Portrait historique en noir et blanc de Charles de Marliave, ingénieur-géologue des mines de la Matheysine.

Mines de Susville : Le Niveau 12 de Charles de Marliave

Plongez au cœur des galeries Giroud au Villaret (Susville). Découvrez comment le niveau 12, restructuré sous l’impulsion de l’ingénieur-géologue Charles de Marliave, a modernisé l’extraction de l’anthracite et façonné le quotidien technique et social de ce grand bassin minier de la Matheysine.

Si l’ère de Jules Giroud a posé les bases techniques des galeries et celle d’Henry de Reneville leurs fondations économiques, Charles de Marliave a été l’ingénieur-géologue de la transition moderne. Au cours de la première moitié du XXe siècle, ce scientifique méthodique a rationalisé l’extraction de l’anthracite au niveau 12 à Susville, préparant la restructuration technique, sociale et énergétique du carreau du Villaret avant la nationalisation de 1946. Retour sur le parcours d’une figure charnière du patrimoine industriel de la Matheysine.

INFORMATIONS PRATIQUES

Caractéristique Détails historiques et techniques.
Sujet de l’article Modernisation et restructuration du Niveau 12 de la mine de Susville.
Localisation Bassin minier de la Matheysine, La Motte-d’Aveillans / Susville (Isère, France).
Période concernée Première moitié du XXe siècle (jusqu’à la nationalisation de 1946).
Acteur clé Charles de Marliave (1883-1974), ingénieur civil des mines et géologue.
Ressource exploitée Anthracite (gisement caractérisé par une forte complexité géologique due aux plissements alpins).
Structure du réseau (Niveau 12) Faisceau de 5 galeries spécialisées.
Détail des 5 galeries 1. L’exhaure
2. L’école
3. La sondeur
4. La cheminée d’aérage
5. L’artère de roulage
Point de sortie La Galerie « Versage » (zone de déchargement).
Liaison logistique Connexion directe avec l’usine de traitement du carreau du Villaret (Susville).
Exploitant historique Famille Giroud (dont Jules Giroud), puis Compagnie des Mines d’Anthracite de La Mure.
Innovations techniques – Mécanisation du tri : Lavoirs mécaniques à pistons pour les petits calibres (fines) ; tri manuel sur convoyeurs maintenu pour les gros morceaux (gailletins).
– Électrification : Remplacement progressif des machines à vapeur par l’électricité (alimentation des compresseurs, aérage, machines d’extraction).
– Campagnes de sondages : Études de reconnaissance en profondeur ayant servi de base technique pour le tracé du futur Puits du Villaret.
Améliorations de sécurité Renforcement des boisages et optimisation des systèmes d’aérage des galeries.
Infrastructures sociales associées Développement des cités minières (cité des Transversales, cité du Villaret), construction d’écoles, de dispensaires et d’équipements de loisirs pour stabiliser la main-d’œuvre.

1. Charles de Marliave (1883-1974) : L’ingénieur et l’historien de l’Isère

Charles de Marliave (1883-1974) a joué un rôle important au sein de la Compagnie des mines d’anthracite de La Mure, dont le cœur technique et administratif se situait en grande partie sur la commune de Susville (notamment avec le puits et le carreau du Villaret).

Ingénieur civil des mines et géologue, son action au cours de la première moitié du XXe siècle a marqué l’évolution technique, structurelle et sociale de cette exploitation minière du plateau de la Matheysine.

Si l’ère de Jules Giroud avait posé les bases techniques et celle d’Henry de Reneville les fondations économiques, la gestion de la concession du Peychagnard-Susville, dans les années précédant la nationalisation, a été marquée par la figure de Monsieur de Marliave.

En tant qu’administrateur et gérant de la Compagnie des mines d’anthracite de La Mure, il a fait face aux défis majeurs de l’entre-deux-guerres, veillant à maintenir l’activité et le savoir-faire des mineurs dans une période de forte incertitude économique.

Il incarne, avec ses collaborateurs, la transition ultime de la mine privée vers l’intégration au sein des Houillères du Bassin du Dauphiné en 1946.

Note
Pencil Pencil

Dans le cadre d’une exploitation minière à flanc de coteau (ou exploitation par galeries horizontales), la notion de niveau et la signification de ses numéros répondent à des règles topographiques et d’ingénierie précises, dictées par le relief.
1. Définition d’un « niveau » à flanc de coteau
Dans ce type de mine, les mineurs n’ont pas besoin (au moins au début de l’exploitation) de creuser de grands puits verticaux depuis une surface plane. Ils profitent de la pente de la montagne ou de la colline pour creuser des galeries horizontales (ou légèrement inclinées pour l’écoulement des eaux) directement depuis l’extérieur (le « jour ») pour intercepter les veines de minerai ou de charbon à l’intérieur du massif.
Un niveau d’exploitation désigne l’ensemble des galeries, des voies de roulage et des chantiers d’abattage situés sur un même plan horizontal (ou horizon). Chaque niveau permet d’accéder à une « tranche » du gisement. L’ordre de création du haut vers le bas (Le système ordinal)
Dans de nombreuses mines, le gisement est attaqué par le haut de la montagne, là où le minerai affleure à la surface.
Le principe : Les niveaux sont numérotés de manière séquentielle du plus haut au plus bas.
Exemple :
Le Niveau 1 est la galerie la plus haute, creusée en premier près du sommet.
Au fur et à mesure que les mineurs épuisent le charbon ou le minerai de cette tranche, ils descendent de quelques dizaines de mètres sur le flanc de la montagne et creusent une nouvelle galerie : le Niveau 2, puis le Niveau 3, etc.
Dans ce cas, le Niveau 12 désigne le 12ème niveau d’exploitation en partant du haut. C’est un niveau statistiquement plus bas, plus profond dans la montagne, et creusé plus tardivement dans l’histoire de la mine.

2. L’apport géologique dans un gisement complexe

Le gisement d’anthracite de la Matheysine est réputé pour sa complexité géologique (couches de charbon très plissées, faillées et perturbées par la surrection des Alpes).

  • Grâce à sa double formation d’ingénieur et de géologue, Charles de Marliave a apporté une rigueur scientifique essentielle pour cartographier et comprendre la structure du gisement.

  • Ses études ont permis de mieux orienter les travaux de recherche et de creusement des galeries, réduisant ainsi les risques d’investissements infructueux et optimisant l’accès aux veines de charbon les plus rentables.

  • C’est le projet le plus crucial de Charles de Marliave. Constatant que les couches supérieures (exploitées depuis le XIXe siècle) s’épuisaient ou devenaient trop complexes à extraire, il a piloté des études de reconnaissance en profondeur.

  • Il a lancé des campagnes de sondages pour vérifier la continuité des couches de charbon sous le niveau des galeries existantes.

  • Ces études ont directement servi de base technique aux ingénieurs des HBD pour le tracé du Puits du Villaret. Sans les relevés géologiques et les rapports d’ingénierie de Charles de Marliave, le projet du Puits moderne n’aurait pas pu être lancé aussi rapidement après la guerre.

3. La modernisation et la centralisation des installations (Le Villaret à Susville)

Sous l’influence de la direction technique dont il faisait partie, la Compagnie a entrepris une vaste rationalisation de ses outils de production, particulièrement durant l’entre-deux-guerres.

  • Centralisation au Villaret (Susville) : C’est à Susville que se sont concentrées les innovations de traitement du charbon. Marliave a soutenu la modernisation du carreau de la mine du Villaret, qui est devenu le centre névralgique de la compagnie avec l’installation d’ateliers de criblage et de lavage modernes permettant d’améliorer la qualité marchande de l’anthracite.

  • Électrification : Sensible aux progrès de la “Houille Blanche” (l’hydroélectricité) dans la région grenobloise, il a favorisé l’introduction de l’électricité pour l’alimentation des machines d’extraction, des compresseurs et des systèmes d’aération, remplaçant progressivement les installations à vapeur obsolètes et moins sûres.

  • Le passage du tri manuel au tri mécanique de l’anthracite sur le site de Susville s’est fait de manière progressive. Il n’y a pas une date unique, mais plutôt deux grandes étapes historiques qui marquent cette transition, avec un tournant majeur au début des années 1950.

  • Le tri des petits calibres (mécanisé dès la fin du XIXe siècle) : Pour les charbons de petite taille (les fines), impossibles à trier à la main, des lavoirs mécaniques à pistons (qui séparent le charbon de la pierre par densité dans l’eau) sont installés dès les années 1880-1890 dans le bassin (notamment à La Motte-d’Aveillans, puis progressivement sur d’autres puits).
  • Le tri des gros calibres (resté manuel) : Pour les morceaux plus volumineux (les gailletins), le tri reste manuel. Les ouvriers (souvent des femmes) travaillent le long de convoyeurs mécaniques (bandes transporteuses), mais le geste de séparation reste entièrement humain. Ce système perdure durant toute la période d’activité des puits historiques de Susville, comme le puits des Giroud ou le puits Ricard (mis en service dans les années 1930).
  • Améliorant la sécurité des galeries (renforcement des boisages, amélioration de l’aérage).

  • Optimisant la centrale électrique et les ateliers mécaniques du site, qui étaient le cœur battant du Villaret pour alimenter en énergie les outils de coupe.

4. La structuration sociale et urbaine de Susville

À cette époque, la Compagnie des mines gérait l’activité industrielle mais aussi la vie quotidienne des mineurs à travers une politique paternaliste.

  • Construction de logements : Pour stabiliser une main-d’œuvre de plus en plus diversifiée (notamment des ouvriers immigrés italiens, polonais, etc.), la Compagnie a développé les “cités minières” autour des puits de Susville (comme la cité des Transversales ou celle du Villaret).

  • Infrastructures sanitaires et de loisirs : Sous l’égide de la direction, des écoles, des dispensaires et des équipements de loisirs ont été financés pour assurer la cohésion sociale de la communauté minière de Susville.

5. La transmission de la mémoire industrielle

Au-delà de son rôle opérationnel, Charles de Marliave a contribué à documenter l’histoire de ces exploitations. Ses écrits et ses rapports d’ingénieur constituent aujourd’hui une source précieuse pour comprendre l’évolution technique de l’extraction de l’anthracite en Isère et l’histoire sociale des mineurs de la Matheysine.

En somme, Charles de Marliave a apporté aux mines de Susville une vision d’ingénieur-géologue moderne, permettant de rationaliser l’exploitation d’un gisement difficile tout en accompagnant la transformation industrielle et urbaine de la commune.

Foire Aux Questions Charles de Marliave

Charles de Marliave (1883-1974) était un ingénieur et géologue de premier plan au sein de la Compagnie des mines d’anthracite de La Mure. Acteur clé de la première moitié du XXe siècle, il a apporté une rigueur scientifique indispensable pour cartographier le gisement de la Matheysine et diriger la modernisation technique de l’exploitation.

Durant l’entre-deux-guerres, Charles de Marliave a supervisé la centralisation et la modernisation des installations au carreau du Villaret. Bien que le tri des gros calibres soit resté manuel, il a accompagné le développement de laveries modernes pour les petits calibres et soutenu l’électrification générale des installations.

Le bassin minier de la Matheysine présente une géologie complexe, caractérisée par d’importants plissements et de nombreuses failles. Grâce à ses compétences de géologue, Charles de Marliave a réalisé des études et des relevés précis du sous-sol, permettant d’anticiper la structure des gisements et de sécuriser les futurs travaux de creusement.

En rationalisant les méthodes de travail et en unifiant la gestion des différentes concessions privées du secteur, Charles de Marliave a stabilisé l’exploitation durant une période de transition difficile. Ses réformes techniques ont préparé le terrain pour la création des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD) lors de la nationalisation en 1946.

Au-delà de l’aspect technique, Charles de Marliave a contribué au développement des cités minières de Susville. Il a accompagné l’essor des infrastructures sociales (logements pour les mineurs, écoles, dispensaires), ancrant durablement la communauté ouvrière et familiale autour du carreau du Villaret.

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« Pour sécuriser les galeries d’extraction et combler les vides souterrains, la compagnie s’appuyait sur une infrastructure logistique dédiée, notamment l’ancienne voie ferrée de transport du remblais du Villaret. »

« Le réseau de galeries du Villaret était intimement lié aux installations de surface installées sur les hauteurs, à l’image de la galerie Versenat trémie qui assurait la préparation des matériaux de remblayage. »

« Cette gestion de la sécurité physique des chantiers souterrains reposait sur l’apport en eau de structures d’altitude, comme les réservoirs de la Gouta et de la Boina situés au-dessus des zones d’abattage. »

Sources et sites officiels 

1. Patrimoine industriel et minier (Contexte régional)

  • Musée de la Mine Image (La Motte-d’Aveillans) : C’est le lieu de référence pour comprendre l’extraction du charbon dans le bassin de La Mure. Ils proposent des visites guidées très instructives.

  • La Mémoire de la Mine (Bassin de La Mure) : Diverses associations locales travaillent à la préservation de la mémoire des houillères du Dauphiné. Consulter les sites des mairies de Susville ou de La Mure peut également apporter des compléments sur le patrimoine bâti.

2. Patrimoine ferroviaire (Contexte historique)

  • Le Petit Train de La Mure : Indispensable pour l’aspect ferroviaire du bassin. Ce site permet de contextualiser l’importance du transport du charbon.

  • Chemins de fer du Dauphiné (Archives et associations) : Pour les passionnés de voies étroites, le site de la Fédération des Amis des Chemins de Fer Secondaires (FACS) contient souvent des inventaires techniques précieux.

3. Ressources institutionnelles et documentaires

  • Inventaire du Patrimoine (Région Auvergne-Rhône-Alpes) : Le site de l’inventaire général du patrimoine culturel recense souvent des fiches techniques très complètes sur les sites miniers.

Bibliographie 

    • Association « La Mine Image » (La Motte-d’Aveillans), Archives et témoignages sur le bassin houiller de La Mure.

      • Note : Bien qu’il s’agisse plus de fonds documentaires que d’un livre unique, les publications liées aux travaux de l’association La Mine Image constituent la base documentaire la plus fiable concernant la mémoire locale.

    • BRGM. Rapports publics sur la mise en sécurité et les travaux de confortement du bassin de La Mure, consultables sur la base de données InfoTerre..  Disponible sur : https://infoterre.brgm.fr/ 
    • Archives Départementales de l’Isère. Serie S sous-série 112 : Travaux publics et mines. Dossiers relatifs aux concessions des mines de La Mure
    • MARLIAVE (Charles de), Les Mines d’anthracite de La Mure (1806-1946), Grenoble, Arthaud, 1955.