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Photographie historique de 2006 montrant l'entrée d'une galerie et une voie étroite de chemin de fer.

Les Galeries Giroud : plongée au cœur de la mine au niveau 12

Explorez l’ingéniosité du complexe minier Giroud à Susville : une organisation souterraine unique, de l’aérage au “versage”, au service de l’épopée industrielle dauphinoise.

Plongez dans l’histoire industrielle du plateau matheysin en explorant les galeries Giroud à Susville. Véritable prouesse technique du niveau 12, ce complexe minier témoigne du savoir-faire des mineurs dauphinois. Découvrez les coulisses de cette organisation souterraine, entre aérage, circulation et extraction, au cœur d’un patrimoine minier aujourd’hui éffacé.

Informations pratiques

Caractéristique Détails historiques
Localisation Bassin minier de la Matheysine (La Motte-d’Aveillans)
Structure du réseau Faisceau de 5 galeries spécialisées
Les 5 galeries L’exhaure, L’école, La sondeur, La cheminée d’aérage, et l’artère de roulage
Niveau d’exploitation Niveau 12
Point de sortie La Galerie « Versage » (zone de déchargement)
Liaison logistique Connexion directe avec l’usine de traitement
Exploitant historique Famille Giroud (dont Jules Giroud)

Dans les profondeurs du Niveau 12 : L’épopée des Galeries Giroud et du « Versage »

Avant les grandes modernisations du Plan Richard, un réseau souterrain vital faisait battre le cœur de la mine en Matheysine. Plongée dans l’anatomie du complexe Giroud, chef-d’œuvre de logistique minière.

Comment le charbon et les hommes circulaient-ils sous terre avant la grande mécanisation ? Au niveau 12, le complexe Giroud s’impose comme un modèle d’organisation technique. Composé de cinq galeries aux fonctions bien distinctes convergeant vers une artère unique, ce réseau trouvait son aboutissement à la Galerie « Versage ».Cet ensemble est généralement décrit comme le complexe des cinq galeries Giroud, un système cohérent où chaque ouvrage répond à un besoin précis : évacuer le charbon, gérer l’eau, assurer l’aérage, soutenir les activités de sondage, et former les mineurs. L’intérêt patrimonial de ces galeries ne tient pas seulement à leurs vestiges, mais à ce qu’elles racontent : une organisation industrielle où la logistique était pensée au plus près du terrain, bien avant les modernisations ultérieures du réseau.

Le Niveau 12 : Cœur battant de l’exploitation

Contrairement à une idée reçue, le niveau 12 n’était pas qu’une simple galerie d’extraction. Dès l’époque de Jules Giroud, ce niveau a été conçu comme la plaque tournante de toute la concession du Peychagnard à Susville. Par une prouesse d’organisation minière, les niveaux 10 et 11 étaient reliés à ce niveau 12 par des plans inclinés internes. Ainsi, toute la production extraite sur ces trois étages convergeait vers une seule et même recette de sortie. Cette centralisation, véritable modèle d’efficacité industrielle pour le XIXe siècle, permettait de concentrer le triage et le chargement du charbon sur un seul point, directement connecté au réseau ferroviaire. Le “12” est ainsi devenu l’âme du site, bien avant l’émergence des infrastructures modernes.

L’anatomie de l’exploitation a l’époque de Jules Giroud

 Sous l’impulsion de l’ingénieur Jules Giroud, l’exploitation minière du Villaret a connu une véritable structuration industrielle. À cette époque, l’extraction se faisait exclusivement “à la montagne” via des galeries creusées à flanc de coteau, bien avant l’érection du grand puits vertical moderne du Villaret, construit dans les années 1950.

Le site était historiquement rattaché à la concession du Peychagnard. La nomenclature des ouvrages témoigne de la complexité de cette exploitation étagée : le célèbre “niveau 12” ne correspondait pas au fond de la mine, mais indiquait que douze niveaux d’exploitation se superposaient au-dessus de lui. En réalité, le secteur en comptait quatorze au total, la numérotation débutant par la galerie la plus haute, désignée sous le nom de “galerie 00”.

Eugène Chaper : L’architecte industriel (1860-1890)

Si le nom de Jules Giroud est associé à la technique minière au Villaret, celui d’Eugène Chaper est indissociable de la naissance de l’industrie charbonnière en Matheysine. Industriel visionnaire et figure marquante de la vie grenobloise, Eugène Chaper a su fédérer les capitaux nécessaires pour transformer l’exploitation artisanale du Peychagnard en une véritable puissance industrielle. En faisant confiance à Jules Giroud, il a permis la création d’une organisation rationnelle — de la célèbre galerie-école au système de centralisation des niveaux vers la recette principale. Ensemble, ils ont jeté les bases du modèle économique qui fera vivre Susville pendant plus d’un siècle, faisant passer la mine de l’échelle locale à celle de moteur de l’économie dauphinoise. 

Le contexte : L’ère de Jules Giroud (1860-1890)

Jules Giroud prend la direction de la Compagnie des mines de la Motte-d’Aveillans (qui englobait le secteur de Susville) en 1860. C’est sous son impulsion que l’exploitation devient industrielle.

À cette époque, il n’y a pas encore de “carreau” au sens moderne (avec chevalement). On parle alors de plateformes de chargement ou de recettes de galeries.

  • La date clé : On peut situer le développement des infrastructures logistiques du secteur du Villaret vers 1865-1870.

  • C’est à cette période que Jules Giroud cherche à rationaliser le transport du charbon. Il met en place des systèmes de plans inclinés (systèmes de wagons descendant par gravité ou par treuils) pour relier les galeries situées en altitude aux points de stockage ou aux chemins de fer naissants.

Photographie d'une paroi rocheuse présentant des marques d'essais de forage par sondeur, située près d'une ancienne galerie de mine datant du 19ème siècle.

Vestiges de l’activité minière : traces d’essais de sondeur sur la roche, à proximité de la galerie historique du XIXe siècle (cliché de 2019).

Les installations “anciennes” du Villaret

Le “carreau” de l’époque Giroud correspond en réalité à l’aire de triage et de chargement située à l’embouchure des galeries principales du Villaret (notamment les galeries de recherche et d’exploitation qui entaillaient le flanc de la montagne) le tout remontant aux années entre 1865 et 1875 pour la création des premières installations industrielles significatives au Villaret.

  • La nature du site : Contrairement au puits vertical moderne, le carreau “Giroud” était une plateforme aménagée en terrasse. Il comprenait des culbuteurs, des zones de stockage (parcs à charbon) et les premières mécanisations de tri manuel.

  • La connexion au réseau : Ces installations étaient intimement liées à la création du chemin de fer de la Mure (dont la ligne a été concédée en 1882 et inaugurée en 1888). Jules Giroud a conçu ces installations pour que le charbon extrait au Villaret soit directement basculé dans les wagonnets du réseau de desserte mais cela ne sera effectif qu’a partir de 1911 avec la gare du Villaret.

Il est important de noter que sous Jules Giroud, le site du Villaret n’était pas un site d’extraction unique et figé comme le deviendra le puits des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD) plus tard :

  1. La multiplicité des accès : Il y avait plusieurs petites entrées de mines (“galeries”) réparties sur le flanc de coteau du Peychagnard. Chaque galerie avait sa petite plateforme de travail.

  2. L’évolution constante : Ces installations étaient semi-permanentes. Elles étaient déplacées ou agrandies au fur et à mesure de l’avancement des galeries dans la couche de houille.

Extrait de plan BRGM indiquant l'emplacement d'une cheminée sur une parcelle privée.

 Localisation de la cheminée sur extrait de plan BRGM (propriété privée).

L’anatomie d’un réseau : les cinq galeries Giroud.

Pour comprendre le génie de cette infrastructure, il ne faut pas imaginer un simple tunnel, mais un véritable carrefour souterrain hautement organisé. Le site comptait en réalité cinq galeries Giroud, chacune ayant une fonction vitale pour la survie et l’efficacité de la mine.

Parmi ces ramifications, on trouvait :

  1. L’exhaure : Dédiée à la gestion et au pompage des eaux souterraines, indispensable pour éviter l’inondation des chantiers.

  2. L’école : Une galerie d’apprentissage, véritable chantier-école où les jeunes recrues (galibots) et les mineurs novices se formaient aux techniques d’abattage et de boisage en conditions réelles.

  3. La sondeur : Galerie liée au sondage (maintenance, réparation et essais des machines de carottage), raccordée perpendiculairement à l’exhaure..

  4. La cheminée d’aérage : Le poumon du niveau 12, garantissant la circulation de l’air frais et l’évacuation des gaz toxiques.

  5. Le versage : L’extrémité de la galerie de roulage. C’est par ce point névralgique que la production de charbon était évacuée pour être acheminée vers l’usine de Susville.
Vue de l'entrée de la galerie d'exhaure Giroud obstruée par des gravats et de la terre en 2019.

Entrée de la galerie d’exhaure Giroud en 2019. L’ouvrage a été condamné par un remblayage et l’accumulation de gravats.

Le « Roulage » et le « Versage » : l’artère vitale

Toute l’intelligence de ce réseau résidait dans sa convergence. Ces cinq galeries stratégiques se connectaient toutes sur une seule et même galerie de roulage (l’axe principal de circulation des berlines).

Cette artère collectrice acheminait le fruit du travail des mineurs jusqu’à son point d’aboutissement : la fameuse Galerie Giroud « Versage ». Dans le jargon minier, le “versage” désigne l’action de décharger le minerai. C’est exactement à cette extrémité que les berlines pleines de charbon, venues des profondeurs du niveau 12, étaient déversées pour rejoindre directement l’usine de traitement en surface. Un circuit court, pensé pour éviter les ruptures de charge inutiles.

Photo de 2019 de la galerie Giroud Versage montrant la structure d'un muret de soutien pour une ancienne voie de transport se dirigeant vers une trémie de déchargement.

Galerie Giroud Versage (2019) : Vue vers la zone de déchargement et raccordement du muret de soutien de la voie menant à une probable trémie.

Avant le Plan Richard : l’intelligence du terrain

Il faut se replacer dans le contexte temporel pour mesurer l’importance de ce carrefour. Ce système complet a fonctionné à plein régime bien avant l’arrivée du Plan Richard, ce vaste programme qui allait restructurer et moderniser l’évacuation du charbon dans tout le bassin dauphinois.
Avant cette révolution technologique, le complexe Giroud incarnait le summum de l’optimisation. Il prouve que les anciens ingénieurs savaient structurer la roche pour créer un réseau autonome (air, eau, formation, extraction) se vidant d’un seul flux vers la surface.

La famille Giroud : les bâtisseurs de la Matheysine minière

Si cet ensemble porte ce nom, c’est pour rendre hommage à la famille Giroud, et tout particulièrement à Jules Giroud, figure emblématique de l’entrepreneuriat minier local.

Bien avant la centralisation des Houillères en 1946, l’exploitation était l’affaire de concessions privées, dont celle de La Motte-d’Aveillans. Les Giroud étaient des exploitants de proximité, concevant eux-mêmes leurs réseaux. En finançant et en organisant ce faisceau de cinq galeries au Niveau 12, Jules Giroud ne cherchaient pas seulement à extraire du charbon : il structurait une industrie. Le nom « Giroud » est resté ancré dans la roche, balise géographique pour les mineurs, et marque indélébile de ces pionniers qui ont façonné l’identité de la Matheysine.

Un héritage sous la roche

Aujourd’hui, redécouvrir le rôle de l’exhaure, de l’école ou du versage, c’est ouvrir un chapitre fascinant du patrimoine industriel dauphinois. C’est comprendre qu’au-delà de la force physique, c’est une organisation millimétrée qui a permis de faire sortir l’or noir de nos montagnes.

Foire Aux Questions

Le réseau se situait au niveau 12 de la mine de Susville et comprenait cinq galeries reliées entre elles. Chaque galerie avait une fonction précise pour le fonctionnement de la mine : la galerie d’exhaure servait à l’écoulement des eaux, la galerie-école formait le personnel, la galerie du sondeur permettait de réaliser des tests, la cheminée d’aérage assurait la ventilation et la galerie de versage servait à l’évacuation du charbon.

Le niveau 12 constituait le point central de la concession du Peychagnard. Les charbons extraits dans les niveaux supérieurs (les niveaux 10 et 11) y étaient acheminés grâce à des plans inclinés intérieurs. Cela permettait de centraliser le tri et l’expédition du charbon en un seul endroit bien avant la modernisation complète de l’exploitation.

Jules Giroud a été un acteur clé du développement minier en Matheysine à partir de 1860. Il a transformé des méthodes d’exploitation encore artisanales en un système industriel organisé. C’est lui qui a rationalisé les installations du Villaret, notamment en concevant le complexe logistique du niveau 12 et les infrastructures de transport associées.

Le versage était le point de déchargement du charbon. Dans les galeries Giroud, ce dispositif permettait de vider les berlines de charbon venues du fond pour envoyer directement le combustible vers l’atelier de criblage et de lavage situé en contrebas. C’était un élément essentiel pour le transit de la production.

Non, durant la période d’activité de ces galeries (entre 1865 et 1875), l’accès se faisait à flanc de montagne et non par un puits vertical. Le carreau de la mine se limitait à des terrasses aménagées à l’extérieur des galeries pour le traitement et le départ du charbon vers les voies de transport.

Cette galerie spécifique servait de centre d’apprentissage pratique pour les nouveaux mineurs et les jeunes apprentis appelés galibots. Ils y apprenaient les métiers de la mine, comme le soutènement (le boisage) et l’abattage du charbon, dans un environnement contrôlé mais représentatif des conditions du fond.

Bien que les accès aient été sécurisés ou obstrués au fil du temps, le secteur conserve des vestiges de cette époque. On peut encore observer des maçonneries en pierre de taille, des structures liées au tri du charbon ainsi que des marques de forages techniques dans la roche, qui témoignent des méthodes de travail du XIXe siècle.

Poursuivez votre exploration

« Plongez dans l’épopée minière du Plateau Matheysin » « Découvrez l’histoire du Puits du Villaret, le plus récent du Plateau Matheysin »

Sources et sites officiels 

1. Patrimoine industriel et minier (Contexte régional)

  • Musée de la Mine Image (La Motte-d’Aveillans) : C’est le lieu de référence pour comprendre l’extraction du charbon dans le bassin de La Mure. Ils proposent des visites guidées très instructives.

  • La Mémoire de la Mine (Bassin de La Mure) : Diverses associations locales travaillent à la préservation de la mémoire des houillères du Dauphiné. Consulter les sites des mairies de Susville ou de La Mure peut également apporter des compléments sur le patrimoine bâti.

2. Patrimoine ferroviaire (Contexte historique)

  • Le Petit Train de La Mure : Indispensable pour l’aspect ferroviaire du bassin. Ce site permet de contextualiser l’importance du transport du charbon.

  • Chemins de fer du Dauphiné (Archives et associations) : Pour les passionnés de voies étroites, le site de la Fédération des Amis des Chemins de Fer Secondaires (FACS) contient souvent des inventaires techniques précieux.

3. Ressources institutionnelles et documentaires

  • Inventaire du Patrimoine (Région Auvergne-Rhône-Alpes) : Le site de l’inventaire général du patrimoine culturel recense souvent des fiches techniques très complètes sur les sites miniers.

Bibliographie 

    • Association “La Mine Image” (La Motte-d’Aveillans), Archives et témoignages sur le bassin houiller de La Mure.

      • Note : Bien qu’il s’agisse plus de fonds documentaires que d’un livre unique, les publications liées aux travaux de l’association La Mine Image constituent la base documentaire la plus fiable concernant la mémoire locale.

    • BRGM. (Année de publication). Rapport de mise en sécurité des mines de La Mure : travaux de confortement (bouchons de ciment et injections de cendres). Base de données InfoTerre. [En ligne]. Disponible sur : https://infoterre.brgm.fr/ [Consulté le : JJ/MM/AAAA].
    • Archives Départementales de l’Isère. Série S : Travaux publics et mines. Dossiers relatifs aux concessions des mines de La Mure. [Cote du document]. [En ligne ou consultation physique].

Vestiges miniers et zone de l'ancienne exploitation des Boines à La Motte d'Aveillans, vue en 2009.

L’épopée des mines des Boines : Une histoire de charbon en Matheysine

Entre espoirs industriels et réalités géologiques : un siècle d’exploitation charbonnière sur le site des Boines en Matheysine.

Au cœur du Dauphiné, le paysage porte encore les cicatrices d’une épopée industrielle oubliée. À La Motte d’Aveillans, sur le site des Signaraux, se cachent les vestiges de la mine des Boines. Si aujourd’hui le calme des pâturages a repris ses droits, ces galeries, autrefois synonymes d’espoir économique, racontent l’histoire d’une exploitation minière aux conditions extrêmes.

Informations pratiques

Caractéristique Détails
Lieu La Motte d’Aveillans, Matheysine (Isère)
Altitude Environ 1 300 mètres
Type d’exploitation Mine de charbon (artisanale puis industrielle)
Concession Octroyée en 1834
Veines identifiées Henriette, Trois Bancs
Principales contraintes Enclavement, saisonnalité, géologie morcelée
Infrastructures 7 galeries, télébenne, station de lavage
Fin d’activité 11 juillet 1908 (faillite/absence d’acquéreur)
Note

Pencil Pencil

Malgré nos recherches dans les fonds des Archives Départementales (série S), la documentation relative aux Boines demeure parcellaire. Ce silence relatif des archives est en soi révélateur : il témoigne du caractère modeste et éphémère de cette exploitation, qui n’a pas laissé la trace administrative ou industrielle des grandes concessions voisines. Les dates mentionnées dans cet article proviennent du fonds d’archives de la Mine image.

Les mines des Boines : l’histoire oubliée d’une exploitation de haute altitude

Au cœur des montagnes, à 1300 mètres d’altitude, gisent les vestiges d’une aventure industrielle singulière : les mines des Boines. Entre espoirs de rentabilité et défis géologiques, cette exploitation charbonnière, bien que modeste, témoigne de la ténacité des mineurs du XIXe siècle. Retour sur le destin de ces galeries aujourd’hui presque effacées par le temps.

Historique de la concession

La découverte d’affleurements de terrain houiller en surface a conduit à l’institution d’une concession par une ordonnance royale du 9 août 1834. Attribuée à la société Achard Valentin et Cie, celle-ci s’étendait sur les communes de La Motte-d’Aveillans et de La Motte-Saint-Martin, couvrant une superficie de 77 hectares.

L’exploitation ne fonctionna que de manière intermittente, entre 1834 et 1848.

Dans un rapport daté du 25 janvier 1856, l’ingénieur du Corps impérial des Mines notait : « La position de la concession des Boines, sur l’arête qui sépare celle du Peychagnard de celle de Serre-Leycon, [la place] dans des conditions de transport beaucoup moins favorables ; [ce qui a] déterminé la suspension des travaux. »

La concession fut mise en adjudication en 1897. À la suite d’une requête déposée par M. Louis Jay, négociant en charbon à Grenoble, à l’encontre de M. Jean-Baptiste Étienne, alors directeur des mines des Boines, la concession ainsi que divers immeubles et bâtiments furent vendus aux enchères le 11 juillet 1908. L’exploitation cessa alors définitivement.

Par la suite, les Houillères du bassin du Dauphiné, devenues par la suite les Houillères du bassin du Centre et du Midi (HBCM), devinrent concessionnaires à compter du 28 juin 1946, succédant à M. Pierre-Marie Durant.

Une activité minière précoce

Bien avant l’octroi officiel de la concession en 1834, la zone des Boines faisait déjà l’objet d’une exploitation artisanale. Les mineurs pratiquaient alors le « grattage » des affleurements, prélevant le charbon en surface là où la roche mère se révélait.

Cependant, la géologie locale ne facilitait pas la tâche. Les couches de charbon, telles que les veines « Henriette » ou « Trois Bancs », étaient morcelées, rendant leur suivi continu impossible. Cette instabilité des gisements condamna rapidement toute ambition d’exploitation industrielle à grande échelle, rendant les couches majeures, comme la couche « Roland » ou la « Grande Couche », introuvables ou inexploitables.

Les défis de l’altitude : entre isolement et saisonnalité

L’exploitation des Boines fut confrontée à deux obstacles majeurs :

  1. L’enclavement : Située à plus de 1300 mètres, la mine était coupée des grands axes de transport. Écouler la production était un défi logistique permanent.

  2. La saisonnalité : Entre 1834 et 1848, l’activité ne se maintenait que durant la belle saison, et de manière très intermittente.

Sept galeries furent pourtant foncées, s’échelonnant entre 1250 et 1400 mètres d’altitude. Aujourd’hui, les « razziers » (tas de déblais) de moins de 100 m³ témoignent de la brièveté de ces travaux : les galeries étaient bien souvent abandonnées sitôt ouvertes.

Infrastructures et logistique

La topographie exigeante du site a nécessité des aménagements logistiques audacieux pour l’époque. On note la présence sur le site de deux télébenne, dont l’un était spécifiquement dédié à l’acheminement du minerai vers une station de lavage. Ces installations soulignent une volonté d’industrialisation, malgré les contraintes du terrain.

Géologie et déconvenues minières

Les travaux de creusement ont permis d’identifier deux couches de charbon : la couche Henriette et celle des Trois Bancs. Toutefois, la géologie tourmentée du secteur a rapidement montré ses limites : l’impossibilité de suivre ces veines de manière continue a précipité l’abandon de l’exploitation. Par ailleurs, les espoirs des concessionnaires furent déçus, les couches productives supérieures, telles que la couche Roland et la Grande Couche, n’ayant jamais pu être localisées sur le périmètre de la concession.

Extrait de l'acte notarié daté de 1897 officialisant la création de la concession minière des Boines dans le Dauphiné.

Acte notarié de 1891 instituant le changement de propriétaire de la concession des mines des Boines. Un document historique témoignant de l’officialisation de l’exploitation charbonnière. (Archive de la Mine Image)

Le déclin et l’échec commercial

L’accumulation des contraintes géographiques et techniques eut raison de la mine. Le 11 juillet 1908, la concession fut mise aux enchères publiques. Faute d’acquéreur, l’aventure des Boines prit fin, actant la faillite économique du site.

Conclusion

La mine des Boines illustre parfaitement ces “petites” exploitations qui ont jalonné l’histoire du Dauphiné, souvent éclipsées par les grandes mines du bassin de La Mure. Visiter ces lieux, c’est rendre hommage à la rudesse du travail des mineurs de montagne qui, contre toute attente, ont tenté de dompter les entrailles de la terre.

Les archives étant lacunaires, la mémoire locale est notre complément indispensable. Si des familles possèdent des documents, récits ou photos de ces périodes, n’hésitez pas à nous contacter. » Cela transforme votre page en un espace vivant de récolte de données.

Foire Aux Questions la concession des Boines l’historique

Les Boines constituent un témoin historique significatif de l’exploitation houillère en Matheysine. Ce site permet de comprendre les méthodes d’extraction artisanales et industrielles qui ont façonné l’économie et le paysage du Dauphiné au cours du XIXe et du XXe siècle.

Bien que la nature ait repris ses droits, il subsiste plusieurs vestiges : entrées de galeries (plus ou moins accessibles), traces de plans inclinés, déblais de mines (le “razzier”) et des infrastructures logistiques témoignant de l’organisation du travail de l’époque.

La plupart des vestiges miniers se situent sur des terrains privés ou sur des zones présentant des risques naturels (éboulements, cavités instables). Il est rappelé que l’accès aux galeries souterraines est strictement interdit par mesure de sécurité et par respect pour les propriétés privées.

Oui, l’histoire des Boines est documentée par les archives des concessions minières conservées aux Archives Départementales de l’Isère, ainsi que par les rapports techniques du BRGM. Ce travail de recherche s’appuie sur ces sources documentaires complétées par des témoignages oraux.

Poursuivez votre exploration

Les Boines font partie de l’ensemble des mines de la Matheysine

La concession des Boines les galeries des Boines guide d’exploration et inventaire

La concession des Boines et de Serre Leycon les moyens de transport

La concession des Boines les grattages des Boines

La concession des Boines et de Serre Leycon la plateforme de lavage

Sources et sites officiels 

. Les bases de données institutionnelles (Incontournables)

Ces liens renforcent immédiatement le sérieux de votre article :

  • Le site InfoTerre (BRGM) : https://infoterre.brgm.fr/

    • Usage : C’est la référence absolue pour la géologie et les risques miniers. Indiquez à vos lecteurs qu’ils peuvent y consulter les données sur les cavités et l’historique minier de la zone.

  • Archives Départementales de l’Isère : https://archives.isere.fr/

    • Usage : C’est ici que se trouvent les documents originaux (série S, concessions minières). Mettez ce lien dans une section “Pour aller plus loin” pour encourager les lecteurs à consulter les sources primaires.

2. Le contexte historique et ferroviaire (Le lien avec le Train)

Puisque votre site parle aussi du Train de la Mure, ces liens sont logiques :

  • Musée de la Mine de la Matheysine (La Mine Image) : https://www.mine-image.com/

    • Usage : C’est l’institution de référence. Faire un lien vers eux montre que vous êtes en phase avec le travail de mémoire local officiel.

3. Les portails de connaissances (Pour le lectorat curieux)

  • Patrimoine Industriel (Inventaire général) : https://inventaire.patrimoine-region.fr/

    • Usage : Vous pouvez rechercher si les Boines y sont mentionnées. C’est une source très fiable pour la terminologie architecturale des sites miniers.

Bibliographie 

  • 1. Ouvrages de référence (Sources secondaires)

    Ces livres sont les piliers de l’histoire minière dans ce secteur :

    • Collection “Mémoire d’Obiou” (Éditions locales).

      • Note : Cette collection publie régulièrement des témoignages et des recherches historiques sur les communes de la Matheysine. Vérifiez les numéros traitant de “La Mure” ou des “mines”.

    2. Rapports techniques et inventaires (Sources primaires et semi-primaires)

    Pour un historien, ces documents sont plus précieux que les livres généralistes :

    • BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières). Inventaire des cavités souterraines de l’Isère.

      • Conseil : Recherchez les rapports spécifiques liés aux concessions minières de la commune de La Mure (ou des communes limitrophes si les Boines sont en limite). Vous les trouverez sur le portail InfoTerre.

    • Archives Départementales de l’Isère (ADI) – Série S.

      • Note : La série S concerne les travaux publics, mines et carrières. C’est ici que vous devez chercher les “dossiers de concession” des Boines.

      • Citation type pour votre bibliographie : “Archives Départementales de l’Isère, série S, Dossiers relatifs aux concessions minières de la Matheysine.”

    3. Ressources muséales et associatives

    • Mine Image (La Mure).

      • Leur centre de documentation est le point de départ de toute recherche sur le sujet. Si vous n’y êtes pas allé, c’est votre priorité.

    • Association des Amis du Musée de la Mine.

      • Leurs bulletins sont souvent plus précis que les grands livres historiques sur des lieux-dits spécifiques comme “Les Boines”.

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Galerie Photos

Utilisez les touches de direction pour faire défiler les photos

Photographie de 2005 montrant l'entrée d'une ancienne mine (galerie de La Baume) condamnée par un mur de pierre. Une haute cheminée métallique s'élève au-dessus de l'entrée pour évacuer et disperser le gaz carbonique du sous-sol dans l'atmosphère.

La Galerie Niveau 20 de Saint-Arey : Le Dernier Souffle des Mines de La Mure

Si vous vous promenez aujourd’hui dans les gorges du Drac, près de Saint-Arey, le silence règne. Pourtant, sous vos pieds et derrière la végétation, se cache l’un des ouvrages les plus importants et les plus récents de l’histoire des Houillères du Dauphiné : la Galerie du Niveau 20.
Cet article vous plonge dans l’histoire de ce tunnel titanesque de 6 kilomètres, véritable colonne vertébrale de l’exploitation charbonnière de La Mure à la fin du XXe siècle.

Découvrez l’histoire et la structure de la Galerie Saint-Arey (Niveau 20), pièce maîtresse du système d’exploitation des mines de Susville. Des méthodes de percement à la géologie du gisement d’anthracite, nous analysons l’importance stratégique de cette galerie dans le développement industriel du Dauphiné. Une immersion technique et historique indispensable pour comprendre l’héritage minier de la région.

Informations pratiques

Caractéristique Détails Techniques et Historiques
Nom de l’ouvrage Galerie Saint-Arey (Niveau 20)
Site Minier Mine de Susville
Bassin Houiller Bassin de la Matheysine (Dauphiné)
Localisation Saint Arey, Isère (38), France
Substance exploitée Anthracite (charbon de haute qualité, faible teneur en matières volatiles)
Altitude / Niveau Niveau 20 (Référence altimétrique spécifique au réseau du Peychagnard)
Période d’activité 1975-1997
Type d’ouvrage Galerie de desserte (Travers-bancs)
Mode de percement Machines de percement et explosif
Soutènement Soutènement en cintres métalliques
Géologie du terrain Terrains carbonifères du dôme de la Mure (grès, schistes et couches d’anthracite)
Fonction principale Accès aux chantiers d’abattage et roulage du minerai vers les puits ou le plan Richard
Infrastructure associée Camions type dumper articulés
Statut actuel Site patrimonial / Vestiges historiques (accessibilité restreinte/sécurisée)

1. Un ouvrage titanesque au cœur de la montagne

La Galerie du Niveau 20, située au lieu-dit La Baume, n’était pas une simple galerie de mine. C’était une artère vitale creusée pour moderniser et prolonger l’activité du bassin minier.

Construction et dimensions

Le percement débute en 1975 et s’achève en 1987, réalisé par les sociétés EGCEC et FORCAL.[1] C’est un chantier de longue haleine qui aboutira à des dimensions impressionnantes :

  • Longueur initiale : 4 200 mètres.

  • Extension en 1987 : La galerie atteint 6 000 mètres pour opérer la jonction avec la concession du Peychagnard (via la descenderie des Éperons).

  • Section : Une entrée massive d’environ 5 mètres de large sur 2,50 mètres de haut.

Un point de jonction stratégique

Dès 1979, la galerie est connectée au quartier des Chuzins. Elle devient alors le nœud central du réseau souterrain, reliant :

2. Le creusement des travers-bancs

Un travers-banc est une galerie horizontale tracée dans le rocher (le “stérile”) perpendiculairement aux couches de charbon pour les rejoindre depuis les puits ou les galeries principales. Dans les années 70 à La Mure, le creusement était devenu très mécanisé. On utilisait :

  • Des jumbos de perforation (engins avec des bras articulés portant des perforateurs hydrauliques ou pneumatiques) pour forer les trous de mine.

  • L’explosif pour l’abattage du rocher.

  • Des chargeuses performantes pour évacuer les déblais.

3. L’étayage par cintres métalliques

À cette époque, le boisage traditionnel (étançons en sapin ou chêne) était largement remplacé dans les galeries principales par le soutènement métallique, plus résistant à la pression énorme des massifs de montagne (très forte à La Mure en raison de la tectonique alpine).

  • Types de cintres : On utilisait souvent des cintres coulissants (type TH – Toussaint-Heintzmann). Ces arcs d’acier sont composés de plusieurs segments qui s’emboîtent. Sous la pression du terrain, ils peuvent “glisser” légèrement tout en maintenant leur portance, ce qui évite qu’ils ne se tordent ou ne cassent brutalement.

  • Garnissage : Entre les cintres et la paroi, on plaçait des éléments de garnissage (grillages métalliques, plaques de béton ou de bois) pour empêcher les chutes de petits blocs.

4. La circulation des camions (Le “Trackless Mining”)

C’est l’un des changements les plus radicaux des années 70 à La Mure. On est passé du transport par rails (berlines tractées par des locotracteurs) au transport sur pneus, dit “trackless” (sans rails).

  • Pourquoi des camions ? Pour plus de souplesse et de rapidité. Les camions (souvent des dumpers articulés spécifiquement conçus pour la mine, comme les marques Joy ou Eimco) pouvaient circuler directement du front de taille jusqu’aux points de déchargement sans les contraintes de pose de voies ferrées.

  • Aménagement des galeries : Pour permettre la circulation de ces engins (souvent imposants), les galeries principales et les travers-bancs devaient être creusés avec des sections beaucoup plus larges qu’autrefois (parfois 15 à 20 m² de section).

  • L’exemple du Villaret : Le puits du Villaret (mis en service dans les années 40 mais modernisé par la suite) et les grandes galeries de liaison vers les nouveaux quartiers d’exploitation étaient le théâtre de ce va-et-vient de véhicules diesel équipés de filtres spéciaux pour l’échappement.

Le contexte de l’époque

En 1975, les mines de La Mure sont dans une phase de rationalisation. L’anthracite de La Mure est le meilleur du monde (très pur, brûlant sans fumée), mais l’extraction est difficile à cause de la géologie tourmentée des Alpes. La mécanisation à outrance (cintres lourds, engins sur pneus) était la seule solution pour maintenir la production face à la concurrence des charbons d’importation, avant la fermeture définitive du bassin en 1997.

Photographie de 2005 montrant l'entrée d'une ancienne mine (galerie de La Baume) condamnée par un mur de pierre. Une haute cheminée métallique s'élève au-dessus de l'entrée pour évacuer et disperser le gaz carbonique du sous-sol dans l'atmosphère.

Vue de l’entrée condamnée de la galerie de La Baume, témoignant des travaux de mise en sécurité du site. L’ouvrage est scellé par un murage en maçonnerie, complété par une cheminée d’évent spécifique. Ce dispositif permet l’évacuation contrôlée du dioxyde de carbone (CO₂) d’origine naturelle ou résiduelle, évitant ainsi toute mise en pression de la galerie et garantissant la sécurité des riverains.

5. À quoi servait la Galerie du Niveau 20 ?

Contrairement aux idées reçues, toutes les galeries ne servent pas uniquement à extraire du charbon. Le “Niveau 20” avait trois fonctions critiques pour la survie de la mine et des mineurs :

  1. La logistique (Transport) : C’était l’autoroute du sous-sol. La quasi-totalité du matériel lourd passait par ici pour rejoindre les chantiers d’abattage (sauf le matériel du niveau 17 qui passait par le Villaret). Elle a aussi servi à évacuer les stériles (roches sans charbon) des Chuzins jusqu’en 1989.

  2. L’aérage (Ventilation) : Une mine doit respirer. Cette galerie permettait d’apporter de l’air frais et d’évacuer l’air vicié.

  3. L’exhaure (Drainage) : Située à un point bas, elle collectait les eaux d’infiltration de la mine, mais aussi un ennemi invisible : le gaz carbonique (CO2).

Le saviez-vous ?

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Il existait une galerie encore plus profonde, dite “Galerie du Drac”, située sous le niveau 20, exclusivement dédiée à l’évacuation des eaux.

Le secteur de Saint-Arey / La Baume / Combe Nevouse représente l’une des zones les plus complexes et les plus dangereuses de l’histoire des mines de La Mure, particulièrement durant la période de modernisation des années 70.

L’accident le plus marquant et le plus tragique lié à ces lieux (et plus précisément à la zone de Combe Nevouse) est celui du 19 janvier 1971, mais la configuration technique que vous décrivez (camions et cintres métalliques) a également généré d’autres types d’incidents moins connus mais révélateurs des risques de l’époque.

Voici les éléments contextuels sur les accidents dans ces galeries :

6. La tragédie de Combe Nevouse (19 janvier 1971)

Bien que légèrement avant 1975, cet accident a hanté la mémoire des mineurs de la “fin de la mine”.

  • La cause : Un Dégagement Instantané (DI) massif de dioxyde de carbone (acide carbonique). À La Mure, le danger n’était pas seulement le grisou (méthane), mais surtout ces poches de gaz carbonique sous pression dans le gisement d’anthracite.

  • Le bilan : 6 morts.

  • Le mécanisme : Lors de l’avancement d’une galerie, la paroi a littéralement explosé sous la pression du gaz, projetant des centaines de tonnes de charbon pulvérulent et asphyxiant instantanément les mineurs. Cet accident a montré que malgré le soutènement lourd (cintres métalliques), la pression gazeuse restait imprévisible.

7. Les risques liés à la circulation des camions (Années 75)

Comme vous l’avez souligné, l’introduction du transport “trackless” (sans rails) par camions dans les travers-bancs de liaison entre La Baume et Saint-Arey a changé la nature des accidents :

  • Les incendies et fumées : La présence de gros moteurs diesel et de réservoirs de carburant dans des galeries parfois confinées augmentait le risque d’incendie. Un feu de pneu ou de moteur de dumper sous terre était une catastrophe en raison de l’opacité des fumées.

  • Les accidents de circulation : Le passage de camions imposants dans des galeries où circulaient aussi des hommes à pied a provoqué des accidents de collision ou d’écrasement. La visibilité était souvent réduite par la poussière soulevée par les pneus.

  • Le problème du freinage : Les galeries de La Mure n’étaient pas toujours parfaitement horizontales. Des défaillances de freinage sur des engins chargés dans les rampes ont causé plusieurs frayeurs et incidents matériels sérieux dans le secteur de la Baume.

8. La pression des terrains et le soutènement métallique

Dans les secteurs profonds comme ceux de Combe Nevouse, la montagne “bougeait” énormément.

  • Le flambage des cintres : Même les cintres métalliques les plus lourds (type TH) finissaient par se tordre sous la pression de la roche. Il n’était pas rare que des galeries dimensionnées pour les camions se rétrécissent en quelques mois, obligeant à des travaux de “recoupement” (élargissement) très dangereux.

  • Les chutes de blocs : Le creusement des travers-bancs de grande section (pour laisser passer les camions) créait de grandes surfaces de toit à nu avant la pose des cintres. C’était le moment le plus critique pour les mineurs, exposés aux “coups de toit”.

Pourquoi ce secteur était-il si spécifique ?

La liaison La Baume – Saint-Arey était stratégique car elle permettait de relier les nouveaux quartiers d’extraction au Puits du Villaret (lavoir). Le charbon de Combe Nevouse était d’une qualité exceptionnelle (anthracite pur), mais le gisement était très tourmenté par la tectonique alpine.

Accident précis impliquant un camion en 1974 ou 1975 :
Il y a eu de nombreux incidents de “dérapage” ou de sorties de piste de dumpers dans les galeries de liaison à cette époque, souvent dus à l’état du sol (mélange de poussière de charbon et d’eau rendant la piste glissante). Ces accidents ont conduit à renforcer la sécurité sur la signalisation et l’éclairage des grandes galeries de roulage.

AvantAprès

Avant

État des lieux du vallon de La Baume avant l’aménagement du carreau. Cliché de prospection daté de 1969, illustrant la topographie originelle du site avant le début des travaux de terrassement et l’implantation des premières infrastructures d’extraction.

Apres

Vue panoramique du carreau de la mine de La Baume (Isere), 1978. État des installations de surface et des infrastructures de chantier durant la phase d’activité contemporaine. Archives historiques de l’exploitation minière.

6. Les dangers de La Baume : Gaz et Tragédie

L’histoire minière est indissociable du risque. Le site de Saint-Arey garde la mémoire de ces dangers.

Le piège du CO2

La galerie servait d’exhaure pour le gaz carbonique, un gaz lourd qui “coule” comme de l’eau. Une cheminée (encore visible aujourd’hui) était destinée à disperser ce gaz dans l’atmosphère. Avant sa construction, le canal d’exhaure était un véritable piège mortel pour la faune locale : on y retrouvait souvent de petits mammifères et oiseaux, asphyxiés par le gaz stagnant au ras du sol.

Le souvenir de 1975

Le percement de cette galerie a été endeuillé dès son commencement. En 1975, un accident tragique a coûté la vie à des mineurs. Une stèle commémorative rappelle aujourd’hui leur sacrifice.

Le danger su CO2

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« Lors de la redécouverte des vestiges de cette galerie, l’étroitesse de l’entrée ne laissait qu’une seule voie d’accès : un caniveau d’exhaure partiellement dégagé. Pensant pouvoir franchir l’obstruction, j’ai tenté de m’y introduire en rampant au ras du sol. C’est alors que j’ai perçu, à quelques centimètres de mon visage, des cadavres d’oiseaux — signe fatal et pourtant trop tardivement compris de la présence de gaz délétères.
Avant même de pouvoir reculer, j’ai perdu connaissance, piégé par une poche de gaz stagnante. Je ne dois mon salut qu’à la réactivité de mon collègue qui, me voyant sombrer, m’a tiré par les pieds hors du caniveau vers l’air libre. Cet incident rappelle brutalement la dangerosité des exploitations abandonnées. Bien que j’aie toujours pratiqué le test du briquet tempête pour vérifier la présence d’oxygène au sol, cet épisode démontre que dans l’atmosphère confinée d’une mine, la frontière entre l’observation scientifique et l’accident mortel est infime. »

C’est une observation tout à fait exacte et tragiquement confirmée par les médecins du travail et les historiens des mines. Les “traceurs” (ceux qui creusaient les travers-bancs dans le rocher) étaient effectivement beaucoup plus exposés à une forme foudroyante de silicose que les “abatteurs” (ceux qui extrayaient le charbon).

Voici pourquoi cette différence était si marquée, particulièrement dans les années 70 à La Mure :

7. La nature de la poussière : Silice vs Carbone

C’est le facteur principal.

  • À l’abattage : Le mineur travaille dans le charbon (l’anthracite). La poussière est composée essentiellement de carbone. Elle provoque la pneumoconiose (ou anthracose), une maladie grave, mais qui met souvent plus de temps à devenir invalidante.

  • Dans les travers-bancs : Pour rejoindre les couches de charbon, on doit traverser des couches de rocher stérile (grès, schistes quartzites). Ce rocher contient une très forte proportion de silice cristalline (quartz). La silice est extrêmement “agressive” pour les alvéoles pulmonaires : elle crée des cicatrices (fibroses) qui détruisent le poumon beaucoup plus vite que la poussière de charbon.

8. La mécanisation des années 70 : le “progrès” dangereux

Comme vous l’avez mentionné, dans les années 75, on utilisait des machines puissantes pour creuser les travers-bancs (jumbos de perforation, chargeuses, camions).

  • La perforation : Les marteaux-perforateurs pneumatiques ou hydrauliques tournaient à très haute vitesse pour forer les trous de mine dans le rocher dur. Cette vitesse de rotation broyait la roche en une poussière impalpable, la “fleur de silice”, presque invisible à l’œil nu mais mortelle car elle pénètre au plus profond des poumons.

  • L’insuffisance de l’arrosage : Bien que l’injection d’eau dans les fleurets (mèches) soit devenue obligatoire, elle n’était pas toujours suffisante ou pratiquée rigoureusement pour ne pas “noyer” le chantier ou gêner la progression des camions sur le sol.

9. Le confinement des travers-bancs

Les travers-bancs sont des galeries “en cul-de-sac” pendant toute la durée de leur creusement.

  • Contrairement aux tailles (zones d’abattage) où un courant d’air traverse le chantier, le front d’avancement d’un travers-banc est ventilé par des “canars” (tuyaux de ventilation).

  • La ventilation y était souvent moins efficace, laissant stagner un nuage de poussière de roche très concentré, aggravé par les gaz d’échappement des camions et des engins diesel qui remuaient la poussière déposée au sol.

10. Le paradoxe du “mineur de rocher”

Les traceurs de travers-bancs étaient souvent considérés comme l’élite des mineurs. C’était un travail de haute technicité, exigeant une grande force physique et payé par des primes d’avancement importantes.

  • Parce qu’ils étaient robustes, ces mineurs inhalaient de plus grands volumes d’air lors de l’effort, et donc plus de poussière.

  • On a vu des cas de silicose aiguë (parfois appelée “silicose galopante”) chez des jeunes mineurs ayant passé seulement quelques années au rocher, alors que des mineurs de charbon pouvaient tenir 20 ans avant d’être “essoufflés”.

Le bilan à La Mure

À La Mure, la dureté exceptionnelle du rocher alpin rendait le creusement des galeries de liaison (comme celles de Saint-Arey ou de la Baume) particulièrement redoutable. Les années 70, malgré le confort relatif apporté par les cintres métalliques (qui sécurisaient contre les éboulements) et les camions (qui évitaient de pousser des berlines), ont été des années où la poussière de silice est devenue plus fine et plus abondante à cause de la puissance des outils.

C’est pour cette raison que de nombreux anciens mineurs de La Mure, qui travaillaient au “rocher”, ont été touchés par des taux d’invalidité très élevés peu de temps après leur départ de la mine.

1. Les conditions de travail : La lutte contre la pente et la poussière

Travailler à La Mure ne ressemblait pas au travail dans les mines du Nord (le Pas-de-Calais). La géologie alpine imposait des contraintes extrêmes.

  • L’exploitation en « dressants » : Contrairement aux veines plates du Nord, les couches d’anthracite en Matheysine étaient souvent très inclinées, voire verticales. Les mineurs travaillaient dans des positions acrobatiques, souvent sur des planchers boisés suspendus au-dessus du vide.

  • La dureté de l’anthracite : L’anthracite de La Mure est l’un des meilleurs charbons au monde (pur à plus de 90%), mais il est extrêmement dur. Avant la mécanisation massive des années 50-60, l’abattage au marteau-piqueur était épuisant.

  • La Silicose : l’ennemi invisible. Si le bassin de La Mure était peu sujet au grisou (gaz explosif), il était extrêmement poussiéreux. L’anthracite dégageait une poussière fine et abrasive. Malgré l’arrosage des tailles, la silicose a décimé des générations de mineurs, bien plus sûrement que les éboulements.

  • L’évolution technique : Sous l’ère des HBD, on passe de la force humaine et animale (les chevaux sont restés au fond jusqu’en 1952) à une mécanisation poussée avec les convoyeurs blindés et les soutènements marchants.

2. La vie sociale : Un paternalisme d’État

Après 1946, les HBD héritent du système paternaliste des anciennes compagnies privées, mais l’adaptent avec le Statut du Mineur.

  • Le logement en cités : La vie du mineur est indissociable de sa cité. À La Mure, les cités comme celle des Trois-Mâts ou du Périer structurent l’espace urbain. Les HBD fournissaient le logement et le chauffage (le fameux “charbon de dotation”).

  • La diversité communautaire : Le bassin était un véritable laboratoire d’intégration. Aux locaux (paysans-mineurs) se sont ajoutés des vagues successives d’immigrés : Italiens et Polonais dans l’entre-deux-guerres, puis Maghrébins (notamment des Marocains du Souss) dans les années 50 et 60. Cette mixité a forgé une identité matheysine forte, basée sur la solidarité du fond.

  • Les avantages sociaux : Être mineur aux HBD, c’était bénéficier d’une protection sociale d’avant-garde : accès gratuit aux soins (la “Société de Secours”), colonies de vacances pour les enfants, et une retraite anticipée à 50 ou 55 ans.

3. Culture et traditions : Entre ferveur et lutte

  • La Sainte-Barbe (4 décembre) : C’est le moment sacré. Même après la nationalisation, la fête de la patronne des mineurs restait le pilier de l’année, mêlant défilés, banquets et médailles du travail. C’était le jour où la hiérarchie et les ouvriers se retrouvaient autour d’une table.

  • Le syndicalisme et la fierté : Le bassin de La Mure était un bastion de la CGT. La conscience de classe était exacerbée par la dangerosité du métier. Les grandes grèves (notamment celle de 1963) ont soudé la communauté contre les premières menaces de fermeture.

  • Le sport et la musique : Les HBD subventionnaient de nombreuses associations. L’harmonie des mineurs et les clubs de football ou de rugby étaient les vecteurs essentiels de la cohésion sociale hors de la mine.

4. La fin d’un monde : Le traumatisme de la fermeture

La vie sociale des HBD a été marquée, à partir des années 70, par l’angoisse de la fin. Le “plan de licenciement” est devenu un mot quotidien.

  • La reconversion : Contrairement à d’autres bassins, la Matheysine est restée enclavée. La fermeture du Villaret en 1997 a été vécue comme un deuil collectif.

  • L’héritage : Aujourd’hui, cette vie sociale survit à travers l’association des anciens mineurs et le musée de La Mine Image à La Motte-d’Aveillans, qui est le gardien de cette mémoire technique et humaine.

En résumé : La vie du mineur des HBD était une vie de contrastes : une noirceur et une pénibilité extrêmes au fond, compensées par une vie sociale intense, protectrice et solidaire en surface. C’était un “État dans l’État”.

11. Que reste-t-il à voir aujourd’hui ?

Pour l’amateur d’exploration (urbex) ou le randonneur curieux, le site a radicalement changé. Situé dans la gorge du Drac, la nature reprend ses droits.

  • Installations rasées : Tous les bâtiments techniques ont été détruits après l’arrêt de l’exploitation.

  • L’entrée murée : L’entrée de la galerie est toujours là, mais elle est obturée (murée) pour des raisons de sécurité évidentes.

  • Vestiges visibles : On peut encore apercevoir la cheminée d’aération (la tour en béton) et le tracé du caniveau d’exhaure.

  • Le Razzier : Un immense éboulis (razzier) surplombe la zone d’accès, témoin de la géologie tourmentée du lieu.

Photographie de 2015 montrant l’entrée murée d’une ancienne mine appelée Galerie de La Baume. Au sommet du mur de fermeture, une petite cheminée en briques sert à l'évacuation des gaz. Un grillage de sécurité métallique est installé au premier plan, devant l'entrée. Le sol de la plateforme et les parois rocheuses environnantes sont envahis par des herbes folles et des arbustes, signe de la reprise de la nature sur le site industriel.

Vue frontale de l’entrée condamnée de la galerie de La Baume (2015). Ce vestige de l’exploitation minière illustre la phase de mise en sécurité du site, avec sa cheminée d’aérage spécifique pour l’évacuation du dioxyde de carbone et l’installation récente d’un périmètre de protection.

Foire Aux Questions galerie de la Baume

Le terme « Niveau 20 » est une référence altimétrique spécifique au réseau des mines de la Matheysine (système du Peychagnard). Il ne s’agit pas de la profondeur, mais d’une côte de niveau. Cette galerie constitue l’une des dernières grandes infrastructures de modernisation des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD).

Contrairement aux galeries de traçage qui suivent la veine de charbon, le Niveau 20 était une galerie de desserte (travers-bancs). Elle servait de « colonne vertébrale » pour :

  • Le transport : Acheminer le matériel lourd vers les chantiers d’abattage.

  • L’aérage : Assurer la circulation de l’air frais dans les profondeurs.

  • L’exhaure : Drainer les eaux de la mine et canaliser les gaz lourds (CO2).

Le percement a débuté en 1975 et s’est achevé en 1987. C’est un ouvrage de la phase de concentration et de modernisation ultime du bassin minier de La Mure, peu de temps avant la fin de l’exploitation (le « dernier souffle » du bassin).

La mine de Saint-Arey est sujette aux émanations de dioxyde de carbone (CO2), un gaz lourd qui s’accumule au sol et chasse l’oxygène. C’est ce gaz, et non le grisou (méthane), qui représentait le danger principal à cet endroit, provoquant des asphyxies foudroyantes.

Il s’agit d’une cheminée d’évent. Même après la fermeture, la mine continue de « dégazer ». Le CO2 étant plus lourd que l’air, il s’écoule vers les points bas (comme l’entrée de la galerie). La cheminée permet d’évacuer ce gaz par tirage naturel et de le disperser en hauteur pour éviter qu’il ne stagne au sol et ne devienne mortel pour les promeneurs ou la faune.

Absolument pas. Pour des raisons de sécurité publique, l’entrée a été condamnée par un murage massif en maçonnerie. Le risque d’anoxie (manque d’oxygène) et les risques d’effondrements internes rendent toute tentative d’intrusion extrêmement dangereuse, comme en témoignent les accidents historiques.

Aujourd’hui, la nature reprend ses droits, mais on peut encore observer :

  • L’entrée murée de la galerie.

  • La cheminée de dégazage.

  • Le tracé de la cunette d’exhaure (le caniveau d’évacuation des eaux).

  • La stèle commémorative en hommage aux mineurs qui ont perdu la vie lors du percement en 1975.

On y extrayait l’anthracite, un charbon d’une pureté exceptionnelle, très riche en carbone et pauvre en matières volatiles, qui faisait la renommée mondiale du bassin de La Mure.

Poursuivez votre exploration

« Retrouvez la galerie d’exhaure du niveau 21»

« Retrouvez la galerie d’exploitation du niveau 15 Combe Nevouse»

« .Suivez nous sur l’histoire des Houilleres du Bassin Dauphinois HBD »

Sources et sites officiels 

1. Archives Institutionnelles et Inventaires

  • Archives Départementales de l’Isère (AD38) : C’est la source primaire pour les plans de concession, les rapports des ingénieurs des mines et les dossiers du personnel des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD).

  • BRGM – InfoTerre : Pour accéder aux fiches de l’Inventaire National des Cavités et aux rapports de fin d’exploitation (https://www.google.com/url?sa=E&q=https%3A%2F%2Farchives.isere.fr%2Fcliquez sur l’onglet “Données” puis “Dossiers de sous-sol”).

  • Légifrance (Annales des Mines) : Pour retrouver les décrets de concession originaux (XIXe siècle).

2. Musées et Associations de Sauvegarde

  • La Mine Image (Musée de la mine à La Motte-d’Aveillans) : Le site de référence pour la mémoire ouvrière et technique du plateau. Bien que Saint-Arey soit plus au sud, les techniques de soutènement et d’extraction y sont documentées.

3. Études Techniques et Géologiques

4. Cartographie et Localisation Précise

  • Géoportail (IGN) : Utilisez les “Cartes de l’État-Major” et les “Photographies aériennes 1950-1965” pour visualiser l’emprise des carreaux de mine et des entrées de galeries avant la renaturation.

5. Documentation Iconographique et Vidéos

  • INA (Institut National de l’Audiovisuel) : Recherche sur “Mines de la Mure” ou “Houillères du Dauphiné” pour voir des reportages d’époque montrant les mineurs au travail, notamment dans les secteurs escarpés.

Bibliographie 

  • 1. Ouvrages de référence (Monographies)

    • ASSOCIATION LA MINE IMAGE. Les Gueules Noires de la Mure : Cent cinquante ans d’histoire des Houillères du Bassin du Dauphiné. Ouvrage collectif.

    2. Études Géologiques et Techniques

    • GIDON, Maurice. Géologie de la Matheysine. (Travaux disponibles via le portail Geol-Alp). Indispensable pour comprendre la complexité tectonique du secteur Saint-Arey et la difficulté de l’exploitation en dressants.

    • HAUDOUR, Jean & SARROT-REYNAULD, Jean. Le bassin houiller de La Mure (Isère) : étude géologique. Bulletin du Service de la Carte Géologique de la France, 1964.

    • SARROT-REYNAULD, Jean. Étude géologique du dôme de La Mure (Isère) et des régions annexes. Mémoires pour servir à l’explication de la carte géologique détaillée de la France, 1961.

    3. Articles et Publications Scientifiques

    • BAILLY-MAÎTRE, Marie-Christine. « Les mines de plomb et d’argent en Oisans et en Matheysine au Moyen Âge ». Revue de géographie alpine. (Bien que centré sur le Moyen Âge, ses travaux posent les bases de l’histoire minière dauphinoise)

    4. Sources d’Archives (Cotes spécifiques AD38)

    • Fonds des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD) : Archives départementales de l’Isère, Série S (Travaux publics) et surtout la Série J (Fonds privés et d’entreprises).

      • Série 108 J : Fonds des Houillères de la Mure (plans de galeries, rapports d’accidents, dossiers du personnel).

      • Série 7 S : Mines et carrières (dossiers de concessions du XIXe siècle, notamment pour la concession de Prunières dont dépend Saint-Arey).

    5. Rapports Institutionnels

    • BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) :

      • Inventaire des archives minières des HBD.

      • Rapports de mise en sécurité (DREAL/UTAM) effectués lors de la fermeture définitive des accès dans les années 1990-2000.

Terril des Combes du Villaret, vue datant de 2006.

Le Terril de Combe Villaret : Un Témoin Silencieux de l’Époque Houillère Dauphinoise

Étude d’un pan du patrimoine industriel du Dauphiné, entre mémoire de l’extraction charbonnière et évolution du paysage.

Au cœur du Dauphiné, le terril de Combe Villaret n’est pas qu’un simple amoncellement de stériles ; il est une véritable archive à ciel ouvert, un témoin silencieux mais éloquent de l’intense période d’exploitation houillère qui marqua la région de la fin du XIXe siècle au milieu du XXe siècle. Ce vestige colossal, souvent perçu comme une simple cicatrice paysagère, révèle en réalité un pan essentiel de notre histoire industrielle et sociale, racontant les prouesses techniques, les destins humains et les bouleversements économiques liés à l’extraction du charbon. Plongeons dans la signification profonde de ce marqueur patrimonial qui continue de sculpter la mémoire collective et le paysage dauphinois.

Informations pratiques

Catégorie Information
Objet Principal Terril (zone artificielle de rejets miniers)
Nom du Site Combe du Villaret
Type de Site Vestige d’exploitation houillère / Patrimoine industriel
Localisation Région : Dauphiné (Isère) Commune de Susville Le Villaret
Origine Accumulation des stériles (roches non exploitables) issus de l’extraction du charbon (anthracite) du puits de  mine du Villaret.
Période d’Activité (liée au terril) 1948-1968 (L’exploitation minière de la région s’est arrêtée définitivement en 1997).
Type de Minerai Anthracite
Concession Minière Associée Concession des Houillères du Bassin Dauphinois
Nature des Matériaux Schistes, grès, résidus de charbon et roches diverses provenant des galeries et chantiers d’extraction.
Dimensions / Aspect Décrit comme “colossal” et “montagne artificielle”, constituant un élément marquant du paysage.
Signification Patrimoniale – Témoin majeur de l’histoire industrielle et économique du Dauphiné.
– Archive à ciel ouvert des techniques et de l’intensité de l’activité minière.
– Marqueur paysager et historique de l’empreinte humaine sur l’environnement.
État Actuel Vestige visible et conservé, objet d’étude et de mémoire.

Qu’est-ce qu’un Razzier et pourquoi celui des Combes du Villaret est-il unique ?

Dans le monde de l’exploitation minière, une “mine” désigne un gisement de matériaux précieux ou stratégiques comme l’or, le charbon ou le fer. La distinction avec une “carrière”, d’où l’on extrait des matériaux de moindre valeur, est cruciale et définie par le code minier en France. Mais qu’en est-il d’un “razzier” ?

Le Razzier de Versenat n’était pas une mine à proprement parler, mais plutôt un gigantesque monticule de “stériles” – les roches et terres sans valeur extraites lors de l’exploitation du charbon. Situé à Susville, près du “Puits du Villaret“, ce razzier avait une fonction essentielle : stocker les millions de tonnes de déblais issus de l’extraction minière de charbon du puits.

Note

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Retrouvez ici les articles minier dont ceux consacrés des Houilleres du Bassin Dauphinois HBD

cliquez ici.

Terril des Combes du Villaret en 1948, avec des bandes parallèles correspondant à des coupes de bois.

Le terril des Combes au Villaret en 1948, avec les marques parallèles des coupes de bois bien visibles

L’Épopée du Razzier de Versenat : Une Construction Stratégique (Années 1948-1968)

L’histoire du Razzier des Combes du Villaret débute véritablement en 1948. Le “Puits du Villaret” est alors en pleine activité pour extraire le précieux charbon. Mais que faire des énormes quantités de schiste noir remontées des profondeurs ? La solution est trouvée au lieu-dit “les Combes du Villaret”.

Pour acheminer ces déblais jusqu’à leur lieu de stockage, un système ingénieux est mis en place : un “télébenne” est construit pour transporter les stériles depuis l’usine du Villaret. Le choix de cet emplacement n’est pas anodin. La présence d’une ancienne voie ferrée au sommet de la pente facilite grandement le déversement des matériaux par des camons bennes, permettant de stocker de vastes quantités de schiste sur 350 mètres. De plus, les terrains appartenant à la mine, les coûts sont minimisés, et aucune habitation n’est menacée par d’éventuels glissements de terrain.

Avant même le début du déversement, la zone des Combes du Villaret, entièrement boisée en 1944, subit un important chantier de déboisage dès 1948, comme en témoignent des photos aériennes de l’époque, montrant des coupes en bandes parallèles sur la pente. En 1952, les images aériennes révèlent déjà l’ampleur du razzier, l’arrivée du télébenne et les bâtiments adjacents.

Terril des Combes du Villaret en 1952, avec des dépôts de stériles de couleur foncée

Le terril des Combes au Villaret en 1952, avec ses dépôts de stériles sombres bien visibles.

Quand la Nature Reprend ses Droits : L’Abandon et la Renaissance

En 1968, le Razzier de Versenat est finalement abandonné, remplacé par un nouveau razzier situé directement au Villaret. Pour prévenir les glissements de terrain et protéger le village de “Le Villaret”, des dépôts en forme de cône sont aménagés le long du télébenne.

Aujourd’hui, près de soixante ans après son abandon, le Razzier de Versenat disparaît progressivement sous l’assaut de la végétation. Ce qui était autrefois une zone noire et stérile, clairement visible depuis la route Napoléon, est désormais recouvert par la forêt. Cet ancien paysage industriel se transforme en un écosystème en devenir, où la nature reprend lentement ses droits.

Le Razzier de Versenat demeure un témoignage essentiel de l’histoire minière du Dauphiné, rappelant l’ingéniosité humaine face aux défis industriels et la capacité de la nature à se régénérer.

"Terril des Combes du Villaret en 1960, montrant son extension.

En 1960, le terril des Combes au Villaret, qui illustre son extension, révèle également que les déchets étaient lâchés depuis la benne, formant ainsi un alignement de monticules le long du tracé.

1. La diversité des métiers : Une usine à ciel ouvert

Le personnel du jour était extrêmement stratifié. On y trouvait trois grands pôles :

  • Le traitement (Lavoirs et Cribles) : C’est le secteur le plus dur. L’anthracite sortant de la mine est mélangé à du schiste (stérile). Au Villaret ou aux Rioux, les ouvriers (et longtemps les ouvrières) triaient le charbon sur des tapis roulants.

  • Les Ateliers Centraux : Forgerons, mécaniciens, électriciens, menuisiers. C’était l’élite technique. Ils réparaient les marteaux-piqueurs, entretenaient les bennes et les câbles des puits. Sans eux, le fond s’arrêtait.

  • Les “Grands Bureaux” et l’administratif : Comptables, géomètres, ingénieurs et personnel médical. Ils géraient la paie, les plans des galeries et la santé des mineurs.

2. Les conditions de travail : Bruit, poussière et froid

Contrairement au fond où la température est constante (environ 15-18°C à La Mure), le personnel du jour subissait le climat rude du plateau matheysin.

  • L’exposition aux éléments : Dans les installations de triage (souvent de grands hangars en tôle mal isolés), les ouvriers travaillaient dans un froid glacial l’hiver, avec des courants d’air permanents.

  • La poussière et le bruit : Les cribles (tamis géants) et les concasseurs généraient un vacarme assourdissant et une poussière fine d’anthracite, tout aussi nocive que celle du fond. Les “trieurs” finissaient la journée aussi noirs que ceux qui remontaient du puits.

  • Le danger mécanique : Si le risque d’éboulement était absent, le danger venait des machines, des courroies de transmission et du mouvement incessant des trains du SGLM (Chemin de fer de La Mure) qui manoeuvraient sous les trémies.

3. La place singulière des femmes : Les « Trieuses »

Le bassin de La Mure a longtemps employé des femmes au jour, une pratique qui a perduré jusqu’aux années 1960-70.

  • Le triage manuel : Elles étaient affectées au retrait des pierres sur les tapis de charbon. C’était un travail répétitif, épuisant pour le dos et les mains, effectué dans une atmosphère saturée de poussière.

  • Évolution : Avec la modernisation des lavoirs (séparation par densité dans des bains de liqueur dense), leur nombre a diminué, les postes devenant plus techniques et masculinisés.

4. Vie sociale et Statut : Mineurs à part entière

Un point crucial : le personnel du jour bénéficiait du Statut du Mineur de 1946.

  • Mêmes avantages : Ils avaient droit au logement gratuit (les cités), au charbon de chauffage, aux soins gratuits à la Société de Secours minière et aux colonies de vacances pour leurs enfants.

  • La retraite : C’était le point de friction majeur. Les ouvriers du jour devaient travailler plus longtemps que ceux du fond (qui partaient à 50 ou 55 ans) pour obtenir leur retraite à taux plein. Cela créait une distinction sociale nette au sein de la cité.

5. La dynamique “Jour / Fond” : Une solidarité complexe

  • Le complexe de la surface : Il existait parfois une tension symbolique. Les mineurs du fond se considéraient comme les seuls “vrais” mineurs, ceux qui risquaient leur vie. Les gens du jour étaient parfois vus comme des privilégiés, bien que leur travail soit essentiel.

  • L’union dans la lutte : Lors des grandes grèves (1948, 1963), cette distinction disparaissait. Le personnel du jour (notamment les ateliers et le transport) était le premier à bloquer l’outil de production pour soutenir les revendications globales.

  • La sentinelle du drame : Le personnel du jour était le premier témoin des accidents. C’est eux qui voyaient arriver les ambulances au carreau de la mine et qui géraient l’angoisse des familles accourant aux grilles du puits.

6. L’héritage architectural

Aujourd’hui, les vestiges les plus visibles à La Mure sont ceux du “Jour” :

  • Le Puits du Villaret et son chevalement (classé).

  • Les Grands Bureaux qui témoignent de la puissance administrative des HBD.

  • Les Ateliers reconvertis pour certains en zones d’activités.

Foire Aux Questions le terril des Combes du Villaret

Le Terril des Combes du Villaret, aussi connu sous le nom de Razzier de Versenat, est un amoncellement colossal de stériles (roches non exploitables) issus de l’extraction du charbon (anthracite) du puits de mine du Villaret. Il s’agit d’un vestige majeur de l’exploitation houillère et du patrimoine industriel du Dauphiné, agissant comme une “archive à ciel ouvert” de l’histoire minière de la région.

Le terril est localisé dans la région du Dauphiné (Isère), sur la commune de Susville, au lieu-dit “Le Villaret”.

Sa fonction essentielle était de stocker les millions de tonnes de déblais (roches et terres sans valeur) extraits lors de l’exploitation du charbon du “Puits du Villaret”.

Le terril est constitué de schistes, de grès, de résidus de charbon et de roches diverses provenant des galeries et chantiers d’extraction.

L’histoire du Razzier des Combes du Villaret débute en 1948, et son activité de déversement s’est étendue jusqu’en 1960, date à laquelle il a été abandonné au profit d’un nouveau razzier. L’exploitation minière de la région s’est arrêtée définitivement en 1997.

Un système ingénieux de “télébenne” a été construit pour transporter les stériles depuis l’usine du Villaret jusqu’au site de stockage des Combes du Villaret. La présence d’un vestige de voie ferrée au dessus de la pente a également facilité le déversement des matériaux sur 350 mètres.

Le choix de cet emplacement était stratégique car les terrains appartenaient à la mine, minimisant ainsi les coûts. De plus, aucune habitation n’était menacée par d’éventuels glissements de terrain. La présence du vestige d’une voie ferrée facilitait aussi l’acheminement des matériaux.

Il est considéré comme un témoin majeur de l’histoire industrielle et économique du Dauphiné, une archive à ciel ouvert des techniques et de l’intensité de l’activité minière, et un marqueur paysager et historique de l’empreinte humaine sur l’environnement.

Après son abandon en 1968, la nature a progressivement repris ses droits. Ce qui était autrefois une zone noire et stérile est désormais recouvert par la forêt, se transformant en un écosystème en devenir.

Dans le monde minier, une “mine” désigne un gisement de matériaux précieux ou stratégiques (comme le charbon), tandis qu’un “razzier” (ou terril) est un gigantesque monticule de “stériles”, c’est-à-dire les roches et terres sans valeur extraites lors de l’exploitation de la mine. Le Razzier de Versenat n’était donc pas une mine en soi, mais le lieu de stockage des déblais de la mine du Puits du Villaret.

Poursuivez votre exploration

Retrouvez l’histoire du puits du Villaret

L’histoire de son terril

Et l’histoire de son exploitation

Sources et sites officiels 

. Sites dédiés au patrimoine minier du Dauphiné / Matheysine :

Bibliographie 

    1. Auteur(s) : Jean-Michel GÉRIN
      Titre : La Matheysine au temps des mineurs : Regards sur un passé industriel
      Éditeur : Le Dauphiné Libéré (collection Les Patrimoines)
      Année de publication : 2011
      Description : Cet ouvrage met en lumière le quotidien des mineurs et l’impact de l’industrie charbonnière sur la région de la Matheysine, dont le site du Villaret fait partie intégrante.
      ISBN : 978-2911739818
    2. Auteur(s) : Collectif (sous la direction de l’Association Mine Image)
      Titre : Mine Image : Le livre du musée
      Éditeur : Association Mine Image
      Année de publication : Date variable, souvent mis à jour (vérifier la dernière édition).
      Description : Le musée Mine Image est un centre d’interprétation majeur pour le bassin houiller. Leur publication est une excellente source d’informations techniques et historiques directement liées aux méthodes d’exploitation et aux infrastructures comme les terrils.

Locotracteur électrique télécommandé sans cabine des HBD manœuvrant des wagons trémies sur le site du SGLM à Saint-Georges-de-Commiers (2006).

L‘Insolite « Locomotive Fantôme » de Saint-Georges-de-Commiers : L’Innovation Oubliée du SGLM

Le Chemin de Fer de la Mure (SGLM) est célèbre pour ses paysages vertigineux et son histoire minière. Mais saviez-vous qu’il a aussi abrité une curiosité technologique digne d’un film de science-fiction pour son époque ? Découvrez l’histoire méconnue du locotracteur HBD sans conducteur de Saint-Georges-de-Commiers.

 Imaginez une locomotive sans fenêtres, glissant silencieusement sur les rails, pilotée par une main invisible. Ce n’est pas de la science-fiction, mais une curiosité unique au sein du patrimoine ferroviaire dauphinois. Découvrez le destin du locotracteur ELIN, cette étrange “boîte orange” télécommandée qui, au cœur de la gare de Saint-Georges-de-Commiers, a révolutionné les manœuvres du Chemin de Fer de la Mure bien avant l’ère du tout numérique.

Informations pratiques

Caractéristique Détails
Type de matériel Locotracteur électrique de manœuvre industrielle
Constructeur ELIN (Elin-Union, Autriche)
Exploitant HBD (Houillères du Bassin du Dauphiné)
Lieu d’affectation Gare de Saint-Georges-de-Commiers (Isère), réseau SGLM
Énergie Électrique (captage par pantographe unijambiste)
Signe particulier Absence de cabine de conduite (pilotage intégral par télécommande radio)
Mission Manœuvre des rames de wagons trémies pour le déchargement de l’anthracite
Période d’activité Fin du XXe siècle jusqu’aux années 2000 (photos de 2006)
État actuel Réformé et ferraillé (Probable destruction après 2006)

Une ligne pas comme les autres

Pour comprendre l’importance de cette machine, il faut d’abord planter le décor. Le Chemin de Fer de la Mure, reliant le plateau matheysin à la vallée, n’était pas un simple train touristique à ses débuts. C’était une artère vitale, une ligne industrielle robuste conçue pour descendre des tonnes de charbon (l’anthracite de la Mure) vers la gare de triage de Saint-Georges-de-Commiers.

C’est ici, au pied des Alpes, que se jouait une partition complexe : la gestion des wagons pleins et vides.

Le défi de la manœuvre : une mission périlleuse

À l’époque de l’exploitation intensive, les trains entiers de charbon arrivaient des mines. Une fois en bas, il ne suffisait pas de garer le train. Il fallait trier les wagons, les déplacer sur différents faisceaux de voies pour le déchargement ou le stockage.

Pendant longtemps, cette tâche était effectuée de manière rudimentaire et dangereuse :

  • On utilisait des câbles et des cabestans (treuils).

  • Les cheminots devaient manipuler ces câbles lourds sous tension.

  • Le risque d’accident était omniprésent.

Il fallait une solution plus moderne, plus sûre et plus efficace.

Gros plan sur la traverse de tamponnement du locotracteur télécommandé HBD attelé à un convoi de wagons trémies sur le réseau SGLM (2006).

Force de traction : détail de la traverse de tamponnement robuste du locotracteur HBD. Un équipement indispensable pour supporter l’attelage et la manœuvre de convois complets de wagons trémies (photo de 2006).

L’arrivée de la « Boîte Orange »

C’est pour remplacer ces manœuvres risquées qu’un engin tout à fait particulier a été mis en service. Pour le néophyte, il ressemblait à une étrange grosse boîte orange, surmontée d’un pantographe (le bras articulé qui capte l’électricité).

Mais un détail frappait immédiatement les observateurs : il n’avait pas de vitres.

Pourquoi construire une locomotive sans fenêtre ? Tout simplement parce qu’il n’y avait personne à l’intérieur.

Locotracteur électrique télécommandé sans cabine des HBD manœuvrant des wagons trémies sur le site du SGLM à Saint-Georges-de-Commiers (2006).

Dernier témoin de l’ère du charbon : cliché rare de 2006 montrant le locotracteur télécommandé des Houillères (HBD) sur les voies de Saint-Georges-de-Commiers, utilisé pour le déchargement des wagons trémies du SGLM.

Une prouesse technique : le locotracteur télécommandé

Ce locotracteur électrique était une véritable innovation. Contrairement aux locomotives classiques où le mécanicien doit rester en cabine, cet engin était entièrement télécommandé acheté en 1961 par les HBD pour la manouvre des wagons trémies auto déchargeur Richard en 1961-1962.

Ils étaient déchargés sur la gare haute de Saint Georges de Commiers pour être transférer dans les wagons trémies de la SNCF.

L’intérêt était stratégique :

  1. Visibilité totale : L’opérateur, debout à l’extérieur, pouvait se placer exactement là où il avait besoin de voir. Il n’était plus aveuglé par les angles morts de la machine.

  2. Sécurité accrue : En s’éloignant des zones de tamponnement tout en contrôlant la machine à distance, le cheminot travaillait en sécurité.

  3. Précision : Idéal pour déplacer un wagon isolé ou reformer un convoi entier au millimètre près.

Locotracteur électrique télécommandé de marque ELIN utilisé par les HBD sur le réseau SGLM à Saint-Georges-de-Commiers (photo de 2006).

 Zoom sur la technologie : le locotracteur des Houillères (HBD) arborant le logo de son constructeur autrichien ELIN. Une archive de 2006 témoignant de l’équipement industriel spécifique du SGLM.

Le locotracteur Elin-Union

1. Qui est ELIN-Union ?

ELIN (pour ELIN-Union für elektrische Industrie) était à l’Autriche ce que Siemens est à l’Allemagne ou ce que Alsthom (à l’époque) était à la France. Basée à Vienne, c’était une entreprise majeure de génie électrique.

  • Leur rôle ferroviaire : Historiquement, ELIN ne construisait généralement pas la partie mécanique (châssis, caisse, essieux). Ils s’associaient à des constructeurs comme SGP (Simmering-Graz-Pauker), Jenbacher ou Lohner.

  • Leur signature : ELIN fournissait toute la “chaîne de traction” : les moteurs électriques, les transformateurs, les pantographes et, point crucial pour votre sujet, les systèmes de commande et d’automatisme.

2. La spécialité “Industrielle” et Minière

Contrairement aux grandes locomotives de ligne (bien qu’ils aient équipé les célèbres “Crocodiles” autrichiennes série 1189), ELIN a développé une forte expertise dans le matériel industriel spécifique :

  • Locomotives de mines et de tunnels : Matériel compact, puissant, souvent électrique (caténaire ou batterie).

  • Environnements hostiles : Leurs équipements étaient conçus pour résister à la poussière de charbon, à l’humidité et aux chocs violents.

  • Le “Sur-mesure” : Les Houillères (HBD) avaient des besoins très spécifiques (gabarit, puissance de décollage pour des rames lourdes, automatisation). Il est probable que ce locotracteur soit une commande spéciale ou une petite série adaptée, et non un modèle catalogue standard.

3. Pionniers de la télécommande 

C’est ici que le logo ELIN sur votre photo prend tout son sens. Dans les années 70 et 80, ELIN (et l’industrie germanique en général) était en avance sur la télécommande industrielle par radio.

  • L’innovation : Mettre au point un système fiable capable de gérer la traction et le freinage d’un convoi lourd à distance, sans latence dangereuse, était un défi technologique majeur à l’époque.

  • Pourquoi ELIN ? Les HBD ont probablement choisi ELIN justement pour cette capacité à fournir un système “clé en main” de télécommande fiable pour le déchargement, là où les solutions françaises classiques de l’époque nécessitaient encore souvent un conducteur en cabine.

4. Hypothèse sur le locotracteur du SGLM

Concernant spécifiquement la “boîte orange” de Saint-Georges-de-Commiers :

  • Type de construction : Il s’agit d’un locotracteur électrique industriel de manœuvre.

  • Architecture : Le design très utilitaire (caisse parallélépipédique) suggère que la carrosserie est purement fonctionnelle, servant à abriter les armoires électriques volumineuses de l’époque (contacteurs, résistances ou hacheurs).

  • Le constructeur mécanique : Si le logo ELIN est visible, il est possible que la partie mécanique ait été sous-traitée à une autre firme autrichienne (comme Jenbacher Werke – JW), car ELIN et Jenbacher collaboraient très fréquemment sur ce type de locotracteurs électriques (série Jenbacher Ameise par exemple, bien que le design diffère souvent).

Qu’est-il devenu ?

L’histoire ferroviaire est parfois cruelle avec ses prototypes. Les dernières traces photographiques de cet engin singulier remontent aux environs de 2006.

Avec l’arrêt de l’exploitation charbonnière et les mutations du site de Saint-Georges-de-Commiers, ce locotracteur a, selon toute vraisemblance, été ferraillé. Il a disparu aussi discrètement qu’il a servi, laissant derrière lui le souvenir d’une époque où le SGLM n’hésitait pas à innover pour dompter la montagne.

Foire Aux Questions le locotracteur télécommandé des HBD

Contrairement aux locomotives classiques, cet engin était entièrement télécommandé. Il n’y avait aucun conducteur à bord. L’absence de vitres s’explique donc simplement : personne n’avait besoin de voir depuis l’intérieur ! L’opérateur se tenait à l’extérieur, sur les voies, pour piloter la machine à distance grâce à un boîtier à cable.

Il avait une mission industrielle spécifique : la manœuvre des wagons trémies remplis d’anthracite. Une fois les trains descendus de la mine de La Mure, ce locotracteur prenait le relais pour positionner les wagons avec précision au-dessus des fosses de déchargement, remplaçant ainsi les anciens systèmes de câbles (cabestans) jugés dangereux.

Ce locotracteur a été fourni par l’entreprise autrichienne ELIN (Elin-Union). Ce constructeur était réputé pour son expertise dans le matériel électrique industriel et les systèmes d’automatisation robustes, capables de fonctionner dans des environnements difficiles comme ceux des houillères..

Malheureusement non. Les dernières traces photographiques de cet engin remontent à 2006. Suite à l’arrêt de l’exploitation charbonnière et au démantèlement des installations industrielles des Houillères (HBD) à Saint-Georges-de-Commiers, le locotracteur a été ferraillé. Il ne subsiste aujourd’hui qu’à travers des archives photos rares.

La télécommande offrait deux avantages majeurs : la sécurité et la visibilité. Lors des manœuvres de déchargement, le conducteur en cabine a souvent des angles morts. En étant à pied à côté du train, l’opérateur pouvait surveiller l’attelage et le déchargement au plus près, tout en restant à distance de sécurité des zones d’écrasement.

Poursuivez votre exploration

“Ce chantier de rénovation est donc un témoin précieux de l’héritage ferroviaire de la Matheysine...

“…les travaux de restauration est aujourd’hui une élément incontournable sur le Petit Train de La Mure.

“…l’effondrement catastrophique de La Clapisse” (A venir)

Sources et sites officiels 

Sur le Chemin de Fer de la Mure (SGLM)

  • Le Petit Train de la Mure (Site Officiel) :

  • Wikipédia – Chemin de Fer de la Mure :

    • Pourquoi : Une page très complète sur l’histoire générale de la ligne, idéale pour les lecteurs qui veulent le contexte global (viaducs, électrification historique).

Sur l’Histoire Minière (Contexte HBD)

  • La Mine Image (Musée Souterrain) :

    • Texte suggéré : “Pour comprendre d’où venait l’anthracite transporté par ces trains, une visite au musée de La Mine Image s’impose.”

Sur le Patrimoine Industriel et Technique

  • Inventaire du Patrimoine – Région Auvergne-Rhône-Alpes :

    • Lien : https://patrimoine.auvergnerhonealpes.fr/ (Rechercher “Chemin de fer de la Mure” dans leur moteur interne pour un lien direct si disponible).

    • Pourquoi : C’est un site institutionnel (gouvernemental/régional) à très forte autorité. Google accorde beaucoup de poids à ce type de lien.

  • FACS – Patrimoine Ferroviaire :

Sur le constructeur (Pour les curieux de technique)

Bibliographie 

Ouvrages de Référence

  • Bouillin, Patrice & Wurmser, Daniel. Le Chemin de Fer de la Mure : Saint-Georges-de-Commiers – La Mure – Corps – Gap. Éditions Bouillin, 1995.

  • Collectif. La Mine de La Mure : Une histoire de charbon et d’hommes. Éditions du Dauphiné Libéré.

Revues et Périodiques Spécialisés

  • Revue Voie Étroite : Plusieurs numéros consacrés au SGLM (notamment lors de l’arrêt des mines).

  • Chemins de Fer Régionaux et Urbains (CFRU) : Revue de la FACS (Fédération des Amis des Chemins de fer Secondaires).

  • Connaissance du Rail : Articles sur l’électrification et le matériel spécifique des lignes alpines.

Sources Techniques et Industrielles

  • Archives ELIN-Union (Vienne, Autriche) : Catalogues industriels de locomotives de mines et de manœuvre (période 1970-1990).

  • Archives des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD) : Documents d’exploitation concernant le site de Saint-Georges-de-Commiers (déchargement et tri).

Photo d'un ancien wagon-grue ferroviaire de 1888 sur une voie ferrée dans les ateliers de Saint-Georges-de-Commiers.

Trésor du Dauphiné : Le Wagon-Grue du Chemin de Fer de La Mure (SGLM)

Oubliez un instant les célèbres locomotives rouges. Découvrez le héros de l’ombre qui, pendant des décennies, a veillé sur la sécurité du légendaire Chemin de Fer de La Mure : un engin de levage unique au destin fascinant.

Si le Chemin de Fer de La Mure (SGLM) reste la figure de proue de notre patrimoine ferroviaire, avec ses viaducs vertigineux et ses célèbres locomotives rouges, sa sécurité reposait pourtant sur des héros de l’ombre. Découvrez l’histoire du wagon-grue, ce “Saint-Bernard” mécanique indispensable qui, loin des regards des touristes, a veillé pendant des décennies sur la ligne et le transport du charbon. 

Informations pratiques

Caractéristique Détails Techniques
Type de véhicule Wagon-grue (Matériel de service et de secours)
Réseau d’origine SGLM (Chemin de Fer de Saint-Georges-de-Commiers à La Mure)
Écartement des rails Voie métrique (1 000 mm)
Énergie de levage Manuelle (Système de treuils et d’engrenages démultipliés)
Fonction principale Relevage de matériel déraillé et manutention lourde (bois, rails)
Équipement spécial Flèche pivotante, contrepoids et vérins de calage (pour la stabilité)
Statut actuel Matériel préservé (Patrimoine historique de l’Isère)

Un engin vital pour une ligne de montagne

Le SGLM n’est pas une ligne comme les autres. Avec ses pentes raides et ses courbes serrées reliant Saint-Georges-de-Commiers à La Mure, la maintenance de la voie était un défi quotidien. C’est ici que le wagon-grue entrait en scène.

Bien plus qu’un simple wagon de marchandises, il était conçu pour intervenir rapidement sur n’importe quel point du réseau. Sa mission ? Être le “Saint-Bernard” du rail. Qu’il s’agisse de relever un wagon déraillé, de charger des troncs d’arbres ou de manipuler des pièces lourdes pour la maintenance des voies, il répondait toujours présent.

Photo d'un ancien wagon-grue ferroviaire de 1888 sur une voie ferrée dans les ateliers de Saint-Georges-de-Commiers.

Wagon-grue d’atelier datant de 1888, année d’ouverture de la ligne, stationné aux ateliers de Saint-Georges-de-Commiers (Isère). D’un constructeur non identifié, cet engin de manœuvre a servi pendant plus d’un siècle à la maintenance lourde du matériel roulant du SGLM (Saint-Georges-de-Commiers à La Mure).

Une conception technique ingénieuse

Ce qui frappe l’historien comme l’amateur, c’est la conception utilitaire et robuste de ce matériel.

  • Une grue pivotante : Montée sur un châssis renforcé, la grue manuelle permettait de soulever des charges de plusieurs tonnes. Une prouesse mécanique pour l’époque, ne nécessitant aucune énergie autre que la force des bras des cheminots via un système de démultiplication par engrenages.

  • Stabilité avant tout : Pour éviter que le wagon ne bascule lors du levage d’une charge latérale, il était souvent équipé de systèmes de calage ou de contrepoids, essentiels sur une voie métrique (plus étroite que les voies classiques).

Gros plan sur les engrenages métalliques et le treuil manuel d'un wagon-grue ferroviaire datant de 1888.

Vue détaillée du mécanisme de levage du wagon-grue d’atelier du SGLM. Ce gros plan révèle la conception brute du treuil manuel qui équipait ce matériel de servitude, outil indispensable aux ouvriers de Saint-Georges-de-Commiers pour la manutention des pièces lourdes (essieux, bielles) dès la fin du XIXe siècle.

Le témoin de l’ère industrielle en Isère

Le wagon-grue du SGLM n’est pas seulement un outil, c’est un vestige de l’âge d’or industriel du Dauphiné. À l’époque où le train transportait l’anthracite (le “diamant noir”) de la Matheysine vers la vallée, chaque minute comptait. Une panne ou un obstacle sur la voie signifiait l’arrêt de l’économie locale.

Ce wagon symbolise le travail acharné des cheminots qui, par tous les temps, assuraient la continuité du service dans des conditions souvent rudes.

Où voir ce patrimoine aujourd’hui ?

Aujourd’hui, alors que le Petit Train de La Mure a repris du service pour le plus grand bonheur des touristes, il est essentiel de préserver ce matériel de service. Il rappelle que l’histoire ferroviaire ne s’écrit pas uniquement avec des locomotives de vitesse, mais aussi avec ces engins de labeur.

Ce wagon-grue est une pièce de musée à ciel ouvert, illustrant la richesse du patrimoine ferroviaire français. Pour les passionnés de modélisme ou d’histoire, il représente un sujet d’étude fascinant sur la mécanique ferroviaire d’antan.

Foire Aux Questions wagon grue 2.5T du SGLM

Le wagon-grue était le véhicule de secours indispensable du Chemin de Fer de La Mure. Contrairement aux wagons de marchandises classiques, sa mission principale était le relevage (remettre sur rails un train déraillé) et la manutention de charges lourdes (troncs d’arbres, rails, pièces mécaniques) le long de la voie, souvent dans des zones inaccessibles par la route.

C’est toute la beauté de l’ingénierie de l’époque ! La grue était entièrement manuelle. Grâce à un système ingénieux d’engrenages et de démultiplication, une ou deux personnes pouvaient soulever plusieurs tonnes à la force des bras. Le wagon était équipé de stabilisateurs pour ne pas basculer lors du levage sur la voie métrique étroite.

Ce wagon est un témoin rare de l’exploitation industrielle du “Petit Train de La Mure”. Il rappelle que cette ligne n’était pas seulement touristique, mais une artère vitale pour le transport de l’anthracite (charbon). Conserver ce wagon-grue, c’est préserver la mémoire des cheminots et des techniques ferroviaires du début du XXe siècle.

Oui, ce matériel fait partie du patrimoine préservé du SGLM. Il est visible lors de certains événements ou sur les sites de stockage du patrimoine ferroviaire autour de Saint-Georges-de-Commiers ou La Mure. Il complète la visite historique aux côtés des célèbres locomotives électriques et voitures voyageurs.

Poursuivez votre exploration

“…engin de maintenance qui était un élément incontournable sur le Petit Train de La Mure.

“…Contrairement aux célèbres locomotives électriques du SGLM qui attiraient tous les regards.” (A venir)

“…l’effondrement catastrophique de La Clapisse” (A venir)

Sources et sites officiels 

“Pour visiter la ligne aujourd’hui, retrouvez les horaires sur le site du Petit Train de La Mure].”

“Au cœur des paysages grandioses de la Matheysine.”

“Ce matériel s’inscrit dans la riche politique de conservation du patrimoine industriel de la Région.”

“Un type de sauvegarde soutenu par les acteurs de la préservation comme la FACS – Patrimoine Ferroviaire.”

Bibliographie

Ouvrages de référence

  • BOUILLIN Patrice & WURMSER DanielLe Chemin de Fer de La Mure : Saint-Georges-de-Commiers – La Mure – Corps – Valbonnais, Éditions du Cabri, 1995.

  • HÉRISSÉ PhilippeLe Train de La Mure : De la mine à la promenade, Éditions La Vie du Rail, 2011.

Revues spécialisées

  • Revue FACS (Fédération des Amis des Chemins de fer Secondaires)Chemins de fer Régionaux et Urbains.

  • Magazine des Tramways à Vapeur et des Secondaires (MTVS).

Archives et Documents

  • Archives Départementales de l’Isère (Série S – Travaux publics et Transports).

  • Inventaire du Patrimoine Culturel – Région Auvergne-Rhône-Alpes.

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Galerie Photos

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