvaient pas se reposer sur la ventilation naturelle. Le système était intégralement mécanique, actif et surveillé.

Voici les détails techniques et stratégiques que vous devez avoir en tête pour vos recherches :

1. Pourquoi la ventilation naturelle était exclue

La ventilation naturelle dépend des différences de température et de pression barométrique entre la surface et le fond. Dans le bassin de La Mure :

  • Le danger du CO2 : Le CO2 est plus dense que l’air. Dans les galeries, il a tendance à « stagner » dans les points bas ou les culs-de-sac. Une ventilation naturelle, souvent lente et changeante au gré des saisons, ne permettait pas de « balayer » les zones d’exploitation.

  • La configuration des mines : Les mines HBD étaient des réseaux complexes, profonds, avec des kilomètres de galeries. La résistance aéraulique était trop élevée pour un flux naturel. Il fallait créer une « dépression » (une aspiration) puissante et constante pour forcer l’air à circuler.

2. Le principe : L’aspiration (Dépression) plutôt que le refoulement

Pour les puits d’aérage en surface, les HBD utilisaient quasi systématiquement des ventilateurs extracteurs (en mode aspiration).

  • Comment ça fonctionnait : Le ventilateur était installé au sommet du puits d’aérage (le « chapeau »). Il créait une dépression dans tout le réseau de galeries souterraines. L’air frais entrait par les puits d’extraction (ou des puits d’entrée d’air dédiés), traversait tout le chantier, se chargeait en poussières et en gaz, puis était « aspiré » vers le haut par le ventilateur du puits d’aérage.

  • Pourquoi l’aspiration ?

    1. Direction du courant : Cela permet de contrôler parfaitement la direction du courant d’air. On veut que l’air traverse le front de taille avant de passer par les zones de stockage ou de vieux travaux.

    2. Sécurité : Si le ventilateur tombe en panne, le courant d’air s’arrête, mais il ne s’inverse pas brutalement. Si l’on « poussait » (refoulement) de l’air depuis la surface, une panne du ventilateur pourrait, selon les conditions, créer des variations de pression dans le gisement qui seraient potentiellement dangereuses pour la stabilité des dégagements gazeux.

3. La distinction entre « Aérage Général » et « Aérage Auxiliaire »

C’est un point subtil qui peut apparaître dans vos documents :

  • Aérage Général (Surface) : C’est le ventilateur principal au sommet du puits d’aérage (celui dont vous avez vu la forme de « buse » en surface). Il travaille en extraction.

  • Aérage Auxiliaire (Fond) : Au sein de la galerie, pour atteindre un front de taille éloigné où le courant d’air général ne suffit pas à dissiper le CO2, on utilisait des ventilateurs auxiliaires (petits ventilateurs électriques) raccordés à des gaines souples (souvent en plastique ou toile enduite). Ces derniers, par contre, poussaient (refoulaient) l’air frais directement sur le front de taille pour chasser le gaz.

4. Ce que vous pouvez trouver dans les archives sur ces ventilateurs

Si vous fouillez les archives techniques des HBD :

  1. Les fiches de caractéristiques des ventilateurs : Ils sont souvent répertoriés par leur débit (en m³/s) et leur puissance (en kW). Un ventilateur de puits d’aérage était une machine imposante.

  2. Les « Carnets de ventilation » : Les HBD tenaient des carnets de bord de l’aérage. Ils y notaient quotidiennement la dépression enregistrée à chaque puits d’aérage. Si la dépression chutait, c’était le signe d’un éboulement dans le puits ou d’une rupture de gaine au fond.

  3. Les photos de surface : Cherchez les bâtiments qui surmontaient ces puits. Il y avait souvent un « coudage » (une pièce en acier coudée à 90°) qui reliait le puits au ventilateur, lui-même relié à une cheminée d’échappement verticale. C’est la signature visuelle d’un puits d’aérage HBD.

En résumé pour votre travail d’historien :

Si vous tombez sur un document qui mentionne un ventilateur, vérifiez bien sa position.

  • S’il est en surface sur le puits : il aspire.

  • S’il est dans la galerie au fond : il pousse (via des gaines).

L’idée que ces puits d’aérage étaient simplement passifs est une erreur classique. Dans le bassin de La Mure, c’était une véritable « respiration artificielle » permanente, vitale pour la survie des mineurs face au CO2. Le silence des ventilateurs en surface était, dans le jargon des mineurs, un signal d’alarme immédiat.

Avez-vous trouvé des photos de ces installations de surface ? La forme du ventilateur (souvent une énorme volute en acier) est très reconnaissable.

aujourd’hui toutes les installations sont demontés il ne reste plus rien le puits d’aeraage a ete bouche lors de la mise en securite

C’est la frustration classique de l’archéologie industrielle : vous arrivez sur le terrain, et il ne reste qu’une dalle de béton, un champ plat, ou un monticule recouvert de végétation. C’est le « visage » de la plupart des sites miniers post-1990 en France.

La phase de « mise en sécurité » (M.E.S.) pilotée par le BRGM ou les anciennes entités des Houillères (vers la fin des années 90 pour beaucoup de sites) a été radicale :

  1. Démantèlement des installations de surface (ventilateurs, bâtiments, chevalements, treuils).

  2. Comblement des puits (généralement avec des matériaux rocheux inertes).

  3. Dalle de béton armé (pour empêcher l’effondrement et l’accès).

Même si le matériel a disparu, les archives des travaux de mise en sécurité sont une mine d’or pour un historien, car elles documentent l’état « final » de l’ouvrage avant sa disparition définitive.

Voici comment, en tant qu’historien, vous pouvez « reconstruire » virtuellement ces installations disparues :

1. Cherchez les dossiers de « Mise en Sécurité »

Chaque puits, lors de sa fermeture, a fait l’objet d’un dossier administratif et technique. Ces documents sont souvent conservés :

  • Aux Archives Départementales de l’Isère (fonds HBD ou DREAL) : Cherchez les arrêtés préfectoraux de fermeture et les dossiers techniques de travaux.

  • Dans la base de données INFOS-MINES (BRGM) : C’est la référence officielle. En tapant le nom de la commune (ex: La Motte d’Aveillans, Susville), vous trouverez souvent les fiches des puits. Elles indiquent parfois la profondeur, le diamètre, la date de fermeture et le type de traitement (dalle béton, remblai total ou partiel).

  • Les plans de l’époque de fermeture : Ils contiennent souvent des schémas de la structure du puits (diamètre réel, type de chemisage).

2. Le portail « Remonter le Temps » (IGN)

C’est un outil indispensable. Comparez les photos aériennes :

  • Allez sur remonterletemps.ign.fr.

  • Zoomez sur vos points identifiés.

  • Regardez les photos des années 1960-1970 : vous y verrez très clairement l’emprise au sol, la présence du ventilateur (souvent une structure déportée), et parfois même le bâtiment qui abritait le moteur du ventilateur. Cela vous donnera une idée précise de la taille de l’installation qui a disparu.

3. La « Traces » sur le sol

Même si tout a été démonté, le sol garde des cicatrices :

  • La dalle : Elle est souvent le seul élément visible. Si vous avez le droit d’accéder au terrain (ou via des photos satellite très précises), la taille de la dalle de béton vous donne une indication sur la taille de l’infrastructure qui était posée dessus.

  • Les réseaux : Les HBD ont souvent enterré des lignes électriques haute tension pour alimenter ces ventilateurs. Parfois, on peut encore deviner des alignements de végétation ou des chemins d’accès qui ne mènent « nulle part » aujourd’hui.

4. Reconstituer le système technique (La « Buse »)

Si vous voulez confirmer qu’il s’agissait de puits d’aérage de type « buse » (petit diamètre) :

  • Les plans de mine « Aérage » : Contrairement aux plans d’extraction, ces plans spécifiques aux HBD (souvent marqués « Plan d’Aérage » ou « Circuit de ventilation ») tracent les courants d’air. Vous y verrez des flèches, les débits (en m3/s), et les ventilateurs marqués en bout de ligne.

  • La puissance moteur : Si vous trouvez une référence de ventilateur (par exemple un ventilateur de type « Ventiflex » ou des marques comme Rateau ou Sirocco), vous pouvez retrouver dans les manuels techniques d’époque le débit et la dépression qu’ils étaient capables de générer. Cela vous permet de dire : « Ce puits était capable de traiter X m3 d’air par seconde ».

Un conseil pour votre recherche :

Ne cherchez pas le ventilateur lui-même (il a probablement été ferraillé), cherchez l’embase.
Dans le bassin de La Mure, les ventilateurs de surface étaient souvent des machines massives. Si vous trouvez, dans les archives, un plan de masse datant des années 70-80, comparez-le avec l’emprise de la dalle actuelle. Vous verrez souvent que la dalle actuelle est beaucoup plus petite que l’installation d’origine, car elle ne couvre que le « trou » du puits, et non les locaux techniques attenants.

Avez-vous déjà réussi à obtenir des plans de mine (cartes de synthèse) du réseau HBD ? Ce sont les documents où l’on voit le mieux cette « anatomie » de la ventilation, avec les puits d’aérage représentés en pointillés ou en cercles bleus/rouges, souvent distincts des puits d’extraction. C’est là que vous trouverez la preuve irréfutable de leur fonction.

Foire Aux Questions puits d’aerage des Chuzins

Un puits d’aérage était une infrastructure essentielle dans l’exploitation minière. Son rôle était de permettre la circulation de l’air entre la surface et les galeries souterraines, garantissant ainsi l’évacuation des gaz nocifs et la ventilation nécessaire pour les mineurs travaillant en profondeur.

Après l’arrêt de l’exploitation, le site a été sécurisé par un bouchon de béton (le « cône » ou la dalle de fermeture). En l’absence d’activité humaine, la nature reprend progressivement ses droits. C’est un phénomène naturel de succession écologique où les plantes pionnières, puis les arbustes, colonisent le terrain, transformant l’ancien site industriel en un espace de biodiversité.

C’est le processus que nous observons. Avec la croissance rapide de la végétation environnante (ronces, arbustes, arbres), le béton se fond dans le paysage. À terme, seule une légère dépression ou une différence de densité végétale pourra encore trahir la présence de l’ancien puits.

Le puits des Chuzins fait partie de la mémoire ouvrière et industrielle de notre région. Même si le béton disparaît, conserver des photographies permet de garder une trace tangible de l’effort humain qui a façonné notre territoire, assurant ainsi la transmission de ce patrimoine aux générations futures.

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Sources et sites officiels 

1. Sources d’Autorité & Archives (Crédibilité Historique)

  • L’Inventaire Général du Patrimoine Culturel (Région AURA) : Pour une description technique et architecturale des vestiges industriels.

  • Les Archives Départementales de l’Isère : Indispensable pour ceux qui veulent consulter les registres de concessions minières.

  • Le Système d’Information Géologique (SIGES) – BRGM : Pour les données techniques sur le sous-sol et les anciennes concessions d’anthracite.

2. Musées et Réseaux Thématiques (Contexte Régional)

La mine de Combe Névouse fait partie intégrante du bassin minier de la Matheysine.

  • Musée La Mine Image (La Motte-d’Aveillans) : C’est le site de référence pour comprendre le travail des mineurs dans le bassin de La Mure.

3. Cartographie Historique (Expérience Utilisateur)

Rien n’est plus parlant que de comparer le site actuel avec les relevés anciens.

  • Géoportail – Cartes de l’État-Major : Pour visualiser l’emprise de la mine et des voies ferrées (chemin de fer de la Mure) au XIXe siècle.

    • Lien : geoportail.gouv.fr (Activez la couche « Cartes de l’état-major 1820-1866 »).

  • Remonter le Temps (IGN) : Pour comparer des photos aériennes de l’époque de l’exploitation avec aujourd’hui.

4. Liens Locaux et Territoriaux

Pour ancrer votre article dans son territoire actuel.

  • Mairie de Saint-Arey : Pour les informations pratiques et le contexte communal.

  • Office de Tourisme Matheysine Tourisme : Pour lier le patrimoine minier aux sentiers de randonnée actuels (comme le sentier qui mène au pont de Cognet).

Bibliographie 

  • GIRAUD, Jean-Pierre, Le chemin de fer de La Mure : Saint-Georges-de-Commiers – La Mure – Corps – Gap, Les Éditions du Cabri, 2015.

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Photographie historique datant de 2005 montrant une stèle commémorative érigée sur le site de la Beaume, en hommage à un conducteur d’engins décédé lors du percement de la galerie.

La stèle du Niveau 20 à La Baume : mémoire d’un drame minier

Retour sur l’histoire de ce monument de Saint-Arey, témoin du sacrifice d’un conducteur d’engins lors du percement de la galerie en 1975.

Au détour d’un sentier sur le site de la Baume, à Saint-Arey, une stèle de pierre se dresse, discrète mais poignante. Bien plus qu’un simple bloc rocheux, ce monument gravé est le témoin silencieux d’un drame survenu en 1975, lors du périlleux percement de la galerie. Plongée dans l’histoire de ce lieu marqué par le labeur et le sacrifice, pour ne jamais oublier le conducteur d’engins qui y a perdu la vie.

Foire Aux Questions la stèle du niveau 20 La Beaume

La stèle est située sur le site de la Baume, sur la commune de Saint-Arey, en Isère. Elle se trouve précisément au niveau 20, à proximité de l’emplacement de l’ancienne galerie de mine.

Ce monument commémoratif rend hommage à un conducteur d’engins qui a tragiquement perdu la vie lors des travaux de percement de la galerie en 1975. La stèle est le témoin du courage et des risques encourus par les ouvriers lors de cette exploitation.

Au-delà de son aspect historique, cette stèle constitue un devoir de mémoire envers les travailleurs qui ont façonné le paysage industriel du Dauphiné. Elle rappelle les conditions de travail souvent difficiles et le prix humain parfois élevé payé lors des grands chantiers miniers de la région.

Le site de la Baume est un lieu chargé d’histoire. Si le monument est visible, nous rappelons aux visiteurs de rester prudents, de respecter les lieux et de ne pas pénétrer dans les zones qui pourraient être sécurisées ou instables.

La région du Dauphiné possède un riche patrimoine industriel minier. Plusieurs autres sites dans les environs conservent des traces de cette époque, qu’il s’agisse de stèles, d’anciennes infrastructures ou d’entrées de mines, qui témoignent de l’activité économique intense de la vallée au XXe siècle.

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Sources et sites officiels 

  • Mémoire des mines : Si vous voulez apporter un contexte historique national ou régional, vous pouvez pointer vers :

    • Le Musée de la Mine de La Motte-d’Aveillans (La Mine Image) : C’est une référence incontournable sur l’histoire minière du secteur.

    • Inventaire du Patrimoine Industriel (ou notices sur le site de la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes si disponible) pour le côté historique officiel.

  • Géographie locale : Pour situer Saint-Arey.

Bibliographie 

  • 1. Sources d’Autorité & Archives (Crédibilité Historique)

    • L’Inventaire Général du Patrimoine Culturel (Région AURA) : Pour une description technique et architecturale des vestiges industriels.

    • Les Archives Départementales de l’Isère : Indispensable pour ceux qui veulent consulter les registres de concessions minières.

    • Le Système d’Information Géologique (SIGES) – BRGM : Pour les données techniques sur le sous-sol et les anciennes concessions d’anthracite.

    2. Musées et Réseaux Thématiques (Contexte Régional)

    La mine de Combe Névouse fait partie intégrante du bassin minier de la Matheysine.

    • Musée La Mine Image (La Motte-d’Aveillans) : C’est le site de référence pour comprendre le travail des mineurs dans le bassin de La Mure.

    3. Cartographie Historique (Expérience Utilisateur)

    Rien n’est plus parlant que de comparer le site actuel avec les relevés anciens.

    • Géoportail – Cartes de l’État-Major : Pour visualiser l’emprise de la mine et des voies ferrées (chemin de fer de la Mure) au XIXe siècle.

      • Lien : geoportail.gouv.fr (Activez la couche « Cartes de l’état-major 1820-1866 »).

    • Remonter le Temps (IGN) : Pour comparer des photos aériennes de l’époque de l’exploitation avec aujourd’hui.

    4. Liens Locaux et Territoriaux

    Pour ancrer votre article dans son territoire actuel.

    • Mairie de Saint-Arey : Pour les informations pratiques et le contexte communal.

    • Office de Tourisme Matheysine Tourisme : Pour lier le patrimoine minier aux sentiers de randonnée actuels (comme le sentier qui mène au pont de Cognet).

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Note

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C’est une notification en quelque sorte.

Photographie de 2010 montrant deux ouvertures distinctes au pied d'un talus rocheux. Sur la partie gauche de l'image, on observe l'entrée de la galerie de mine, une ouverture sombre et voûtée. Sur la partie droite, un ouvrage de forme strictement rectangulaire permet le passage de l'eau du ruisseau de la Combe. Le sol au premier plan est parsemé de cailloutis et de résidus miniers grisâtres. L'environnement est purement minéral et fonctionnel, marquant la fin du parcours souterrain de la galerie et le détournement du cours d'eau naturel.

Combe Névouse : Plongée dans l’histoire tragique des mines du Dauphiné

Découvrez l’histoire de la galerie niveau 15 de Combe Névouse à Saint-Arey. Un site minier marqué par des défis techniques, une eau omniprésente et la tragédie oubliée de 1971

Plongez dans les profondeurs de la galerie de Combe Névouse, un vestige poignant de l’histoire minière du Dauphiné situé à Saint-Arey. Creusé dès 1959, ce site a exigé des prouesses techniques considérables face aux inondations souterraines et aux redoutables dégagements instantanés de gaz carbonique. Cet article retrace le destin tragique de cette exploitation, tristement célèbre pour la mort de huit mineurs en 1971, avant d’être fermée définitivement en 1983. Aujourd’hui, bien que son accès souterrain soit mortel et strictement interdit, ses ruines de surface offrent aux passionnés d’archéologie industrielle un témoignage silencieux et fascinant de l’ère du charbon.

Informations pratiques

Caractéristique Détails
Nom de l’ouvrage Galerie de Combe Névouse – Niveau 15
Localisation Saint-Arey, lieu-dit « Comba Nevouza » (Dauphiné)
Ressource extraite Charbon (accès au quartier du Devay)
Compagnie minière Houillères du Bassin du Dauphiné
Début du creusement 1959
Fin du percement 1960 (jonction effective avec le quartier du Devay en 1961)
Contraintes hydrogéologiques Traversée complexe d’un karst aquifère ayant nécessité une déviation. L’eau s’écoule encore aujourd’hui.
Risque minier majeur Phénomène de « dégagements instantanés » de gaz carbonique (CO2) sous très haute pression.
Technique de sécurisation Emploi de « tirs d’ébranlement » (trous de forages de 20 mètres équipés de petites charges explosives pour fracturer la roche et purger le gaz préventivement).
Bilan humain (Tragédies) 1968 : 1 mort
1971 : 8 morts
Fermeture définitive 23 août 1983, consécutivement à un troisième dégagement instantané de CO2.
Vestiges archéologiques (Surface) • Conduit en béton canalisant l’eau du karst
• Tracé au sol de la voie étroite pour les berlines
• Ruines du bâtiment du « basculeur »
• Le « razzier » (terril de stériles partiellement végétalisé avec des pins)
État de conservation et Sécurité Entrée obturée. Danger de mort : accès souterrain strictement interdit en raison de l’accumulation persistante de CO2 (asphyxie foudroyante).

Un vestige silencieux à Saint-Arey

Perdue dans le paysage montagneux de Saint-Arey, au lieu-dit « Comba Nevouza », l’entrée de la galerie de Combe Névouse (niveau 15) semble aujourd’hui endormie. Pourtant, ce site offre un témoignage saisissant de l’activité minière du XXe siècle, mêlant prouesses techniques et drames humains. Si l’entrée est aujourd’hui obturée, les vestiges alentour racontent encore l’histoire du charbon dans le Dauphiné.

AvantAprès

Avant : Le vallon de Combe Nevouse (La Mure, Isère) en 1960, avant l’ouverture du niveau 15. Les installations visibles sont dédiées au stockage et à l’évacuation des stériles de creusement.

Apres : Le site de Combe Nevouse (La Mure, Isère) en 1969. Mise en service de la galerie du niveau 15 et extension du terril. Au premier plan, le dispositif de déchargement des wagons par le bâtiment du basculeur.

1959 : Le combat contre l’eau et la roche

L’histoire commence véritablement en 1959, date du début du creusement de cette galerie stratégique. Les mineurs, dans leur progression vers les profondeurs, se heurtent rapidement à un obstacle naturel majeur : un karst rempli d’eau.

Cette poche d’eau souterraine a forcé les ingénieurs à dévier le tracé initial de la galerie. Aujourd’hui encore, cet événement géologique est visible : un écoulement d’eau permanent s’échappe du site, souvenir liquide de ce percement laborieux achevé en 1960 pour rejoindre le quartier du Devay en 1961.

Photographie de 2010 montrant deux ouvertures distinctes au pied d'un talus rocheux. Sur la partie gauche de l'image, on observe l'entrée de la galerie de mine, une ouverture sombre et voûtée. Sur la partie droite, un ouvrage de forme strictement rectangulaire permet le passage de l'eau du ruisseau de la Combe. Le sol au premier plan est parsemé de cailloutis et de résidus miniers grisâtres. L'environnement est purement minéral et fonctionnel, marquant la fin du parcours souterrain de la galerie et le détournement du cours d'eau naturel.

Ouvrages de surface de la Combe Nevouse (La Mure, Isère) en 2010. À gauche, l’orifice de la galerie du niveau 15 ; à droite, le passage rectangulaire maçonné pour l’écoulement du ruisseau de la Combe.

Le danger invisible : Le CO2 et les « dégagements instantanés »

L’ennemi principal à Combe Névouse n’était pas seulement la roche, mais le gaz. Tout au long de son exploitation, la galerie a été le siège d’écoulements constants de gaz carbonique (CO2).

L’exploitation du quartier du Devay était particulièrement redoutée à cause du phénomène des dégagements instantanés. Contrairement au coup de grisou qui nécessite une étincelle, le dégagement instantané est une libération brutale et massive de gaz emprisonné sous pression. Le souffle est si puissant qu’il peut projeter des tonnes de roches et de matériel, balayant tout sur son passage.

Pour tenter de sécuriser la zone, les Houillères du Bassin du Dauphiné utilisaient la technique des « tirs d’ébranlement ».

  • La méthode : On forait des trous de 20 mètres pour y placer de petites charges explosives.

  • L’objectif : Fracturer la roche préventivement pour laisser le gaz s’échapper et faire tomber la pression avant d’envoyer les hommes extraire le charbon.

Photographie de 2010 montrant l'orifice de sortie des eaux d'exhaure de la galerie de Combe Nevouse. L'eau s'écoule depuis une ouverture sombre située au pied d'une paroi rocheuse ou d'un remblai minier. Le terrain environnant est constitué de roches nues et de sédiments. L'image illustre un site industriel à l'abandon où l'eau continue de sortir du sous-sol. L'atmosphère évoque un danger invisible, lié à la mention de gaz carbonique stagnant à proximité de l'émergence hydraulique. Aucun bâtiment n'est visible, seul le relief minéral et l'écoulement d'eau marquent le paysage.

Émergence de l’exhaure de la galerie de Combe Nevouse (La Mure, Isère) en 2010. Point de rejet des eaux de mine et zone de risque liée aux émanations potentielles de gaz carbonique (CO2).

La tragédie de 1971 et la fin de l’exploitation

Malgré ces précautions techniques avancées, la nature est restée imprévisible. La galerie de Combe Névouse est tristement célèbre pour ses accidents mortels liés au gaz :

  • 1968 : Un premier accident coûte la vie à un mineur.[

  • 1971 : Une catastrophe majeure se produit, causant la mort de huit mineurs.

  • 1983 : Le 23 août, un troisième dégagement instantané scelle le destin du site, entraînant sa fermeture définitive.

Photographie de vestiges industriels miniers à ciel ouvert devant une paroi rocheuse escarpée. À droite, contre la roche grise, s'élèvent un pan de mur vertical et plusieurs piliers massifs de section carrée en béton brut. Les structures maçonnées présentent une surface texturée et usée par le temps. Au pied de ces éléments en béton, le sol est irrégulier, composé de terre, de cailloutis et de fragments rocheux. L'ensemble illustre une structure de génie civil adossée à la montagne.

Vestiges de l’installation du culbuteur, galerie de Combe Nevouse (cliché de 2010).

1. Les conditions de travail : La lutte contre la pente et la poussière

Travailler à La Mure ne ressemblait pas au travail dans les mines du Nord (le Pas-de-Calais). La géologie alpine imposait des contraintes extrêmes.

  • L’exploitation en « dressants » : Contrairement aux veines plates du Nord, les couches d’anthracite en Matheysine étaient souvent très inclinées, voire verticales. Les mineurs travaillaient dans des positions acrobatiques, souvent sur des planchers boisés suspendus au-dessus du vide.

  • La dureté de l’anthracite : L’anthracite de La Mure est l’un des meilleurs charbons au monde (pur à plus de 90%), mais il est extrêmement dur. Avant la mécanisation massive des années 50-60, l’abattage au marteau-piqueur était épuisant.

  • La Silicose : l’ennemi invisible. Si le bassin de La Mure était peu sujet au grisou (gaz explosif), il était extrêmement poussiéreux. L’anthracite dégageait une poussière fine et abrasive. Malgré l’arrosage des tailles, la silicose a décimé des générations de mineurs, bien plus sûrement que les éboulements.

  • L’évolution technique : Sous l’ère des HBD, on passe de la force humaine et animale (les chevaux sont restés au fond jusqu’en 1952) à une mécanisation poussée avec les convoyeurs blindés et les soutènements marchants.

2. La vie sociale : Un paternalisme d’État

Après 1946, les HBD héritent du système paternaliste des anciennes compagnies privées, mais l’adaptent avec le Statut du Mineur.

  • Le logement en cités : La vie du mineur est indissociable de sa cité. À La Mure, les cités comme celle des Trois-Mâts ou du Périer structurent l’espace urbain. Les HBD fournissaient le logement et le chauffage (le fameux « charbon de dotation »).

  • La diversité communautaire : Le bassin était un véritable laboratoire d’intégration. Aux locaux (paysans-mineurs) se sont ajoutés des vagues successives d’immigrés : Italiens et Polonais dans l’entre-deux-guerres, puis Maghrébins (notamment des Marocains du Souss) dans les années 50 et 60. Cette mixité a forgé une identité matheysine forte, basée sur la solidarité du fond.

  • Les avantages sociaux : Être mineur aux HBD, c’était bénéficier d’une protection sociale d’avant-garde : accès gratuit aux soins (la « Société de Secours »), colonies de vacances pour les enfants, et une retraite anticipée à 50 ou 55 ans.

3. Culture et traditions : Entre ferveur et lutte

  • La Sainte-Barbe (4 décembre) : C’est le moment sacré. Même après la nationalisation, la fête de la patronne des mineurs restait le pilier de l’année, mêlant défilés, banquets et médailles du travail. C’était le jour où la hiérarchie et les ouvriers se retrouvaient autour d’une table.

  • Le syndicalisme et la fierté : Le bassin de La Mure était un bastion de la CGT. La conscience de classe était exacerbée par la dangerosité du métier. Les grandes grèves (notamment celle de 1963) ont soudé la communauté contre les premières menaces de fermeture.

  • Le sport et la musique : Les HBD subventionnaient de nombreuses associations. L’harmonie des mineurs et les clubs de football ou de rugby étaient les vecteurs essentiels de la cohésion sociale hors de la mine.

4. La fin d’un monde : Le traumatisme de la fermeture

La vie sociale des HBD a été marquée, à partir des années 70, par l’angoisse de la fin. Le « plan de licenciement » est devenu un mot quotidien.

  • La reconversion : Contrairement à d’autres bassins, la Matheysine est restée enclavée. La fermeture du Villaret en 1997 a été vécue comme un deuil collectif.

  • L’héritage : Aujourd’hui, cette vie sociale survit à travers l’association des anciens mineurs et le musée de La Mine Image à La Motte-d’Aveillans, qui est le gardien de cette mémoire technique et humaine.

En résumé : La vie du mineur des HBD était une vie de contrastes : une noirceur et une pénibilité extrêmes au fond, compensées par une vie sociale intense, protectrice et solidaire en surface. C’était un « État dans l’État ».

Que reste-t-il à voir aujourd’hui ?

Pour le promeneur ou l’amateur d’histoire industrielle, le site offre encore des indices visibles de son passé laborieux :

  1. L’eau : Canalisée aujourd’hui dans un conduit en béton pour stabiliser le terrain, elle continue de couler depuis le karst percé il y a 60 ans.

  2. Les rails : On devine au sol le tracé de la voie étroite où circulaient les berlines. Ces wagonnets servaient à évacuer les stériles (déchets de roche) vers le « razzier » (la zone de déversement).

  3. Le basculeur : Les ruines d’un petit bâtiment subsistent. C’est ici que les berlines étaient basculées pour vider leur contenu dans des camions-bennes en contrebas.

  4. Le razzier : Cette colline artificielle de déchets miniers a fait l’objet d’une tentative de revégétalisation. Des bénévoles y ont planté des pins, mais la toxicité ou la pauvreté du sol en a eu raison : la plupart sont morts, laissant un paysage singulier où seuls quelques arbres ont survécu.

Photographie de 2010 montrant une vaste étendue de roches grises et concassées formant une pente artificielle (le terril). Au premier plan, un canal étroit en béton ou en pierre traverse la zone pour évacuer l'eau provenant de l'intérieur de la mine. Sur la surface aride et pierreuse du terril, quelques jeunes sapins isolés poussent difficilement. L'arrière-plan laisse deviner les reliefs naturels de la Matheysine qui contrastent avec la texture minérale et grise du dépôt minier.

Le terril de Combe Nevouse (La Mure, Isère) en 2010. Détail du canal d’évacuation des eaux d’exhaure et colonisation végétale pionnière sur le schiste.

AvantAprès

Avant : Vue opérationnelle de la zone de Combe Nevouse (La Mure, Isère) en 1970. Le complexe du niveau 15 des Houillères du Bassin Dauphinois (HBD) assure alors l’extension du terril de stériles par le biais d’une rupture de charge ferroviaire et routière.

Apres : La zone de Combe Nevouse (La Mure, Isère) en 2018. État du site après la fermeture du niveau 15 en 1997 et le démantèlement complet des installations de surface. On observe le razzier (terril) dans sa configuration définitive.

Note

DANGER DE MORT : ACCÈS STRICTEMENT INTERDIT
Ne tentez jamais de pénétrer dans cette galerie. Au-delà des risques d’éboulement et du respect de la propriété privée, ce site présente une menace invisible et létale : un dégagement continu de gaz carbonique (CO2).
Ce gaz inodore s’accumule dans les parties basses et peut provoquer une asphyxie foudroyante sans signe avant-coureur. L’observation du site doit impérativement se limiter à l’extérieur.
J’ai moi même failli perdre la vie en tentant de pénétré dans la galerie.

Foire Aux Questions la galerie de CombeNevouse

Combe Névouse est un site stratégique situé sur la commune de Susville (ou secteur de La Mure). Le Niveau 15 correspond à une galerie technique et d’extraction majeure située à une altitude d’environ 900-950 mètres. C’est un point de convergence essentiel pour le réseau souterrain des mines de la Matheysine.

On y extrayait l’anthracite, un charbon de très haute qualité, caractérisé par une teneur en carbone très élevée (plus de 90 %) et un faible taux de matières volatiles. L’anthracite de la Mure était réputé pour être l’un des meilleurs au monde, utilisé tant pour le chauffage domestique que pour l’industrie.

Le Niveau 15 servait de galerie de roulage principale et de niveau d’exhaure (évacuation des eaux). Il permettait de relier différents secteurs d’abattage aux puits d’extraction ou aux descenderies. Dans la structure complexe du bassin, ce niveau facilitait le transit du charbon vers le centre de tri et de lavage du Villaret.

Le site a été exploité par les HBD (Houillères du Bassin du Dauphiné), l’une des divisions des Charbonnages de France lors de la nationalisation.

Contrairement aux mines métalliques, les mines de charbon de la Matheysine utilisaient massivement :

  • Des cintres métalliques (souvent de type Toussaint-Heintzmann) pour résister à la forte pression des terrains houillers.

  • Des éléments de boisage en sapin ou mélèze (utilisés pour le coffrage ou comme témoins de pression).

  • On y observe également des zones de travers-bancs creusées directement dans le rocher (le « stérile »).

Le Niveau 15 était équipé de voies ferrées étroites. Le roulage y était intensif, assuré par des locotracteurs électriques (souvent alimentés par caténaires ou trolley) ou des locotracteurs diesel, tractant des rames de berlines à forte capacité.

En raison de l’arrêt des pompages et de la forte minéralisation, le Niveau 15 est le siège de phénomènes de concrétionnement rapide. L’eau chargée en fer et en carbonate crée des stalactites de limonite (« fleurs de fer ») et des dépôts de boues d’ocre (gley) qui recouvrent le sol sur plusieurs dizaines de centimètres.

Bien que l’on extraie du charbon, les eaux d’infiltration traversent des couches riches en sulfures de fer (pyrite, marcassite) présentes dans les bancs de schistes permiens et carbonifères. En s’oxydant au contact de l’air des galeries, ces minéraux créent des dépôts d’ocre et des stalactites de limonite, donnant parfois un aspect « mine de fer » aux galeries abandonnées.

Le site témoigne de la fin de l’épopée minière (fermeture définitive du bassin en 1997). On y trouve des vestiges de l’électrification (isolateurs, câbles), des conduites d’air comprimé pour les marteaux-piqueurs et les perforatrices, ainsi que les infrastructures de gestion des eaux qui continuent de drainer le massif.

Le Niveau 15 est un maillon de la « colonne vertébrale » souterraine qui a permis la survie économique du plateau pendant plus d’un siècle. Il illustre le passage de l’extraction artisanale à une industrialisation massive et mécanisée sous l’égide des HBD, marquant l’identité sociale et technique de toute une région.

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Sources et sites officiels 

1. Sources d’Autorité & Archives (Crédibilité Historique)

  • L’Inventaire Général du Patrimoine Culturel (Région AURA) : Pour une description technique et architecturale des vestiges industriels.

  • Les Archives Départementales de l’Isère : Indispensable pour ceux qui veulent consulter les registres de concessions minières.

  • Le Système d’Information Géologique (SIGES) – BRGM : Pour les données techniques sur le sous-sol et les anciennes concessions d’anthracite.

2. Musées et Réseaux Thématiques (Contexte Régional)

La mine de Combe Névouse fait partie intégrante du bassin minier de la Matheysine.

  • Musée La Mine Image (La Motte-d’Aveillans) : C’est le site de référence pour comprendre le travail des mineurs dans le bassin de La Mure.

3. Cartographie Historique (Expérience Utilisateur)

Rien n’est plus parlant que de comparer le site actuel avec les relevés anciens.

  • Géoportail – Cartes de l’État-Major : Pour visualiser l’emprise de la mine et des voies ferrées (chemin de fer de la Mure) au XIXe siècle.

    • Lien : geoportail.gouv.fr (Activez la couche « Cartes de l’état-major 1820-1866 »).

  • Remonter le Temps (IGN) : Pour comparer des photos aériennes de l’époque de l’exploitation avec aujourd’hui.

4. Liens Locaux et Territoriaux

Pour ancrer votre article dans son territoire actuel.

  • Mairie de Saint-Arey : Pour les informations pratiques et le contexte communal.

  • Office de Tourisme Matheysine Tourisme : Pour lier le patrimoine minier aux sentiers de randonnée actuels (comme le sentier qui mène au pont de Cognet).

Bibliographie 

  • 1. Le Lien avec le Transport (Essentiel pour Combe Névouse)

    La mine de Combe Névouse était intrinsèquement liée au transport de l’anthracite. Ce livre décrit l’infrastructure ferroviaire qui passait à proximité.

    • Titre : Le Chemin de Fer de La Mure

    • Auteur : Patrice Bouillin

    • Éditeur : Presses et Editions Ferroviaires

    • ISBN : 978-2905447111

    • Pourquoi ce choix : Saint-Arey et ses infrastructures minières sont indissociables de l’histoire du SGLM (Saint-Georges-de-Commiers – La Mure).

Photographie de 2010 montrant l'entrée d'une galerie minière en pierre, identifiée comme le Niveau 21, située au bord du Drac. L'eau s'est retirée, laissant apparaître une grille de fer sombre et massive qui condamne l'accès à la galerie. Les parois rocheuses et le sol humide autour de l'entrée témoignent de la baisse récente du niveau de l'eau.

Mémoire de fer et d’eau : La galerie d’exhaure du Niveau 21

Imaginez un tunnel de plus de 3 kilomètres, creusé à la main et à l’explosif, aujourd’hui silencieux et invisible, dormant sous des millions de mètres cubes d’eau. C’est le destin de la Galerie du Niveau 21 de Saint-Arey.
Situé sur la commune de La Motte d’Aveillans, cet ouvrage d’art est un témoin clé de l’histoire des Houillères du Dauphiné, désormais caché par le Lac de Monteynard. Plongée dans l’histoire d’une galerie fantôme.

Cet article explore la galerie d’exhaure du niveau 21 des mines de La Motte-d’Aveillans, ouvrage hydraulique crucial du bassin minier de la Matheysine. Cette infrastructure stratégique permettait l’évacuation des eaux d’infiltration vers le Drac, garantissant ainsi la sécurité des chantiers de fond de la Société des Mines de la Mure. Le reportage documente avec précision l’architecture maçonnée de ce tunnel technique, témoignant du génie civil souterrain de l’époque. C’est une immersion inédite au cœur des réseaux logistiques qui ont soutenu l’exploitation charbonnière dauphinoise.

Informations pratiques

Catégorie Détails Techniques & Historiques
Désignation officielle Galerie d’exhaure du Niveau 21
Exploitant historique Compagnie des Mines d’Anthracite de La Mure (puis HBD)
Localisation Commune de Saint-Arey 
Concession rattachée Concession de La Jonche (1610 hectares)
Fonction primaire Exhaure gravitaire (drainage des eaux vers le Drac)
Matériau extrait Anthracite (Bassin houiller du Dauphiné)
Longueur totale ~ 3 600 mètres (3,6 km)
Chronologie de percement 1919 (début) — 1948 (achèvement complet)
Ouvrages liés Puits des Rioux (jonction effectuée entre 1942 et 1946)
Architecture souterraine Voûtes maçonnées (pierres de taille et briques), cadres en bois, renforcements métalliques
Incident majeur Effondrement à la « cote 1380 » en 1952 (déblayage en 1954)
Statut actuel Ennoyée (sous les eaux du Lac de Monteynard depuis 1962)
Visibilité Uniquement lors des vidanges décennales du barrage de Monteynard

La Galerie du Niveau 21 : Un destin lié aux mutations du bassin de La Mure

L’histoire de la galerie du niveau 21 est indissociable de celle de la concession de Jonche, créée officiellement le 12 août 1919. Malgré son potentiel, cette exploitation se heurta rapidement à une réalité géographique impitoyable : située au fond des gorges encaissées du Drac, la difficulté d’accès aux chantiers rendit toute rentabilité impossible.

Face à ces obstacles logistiques, la concession fut absorbée par la puissante Compagnie des Mines de La Mure. Fondée en 1856, cette dernière menait alors une stratégie active de rachat des petites concessions environnantes pour consolider le bassin. Sous cette nouvelle égide, la galerie du niveau 21 trouva une seconde vie technique : elle fut réaménagée pour devenir la galerie d’exhaure (évacuation des eaux) du puits des Rioux.

Ce n’est qu’en 1946, lors de la nationalisation des énergies, que l’ouvrage bascula dans le giron des Houillères du Bassin Dauphinois (HBD), marquant ainsi la fin de l’ère des compagnies privées et l’intégration de la galerie dans le grand ensemble industriel d’État.



Un chantier interminable (1919-1948)[

L’histoire de la galerie commence avec la concession de La Jonche, un vaste territoire de 1610 hectares couvrant Mayres, Saint-Arey et Prunières, attribué en 1915. Lorsque la puissante Compagnie des Mines d’Anthracite de La Mure rachète cette concession pour étendre son empire souterrain, elle lance un chantier titanesque.

Le creusement débute en 1919. Il faudra attendre 1948 pour qu’il soit totalement achevé. Pourquoi si long ?

  • Le chantier a subi de très nombreuses interruptions (guerres, crises économiques).

  • La jonction finale s’est faite avec une galerie venant du Puits des Rioux (creusée, elle, entre 1942 et 1946).

Au final, la galerie atteint une longueur impressionnante pour l’époque : 3,6 kilomètres.


Note
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Le défi temporel : Les 29 ans nécessaires à sa complétion (1919-1948) s’expliquent par les interruptions liées aux deux Guerres mondiales et aux crises économiques, mais aussi par la complexité géologique des synclinaux de La Jonche.
L’importance stratégique : Le Niveau 21 était le point bas névralgique du réseau. Sa défaillance en 1952 a failli condamner l’exploitation profonde en provoquant une remontée des eaux sur plus de 2 mètres de hauteur dans les galeries de service.
Le sacrifice patrimonial : L’engloutissement de 1962 marque la transition énergétique du Dauphiné : la fin de la primauté du charbon au profit de l’hydroélectricité (EDF), scellant définitivement l’accès à ce témoin du génie civil souterrain.



Photographie de 2010 montrant l'entrée d'une galerie minière en pierre, identifiée comme le Niveau 21, située au bord du Drac. L'eau s'est retirée, laissant apparaître une grille de fer sombre et massive qui condamne l'accès à la galerie. Les parois rocheuses et le sol humide autour de l'entrée témoignent de la baisse récente du niveau de l'eau.

L’entrée de la galerie du Niveau 21 émergeant des eaux du Drac. Ce cliché exceptionnel, réalisé en 2010 à la faveur d’un étiage marqué du fleuve, documente les dispositifs de mise en sécurité (grille de condamnation) des anciens travaux de fond après l’ennoyage du site.



À quoi servait cette galerie ?

1. Le problème : La mine est une « éponge »

Quand on creuse une montagne pour faire une mine, on crée un réseau de trous géant. La pluie qui s’infiltre dans le sol et les sources souterraines finissent toujours par couler dans ces galeries.
Si on ne fait rien, la mine se remplit comme une baignoire et les mineurs ne peuvent plus travailler : ils seraient noyés.

2. La solution : Utiliser la gravité (La « Gouttière » géante)

Dans une mine de montagne avec plusieurs niveaux (étages), l’eau coule naturellement du haut vers le bas.
Au lieu de dépenser énormément d’argent et d’énergie avec des pompes électriques pour remonter l’eau tout en haut, les ingénieurs utilisent une astuce : ils choisissent la galerie la plus basse possible qui débouche sur l’extérieur (dans votre cas, au fond des gorges du Drac).

Cette galerie devient l’égout ou la gouttière principale de la mine :

  • Toute l’eau des étages supérieurs descend par des conduits naturels ou creusés.

  • Elle arrive au niveau le plus bas (le Niveau 21).

  • Elle s’écoule ensuite toute seule, naturellement et gratuitement, vers l’extérieur (la rivière).

3. Pourquoi c’est crucial ?

  • Sécurité : Elle évite que les galeries du fond ne soient brusquement inondées.

  • Économie : C’est le moyen le moins cher de garder une mine au sec. Pas besoin de pompes géantes qui tombent en panne, c’est la gravité qui travaille.

  • Survie de la mine : Souvent, une mine qui n’est plus rentable pour extraire du charbon (comme la concession de Jonche) reste utile uniquement pour son drainage. Si on bouchait le Niveau 21, les autres mines reliées autour (comme le Puits des Rioux) seraient rapidement noyées sous des millions de litres d’eau.


Le saviez-vous ?
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L’exhaure est le terme technique désignant l’évacuation des eaux souterraines. Sans exhaure, les galeries seraient rapidement inondées par les nappes phréatiques.



Photographie de l'intérieur d'une galerie de mine voûtée et sombre, identifiée comme le niveau 21. Le sol est jonché de débris et, sur le côté droit, on distingue nettement d'importantes couches de sédiments grisâtres et de boue laissées par les eaux. La perspective montre la profondeur du tunnel dont les parois portent des traces d'humidité et d'érosion hydraulique.

Témoignage des processus de sédimentation souterraine lors d’un étiage exceptionnel du Drac. Ce document illustre l’interaction entre le réseau hydrographique de surface et les anciens travaux miniers ennoyés.



Note technique : Pourquoi la brique ?
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À la fin du XIXe siècle, la brique supplante souvent la pierre de taille dans les galeries de mine. Sa standardisation permet une mise en œuvre industrielle : les voûtes sont montées rapidement, sans nécessiter d’artisans tailleurs de pierre hautement qualifiés.
Au-delà du gain de temps, la brique offre un avantage structurel : sa porosité relative lui permet de mieux « respirer » face aux infiltrations. Là où une maçonnerie de pierre trop rigide pourrait éclater sous la pression de l’eau, la brique offre une souplesse qui préserve l’intégrité de la galerie.



L’effondrement de 1952 : La mine en péril

La nature reprend parfois ses droits violemment. En 1952, une catastrophe se produit : la galerie s’effondre à la « cote 1380 » (une mesure de distance interne).

Les conséquences furent immédiates :

  1. L’éboulement a agi comme un barrage, ralentissant l’évacuation de l’eau.

  2. Des sédiments et de la boue se sont accumulés, faisant monter le niveau de l’eau jusqu’à 2 mètres de hauteur dans la galerie.

Il a fallu attendre 1954 pour qu’une opération de sauvetage de la galerie soit lancée. Les équipes ont dû évacuer des quantités massives de boue pour restaurer le débit et sauver l’exploitation des niveaux inférieurs.




Photographie historique d'une entrée de galerie minière en pierre au ras de l'eau. L'ouverture, de forme voûtée, laisse s'écouler un mince filet d'eau vers le lit du Drac. Les parois rocheuses environnantes sont marquées par l'érosion et l'humidité.

Vue de la galerie d’exhaure du Niveau 21 lors d’une décrue du Drac – 2010.



À cette époque (1900-1930), la méthode repose sur la prudence, le travail manuel et l’utilisation de sondages de reconnaissance. On ne « fonce » jamais directement dans l’éboulement sous peine de provoquer une rupture brutale qui emporterait tout le monde.

Voici les étapes techniques telles qu’elles étaient pratiquées :

Le Sondage de Reconnaissance (La priorité absolue)

Avant de toucher aux décombres, il faut impérativement vider l’eau de manière contrôlée.

  • La technique : On utilise une perforatrice manuelle ou pneumatique (déjà courante début XXe) pour forer un trou de petit diamètre à travers l’éboulement ou à travers le « stot » (le pilier de roche restant).

  • Le tube à clapet : On insère dans ce trou un tube métallique scellé avec un robinet ou une vanne à l’extrémité. On perce ensuite le dernier mètre de roche à l’intérieur du tube.

  • L’évacuation : On ouvre la vanne pour laisser l’eau s’écouler progressivement dans les rigoles de la galerie saine (l’exhaure). Cela permet de faire baisser la pression hydrostatique sans risquer l’effondrement du bouchon de débris.

2. La gestion de l’air (Le danger des gaz)

L’eau stagnante depuis longtemps est un piège mortel :

  • Gaz toxiques : En s’écoulant, l’eau libère souvent du sulfure d’hydrogène (H2S) ou du dioxyde de carbone (CO2, les « mofettes »).

  • Grisou : Si la mine est grisouteuse, le vide libéré par l’eau peut se remplir de méthane.

  • Action : Les mineurs utilisent des lampes de sûreté (type Davy ou Wolf) pour surveiller l’oxygène et les gaz. On installe des « canars » (conduites d’air en bois ou en toile) pour pulser de l’air frais au front de taille.

Le déblaiement par « Petite Section »

Une fois l’eau évacuée (ou ramenée à un niveau gérable), on attaque l’éboulement.

  • Le boisage d’avancement : On ne déblaye pas tout d’un coup. On avance par « petites passes ». On installe des cadres en bois (chêne ou sapin) très serrés.

  • Le lançage de palplanches (ou poussage de garnissage) : Si les débris sont meubles (boue, gravats mouillés), on enfonce des planches pointues (des « palplanches ») à coups de masse au sommet du cadre de bois, dans la masse de l’éboulement, pour créer un « toit » protecteur avant de retirer les débris dessous.

Le risque de « Coup d’eau » résiduel

Même si le niveau a baissé, des poches d’eau peuvent rester prisonnières dans les interstices des débris.

  • Les mineurs travaillent souvent derrière un bouclier de bois (un barrage provisoire percé de trous) pour retenir une éventuelle poussée soudaine de boue.

  • Le travail se fait à la main (pic et pelle) pour « sentir » le terrain. Au moindre sifflement d’air ou suintement anormal, on évacue.

La consolidation finale

Dès qu’un passage est ouvert, on procède au « boisage de fer » (renforcement lourd) ou au maçonnage si la galerie doit redevenir pérenne. Dans les mines de la Matheysine ou de la Mure, la pression des terrains était telle qu’on utilisait souvent des cadres en bois doublés.

En résumé, l’équipement du mineur de 1910 pour cette tâche :

  • La lampe de sûreté (essentielle pour les gaz).

  • Le fleuret de sondage (pour percer et vider l’eau).

  • La hache et la scie (pour ajuster le boisage sur mesure).

  • La pompe à bras ou à vapeur (si la pente de la galerie ne permet pas l’écoulement naturel).



hotographie en perspective fuyante de l'intérieur d'une galerie minière souterraine au niveau 21. Les parois rocheuses sont sombres et présentent des traces d'humidité. Le sol semble aménagé pour l'évacuation des eaux (exhaure). La lumière, provenant probablement d'une lampe frontale ou d'un projecteur, révèle la structure voûtée du tunnel et l'étroitesse du passage, caractéristique des galeries de service technique du début du XXe siècle.

Vue intérieure de la galerie d’exhaure du niveau 21. Ce collecteur inférieur, photographié en 2010, assure l’assèchement des chantiers supérieurs par drainage gravitaire.



Note
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Une galerie dépouillée ?
L’absence de rails, câbles ou tuyaux n’est pas un hasard. Soit l’équipement a été récupéré lors du démantèlement de la mine, soit l’humidité extrême imposait une installation minimaliste dédiée uniquement à l’eau.



Comprendre les secrets de la galerie : ce que les parois nous racontent

En observant de près l’architecture de la galerie, on découvre une véritable machine à remonter le temps. Voici trois indices clés pour décrypter son histoire :

1. Un mélange de matériaux : la brique et la pierre

On remarque sur les parois une cohabitation entre la pierre de taille (calcaire) et la brique rouge.

  • La pierre : Témoigne des phases les plus anciennes de la mine ou des zones soumises à de fortes pressions rocheuses.

  • La brique : Marque l’ère industrielle (XIXe siècle). Plus rapide à poser, elle symbolise la modernisation de l’ouvrage.

  • Le petit plus : C’est une véritable « stratigraphie » visuelle : chaque matériau raconte une époque différente de la construction.

2. Les concrétions blanches : une mine « vivante »

Ces dépôts blancs que vous voyez sur les parois ne sont pas de simples taches. Ce sont des dépôts de calcite.

  • L’explication : L’eau s’infiltre à travers les couches de roche supérieures, dissout les minéraux et les redépose ici. C’est la preuve que, même des décennies après sa fermeture, la galerie reste un environnement chimiquement actif.

3. L’absence de rails : un tunnel dédié à l’eau

Un détail important saute aux yeux : l’absence totale de rails au fond de l’eau.

  • Le verdict : Cela confirme que cette galerie n’était pas utilisée pour transporter le charbon (le roulage). Sa mission était unique et vitale : servir de canal d’évacuation (exhaure) pour vider les eaux de la mine.



1. Le phénomène du « Paysan-Mineur » : Une spécificité matheysine

Jusqu’au début du XXe siècle, le mineur de La Mure n’est pas un ouvrier exclusif.

  • La double activité : C’est un montagnard qui possède quelques bêtes et un lopin de terre. Il travaille à la mine l’hiver ou quand les travaux des champs le permettent.

  • Le conflit d’agenda : Les compagnies privées se battaient contre l’absentéisme chronique lors des foires ou des moissons. Pour stabiliser cette main-d’œuvre volatile, les compagnies ont dû « professionnaliser » le métier en offrant des avantages que la terre ne donnait pas.

2. Des conditions de travail « à l’ancienne » (Manuelles et Animales)

Avant 1946, la mécanisation est balbutiante.

  • L’abattage à la main : Le travail se fait à la barre à mine, au pic et à la poudre noire. C’est un travail de force pure dans une atmosphère saturée de fumées de tir et de poussière d’anthracite.

  • L’éclairage : On utilise la chandelle, puis la lampe à huile, et enfin la lampe à acétylène (carbure). La lampe électrique de sécurité n’arrive que tardivement.

  • Le roulage : Dans les galeries, ce sont les hommes (souvent des jeunes, les « galibots ») qui poussent les bennes. Les chevaux sont introduits massivement dans les années 1870-1880 pour les galeries principales (comme la galerie de la Replat). Leur sort est tragique : ils passent souvent des années au fond sans voir le jour.

3. Le Paternalisme des Perier : « Tout par la Compagnie, pour la Compagnie »

La famille Perier (banquiers et industriels) a façonné La Mure. Le but était de fixer l’ouvrier et d’éviter la contagion des idées révolutionnaires.

  • Le logement : La Compagnie construit les premières cités (ex: Cité de la l’Église). Le logement est lié au contrat de travail : perdre son emploi, c’est perdre son toit.

  • Les économats : La Compagnie créait ses propres magasins où les mineurs achetaient leurs vivres. Cela permettait de récupérer une partie des salaires versés.

  • L’encadrement moral : La Compagnie finance l’église, les écoles religieuses et les fanfares. On soigne le corps (hôpital de la mine) pour que l’outil de production reste valide, mais on surveille aussi les esprits.

4. L’arrivée de la main-d’œuvre étrangère

Dès la fin du XIXe siècle, et surtout après l’hécatombe de la Grande Guerre (1914-1918), les locaux ne suffisent plus.

  • Les Italiens : Ils arrivent en masse dès les années 1880. Souvent mal vus au départ (car utilisés pour briser les grèves ou acceptant des salaires moindres), ils s’intègrent par le fond.

  • Les Polonais et les Grecs : Dans l’entre-deux-guerres, les concessions recrutent activement en Europe de l’Est.

  • La hiérarchie sociale : Une hiérarchie s’installe au fond : les locaux occupent souvent les postes de « porions » (chefs de chantier) ou de boutefeux, tandis que les immigrés sont affectés aux tâches les plus rudes au « pique ».

5. Les luttes sociales : L’éveil de la conscience ouvrière

Malgré le contrôle social, le bassin de La Mure est le théâtre de grèves mémorables.

  • La grève de 1906 : Dans le sillage de la catastrophe de Courrières (Nord), les mineurs de La Mure se soulèvent pour réclamer de meilleures conditions de sécurité et des augmentations de salaire.

  • Le syndicalisme rouge : Contrairement à d’autres bassins, le syndicalisme matheysin devient très combatif, porté par une haine du « grand capital » représenté par les actionnaires parisiens des mines.

  • Le tournant de la Guerre (1939-1945) : Pendant l’Occupation, les mineurs de La Mure jouent un rôle clé dans la Résistance (Maquis de l’Oisans et du Vercors). C’est cette force politique qui imposera la Nationalisation en 1946 pour « rendre la mine à la Nation ».

Synthèse pour votre analyse :

Si vous devez comparer cette époque à celle des HBD pour votre site web :

  • Avant 1946 : C’est l’époque des « Seigneurs de la Mine » (les Compagnies). Le profit prime, la sécurité est rudimentaire, mais une solidarité de village préexiste.

  • Après 1946 : C’est l’époque de la « Bataille du Charbon ». On rationalise, on mécanise, et le mineur devient un « héros de la reconstruction » avec un statut social protecteur garanti par l’État.



1962 : L’engloutissement par le barrage

Le destin de la Galerie du Niveau 21 bascule définitivement au début des années 60, non pas à cause de la mine, mais à cause de l’hydroélectricité.

La construction et la mise en eau du Barrage de Monteynard en 1962 ont scellé le sort de l’ouvrage. Située géographiquement bas dans la vallée, la galerie a été totalement noyée par la montée des eaux du lac artificiel. Cet événement a bouleversé la gestion de l’eau pour l’ensemble du réseau minier, obligeant les ingénieurs à repenser l’exhaure des niveaux profonds.

Le fantôme du lac (2010)

Aujourd’hui, la galerie est invisible. Cependant, lors de la vidange partielle du barrage en 2010, le niveau de l’eau a suffisamment baissé pour laisser réapparaître l’entrée de ce vieux tunnel, comme un spectre surgissant du passé.

Le devenir des eaux d’exhaure

Aujourd’hui, le voyage de l’eau ne s’arrête pas aux parois de la mine. Ces eaux d’exhaure, chargées en fer et en sulfates — ce qui leur donne parfois cette teinte orangée caractéristique — poursuivent leur chemin pour se mêler aux eaux du barrage du Drac. Ce flot continu unit ainsi, de manière invisible mais bien réelle, l’héritage industriel souterrain à l’écosystème actuel et aux grands paysages hydrauliques du Dauphiné.

La mine ne meurt jamais tout à fait ; elle continue de respirer et de drainer la montagne dans l’ombre.



AVERTISSEMENT : Les dangers invisibles des anciennes mines

Le patrimoine minier de notre région est un témoin de l’histoire, mais il constitue aujourd’hui un environnement hostile et instable. Contrairement aux grottes naturelles, les galeries de mine sont des ouvrages artificiels qui ne sont plus entretenus.

  1. Instabilité structurelle : L’humidité et le temps rongent les piliers et les boiseries. Un simple écho ou une vibration peut déclencher un effondrement.

  2. Atmosphère dangereuse : Dans les zones confinées, l’air peut s’appauvrir en oxygène ou se charger en radon (gaz radioactif naturel) ou en gaz toxiques issus de la décomposition des anciennes boiseries.

  3. Risque de chute : Les mines comportent souvent des liaisons verticales (puits de ventilation ou d’extraction) qui ne sont plus protégées. Une chute y est presque toujours fatale.

  4. Isolement : En cas d’accident sous terre, les secours sont extrêmement complexes, longs et mettent en péril la vie des sauveteurs.

Le saviez-vous ? La plupart des accidents mortels dans les mines abandonnées concernent des promeneurs ou des explorateurs non avertis. Respectez les barrières et le balisage.

Ce phénomène, redouté par les mineurs de l’époque sous le nom de ‘mofettes’ ou de ‘pousse’ (accumulation de gaz asphyxiants), rappelle que sans une ventilation active, la mine reprend ses droits et devient un environnement hostile à l’homme.

Foire Aux Questions la galerie du niveau 21 St Arey

L’exhaure désigne l’évacuation des eaux d’infiltration (nappes phréatiques, eaux de pluie) qui inondent naturellement les galeries souterraines. La galerie du Niveau 21 était un tunnel technique conçu spécifiquement pour drainer ces eaux par gravité vers l’extérieur (le ravin du Drac), évitant ainsi l’ennoyage des chantiers d’extraction situés en profondeur.

Dans le bassin minier de la Matheysine, les niveaux étaient souvent nommés en fonction de leur altitude ou d’une nomenclature interne à la compagnie. Le Niveau 21 correspond à l’un des points les plus bas du réseau de l’époque, situé bien en dessous des galeries de circulation principales du puits des Rioux.

La galerie d’exhaure du Niveau 21 prend naissance au pied du Puits des Rioux. C’est là que convergeaient les eaux collectées dans les différentes sections des mines de La Mure avant d’être canalisées vers cette sortie naturelle vers la vallée du Drac.

Lors de la mise en eau du barrage de Monteynard en 1962, la vallée du Drac a été engloutie sous les eaux du lac artificiel. L’orifice de sortie (le débouché) de la galerie se trouvant à une altitude inférieure au niveau maximal du lac, l’ouvrage est en permanence immergé. Il n’est visible que lors des vidanges décennales ou d’importants abaissements du niveau du lac.

Témoignage du savoir-faire des ingénieurs du XIXe et du début du XXe siècle, la galerie présente une architecture soignée. Elle est majoritairement constituée de voûtes maçonnées en briques ou en pierres de taille, une technique indispensable pour résister à la pression des terrains et à l’érosion constante causée par le flux des eaux d’exhaure.

Non, l’accès est strictement interdit et dangereux. Outre l’immersion quasi permanente par les eaux du lac de Monteynard, les galeries minières désaffectées présentent des risques majeurs d’effondrement, de présence de gaz ou d’envasement. Ce reportage photographique constitue l’un des rares témoignages visuels de cet aspect caché du patrimoine industriel dauphinois.

L’eau était l’ennemi numéro un du mineur. Une défaillance du système d’exhaure (comme le bouchage de cette galerie) pouvait entraîner l’arrêt total de la production et mettre en péril la vie des ouvriers au fond. La maintenance du Niveau 21 était donc une priorité stratégique pour la Société des Mines de la Mure.

Poursuivez votre exploration

« Retrouvez la galerie d’exploitation du niveau 20»

« Retrouvez la galerie d’exploitation du niveau 15 Combe Nevouse»

« .Suivez nous sur l’histoire des Houilleres du Bassin Dauphinois HBD »

Sources et sites officiels 

1. Sites institutionnels et Musées (Sources primaires)

2. Ressources Historiques et Techniques spécialisées

      • L’inventaire du Patrimoine de la Région AURA : Cherchez « Mines de la Mure » pour obtenir des fiches détaillées sur l’architecture industrielle du bassin.

      • SigMines Isère (BRGM) : Pour les historiens-géologues, l’outil InfoTerre du BRGM permet de visualiser les concessions minières et les zones d’aléas (souvent lié aux anciennes galeries d’exhaure).

3. Contexte Géographique et Barrage (L’engloutissement)

4. Vidéos et Reportages

    • Ina.fr – Les mines de la Mure : En tapant « Mines de la Mure », on trouve des reportages d’époque (notamment sur la fermeture ou le travail au fond) qui illustrent parfaitement l’ambiance des galeries maçonnées.

Bibliographie 

  • 1. Ouvrages de référence (La « Bible » du bassin)Collectif (Musée de la Mine). (2010). Mémoire d’anthracite : Mines et mineurs de la Matheysine. Grenoble : Éditions Glénat.

      • Pourquoi ce livre ? Publié à l’occasion du centenaire de la Mine Image, il contient des documents d’archives et des photographies rares sur les installations de surface et de fond.

  • 2. Sources historiques (Fonds anciens)

    • Vicat, Robert-Félix. (1845). Notice sur les mines d’anthracite de la Mure.

      • Pourquoi ce livre ? Source primaire. Vicat (l’inventeur du ciment artificiel) s’intéressait de près à la géologie locale. Ce document permet de comprendre l’état des mines avant les grands travaux d’exhaure du XXe siècle.

    • Gignoux, Maurice & Moret, Léon. (1940). Géologie dauphinoise. Paris : Masson.

      • Pourquoi ce livre ? Pour comprendre la structure géologique (synclinaux de La Jonche) qui explique pourquoi l’eau s’accumulait massivement dans les zones basses comme le Niveau 21.

Photographie de 2005 montrant l'entrée d'une ancienne mine (galerie de La Baume) condamnée par un mur de pierre. Une haute cheminée métallique s'élève au-dessus de l'entrée pour évacuer et disperser le gaz carbonique du sous-sol dans l'atmosphère.

La Galerie Niveau 20 de Saint-Arey : Le Dernier Souffle des Mines de La Mure

Si vous vous promenez aujourd’hui dans les gorges du Drac, près de Saint-Arey, le silence règne. Pourtant, sous vos pieds et derrière la végétation, se cache l’un des ouvrages les plus importants et les plus récents de l’histoire des Houillères du Dauphiné : la Galerie du Niveau 20.
Cet article vous plonge dans l’histoire de ce tunnel titanesque de 6 kilomètres, véritable colonne vertébrale de l’exploitation charbonnière de La Mure à la fin du XXe siècle.

Découvrez l’histoire et la structure de la Galerie Saint-Arey (Niveau 20), pièce maîtresse du système d’exploitation des mines de Susville. Des méthodes de percement à la géologie du gisement d’anthracite, nous analysons l’importance stratégique de cette galerie dans le développement industriel du Dauphiné. Une immersion technique et historique indispensable pour comprendre l’héritage minier de la région.

Informations pratiques

Caractéristique Détails Techniques et Historiques
Nom de l’ouvrage Galerie Saint-Arey (Niveau 20)
Site Minier Mine de Susville
Bassin Houiller Bassin de la Matheysine (Dauphiné)
Localisation Saint Arey, Isère (38), France
Substance exploitée Anthracite (charbon de haute qualité, faible teneur en matières volatiles)
Altitude / Niveau Niveau 20 (Référence altimétrique spécifique au réseau du Peychagnard)
Période d’activité 1975-1997
Type d’ouvrage Galerie de desserte (Travers-bancs)
Mode de percement Machines de percement et explosif
Soutènement Soutènement en cintres métalliques
Géologie du terrain Terrains carbonifères du dôme de la Mure (grès, schistes et couches d’anthracite)
Fonction principale Accès aux chantiers d’abattage et roulage du minerai vers les puits ou le plan Richard
Infrastructure associée Camions type dumper articulés
Statut actuel Site patrimonial / Vestiges historiques (accessibilité restreinte/sécurisée)

1. Un ouvrage titanesque au cœur de la montagne

La Galerie du Niveau 20, située au lieu-dit La Baume, n’était pas une simple galerie de mine. C’était une artère vitale creusée pour moderniser et prolonger l’activité du bassin minier.

Construction et dimensions

Le percement débute en 1975 et s’achève en 1987, réalisé par les sociétés EGCEC et FORCAL.[1] C’est un chantier de longue haleine qui aboutira à des dimensions impressionnantes :

  • Longueur initiale : 4 200 mètres.

  • Extension en 1987 : La galerie atteint 6 000 mètres pour opérer la jonction avec la concession du Peychagnard (via la descenderie des Éperons).

  • Section : Une entrée massive d’environ 5 mètres de large sur 2,50 mètres de haut.

Un point de jonction stratégique

Dès 1979, la galerie est connectée au quartier des Chuzins. Elle devient alors le nœud central du réseau souterrain, reliant :

2. Le creusement des travers-bancs

Un travers-banc est une galerie horizontale tracée dans le rocher (le « stérile ») perpendiculairement aux couches de charbon pour les rejoindre depuis les puits ou les galeries principales. Dans les années 70 à La Mure, le creusement était devenu très mécanisé. On utilisait :

  • Des jumbos de perforation (engins avec des bras articulés portant des perforateurs hydrauliques ou pneumatiques) pour forer les trous de mine.

  • L’explosif pour l’abattage du rocher.

  • Des chargeuses performantes pour évacuer les déblais.

3. L’étayage par cintres métalliques

À cette époque, le boisage traditionnel (étançons en sapin ou chêne) était largement remplacé dans les galeries principales par le soutènement métallique, plus résistant à la pression énorme des massifs de montagne (très forte à La Mure en raison de la tectonique alpine).

  • Types de cintres : On utilisait souvent des cintres coulissants (type TH – Toussaint-Heintzmann). Ces arcs d’acier sont composés de plusieurs segments qui s’emboîtent. Sous la pression du terrain, ils peuvent « glisser » légèrement tout en maintenant leur portance, ce qui évite qu’ils ne se tordent ou ne cassent brutalement.

  • Garnissage : Entre les cintres et la paroi, on plaçait des éléments de garnissage (grillages métalliques, plaques de béton ou de bois) pour empêcher les chutes de petits blocs.

4. La circulation des camions (Le « Trackless Mining »)

C’est l’un des changements les plus radicaux des années 70 à La Mure. On est passé du transport par rails (berlines tractées par des locotracteurs) au transport sur pneus, dit « trackless » (sans rails).

  • Pourquoi des camions ? Pour plus de souplesse et de rapidité. Les camions (souvent des dumpers articulés spécifiquement conçus pour la mine, comme les marques Joy ou Eimco) pouvaient circuler directement du front de taille jusqu’aux points de déchargement sans les contraintes de pose de voies ferrées.

  • Aménagement des galeries : Pour permettre la circulation de ces engins (souvent imposants), les galeries principales et les travers-bancs devaient être creusés avec des sections beaucoup plus larges qu’autrefois (parfois 15 à 20 m² de section).

  • L’exemple du Villaret : Le puits du Villaret (mis en service dans les années 40 mais modernisé par la suite) et les grandes galeries de liaison vers les nouveaux quartiers d’exploitation étaient le théâtre de ce va-et-vient de véhicules diesel équipés de filtres spéciaux pour l’échappement.

Le contexte de l’époque

En 1975, les mines de La Mure sont dans une phase de rationalisation. L’anthracite de La Mure est le meilleur du monde (très pur, brûlant sans fumée), mais l’extraction est difficile à cause de la géologie tourmentée des Alpes. La mécanisation à outrance (cintres lourds, engins sur pneus) était la seule solution pour maintenir la production face à la concurrence des charbons d’importation, avant la fermeture définitive du bassin en 1997.

Photographie de 2005 montrant l'entrée d'une ancienne mine (galerie de La Baume) condamnée par un mur de pierre. Une haute cheminée métallique s'élève au-dessus de l'entrée pour évacuer et disperser le gaz carbonique du sous-sol dans l'atmosphère.

Vue de l’entrée condamnée de la galerie de La Baume, témoignant des travaux de mise en sécurité du site. L’ouvrage est scellé par un murage en maçonnerie, complété par une cheminée d’évent spécifique. Ce dispositif permet l’évacuation contrôlée du dioxyde de carbone (CO₂) d’origine naturelle ou résiduelle, évitant ainsi toute mise en pression de la galerie et garantissant la sécurité des riverains.

5. À quoi servait la Galerie du Niveau 20 ?

Contrairement aux idées reçues, toutes les galeries ne servent pas uniquement à extraire du charbon. Le « Niveau 20 » avait trois fonctions critiques pour la survie de la mine et des mineurs :

  1. La logistique (Transport) : C’était l’autoroute du sous-sol. La quasi-totalité du matériel lourd passait par ici pour rejoindre les chantiers d’abattage (sauf le matériel du niveau 17 qui passait par le Villaret). Elle a aussi servi à évacuer les stériles (roches sans charbon) des Chuzins jusqu’en 1989.

  2. L’aérage (Ventilation) : Une mine doit respirer. Cette galerie permettait d’apporter de l’air frais et d’évacuer l’air vicié.

  3. L’exhaure (Drainage) : Située à un point bas, elle collectait les eaux d’infiltration de la mine, mais aussi un ennemi invisible : le gaz carbonique (CO2).

Le saviez-vous ?

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Il existait une galerie encore plus profonde, dite « Galerie du Drac », située sous le niveau 20, exclusivement dédiée à l’évacuation des eaux.

Le secteur de Saint-Arey / La Baume / Combe Nevouse représente l’une des zones les plus complexes et les plus dangereuses de l’histoire des mines de La Mure, particulièrement durant la période de modernisation des années 70.

L’accident le plus marquant et le plus tragique lié à ces lieux (et plus précisément à la zone de Combe Nevouse) est celui du 19 janvier 1971, mais la configuration technique que vous décrivez (camions et cintres métalliques) a également généré d’autres types d’incidents moins connus mais révélateurs des risques de l’époque.

Voici les éléments contextuels sur les accidents dans ces galeries :

6. La tragédie de Combe Nevouse (19 janvier 1971)

Bien que légèrement avant 1975, cet accident a hanté la mémoire des mineurs de la « fin de la mine ».

  • La cause : Un Dégagement Instantané (DI) massif de dioxyde de carbone (acide carbonique). À La Mure, le danger n’était pas seulement le grisou (méthane), mais surtout ces poches de gaz carbonique sous pression dans le gisement d’anthracite.

  • Le bilan : 6 morts.

  • Le mécanisme : Lors de l’avancement d’une galerie, la paroi a littéralement explosé sous la pression du gaz, projetant des centaines de tonnes de charbon pulvérulent et asphyxiant instantanément les mineurs. Cet accident a montré que malgré le soutènement lourd (cintres métalliques), la pression gazeuse restait imprévisible.

7. Les risques liés à la circulation des camions (Années 75)

Comme vous l’avez souligné, l’introduction du transport « trackless » (sans rails) par camions dans les travers-bancs de liaison entre La Baume et Saint-Arey a changé la nature des accidents :

  • Les incendies et fumées : La présence de gros moteurs diesel et de réservoirs de carburant dans des galeries parfois confinées augmentait le risque d’incendie. Un feu de pneu ou de moteur de dumper sous terre était une catastrophe en raison de l’opacité des fumées.

  • Les accidents de circulation : Le passage de camions imposants dans des galeries où circulaient aussi des hommes à pied a provoqué des accidents de collision ou d’écrasement. La visibilité était souvent réduite par la poussière soulevée par les pneus.

  • Le problème du freinage : Les galeries de La Mure n’étaient pas toujours parfaitement horizontales. Des défaillances de freinage sur des engins chargés dans les rampes ont causé plusieurs frayeurs et incidents matériels sérieux dans le secteur de la Baume.

8. La pression des terrains et le soutènement métallique

Dans les secteurs profonds comme ceux de Combe Nevouse, la montagne « bougeait » énormément.

  • Le flambage des cintres : Même les cintres métalliques les plus lourds (type TH) finissaient par se tordre sous la pression de la roche. Il n’était pas rare que des galeries dimensionnées pour les camions se rétrécissent en quelques mois, obligeant à des travaux de « recoupement » (élargissement) très dangereux.

  • Les chutes de blocs : Le creusement des travers-bancs de grande section (pour laisser passer les camions) créait de grandes surfaces de toit à nu avant la pose des cintres. C’était le moment le plus critique pour les mineurs, exposés aux « coups de toit ».

Pourquoi ce secteur était-il si spécifique ?

La liaison La Baume – Saint-Arey était stratégique car elle permettait de relier les nouveaux quartiers d’extraction au Puits du Villaret (lavoir). Le charbon de Combe Nevouse était d’une qualité exceptionnelle (anthracite pur), mais le gisement était très tourmenté par la tectonique alpine.

Accident précis impliquant un camion en 1974 ou 1975 :
Il y a eu de nombreux incidents de « dérapage » ou de sorties de piste de dumpers dans les galeries de liaison à cette époque, souvent dus à l’état du sol (mélange de poussière de charbon et d’eau rendant la piste glissante). Ces accidents ont conduit à renforcer la sécurité sur la signalisation et l’éclairage des grandes galeries de roulage.

AvantAprès

Avant

État des lieux du vallon de La Baume avant l’aménagement du carreau. Cliché de prospection daté de 1969, illustrant la topographie originelle du site avant le début des travaux de terrassement et l’implantation des premières infrastructures d’extraction.

Apres

Vue panoramique du carreau de la mine de La Baume (Isere), 1978. État des installations de surface et des infrastructures de chantier durant la phase d’activité contemporaine. Archives historiques de l’exploitation minière.

6. Les dangers de La Baume : Gaz et Tragédie

L’histoire minière est indissociable du risque. Le site de Saint-Arey garde la mémoire de ces dangers.

Le piège du CO2

La galerie servait d’exhaure pour le gaz carbonique, un gaz lourd qui « coule » comme de l’eau. Une cheminée (encore visible aujourd’hui) était destinée à disperser ce gaz dans l’atmosphère. Avant sa construction, le canal d’exhaure était un véritable piège mortel pour la faune locale : on y retrouvait souvent de petits mammifères et oiseaux, asphyxiés par le gaz stagnant au ras du sol.

Le souvenir de 1975

Le percement de cette galerie a été endeuillé dès son commencement. En 1975, un accident tragique a coûté la vie à des mineurs. Une stèle commémorative rappelle aujourd’hui leur sacrifice.

Le danger su CO2

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« Lors de la redécouverte des vestiges de cette galerie, l’étroitesse de l’entrée ne laissait qu’une seule voie d’accès : un caniveau d’exhaure partiellement dégagé. Pensant pouvoir franchir l’obstruction, j’ai tenté de m’y introduire en rampant au ras du sol. C’est alors que j’ai perçu, à quelques centimètres de mon visage, des cadavres d’oiseaux — signe fatal et pourtant trop tardivement compris de la présence de gaz délétères.
Avant même de pouvoir reculer, j’ai perdu connaissance, piégé par une poche de gaz stagnante. Je ne dois mon salut qu’à la réactivité de mon collègue qui, me voyant sombrer, m’a tiré par les pieds hors du caniveau vers l’air libre. Cet incident rappelle brutalement la dangerosité des exploitations abandonnées. Bien que j’aie toujours pratiqué le test du briquet tempête pour vérifier la présence d’oxygène au sol, cet épisode démontre que dans l’atmosphère confinée d’une mine, la frontière entre l’observation scientifique et l’accident mortel est infime. »

C’est une observation tout à fait exacte et tragiquement confirmée par les médecins du travail et les historiens des mines. Les « traceurs » (ceux qui creusaient les travers-bancs dans le rocher) étaient effectivement beaucoup plus exposés à une forme foudroyante de silicose que les « abatteurs » (ceux qui extrayaient le charbon).

Voici pourquoi cette différence était si marquée, particulièrement dans les années 70 à La Mure :

7. La nature de la poussière : Silice vs Carbone

C’est le facteur principal.

  • À l’abattage : Le mineur travaille dans le charbon (l’anthracite). La poussière est composée essentiellement de carbone. Elle provoque la pneumoconiose (ou anthracose), une maladie grave, mais qui met souvent plus de temps à devenir invalidante.

  • Dans les travers-bancs : Pour rejoindre les couches de charbon, on doit traverser des couches de rocher stérile (grès, schistes quartzites). Ce rocher contient une très forte proportion de silice cristalline (quartz). La silice est extrêmement « agressive » pour les alvéoles pulmonaires : elle crée des cicatrices (fibroses) qui détruisent le poumon beaucoup plus vite que la poussière de charbon.

8. La mécanisation des années 70 : le « progrès » dangereux

Comme vous l’avez mentionné, dans les années 75, on utilisait des machines puissantes pour creuser les travers-bancs (jumbos de perforation, chargeuses, camions).

  • La perforation : Les marteaux-perforateurs pneumatiques ou hydrauliques tournaient à très haute vitesse pour forer les trous de mine dans le rocher dur. Cette vitesse de rotation broyait la roche en une poussière impalpable, la « fleur de silice », presque invisible à l’œil nu mais mortelle car elle pénètre au plus profond des poumons.

  • L’insuffisance de l’arrosage : Bien que l’injection d’eau dans les fleurets (mèches) soit devenue obligatoire, elle n’était pas toujours suffisante ou pratiquée rigoureusement pour ne pas « noyer » le chantier ou gêner la progression des camions sur le sol.

9. Le confinement des travers-bancs

Les travers-bancs sont des galeries « en cul-de-sac » pendant toute la durée de leur creusement.

  • Contrairement aux tailles (zones d’abattage) où un courant d’air traverse le chantier, le front d’avancement d’un travers-banc est ventilé par des « canars » (tuyaux de ventilation).

  • La ventilation y était souvent moins efficace, laissant stagner un nuage de poussière de roche très concentré, aggravé par les gaz d’échappement des camions et des engins diesel qui remuaient la poussière déposée au sol.

10. Le paradoxe du « mineur de rocher »

Les traceurs de travers-bancs étaient souvent considérés comme l’élite des mineurs. C’était un travail de haute technicité, exigeant une grande force physique et payé par des primes d’avancement importantes.

  • Parce qu’ils étaient robustes, ces mineurs inhalaient de plus grands volumes d’air lors de l’effort, et donc plus de poussière.

  • On a vu des cas de silicose aiguë (parfois appelée « silicose galopante ») chez des jeunes mineurs ayant passé seulement quelques années au rocher, alors que des mineurs de charbon pouvaient tenir 20 ans avant d’être « essoufflés ».

Le bilan à La Mure

À La Mure, la dureté exceptionnelle du rocher alpin rendait le creusement des galeries de liaison (comme celles de Saint-Arey ou de la Baume) particulièrement redoutable. Les années 70, malgré le confort relatif apporté par les cintres métalliques (qui sécurisaient contre les éboulements) et les camions (qui évitaient de pousser des berlines), ont été des années où la poussière de silice est devenue plus fine et plus abondante à cause de la puissance des outils.

C’est pour cette raison que de nombreux anciens mineurs de La Mure, qui travaillaient au « rocher », ont été touchés par des taux d’invalidité très élevés peu de temps après leur départ de la mine.

1. Les conditions de travail : La lutte contre la pente et la poussière

Travailler à La Mure ne ressemblait pas au travail dans les mines du Nord (le Pas-de-Calais). La géologie alpine imposait des contraintes extrêmes.

  • L’exploitation en « dressants » : Contrairement aux veines plates du Nord, les couches d’anthracite en Matheysine étaient souvent très inclinées, voire verticales. Les mineurs travaillaient dans des positions acrobatiques, souvent sur des planchers boisés suspendus au-dessus du vide.

  • La dureté de l’anthracite : L’anthracite de La Mure est l’un des meilleurs charbons au monde (pur à plus de 90%), mais il est extrêmement dur. Avant la mécanisation massive des années 50-60, l’abattage au marteau-piqueur était épuisant.

  • La Silicose : l’ennemi invisible. Si le bassin de La Mure était peu sujet au grisou (gaz explosif), il était extrêmement poussiéreux. L’anthracite dégageait une poussière fine et abrasive. Malgré l’arrosage des tailles, la silicose a décimé des générations de mineurs, bien plus sûrement que les éboulements.

  • L’évolution technique : Sous l’ère des HBD, on passe de la force humaine et animale (les chevaux sont restés au fond jusqu’en 1952) à une mécanisation poussée avec les convoyeurs blindés et les soutènements marchants.

2. La vie sociale : Un paternalisme d’État

Après 1946, les HBD héritent du système paternaliste des anciennes compagnies privées, mais l’adaptent avec le Statut du Mineur.

  • Le logement en cités : La vie du mineur est indissociable de sa cité. À La Mure, les cités comme celle des Trois-Mâts ou du Périer structurent l’espace urbain. Les HBD fournissaient le logement et le chauffage (le fameux « charbon de dotation »).

  • La diversité communautaire : Le bassin était un véritable laboratoire d’intégration. Aux locaux (paysans-mineurs) se sont ajoutés des vagues successives d’immigrés : Italiens et Polonais dans l’entre-deux-guerres, puis Maghrébins (notamment des Marocains du Souss) dans les années 50 et 60. Cette mixité a forgé une identité matheysine forte, basée sur la solidarité du fond.

  • Les avantages sociaux : Être mineur aux HBD, c’était bénéficier d’une protection sociale d’avant-garde : accès gratuit aux soins (la « Société de Secours »), colonies de vacances pour les enfants, et une retraite anticipée à 50 ou 55 ans.

3. Culture et traditions : Entre ferveur et lutte

  • La Sainte-Barbe (4 décembre) : C’est le moment sacré. Même après la nationalisation, la fête de la patronne des mineurs restait le pilier de l’année, mêlant défilés, banquets et médailles du travail. C’était le jour où la hiérarchie et les ouvriers se retrouvaient autour d’une table.

  • Le syndicalisme et la fierté : Le bassin de La Mure était un bastion de la CGT. La conscience de classe était exacerbée par la dangerosité du métier. Les grandes grèves (notamment celle de 1963) ont soudé la communauté contre les premières menaces de fermeture.

  • Le sport et la musique : Les HBD subventionnaient de nombreuses associations. L’harmonie des mineurs et les clubs de football ou de rugby étaient les vecteurs essentiels de la cohésion sociale hors de la mine.

4. La fin d’un monde : Le traumatisme de la fermeture

La vie sociale des HBD a été marquée, à partir des années 70, par l’angoisse de la fin. Le « plan de licenciement » est devenu un mot quotidien.

  • La reconversion : Contrairement à d’autres bassins, la Matheysine est restée enclavée. La fermeture du Villaret en 1997 a été vécue comme un deuil collectif.

  • L’héritage : Aujourd’hui, cette vie sociale survit à travers l’association des anciens mineurs et le musée de La Mine Image à La Motte-d’Aveillans, qui est le gardien de cette mémoire technique et humaine.

En résumé : La vie du mineur des HBD était une vie de contrastes : une noirceur et une pénibilité extrêmes au fond, compensées par une vie sociale intense, protectrice et solidaire en surface. C’était un « État dans l’État ».

11. Que reste-t-il à voir aujourd’hui ?

Pour l’amateur d’exploration (urbex) ou le randonneur curieux, le site a radicalement changé. Situé dans la gorge du Drac, la nature reprend ses droits.

  • Installations rasées : Tous les bâtiments techniques ont été détruits après l’arrêt de l’exploitation.

  • L’entrée murée : L’entrée de la galerie est toujours là, mais elle est obturée (murée) pour des raisons de sécurité évidentes.

  • Vestiges visibles : On peut encore apercevoir la cheminée d’aération (la tour en béton) et le tracé du caniveau d’exhaure.

  • Le Razzier : Un immense éboulis (razzier) surplombe la zone d’accès, témoin de la géologie tourmentée du lieu.

Photographie de 2015 montrant l’entrée murée d’une ancienne mine appelée Galerie de La Baume. Au sommet du mur de fermeture, une petite cheminée en briques sert à l'évacuation des gaz. Un grillage de sécurité métallique est installé au premier plan, devant l'entrée. Le sol de la plateforme et les parois rocheuses environnantes sont envahis par des herbes folles et des arbustes, signe de la reprise de la nature sur le site industriel.

Vue frontale de l’entrée condamnée de la galerie de La Baume (2015). Ce vestige de l’exploitation minière illustre la phase de mise en sécurité du site, avec sa cheminée d’aérage spécifique pour l’évacuation du dioxyde de carbone et l’installation récente d’un périmètre de protection.

Foire Aux Questions galerie de la Baume

Le terme « Niveau 20 » est une référence altimétrique spécifique au réseau des mines de la Matheysine (système du Peychagnard). Il ne s’agit pas de la profondeur, mais d’une côte de niveau. Cette galerie constitue l’une des dernières grandes infrastructures de modernisation des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD).

Contrairement aux galeries de traçage qui suivent la veine de charbon, le Niveau 20 était une galerie de desserte (travers-bancs). Elle servait de « colonne vertébrale » pour :

  • Le transport : Acheminer le matériel lourd vers les chantiers d’abattage.

  • L’aérage : Assurer la circulation de l’air frais dans les profondeurs.

  • L’exhaure : Drainer les eaux de la mine et canaliser les gaz lourds (CO2).

Le percement a débuté en 1975 et s’est achevé en 1987. C’est un ouvrage de la phase de concentration et de modernisation ultime du bassin minier de La Mure, peu de temps avant la fin de l’exploitation (le « dernier souffle » du bassin).

La mine de Saint-Arey est sujette aux émanations de dioxyde de carbone (CO2), un gaz lourd qui s’accumule au sol et chasse l’oxygène. C’est ce gaz, et non le grisou (méthane), qui représentait le danger principal à cet endroit, provoquant des asphyxies foudroyantes.

Il s’agit d’une cheminée d’évent. Même après la fermeture, la mine continue de « dégazer ». Le CO2 étant plus lourd que l’air, il s’écoule vers les points bas (comme l’entrée de la galerie). La cheminée permet d’évacuer ce gaz par tirage naturel et de le disperser en hauteur pour éviter qu’il ne stagne au sol et ne devienne mortel pour les promeneurs ou la faune.

Absolument pas. Pour des raisons de sécurité publique, l’entrée a été condamnée par un murage massif en maçonnerie. Le risque d’anoxie (manque d’oxygène) et les risques d’effondrements internes rendent toute tentative d’intrusion extrêmement dangereuse, comme en témoignent les accidents historiques.

Aujourd’hui, la nature reprend ses droits, mais on peut encore observer :

  • L’entrée murée de la galerie.

  • La cheminée de dégazage.

  • Le tracé de la cunette d’exhaure (le caniveau d’évacuation des eaux).

  • La stèle commémorative en hommage aux mineurs qui ont perdu la vie lors du percement en 1975.

On y extrayait l’anthracite, un charbon d’une pureté exceptionnelle, très riche en carbone et pauvre en matières volatiles, qui faisait la renommée mondiale du bassin de La Mure.

Poursuivez votre exploration

« Retrouvez la galerie d’exhaure du niveau 21»

« Retrouvez la galerie d’exploitation du niveau 15 Combe Nevouse»

« .Suivez nous sur l’histoire des Houilleres du Bassin Dauphinois HBD »

Sources et sites officiels 

1. Archives Institutionnelles et Inventaires

  • Archives Départementales de l’Isère (AD38) : C’est la source primaire pour les plans de concession, les rapports des ingénieurs des mines et les dossiers du personnel des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD).

  • BRGM – InfoTerre : Pour accéder aux fiches de l’Inventaire National des Cavités et aux rapports de fin d’exploitation (https://www.google.com/url?sa=E&q=https%3A%2F%2Farchives.isere.fr%2Fcliquez sur l’onglet « Données » puis « Dossiers de sous-sol »).

  • Légifrance (Annales des Mines) : Pour retrouver les décrets de concession originaux (XIXe siècle).

2. Musées et Associations de Sauvegarde

  • La Mine Image (Musée de la mine à La Motte-d’Aveillans) : Le site de référence pour la mémoire ouvrière et technique du plateau. Bien que Saint-Arey soit plus au sud, les techniques de soutènement et d’extraction y sont documentées.

3. Études Techniques et Géologiques

4. Cartographie et Localisation Précise

  • Géoportail (IGN) : Utilisez les « Cartes de l’État-Major » et les « Photographies aériennes 1950-1965 » pour visualiser l’emprise des carreaux de mine et des entrées de galeries avant la renaturation.

5. Documentation Iconographique et Vidéos

  • INA (Institut National de l’Audiovisuel) : Recherche sur « Mines de la Mure » ou « Houillères du Dauphiné » pour voir des reportages d’époque montrant les mineurs au travail, notamment dans les secteurs escarpés.

Bibliographie 

  • 1. Ouvrages de référence (Monographies)

    • ASSOCIATION LA MINE IMAGE. Les Gueules Noires de la Mure : Cent cinquante ans d’histoire des Houillères du Bassin du Dauphiné. Ouvrage collectif.

    2. Études Géologiques et Techniques

    • GIDON, Maurice. Géologie de la Matheysine. (Travaux disponibles via le portail Geol-Alp). Indispensable pour comprendre la complexité tectonique du secteur Saint-Arey et la difficulté de l’exploitation en dressants.

    • HAUDOUR, Jean & SARROT-REYNAULD, Jean. Le bassin houiller de La Mure (Isère) : étude géologique. Bulletin du Service de la Carte Géologique de la France, 1964.

    • SARROT-REYNAULD, Jean. Étude géologique du dôme de La Mure (Isère) et des régions annexes. Mémoires pour servir à l’explication de la carte géologique détaillée de la France, 1961.

    3. Articles et Publications Scientifiques

    • BAILLY-MAÎTRE, Marie-Christine. « Les mines de plomb et d’argent en Oisans et en Matheysine au Moyen Âge ». Revue de géographie alpine. (Bien que centré sur le Moyen Âge, ses travaux posent les bases de l’histoire minière dauphinoise)

    4. Sources d’Archives (Cotes spécifiques AD38)

    • Fonds des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD) : Archives départementales de l’Isère, Série S (Travaux publics) et surtout la Série J (Fonds privés et d’entreprises).

      • Série 108 J : Fonds des Houillères de la Mure (plans de galeries, rapports d’accidents, dossiers du personnel).

      • Série 7 S : Mines et carrières (dossiers de concessions du XIXe siècle, notamment pour la concession de Prunières dont dépend Saint-Arey).

    5. Rapports Institutionnels

    • BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) :

      • Inventaire des archives minières des HBD.

      • Rapports de mise en sécurité (DREAL/UTAM) effectués lors de la fermeture définitive des accès dans les années 1990-2000.

Vue aérienne en noir et blanc de 1951 avec une ligne jaune indiquant le tracé d'un télébenne sur le relief montagneux.

Les Vestiges du Télébenne de Versenat : Sur les traces de l’or noir de Matheysine

Si les câbles et les bennes ont aujourd’hui disparu du ciel de la Mure, le plateau de la Matheysine garde en son sein les cicatrices de son passé minier. Parmi elles, les embases maçonnées du télébenne de Versenat subsistent comme les derniers témoins d’une prouesse logistique oubliée. Voyage au cœur de l’archéologie industrielle en Isère.

Découvrez l’histoire et les vestiges de la télébenne de Versenat, élément clé du système de transport des mines de La Mure. Des structures de béton aux mécanismes de l’époque, plongez au cœur du patrimoine minier de l’Isère pour comprendre comment l’anthracite a façonné le territoire de la Matheysine.

Informations pratiques

Caractéristique Détails Techniques & Historiques
Désignation Télébenne (ou téléphérique industriel) de Versenat
Exploitant Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD)
Localisation Versenat (commune de La Motte-d’Aveillans / Susville), Isère
Bassin Minier Plateau de la Matheysine
Fonction principale Transport des stériles du point d’extraction vers le terril
Type de système Téléphérique bicâble (généralement système type Bleichert ou Pohlig)
Point de départ Sortie du lavoir
Point d’arrivée Terril des Combes de Versenat
Matériau transporté Stériles issu du lavoir
Énergie Électrique (moteurs asynchrones en station motrice)
Infrastructures visibles Embases en béton, pylônes tronqués, restes de stations de tension
Période d’activité Apogée au XXe siècle (abandon en 1968 lors de l’ouverture du terril du Villaret)
Intérêt patrimonial Témoin de la mécanisation des transports en site escarpé

Un fantôme industriel dans le paysage Dauphinois

Pour le promeneur non averti, ce ne sont que des blocs de béton et de pierre grise émergeant de la végétation. Pourtant, pour l’historien et le passionné de patrimoine, ces socles sont les racines d’un géant de fer : le télébenne de Versenat.

Situé sur la commune de La Motte-d’Aveillans, ce dispositif était une pièce maîtresse du système de transport des Mines de la Mure. Aujourd’hui, bien que les pylônes métalliques aient été démantelés, ces bases maçonnées dessinent encore, en pointillé, la trajectoire du charbon à travers la montagne.

Vue aérienne en noir et blanc de 1951 avec une ligne jaune indiquant le tracé d'un télébenne sur le relief montagneux.

Photographie aérienne de 1951 montrant le parcours du télébenne (tracé en jaune).

À quoi servait le télébenne de Versenat ?

Le plateau matheysin était un véritable labyrinthe de puits de mine et de galeries. Le télébenne (ou téléphérique industriel) était la solution la plus économique pour franchir les dénivelés complexes de la région.

Le transport des stériles

Le rôle principal du télébenne de Versenat n’était pas de transporter le charbon pur, mais d’évacuer les stériles (les roches sans valeur extraites en même temps que l’anthracite). Ces résidus étaient acheminés depuis les centres de tri et de lavage (notamment le Villaret) pour être déversés sur le terril de Versenat.

Une mécanique de précision

À l’époque, des centaines de bennes circulaient suspendues à un câble porteur, actionnées par un câble tracteur. Ce ballet incessant permettait de traiter des tonnages massifs, nécessaires pour maintenir la rentabilité de l’exploitation minière jusqu’à la fin du XXe siècle.

AvantAprès

Avant : Vue aérienne du complexe minier en 1960 : la gare de départ du télébenne et le lavoir.

Apres : Vue aérienne de 1969 : Entre vestiges du télébenne et modernisation du lavoir.

Pourquoi ne reste-t-il que les bases maçonnées ?

Après la fermeture définitive des Mines de la Mure en 1997, le démantèlement des infrastructures a été entrepris pour des raisons de sécurité et de récupération des matériaux.

  1. Le recyclage du métal : Les pylônes en treillis d’acier ont été découpés et envoyés à la ferraille.

  2. L’ancrage au sol : Seules les fondations, blocs massifs de béton et de maçonnerie ancrés profondément dans le sol pour supporter des tonnes de tension, ont résisté au temps et aux pelleteuses.

Ces bases sont aujourd’hui des bornes historiques. Elles permettent de visualiser l’emprise au sol et l’ampleur de l’installation, marquant le paysage d’une empreinte indélébile.

Gros plan sur un bloc de béton massif avec des tiges de métal rouillé dépassant de sa structure, vestige d'un poteau de télébenne entouré par une végétation sauvage dense. Photo de 2015.

Vestiges d’un pylône de télébenne : la reconquête végétale (2015).
Un massif de béton brut, reste d’un poteau porteur intermédiaire, se laisse peu à peu envahir par la nature sauvage.

L’archéologie industrielle : Une nouvelle façon de visiter la Matheysine

Visiter le site de Versenat aujourd’hui, c’est pratiquer l’archéologie de terrain. C’est un lieu privilégié pour comprendre comment l’industrie a façonné la topographie locale.

  • Le Terril de Versenat : À proximité des bases de pylônes, cette montagne artificielle de schiste noir témoigne de l’accumulation des matériaux transportés pendant des décennies.

  • La lecture du tracé : En alignant les socles restants, on peut encore deviner la ligne droite parfaite que suivaient les bennes au-dessus de la vallée.

  • Compléter la visite : Pour comprendre le fonctionnement de ces machines, un passage par le Musée de la Mine Image (à la Motte-d’Aveillans) est indispensable pour voir des maquettes et des archives d’époque.

Gros plan sur un vestige métallique rouillé sortant d'un socle en béton, entouré par la nature sauvage près d'un ancien télébenne.

Vestige métallique non identifié émergeant d’un massif en béton, ancienne gare d’arrivée du télébenne. Photo prise en 2015.

Conclusion : Préserver la mémoire de la pierre

Le télébenne de Versenat a peut-être perdu ses membres d’acier, mais son squelette de pierre raconte toujours l’histoire de la sueur et du labeur des mineurs du Dauphiné. Ces vestiges sont essentiels pour ne pas oublier que sous ces pâturages paisibles battait autrefois le cœur industriel de la France.

Vestige de structure métallique verticale ancrée dans un massif de bétonnage, photographie d'archive 2015.

Détail d’une fondation avec vestige de poteau métallique (cliché de 2015).

1. La diversité des métiers : Une usine à ciel ouvert

Le personnel du jour était extrêmement stratifié. On y trouvait trois grands pôles :

  • Le traitement (Lavoirs et Cribles) : C’est le secteur le plus dur. L’anthracite sortant de la mine est mélangé à du schiste (stérile). Au Villaret ou aux Rioux, les ouvriers (et longtemps les ouvrières) triaient le charbon sur des tapis roulants.

  • Les Ateliers Centraux : Forgerons, mécaniciens, électriciens, menuisiers. C’était l’élite technique. Ils réparaient les marteaux-piqueurs, entretenaient les bennes et les câbles des puits. Sans eux, le fond s’arrêtait.

  • Les « Grands Bureaux » et l’administratif : Comptables, géomètres, ingénieurs et personnel médical. Ils géraient la paie, les plans des galeries et la santé des mineurs.

2. Les conditions de travail : Bruit, poussière et froid

Contrairement au fond où la température est constante (environ 15-18°C à La Mure), le personnel du jour subissait le climat rude du plateau matheysin.

  • L’exposition aux éléments : Dans les installations de triage (souvent de grands hangars en tôle mal isolés), les ouvriers travaillaient dans un froid glacial l’hiver, avec des courants d’air permanents.

  • La poussière et le bruit : Les cribles (tamis géants) et les concasseurs généraient un vacarme assourdissant et une poussière fine d’anthracite, tout aussi nocive que celle du fond. Les « trieurs » finissaient la journée aussi noirs que ceux qui remontaient du puits.

  • Le danger mécanique : Si le risque d’éboulement était absent, le danger venait des machines, des courroies de transmission et du mouvement incessant des trains du SGLM (Chemin de fer de La Mure) qui manoeuvraient sous les trémies.

3. La place singulière des femmes : Les « Trieuses »

Le bassin de La Mure a longtemps employé des femmes au jour, une pratique qui a perduré jusqu’aux années 1960-70.

  • Le triage manuel : Elles étaient affectées au retrait des pierres sur les tapis de charbon. C’était un travail répétitif, épuisant pour le dos et les mains, effectué dans une atmosphère saturée de poussière.

  • Évolution : Avec la modernisation des lavoirs (séparation par densité dans des bains de liqueur dense), leur nombre a diminué, les postes devenant plus techniques et masculinisés.

4. Vie sociale et Statut : Mineurs à part entière

Un point crucial : le personnel du jour bénéficiait du Statut du Mineur de 1946.

  • Mêmes avantages : Ils avaient droit au logement gratuit (les cités), au charbon de chauffage, aux soins gratuits à la Société de Secours minière et aux colonies de vacances pour leurs enfants.

  • La retraite : C’était le point de friction majeur. Les ouvriers du jour devaient travailler plus longtemps que ceux du fond (qui partaient à 50 ou 55 ans) pour obtenir leur retraite à taux plein. Cela créait une distinction sociale nette au sein de la cité.

5. La dynamique « Jour / Fond » : Une solidarité complexe

  • Le complexe de la surface : Il existait parfois une tension symbolique. Les mineurs du fond se considéraient comme les seuls « vrais » mineurs, ceux qui risquaient leur vie. Les gens du jour étaient parfois vus comme des privilégiés, bien que leur travail soit essentiel.

  • L’union dans la lutte : Lors des grandes grèves (1948, 1963), cette distinction disparaissait. Le personnel du jour (notamment les ateliers et le transport) était le premier à bloquer l’outil de production pour soutenir les revendications globales.

  • La sentinelle du drame : Le personnel du jour était le premier témoin des accidents. C’est eux qui voyaient arriver les ambulances au carreau de la mine et qui géraient l’angoisse des familles accourant aux grilles du puits.

6. L’héritage architectural

Aujourd’hui, les vestiges les plus visibles à La Mure sont ceux du « Jour » :

  • Le Puits du Villaret et son chevalement (classé).

  • Les Grands Bureaux qui témoignent de la puissance administrative des HBD.

  • Les Ateliers reconvertis pour certains en zones d’activités.

Foire Aux Questions vestiges télébennes de Versenat

Une télébenne est un système de transport aérien par câbles (similaire à un téléphérique) utilisé pour acheminer le charbon brut depuis les points d’extraction escarpés vers les centres de traitement (lavoirs) ou les gares d’expédition. En Matheysine, ce mode de transport était privilégié pour franchir les reliefs accidentés du plateau.

La télébenne de Versenat servait à évacuer les stériles extrait depuis le lavoir (commune de La Motte-d’Aveillans) vers le terril des combes du Villaret. Elle permettait un flux continu des stériles sans dépendre des contraintes du transport routier ou ferroviaire au sol.

Le relief du plateau matheysin est marqué par des ruptures de pente importantes. La télébenne offrait une solution directe « à vol d’oiseau », beaucoup moins coûteuse à construire et à entretenir qu’une ligne de chemin de fer en montagne, tout en garantissant un débit constant de plusieurs tonnes par heure.

L’activité de la télébenne a décliné avec la restructuration des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD) dans la seconde moitié du XXe siècle. Les vestiges actuels datent de l’époque où le bassin minier de La Mure était à son apogée industrielle, avant la construction d’un nouveau lavoir en 1968.

On peut encore observer des structures en béton armé, notamment les embases des pylônes et des éléments de la station de chargement. Ces vestiges font désormais partie intégrante du paysage de l’archéologie industrielle locale, témoins de la robustesse des constructions minières.d’Aveillans.

Le site est accessible via des sentiers de randonnée sur le plateau matheysin. Cependant, il s’agit de ruines industrielles non sécurisées : la prudence est de mise. Pour une compréhension complète du système, il est recommandé de coupler cette visite avec celle du Musée de La Mine Image à La Motte-d’Aveillans.

Poursuivez votre exploration

« Ce chantier de rénovation est donc un témoin précieux de l’héritage ferroviaire de la Matheysine...« 

« …les travaux de restauration est aujourd’hui une élément incontournable sur le Petit Train de La Mure.« 

« …l’effondrement catastrophique de La Clapisse » (A venir)

Sources et sites officiels 

1. Institutions et Musées (Contexte Historique)

  • La Mine Image : C’est le musée de référence situé à La Motte-d’Aveillans. Leur site offre un excellent contexte sur les Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD).

  • Archives Départementales de l’Isère : Indispensable pour mentionner les fonds d’archives (série S ou fonds des HBD) que les chercheurs peuvent consulter.

2. Cartographie et Archéologie du Paysage (Outils d’Historien)

  • Géoportail – Remonter le temps : Le lien le plus important. Il permet de comparer les photos aériennes de 1950-1965 (où la télébenne était encore en activité ou visible) avec les vues actuelles. On y voit très bien le tracé des câbles à l’époque.

  • L’Inventaire du Patrimoine de l’Isère : Pour vérifier si le site de Versenat ou le triage-lavoir du Villaret sont répertoriés dans l’inventaire général du patrimoine culturel.

3. Ressources Techniques (Transport par câble)

Bibliographie 

  • 1. Revues et Bulletins Spécialisés

    • Association Mémoire des Mines de la Mure, Bulletins annuels de l’association.

      • Pourquoi : Ces bulletins contiennent souvent des monographies sur des sites spécifiques comme Versenat, avec des plans d’époque et des témoignages d’anciens mineurs sur le fonctionnement des télébennes.

    • L’Alpe (Revue), Le Peuple du Charbon, Numéro spécial consacré aux mines de La Mure.

      • Pourquoi : Pour une approche plus iconographique et paysagère de l’impact de l’industrie sur le plateau matheysin.

    2. Rapports Techniques et Archives (Sources primaires)

    • Archives Départementales de l’Isère (ADI), Série S (Travaux publics et transports) et Série M (Industrie).

      • Pourquoi : Pour consulter les dossiers de concession et les plans de construction des transporteurs aériens (souvent déposés par les sociétés constructrices comme Bleichert ou Pohlig).

    • Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD), Rapports annuels de gestion (1946-1997).

      • Pourquoi : Pour obtenir les chiffres de production et les investissements réalisés sur la branche de Versenat.

    3. Ressources en ligne vérifiées

    • Musée de La Mine ImageFonds documentaire sur les transports miniersmine-image.fr.

    • Ministère de la CultureBase Mérimée : Inventaire du patrimoine industriel (Mines de La Mure).

Voir la carte de la gare d’arrivée

Voir la carte du poteau intermédiaire

Galerie Photos

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Photo historique de 2017 de la Piste Noire, une ancienne route minière surplombant la cité nouvelle de la centrale à Fontveille

La Piste Noire de Bois Freynet : Une cicatrice minière témoin du passé houiller dauphinois

En 1983, un chantier colossal se préparait dans le massif du Dauphiné : l’exploitation à ciel ouvert de la zone de Bois Freynet par les Houillères du Bassin Dauphinois (HBD). Un défi logistique de taille se posait : comment accéder à ce site isolé pour extraire le précieux charbon ? La réponse fut la création d’une artère singulière, une route au nom évocateur : la Piste Noire.

La Piste Noire. Un nom qui résonne avec l’histoire industrielle du Dauphiné. Bien plus qu’un simple chemin, elle est le témoin d’une époque où l’extraction du charbon façonnait le paysage et la vie des hommes. Découvrez l’histoire de cette route singulière, construite à partir de déchets miniers, et devenue aujourd’hui un lieu de mémoire et de loisirs.

Informations pratiques

Model

Voici une fiche technique sous forme de tableau pour la Piste Noire, reprenant les informations pertinentes et les organisant de manière concise :

Caractéristique Description
Nom Piste Noire
Localisation Bassin Dauphinois, Massif du Dauphiné, secteur de Bois Freynet et Fontveille, Susville. Voir carte en pied d’article.
Période de Construction 1983
Période d’Utilisation 1983 – 1986 (Exploitation à ciel ouvert de Bois Freynet)
Fonction Principale Accès à la zone d’exploitation minière de Bois Freynet ; Transport du charbon vers le lavoir du Villaret.
Type de Revêtement Schistes (déchets miniers issus de l’extraction du charbon)
Utilisation Actuelle Sentier de randonnée, VTT, potentiel pour 4×4 (à vérifier la réglementation actuelle)
Impact Environnemental Poussière, pollution sonore et atmosphérique lors de l’exploitation ; Modification du paysage. 
Rôle Historique Témoignage de l’activité minière dans le Bassin Dauphinois; impact sur la vie des habitants de Fontveille.
État Actuel Piste conservée, empruntée par des usagers de loisirs, visible, accessible. La piste est en bonne état.
Gestion/Protection La piste est géré par la commune de Susville

Une route née des entrailles de la mine

Le nom de « Piste Noire » n’était pas anodin. Loin d’être une coquetterie, il reflétait la nature même de son revêtement : des schistes, ces déchets miniers issus de l’extraction du charbon. Ce choix pragmatique permit de stabiliser le terrain accidenté et de créer une voie carrossable capable de supporter un trafic intense.

Avant même l’arrivée des excavatrices et des bulldozers, la Piste Noire devait jouer un rôle crucial. Il fallait d’abord permettre aux camions grumiers de débarder le bois de la zone, préparant ainsi le terrain pour l’exploitation minière.

Ce que nous appelons aujourd’hui la Piste Noire correspond historiquement à la liaison technique entre le carreau du Puits Villaret et le triage-lavoir.

 La « piste noire » constituait l’axe logistique dédié à l’évacuation, par camions-bennes, de l’anthracite issu de la découverte (exploitation à ciel ouvert) de Bois Freynet.

Photo historique de 2017 de la Piste Noire, une ancienne route minière surplombant la cité nouvelle de la centrale à Fontveille

La Piste Noire surplombant la cité nouvelle de Fontveille, vestige de l’exploitation minière de Bois Freynet (photo de 2017).

De l’extraction à la valorisation : La Piste Noire, cordon ombilical de l’anthracite

1. Le « Tout-venant » : un produit brut

À sa sortie de terre, l’anthracite est intimement mêlé à des stériles (principalement des schistes et des grès). Ce mélange est inexploitable en l’état par les chaudières industrielles ou domestiques. La Piste Noire n’était donc pas un simple chemin forestier, mais un axe logistique vital, un véritable « cordon ombilical » reliant le lieu d’extraction à l’Usine de Préparation des Combustibles (UPC).

2. Le Lavoir : l’alchimie de la densité

Au bout de cette piste, les camions bennes déversaient leur cargaison au lavoir. C’est ici que s’opérait la séparation densimétrique :

  • Plongé dans des bacs à pistonnage ou des milieux denses, le charbon (plus léger) flottait, tandis que le schiste (plus lourd) coulait.

  • Cette étape de lavage permettait d’éliminer les impuretés et d’abaisser le taux de cendres, garantissant la pureté exceptionnelle de l’anthracite dauphinois.

3. Le Criblage : la naissance des produits commerciaux

Une fois lavé, le charbon passait au criblage (tri par taille). C’est à ce stade que le combustible gagnait sa valeur marchande et son nom. Il était calibré en différentes catégories selon les besoins du marché :

  • Les Gaillettes et Noisettes pour les poêles domestiques.

  • Les Grains et Petits Grains pour les chaudières.

  • Les Fines pour l’industrie lourde et les centrales thermiques.

4. Une économie de la qualité

C’est précisément ce processus industriel, qui transformait la roche brute en une source d’énergie stratégique. En circulant sur la Piste Noire, l’anthracite entamait sa mutation d’un produit minéral brut vers un produit de luxe énergétique, faisant la fortune et la renommée du plateau de la Matheysine jusqu’en 1997.

Un ballet incessant de camions bennes

L’exploitation à ciel ouvert lancée, la Piste Noire devint l’épine dorsale de toute l’opération. Les camions bennes, chargés de charbon extrait de Bois Freynet, entamaient un ballet incessant en direction du lavoir du Villaret, situé à Susville.

Imaginez la scène : une noria de camions, jour après jour, arpentant la Piste Noire. La poussière soulevée par leurs passages, malgré les tentatives d’arrosage, recouvrait inévitablement le paysage.

Plan sur fond de carte IGN montrant le tracé de la Piste Noire, visualisé par un trait bleu.

Tracé de la Piste Noire superposé à une carte topographique IGN.

La vie quotidienne bouleversée

Le tracé de la Piste Noire traversait la cité nouvelle de la centrale à Fontveille. Pour les habitants, la vie quotidienne était radicalement transformée. Faire sécher son linge au soleil devenait un défi, tant la poussière omniprésente risquait de le souiller.

Cette poussière, cependant, n’était pas la seule nuisance. Il faut également prendre en compte les émissions polluantes de la centrale, qui brûlait un charbon de qualité médiocre, rejetant d’autres particules fines dans l’air ambiant.

1. La diversité des métiers : Une usine à ciel ouvert

Le personnel du jour était extrêmement stratifié. On y trouvait trois grands pôles :

  • Le traitement (Lavoirs et Cribles) : C’est le secteur le plus dur. L’anthracite sortant de la mine est mélangé à du schiste (stérile). Au Villaret ou aux Rioux, les ouvriers (et longtemps les ouvrières) triaient le charbon sur des tapis roulants.

  • Les Ateliers Centraux : Forgerons, mécaniciens, électriciens, menuisiers. C’était l’élite technique. Ils réparaient les marteaux-piqueurs, entretenaient les bennes et les câbles des puits. Sans eux, le fond s’arrêtait.

  • Les « Grands Bureaux » et l’administratif : Comptables, géomètres, ingénieurs et personnel médical. Ils géraient la paie, les plans des galeries et la santé des mineurs.

2. Les conditions de travail : Bruit, poussière et froid

Contrairement au fond où la température est constante (environ 15-18°C à La Mure), le personnel du jour subissait le climat rude du plateau matheysin.

  • L’exposition aux éléments : Dans les installations de triage (souvent de grands hangars en tôle mal isolés), les ouvriers travaillaient dans un froid glacial l’hiver, avec des courants d’air permanents.

  • La poussière et le bruit : Les cribles (tamis géants) et les concasseurs généraient un vacarme assourdissant et une poussière fine d’anthracite, tout aussi nocive que celle du fond. Les « trieurs » finissaient la journée aussi noirs que ceux qui remontaient du puits.

  • Le danger mécanique : Si le risque d’éboulement était absent, le danger venait des machines, des courroies de transmission et du mouvement incessant des trains du SGLM (Chemin de fer de La Mure) qui manoeuvraient sous les trémies.

3. La place singulière des femmes : Les « Trieuses »

Le bassin de La Mure a longtemps employé des femmes au jour, une pratique qui a perduré jusqu’aux années 1960-70.

  • Le triage manuel : Elles étaient affectées au retrait des pierres sur les tapis de charbon. C’était un travail répétitif, épuisant pour le dos et les mains, effectué dans une atmosphère saturée de poussière.

  • Évolution : Avec la modernisation des lavoirs (séparation par densité dans des bains de liqueur dense), leur nombre a diminué, les postes devenant plus techniques et masculinisés.

4. Vie sociale et Statut : Mineurs à part entière

Un point crucial : le personnel du jour bénéficiait du Statut du Mineur de 1946.

  • Mêmes avantages : Ils avaient droit au logement gratuit (les cités), au charbon de chauffage, aux soins gratuits à la Société de Secours minière et aux colonies de vacances pour leurs enfants.

  • La retraite : C’était le point de friction majeur. Les ouvriers du jour devaient travailler plus longtemps que ceux du fond (qui partaient à 50 ou 55 ans) pour obtenir leur retraite à taux plein. Cela créait une distinction sociale nette au sein de la cité.

5. La dynamique « Jour / Fond » : Une solidarité complexe

  • Le complexe de la surface : Il existait parfois une tension symbolique. Les mineurs du fond se considéraient comme les seuls « vrais » mineurs, ceux qui risquaient leur vie. Les gens du jour étaient parfois vus comme des privilégiés, bien que leur travail soit essentiel.

  • L’union dans la lutte : Lors des grandes grèves (1948, 1963), cette distinction disparaissait. Le personnel du jour (notamment les ateliers et le transport) était le premier à bloquer l’outil de production pour soutenir les revendications globales.

  • La sentinelle du drame : Le personnel du jour était le premier témoin des accidents. C’est eux qui voyaient arriver les ambulances au carreau de la mine et qui géraient l’angoisse des familles accourant aux grilles du puits.

6. L’héritage architectural

Aujourd’hui, les vestiges les plus visibles à La Mure sont ceux du « Jour » :

  • Le Puits du Villaret et son chevalement (classé).

  • Les Grands Bureaux qui témoignent de la puissance administrative des HBD.

  • Les Ateliers reconvertis pour certains en zones d’activités.

Un héritage complexe

Aujourd’hui, la Piste Noire de Bois Freynet est bien plus qu’un simple chemin. Elle est une cicatrice dans le paysage, un témoin silencieux d’une époque révolue, celle de l’exploitation minière à grande échelle dans le Bassin Dauphinois. Elle rappelle la dureté des conditions de travail, l’impact environnemental et les compromis nécessaires pour assurer la production d’énergie.

Cette piste noire, symbole d’une activité industrielle intense, soulève encore aujourd’hui des questions sur la gestion des héritages miniers et la nécessité d’une transition énergétique juste et durable. Elle nous invite à nous souvenir du passé pour mieux construire l’avenir.

Foire Aux Questions la piste Noire

Son nom vient directement de sa composition. Contrairement aux routes classiques en remblai calcaire (gris ou blanc), cette piste a été construite à partir de stériles miniers, principalement des schistes noirs extraits des mines de charbon locales. Cette couleur sombre caractéristique l’a immédiatement distinguée dans le paysage.

La piste a été aménagée en 1983 par les Houillères du Bassin Dauphinois (HBD). Elle était indispensable pour ouvrir le chantier d’exploitation à ciel ouvert (appelé « la découverte ») de la zone de Bois Freynet.

La Piste Noire avait une double fonction logistique :

  • Au début : Permettre l’accès aux engins de terrassement et le passage des camions grumiers pour déboiser la zone.

  • En phase d’exploitation : Assurer la « noria » (le va-et-vient incessant) des camions bennes transportant le charbon brut depuis Bois Freynet jusqu’au lavoir du Villaret, à Susville, pour y être traité.

Le passage des camions à proximité de la cité nouvelle de la centrale entraînait d’importantes retombées de poussière noire. Malgré l’arrosage régulier de la piste pour limiter les envols, il était quasiment impossible pour les riverains de faire sécher leur linge dehors ou de garder les habitations propres. À cela s’ajoutaient le bruit des moteurs et les fumées de la centrale thermique voisine.

L’activité a été intense mais relativement courte. Le chantier de Bois Freynet ayant pris fin en 1986, la piste a été abandonnée par les Houillères seulement trois ans après sa création, suite à l’épuisement ou à l’arrêt de l’exploitation de cette zone.

Oui, la piste existe toujours. Bien qu’elle ne soit plus entretenue pour le passage de poids lourds, elle est devenue un itinéraire prisé par les promeneurs, les vététistes et, dans certaines zones autorisées, par les véhicules tout-terrain (4×4). Elle constitue désormais un sentier de mémoire permettant de découvrir les paysages transformés du bassin minier.

Le charbon empruntant la piste était acheminé vers le lavoir du Villaret à Susville. C’est là que le minerai était trié, lavé et calibré avant d’être expédié vers les clients industriels ou domestiques.

Poursuivez votre exploration

« Retrouvez l’exploitation de Bois Freynet« 

« .Suivez nous sur l’histoire des Houilleres du Bassin Dauphinois HBD« 

Sources et sites officiels 

1. Contextualisation Historique et Technique

  • La Mine Image (Musée souterrain de la Mine) : C’est le site de référence pour comprendre l’extraction dans le Dauphiné. Ils ont des ressources sur les Houillères du Bassin Dauphinois (HBD).

  • Mémoire d’Obiou : Cette association d’histoire locale publie des articles de fond sur le patrimoine de la Matheysine, notamment sur l’époque des « découvertes » (mines à ciel ouvert).

2. Cartographie et Évolution du Paysage (Essentiel pour la Piste)

  • Géoportail – Remonter le temps (IGN) : Ce lien est crucial pour vos lecteurs. Il permet de comparer les photos aériennes de 1983 (pendant l’exploitation) avec celles d’aujourd’hui pour voir le tracé de la Piste Noire.

  • Inventaire des Réseaux Spéciaux (Fiches Ferroviaires/Minières) : Ce site répertorie souvent les anciens tracés techniques (plans inclinés, voies de camions) liés aux mines. (Rechercher « Bassin Dauphinois »).

3. Localisation et Patrimoine Local

  • Mairie de Susville : La Piste Noire reliait Bois Freynet au Villaret (Susville). Le site de la commune évoque parfois son passé minier.

  • Patrimoine de l’Isère : La page du Département dédiée au patrimoine industriel.

4. Archives et Documents d’Époque

  • Archives Départementales de l’Isère : Pour les lecteurs qui souhaitent consulter les fonds d’archives des HBD (Houillères du Bassin Dauphinois).

  • Archives Nationales du Monde du Travail (ANMT) : Ils conservent des dossiers sur les fermetures de mines et les reconversions de sites.

Bibliographie 

  • 1. Ouvrages de référence (Histoire Générale)

    • BILLET, Jean. La Matheysine : Étude de géographie régionale. Imprimerie Allier, 1963.

      • Pourquoi ce livre ? Bien que plus ancien, il permet de comprendre la topographie complexe de la zone entre Susville et Fontveille avant les grands bouleversements des « découvertes ».

    2. Études et Publications Locales (Le plus précis sur Bois Freynet)

    • ASSOCIATION MÉMOIRE D’OBIOU. Bulletins annuels de la revue « Mémoire d’Obiou ».

      • Vérification : Consultez notamment le n° 18 (2013) et le n° 23 (2018). Cette revue de référence pour l’histoire locale contient des témoignages d’anciens mineurs et des précisions sur les sites de Susville et les chantiers de surface des années 80.

    • COLLECTIF. Le Bassin Minier Dauphinois : Regards Croisés. Édité par le Musée de la Mine Image, 2005.

      • Contenu : Analyse l’évolution des paysages miniers et l’impact des déchets de schistes sur l’environnement.

    3. Rapports Techniques et Archives (Sources primaires)

    • HOUILLÈRES DU BASSIN DAUPHINOIS (HBD). Rapports annuels d’activité (1982, 1983, 1986).

      • Localisation : Archives Départementales de l’Isère (Fonds des Houillères).

      • Détails : Ces documents administratifs valident les dates de mise en service de la piste et les tonnages évacués vers le lavoir du Villaret.

    • CHARBONNAGES DE FRANCE. Archives de la fermeture du Bassin Dauphinois.

      • Contenu : Plans de remise en état des sites (ou abandon des pistes) après 1986.

    4. Ressources Cartographiques

    • INSTITUT GÉOGRAPHIQUE NATIONAL (IGN). Carte Topographique 3336OT (La Mure / Valbonnais).

      • Note : Utile pour identifier le tracé actuel de la piste devenu chemin de randonnée.

Vestiges en pierre de taille de l'entrée de la galerie de la poudrière du Villaret, mine de Susville en Isère, photographie de 1999.

La Poudrière du Villaret : Secret des Mines de Susville

Plongez au cœur de l’ingénierie minière du Dauphiné en découvrant ce vestige stratégique, autrefois garant de la sécurité des mineurs de l’Isère.

Comment les mineurs de l’Isère domptaient-ils le danger des explosifs ? Explorez l’histoire de la poudrière du Villaret à Susville, un vestige stratégique du patrimoine minier du Dauphiné. Entre ingénierie de pointe et rituels de sécurité draconiens, découvrez comment ce site méconnu protégeait les ouvriers au cœur des mines de charbon de la Matheysine

Informations pratiques

Caractéristique Détails de l’ouvrage
Nom de l’ouvrage Galerie de la Poudrière du Villaret
Localisation Susville, Isère (38) – Lieu-dit Versenat
Bassin Minier Bassin de la Matheysine (Extraction d’anthracite)
Implantation Niveau 12 (au-dessus du carreau du Villaret)
Coordonnées GPS 44.921847, 5.777846
Fonction Stockage sécurisé des explosifs et détonateurs
Type de construction Galerie souterraine voûtée avec chambre de décompression
Matériaux de sécurité Métaux non ferreux (bronze, étain) pour éviter les étincelles
Équipement du personnel Sandales de cuir souple (sans clous) et lampes de sûreté
Statut actuel Site remblayé et sécurisé en 1997 (Bâtiments rasés)
Accessibilité Extérieurs visibles, accès intérieur impossible car détruit

L’usage de la poudre : un mal nécessaire dans les mines d’Isère

Au cœur des mines du plateau de la Matheysine, l’abattage de la roche nécessitait l’usage intensif d’explosifs. Si la poudre a permis de décupler la productivité, elle a aussi introduit un risque permanent : la déflagration accidentelle.

Pour stocker ces substances hautement instables, les compagnies minières ne laissaient rien au hasard. Contrairement aux petites exploitations qui se contentaient d’un simple renfoncement, les grandes mines comme celle du Villaret disposaient de galeries spécifiquement conçues pour isoler le danger.

Vue de l'emplacement probable de l'ancienne galerie de la poudrière du Villaret à Susville (Isère) en 1999, après les travaux de mise en sécurité du site minier.

Sur les traces de la poudrière (1999). Photographie prise deux ans après le remblaiement du site, montrant le secteur présumé de l’entrée de la galerie au niveau 12 du carreau du Villaret.

L’ingénierie de la poudrière : une architecture du souffle

Si l’aspect extérieur de la poudrière du Villaret semble modeste, sa conception interne répond à des calculs d’ingénierie civile minière d’une grande précision. Contrairement à une galerie de roulage classique, une poudrière souterraine (comme celle du niveau -12) est conçue pour fragmenter et canaliser l’énergie.

1. La chicane de décompression : le brise-souffle

L’élément le plus stratégique d’une poudrière n’est pas sa porte blindée, mais la géométrie de sa galerie d’accès. Le plan type présente systématiquement un tracé en chicane (en « S » ou en « T »).

  • La raison : En cas de déflagration accidentelle, l’onde de choc se déplace de manière rectiligne. En frappant un mur de roche perpendiculaire (le « mur de dérivation »), l’onde perd l’essentiel de son énergie cinétique avant d’atteindre le puits ou les zones de vie. C’est ce qu’on appelle la rupture de charge du souffle.

2. L’isolement en cellules (niches de stockage)

Au Villaret, les explosifs n’étaient pas entassés dans une salle unique. Le plan de masse révèle une série de niches latérales creusées dans le rocher :

  • Chaque niche était séparée de la suivante par un pilier de protection d’une épaisseur calculée (souvent plusieurs mètres de roche en place).

  • Cette disposition empêche l’effet de « sympathie » : si une cartouche explose dans une cellule, l’onde de choc et la chaleur ne doivent pas pouvoir déclencher l’explosion de la cellule voisine.

3. La voûte : entre pression lithostatique et onde de choc

La forme en fer à cheval de la galerie (voûte plein cintre) répond à un double impératif :

  • Résistance externe : Supporter la pression des terrains (pression lithostatique), 

  • Résistance interne : En cas d’explosion, la forme voûtée répartit la pression sur les parois (les piédroits) plutôt que sur un plafond plat qui s’effondrerait instantanément, obstruant tout secours.

  • La ventilation naturelle : La courbure de la voûte favorise la circulation d’un filet d’air constant, indispensable pour maintenir les explosifs nitratés au sec, ces derniers étant extrêmement sensibles à l’humidité (hydrophilie).

4. Le radier et l’évacuation des eaux

Le sol (le radier) de la poudrière était souvent bétonné et légèrement incliné vers une rigole latérale. L’objectif était d’empêcher toute stagnation d’eau, qui aurait pu altérer les caisses d’explosifs ou, pire, favoriser la décomposition chimique de certaines dynamites anciennes.

Note

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Nous ne possédons hélas aucune photographie de la poudrière, ces lieux étant par nature interdits d’accès et protégés par le secret industriel et sécuritaire. La seule trace technique dont nous disposions est un plan de situation des galeries des secteurs du Peychagnard et du Villaret, établi par le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) lors des campagnes de mise en sécurité du bassin. Ce document est consultable en mairie de Susville.

Vestiges en pierre de taille de l'entrée de la galerie de la poudrière du Villaret, mine de Susville en Isère, photographie de 1999.

Derniers témoignages de la poudrière du Villaret (1999). L’appareillage soigné en pierre de taille souligne l’importance stratégique et la solidité de cet édifice, conçu pour isoler les explosifs de la mine.

Sandales de cuir et lampes protégées : le rituel de sécurité

Entrer dans la poudrière du Villaret exigeait une discipline de fer. Pour éviter toute étincelle fatidique (le redoutable « point chaud »), des mesures draconiennes étaient appliquées :

  1. Zéro métal ferreux : Toutes les charnières et parties métalliques étaient fabriquées en bronze ou en étain, des métaux qui ne produisent pas d’étincelles en cas de choc.

  2. L’habillement : Le gardien de la poudrière troquait ses sabots cloutés contre des sandales souples. Le règlement de sécurité imposait souvent des vêtements sans poches extérieures (pour éviter les vols ou les oublis de cartouches)

  3. L’éclairage : Le feu nu étant proscrit, on utilisait des lampes à pétrole dotées d’un grillage de protection spécifique pour isoler la flamme de l’atmosphère ambiante.

  4. La gestion des explosifs au Villaret n’était pas qu’une question de rituels, mais répondait à des règlements d’administration publique extrêmement stricts. Le stockage et la manipulation de la dynamite et des détonateurs étaient régis par le décret du 2 mai 1960 (portant règlement général sur l’exploitation des mines de combustibles minéraux solides) et, antérieurement, par les circulaires et arrêtés du Service des Mines.

  5. La poudrière n’était en rien un lieu occulte, mais un organe administratif et sécuritaire névralgique. Chaque mouvement de stock était consigné dans des registres de contrôle obligatoires. L’entrée et la sortie du personnel, le port de vêtements sans poches ou de chaussures sans clous ferreux, ainsi que l’interdiction stricte de tout objet pouvant produire une étincelle, n’étaient pas des coutumes, mais des consignes de sécurité impératives édictées pour prévenir tout risque de déflagration accidentelle.

  6. La conformité de ces installations était régulièrement vérifiée par l’Ingénieur des Mines (représentant le « Contrôle »). Ce dernier s’assurait non seulement de la solidité architecturale de l’ouvrage (murs de dérivation, merlons de protection, aération naturelle), mais aussi de la stricte application des règlements de police des mines. Ces inspections garantissaient que la poudrière restait un sanctuaire technique isolé, protégé des risques d’incendie et de malveillance.
  7. L’éclairage : C’est un point souvent oublié. Dans une poudrière, l’éclairage devait être de sûreté (souvent des niches vitrées éclairées par l’extérieur ou des lampes électriques antidéflagrantes spécifiques). Préciser ce détail renforce l’aspect « haute sécurité » du lieu.

  8. Le retour des ratés : Précisez que la poudrière gérait aussi le retour des « ratés » (explosifs n’ayant pas sauté), qui faisaient l’objet d’une procédure de destruction ou de stockage à part, extrêmement surveillée.
  9. Les explosifs quittaient la poudrière : les sacs de toile ou les caissettes en bois (souvent appelées « poudriers ») portées par le boutefeu ou son aide.

La poudrière du Villaret (1948-1997) : Stockage des explosifs brisants et contrôle du Service des Mines

Contrairement à une idée reçue, la poudrière du Villaret ne stockait pas de la « poudre noire », reléguée depuis la fin du XIXe siècle aux travaux de carrière secondaires. Durant la période d’activité intensive du puits (1948-1997), le Service des Mines imposait l’usage d’explosifs brisants industriels de haute technologie.

On y trouvait principalement des explosifs nitratés et des grisoudynamites, classés « de sûreté » (SGP). Ces produits étaient spécifiquement conçus pour l’abattage de l’anthracite et le creusement des galeries au rocher, avec des propriétés limitant le risque d’inflammation des poussières et des gaz de mine.

La conception même du bâtiment répondait à ces contraintes techniques : il fallait maintenir un taux d’hygrométrie faible pour éviter l’altération des nitrates, et une température stable pour prévenir toute exsudation de la nitroglycérine.

L’amorçage ne se faisait plus par mèche lente (mèche de mineur), mais par des détonateurs électriques à retard ou micro-retard. Ces derniers étaient stockés séparément de l’explosif principal. Ce système permettait de déclencher les tirs à distance, garantissant ainsi une sécurité maximale pour les boutefeux et une meilleure fragmentation du gisement. Le tout était placé sous le contrôle permanent de l’Ingénieur des Mines, garant de l’application des décrets de sécurité de 1946 et 1960. 

Note

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Le rôle du boutefeu : Ce n’est pas un simple ouvrier, c’est un agent spécialisé possédant un agrément technique. Il est le seul habilité à percevoir les explosifs en poudrière contre signature du registre de consommation.

Dessin technique en noir et blanc montrant le schéma d'une petite construction isolée en pierre, identifiée comme une poudrière de mine. Le schéma présente une vue en coupe et une vue de dessus avec des annotations indiquant les murs de soutènement, la porte d'entrée blindée et les conduits d'aération.

Schéma technique d’une poudrière de surface, vestige de l’exploitation des mines de cuivre de Saint-Véran (Hautes-Alpes).

L’organisation sociale et le circuit de l’explosif : du jour au fond

La poudrière du Villaret n’était pas un simple lieu de stockage, mais le pivot d’une organisation spatiale et humaine rigoureuse, articulée autour de la figure centrale du boutefeu.

1. La distribution : une comptabilité de fer

Chaque début de poste commençait par un rituel immuable. Le poudrier (agent responsable du dépôt) ouvrait le site au seul personnel habilité : les boutefeux. Ces derniers, titulaires d’un certificat de préposé au tir, ne recevaient leurs cartouches qu’après présentation d’un bon de commande signé par le porion (chef de chantier).

Chaque bâton d’explosif nitraté et chaque détonateur était consigné dans un registre d’entrée/sortie. Cette « comptabilité matière » interdisait tout écart : à la fin du poste, le boutefeu devait impérativement restituer les invendus ou justifier chaque détonation. La poudrière était donc un lieu de contrôle administratif permanent, sous l’autorité lointaine mais réelle de l’Ingénieur des Mines.

2. Le transport : la séparation des flux

Le trajet de l’explosif vers le front de taille suivait un protocole de sécurité strict pour éviter toute détonation accidentelle durant le transport :

  • L’explosif était transporté dans des caissettes en bois ou des sacs de cuir spéciaux, portés à l’épaule ou placés dans des berlines dédiées, signalées par des codes couleurs ou des plaques spécifiques.

  • Les détonateurs voyageaient systématiquement à part, dans des boîtes blindées fermées à clef, portées par le boutefeu lui-même.

Cette séparation spatiale (explosif d’un côté, amorçage de l’autre) se maintenait jusqu’au dernier moment, juste avant le chargement des trous de mine.

3. L’articulation avec le front de taille

Une fois descendu par le puits du Villaret, l’explosif pouvait transiter par des dépôts auxiliaires souterrains (souvent de simples niches aménagées et cadenassées dans le rocher) avant d’atteindre le chantier de traçage ou la taille.

Le boutefeu était le dernier maillon de cette chaîne. Seul détenteur de la clé de la « boîte à feu » et de la poignée de l’exploseur, il était le maître du temps et de la sécurité du chantier. Cette autonomie, couplée à la dangerosité de sa mission, lui conférait un statut social particulier au sein de la communauté minière : un ouvrier hautement qualifié, garant de l’avancement mais aussi de la vie de ses camarades.

Le rôle du Porion : C’est lui qui coordonnait le tir dans le cycle de travail (abattage, chargement, soutènement), faisant de la poudrière le « pouls » de la production.

Le carreau du Villaret : un patrimoine aujourd’hui disparu

La poudrière était stratégiquement située au niveau 12, légèrement en surplomb du « carreau » (l’ensemble des installations de surface). Adossée à la montagne pour une protection naturelle maximale, elle faisait partie intégrante du paysage industriel de Susville.

Malheureusement, le temps et les impératifs de sécurité moderne ont eu raison de cet édifice. En 1997, lors des travaux de mise en sécurité du site, les bâtiments extérieurs ont été rasés et la galerie remblayée. Aujourd’hui, seuls quelques fragments de béton épars témoignent encore de son emplacement exact au lieu-dit Versenat.

Le poste de gardien de la poudrière (ou magasinier d’explosifs) aux HBD est l’un des rôles les plus singuliers et les plus méconnus de la mine. C’est un métier de l’ombre, régi par une discipline quasi militaire, où la solitude côtoie une responsabilité écrasante.

En tant qu’historien, je peux vous brosser le portrait de cet homme (car c’était exclusivement masculin) qui détenait littéralement les clés de la puissance de feu de la mine.


1. Les conditions de travail : « Une solitude sous haute surveillance »

Travailler à la poudrière, c’est travailler à l’écart du reste de la communauté minière. Pour des raisons de sécurité évidentes, les poudrières des HBD (comme celle située près du puits du Villaret ou des Rioux) étaient isolées du carreau de la mine, souvent nichées dans des vallons ou protégées par des merlons de terre.

  • Le climat et l’isolement : Le gardien passe ses journées dans un bâtiment souvent exigu, aux murs épais, conçu pour diriger le souffle d’une éventuelle explosion vers le haut. Sur le plateau de La Mure, à 900 m d’altitude, cela signifie des hivers glaciaux dans un local où l’on ne peut pas installer n’importe quel système de chauffage (tout doit être antidéflagrant).

  • La rigueur administrative : Le gardien n’est pas un manutentionnaire, c’est un comptable. Chaque cartouche de dynamite (grisounite, gomme, etc.) et chaque détonateur est numéroté. Il doit tenir des registres d’une précision absolue. Une seule cartouche manquante déclenchait immédiatement une enquête de la Gendarmerie et de la Direction des Mines.

  • La sécurité drastique : Le gardien veille au respect de protocoles de sécurité qui ne tolèrent aucune erreur : interdiction absolue de fumer, contrôle des chaussures (pas de clous en fer qui pourraient produire une étincelle, utilisation de sabots de bois ou de chaussures à semelles de caoutchouc), et stockage strictement séparé des explosifs et des détonateurs.

2. Le rythme social : Le point de passage obligé

Bien qu’isolé physiquement, le préposé à la poudrière occupe un poste stratégique dans la chaîne de production.

  • Le rendez-vous des boutefeux : C’est lui qui voit passer, au début de chaque poste, les boutefeux (les mineurs spécialisés dans les tirs de mine). C’est un moment de sociabilité intense mais bref. Le gardien distribue les explosifs dans des sacoches en cuir ou en toile goudronnée. Il connaît chaque boutefeu, ses habitudes, et sa rigueur.

  • Une confiance absolue de la hiérarchie : Le gardien est choisi parmi les employés les plus stables, les plus calmes et les plus fiables. Il est souvent un ancien du fond, parfois reclassé pour raison de santé, mais dont la moralité est irréprochable. Aux yeux de la direction des HBD, c’est un homme de confiance totale.

3. Perception sociale : Un statut à part

Dans la hiérarchie sociale de la mine, le gardien de la poudrière a une image ambivalente :

  • Le « planqué » ? Pour certains mineurs de fond qui s’échinent dans la poussière et le bruit des marteaux-piqueurs, le garde-poudrière peut passer pour un privilégié. Il est au calme, ne descend pas, et son travail semble « propre ».

  • L’homme du danger : Mais pour la majorité, il est respecté. On sait que s’il y a un incident à la poudrière, il n’aura aucune chance. Il vit au milieu d’un stock capable de raser une partie du quartier. C’est une forme de courage passif mais bien réel.

  • Le garant de l’avancement : Sans lui, le travail du fond s’arrête. Dans le bassin de La Mure, où le rocher (le grès) est très dur, rien ne se fait sans explosif. Le gardien est celui qui fournit « l’énergie » nécessaire pour que les copains du fond puissent faire leur « cycle » et toucher leurs primes.

4. Vie sociale et Statut HBD

Comme tout le personnel du jour, il bénéficie du Statut du Mineur :

  • Logement en cité minière (souvent à proximité pour pouvoir intervenir ou surveiller le site).

  • Chauffage au charbon.

  • Mais sa vie sociale est marquée par cette responsabilité : il ne peut pas vraiment « décrocher ». Même en dehors des heures de service, il reste l’homme qui sait où sont les explosifs, ce qui, dans une région de forte tradition de résistance et de syndicalisme de combat, n’est pas un détail neutre.

Les deux galeries de la poudriere

Le site disposait de deux poudrières aménagées en galerie, l’une située au nord et l’autre au sud. Afin de garantir la sécurité des installations, ces deux structures avaient été conçues avec un plan en « T » ; cette disposition spécifique permettait de briser l’onde de choc et de limiter considérablement les dégâts en cas d’explosion accidentelle. Par ailleurs, devant l’entrée de la galerie sud, se trouvait un petit bâtiment entièrement en bois. Il servait de poste au boutefeu, l’opérateur chargé de la manipulation des dispositifs de mise à feu.

Conclusion : Préserver la mémoire minière du Dauphiné

Si la galerie de la poudrière du Villaret n’est plus visible à l’œil nu, son histoire demeure un pilier de notre compréhension du monde ouvrier. Elle rappelle que derrière chaque tonne de charbon extraite, il y avait une organisation scientifique dévouée à la protection des mineurs.

Explorer ce patrimoine, c’est rendre hommage à ceux qui ont façonné le sous-sol de l’Isère.

Un patrimoine protégé : l’impératif de sécurité et de mémoire

Aujourd’hui, les vestiges de la poudrière du Villaret sont rendus à la forêt et ses accès ont été remblayés lors des campagnes de mise en sécurité définitive du bassin. Si ces lieux suscitent une curiosité légitime, il est impératif de rappeler qu’il est strictement interdit et mortel de tenter de pénétrer dans d’anciens ouvrages miniers.

Au-delà de la violation de la propriété privée, les risques souterrains sont invisibles et foudroyants :

  • Les risques atmosphériques : En l’absence de ventilation forcée, des gaz lourds et asphyxiants (comme le dioxyde de carbone, appelé « stythe » par les mineurs) ou des poches de grisou résiduel peuvent s’accumuler, rendant l’air mortel en quelques secondes.

  • L’instabilité structurelle : Les pressions de terrain et la dégradation des soutènements avec le temps rendent tout effondrement imprévisible.

Le respect de ce patrimoine passe par une observation extérieure et une étude documentaire. Pénétrer dans ces galeries, c’est non seulement se mettre en danger de mort, mais aussi risquer de dégrader les derniers témoins fragiles de l’ingénierie minière du XXe siècle.

Foire Aux Questions poudrière du Villaret

La poudrière était un lieu de stockage hautement sécurisé pour la poudre et les explosifs (comme la dynamite) utilisés pour l’abattage de la roche. Dans les mines de charbon de l’Isère, ces substances étaient indispensables pour percer les galeries de pierre, mais elles représentaient un danger constant d’explosion accidentelle.

La sécurité était draconienne : interdiction stricte de toute flamme ou objet métallique ferreux (source d’étincelles). Le gardien portait des sandales en cuir sans clous et utilisait des outils en bronze ou en étain. La galerie elle-même était conçue avec une « chambre de décompression » pour absorber le souffle d’une éventuelle déflagration.

Non, la galerie n’est plus accessible. Lors de la mise en sécurité du site minier du Villaret en 1997, les bâtiments extérieurs ont été rasés et l’entrée de la galerie a été remblayée pour éviter tout risque d’effondrement ou d’intrusion. Seuls les vestiges extérieurs et l’emplacement sont identifiables par les passionnés d’archéologie industrielle.

La poudrière se trouvait au « niveau 12 » du carreau du Villaret, sur la commune de Susville (38134). Elle était stratégiquement implantée en retrait des autres bâtiments pour protéger les mineurs et les installations de surface en cas d’accident.

Elle témoigne de l’organisation scientifique et de la gestion des risques dans les mines du Dauphiné. C’est un maillon essentiel pour comprendre l’évolution des techniques de sécurité ouvrière au XXe siècle dans le bassin minier de la Matheysine.

Poursuivez votre exploration

Retrouvez l’histoire du puits du Villaret

L’histoire de son terril

Et l’histoire de son exploitation

Sources et sites officiels 

1. Les Incontournables (Patrimoine Local)

2. Ressources Historiques et Techniques

  • Le site de la commune de Susville : Indispensable pour l’ancrage local. La mairie dédie souvent des sections à l’histoire de ses hameaux miniers comme le Villaret.

  • L’Inventaire du Patrimoine d’Auvergne-Rhône-Alpes : Recherchez « Mines de la Mure » ou « Susville » pour accéder aux fiches techniques officielles sur le bâti industriel.

  • Remonter le temps (IGN) : Un outil fantastique pour vos lecteurs. Ils pourront comparer les vues aériennes actuelles du Villaret avec celles des années 1950, quand la mine était en pleine activité.

3. Culture et Archives

Bibliographie 

  • 1. Histoire technique et sécurité minière

    • GUIOLLARD, Pierre-Christian. Les chevalements des houillères françaises. Édition à compte d’auteur, 1993.

      • Pourquoi ce livre ? Pour comprendre l’architecture des « carreaux » de mine (comme celui du Villaret) et l’agencement des bâtiments de surface par rapport aux galeries de stockage (poudrières).

    • ASSOCIATION MÉMOIRE DES MINEURS DE LA MATHEYSINE. Bulletins et hors-séries sur le patrimoine minier.

      • Pourquoi cette source ? Ces publications locales contiennent souvent des témoignages directs de mineurs ayant travaillé au Villaret ou à la poudrière.

    2. Rapports techniques et institutionnels (Pour l’aspect « 1997 »)

    • BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières). Inventaire et mise en sécurité des anciens sites miniers du Dauphiné. Rapports de fin d’exploitation (1997-2000).

      • Pourquoi cette source ? Elle documente précisément les opérations de remblaiement et de démolition mentionnées dans votre article.

    • HBCM (Houillères du Bassin du Centre et du Midi). Archives de la direction des Mines de la Mure. Déposées aux Archives Départementales de l’Isère.

Terril des Combes du Villaret, vue datant de 2006.

Le Terril de Combe Villaret : Un Témoin Silencieux de l’Époque Houillère Dauphinoise

Étude d’un pan du patrimoine industriel du Dauphiné, entre mémoire de l’extraction charbonnière et évolution du paysage.

Au cœur du Dauphiné, le terril de Combe Villaret n’est pas qu’un simple amoncellement de stériles ; il est une véritable archive à ciel ouvert, un témoin silencieux mais éloquent de l’intense période d’exploitation houillère qui marqua la région de la fin du XIXe siècle au milieu du XXe siècle. Ce vestige colossal, souvent perçu comme une simple cicatrice paysagère, révèle en réalité un pan essentiel de notre histoire industrielle et sociale, racontant les prouesses techniques, les destins humains et les bouleversements économiques liés à l’extraction du charbon. Plongeons dans la signification profonde de ce marqueur patrimonial qui continue de sculpter la mémoire collective et le paysage dauphinois.

Informations pratiques

Catégorie Information
Objet Principal Terril (zone artificielle de rejets miniers)
Nom du Site Combe du Villaret
Type de Site Vestige d’exploitation houillère / Patrimoine industriel
Localisation Région : Dauphiné (Isère) Commune de Susville Le Villaret
Origine Accumulation des stériles (roches non exploitables) issus de l’extraction du charbon (anthracite) du puits de  mine du Villaret.
Période d’Activité (liée au terril) 1948-1968 (L’exploitation minière de la région s’est arrêtée définitivement en 1997).
Type de Minerai Anthracite
Concession Minière Associée Concession des Houillères du Bassin Dauphinois
Nature des Matériaux Schistes, grès, résidus de charbon et roches diverses provenant des galeries et chantiers d’extraction.
Dimensions / Aspect Décrit comme « colossal » et « montagne artificielle », constituant un élément marquant du paysage.
Signification Patrimoniale – Témoin majeur de l’histoire industrielle et économique du Dauphiné.
– Archive à ciel ouvert des techniques et de l’intensité de l’activité minière.
– Marqueur paysager et historique de l’empreinte humaine sur l’environnement.
État Actuel Vestige visible et conservé, objet d’étude et de mémoire.

Qu’est-ce qu’un Razzier et pourquoi celui des Combes du Villaret est-il unique ?

Dans le monde de l’exploitation minière, une « mine » désigne un gisement de matériaux précieux ou stratégiques comme l’or, le charbon ou le fer. La distinction avec une « carrière », d’où l’on extrait des matériaux de moindre valeur, est cruciale et définie par le code minier en France. Mais qu’en est-il d’un « razzier » ?

Le Razzier de Versenat n’était pas une mine à proprement parler, mais plutôt un gigantesque monticule de « stériles » – les roches et terres sans valeur extraites lors de l’exploitation du charbon. Situé à Susville, près du « Puits du Villaret« , ce razzier avait une fonction essentielle : stocker les millions de tonnes de déblais issus de l’extraction minière de charbon du puits.

Note

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Retrouvez ici les articles minier dont ceux consacrés des Houilleres du Bassin Dauphinois HBD

cliquez ici.

Terril des Combes du Villaret en 1948, avec des bandes parallèles correspondant à des coupes de bois.

Le terril des Combes au Villaret en 1948, avec les marques parallèles des coupes de bois bien visibles

L’Épopée du Razzier de Versenat : Une Construction Stratégique (Années 1948-1968)

L’histoire du Razzier des Combes du Villaret débute véritablement en 1948. Le « Puits du Villaret » est alors en pleine activité pour extraire le précieux charbon. Mais que faire des énormes quantités de schiste noir remontées des profondeurs ? La solution est trouvée au lieu-dit « les Combes du Villaret ».

Pour acheminer ces déblais jusqu’à leur lieu de stockage, un système ingénieux est mis en place : un « télébenne » est construit pour transporter les stériles depuis l’usine du Villaret. Le choix de cet emplacement n’est pas anodin. La présence d’une ancienne voie ferrée au sommet de la pente facilite grandement le déversement des matériaux par des camons bennes, permettant de stocker de vastes quantités de schiste sur 350 mètres. De plus, les terrains appartenant à la mine, les coûts sont minimisés, et aucune habitation n’est menacée par d’éventuels glissements de terrain.

Avant même le début du déversement, la zone des Combes du Villaret, entièrement boisée en 1944, subit un important chantier de déboisage dès 1948, comme en témoignent des photos aériennes de l’époque, montrant des coupes en bandes parallèles sur la pente. En 1952, les images aériennes révèlent déjà l’ampleur du razzier, l’arrivée du télébenne et les bâtiments adjacents.

Terril des Combes du Villaret en 1952, avec des dépôts de stériles de couleur foncée

Le terril des Combes au Villaret en 1952, avec ses dépôts de stériles sombres bien visibles.

Quand la Nature Reprend ses Droits : L’Abandon et la Renaissance

En 1968, le Razzier de Versenat est finalement abandonné, remplacé par un nouveau razzier situé directement au Villaret. Pour prévenir les glissements de terrain et protéger le village de « Le Villaret », des dépôts en forme de cône sont aménagés le long du télébenne.

Aujourd’hui, près de soixante ans après son abandon, le Razzier de Versenat disparaît progressivement sous l’assaut de la végétation. Ce qui était autrefois une zone noire et stérile, clairement visible depuis la route Napoléon, est désormais recouvert par la forêt. Cet ancien paysage industriel se transforme en un écosystème en devenir, où la nature reprend lentement ses droits.

Le Razzier de Versenat demeure un témoignage essentiel de l’histoire minière du Dauphiné, rappelant l’ingéniosité humaine face aux défis industriels et la capacité de la nature à se régénérer.

"Terril des Combes du Villaret en 1960, montrant son extension.

En 1960, le terril des Combes au Villaret, qui illustre son extension, révèle également que les déchets étaient lâchés depuis la benne, formant ainsi un alignement de monticules le long du tracé.

1. La diversité des métiers : Une usine à ciel ouvert

Le personnel du jour était extrêmement stratifié. On y trouvait trois grands pôles :

  • Le traitement (Lavoirs et Cribles) : C’est le secteur le plus dur. L’anthracite sortant de la mine est mélangé à du schiste (stérile). Au Villaret ou aux Rioux, les ouvriers (et longtemps les ouvrières) triaient le charbon sur des tapis roulants.

  • Les Ateliers Centraux : Forgerons, mécaniciens, électriciens, menuisiers. C’était l’élite technique. Ils réparaient les marteaux-piqueurs, entretenaient les bennes et les câbles des puits. Sans eux, le fond s’arrêtait.

  • Les « Grands Bureaux » et l’administratif : Comptables, géomètres, ingénieurs et personnel médical. Ils géraient la paie, les plans des galeries et la santé des mineurs.

2. Les conditions de travail : Bruit, poussière et froid

Contrairement au fond où la température est constante (environ 15-18°C à La Mure), le personnel du jour subissait le climat rude du plateau matheysin.

  • L’exposition aux éléments : Dans les installations de triage (souvent de grands hangars en tôle mal isolés), les ouvriers travaillaient dans un froid glacial l’hiver, avec des courants d’air permanents.

  • La poussière et le bruit : Les cribles (tamis géants) et les concasseurs généraient un vacarme assourdissant et une poussière fine d’anthracite, tout aussi nocive que celle du fond. Les « trieurs » finissaient la journée aussi noirs que ceux qui remontaient du puits.

  • Le danger mécanique : Si le risque d’éboulement était absent, le danger venait des machines, des courroies de transmission et du mouvement incessant des trains du SGLM (Chemin de fer de La Mure) qui manoeuvraient sous les trémies.

3. La place singulière des femmes : Les « Trieuses »

Le bassin de La Mure a longtemps employé des femmes au jour, une pratique qui a perduré jusqu’aux années 1960-70.

  • Le triage manuel : Elles étaient affectées au retrait des pierres sur les tapis de charbon. C’était un travail répétitif, épuisant pour le dos et les mains, effectué dans une atmosphère saturée de poussière.

  • Évolution : Avec la modernisation des lavoirs (séparation par densité dans des bains de liqueur dense), leur nombre a diminué, les postes devenant plus techniques et masculinisés.

4. Vie sociale et Statut : Mineurs à part entière

Un point crucial : le personnel du jour bénéficiait du Statut du Mineur de 1946.

  • Mêmes avantages : Ils avaient droit au logement gratuit (les cités), au charbon de chauffage, aux soins gratuits à la Société de Secours minière et aux colonies de vacances pour leurs enfants.

  • La retraite : C’était le point de friction majeur. Les ouvriers du jour devaient travailler plus longtemps que ceux du fond (qui partaient à 50 ou 55 ans) pour obtenir leur retraite à taux plein. Cela créait une distinction sociale nette au sein de la cité.

5. La dynamique « Jour / Fond » : Une solidarité complexe

  • Le complexe de la surface : Il existait parfois une tension symbolique. Les mineurs du fond se considéraient comme les seuls « vrais » mineurs, ceux qui risquaient leur vie. Les gens du jour étaient parfois vus comme des privilégiés, bien que leur travail soit essentiel.

  • L’union dans la lutte : Lors des grandes grèves (1948, 1963), cette distinction disparaissait. Le personnel du jour (notamment les ateliers et le transport) était le premier à bloquer l’outil de production pour soutenir les revendications globales.

  • La sentinelle du drame : Le personnel du jour était le premier témoin des accidents. C’est eux qui voyaient arriver les ambulances au carreau de la mine et qui géraient l’angoisse des familles accourant aux grilles du puits.

6. L’héritage architectural

Aujourd’hui, les vestiges les plus visibles à La Mure sont ceux du « Jour » :

  • Le Puits du Villaret et son chevalement (classé).

  • Les Grands Bureaux qui témoignent de la puissance administrative des HBD.

  • Les Ateliers reconvertis pour certains en zones d’activités.

Foire Aux Questions le terril des Combes du Villaret

Le Terril des Combes du Villaret, aussi connu sous le nom de Razzier de Versenat, est un amoncellement colossal de stériles (roches non exploitables) issus de l’extraction du charbon (anthracite) du puits de mine du Villaret. Il s’agit d’un vestige majeur de l’exploitation houillère et du patrimoine industriel du Dauphiné, agissant comme une « archive à ciel ouvert » de l’histoire minière de la région.

Le terril est localisé dans la région du Dauphiné (Isère), sur la commune de Susville, au lieu-dit « Le Villaret ».

Sa fonction essentielle était de stocker les millions de tonnes de déblais (roches et terres sans valeur) extraits lors de l’exploitation du charbon du « Puits du Villaret ».

Le terril est constitué de schistes, de grès, de résidus de charbon et de roches diverses provenant des galeries et chantiers d’extraction.

L’histoire du Razzier des Combes du Villaret débute en 1948, et son activité de déversement s’est étendue jusqu’en 1960, date à laquelle il a été abandonné au profit d’un nouveau razzier. L’exploitation minière de la région s’est arrêtée définitivement en 1997.

Un système ingénieux de « télébenne » a été construit pour transporter les stériles depuis l’usine du Villaret jusqu’au site de stockage des Combes du Villaret. La présence d’un vestige de voie ferrée au dessus de la pente a également facilité le déversement des matériaux sur 350 mètres.

Le choix de cet emplacement était stratégique car les terrains appartenaient à la mine, minimisant ainsi les coûts. De plus, aucune habitation n’était menacée par d’éventuels glissements de terrain. La présence du vestige d’une voie ferrée facilitait aussi l’acheminement des matériaux.

Il est considéré comme un témoin majeur de l’histoire industrielle et économique du Dauphiné, une archive à ciel ouvert des techniques et de l’intensité de l’activité minière, et un marqueur paysager et historique de l’empreinte humaine sur l’environnement.

Après son abandon en 1968, la nature a progressivement repris ses droits. Ce qui était autrefois une zone noire et stérile est désormais recouvert par la forêt, se transformant en un écosystème en devenir.

Dans le monde minier, une « mine » désigne un gisement de matériaux précieux ou stratégiques (comme le charbon), tandis qu’un « razzier » (ou terril) est un gigantesque monticule de « stériles », c’est-à-dire les roches et terres sans valeur extraites lors de l’exploitation de la mine. Le Razzier de Versenat n’était donc pas une mine en soi, mais le lieu de stockage des déblais de la mine du Puits du Villaret.

Poursuivez votre exploration

Retrouvez l’histoire du puits du Villaret

L’histoire de son terril

Et l’histoire de son exploitation

Sources et sites officiels 

. Sites dédiés au patrimoine minier du Dauphiné / Matheysine :

Bibliographie 

    1. Auteur(s) : Jean-Michel GÉRIN
      Titre : La Matheysine au temps des mineurs : Regards sur un passé industriel
      Éditeur : Le Dauphiné Libéré (collection Les Patrimoines)
      Année de publication : 2011
      Description : Cet ouvrage met en lumière le quotidien des mineurs et l’impact de l’industrie charbonnière sur la région de la Matheysine, dont le site du Villaret fait partie intégrante.
      ISBN : 978-2911739818
    2. Auteur(s) : Collectif (sous la direction de l’Association Mine Image)
      Titre : Mine Image : Le livre du musée
      Éditeur : Association Mine Image
      Année de publication : Date variable, souvent mis à jour (vérifier la dernière édition).
      Description : Le musée Mine Image est un centre d’interprétation majeur pour le bassin houiller. Leur publication est une excellente source d’informations techniques et historiques directement liées aux méthodes d’exploitation et aux infrastructures comme les terrils.

Exploitation minière à ciel ouvert du Bois Freynet en 1982, en noir et blanc.

Bois-Freynet : Mine à ciel ouvert au Peychagnard

L’extraction de l’anthracite à ciel ouvert sur le site de Bois-Freynet au Peychagnard

L’article « La Découverte de Bois-Freynet : Le chantier titanesque du Peychagnard » plonge les lecteurs dans l’histoire méconnue de l’extraction d’anthracite à ciel ouvert dans le Dauphiné. Contrairement aux mines souterraines traditionnelles, ce site du Peychagnard en Isère a été « décapé » par les ingénieurs des Houillères du Bassin Dauphinois pour maximiser la récupération du minerai, modifiant ainsi radicalement le paysage local. Cette méthode, appelée « Découverte », a permis une récupération optimal du minerai et a été privilégiée pour des raisons de sécurité et de géologie, les couches de charbon étant proches de la surface. Le chantier de Bois-Freynet est un exemple de l’impact de l’industrie sur la topographie et complète l’histoire minière de la Matheysine en offrant une perspective unique sur les techniques d’extraction du charbon.

Informations pratiques

Catégorie Description
Nom du Site La Découverte de Bois-Freynet 
Localisation Commune du Peychagnard, Plateau de la Matheysine, Isère
Type de Patrimoine Site minier industriel (mine d’anthracite à ciel ouvert) 
Période d’Activité Sondages 1983, autorisation février 1984, décapage janvier 1985, arrêt juillet 1986
Opérateur Houillères du Bassin Dauphinois (HBD) 
Méthode d’Exploitation « La Découverte » : exploitation à ciel ouvert par « décapage » de la colline 
Caractéristiques – Récupération maximisé du minerai (anthracite).

– Utilisation de pelles mécaniques et de dumpers.

– Modification profonde et durable du paysage, créant un « immense amphithéâtre en gradins ».

Objectifs de la Méthode – Maximiser la récupération du gisement, y compris les piliers laissés par d’anciens travaux.

– Exploiter des couches de charbon proches de la surface où l’extraction souterraine était trop dangereuse.

Héritage – Une « cicatrice historique » témoignant de l’intensité de l’activité industrielle.

– Un site complémentaire à la visite de la mine souterraine « Mine Image » pour comprendre l’ensemble des techniques minières de la région.

Pourquoi une « découverte » ici ? Contexte historique et économique (1946–1986)

Après la nationalisation de 1946 et la création des HBD, la Matheysine entre dans une phase de restructuration : concentration des moyens, modernisation, recherche d’abaisssement des coûts d’extraction. La Bataille du Charbon (1944‑1947) puis les politiques charbonnières des décennies suivantes poussent à exploiter au moindre coût les secteurs où les veines affleurent ou restent peu profondes—comme à Bois‑Freynet.

Photo historique en noir et blanc d'une vaste mine à ciel ouvert et terrassée, celle du Bois Freynet, photographiée en 1985 lors de la fin de son exploitation.

Photo historique en noir et blanc de la mine à ciel ouvert du Bois Freynet en 1985, à la fin de son exploitation.

Chronologie précise de Bois‑Freynet

  • 1983 — campagne de sondages et fouilles : possibilité confirmée d’une exploitation en découverte. Estimation prévisionnelle : ~18 000 m³ de charbon pour 72 000 m³ de stériles. [patrimoine…auphine.fr]
  • Février 1984 — étude d’impact achevée ; autorisation d’exploiter délivrée ; début du défrichement. [patrimoine…auphine.fr]
  • Janvier 1985 — démarrage du décapage ; mars 1985 : décapage des anciens travaux souterrains du quartier de Bois‑Freynet. [patrimoine…auphine.fr]
  • Juillet 1986fin de l’exploitation ; bilan : 41 174 t de charbon brut extraites (dont 29 100 t traitées au lavoir de Susville). (NB : la valeur financière citée par la source est vraisemblablement erronée dans son unité ; nous la laissons de côté ici.)

Contexte géologique : la « Grande Couche » de la Matheysine

Le plateau matheysin appartient au rameau externe de Belledonne et renferme des inclusions houillères exploitées depuis des siècles. Les gisements anthracifères présentent plusieurs couches, dont la Grande Couche (≈ 7 à 15 m), la plus productive ; les affleurements et veines à faible couverture expliquent la justification technique de la découverte à Bois‑Freynet.

Photo couleur des vestiges de la mine à ciel ouvert du Bois Freynet en 1993.

Bois Freynet : Les vestiges colorés d’une mine à ciel ouvert en 1993.

La « découverte » : principe, méthode et raisons du choix

Définition. Une exploitation en découverte est une mine à ciel ouvert : on enlève les morts‑terrains (stériles) pour accéder à la veine depuis la surface, avec décapage, abattage (souvent avec explosifs), chargement et transport par pelles et dumpers. Cette méthode s’emploie quand les couches sont proches de la surface et/ou que l’on souhaite récupérer des zones déjà exploitées au fond (anciens piliers, chantiers abandonnés).

À Bois‑Freynet (1985‑1986), le choix s’explique par :

  • Géologie favorable (veines peu profondes) et sécurité supérieure au fond lorsque les terrains sont instables.
  • Récupération élevée du minerai (meilleure qu’en souterrain où l’on doit laisser des piliers)—permettant d’avoir un taux de récupération bien supérieur à l’exploitation souterraine.
  • Mécanisation lourde (pelles mécaniques, les dumpers étaient des engins de faible tonnage comparés aux mines métalliques la Matheysine n’a jamais eu de 100‑tonnes Caterpillar par exemple).
    ) et exploitation par fosses successives avec remblayage au fur et à mesure des zones déhouillées.
Note

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Une exploitation minière en découverte, plus communément appelée mine à ciel ouvert, est une technique d’extraction de minerais qui se déroule directement à la surface du sol, par opposition à la mine souterraine qui nécessite de creuser des galeries et des puits.
Le principe est simple : au lieu de creuser des tunnels pour atteindre une ressource en profondeur, on enlève toutes les couches de terrain stériles (roche, terre, végétation) qui la recouvrent pour y accéder directement.
Le Processus en Étapes
Le décapage (ou la découverture) : On utilise des engins de chantier massifs (pelles mécaniques, bulldozers) pour retirer la couche de « stériles » ou « morts-terrains » qui recouvre le gisement de minerai.
L’abattage : Le minerai est ensuite fragmenté, souvent à l’aide d’explosifs.
Le chargement et le transport : D’immenses camions (appelés « dumpers ») transportent le minerai vers les usines de traitement.
Caractéristiques principales
Transformation radicale du paysage : Cette méthode crée d’immenses fosses, souvent en forme d’amphithéâtre avec des paliers successifs appelés « gradins ». le chantier fonctionne en fosses successives avec remblayage progressif.
Utilisation pour des gisements spécifiques : Elle est privilégiée lorsque le gisement est proche de la surface et très étendu horizontalement.
Haut rendement : Elle permet de récupérer la quasi-totalité du minerai, contrairement à l’exploitation souterraine où des piliers de soutien doivent être laissés en place.
Plus de sécurité : Elle est généralement moins dangereuse pour les travailleurs que la mine souterraine, car elle élimine les risques liés aux effondrements (coups de grisou, inondations).
Avantages et Inconvénients
Avantages Inconvénients
Rentabilité élevée sur les gisements adaptés Impact environnemental et visuel majeur (« cicatrice » dans le paysage)
Sécurité accrue pour les mineurs Destruction des écosystèmes de surface
Excellent taux de récupération du minerai Génère beaucoup de poussière, de bruit et de déchets (les stériles)
Mécanisation à grande échelle possible Nécessite des travaux de réaménagement (remblaiement, reboisement) très coûteux après l’exploitation
En résumé, une exploitation en découverte est une méthode d’extraction très efficace et rentable qui consiste à « déshabiller » la terre pour extraire un minerai, mais au prix d’un impact écologique et paysager considérable.

Bois‑Freynet dans l’histoire minière locale

La découverte de Bois‑Freynet complète une longue histoire souterraine (galeries à flanc, puits) menée notamment à La Motte‑d’Aveillans (Mine Image) et à Susville (puits du Villaret)—le grand site moderne des HBD, en service jusqu’en 1997. La visite de la Mine Image (galeries authentiques) offre le contre‑champ de la découverte : comprendre ensemble les deux techniques permet de saisir l’évolution du bassin.

  • La présence d’anciens travaux souterrains (quartier 7bis / 8bis) confirmée par les sondages.
  • Le coût trop élevé du charbon de fond dans les années 1980 chez HBD.
  • Puits du Villaret (Susville) : fonçage à partir de 1948, exploitation jusqu’en 1997 ; profondeur ~270 m ; rôle central dans la concentration de la production HBD de l’après‑guerre.
  • Musée souterrain « La Mine Image » (La Motte‑d’Aveillans) : galeries réhabilitées, muséographie sur un millénaire d’extraction locale.
Paysage de colline verdoyante et boisée, avec une végétation dense.

Le site de la Découverte de Bois-Freynet aujourd’hui.

Paysage, remise en état et héritage

Le chantier a créé un amphithéâtre en gradins, typique des découvertes. À l’arrêt, les HBD ont remodelé les versants et remis de la terre végétale ; puis l’ONF a reboisé en 1987 à l’aide de sapins, ce qui permet aujourd’hui d’identifier la zone (contrastant résineux/feuillus en hiver). Le site demeure une cicatrice historique, mais aussi un repère pédagogique sur l’empreinte de l’industrie sur la topographie.

Foire Aux Questions

Il s’agit d’une ancienne mine d’anthracite exploitée à ciel ouvert, située sur la commune du Peychagnard, sur le plateau de la Matheysine. Le terme « Découverte » désigne spécifiquement cette méthode d’extraction où l’on retire les couches de terre et de roche pour accéder directement au minerai, par opposition à une mine souterraine.

Le site se trouve en Isère, sur le plateau matheysin, dans la commune du Peychagnard.

Cette méthode a été choisie pour deux raisons principales :

  • Elle permettait de récupérer 100% du gisement de charbon, y compris les « piliers » laissés par d’anciennes exploitations souterraines.

  • Elle était plus sûre pour exploiter les couches de charbon très proches de la surface, là où le creusement de galeries souterraines aurait été trop dangereux.

L’exploitation par « découverte » a radicalement et durablement transformé le paysage. Elle a consisté à « décaper » la colline, créant un immense amphithéâtre en gradins, décrit dans l’article comme une véritable « cicatrice historique ».

La mine était opérée par les Houillères du Bassin Dauphinois (HBD).

Aujourd’hui, la nature a repris ses droits sur le site. Même si le relief reste marqué par l’ancienne activité industrielle, il faut un œil averti pour deviner le passé minier de la zone, désormais reboisée.

Visiter le site de la Découverte de Bois-Freynet permet de comprendre l’autre grande technique d’extraction du charbon en Matheysine. Alors que la « Mine Image » illustre le travail en galerie, Bois-Freynet témoigne de l’ampleur et de l’impact de l’extraction à ciel ouvert, offrant ainsi une vision complète de l’histoire minière de la région.

Poursuivez votre exploration

  • Patrimoine du Dauphiné, Puits du Villaret — histoire du site
    → Approche technique et historique du site le plus moderne du bassin. [patrimoine…auphine.fr]

Sources et sites officiels 

  • BRGM – Notice explicative de la feuille « La Mure » 1/50 000 (géologie régionale, gîtes, charbon) : PDF InfoTerre. [Msr~~E – BRGM]
  • ExxploreLes Houillères du Dauphiné (couches, Grande Couche, historique) : [exxplore.fr]
  • WikipédiaHouillères du Dauphiné (contexte des concessions, nationalisation) : [fr.wikipedia.org]
  • Mairie de SusvillePatrimoine minier (puits du Villaret) (données techniques, chronologie 1948–1997) : [susville.fr]

Bibliographie 

1. Ouvrages / études sur l’histoire minière de la Matheysine

  • Exxplore.fr, Les Houillères du Dauphiné (synthèse historique du bassin, couches, concessions, modernisation du XXᵉ siècle)
    → Très utile pour comprendre les couches (dont la Grande Couche), les deux champs d’exploitation (La Motte‑d’Aveillans / Villaret). [exxplore.fr]
  • Éditions Arthéma, Histoire des Mines de La Mure, en Isère
    → Contexte général du gisement, qualités de l’anthracite, évolution de l’entreprise La Mure et des HBD. [editionsarthema.fr]

2. Géologie, gisements et contexte scientifique

  • BRGM, Notice explicative de la feuille La Mure (1/50 000), J.-C. Barféty et al., 1988
    → Document géologique de référence sur la Matheysine : houiller, structure, gîtes minéraux, histoire tectonique. [Msr~~E – BRGM]
  • BRGM, Essai de synthèse géologique du Bassin houiller du Bas‑Dauphiné, D. Mariton, 1981
    → Évaluation des anciens travaux, structure du bassin, synthèses de sondages 1844‑1926. [infoterre.brgm.fr]
  • Geol‑Alp (Université Grenoble), Matheysine : aperçu d’ensemble
    → Mise en perspective géologique du plateau, boutonnières houillères, structure Belledonne. [. Drac : M…- Geol-Alp]
  • Mindat.org, Peychagnard Mine (localisation, classification du site et nature des minéraux)
    → Données de localisation et contexte minéralogique. [mindat.org]

3. Archives, administration et histoire des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD)

  • Wikipédia, Houillères du Dauphiné (concessions, nationalisation 1946, organisation du bassin)
    → Historique institutionnel fiable. [fr.wikipedia.org]
  • FranceArchives, Dossiers administratifs des HBD (1939‑1986)
    → Cadre administratif, politique charbonnière, dossiers d’énergie, planifications. [francearch…es.gouv.fr]
  • Mairie de Susville, Patrimoine minier — Puits du Villaret
    → Données techniques sur le puits moderne (270 m, dates, rôle dans le transport et l’extraction). [susville.fr]

4. Sites techniques et muséographiques

  • La Mine Image, Musée souterrain de La Motte‑d’Aveillans, Historique et présentation
    → Informations sur l’exploitation souterraine historique et la transformation en musée.
    [mine-image.com], [mine-image.com]

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