Rappelle l’origine de la ligne, indissociable du transport du charbon des mines du plateau matheysin.

Archive d’étiquettes pour : Histoire minière

Terril des Combes du Villaret, vue datant de 2006.

Le Terril de Combe Villaret : Un Témoin Silencieux de l’Époque Houillère Dauphinoise

Étude d’un pan du patrimoine industriel du Dauphiné, entre mémoire de l’extraction charbonnière et évolution du paysage.

Au cœur du Dauphiné, le terril de Combe Villaret n’est pas qu’un simple amoncellement de stériles ; il est une véritable archive à ciel ouvert, un témoin silencieux mais éloquent de l’intense période d’exploitation houillère qui marqua la région de la fin du XIXe siècle au milieu du XXe siècle. Ce vestige colossal, souvent perçu comme une simple cicatrice paysagère, révèle en réalité un pan essentiel de notre histoire industrielle et sociale, racontant les prouesses techniques, les destins humains et les bouleversements économiques liés à l’extraction du charbon. Plongeons dans la signification profonde de ce marqueur patrimonial qui continue de sculpter la mémoire collective et le paysage dauphinois.

Informations pratiques

Catégorie Information
Objet Principal Terril (zone artificielle de rejets miniers)
Nom du Site Combe du Villaret
Type de Site Vestige d’exploitation houillère / Patrimoine industriel
Localisation Région : Dauphiné (Isère) Commune de Susville Le Villaret
Origine Accumulation des stériles (roches non exploitables) issus de l’extraction du charbon (anthracite) du puits de  mine du Villaret.
Période d’Activité (liée au terril) 1948-1968 (L’exploitation minière de la région s’est arrêtée définitivement en 1997).
Type de Minerai Anthracite
Concession Minière Associée Concession des Houillères du Bassin Dauphinois
Nature des Matériaux Schistes, grès, résidus de charbon et roches diverses provenant des galeries et chantiers d’extraction.
Dimensions / Aspect Décrit comme « colossal » et « montagne artificielle », constituant un élément marquant du paysage.
Signification Patrimoniale – Témoin majeur de l’histoire industrielle et économique du Dauphiné.
– Archive à ciel ouvert des techniques et de l’intensité de l’activité minière.
– Marqueur paysager et historique de l’empreinte humaine sur l’environnement.
État Actuel Vestige visible et conservé, objet d’étude et de mémoire.

Qu’est-ce qu’un Razzier et pourquoi celui des Combes du Villaret est-il unique ?

Dans le monde de l’exploitation minière, une « mine » désigne un gisement de matériaux précieux ou stratégiques comme l’or, le charbon ou le fer. La distinction avec une « carrière », d’où l’on extrait des matériaux de moindre valeur, est cruciale et définie par le code minier en France. Mais qu’en est-il d’un « razzier » ?

Le Razzier de Versenat n’était pas une mine à proprement parler, mais plutôt un gigantesque monticule de « stériles » – les roches et terres sans valeur extraites lors de l’exploitation du charbon. Situé à Susville, près du « Puits du Villaret« , ce razzier avait une fonction essentielle : stocker les millions de tonnes de déblais issus de l’extraction minière de charbon du puits.

Note

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Retrouvez ici les articles minier dont ceux consacrés des Houilleres du Bassin Dauphinois HBD

cliquez ici.

Terril des Combes du Villaret en 1948, avec des bandes parallèles correspondant à des coupes de bois.

Le terril des Combes au Villaret en 1948, avec les marques parallèles des coupes de bois bien visibles

L’Épopée du Razzier de Versenat : Une Construction Stratégique (Années 1948-1968)

L’histoire du Razzier des Combes du Villaret débute véritablement en 1948. Le « Puits du Villaret » est alors en pleine activité pour extraire le précieux charbon. Mais que faire des énormes quantités de schiste noir remontées des profondeurs ? La solution est trouvée au lieu-dit « les Combes du Villaret ».

Pour acheminer ces déblais jusqu’à leur lieu de stockage, un système ingénieux est mis en place : un « télébenne » est construit pour transporter les stériles depuis l’usine du Villaret. Le choix de cet emplacement n’est pas anodin. La présence d’une ancienne voie ferrée au sommet de la pente facilite grandement le déversement des matériaux par des camons bennes, permettant de stocker de vastes quantités de schiste sur 350 mètres. De plus, les terrains appartenant à la mine, les coûts sont minimisés, et aucune habitation n’est menacée par d’éventuels glissements de terrain.

Avant même le début du déversement, la zone des Combes du Villaret, entièrement boisée en 1944, subit un important chantier de déboisage dès 1948, comme en témoignent des photos aériennes de l’époque, montrant des coupes en bandes parallèles sur la pente. En 1952, les images aériennes révèlent déjà l’ampleur du razzier, l’arrivée du télébenne et les bâtiments adjacents.

Terril des Combes du Villaret en 1952, avec des dépôts de stériles de couleur foncée

Le terril des Combes au Villaret en 1952, avec ses dépôts de stériles sombres bien visibles.

Quand la Nature Reprend ses Droits : L’Abandon et la Renaissance

En 1968, le Razzier de Versenat est finalement abandonné, remplacé par un nouveau razzier situé directement au Villaret. Pour prévenir les glissements de terrain et protéger le village de « Le Villaret », des dépôts en forme de cône sont aménagés le long du télébenne.

Aujourd’hui, près de soixante ans après son abandon, le Razzier de Versenat disparaît progressivement sous l’assaut de la végétation. Ce qui était autrefois une zone noire et stérile, clairement visible depuis la route Napoléon, est désormais recouvert par la forêt. Cet ancien paysage industriel se transforme en un écosystème en devenir, où la nature reprend lentement ses droits.

Le Razzier de Versenat demeure un témoignage essentiel de l’histoire minière du Dauphiné, rappelant l’ingéniosité humaine face aux défis industriels et la capacité de la nature à se régénérer.

"Terril des Combes du Villaret en 1960, montrant son extension.

En 1960, le terril des Combes au Villaret, qui illustre son extension, révèle également que les déchets étaient lâchés depuis la benne, formant ainsi un alignement de monticules le long du tracé.

1. La diversité des métiers : Une usine à ciel ouvert

Le personnel du jour était extrêmement stratifié. On y trouvait trois grands pôles :

  • Le traitement (Lavoirs et Cribles) : C’est le secteur le plus dur. L’anthracite sortant de la mine est mélangé à du schiste (stérile). Au Villaret ou aux Rioux, les ouvriers (et longtemps les ouvrières) triaient le charbon sur des tapis roulants.

  • Les Ateliers Centraux : Forgerons, mécaniciens, électriciens, menuisiers. C’était l’élite technique. Ils réparaient les marteaux-piqueurs, entretenaient les bennes et les câbles des puits. Sans eux, le fond s’arrêtait.

  • Les « Grands Bureaux » et l’administratif : Comptables, géomètres, ingénieurs et personnel médical. Ils géraient la paie, les plans des galeries et la santé des mineurs.

2. Les conditions de travail : Bruit, poussière et froid

Contrairement au fond où la température est constante (environ 15-18°C à La Mure), le personnel du jour subissait le climat rude du plateau matheysin.

  • L’exposition aux éléments : Dans les installations de triage (souvent de grands hangars en tôle mal isolés), les ouvriers travaillaient dans un froid glacial l’hiver, avec des courants d’air permanents.

  • La poussière et le bruit : Les cribles (tamis géants) et les concasseurs généraient un vacarme assourdissant et une poussière fine d’anthracite, tout aussi nocive que celle du fond. Les « trieurs » finissaient la journée aussi noirs que ceux qui remontaient du puits.

  • Le danger mécanique : Si le risque d’éboulement était absent, le danger venait des machines, des courroies de transmission et du mouvement incessant des trains du SGLM (Chemin de fer de La Mure) qui manoeuvraient sous les trémies.

3. La place singulière des femmes : Les « Trieuses »

Le bassin de La Mure a longtemps employé des femmes au jour, une pratique qui a perduré jusqu’aux années 1960-70.

  • Le triage manuel : Elles étaient affectées au retrait des pierres sur les tapis de charbon. C’était un travail répétitif, épuisant pour le dos et les mains, effectué dans une atmosphère saturée de poussière.

  • Évolution : Avec la modernisation des lavoirs (séparation par densité dans des bains de liqueur dense), leur nombre a diminué, les postes devenant plus techniques et masculinisés.

4. Vie sociale et Statut : Mineurs à part entière

Un point crucial : le personnel du jour bénéficiait du Statut du Mineur de 1946.

  • Mêmes avantages : Ils avaient droit au logement gratuit (les cités), au charbon de chauffage, aux soins gratuits à la Société de Secours minière et aux colonies de vacances pour leurs enfants.

  • La retraite : C’était le point de friction majeur. Les ouvriers du jour devaient travailler plus longtemps que ceux du fond (qui partaient à 50 ou 55 ans) pour obtenir leur retraite à taux plein. Cela créait une distinction sociale nette au sein de la cité.

5. La dynamique « Jour / Fond » : Une solidarité complexe

  • Le complexe de la surface : Il existait parfois une tension symbolique. Les mineurs du fond se considéraient comme les seuls « vrais » mineurs, ceux qui risquaient leur vie. Les gens du jour étaient parfois vus comme des privilégiés, bien que leur travail soit essentiel.

  • L’union dans la lutte : Lors des grandes grèves (1948, 1963), cette distinction disparaissait. Le personnel du jour (notamment les ateliers et le transport) était le premier à bloquer l’outil de production pour soutenir les revendications globales.

  • La sentinelle du drame : Le personnel du jour était le premier témoin des accidents. C’est eux qui voyaient arriver les ambulances au carreau de la mine et qui géraient l’angoisse des familles accourant aux grilles du puits.

6. L’héritage architectural

Aujourd’hui, les vestiges les plus visibles à La Mure sont ceux du « Jour » :

  • Le Puits du Villaret et son chevalement (classé).

  • Les Grands Bureaux qui témoignent de la puissance administrative des HBD.

  • Les Ateliers reconvertis pour certains en zones d’activités.

Foire Aux Questions le terril des Combes du Villaret

Le Terril des Combes du Villaret, aussi connu sous le nom de Razzier de Versenat, est un amoncellement colossal de stériles (roches non exploitables) issus de l’extraction du charbon (anthracite) du puits de mine du Villaret. Il s’agit d’un vestige majeur de l’exploitation houillère et du patrimoine industriel du Dauphiné, agissant comme une « archive à ciel ouvert » de l’histoire minière de la région.

Le terril est localisé dans la région du Dauphiné (Isère), sur la commune de Susville, au lieu-dit « Le Villaret ».

Sa fonction essentielle était de stocker les millions de tonnes de déblais (roches et terres sans valeur) extraits lors de l’exploitation du charbon du « Puits du Villaret ».

Le terril est constitué de schistes, de grès, de résidus de charbon et de roches diverses provenant des galeries et chantiers d’extraction.

L’histoire du Razzier des Combes du Villaret débute en 1948, et son activité de déversement s’est étendue jusqu’en 1960, date à laquelle il a été abandonné au profit d’un nouveau razzier. L’exploitation minière de la région s’est arrêtée définitivement en 1997.

Un système ingénieux de « télébenne » a été construit pour transporter les stériles depuis l’usine du Villaret jusqu’au site de stockage des Combes du Villaret. La présence d’un vestige de voie ferrée au dessus de la pente a également facilité le déversement des matériaux sur 350 mètres.

Le choix de cet emplacement était stratégique car les terrains appartenaient à la mine, minimisant ainsi les coûts. De plus, aucune habitation n’était menacée par d’éventuels glissements de terrain. La présence du vestige d’une voie ferrée facilitait aussi l’acheminement des matériaux.

Il est considéré comme un témoin majeur de l’histoire industrielle et économique du Dauphiné, une archive à ciel ouvert des techniques et de l’intensité de l’activité minière, et un marqueur paysager et historique de l’empreinte humaine sur l’environnement.

Après son abandon en 1968, la nature a progressivement repris ses droits. Ce qui était autrefois une zone noire et stérile est désormais recouvert par la forêt, se transformant en un écosystème en devenir.

Dans le monde minier, une « mine » désigne un gisement de matériaux précieux ou stratégiques (comme le charbon), tandis qu’un « razzier » (ou terril) est un gigantesque monticule de « stériles », c’est-à-dire les roches et terres sans valeur extraites lors de l’exploitation de la mine. Le Razzier de Versenat n’était donc pas une mine en soi, mais le lieu de stockage des déblais de la mine du Puits du Villaret.

Poursuivez votre exploration

Retrouvez l’histoire du puits du Villaret

L’histoire de son terril

Et l’histoire de son exploitation

Sources et sites officiels 

. Sites dédiés au patrimoine minier du Dauphiné / Matheysine :

Bibliographie 

    1. Auteur(s) : Jean-Michel GÉRIN
      Titre : La Matheysine au temps des mineurs : Regards sur un passé industriel
      Éditeur : Le Dauphiné Libéré (collection Les Patrimoines)
      Année de publication : 2011
      Description : Cet ouvrage met en lumière le quotidien des mineurs et l’impact de l’industrie charbonnière sur la région de la Matheysine, dont le site du Villaret fait partie intégrante.
      ISBN : 978-2911739818
    2. Auteur(s) : Collectif (sous la direction de l’Association Mine Image)
      Titre : Mine Image : Le livre du musée
      Éditeur : Association Mine Image
      Année de publication : Date variable, souvent mis à jour (vérifier la dernière édition).
      Description : Le musée Mine Image est un centre d’interprétation majeur pour le bassin houiller. Leur publication est une excellente source d’informations techniques et historiques directement liées aux méthodes d’exploitation et aux infrastructures comme les terrils.

Photo des vestiges de la voie Charvet en 2005 au lieu-dit Feyteny montrant la ligne recouverte par l'herbe.

La Voie Charvet : Le chaînon manquant du Petit Train de la Mure

De la mine de Picardon à la gare de La Festinière : histoire d’une liaison vitale pour le charbon du Plateau Matheysin.

Si la silhouette emblématique du Petit Train de la Mure (SGLM) est gravée dans la mémoire collective de l’Isère, elle occulte pourtant tout un réseau de « veines » industrielles sans lesquelles l’exportation du charbon aurait été impossible. Parmi ces oubliés de l’histoire, la Voie Charvet occupe une place singulière sur le Plateau Matheysin. Véritable trait d’union technique reliant la mine de Picardon à l’artère ferroviaire de La Festinière, cette ligne a permis de transborder des tonnes d’anthracite durant l’âge d’or minier. En tant qu’historiens, nous vous invitons à dépoussiérer ce chapitre méconnu du patrimoine ferroviaire dauphinois, là où le génie humain a su dompter la pente pour faire circuler l’or noir.

Informations pratiques

Nom de la ligne Voie Charvet
Localisation Plateau Matheysin, Isère (38)
Type de ligne Chemin de fer industriel (Réseau minier)
Usage principal Transport de l’anthracite (Charbon) et du matériel minier
Connexion réseau Jonction avec le SGLM (Chemin de fer de la Mure)
Points clés desservis Puits du Marais, Feyteny, Lespinasse
Mode de traction Hippomobile (historique) puis mécanique
État en 2005 Déferrée. Vestiges visibles (remblais) ou disparus (urbanisation)
Particularité Tracé sinueux adapté à la topographie minière

Note

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Cet article présente un état des lieux photographique réalisé en 2005. Certaines sections peuvent avoir évolué depuis.

Carte ancienne (1932) à l'échelle 1/20 000. Sur un fond topographique, le plan délimite la zone des mines de Pierre-Châtel et trace en ligne sombre le parcours ferroviaire de la voie Charvet, illustrant la connexion entre les sites miniers et le réseau de transport.

Plan topographique et industriel du secteur de Pierre-Châtel (1932). Échelle 1/20 000. Le document cartographie l’implantation des concessions minières et détaille l’infrastructure d’évacuation, mettant en évidence le tracé de l’embranchement particulier (EP) Charvet et son articulation avec le réseau local.

Exploration de terrain : De « Le Collet » à « Lespinasse »

L’histoire ne s’écrit pas seulement dans les bibliothèques, elle se vérifie chaussures aux pieds. Aujourd’hui, nous vous emmenons parcourir l’intégralité du tracé supposé de la voie, reliant le lieu-dit Le Collet au secteur de Lespinasse.

Notre objectif ? Confirmer sur le terrain les indices laissés dans les archives.

1. Le point de départ : La jonction avec le SGLM

Notre enquête débute là où tout se jouait : au point de rencontre stratégique avec la ligne du Chemin de fer de La Mure (SGLM). Pour localiser cet endroit précis, nous nous sommes appuyés sur une source documentaire précieuse : une photographie d’époque publiée dans l’ouvrage de référence de Garnier. Ce cliché nous a servi de boussole pour orienter nos recherches.

2. Les vestiges parlent : L’entrée du site

Une fois sur place, la confrontation entre l’image d’hier et la réalité d’aujourd’hui est saisissante. Nous constatons immédiatement que l’ancienne voie industrielle arrivait exactement au même niveau que celle du SGLM, facilitant sans doute les manœuvres.

Plus fascinant encore, l’observation attentive des lieux nous révèle deux anciens poteaux. Dressés de part et d’autre du passage, ils encadraient probablement le portail d’entrée du site ferroviaire. Si la barrière a disparu depuis longtemps, ces sentinelles de pierre (ou de béton/métal) marquent encore physiquement la frontière d’un passé industriel révolu.

Note

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Mise en service en 1905, la ligne reliant les bâtiments de stockage des mines de Picadon au Collet avait pour vocation l’évacuation du charbon vers Grenoble via le réseau du SGLM (Saint-Georges-de-Commiers à La Mure). Cette infrastructure, destinée à ouvrir des débouchés au-delà du marché local, fut désaffectée dès 1912 suite à la fermeture des mines pour cause d’épuisement du gisement.

Photo du vestige de la voie Charvet en 2005 à la jonction entre la voie du SGLM et la voie hippomobile.

Vestiges de la voie Charvet en 2005 : vue sur la zone de jonction entre la voie du SGLM et la voie hippomobile.

L’énigme du pont métallique : Le SGLM allait-il plus loin ?

Notre exploration nous mène à une question cruciale : la voie métrique du SGLM s’arrêtait-elle à la gare ou pénétrait-elle directement sur le site de la Voie Charvet ? Un indice monumental semble confirmer la seconde hypothèse : la présence d’un pont métallique sur culées en pierre de taille.

1. L’épreuve des ronces et la mesure décisive

L’accès à l’histoire se mérite. Face à ce pont, une barrière de végétation épineuse nous bloque le passage, nous obligeant à contourner l’obstacle par le champ en contrebas pour inspecter l’ouvrage « par en dessous ».

Malgré le déferrage de la ligne (les rails ont été retirés), les traverses et la structure même du pont parlent encore. Le verdict du mètre ruban est sans appel : l’écartement entre les files de voie est d’un mètre.
Cette largeur, combinée à la robustesse de l’ouvrage métallique, prouve qu’il n’était pas conçu pour de frêles wagonnets de mine (voie de 50 ou 60 cm), mais bien pour supporter les lourds wagons tombereaux du SGLM. La connexion physique entre le réseau public et la ligne privée est donc avérée.

2. Vers Pierre-Châtel : Une plateforme à double usage ?

En reprenant notre marche vers Pierre-Châtel, nous observons attentivement la plateforme ferroviaire. Sa largeur est intrigante : elle semble suffisante pour avoir accueilli, côte à côte, la voie métrique (pour l’exportation) et la voie étroite des wagonnets (venant de la mine).

Malheureusement, le temps a fait son œuvre. De cette infrastructure potentiellement complexe, il ne reste qu’une bordure en pierre de taille, aujourd’hui noyée sous la végétation, dernier témoin silencieux de l’activité passée.

3. Quand le paysage s’efface : L’hypothèse de la pente

Notre progression bute ensuite sur un champ cultivé, que nous longeons par respect pour les cultures. Ici, la trace physique disparaît, effacée par l’agriculture et surtout par la construction de la route actuelle au niveau des Côtes du Collet La Roche.

Pour retrouver le tracé invisible, nous devons raisonner en ingénieurs de l’époque. Un facteur clé nous guide : la déclivité. La pente devait rester douce et constante pour permettre la traction des wagonnets par des chevaux (traction hippomobile). C’est en suivant cette logique de « moindre effort » pour l’animal que nous pouvons redessiner mentalement le chemin du rail dans le paysage moderne.

Photographie noir et blanc de 1900 prise à La Festinière. On y voit une infrastructure ferroviaire à deux niveaux : une voie ferrée supérieure (voie Charvet) installée sur une estacade domine une voie ferrée inférieure où stationnent des wagons du SGLM, illustrant un système de transbordement de charbon par gravité.

Installations de transbordement de l’anthracite au hameau de La Festinière (c. 1900). Le cliché met en évidence le dispositif gravitaire : la voie en estacade de l’entreprise Charvet surplombe le gabarit métrique du SGLM, rationalisant ainsi les opérations de chargement et de stockage.

Note

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iveau Inférieur (Le SGLM) : On distingue une rame de wagons tombereaux à voie métrique, caractéristiques du matériel remorqué du SGLM, chargés d’anthracite de la Matheysine. Les châssis et les essieux portent les traces de la poussière de charbon.
Niveau Supérieur (La voie Charvet) : L’élément architectural clé est l’estacade (ou le remblai maçonné) qui supporte la voie privée Charvet. Cette voie est nettement surélevée par rapport au niveau du sol de la gare.
L’Action technique : La différence de hauteur n’est pas fortuite ; elle illustre une rationalisation précoce de la logistique. La position dominante de la voie Charvet permet, selon la configuration des wagons (à trémies ou basculants), soit de stocker le combustible en tas coniques sous l’estacade, soit de faciliter le transvasement direct par gravité, minimisant ainsi le pelletage manuel éreintant pour les ouvriers visibles à l’image.

De Mas Briançon à Feyteny : Quand le paysage a une mémoire

Notre enquête de terrain se poursuit, transformant la randonnée en véritable jeu de piste. Parfois, la modernisation du territoire a effacé l’histoire, mais il suffit d’un détail pour que le passé refasse surface.

1. Le chassé-croisé avec la route moderne

Après avoir perdu la trace de la voie, nous la retrouvons ponctuellement sous une habitation située en contrebas de la route actuelle. Ici, un fragment de la plateforme ferroviaire a survécu.

Cependant, en direction de Pierre-Châtel, la tâche se complique. La construction de la route moderne passant par le Mas Briançon (qui n’existait pas au début du XXe siècle) a recouvert une grande partie de l’ancien tracé. Il faut s’éloigner un peu pour retrouver la ligne, là où le goudron n’a pas encore tout enseveli.

2. Flashback : Le temps héroïque des charretiers

Ce parcours est l’occasion d’évoquer l’avant-train. Comment le charbon sortait-il de la charbonnière de Picardon avant la construction de la Voie Charvet ?

C’était le règne des charretiers. Dans des conditions souvent difficiles, ils transportaient l’anthracite via un itinéraire spécifique :

  • Passage par le secteur des Marais.

  • Longeant l’étang du Crey.

  • Ressortant au lieu-dit Le Crey pour charger enfin le précieux combustible sur les wagons du SGLM.

Le conseil de l’historien : Si vous vous promenez dans ce secteur en hiver, lorsque la végétation est basse, l’ancien tracé de ce sentier de labeur est encore parfaitement visible dans le paysage.

3. L’archéologie du quotidien vers Feyteny

En reprenant notre marche sur l’ancienne plateforme de la Voie Charvet en direction de Feyteny, ouvrez l’œil sur les clôtures des prairies et des jardins privés.

Rien ne se perd, tout se transforme : de nombreux piquets de clôture sont en réalité des vestiges directs de la ligne. Tronçons de rails coupés, anciens tuyaux métalliques… Les riverains ont offert une seconde vie à l’acier industriel, préservant involontairement des morceaux d’histoire ferroviaire.

Photo des vestiges de la voie Charvet en 2005 située au-dessus de la mine et du puits du Marais.

Vestiges de la voie Charvet photographiés en 2005, surplombant le site de la mine et du puits du Marais.

Trésors insolites et preuves toponymiques : L’arrivée à Feyteny

La fin de notre parcours nous réserve encore de belles surprises, où le passé industriel se fond étonnamment dans le paysage rural et urbain actuel.

1. La citerne rivetée : Quand l’industrie sert l’agriculture

Au milieu d’un champ, notre regard d’historien est attiré par un objet métallique d’apparence anodine. Il s’agit des vestiges d’une ancienne citerne, aujourd’hui reconvertie en abreuvoir pour le bétail.

Ce n’est pas n’importe quel bac à eau : l’assemblage est réalisé avec des rivets. Cette technique d’assemblage à chaud, typique de la fin du XIXe siècle (avant la généralisation de la soudure), est une preuve irréfutable de l’ancienneté de cette cuve. Probablement utilisée autrefois pour le stockage de l’eau ou du carburant lié à l’exploitation ferroviaire, elle témoigne d’un recyclage pragmatique par les agriculteurs locaux.

2. L’histoire inscrite sur les murs

En arrivant au hameau de Feyteny, le doute n’est plus permis sur l’exactitude de notre itinéraire. L’histoire ferroviaire est ici officialisée par la toponymie locale.

Nous tombons nez à nez avec une plaque de rue sans équivoque : « Ancienne Voie Charvet ». Ce marqueur urbain confirme que le chemin que nous suivons depuis les champs était bien l’artère vitale du charbon. Guidés par ces traces indélébiles, nous poursuivons désormais notre route à travers les rues, cap sur notre prochaine étape : le secteur de Lespinasse.

Photo bucolique du vestige de la voie Charvet en 2005 au lieu-dit Feyteny.

Vue bucolique sur les vestiges de la voie Charvet au lieu-dit Feyteny (2005).

Terminus Lespinasse : La fin du voyage et le mystère du plan incliné

Notre exploration touche à sa fin en arrivant dans le secteur de Lespinasse. C’est ici, au pied du relief, que se jouait la partie la plus technique de l’acheminement du charbon : la réception des wagonnets descendant de la charbonnière de Picardon.

1. Le témoin de pierre

Si les mécanismes ont disparu, la maçonnerie résiste. Au bord de la route, nous repérons un imposant massif en pierre de taille.
Selon notre analyse, ce bloc ne doit rien au hasard : il marquait très probablement le point d’arrivée (la station inférieure) du plan incliné. C’est ici que la gravité était maîtrisée pour descendre l’anthracite des hauteurs vers la plaine, avant son transbordement.

2. Reconstituer le « faisceau » invisible

En observant la topographie autour de l’ancienne laiterie, l’imagination de l’historien se met en marche. L’espace disponible suggère la présence passée d’un faisceau de voies (une zone de triage et de manœuvre) nécessaire pour gérer le flux des wagonnets pleins et vides.

Cependant, une zone d’ombre persiste. Pour valider cette hypothèse de tracé, nous manquons de preuves visuelles. Existe-t-il, dans un grenier ou un fonds d’archives privé, un plan ou des photos d’époque montrant ce chemin de fer en activité à Lespinasse ? La question reste ouverte et l’appel est lancé aux passionnés.


Conclusion : Une mémoire à préserver

Voilà qui clôt notre marche sur les traces de la Voie Charvet. Du point de jonction avec le SGLM jusqu’aux vestiges du plan incliné, nous avons remonté le temps. Il ne nous reste plus qu’à faire le chemin en sens inverse, avec la satisfaction d’avoir redonné vie, le temps d’une promenade, à ce patrimoine industriel oublié de l’Isère.

Photo de l'ancien tracé de la voie Charvet en 2005 au lieu-dit Lespinasse recouvert par le goudron.

Vestiges de la voie Charvet au lieu-dit Lespinasse en 2005 : le goudron a recouvert l’ancienne voie.

Foire Aux Questions sur la Voie Charvet

La Voie Charvet était une ligne de chemin de fer industrielle. Sa fonction exclusive était le transport du charbon (l’anthracite de Matheysine) depuis les puits d’extraction, notamment le Puits du Marais, jusqu’aux infrastructures de traitement ou de transbordement vers le réseau principal.

Le SGLM (Chemin de fer de Saint-Georges-de-Commiers à La Mure) constituait l’artère principale pour l’exportation du charbon hors du plateau. La Voie Charvet agissait comme un affluent : elle collectait le charbon sur les sites miniers pour l’acheminer vers la ligne du SGLM à des points de jonction stratégiques.

Comme le montrent les photos de 2005 présentes dans cet article, les vestiges sont disparates.

  • À Feyteny : La plateforme de la voie est encore visible mais fortement envahie par la végétation.

  • À Lespinasse : L’urbanisation a effacé les traces, l’ancien tracé ayant été recouvert par le goudron de la voirie moderne.

  • Vers le Puits du Marais : On devine encore les terrassements et les zones de jonction ferroviaire.

Certaines sections sont devenues des chemins ruraux ou des routes goudronnées accessibles au public. Cependant, d’autres parties traversent des propriétés privées ou sont rendues impraticables par la végétation. Il est conseillé de se référer au cadastre et aux cartes IGN actuelles pour identifier les chemins communaux.

Aux débuts de l’exploitation minière ou sur certaines sections secondaires, la traction n’était pas toujours mécanique (vapeur ou électrique). Des chevaux étaient utilisés pour tirer les wagonnets sur les rails avant la modernisation complète du réseau. La zone de jonction évoquée dans l’article marque cette transition technologique.

Poursuivez votre exploration

Découvrez d’autres articles sur le patrimoine industriel de l’Isère https://patrimoinedudauphine.fr/patrimoine-ferroviaire/

La Voie Charvet ne peut être comprise sans évoquer son lien vital avec le SGLM. Ce réseau capillaire permettait d’acheminer l’anthracite depuis les sites d’extraction comme la gare de Notre-Dame-de-Vaulx,  Ces vestiges constituent aujourd’hui une part essentielle du patrimoine de la Matheysine, témoignant de l’intensité de l’activité minière passée

Sources et sites officiels 

Archives Départementales de l’Isère

Pourquoi : Pour consulter les cadastres napoléoniens, les séries S (Travaux publics) et M (Mines).archives.isere.fr

Gallica (Bibliothèque Nationale de France)

Pourquoi : Pour retrouver des articles de presse ancienne (Le Petit Dauphinois, etc.) mentionnant les accidents ou l’activité de la mine, ainsi que des cartes postales anciennes numérisées. gallica.bnf.fr

Inventaire du Patrimoine de la Région Auvergne-Rhône-Alpes

Pourquoi : Ce site contient souvent des dossiers très fouillés sur le patrimoine industriel et ferroviaire régional. patrimoine.auvergnerhonealpes.fr

La Mine Image (Musée souterrain de la mine)

Pourquoi : Situé à La Motte-d’Aveillans, c’est l’institution de référence sur l’histoire du charbon matheysin. Ils détiennent probablement des archives sur le Puits du Marais. mine-image.com

Le Petit Train de La Mure (Edeis)

Pourquoi : Le site officiel de la ligne touristique actuelle, héritière du SGLM sur lequel se branchait la Voie Charvet. lepetittraindelamure.com

Matheysine Tourisme

Pourquoi : Pour situer le contexte géographique et touristique actuel. matheysine-tourisme.com

FACS – Patrimoine Ferroviaire

Pourquoi : La Fédération des Amis des Chemins de fer Secondaires est une référence nationale pour les lignes à voie métrique et étroite. facs-patrimoine-ferroviaire.fr

Bibliographie 

Ouvrages de référence sur le SGLM et les réseaux miniers :

BOUILLIN, Patrice. Le Chemin de fer de la Mure : St-Georges-de-Commiers – La Mure – Corps – Gap – Valbonnais. Éditions Presse et Éditions Ferroviaires, 1995. (L’ouvrage de référence absolu pour cette zone).

DOMENGIE, Henri. Les petits trains de jadis – Sud-Est de la France. Éditions du Cabri, 1985. (Pour le contexte du réseau secondaire en Isère).

CENAC, Michel. Le rail en Matheysine. Éditions à compte d’auteur (ou association locale), date à vérifier selon votre édition.

Histoire des Mines et du contexte industriel :

H.B.D. (Houillères du Bassin du Dauphiné). Rapports d’exploitation et plans des concessions. (Si vous avez consulté des rapports d’époque).

Collectif. Mines et Mineurs de Matheysine. (Il existe plusieurs ouvrages locaux édités par la Mairie de La Mure ou le Musée de la Mine Image).

Périodiques et Revues spécialisées :

Chemins de Fer Régionaux et Urbains. Revue de la FACS (Fédération des Amis des Chemins de fer Secondaires). Numéros traitant du SGLM.

Connaissance du Rail. Articles divers sur les lignes métriques alpines.

Sources d’Archives (À adapter selon vos recherches)

Si vous êtes allé aux archives, citer la série (la « cote ») fait toute la différence pour un historien :

Archives Départementales de l’Isère (ADI) :

Série S (Travaux Publics et Transports) : Dossiers relatifs aux chemins de fer d’intérêt local et voies industrielles (Sous-série 5S généralement).

Série M (Administration générale et économie) : Dossiers relatifs aux concessions minières et à l’industrie (Mines de la Mure, Puits du Marais).

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Galerie Photos

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Photographie d'époque en noir et blanc montrant le bâtiment de la gare de Notre-Dame-de-Vaulx au premier plan. Derrière la gare, les installations du carreau de la mine de charbon, incluant un chevalement, sont clairement visibles.

Gare de Notre-Dame-de-Vaulx : Mémoire d’un rail oublié

Du transport du charbon à la vie paisible d’une maison de famille, l’histoire d’une petite gare au cœur du Dauphiné.

Que devient une gare quand les trains cessent de passer ? À Notre-Dame-de-Vaulx, elle se transforme en maison. Mais avant de devenir un foyer paisible, ce bâtiment fut un maillon crucial d’une aventure industrielle audacieuse…

Informations pratiques

Nom Officiel Gare de Notre-Dame-de-Vaulx
Ligne Ferroviaire Embranchement de La Motte d’Aveillans à Notre-Dame-de-Vaulx
Ligne Principale Chemin de fer de La Mure (Saint-Georges-de-Commiers à La Mure)
Type Gare terminus (voyageurs et marchandises)
Date d’ouverture 1904
Date de fermeture 1936 deferement 1952
Durée de service
27 ans