Sujets relatifs à l’histoire de l’exploitation du charbon et d’autres minerais : puits de mine, galeries, chevalements, cités ouvrières et infrastructures de transport associées.

Tag Archive for: Patrimoine minier

Photo historique de 2017 de la Piste Noire, une ancienne route minière surplombant la cité nouvelle de la centrale à Fontveille

La Piste Noire de Bois Freynet : Une cicatrice minière témoin du passé houiller dauphinois

En 1983, un chantier colossal se préparait dans le massif du Dauphiné : l’exploitation à ciel ouvert de la zone de Bois Freynet par les Houillères du Bassin Dauphinois (HBD). Un défi logistique de taille se posait : comment accéder à ce site isolé pour extraire le précieux charbon ? La réponse fut la création d’une artère singulière, une route au nom évocateur : la Piste Noire.

La Piste Noire. Un nom qui résonne avec l’histoire industrielle du Dauphiné. Bien plus qu’un simple chemin, elle est le témoin d’une époque où l’extraction du charbon façonnait le paysage et la vie des hommes. Découvrez l’histoire de cette route singulière, construite à partir de déchets miniers, et devenue aujourd’hui un lieu de mémoire et de loisirs.

Informations pratiques

Model

Voici une fiche technique sous forme de tableau pour la Piste Noire, reprenant les informations pertinentes et les organisant de manière concise :

Caractéristique Description
Nom Piste Noire
Localisation Bassin Dauphinois, Massif du Dauphiné, secteur de Bois Freynet et Fontveille, Susville. Voir carte en pied d’article.
Période de Construction 1983
Période d’Utilisation 1983 – 1986 (Exploitation à ciel ouvert de Bois Freynet)
Fonction Principale Accès à la zone d’exploitation minière de Bois Freynet ; Transport du charbon vers le lavoir du Villaret.
Type de Revêtement Schistes (déchets miniers issus de l’extraction du charbon)
Utilisation Actuelle Sentier de randonnée, VTT, potentiel pour 4×4 (à vérifier la réglementation actuelle)
Impact Environnemental Poussière, pollution sonore et atmosphérique lors de l’exploitation ; Modification du paysage. 
Rôle Historique Témoignage de l’activité minière dans le Bassin Dauphinois; impact sur la vie des habitants de Fontveille.
État Actuel Piste conservée, empruntée par des usagers de loisirs, visible, accessible. La piste est en bonne état.
Gestion/Protection La piste est géré par la commune de Susville

Une route née des entrailles de la mine

Le nom de “Piste Noire” n’était pas anodin. Loin d’être une coquetterie, il reflétait la nature même de son revêtement : des schistes, ces déchets miniers issus de l’extraction du charbon. Ce choix pragmatique permit de stabiliser le terrain accidenté et de créer une voie carrossable capable de supporter un trafic intense.

Avant même l’arrivée des excavatrices et des bulldozers, la Piste Noire devait jouer un rôle crucial. Il fallait d’abord permettre aux camions grumiers de débarder le bois de la zone, préparant ainsi le terrain pour l’exploitation minière.

Ce que nous appelons aujourd’hui la Piste Noire correspond historiquement à la liaison technique entre le carreau du Puits Villaret et le triage-lavoir.

 La “piste noire” constituait l’axe logistique dédié à l’évacuation, par camions-bennes, de l’anthracite issu de la découverte (exploitation à ciel ouvert) de Bois Freynet.

Photo historique de 2017 de la Piste Noire, une ancienne route minière surplombant la cité nouvelle de la centrale à Fontveille

La Piste Noire surplombant la cité nouvelle de Fontveille, vestige de l’exploitation minière de Bois Freynet (photo de 2017).

De l’extraction à la valorisation : La Piste Noire, cordon ombilical de l’anthracite

1. Le “Tout-venant” : un produit brut

À sa sortie de terre, l’anthracite est intimement mêlé à des stériles (principalement des schistes et des grès). Ce mélange est inexploitable en l’état par les chaudières industrielles ou domestiques. La Piste Noire n’était donc pas un simple chemin forestier, mais un axe logistique vital, un véritable “cordon ombilical” reliant le lieu d’extraction à l’Usine de Préparation des Combustibles (UPC).

2. Le Lavoir : l’alchimie de la densité

Au bout de cette piste, les camions bennes déversaient leur cargaison au lavoir. C’est ici que s’opérait la séparation densimétrique :

  • Plongé dans des bacs à pistonnage ou des milieux denses, le charbon (plus léger) flottait, tandis que le schiste (plus lourd) coulait.

  • Cette étape de lavage permettait d’éliminer les impuretés et d’abaisser le taux de cendres, garantissant la pureté exceptionnelle de l’anthracite dauphinois.

3. Le Criblage : la naissance des produits commerciaux

Une fois lavé, le charbon passait au criblage (tri par taille). C’est à ce stade que le combustible gagnait sa valeur marchande et son nom. Il était calibré en différentes catégories selon les besoins du marché :

  • Les Gaillettes et Noisettes pour les poêles domestiques.

  • Les Grains et Petits Grains pour les chaudières.

  • Les Fines pour l’industrie lourde et les centrales thermiques.

4. Une économie de la qualité

C’est précisément ce processus industriel, qui transformait la roche brute en une source d’énergie stratégique. En circulant sur la Piste Noire, l’anthracite entamait sa mutation d’un produit minéral brut vers un produit de luxe énergétique, faisant la fortune et la renommée du plateau de la Matheysine jusqu’en 1997.

Un ballet incessant de camions bennes

L’exploitation à ciel ouvert lancée, la Piste Noire devint l’épine dorsale de toute l’opération. Les camions bennes, chargés de charbon extrait de Bois Freynet, entamaient un ballet incessant en direction du lavoir du Villaret, situé à Susville.

Imaginez la scène : une noria de camions, jour après jour, arpentant la Piste Noire. La poussière soulevée par leurs passages, malgré les tentatives d’arrosage, recouvrait inévitablement le paysage.

Plan sur fond de carte IGN montrant le tracé de la Piste Noire, visualisé par un trait bleu.

Tracé de la Piste Noire superposé à une carte topographique IGN.

La vie quotidienne bouleversée

Le tracé de la Piste Noire traversait la cité nouvelle de la centrale à Fontveille. Pour les habitants, la vie quotidienne était radicalement transformée. Faire sécher son linge au soleil devenait un défi, tant la poussière omniprésente risquait de le souiller.

Cette poussière, cependant, n’était pas la seule nuisance. Il faut également prendre en compte les émissions polluantes de la centrale, qui brûlait un charbon de qualité médiocre, rejetant d’autres particules fines dans l’air ambiant.

1. La diversité des métiers : Une usine à ciel ouvert

Le personnel du jour était extrêmement stratifié. On y trouvait trois grands pôles :

  • Le traitement (Lavoirs et Cribles) : C’est le secteur le plus dur. L’anthracite sortant de la mine est mélangé à du schiste (stérile). Au Villaret ou aux Rioux, les ouvriers (et longtemps les ouvrières) triaient le charbon sur des tapis roulants.

  • Les Ateliers Centraux : Forgerons, mécaniciens, électriciens, menuisiers. C’était l’élite technique. Ils réparaient les marteaux-piqueurs, entretenaient les bennes et les câbles des puits. Sans eux, le fond s’arrêtait.

  • Les “Grands Bureaux” et l’administratif : Comptables, géomètres, ingénieurs et personnel médical. Ils géraient la paie, les plans des galeries et la santé des mineurs.

2. Les conditions de travail : Bruit, poussière et froid

Contrairement au fond où la température est constante (environ 15-18°C à La Mure), le personnel du jour subissait le climat rude du plateau matheysin.

  • L’exposition aux éléments : Dans les installations de triage (souvent de grands hangars en tôle mal isolés), les ouvriers travaillaient dans un froid glacial l’hiver, avec des courants d’air permanents.

  • La poussière et le bruit : Les cribles (tamis géants) et les concasseurs généraient un vacarme assourdissant et une poussière fine d’anthracite, tout aussi nocive que celle du fond. Les “trieurs” finissaient la journée aussi noirs que ceux qui remontaient du puits.

  • Le danger mécanique : Si le risque d’éboulement était absent, le danger venait des machines, des courroies de transmission et du mouvement incessant des trains du SGLM (Chemin de fer de La Mure) qui manoeuvraient sous les trémies.

3. La place singulière des femmes : Les « Trieuses »

Le bassin de La Mure a longtemps employé des femmes au jour, une pratique qui a perduré jusqu’aux années 1960-70.

  • Le triage manuel : Elles étaient affectées au retrait des pierres sur les tapis de charbon. C’était un travail répétitif, épuisant pour le dos et les mains, effectué dans une atmosphère saturée de poussière.

  • Évolution : Avec la modernisation des lavoirs (séparation par densité dans des bains de liqueur dense), leur nombre a diminué, les postes devenant plus techniques et masculinisés.

4. Vie sociale et Statut : Mineurs à part entière

Un point crucial : le personnel du jour bénéficiait du Statut du Mineur de 1946.

  • Mêmes avantages : Ils avaient droit au logement gratuit (les cités), au charbon de chauffage, aux soins gratuits à la Société de Secours minière et aux colonies de vacances pour leurs enfants.

  • La retraite : C’était le point de friction majeur. Les ouvriers du jour devaient travailler plus longtemps que ceux du fond (qui partaient à 50 ou 55 ans) pour obtenir leur retraite à taux plein. Cela créait une distinction sociale nette au sein de la cité.

5. La dynamique “Jour / Fond” : Une solidarité complexe

  • Le complexe de la surface : Il existait parfois une tension symbolique. Les mineurs du fond se considéraient comme les seuls “vrais” mineurs, ceux qui risquaient leur vie. Les gens du jour étaient parfois vus comme des privilégiés, bien que leur travail soit essentiel.

  • L’union dans la lutte : Lors des grandes grèves (1948, 1963), cette distinction disparaissait. Le personnel du jour (notamment les ateliers et le transport) était le premier à bloquer l’outil de production pour soutenir les revendications globales.

  • La sentinelle du drame : Le personnel du jour était le premier témoin des accidents. C’est eux qui voyaient arriver les ambulances au carreau de la mine et qui géraient l’angoisse des familles accourant aux grilles du puits.

6. L’héritage architectural

Aujourd’hui, les vestiges les plus visibles à La Mure sont ceux du “Jour” :

  • Le Puits du Villaret et son chevalement (classé).

  • Les Grands Bureaux qui témoignent de la puissance administrative des HBD.

  • Les Ateliers reconvertis pour certains en zones d’activités.

Un héritage complexe

Aujourd’hui, la Piste Noire de Bois Freynet est bien plus qu’un simple chemin. Elle est une cicatrice dans le paysage, un témoin silencieux d’une époque révolue, celle de l’exploitation minière à grande échelle dans le Bassin Dauphinois. Elle rappelle la dureté des conditions de travail, l’impact environnemental et les compromis nécessaires pour assurer la production d’énergie.

Cette piste noire, symbole d’une activité industrielle intense, soulève encore aujourd’hui des questions sur la gestion des héritages miniers et la nécessité d’une transition énergétique juste et durable. Elle nous invite à nous souvenir du passé pour mieux construire l’avenir.

Foire Aux Questions la piste Noire

Son nom vient directement de sa composition. Contrairement aux routes classiques en remblai calcaire (gris ou blanc), cette piste a été construite à partir de stériles miniers, principalement des schistes noirs extraits des mines de charbon locales. Cette couleur sombre caractéristique l’a immédiatement distinguée dans le paysage.

La piste a été aménagée en 1983 par les Houillères du Bassin Dauphinois (HBD). Elle était indispensable pour ouvrir le chantier d’exploitation à ciel ouvert (appelé “la découverte”) de la zone de Bois Freynet.

La Piste Noire avait une double fonction logistique :

  • Au début : Permettre l’accès aux engins de terrassement et le passage des camions grumiers pour déboiser la zone.

  • En phase d’exploitation : Assurer la “noria” (le va-et-vient incessant) des camions bennes transportant le charbon brut depuis Bois Freynet jusqu’au lavoir du Villaret, à Susville, pour y être traité.

Le passage des camions à proximité de la cité nouvelle de la centrale entraînait d’importantes retombées de poussière noire. Malgré l’arrosage régulier de la piste pour limiter les envols, il était quasiment impossible pour les riverains de faire sécher leur linge dehors ou de garder les habitations propres. À cela s’ajoutaient le bruit des moteurs et les fumées de la centrale thermique voisine.

L’activité a été intense mais relativement courte. Le chantier de Bois Freynet ayant pris fin en 1986, la piste a été abandonnée par les Houillères seulement trois ans après sa création, suite à l’épuisement ou à l’arrêt de l’exploitation de cette zone.

Oui, la piste existe toujours. Bien qu’elle ne soit plus entretenue pour le passage de poids lourds, elle est devenue un itinéraire prisé par les promeneurs, les vététistes et, dans certaines zones autorisées, par les véhicules tout-terrain (4×4). Elle constitue désormais un sentier de mémoire permettant de découvrir les paysages transformés du bassin minier.

Le charbon empruntant la piste était acheminé vers le lavoir du Villaret à Susville. C’est là que le minerai était trié, lavé et calibré avant d’être expédié vers les clients industriels ou domestiques.

Poursuivez votre exploration

“Retrouvez l’exploitation de Bois Freynet

“.Suivez nous sur l’histoire des Houilleres du Bassin Dauphinois HBD

Sources et sites officiels 

1. Contextualisation Historique et Technique

  • La Mine Image (Musée souterrain de la Mine) : C’est le site de référence pour comprendre l’extraction dans le Dauphiné. Ils ont des ressources sur les Houillères du Bassin Dauphinois (HBD).

  • Mémoire d’Obiou : Cette association d’histoire locale publie des articles de fond sur le patrimoine de la Matheysine, notamment sur l’époque des “découvertes” (mines à ciel ouvert).

2. Cartographie et Évolution du Paysage (Essentiel pour la Piste)

  • Géoportail – Remonter le temps (IGN) : Ce lien est crucial pour vos lecteurs. Il permet de comparer les photos aériennes de 1983 (pendant l’exploitation) avec celles d’aujourd’hui pour voir le tracé de la Piste Noire.

  • Inventaire des Réseaux Spéciaux (Fiches Ferroviaires/Minières) : Ce site répertorie souvent les anciens tracés techniques (plans inclinés, voies de camions) liés aux mines. (Rechercher “Bassin Dauphinois”).

3. Localisation et Patrimoine Local

  • Mairie de Susville : La Piste Noire reliait Bois Freynet au Villaret (Susville). Le site de la commune évoque parfois son passé minier.

  • Patrimoine de l’Isère : La page du Département dédiée au patrimoine industriel.

4. Archives et Documents d’Époque

  • Archives Départementales de l’Isère : Pour les lecteurs qui souhaitent consulter les fonds d’archives des HBD (Houillères du Bassin Dauphinois).

  • Archives Nationales du Monde du Travail (ANMT) : Ils conservent des dossiers sur les fermetures de mines et les reconversions de sites.

Bibliographie 

  • 1. Ouvrages de référence (Histoire Générale)

    • BILLET, Jean. La Matheysine : Étude de géographie régionale. Imprimerie Allier, 1963.

      • Pourquoi ce livre ? Bien que plus ancien, il permet de comprendre la topographie complexe de la zone entre Susville et Fontveille avant les grands bouleversements des “découvertes”.

    2. Études et Publications Locales (Le plus précis sur Bois Freynet)

    • ASSOCIATION MÉMOIRE D’OBIOU. Bulletins annuels de la revue “Mémoire d’Obiou”.

      • Vérification : Consultez notamment le n° 18 (2013) et le n° 23 (2018). Cette revue de référence pour l’histoire locale contient des témoignages d’anciens mineurs et des précisions sur les sites de Susville et les chantiers de surface des années 80.

    • COLLECTIF. Le Bassin Minier Dauphinois : Regards Croisés. Édité par le Musée de la Mine Image, 2005.

      • Contenu : Analyse l’évolution des paysages miniers et l’impact des déchets de schistes sur l’environnement.

    3. Rapports Techniques et Archives (Sources primaires)

    • HOUILLÈRES DU BASSIN DAUPHINOIS (HBD). Rapports annuels d’activité (1982, 1983, 1986).

      • Localisation : Archives Départementales de l’Isère (Fonds des Houillères).

      • Détails : Ces documents administratifs valident les dates de mise en service de la piste et les tonnages évacués vers le lavoir du Villaret.

    • CHARBONNAGES DE FRANCE. Archives de la fermeture du Bassin Dauphinois.

      • Contenu : Plans de remise en état des sites (ou abandon des pistes) après 1986.

    4. Ressources Cartographiques

    • INSTITUT GÉOGRAPHIQUE NATIONAL (IGN). Carte Topographique 3336OT (La Mure / Valbonnais).

      • Note : Utile pour identifier le tracé actuel de la piste devenu chemin de randonnée.

Vestiges en pierre de taille de l'entrée de la galerie de la poudrière du Villaret, mine de Susville en Isère, photographie de 1999.

La Poudrière du Villaret : Secret des Mines de Susville

Plongez au cœur de l’ingénierie minière du Dauphiné en découvrant ce vestige stratégique, autrefois garant de la sécurité des mineurs de l’Isère.

Comment les mineurs de l’Isère domptaient-ils le danger des explosifs ? Explorez l’histoire de la poudrière du Villaret à Susville, un vestige stratégique du patrimoine minier du Dauphiné. Entre ingénierie de pointe et rituels de sécurité draconiens, découvrez comment ce site méconnu protégeait les ouvriers au cœur des mines de charbon de la Matheysine

Informations pratiques

Caractéristique Détails de l’ouvrage
Nom de l’ouvrage Galerie de la Poudrière du Villaret
Localisation Susville, Isère (38) – Lieu-dit Versenat
Bassin Minier Bassin de la Matheysine (Extraction d’anthracite)
Implantation Niveau 12 (au-dessus du carreau du Villaret)
Coordonnées GPS 44.921847, 5.777846
Fonction Stockage sécurisé des explosifs et détonateurs
Type de construction Galerie souterraine voûtée avec chambre de décompression
Matériaux de sécurité Métaux non ferreux (bronze, étain) pour éviter les étincelles
Équipement du personnel Sandales de cuir souple (sans clous) et lampes de sûreté
Statut actuel Site remblayé et sécurisé en 1997 (Bâtiments rasés)
Accessibilité Extérieurs visibles, accès intérieur impossible car détruit

L’usage de la poudre : un mal nécessaire dans les mines d’Isère

Au cœur des mines du plateau de la Matheysine, l’abattage de la roche nécessitait l’usage intensif d’explosifs. Si la poudre a permis de décupler la productivité, elle a aussi introduit un risque permanent : la déflagration accidentelle.

Pour stocker ces substances hautement instables, les compagnies minières ne laissaient rien au hasard. Contrairement aux petites exploitations qui se contentaient d’un simple renfoncement, les grandes mines comme celle du Villaret disposaient de galeries spécifiquement conçues pour isoler le danger.

Vue de l'emplacement probable de l'ancienne galerie de la poudrière du Villaret à Susville (Isère) en 1999, après les travaux de mise en sécurité du site minier.

Sur les traces de la poudrière (1999). Photographie prise deux ans après le remblaiement du site, montrant le secteur présumé de l’entrée de la galerie au niveau 12 du carreau du Villaret.

L’ingénierie de la poudrière : une architecture du souffle

Si l’aspect extérieur de la poudrière du Villaret semble modeste, sa conception interne répond à des calculs d’ingénierie civile minière d’une grande précision. Contrairement à une galerie de roulage classique, une poudrière souterraine (comme celle du niveau -12) est conçue pour fragmenter et canaliser l’énergie.

1. La chicane de décompression : le brise-souffle

L’élément le plus stratégique d’une poudrière n’est pas sa porte blindée, mais la géométrie de sa galerie d’accès. Le plan type présente systématiquement un tracé en chicane (en “S” ou en “T”).

  • La raison : En cas de déflagration accidentelle, l’onde de choc se déplace de manière rectiligne. En frappant un mur de roche perpendiculaire (le “mur de dérivation”), l’onde perd l’essentiel de son énergie cinétique avant d’atteindre le puits ou les zones de vie. C’est ce qu’on appelle la rupture de charge du souffle.

2. L’isolement en cellules (niches de stockage)

Au Villaret, les explosifs n’étaient pas entassés dans une salle unique. Le plan de masse révèle une série de niches latérales creusées dans le rocher :

  • Chaque niche était séparée de la suivante par un pilier de protection d’une épaisseur calculée (souvent plusieurs mètres de roche en place).

  • Cette disposition empêche l’effet de “sympathie” : si une cartouche explose dans une cellule, l’onde de choc et la chaleur ne doivent pas pouvoir déclencher l’explosion de la cellule voisine.

3. La voûte : entre pression lithostatique et onde de choc

La forme en fer à cheval de la galerie (voûte plein cintre) répond à un double impératif :

  • Résistance externe : Supporter la pression des terrains (pression lithostatique), 

  • Résistance interne : En cas d’explosion, la forme voûtée répartit la pression sur les parois (les piédroits) plutôt que sur un plafond plat qui s’effondrerait instantanément, obstruant tout secours.

  • La ventilation naturelle : La courbure de la voûte favorise la circulation d’un filet d’air constant, indispensable pour maintenir les explosifs nitratés au sec, ces derniers étant extrêmement sensibles à l’humidité (hydrophilie).

4. Le radier et l’évacuation des eaux

Le sol (le radier) de la poudrière était souvent bétonné et légèrement incliné vers une rigole latérale. L’objectif était d’empêcher toute stagnation d’eau, qui aurait pu altérer les caisses d’explosifs ou, pire, favoriser la décomposition chimique de certaines dynamites anciennes.

Note

Pencil Pencil

Nous ne possédons hélas aucune photographie de la poudrière, ces lieux étant par nature interdits d’accès et protégés par le secret industriel et sécuritaire. La seule trace technique dont nous disposions est un plan de situation des galeries des secteurs du Peychagnard et du Villaret, établi par le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) lors des campagnes de mise en sécurité du bassin. Ce document est consultable en mairie de Susville.

Vestiges en pierre de taille de l'entrée de la galerie de la poudrière du Villaret, mine de Susville en Isère, photographie de 1999.

Derniers témoignages de la poudrière du Villaret (1999). L’appareillage soigné en pierre de taille souligne l’importance stratégique et la solidité de cet édifice, conçu pour isoler les explosifs de la mine.

Sandales de cuir et lampes protégées : le rituel de sécurité

Entrer dans la poudrière du Villaret exigeait une discipline de fer. Pour éviter toute étincelle fatidique (le redoutable “point chaud”), des mesures draconiennes étaient appliquées :

  1. Zéro métal ferreux : Toutes les charnières et parties métalliques étaient fabriquées en bronze ou en étain, des métaux qui ne produisent pas d’étincelles en cas de choc.

  2. L’habillement : Le gardien de la poudrière troquait ses sabots cloutés contre des sandales souples. Le règlement de sécurité imposait souvent des vêtements sans poches extérieures (pour éviter les vols ou les oublis de cartouches)

  3. L’éclairage : Le feu nu étant proscrit, on utilisait des lampes à pétrole dotées d’un grillage de protection spécifique pour isoler la flamme de l’atmosphère ambiante.

  4. La gestion des explosifs au Villaret n’était pas qu’une question de rituels, mais répondait à des règlements d’administration publique extrêmement stricts. Le stockage et la manipulation de la dynamite et des détonateurs étaient régis par le décret du 2 mai 1960 (portant règlement général sur l’exploitation des mines de combustibles minéraux solides) et, antérieurement, par les circulaires et arrêtés du Service des Mines.

  5. La poudrière n’était en rien un lieu occulte, mais un organe administratif et sécuritaire névralgique. Chaque mouvement de stock était consigné dans des registres de contrôle obligatoires. L’entrée et la sortie du personnel, le port de vêtements sans poches ou de chaussures sans clous ferreux, ainsi que l’interdiction stricte de tout objet pouvant produire une étincelle, n’étaient pas des coutumes, mais des consignes de sécurité impératives édictées pour prévenir tout risque de déflagration accidentelle.

  6. La conformité de ces installations était régulièrement vérifiée par l’Ingénieur des Mines (représentant le “Contrôle”). Ce dernier s’assurait non seulement de la solidité architecturale de l’ouvrage (murs de dérivation, merlons de protection, aération naturelle), mais aussi de la stricte application des règlements de police des mines. Ces inspections garantissaient que la poudrière restait un sanctuaire technique isolé, protégé des risques d’incendie et de malveillance.
  7. L’éclairage : C’est un point souvent oublié. Dans une poudrière, l’éclairage devait être de sûreté (souvent des niches vitrées éclairées par l’extérieur ou des lampes électriques antidéflagrantes spécifiques). Préciser ce détail renforce l’aspect “haute sécurité” du lieu.

  8. Le retour des ratés : Précisez que la poudrière gérait aussi le retour des “ratés” (explosifs n’ayant pas sauté), qui faisaient l’objet d’une procédure de destruction ou de stockage à part, extrêmement surveillée.
  9. Les explosifs quittaient la poudrière : les sacs de toile ou les caissettes en bois (souvent appelées “poudriers”) portées par le boutefeu ou son aide.

La poudrière du Villaret (1948-1997) : Stockage des explosifs brisants et contrôle du Service des Mines

Contrairement à une idée reçue, la poudrière du Villaret ne stockait pas de la “poudre noire”, reléguée depuis la fin du XIXe siècle aux travaux de carrière secondaires. Durant la période d’activité intensive du puits (1948-1997), le Service des Mines imposait l’usage d’explosifs brisants industriels de haute technologie.

On y trouvait principalement des explosifs nitratés et des grisoudynamites, classés “de sûreté” (SGP). Ces produits étaient spécifiquement conçus pour l’abattage de l’anthracite et le creusement des galeries au rocher, avec des propriétés limitant le risque d’inflammation des poussières et des gaz de mine.

La conception même du bâtiment répondait à ces contraintes techniques : il fallait maintenir un taux d’hygrométrie faible pour éviter l’altération des nitrates, et une température stable pour prévenir toute exsudation de la nitroglycérine.

L’amorçage ne se faisait plus par mèche lente (mèche de mineur), mais par des détonateurs électriques à retard ou micro-retard. Ces derniers étaient stockés séparément de l’explosif principal. Ce système permettait de déclencher les tirs à distance, garantissant ainsi une sécurité maximale pour les boutefeux et une meilleure fragmentation du gisement. Le tout était placé sous le contrôle permanent de l’Ingénieur des Mines, garant de l’application des décrets de sécurité de 1946 et 1960. 

Note

Pencil Pencil

Le rôle du boutefeu : Ce n’est pas un simple ouvrier, c’est un agent spécialisé possédant un agrément technique. Il est le seul habilité à percevoir les explosifs en poudrière contre signature du registre de consommation.

Dessin technique en noir et blanc montrant le schéma d'une petite construction isolée en pierre, identifiée comme une poudrière de mine. Le schéma présente une vue en coupe et une vue de dessus avec des annotations indiquant les murs de soutènement, la porte d'entrée blindée et les conduits d'aération.

Schéma technique d’une poudrière de surface, vestige de l’exploitation des mines de cuivre de Saint-Véran (Hautes-Alpes).

L’organisation sociale et le circuit de l’explosif : du jour au fond

La poudrière du Villaret n’était pas un simple lieu de stockage, mais le pivot d’une organisation spatiale et humaine rigoureuse, articulée autour de la figure centrale du boutefeu.

1. La distribution : une comptabilité de fer

Chaque début de poste commençait par un rituel immuable. Le poudrier (agent responsable du dépôt) ouvrait le site au seul personnel habilité : les boutefeux. Ces derniers, titulaires d’un certificat de préposé au tir, ne recevaient leurs cartouches qu’après présentation d’un bon de commande signé par le porion (chef de chantier).

Chaque bâton d’explosif nitraté et chaque détonateur était consigné dans un registre d’entrée/sortie. Cette « comptabilité matière » interdisait tout écart : à la fin du poste, le boutefeu devait impérativement restituer les invendus ou justifier chaque détonation. La poudrière était donc un lieu de contrôle administratif permanent, sous l’autorité lointaine mais réelle de l’Ingénieur des Mines.

2. Le transport : la séparation des flux

Le trajet de l’explosif vers le front de taille suivait un protocole de sécurité strict pour éviter toute détonation accidentelle durant le transport :

  • L’explosif était transporté dans des caissettes en bois ou des sacs de cuir spéciaux, portés à l’épaule ou placés dans des berlines dédiées, signalées par des codes couleurs ou des plaques spécifiques.

  • Les détonateurs voyageaient systématiquement à part, dans des boîtes blindées fermées à clef, portées par le boutefeu lui-même.

Cette séparation spatiale (explosif d’un côté, amorçage de l’autre) se maintenait jusqu’au dernier moment, juste avant le chargement des trous de mine.

3. L’articulation avec le front de taille

Une fois descendu par le puits du Villaret, l’explosif pouvait transiter par des dépôts auxiliaires souterrains (souvent de simples niches aménagées et cadenassées dans le rocher) avant d’atteindre le chantier de traçage ou la taille.

Le boutefeu était le dernier maillon de cette chaîne. Seul détenteur de la clé de la “boîte à feu” et de la poignée de l’exploseur, il était le maître du temps et de la sécurité du chantier. Cette autonomie, couplée à la dangerosité de sa mission, lui conférait un statut social particulier au sein de la communauté minière : un ouvrier hautement qualifié, garant de l’avancement mais aussi de la vie de ses camarades.

Le rôle du Porion : C’est lui qui coordonnait le tir dans le cycle de travail (abattage, chargement, soutènement), faisant de la poudrière le “pouls” de la production.

Le carreau du Villaret : un patrimoine aujourd’hui disparu

La poudrière était stratégiquement située au niveau 12, légèrement en surplomb du “carreau” (l’ensemble des installations de surface). Adossée à la montagne pour une protection naturelle maximale, elle faisait partie intégrante du paysage industriel de Susville.

Malheureusement, le temps et les impératifs de sécurité moderne ont eu raison de cet édifice. En 1997, lors des travaux de mise en sécurité du site, les bâtiments extérieurs ont été rasés et la galerie remblayée. Aujourd’hui, seuls quelques fragments de béton épars témoignent encore de son emplacement exact au lieu-dit Versenat.

Le poste de gardien de la poudrière (ou magasinier d’explosifs) aux HBD est l’un des rôles les plus singuliers et les plus méconnus de la mine. C’est un métier de l’ombre, régi par une discipline quasi militaire, où la solitude côtoie une responsabilité écrasante.

En tant qu’historien, je peux vous brosser le portrait de cet homme (car c’était exclusivement masculin) qui détenait littéralement les clés de la puissance de feu de la mine.


1. Les conditions de travail : « Une solitude sous haute surveillance »

Travailler à la poudrière, c’est travailler à l’écart du reste de la communauté minière. Pour des raisons de sécurité évidentes, les poudrières des HBD (comme celle située près du puits du Villaret ou des Rioux) étaient isolées du carreau de la mine, souvent nichées dans des vallons ou protégées par des merlons de terre.

  • Le climat et l’isolement : Le gardien passe ses journées dans un bâtiment souvent exigu, aux murs épais, conçu pour diriger le souffle d’une éventuelle explosion vers le haut. Sur le plateau de La Mure, à 900 m d’altitude, cela signifie des hivers glaciaux dans un local où l’on ne peut pas installer n’importe quel système de chauffage (tout doit être antidéflagrant).

  • La rigueur administrative : Le gardien n’est pas un manutentionnaire, c’est un comptable. Chaque cartouche de dynamite (grisounite, gomme, etc.) et chaque détonateur est numéroté. Il doit tenir des registres d’une précision absolue. Une seule cartouche manquante déclenchait immédiatement une enquête de la Gendarmerie et de la Direction des Mines.

  • La sécurité drastique : Le gardien veille au respect de protocoles de sécurité qui ne tolèrent aucune erreur : interdiction absolue de fumer, contrôle des chaussures (pas de clous en fer qui pourraient produire une étincelle, utilisation de sabots de bois ou de chaussures à semelles de caoutchouc), et stockage strictement séparé des explosifs et des détonateurs.

2. Le rythme social : Le point de passage obligé

Bien qu’isolé physiquement, le préposé à la poudrière occupe un poste stratégique dans la chaîne de production.

  • Le rendez-vous des boutefeux : C’est lui qui voit passer, au début de chaque poste, les boutefeux (les mineurs spécialisés dans les tirs de mine). C’est un moment de sociabilité intense mais bref. Le gardien distribue les explosifs dans des sacoches en cuir ou en toile goudronnée. Il connaît chaque boutefeu, ses habitudes, et sa rigueur.

  • Une confiance absolue de la hiérarchie : Le gardien est choisi parmi les employés les plus stables, les plus calmes et les plus fiables. Il est souvent un ancien du fond, parfois reclassé pour raison de santé, mais dont la moralité est irréprochable. Aux yeux de la direction des HBD, c’est un homme de confiance totale.

3. Perception sociale : Un statut à part

Dans la hiérarchie sociale de la mine, le gardien de la poudrière a une image ambivalente :

  • Le “planqué” ? Pour certains mineurs de fond qui s’échinent dans la poussière et le bruit des marteaux-piqueurs, le garde-poudrière peut passer pour un privilégié. Il est au calme, ne descend pas, et son travail semble “propre”.

  • L’homme du danger : Mais pour la majorité, il est respecté. On sait que s’il y a un incident à la poudrière, il n’aura aucune chance. Il vit au milieu d’un stock capable de raser une partie du quartier. C’est une forme de courage passif mais bien réel.

  • Le garant de l’avancement : Sans lui, le travail du fond s’arrête. Dans le bassin de La Mure, où le rocher (le grès) est très dur, rien ne se fait sans explosif. Le gardien est celui qui fournit “l’énergie” nécessaire pour que les copains du fond puissent faire leur “cycle” et toucher leurs primes.

4. Vie sociale et Statut HBD

Comme tout le personnel du jour, il bénéficie du Statut du Mineur :

  • Logement en cité minière (souvent à proximité pour pouvoir intervenir ou surveiller le site).

  • Chauffage au charbon.

  • Mais sa vie sociale est marquée par cette responsabilité : il ne peut pas vraiment “décrocher”. Même en dehors des heures de service, il reste l’homme qui sait où sont les explosifs, ce qui, dans une région de forte tradition de résistance et de syndicalisme de combat, n’est pas un détail neutre.

Les deux galeries de la poudriere

Le site disposait de deux poudrières aménagées en galerie, l’une située au nord et l’autre au sud. Afin de garantir la sécurité des installations, ces deux structures avaient été conçues avec un plan en “T” ; cette disposition spécifique permettait de briser l’onde de choc et de limiter considérablement les dégâts en cas d’explosion accidentelle. Par ailleurs, devant l’entrée de la galerie sud, se trouvait un petit bâtiment entièrement en bois. Il servait de poste au boutefeu, l’opérateur chargé de la manipulation des dispositifs de mise à feu.

Conclusion : Préserver la mémoire minière du Dauphiné

Si la galerie de la poudrière du Villaret n’est plus visible à l’œil nu, son histoire demeure un pilier de notre compréhension du monde ouvrier. Elle rappelle que derrière chaque tonne de charbon extraite, il y avait une organisation scientifique dévouée à la protection des mineurs.

Explorer ce patrimoine, c’est rendre hommage à ceux qui ont façonné le sous-sol de l’Isère.

Un patrimoine protégé : l’impératif de sécurité et de mémoire

Aujourd’hui, les vestiges de la poudrière du Villaret sont rendus à la forêt et ses accès ont été remblayés lors des campagnes de mise en sécurité définitive du bassin. Si ces lieux suscitent une curiosité légitime, il est impératif de rappeler qu’il est strictement interdit et mortel de tenter de pénétrer dans d’anciens ouvrages miniers.

Au-delà de la violation de la propriété privée, les risques souterrains sont invisibles et foudroyants :

  • Les risques atmosphériques : En l’absence de ventilation forcée, des gaz lourds et asphyxiants (comme le dioxyde de carbone, appelé « stythe » par les mineurs) ou des poches de grisou résiduel peuvent s’accumuler, rendant l’air mortel en quelques secondes.

  • L’instabilité structurelle : Les pressions de terrain et la dégradation des soutènements avec le temps rendent tout effondrement imprévisible.

Le respect de ce patrimoine passe par une observation extérieure et une étude documentaire. Pénétrer dans ces galeries, c’est non seulement se mettre en danger de mort, mais aussi risquer de dégrader les derniers témoins fragiles de l’ingénierie minière du XXe siècle.

Foire Aux Questions poudrière du Villaret

La poudrière était un lieu de stockage hautement sécurisé pour la poudre et les explosifs (comme la dynamite) utilisés pour l’abattage de la roche. Dans les mines de charbon de l’Isère, ces substances étaient indispensables pour percer les galeries de pierre, mais elles représentaient un danger constant d’explosion accidentelle.

La sécurité était draconienne : interdiction stricte de toute flamme ou objet métallique ferreux (source d’étincelles). Le gardien portait des sandales en cuir sans clous et utilisait des outils en bronze ou en étain. La galerie elle-même était conçue avec une “chambre de décompression” pour absorber le souffle d’une éventuelle déflagration.

Non, la galerie n’est plus accessible. Lors de la mise en sécurité du site minier du Villaret en 1997, les bâtiments extérieurs ont été rasés et l’entrée de la galerie a été remblayée pour éviter tout risque d’effondrement ou d’intrusion. Seuls les vestiges extérieurs et l’emplacement sont identifiables par les passionnés d’archéologie industrielle.

La poudrière se trouvait au “niveau 12” du carreau du Villaret, sur la commune de Susville (38134). Elle était stratégiquement implantée en retrait des autres bâtiments pour protéger les mineurs et les installations de surface en cas d’accident.

Elle témoigne de l’organisation scientifique et de la gestion des risques dans les mines du Dauphiné. C’est un maillon essentiel pour comprendre l’évolution des techniques de sécurité ouvrière au XXe siècle dans le bassin minier de la Matheysine.

Poursuivez votre exploration

Retrouvez l’histoire du puits du Villaret

L’histoire de son terril

Et l’histoire de son exploitation

Sources et sites officiels 

1. Les Incontournables (Patrimoine Local)

2. Ressources Historiques et Techniques

  • Le site de la commune de Susville : Indispensable pour l’ancrage local. La mairie dédie souvent des sections à l’histoire de ses hameaux miniers comme le Villaret.

  • L’Inventaire du Patrimoine d’Auvergne-Rhône-Alpes : Recherchez “Mines de la Mure” ou “Susville” pour accéder aux fiches techniques officielles sur le bâti industriel.

  • Remonter le temps (IGN) : Un outil fantastique pour vos lecteurs. Ils pourront comparer les vues aériennes actuelles du Villaret avec celles des années 1950, quand la mine était en pleine activité.

3. Culture et Archives

Bibliographie 

  • 1. Histoire technique et sécurité minière

    • GUIOLLARD, Pierre-Christian. Les chevalements des houillères françaises. Édition à compte d’auteur, 1993.

      • Pourquoi ce livre ? Pour comprendre l’architecture des “carreaux” de mine (comme celui du Villaret) et l’agencement des bâtiments de surface par rapport aux galeries de stockage (poudrières).

    • ASSOCIATION MÉMOIRE DES MINEURS DE LA MATHEYSINE. Bulletins et hors-séries sur le patrimoine minier.

      • Pourquoi cette source ? Ces publications locales contiennent souvent des témoignages directs de mineurs ayant travaillé au Villaret ou à la poudrière.

    2. Rapports techniques et institutionnels (Pour l’aspect “1997”)

    • BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières). Inventaire et mise en sécurité des anciens sites miniers du Dauphiné. Rapports de fin d’exploitation (1997-2000).

      • Pourquoi cette source ? Elle documente précisément les opérations de remblaiement et de démolition mentionnées dans votre article.

    • HBCM (Houillères du Bassin du Centre et du Midi). Archives de la direction des Mines de la Mure. Déposées aux Archives Départementales de l’Isère.

Terril des Combes du Villaret, vue datant de 2006.

Le Terril de Combe Villaret : Un Témoin Silencieux de l’Époque Houillère Dauphinoise

Étude d’un pan du patrimoine industriel du Dauphiné, entre mémoire de l’extraction charbonnière et évolution du paysage.

Au cœur du Dauphiné, le terril de Combe Villaret n’est pas qu’un simple amoncellement de stériles ; il est une véritable archive à ciel ouvert, un témoin silencieux mais éloquent de l’intense période d’exploitation houillère qui marqua la région de la fin du XIXe siècle au milieu du XXe siècle. Ce vestige colossal, souvent perçu comme une simple cicatrice paysagère, révèle en réalité un pan essentiel de notre histoire industrielle et sociale, racontant les prouesses techniques, les destins humains et les bouleversements économiques liés à l’extraction du charbon. Plongeons dans la signification profonde de ce marqueur patrimonial qui continue de sculpter la mémoire collective et le paysage dauphinois.

Informations pratiques

Catégorie Information
Objet Principal Terril (zone artificielle de rejets miniers)
Nom du Site Combe du Villaret
Type de Site Vestige d’exploitation houillère / Patrimoine industriel
Localisation Région : Dauphiné (Isère) Commune de Susville Le Villaret
Origine Accumulation des stériles (roches non exploitables) issus de l’extraction du charbon (anthracite) du puits de  mine du Villaret.
Période d’Activité (liée au terril) 1948-1968 (L’exploitation minière de la région s’est arrêtée définitivement en 1997).
Type de Minerai Anthracite
Concession Minière Associée Concession des Houillères du Bassin Dauphinois
Nature des Matériaux Schistes, grès, résidus de charbon et roches diverses provenant des galeries et chantiers d’extraction.
Dimensions / Aspect Décrit comme “colossal” et “montagne artificielle”, constituant un élément marquant du paysage.
Signification Patrimoniale – Témoin majeur de l’histoire industrielle et économique du Dauphiné.
– Archive à ciel ouvert des techniques et de l’intensité de l’activité minière.
– Marqueur paysager et historique de l’empreinte humaine sur l’environnement.
État Actuel Vestige visible et conservé, objet d’étude et de mémoire.

Qu’est-ce qu’un Razzier et pourquoi celui des Combes du Villaret est-il unique ?

Dans le monde de l’exploitation minière, une “mine” désigne un gisement de matériaux précieux ou stratégiques comme l’or, le charbon ou le fer. La distinction avec une “carrière”, d’où l’on extrait des matériaux de moindre valeur, est cruciale et définie par le code minier en France. Mais qu’en est-il d’un “razzier” ?

Le Razzier de Versenat n’était pas une mine à proprement parler, mais plutôt un gigantesque monticule de “stériles” – les roches et terres sans valeur extraites lors de l’exploitation du charbon. Situé à Susville, près du “Puits du Villaret“, ce razzier avait une fonction essentielle : stocker les millions de tonnes de déblais issus de l’extraction minière de charbon du puits.

Note

Pencil Pencil

Retrouvez ici les articles minier dont ceux consacrés des Houilleres du Bassin Dauphinois HBD

cliquez ici.

Terril des Combes du Villaret en 1948, avec des bandes parallèles correspondant à des coupes de bois.

Le terril des Combes au Villaret en 1948, avec les marques parallèles des coupes de bois bien visibles

L’Épopée du Razzier de Versenat : Une Construction Stratégique (Années 1948-1968)

L’histoire du Razzier des Combes du Villaret débute véritablement en 1948. Le “Puits du Villaret” est alors en pleine activité pour extraire le précieux charbon. Mais que faire des énormes quantités de schiste noir remontées des profondeurs ? La solution est trouvée au lieu-dit “les Combes du Villaret”.

Pour acheminer ces déblais jusqu’à leur lieu de stockage, un système ingénieux est mis en place : un “télébenne” est construit pour transporter les stériles depuis l’usine du Villaret. Le choix de cet emplacement n’est pas anodin. La présence d’une ancienne voie ferrée au sommet de la pente facilite grandement le déversement des matériaux par des camons bennes, permettant de stocker de vastes quantités de schiste sur 350 mètres. De plus, les terrains appartenant à la mine, les coûts sont minimisés, et aucune habitation n’est menacée par d’éventuels glissements de terrain.

Avant même le début du déversement, la zone des Combes du Villaret, entièrement boisée en 1944, subit un important chantier de déboisage dès 1948, comme en témoignent des photos aériennes de l’époque, montrant des coupes en bandes parallèles sur la pente. En 1952, les images aériennes révèlent déjà l’ampleur du razzier, l’arrivée du télébenne et les bâtiments adjacents.

Terril des Combes du Villaret en 1952, avec des dépôts de stériles de couleur foncée

Le terril des Combes au Villaret en 1952, avec ses dépôts de stériles sombres bien visibles.

Quand la Nature Reprend ses Droits : L’Abandon et la Renaissance

En 1968, le Razzier de Versenat est finalement abandonné, remplacé par un nouveau razzier situé directement au Villaret. Pour prévenir les glissements de terrain et protéger le village de “Le Villaret”, des dépôts en forme de cône sont aménagés le long du télébenne.

Aujourd’hui, près de soixante ans après son abandon, le Razzier de Versenat disparaît progressivement sous l’assaut de la végétation. Ce qui était autrefois une zone noire et stérile, clairement visible depuis la route Napoléon, est désormais recouvert par la forêt. Cet ancien paysage industriel se transforme en un écosystème en devenir, où la nature reprend lentement ses droits.

Le Razzier de Versenat demeure un témoignage essentiel de l’histoire minière du Dauphiné, rappelant l’ingéniosité humaine face aux défis industriels et la capacité de la nature à se régénérer.

"Terril des Combes du Villaret en 1960, montrant son extension.

En 1960, le terril des Combes au Villaret, qui illustre son extension, révèle également que les déchets étaient lâchés depuis la benne, formant ainsi un alignement de monticules le long du tracé.

1. La diversité des métiers : Une usine à ciel ouvert

Le personnel du jour était extrêmement stratifié. On y trouvait trois grands pôles :

  • Le traitement (Lavoirs et Cribles) : C’est le secteur le plus dur. L’anthracite sortant de la mine est mélangé à du schiste (stérile). Au Villaret ou aux Rioux, les ouvriers (et longtemps les ouvrières) triaient le charbon sur des tapis roulants.

  • Les Ateliers Centraux : Forgerons, mécaniciens, électriciens, menuisiers. C’était l’élite technique. Ils réparaient les marteaux-piqueurs, entretenaient les bennes et les câbles des puits. Sans eux, le fond s’arrêtait.

  • Les “Grands Bureaux” et l’administratif : Comptables, géomètres, ingénieurs et personnel médical. Ils géraient la paie, les plans des galeries et la santé des mineurs.

2. Les conditions de travail : Bruit, poussière et froid

Contrairement au fond où la température est constante (environ 15-18°C à La Mure), le personnel du jour subissait le climat rude du plateau matheysin.

  • L’exposition aux éléments : Dans les installations de triage (souvent de grands hangars en tôle mal isolés), les ouvriers travaillaient dans un froid glacial l’hiver, avec des courants d’air permanents.

  • La poussière et le bruit : Les cribles (tamis géants) et les concasseurs généraient un vacarme assourdissant et une poussière fine d’anthracite, tout aussi nocive que celle du fond. Les “trieurs” finissaient la journée aussi noirs que ceux qui remontaient du puits.

  • Le danger mécanique : Si le risque d’éboulement était absent, le danger venait des machines, des courroies de transmission et du mouvement incessant des trains du SGLM (Chemin de fer de La Mure) qui manoeuvraient sous les trémies.

3. La place singulière des femmes : Les « Trieuses »

Le bassin de La Mure a longtemps employé des femmes au jour, une pratique qui a perduré jusqu’aux années 1960-70.

  • Le triage manuel : Elles étaient affectées au retrait des pierres sur les tapis de charbon. C’était un travail répétitif, épuisant pour le dos et les mains, effectué dans une atmosphère saturée de poussière.

  • Évolution : Avec la modernisation des lavoirs (séparation par densité dans des bains de liqueur dense), leur nombre a diminué, les postes devenant plus techniques et masculinisés.

4. Vie sociale et Statut : Mineurs à part entière

Un point crucial : le personnel du jour bénéficiait du Statut du Mineur de 1946.

  • Mêmes avantages : Ils avaient droit au logement gratuit (les cités), au charbon de chauffage, aux soins gratuits à la Société de Secours minière et aux colonies de vacances pour leurs enfants.

  • La retraite : C’était le point de friction majeur. Les ouvriers du jour devaient travailler plus longtemps que ceux du fond (qui partaient à 50 ou 55 ans) pour obtenir leur retraite à taux plein. Cela créait une distinction sociale nette au sein de la cité.

5. La dynamique “Jour / Fond” : Une solidarité complexe

  • Le complexe de la surface : Il existait parfois une tension symbolique. Les mineurs du fond se considéraient comme les seuls “vrais” mineurs, ceux qui risquaient leur vie. Les gens du jour étaient parfois vus comme des privilégiés, bien que leur travail soit essentiel.

  • L’union dans la lutte : Lors des grandes grèves (1948, 1963), cette distinction disparaissait. Le personnel du jour (notamment les ateliers et le transport) était le premier à bloquer l’outil de production pour soutenir les revendications globales.

  • La sentinelle du drame : Le personnel du jour était le premier témoin des accidents. C’est eux qui voyaient arriver les ambulances au carreau de la mine et qui géraient l’angoisse des familles accourant aux grilles du puits.

6. L’héritage architectural

Aujourd’hui, les vestiges les plus visibles à La Mure sont ceux du “Jour” :

  • Le Puits du Villaret et son chevalement (classé).

  • Les Grands Bureaux qui témoignent de la puissance administrative des HBD.

  • Les Ateliers reconvertis pour certains en zones d’activités.

Foire Aux Questions le terril des Combes du Villaret

Le Terril des Combes du Villaret, aussi connu sous le nom de Razzier de Versenat, est un amoncellement colossal de stériles (roches non exploitables) issus de l’extraction du charbon (anthracite) du puits de mine du Villaret. Il s’agit d’un vestige majeur de l’exploitation houillère et du patrimoine industriel du Dauphiné, agissant comme une “archive à ciel ouvert” de l’histoire minière de la région.

Le terril est localisé dans la région du Dauphiné (Isère), sur la commune de Susville, au lieu-dit “Le Villaret”.

Sa fonction essentielle était de stocker les millions de tonnes de déblais (roches et terres sans valeur) extraits lors de l’exploitation du charbon du “Puits du Villaret”.

Le terril est constitué de schistes, de grès, de résidus de charbon et de roches diverses provenant des galeries et chantiers d’extraction.

L’histoire du Razzier des Combes du Villaret débute en 1948, et son activité de déversement s’est étendue jusqu’en 1960, date à laquelle il a été abandonné au profit d’un nouveau razzier. L’exploitation minière de la région s’est arrêtée définitivement en 1997.

Un système ingénieux de “télébenne” a été construit pour transporter les stériles depuis l’usine du Villaret jusqu’au site de stockage des Combes du Villaret. La présence d’un vestige de voie ferrée au dessus de la pente a également facilité le déversement des matériaux sur 350 mètres.

Le choix de cet emplacement était stratégique car les terrains appartenaient à la mine, minimisant ainsi les coûts. De plus, aucune habitation n’était menacée par d’éventuels glissements de terrain. La présence du vestige d’une voie ferrée facilitait aussi l’acheminement des matériaux.

Il est considéré comme un témoin majeur de l’histoire industrielle et économique du Dauphiné, une archive à ciel ouvert des techniques et de l’intensité de l’activité minière, et un marqueur paysager et historique de l’empreinte humaine sur l’environnement.

Après son abandon en 1968, la nature a progressivement repris ses droits. Ce qui était autrefois une zone noire et stérile est désormais recouvert par la forêt, se transformant en un écosystème en devenir.

Dans le monde minier, une “mine” désigne un gisement de matériaux précieux ou stratégiques (comme le charbon), tandis qu’un “razzier” (ou terril) est un gigantesque monticule de “stériles”, c’est-à-dire les roches et terres sans valeur extraites lors de l’exploitation de la mine. Le Razzier de Versenat n’était donc pas une mine en soi, mais le lieu de stockage des déblais de la mine du Puits du Villaret.

Poursuivez votre exploration

Retrouvez l’histoire du puits du Villaret

L’histoire de son terril

Et l’histoire de son exploitation

Sources et sites officiels 

. Sites dédiés au patrimoine minier du Dauphiné / Matheysine :

Bibliographie 

    1. Auteur(s) : Jean-Michel GÉRIN
      Titre : La Matheysine au temps des mineurs : Regards sur un passé industriel
      Éditeur : Le Dauphiné Libéré (collection Les Patrimoines)
      Année de publication : 2011
      Description : Cet ouvrage met en lumière le quotidien des mineurs et l’impact de l’industrie charbonnière sur la région de la Matheysine, dont le site du Villaret fait partie intégrante.
      ISBN : 978-2911739818
    2. Auteur(s) : Collectif (sous la direction de l’Association Mine Image)
      Titre : Mine Image : Le livre du musée
      Éditeur : Association Mine Image
      Année de publication : Date variable, souvent mis à jour (vérifier la dernière édition).
      Description : Le musée Mine Image est un centre d’interprétation majeur pour le bassin houiller. Leur publication est une excellente source d’informations techniques et historiques directement liées aux méthodes d’exploitation et aux infrastructures comme les terrils.

Exploitation minière à ciel ouvert du Bois Freynet en 1982, en noir et blanc.

Bois-Freynet : Mine à ciel ouvert au Peychagnard

L’extraction de l’anthracite à ciel ouvert sur le site de Bois-Freynet au Peychagnard

L’article “La Découverte de Bois-Freynet : Le chantier titanesque du Peychagnard” plonge les lecteurs dans l’histoire méconnue de l’extraction d’anthracite à ciel ouvert dans le Dauphiné. Contrairement aux mines souterraines traditionnelles, ce site du Peychagnard en Isère a été “décapé” par les ingénieurs des Houillères du Bassin Dauphinois pour maximiser la récupération du minerai, modifiant ainsi radicalement le paysage local. Cette méthode, appelée “Découverte”, a permis une récupération optimal du minerai et a été privilégiée pour des raisons de sécurité et de géologie, les couches de charbon étant proches de la surface. Le chantier de Bois-Freynet est un exemple de l’impact de l’industrie sur la topographie et complète l’histoire minière de la Matheysine en offrant une perspective unique sur les techniques d’extraction du charbon.

Informations pratiques

Catégorie Description
Nom du Site La Découverte de Bois-Freynet 
Localisation Commune du Peychagnard, Plateau de la Matheysine, Isère
Type de Patrimoine Site minier industriel (mine d’anthracite à ciel ouvert) 
Période d’Activité Sondages 1983, autorisation février 1984, décapage janvier 1985, arrêt juillet 1986
Opérateur Houillères du Bassin Dauphinois (HBD) 
Méthode d’Exploitation “La Découverte” : exploitation à ciel ouvert par “décapage” de la colline 
Caractéristiques – Récupération maximisé du minerai (anthracite).

– Utilisation de pelles mécaniques et de dumpers.

– Modification profonde et durable du paysage, créant un “immense amphithéâtre en gradins”.

Objectifs de la Méthode – Maximiser la récupération du gisement, y compris les piliers laissés par d’anciens travaux.

– Exploiter des couches de charbon proches de la surface où l’extraction souterraine était trop dangereuse.

Héritage – Une “cicatrice historique” témoignant de l’intensité de l’activité industrielle.

– Un site complémentaire à la visite de la mine souterraine “Mine Image” pour comprendre l’ensemble des techniques minières de la région.

Pourquoi une « découverte » ici ? Contexte historique et économique (1946–1986)

Après la nationalisation de 1946 et la création des HBD, la Matheysine entre dans une phase de restructuration : concentration des moyens, modernisation, recherche d’abaisssement des coûts d’extraction. La Bataille du Charbon (1944‑1947) puis les politiques charbonnières des décennies suivantes poussent à exploiter au moindre coût les secteurs où les veines affleurent ou restent peu profondes—comme à Bois‑Freynet.

Photo historique en noir et blanc d'une vaste mine à ciel ouvert et terrassée, celle du Bois Freynet, photographiée en 1985 lors de la fin de son exploitation.

Photo historique en noir et blanc de la mine à ciel ouvert du Bois Freynet en 1985, à la fin de son exploitation.

Chronologie précise de Bois‑Freynet

  • 1983 — campagne de sondages et fouilles : possibilité confirmée d’une exploitation en découverte. Estimation prévisionnelle : ~18 000 m³ de charbon pour 72 000 m³ de stériles. [patrimoine…auphine.fr]
  • Février 1984 — étude d’impact achevée ; autorisation d’exploiter délivrée ; début du défrichement. [patrimoine…auphine.fr]
  • Janvier 1985 — démarrage du décapage ; mars 1985 : décapage des anciens travaux souterrains du quartier de Bois‑Freynet. [patrimoine…auphine.fr]
  • Juillet 1986fin de l’exploitation ; bilan : 41 174 t de charbon brut extraites (dont 29 100 t traitées au lavoir de Susville). (NB : la valeur financière citée par la source est vraisemblablement erronée dans son unité ; nous la laissons de côté ici.)

Contexte géologique : la « Grande Couche » de la Matheysine

Le plateau matheysin appartient au rameau externe de Belledonne et renferme des inclusions houillères exploitées depuis des siècles. Les gisements anthracifères présentent plusieurs couches, dont la Grande Couche (≈ 7 à 15 m), la plus productive ; les affleurements et veines à faible couverture expliquent la justification technique de la découverte à Bois‑Freynet.

Photo couleur des vestiges de la mine à ciel ouvert du Bois Freynet en 1993.

Bois Freynet : Les vestiges colorés d’une mine à ciel ouvert en 1993.

La « découverte » : principe, méthode et raisons du choix

Définition. Une exploitation en découverte est une mine à ciel ouvert : on enlève les morts‑terrains (stériles) pour accéder à la veine depuis la surface, avec décapage, abattage (souvent avec explosifs), chargement et transport par pelles et dumpers. Cette méthode s’emploie quand les couches sont proches de la surface et/ou que l’on souhaite récupérer des zones déjà exploitées au fond (anciens piliers, chantiers abandonnés).

À Bois‑Freynet (1985‑1986), le choix s’explique par :

  • Géologie favorable (veines peu profondes) et sécurité supérieure au fond lorsque les terrains sont instables.
  • Récupération élevée du minerai (meilleure qu’en souterrain où l’on doit laisser des piliers)—permettant d’avoir un taux de récupération bien supérieur à l’exploitation souterraine.
  • Mécanisation lourde (pelles mécaniques, les dumpers étaient des engins de faible tonnage comparés aux mines métalliques la Matheysine n’a jamais eu de 100‑tonnes Caterpillar par exemple).
    ) et exploitation par fosses successives avec remblayage au fur et à mesure des zones déhouillées.
Note

Pencil Pencil

Une exploitation minière en découverte, plus communément appelée mine à ciel ouvert, est une technique d’extraction de minerais qui se déroule directement à la surface du sol, par opposition à la mine souterraine qui nécessite de creuser des galeries et des puits.
Le principe est simple : au lieu de creuser des tunnels pour atteindre une ressource en profondeur, on enlève toutes les couches de terrain stériles (roche, terre, végétation) qui la recouvrent pour y accéder directement.
Le Processus en Étapes
Le décapage (ou la découverture) : On utilise des engins de chantier massifs (pelles mécaniques, bulldozers) pour retirer la couche de “stériles” ou “morts-terrains” qui recouvre le gisement de minerai.
L’abattage : Le minerai est ensuite fragmenté, souvent à l’aide d’explosifs.
Le chargement et le transport : D’immenses camions (appelés “dumpers”) transportent le minerai vers les usines de traitement.
Caractéristiques principales
Transformation radicale du paysage : Cette méthode crée d’immenses fosses, souvent en forme d’amphithéâtre avec des paliers successifs appelés “gradins”. le chantier fonctionne en fosses successives avec remblayage progressif.
Utilisation pour des gisements spécifiques : Elle est privilégiée lorsque le gisement est proche de la surface et très étendu horizontalement.
Haut rendement : Elle permet de récupérer la quasi-totalité du minerai, contrairement à l’exploitation souterraine où des piliers de soutien doivent être laissés en place.
Plus de sécurité : Elle est généralement moins dangereuse pour les travailleurs que la mine souterraine, car elle élimine les risques liés aux effondrements (coups de grisou, inondations).
Avantages et Inconvénients
Avantages Inconvénients
Rentabilité élevée sur les gisements adaptés Impact environnemental et visuel majeur (“cicatrice” dans le paysage)
Sécurité accrue pour les mineurs Destruction des écosystèmes de surface
Excellent taux de récupération du minerai Génère beaucoup de poussière, de bruit et de déchets (les stériles)
Mécanisation à grande échelle possible Nécessite des travaux de réaménagement (remblaiement, reboisement) très coûteux après l’exploitation
En résumé, une exploitation en découverte est une méthode d’extraction très efficace et rentable qui consiste à “déshabiller” la terre pour extraire un minerai, mais au prix d’un impact écologique et paysager considérable.

Bois‑Freynet dans l’histoire minière locale

La découverte de Bois‑Freynet complète une longue histoire souterraine (galeries à flanc, puits) menée notamment à La Motte‑d’Aveillans (Mine Image) et à Susville (puits du Villaret)—le grand site moderne des HBD, en service jusqu’en 1997. La visite de la Mine Image (galeries authentiques) offre le contre‑champ de la découverte : comprendre ensemble les deux techniques permet de saisir l’évolution du bassin.

  • La présence d’anciens travaux souterrains (quartier 7bis / 8bis) confirmée par les sondages.
  • Le coût trop élevé du charbon de fond dans les années 1980 chez HBD.
  • Puits du Villaret (Susville) : fonçage à partir de 1948, exploitation jusqu’en 1997 ; profondeur ~270 m ; rôle central dans la concentration de la production HBD de l’après‑guerre.
  • Musée souterrain « La Mine Image » (La Motte‑d’Aveillans) : galeries réhabilitées, muséographie sur un millénaire d’extraction locale.
Paysage de colline verdoyante et boisée, avec une végétation dense.

Le site de la Découverte de Bois-Freynet aujourd’hui.

Paysage, remise en état et héritage

Le chantier a créé un amphithéâtre en gradins, typique des découvertes. À l’arrêt, les HBD ont remodelé les versants et remis de la terre végétale ; puis l’ONF a reboisé en 1987 à l’aide de sapins, ce qui permet aujourd’hui d’identifier la zone (contrastant résineux/feuillus en hiver). Le site demeure une cicatrice historique, mais aussi un repère pédagogique sur l’empreinte de l’industrie sur la topographie.

Foire Aux Questions

Il s’agit d’une ancienne mine d’anthracite exploitée à ciel ouvert, située sur la commune du Peychagnard, sur le plateau de la Matheysine. Le terme “Découverte” désigne spécifiquement cette méthode d’extraction où l’on retire les couches de terre et de roche pour accéder directement au minerai, par opposition à une mine souterraine.

Le site se trouve en Isère, sur le plateau matheysin, dans la commune du Peychagnard.

Cette méthode a été choisie pour deux raisons principales :

  • Elle permettait de récupérer 100% du gisement de charbon, y compris les “piliers” laissés par d’anciennes exploitations souterraines.

  • Elle était plus sûre pour exploiter les couches de charbon très proches de la surface, là où le creusement de galeries souterraines aurait été trop dangereux.

L’exploitation par “découverte” a radicalement et durablement transformé le paysage. Elle a consisté à “décaper” la colline, créant un immense amphithéâtre en gradins, décrit dans l’article comme une véritable “cicatrice historique”.

La mine était opérée par les Houillères du Bassin Dauphinois (HBD).

Aujourd’hui, la nature a repris ses droits sur le site. Même si le relief reste marqué par l’ancienne activité industrielle, il faut un œil averti pour deviner le passé minier de la zone, désormais reboisée.

Visiter le site de la Découverte de Bois-Freynet permet de comprendre l’autre grande technique d’extraction du charbon en Matheysine. Alors que la “Mine Image” illustre le travail en galerie, Bois-Freynet témoigne de l’ampleur et de l’impact de l’extraction à ciel ouvert, offrant ainsi une vision complète de l’histoire minière de la région.

Poursuivez votre exploration

  • Patrimoine du Dauphiné, Puits du Villaret — histoire du site
    → Approche technique et historique du site le plus moderne du bassin. [patrimoine…auphine.fr]

Sources et sites officiels 

  • BRGM – Notice explicative de la feuille « La Mure » 1/50 000 (géologie régionale, gîtes, charbon) : PDF InfoTerre. [Msr~~E – BRGM]
  • ExxploreLes Houillères du Dauphiné (couches, Grande Couche, historique) : [exxplore.fr]
  • WikipédiaHouillères du Dauphiné (contexte des concessions, nationalisation) : [fr.wikipedia.org]
  • Mairie de SusvillePatrimoine minier (puits du Villaret) (données techniques, chronologie 1948–1997) : [susville.fr]

Bibliographie 

1. Ouvrages / études sur l’histoire minière de la Matheysine

  • Exxplore.fr, Les Houillères du Dauphiné (synthèse historique du bassin, couches, concessions, modernisation du XXᵉ siècle)
    → Très utile pour comprendre les couches (dont la Grande Couche), les deux champs d’exploitation (La Motte‑d’Aveillans / Villaret). [exxplore.fr]
  • Éditions Arthéma, Histoire des Mines de La Mure, en Isère
    → Contexte général du gisement, qualités de l’anthracite, évolution de l’entreprise La Mure et des HBD. [editionsarthema.fr]

2. Géologie, gisements et contexte scientifique

  • BRGM, Notice explicative de la feuille La Mure (1/50 000), J.-C. Barféty et al., 1988
    → Document géologique de référence sur la Matheysine : houiller, structure, gîtes minéraux, histoire tectonique. [Msr~~E – BRGM]
  • BRGM, Essai de synthèse géologique du Bassin houiller du Bas‑Dauphiné, D. Mariton, 1981
    → Évaluation des anciens travaux, structure du bassin, synthèses de sondages 1844‑1926. [infoterre.brgm.fr]
  • Geol‑Alp (Université Grenoble), Matheysine : aperçu d’ensemble
    → Mise en perspective géologique du plateau, boutonnières houillères, structure Belledonne. [. Drac : M…- Geol-Alp]
  • Mindat.org, Peychagnard Mine (localisation, classification du site et nature des minéraux)
    → Données de localisation et contexte minéralogique. [mindat.org]

3. Archives, administration et histoire des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD)

  • Wikipédia, Houillères du Dauphiné (concessions, nationalisation 1946, organisation du bassin)
    → Historique institutionnel fiable. [fr.wikipedia.org]
  • FranceArchives, Dossiers administratifs des HBD (1939‑1986)
    → Cadre administratif, politique charbonnière, dossiers d’énergie, planifications. [francearch…es.gouv.fr]
  • Mairie de Susville, Patrimoine minier — Puits du Villaret
    → Données techniques sur le puits moderne (270 m, dates, rôle dans le transport et l’extraction). [susville.fr]

4. Sites techniques et muséographiques

  • La Mine Image, Musée souterrain de La Motte‑d’Aveillans, Historique et présentation
    → Informations sur l’exploitation souterraine historique et la transformation en musée.
    [mine-image.com], [mine-image.com]

Voir la carte

Galerie Photos

Utilisez les touches de direction pour faire défiler les photos

Entrée de la galerie du Plan Richard obstruée par un remblai de terre lors de la mise en sécurité (Photo 2019)

Le Plan Richard : Artère vitale et sortie de secours des mines de Susville

Située au Villaret, cette galerie marque un tournant technologique majeur avec le remplacement des wagonnets par des bandes transporteuses pour remonter le charbon. Au-delà de sa fonction logistique reliant les profondeurs au lavoir, le Plan Richard constituait une issue de secours cruciale pour les mineurs, témoignant aujourd’hui de l’ingéniosité et des risques de l’exploitation sur le plateau matheysin.

Nichée sur la commune de Susville, au lieu-dit Le Villaret, la galerie du Plan Richard incarne une étape clé dans la modernisation des Houillères du Dauphiné. Abandonnant le roulage traditionnel par wagonnets au profit de bandes transporteuses, cet ouvrage stratégique assurait non seulement l’acheminement massif de l’anthracite du Puits n°1 vers le lavoir, mais constituait surtout une voie vitale pour l’aérage et la sécurité des hommes. Exploration d’un vestige industriel qui fut, durant des décennies, le véritable poumon des mines de la Mure.

Informations pratiques

Caractéristique Détail
Nom de l’ouvrage Galerie de sortie du Plan Richard
Localisation Susville (Isère), lieu-dit Le Villaret
Coordonnées GPS 44.924000, 5.777778
Type d’ouvrage Galerie inclinée (Plan) avec bandes transporteuses
Fonctions principales 1.Remontée du charbon (stériles exclus)

2. Sortie de secours et aérage

Niveaux desservis Du Niv. 20 (482 m) et Niv. 17 (635 m) → Vers le Lavoir (Surface)
Technologie Remplacement du roulage (wagonnets) par convoyeurs à bandes
Connexion surface Liaison directe au bâtiment du lavoir via tuyère en ciment
État actuel Sortie obstruée, installations de surface démantelées

Le Plan Richard : L’artère vitale de la mine du Villaret

L’histoire de l’exploitation minière est une course perpétuelle vers les profondeurs. Pour suivre les veines d’anthracite, les mineurs de la Matheysine ont dû creuser toujours plus bas, posant un défi logistique majeur : comment remonter des tonnes de minerai depuis les entrailles de la terre jusqu’à l’usine de traitement ?

C’est ici qu’intervient le Plan Richard, une prouesse technique qui a révolutionné le transport du charbon sur le site du Villaret.

Entrée de la galerie du Plan Richard obstruée par un remblai de terre lors de la mise en sécurité (Photo 2019)

Vestige de la sortie du Plan Richard (2019) : L’orifice a été définitivement condamné par un merlon de terre et de déblais lors de la campagne de mise en sécurité du site en 1999.

Une logistique souterraine divisée en deux flux

Pour comprendre l’importance du Plan Richard, il faut d’abord saisir l’organisation du site minier. À son apogée, l’activité se concentrait autour de deux puits verticaux aux fonctions bien distinctes, situés au niveau 12 (altitude 888 mètres) :

  1. Le Puits des Rioux : Véritable “ascenseur du personnel”, il était dédié au transport des mineurs vers les différents étages d’exploitation.

  2. Le Puits du Villaret : Il servait à la logistique matérielle. C’est par ce puits que descendaient les machines, les outils et les cintres de soutènement. Il servait également à remonter les stériles (les roches inutiles extraites lors du creusement).

Mais curieusement, le charbon, lui, ne passait pas par ces puits.

Vestige du muret de soutènement de la bande transporteuse du Plan Richard à flanc de falaise (Photo 2019)

Vue depuis les abords de la galerie (2019) : Ce muret en maçonnerie longe la falaise et servait d’assise à la structure métallique de la bande transporteuse, défiant le relief accidenté.

La fin des wagonnets : la révolution des bandes transporteuses

Historiquement, le charbon était chargé dans des wagonnets poussés par des hommes ou tirés par des chevaux, puis des locomotives. Cependant, face à l’augmentation des cadences et de la profondeur, ce système a montré ses limites.

La mine du Villaret a alors opéré une mutation technologique en remplaçant le roulage par wagonnets par un système de transport en continu via des bandes transporteuses. Ce choix présentait trois avantages décisifs pour la rentabilité :

  • Fluidité : Un flux ininterrompu de charbon vers la surface.

  • Gain de temps : Suppression des étapes fastidieuses de chargement et déchargement des berlines.

  • Maintenance : Une mécanique plus simple et plus fiable que le matériel ferroviaire souterrain.

Vue du muret de soutènement du Plan Richard depuis l'emplacement de l'ancien lavoir (Photo 2019)

Perspective depuis la zone du lavoir (2019) : On distingue ici le tracé rectiligne du muret le long de la falaise. C’est par cette voie que le charbon brut arrivait pour être traité dans l’usine de lavage située au premier plan.

L’anatomie du Plan Richard (I, II et III)

Ce système de convoyeurs portait le nom de “Plan Richard”. C’était une véritable autoroute du charbon remontant depuis les profondeurs :

  • Plan Richard I et II : Ces deux premières sections de bandes remontaient le minerai depuis le niveau 17 (altitude 635 m).

  • Plan Richard III : Lorsque l’exploitation a dû descendre encore plus bas, jusqu’au niveau 20 (altitude 482 m) — correspondant à la galerie de la Baume — une troisième section fut ajoutée pour connecter ce niveau inférieur au reste du réseau.

Le charbon, une fois arrivé au jour par la galerie de sortie du Plan Richard I, ne s’arrêtait pas là. Il était acheminé directement vers le lavoir (l’usine de tri et de lavage) via un impressionnant tuyau en ciment reliant la sortie de la galerie au bâtiment industriel sur le carreau de la mine.

Vestige du tunnel en ciment du Plan Richard abritant l'ancienne bande transporteuse vers le lavoir (Photo 2019)

Document de 2019 : Ce fragment de buse en béton est le dernier témoin de la liaison aérienne du Plan Richard. Il protégeait la bande transporteuse qui acheminait le charbon brut depuis la sortie de la galerie jusqu’aux installations de traitement du lavoir.

Un rôle vital pour la sécurité

Au-delà de sa fonction productive, le Plan Richard jouait un rôle crucial dans la sécurité des hommes. En cas d’accident, d’incendie ou de blocage sur les puits principaux (Villaret ou Rioux), la galerie inclinée du Plan Richard servait de sortie de secours. Les mineurs pouvaient l’emprunter pour évacuer les chantiers du fond et rejoindre la surface à pied.

1. Les conditions de travail : La lutte contre la pente et la poussière

Travailler à La Mure ne ressemblait pas au travail dans les mines du Nord (le Pas-de-Calais). La géologie alpine imposait des contraintes extrêmes.

  • L’exploitation en « dressants » : Contrairement aux veines plates du Nord, les couches d’anthracite en Matheysine étaient souvent très inclinées, voire verticales. Les mineurs travaillaient dans des positions acrobatiques, souvent sur des planchers boisés suspendus au-dessus du vide.

  • La dureté de l’anthracite : L’anthracite de La Mure est l’un des meilleurs charbons au monde (pur à plus de 90%), mais il est extrêmement dur. Avant la mécanisation massive des années 50-60, l’abattage au marteau-piqueur était épuisant.

  • La Silicose : l’ennemi invisible. Si le bassin de La Mure était peu sujet au grisou (gaz explosif), il était extrêmement poussiéreux. L’anthracite dégageait une poussière fine et abrasive. Malgré l’arrosage des tailles, la silicose a décimé des générations de mineurs, bien plus sûrement que les éboulements.

  • L’évolution technique : Sous l’ère des HBD, on passe de la force humaine et animale (les chevaux sont restés au fond jusqu’en 1952) à une mécanisation poussée avec les convoyeurs blindés et les soutènements marchants.

2. La vie sociale : Un paternalisme d’État

Après 1946, les HBD héritent du système paternaliste des anciennes compagnies privées, mais l’adaptent avec le Statut du Mineur.

  • Le logement en cités : La vie du mineur est indissociable de sa cité. À La Mure, les cités comme celle des Trois-Mâts ou du Périer structurent l’espace urbain. Les HBD fournissaient le logement et le chauffage (le fameux “charbon de dotation”).

  • La diversité communautaire : Le bassin était un véritable laboratoire d’intégration. Aux locaux (paysans-mineurs) se sont ajoutés des vagues successives d’immigrés : Italiens et Polonais dans l’entre-deux-guerres, puis Maghrébins (notamment des Marocains du Souss) dans les années 50 et 60. Cette mixité a forgé une identité matheysine forte, basée sur la solidarité du fond.

  • Les avantages sociaux : Être mineur aux HBD, c’était bénéficier d’une protection sociale d’avant-garde : accès gratuit aux soins (la “Société de Secours”), colonies de vacances pour les enfants, et une retraite anticipée à 50 ou 55 ans.

3. Culture et traditions : Entre ferveur et lutte

  • La Sainte-Barbe (4 décembre) : C’est le moment sacré. Même après la nationalisation, la fête de la patronne des mineurs restait le pilier de l’année, mêlant défilés, banquets et médailles du travail. C’était le jour où la hiérarchie et les ouvriers se retrouvaient autour d’une table.

  • Le syndicalisme et la fierté : Le bassin de La Mure était un bastion de la CGT. La conscience de classe était exacerbée par la dangerosité du métier. Les grandes grèves (notamment celle de 1963) ont soudé la communauté contre les premières menaces de fermeture.

  • Le sport et la musique : Les HBD subventionnaient de nombreuses associations. L’harmonie des mineurs et les clubs de football ou de rugby étaient les vecteurs essentiels de la cohésion sociale hors de la mine.

4. La fin d’un monde : Le traumatisme de la fermeture

La vie sociale des HBD a été marquée, à partir des années 70, par l’angoisse de la fin. Le “plan de licenciement” est devenu un mot quotidien.

  • La reconversion : Contrairement à d’autres bassins, la Matheysine est restée enclavée. La fermeture du Villaret en 1997 a été vécue comme un deuil collectif.

  • L’héritage : Aujourd’hui, cette vie sociale survit à travers l’association des anciens mineurs et le musée de La Mine Image à La Motte-d’Aveillans, qui est le gardien de cette mémoire technique et humaine.

En résumé : La vie du mineur des HBD était une vie de contrastes : une noirceur et une pénibilité extrêmes au fond, compensées par une vie sociale intense, protectrice et solidaire en surface. C’était un “État dans l’État”.

Que reste-t-il aujourd’hui ?

Le paysage industriel du Villaret a profondément changé. Aujourd’hui, la sortie du Plan Richard est obstruée et la végétation a repris ses droits. Les installations aériennes spectaculaires, le bâtiment du versage et le grand lavoir ont été démantelés.

Seuls quelques vestiges de maçonnerie, comme ceux visibles sur nos photos, témoignent encore de cette mécanique complexe qui faisait battre le cœur de la montagne.

Petit lexique de la mine (Pour aller plus loin)

Pencil Pencil

Stériles : Roches sans valeur (cailloux, terre) qu’il faut extraire pour atteindre la veine de charbon.
Cintres : Arches métalliques utilisées pour soutenir les galeries et éviter les éboulements.
Carreau : Ensemble des installations de la mine situées à la surface (bureaux, lavoirs, vestiaires, puits).
Au jour : Expression minière désignant la surface, par opposition au “fond”.

Un patrimoine protégé : l’impératif de sécurité et de mémoire

Aujourd’hui, les vestiges de la galerie du plan Richard sont rendus à la nature et ses accès ont été murés et remblayés lors des campagnes de mise en sécurité définitive du bassin. Si ces lieux suscitent une curiosité légitime, il est impératif de rappeler qu’il est strictement interdit et mortel de tenter de pénétrer dans d’anciens ouvrages miniers.

Au-delà de la violation de la propriété privée, les risques souterrains sont invisibles et foudroyants :

  • Les risques atmosphériques : En l’absence de ventilation forcée, des gaz lourds et asphyxiants (comme le dioxyde de carbone, appelé « stythe » par les mineurs) ou des poches de grisou résiduel peuvent s’accumuler, rendant l’air mortel en quelques secondes.

  • L’instabilité structurelle : Les pressions de terrain et la dégradation des soutènements avec le temps rendent tout effondrement imprévisible.

Le respect de ce patrimoine passe par une observation extérieure et une étude documentaire. Pénétrer dans ces galeries, c’est non seulement se mettre en danger de mort, mais aussi risquer de dégrader les derniers témoins fragiles de l’ingénierie minière du XXe siècle.

Foire Aux Questions plan Richard

Le Plan Richard était un ouvrage souterrain stratégique des Houillères du Dauphiné. Contrairement aux puits verticaux, il s’agit d’une galerie inclinée équipée de bandes transporteuses (tapis roulants). Elle permettait de remonter le charbon en continu depuis le fond de la mine jusqu’à la surface, remplaçant ainsi le système de wagonnets.

Les vestiges de cette galerie sont situés sur la commune du Villaret, en Isère, sur le plateau matheysin. Elle débouche à proximité de l’ancien site minier du Villaret, où se trouvait autrefois le grand lavoir à charbon.

Non, l’accès est strictement interdit et impossible. Dans le cadre de la mise en sécurité du site minier en 1999, l’entrée de la galerie a été définitivement obstruée par des remblais pour prévenir tout risque d’accident (éboulements, gaz). Seuls les vestiges extérieurs (maçonnerie, murets) sont visibles.

Leurs fonctions étaient distinctes. Le Puits du Villaret (vertical) servait d’ascenseur pour le matériel et la remontée des roches stériles. Le Plan Richard (incliné) était exclusivement dédié au transport rapide du charbon vers l’usine de traitement et servait également de sortie de secours pour les mineurs.

Les infrastructures métalliques aériennes et les bâtiments du lavoir ont été démantelés après la fermeture des mines. Aujourd’hui, on peut observer la tête de la galerie maçonnée (l’entrée voûtée), des sections du muret de soutènement à flanc de falaise et des fragments du carter en béton qui protégeait la bande transporteuse.

Poursuivez votre exploration

Découvrez le puits du Villaret

Indissociable du puits du Villaret le terril 

Et son exploitation

Sources et sites officiels 

 Les Musées et Lieux de Mémoire (Sources Locales)

Ces liens sont les plus pertinents pour le maillage “géographique” et “thématique”.

  • La Mine Image (Musée Souterrain)

    • Pourquoi ce lien ? C’est le musée situé sur la commune même de La Motte-d’Aveillans. Il gère la mémoire du site et possède les archives techniques locales. C’est la référence absolue pour votre sujet.

    • Site officiel : www.mine-image.com

  • Musée Matheysin (La Mure)

    • Pourquoi ce lien ? Situé à La Mure, il conserve une riche collection sur l’histoire régionale et la vie quotidienne des mineurs de la Matheysine.

    • Site officiel : www.musee-matheysin.fr

Les Institutions Techniques et Archives (Sources Scientifiques)

Ces liens valident la partie technique de votre article (fermeture, mise en sécurité, géologie).

  • BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières)

    • Pourquoi ce lien ? C’est l’organisme d’État chargé de la gestion de l’après-mine (surveillance des anciens puits, risques d’effondrement). Ils détiennent les dossiers techniques de la mise en sécurité de 1999 mentionnée dans votre article.

    • Site officiel : www.brgm.fr ou le portail des risques www.georisques.gouv.fr

  • Archives Départementales de l’Isère

    • Pourquoi ce lien ? C’est ici que sont conservés les fonds des Houillères du Bassin du Dauphiné (plans, registres du personnel). Utile pour les généalogistes ou chercheurs.

    • Site officiel : archives.isere.fr

Tourisme et Territoire

Pour ancrer l’article dans l’actualité touristique locale.

  • Matheysine Tourisme

    • Pourquoi ce lien ? Pour les randonneurs qui souhaiteraient découvrir les sentiers autour des anciens sites miniers.

    • Site officiel : www.matheysine-tourisme.com


Bibliographie 

  • CHION, Pierre. La mine et les mineurs de la Matheysine : 150 ans de charbon à La Mure. Éditions Le Belvédère, 2005.

    • Pourquoi ce livre ? C’est la “bible” locale. Pierre Chion est l’historien incontournable du plateau. Il détaille l’évolution technique du Puits du Villaret et le passage aux bandes transporteuses.

  • ALLEMAND, H. & CHION, P. Les Gueules Noires du Dauphiné. Éditions Glénat, 1990.

    • Pourquoi ce livre ? Un ouvrage riche en photographies d’époque qui permet de visualiser l’activité sur le carreau du Villaret avant son démantèlement.

  • VEITL, Philippe. Les mines de La Mure, une histoire sociale et politique. PUG (Presses Universitaires de Grenoble), 1994.

    • Pourquoi ce livre ? Pour comprendre le contexte économique qui a poussé les Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD) à moderniser l’extraction (abandon des wagonnets pour les plans inclinés) afin de rester rentables.

Dessin de reconstitution architecturale montrant l'extérieur d'un bâtiment industriel minier en briques et structure métallique, isolé dans le paysage.

Plus que du charbon : Le rôle vital (et méconnu) du Puits Charvet

Rouage invisible mais vital de l’exploitation à Susville, cet ouvrage d’exhaure assurait la sécurité du terril du Villaret contre les risques d’auto-combustion, jusqu’à son démantèlement définitif en 1997.

Contrairement aux idées reçues, le Puits Charvet n’a jamais vu remonter une seule berline de charbon, ni descendre de mineurs pour l’abattage. Foncé spécifiquement pour la sécurité du site, sa mission était purement hydraulique : pomper l’eau nécessaire à l’arrosage permanent du terril pour empêcher son autocombustion.

Informations pratiques

Caractéristique Détails
Nom Puits Charvet
Localisation Susville (Isère), Le Villaret
Coordonnées 44.930595, 5.774357
Profondeur 68 mètres
Diamètre 2,50 mètres
Architecture • 0 à 50m : Bétonné (étanche)
• 50 à 68m : Naturel (zone de captage)
Usage Pompage d’eau pour éviter l’auto-combustion du terril (pyrite)
Fermeture 1997
État Bâtiment détruit, puits scellé.

Le Puits Charvet à Susville : Le gardien invisible de la sécurité minière

Si vous vous promenez aujourd’hui près de la chapelle Notre-Dame des Neiges au Villaret (Susville), vous ne verrez aucune tour d’extraction se découper sur l’horizon. Pourtant, c’est ici que se trouvait le Puits Charvet, un maillon essentiel de la chaîne de sécurité des mines dauphinoises, jusqu’à sa fermeture en 1997.

Croquis à main levé de la tête de puits du Charvet (Susville) et de son bâtiment de recette.

Schéma technique du bâtiment abritant la tête de puits du Charvet et ses accessoires électriques et hydrauliques

Un ouvrage vital, mais pas pour le charbon

Contrairement aux idées reçues, tous les puits de mine ne servaient pas à remonter des hommes ou du minerai. Le Puits Charvet avait une fonction bien plus spécifique : c’était une source d’approvisionnement en eau industrielle.

Avec un diamètre de 2,50 mètres et une profondeur totale de 68 mètres, cet ouvrage technique était conçu pour capter les eaux souterraines. Ses 50 premiers mètres étaient bétonnés, tandis que les 18 derniers mètres, laissés à nu, permettaient aux eaux de s’infiltrer naturellement au fond du puits, où une pompe électrique immergée les attendait.

Incertitudes historiques et techniques

Les archives ne nous permettent pas, à ce jour, de dater précisément le forage du puits ni d’identifier la méthode employée. Toutefois, au vu des pratiques de l’époque, l’hypothèse d’un forage au trépan reste la plus plausible.
De même, nous ne disposons d’aucune information technique concernant la machinerie : le type de pompe utilisé ainsi que le débit d’eau nécessaire à l’arrosage du terril demeurent inconnus.

Note

Pencil Pencil

Pour consulter les données techniques complètes, le dossier est disponible sur le portail InfoTerre du BRGM (Code BSS : BSS001ZBSE).

Paysage actuel du site du Puits Charvet à Susville : une zone enherbée après la démolition des installations et la renaturation.

L’emplacement du Puits Charvet aujourd’hui : un paysage totalement “gommé” où la nature a repris ses droits sur le patrimoine industriel. 

Pourquoi une mine a-t-elle besoin d’eau ?

Le paradoxe peut surprendre : les mineurs luttent souvent contre l’eau au fond, alors pourquoi en pomper ici ? La réponse réside dans la gestion des déchets miniers, les fameux stériles (les roches extraites qui ne sont pas du charbon pur).[1]

Ces stériles contenaient deux éléments potentiellement dangereux lorsqu’ils sont combinés :

  1. Des résidus de charbon.

  2. De la pyrite de fer.

C’est ici que l’historien et le chimiste se rejoignent. La pyrite de fer possède une propriété redoutable : au contact de l’oxygène de l’air, elle s’oxyde et dégage de la chaleur. Si l’air circule librement dans un tas de déblais (le terril), cette chaleur s’accumule jusqu’à provoquer l’auto-combustion des résidus de charbon.

Ces feux de terrils sont des brasiers internes presque impossibles à éteindre une fois déclarés.

Schéma en coupe verticale d'un puits de pompage minier montrant les couches géologiques, le tubage du forage et la position de la pompe immergée.

Schéma de principe d’une coupe technique de forage : visualisation du cuvelage et du système d’exhaure (pompage).

La stratégie de l’arrosage

L’eau pompée au Puits Charvet servait de bouclier préventif. En arrosant constamment le terril, on saturait les déblais. L’eau remplissait les interstices, chassant l’oxygène et empêchant ainsi l’air de venir “nourrir” la réaction chimique de la pyrite. Sans oxygène, pas d’oxydation, et donc pas d’incendie.

Une fois pompées hors des galeries (eaux d’exhaure) et déversées sur le terril, les eaux suivaient un parcours gravitationnel simple mais lourd de conséquences. En ruisselant sur les amas de schistes, elles rejoignaient naturellement le point bas le plus proche : le ruisseau de La Jonche.

À cette époque, la conscience écologique et les normes de dépollution étaient inexistantes. Ces eaux de ruissellement, chargées de soufre et acidifiées par leur passage sur les roches minières, ne subissaient aucun traitement. Elles étaient rejetées directement dans le milieu naturel. Une partie de ces effluents pollués finissait irrémédiablement par s’infiltrer dans les sols, contaminant ainsi la nappe phréatique.

Note

Pencil Pencil

Qu’est-ce qu’un puits d’exhaure ?
Dans le langage minier, l’exhaure désigne l’ensemble des techniques permettant d’évacuer les eaux d’infiltration hors de la mine. Un “puits d’exhaure” est donc un puits vertical équipé de puissantes pompes et de tuyauteries, dont la fonction unique ou principale est de remonter ces eaux vers la surface.
Souvent, d’anciens puits d’extraction (qui servaient à remonter le charbon ou les hommes) étaient reconvertis en puits d’exhaure à la fin de leur vie productive, devenant ainsi les poumons hydrauliques de la concession.Mais ici il servait uniquement au puisage de l’eau.

1. La diversité des métiers : Une usine à ciel ouvert

Le personnel du jour était extrêmement stratifié. On y trouvait trois grands pôles :

  • Le traitement (Lavoirs et Cribles) : C’est le secteur le plus dur. L’anthracite sortant de la mine est mélangé à du schiste (stérile). Au Villaret ou aux Rioux, les ouvriers (et longtemps les ouvrières) triaient le charbon sur des tapis roulants.

  • Les Ateliers Centraux : Forgerons, mécaniciens, électriciens, menuisiers. C’était l’élite technique. Ils réparaient les marteaux-piqueurs, entretenaient les bennes et les câbles des puits. Sans eux, le fond s’arrêtait.

  • Les “Grands Bureaux” et l’administratif : Comptables, géomètres, ingénieurs et personnel médical. Ils géraient la paie, les plans des galeries et la santé des mineurs.

2. Les conditions de travail : Bruit, poussière et froid

Contrairement au fond où la température est constante (environ 15-18°C à La Mure), le personnel du jour subissait le climat rude du plateau matheysin.

  • L’exposition aux éléments : Dans les installations de triage (souvent de grands hangars en tôle mal isolés), les ouvriers travaillaient dans un froid glacial l’hiver, avec des courants d’air permanents.

  • La poussière et le bruit : Les cribles (tamis géants) et les concasseurs généraient un vacarme assourdissant et une poussière fine d’anthracite, tout aussi nocive que celle du fond. Les “trieurs” finissaient la journée aussi noirs que ceux qui remontaient du puits.

  • Le danger mécanique : Si le risque d’éboulement était absent, le danger venait des machines, des courroies de transmission et du mouvement incessant des trains du SGLM (Chemin de fer de La Mure) qui manoeuvraient sous les trémies.

3. La place singulière des femmes : Les « Trieuses »

Le bassin de La Mure a longtemps employé des femmes au jour, une pratique qui a perduré jusqu’aux années 1960-70.

  • Le triage manuel : Elles étaient affectées au retrait des pierres sur les tapis de charbon. C’était un travail répétitif, épuisant pour le dos et les mains, effectué dans une atmosphère saturée de poussière.

  • Évolution : Avec la modernisation des lavoirs (séparation par densité dans des bains de liqueur dense), leur nombre a diminué, les postes devenant plus techniques et masculinisés.

4. Vie sociale et Statut : Mineurs à part entière

Un point crucial : le personnel du jour bénéficiait du Statut du Mineur de 1946.

  • Mêmes avantages : Ils avaient droit au logement gratuit (les cités), au charbon de chauffage, aux soins gratuits à la Société de Secours minière et aux colonies de vacances pour leurs enfants.

  • La retraite : C’était le point de friction majeur. Les ouvriers du jour devaient travailler plus longtemps que ceux du fond (qui partaient à 50 ou 55 ans) pour obtenir leur retraite à taux plein. Cela créait une distinction sociale nette au sein de la cité.

5. La dynamique “Jour / Fond” : Une solidarité complexe

  • Le complexe de la surface : Il existait parfois une tension symbolique. Les mineurs du fond se considéraient comme les seuls “vrais” mineurs, ceux qui risquaient leur vie. Les gens du jour étaient parfois vus comme des privilégiés, bien que leur travail soit essentiel.

  • L’union dans la lutte : Lors des grandes grèves (1948, 1963), cette distinction disparaissait. Le personnel du jour (notamment les ateliers et le transport) était le premier à bloquer l’outil de production pour soutenir les revendications globales.

  • La sentinelle du drame : Le personnel du jour était le premier témoin des accidents. C’est eux qui voyaient arriver les ambulances au carreau de la mine et qui géraient l’angoisse des familles accourant aux grilles du puits.

6. L’héritage architectural

Aujourd’hui, les vestiges les plus visibles à La Mure sont ceux du “Jour” :

  • Le Puits du Villaret et son chevalement (classé).

  • Les Grands Bureaux qui témoignent de la puissance administrative des HBD.

  • Les Ateliers reconvertis pour certains en zones d’activités.

Le site aujourd’hui

Lors de l’arrêt définitif de l’exploitation en 1997, le site a été traité selon les procédures de mise en sécurité :

  • Le puits a été scellé par un bouchon de béton.

  • Le bâtiment abritant la machinerie a été détruit.

Il ne reste aujourd’hui aucune trace visible de cet ouvrage en surface, mais son histoire nous rappelle que l’exploitation minière était une lutte constante non seulement pour extraire des ressources, mais aussi pour maîtriser les réactions physico-chimiques de la terre.

Foire Aux Questions du puits Charvet

Non. C’est la confusion la plus fréquente. Contrairement aux puits d’extraction (comme le puits Villaret), le Puits Charvet n’était pas destiné à la circulation du personnel ni à la remontée du minerai. C’était un ouvrage exclusivement technique, sans cage d’ascenseur pour les hommes.

C’était un puits d’exhaure, c’est-à-dire une station de pompage industrielle. Son rôle unique était de puiser de l’eau en grande profondeur pour la remonter en surface via des tuyauteries fixées sur la tête de puits.

Le terril (la montagne de déchets miniers) contient des schistes mêlés à de la pyrite et des résidus de charbon. Au contact de l’air et de l’humidité, ces matériaux s’oxydent et chauffent : c’est le phénomène d’auto-combustion. Sans un arrosage constant assuré par le Puits Charvet, le terril risquait de prendre feu spontanément, dégageant des fumées toxiques et menaçant de s’effondrer.

Bien que n’étant pas un puits d’extraction, le Puits Charvet reste une prouesse technique. Comme indiqué dans la fiche technique de l’article, il atteint une profondeur impressionnante (voir données ci-dessus) avec un diamètre conséquent pour permettre le passage des pompes et le débit nécessaire à la sécurité du site.

Le forage descendait suffisamment bas pour capter les eaux d’infiltration naturelles ou les eaux accumulées dans les “vieux travaux” (anciennes galeries abandonnées et noyées), transformant ainsi la nuisance de l’eau souterraine en une ressource de sécurité pour la surface.

Poursuivez votre exploration

Retrouvez l’histoire du puits du Villaret

L’histoire de son terril

Et l’histoire de son exploitation

Sources et sites officiels 

1. Les Institutions & Archives 

  • Le Musée La Mine Image (La Motte-d’Aveillans)

    • Pourquoi : C’est LA référence muséale du bassin minier du Dauphiné.

    • URL : https://www.mine-image.com/

    • Idée d’intégration : “Pour comprendre la vie des mineurs du plateau, une visite s’impose au musée souterrain de [La Mine Image]…”

  • Géorisques (Ministère de la Transition Écologique)

    • Pourquoi : Pour valider l’aspect technique des risques (feux de terril, affaissements) et l’après-mine.

    • URL : https://www.georisques.gouv.fr/articles-risques/risques-miniers

    • Idée d’intégration : “La gestion des risques, notamment l’échauffement des terrils, est aujourd’hui surveillée dans le cadre de la prévention des [risques miniers]…”

  • Archives Départementales de l’Isère

    • Pourquoi : Si vous avez utilisé des sources de chez eux.

    • URL : https://archives.isere.fr/

    • Idée d’intégration : “Certains plans de coupe sont issus des fonds conservés aux [Archives Départementales de l’Isère]…”

2. Le Contexte Géographique & Touristique 

  • Matheysine Tourisme

    • Pourquoi : Pour situer Susville dans son territoire actuel.

    • URL : https://www.matheysine-tourisme.com/fr/decouvrir/incontournables/le-patrimoine-minier/

    • Idée d’intégration : “Le Puits Charvet est l’un des nombreux vestiges du [patrimoine minier de la Matheysine]…”

  • Le Petit Train de La Mure (EDEIS)

    • Pourquoi : Pour faire le lien avec le transport ferroviaire dont nous avons parlé.

    • URL : https://lepetittraindelamure.com/

    • Idée d’intégration : “L’exploitation du charbon à Susville était intrinsèquement liée au réseau ferroviaire, aujourd’hui reconverti en site touristique avec le [Petit Train de La Mure]…”

3. Les Outils Cartographiques 

  • Remonter le Temps (IGN)

    • Pourquoi : C’est un outil fabuleux pour comparer les photos aériennes des années 1950/60 avec aujourd’hui.

    • URL : https://remonterletemps.ign.fr/

    • Idée d’intégration : “Il est possible de visualiser l’évolution du site et la disparition des bâtiments grâce aux outils de l’IGN comme [Remonter le Temps]…”

  • Infoterre (BRGM)

    • Pourquoi : Pour ceux qui cherchent les dossiers du sous-sol (BSS).

    • URL : http://infoterre.brgm.fr/

    • Idée d’intégration : “Les données techniques des ouvrages miniers sont répertoriées par le BRGM sur le portail [InfoTerre]…”

Bibliographie 

  • 1. Archives et Rapports Techniques 

    C’est ici que se trouvent les données brutes (profondeur, dates, fermeture) que vous utilisez.

    • BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières). Dossier des ouvrages débouchant au jour – Département de l’Isère. Fiches signalétiques de la Banque du Sous-Sol (BSS).

    • Charbonnages de France / Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD). Dossier d’Arrêt Définitif des Travaux (DADT) de la concession de La Mure. 1997. (Consultable aux Archives Départementales de l’Isère ou via la DREAL).

    • Archives Départementales de l’Isère. Fonds des Houillères du Bassin du Dauphiné. Série continue (notamment les plans de surface du Villaret et les registres d’entretien des pompes).

    2. Ouvrages de Référence sur le Bassin 

    Ces livres contextuels mentionnent les installations de Susville et l’histoire technique du bassin.

    • GUIOLLARD, Pierre-Christian. Les chevalements des houillères françaises. Éditions P.C. Guiollard, 1993.

      • Note : L’auteur est la référence absolue pour l’inventaire des têtes de puits en France.

    • DÉSIRÉ-MARCHAND, José. La grande aventure des mineurs en Dauphiné : l’histoire des “Gueules noires” de la Mure. Éditions des Cahiers de l’Alpe, 1980.

      • Note : Indispensable pour le contexte social et humain autour des puits de Susville.

    • DOLFUS, M. Le bassin houiller de La Mure (Isère). In Revue de l’Industrie Minérale, éditions de la Sim, numéros divers (années 1950-1970 pour la période d’activité).

    3. Publications Locales et Mémoire

    • LA MINE IMAGE (Musée Souterrain). Mémoire de la Mine en Matheysine. Ouvrages et plaquettes édités par l’association de sauvegarde du site de la Motte-d’Aveillans.

    • VACHEZ, Colette. La Mure et la Matheysine. Éditions Alan Sutton, coll. “Mémoire en images”, 2000.

      • Note : Contient souvent des cartes postales et photos d’époque des installations de surface avant démolition.

Trémie d'alimentation de criblage équipée de rehausses en tôle et d'un convoyeur d'évacuation, photo de 2012.

Le Razzier de Susville : L’histoire méconnue du terril du Villaret et son ultime exploitation (2011-2012)

Plus qu’un simple amas de stériles, le Razzier de Susville incarne la mémoire minière de la Matheysine. Découvrez comment ce site, né de l’activité historique du Puits du Villaret, a fait l’objet d’une tentative audacieuse de valorisation de ses déchets au début du XXIe siècle, redéfinissant notre regard sur le patrimoine industriel.

Symbole incontournable du paysage du plateau matheysin, le Razzier de Susville est bien plus qu’une simple colline artificielle. Véritable mémoire des entrailles de la terre, ce terril plat, formé par l’accumulation des stériles du Puits du Villaret, raconte un siècle d’industrie minière en Isère. Mais saviez-vous que ce géant de schiste a connu une seconde vie industrielle récente ? Retour sur l’histoire de ce site, de l’extraction du charbon à la tentative de valorisation des années 2010.

Informations pratiques

Rubrique Détails
Nom du site Le Razzier (ou Le Razier)
Localisation Commune de Susville (Plateau Matheysin, Isère, France).
Nature du site Terril minier (amas de stériles de charbon).[
Origine géologique Rejets de l’exploitation des Houillères du Dauphiné (Mines de La Mure).
Composition • Schistes noirs (stériles bruts).
• Schistes rouges (ou “cuits”) résultant de la combustion spontanée des terres.
Phénomène notable Auto-combustion interne causée par l’oxydation de la pyrite de fer en présence de charbon résiduel et d’oxygène (réaction exothermique).
Infrastructures liées • Puits Charvet : Installation hydraulique créée spécifiquement pour l’arrosage permanent du terril afin de maîtriser les incendies.
Périodes de Valorisation • Années 1990 (ex: 1999) : Évacuation massive par trains de wagons-trémies (opérateur cité : VFT).

• Années 2010 (ex: 2012) : Campagne de traitement in situ avec criblage mobile (séparation granulométrique).

Archéologie industrielle Présence ponctuelle de vestiges de l’exploitation souterraine (boisages, étançons) remontés accidentellement dans les stériles.
Usage actuel / Devenir Exploitation des granulats (remblais routiers, travaux publics) et sécurisation environnementale du site.

1. Qu’est-ce que le “Razzier” de Susville ? 

Dans le jargon minier du Dauphiné, on ne parle pas toujours de “terril”, mais de “razzier”. Celui de Susville est le fruit de l’activité intense des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD).

Situé à proximité immédiate du Puits du Villaret (actif jusqu’en 1997), ce dépôt est constitué de millions de tonnes de stériles miniers : des roches (schistes, grès) extraites du sous-sol pour atteindre les veines d’anthracite, mais aussi du charbon de trop mauvaise qualité pour être commercialisé à l’époque.

Contrairement aux terrils coniques du Nord de la France, le Razzier de Susville présente une forme tabulaire (plate), typique de la gestion des déchets miniers dans les vallées alpines.


Tas de stériles miniers contenant des débris de soutènement en bois, photographie prise en 2012.

Vestiges de boisage (éléments de soutènement ancien) remontés au jour accidentellement avec les stériles lors de l’extraction de 2012.

2. 2011-2012 : L’ultime tentative de valorisation des déchets 

Si l’extraction souterraine a cessé en 1997, le site a connu un rebondissement industriel inattendu au début du XXIe siècle. On a longtemps pensé que les terrils ne contenaient que des cailloux sans valeur. Pourtant, les analyses ont révélé qu’il restait une quantité non négligeable de carbone mélangé aux schistes.

Entre 2011 et la fin de l’année 2012, une entreprise spécialisée a tenté le pari de la valorisation des matériaux.
L’objectif était double :

  1. Récupérer l’énergie résiduelle : Laver les matériaux du terril pour isoler les fines particules de charbon encore présentes.

  2. Produire des granulats : Utiliser la roche stérile lavée (schistes rouges et noirs) comme remblai pour les travaux publics et les routes.

Durant ces deux années, le paysage du Razzier a été animé par le ballet des engins et d’une installation de traitement (criblage et lavage). L’activité a cependant cessé fin 2012, laissant le site retrouver son calme, mais marquant la dernière interaction industrielle directe avec la matière extraite du sous-sol matheysin.

Vue en coupe de la paroi d'un terril montrant une strate horizontale de couleur claire, trace d'une combustion interne, photo de 2012

Coupe stratigraphique du Razzier (2012). La bande de coloration distincte (claire) traversant la masse de stériles témoigne d’un ancien foyer de combustion spontanée, provoqué par l’oxydation exothermique des pyrites en présence de résidus charbonneux.

Note

Pencil Pencil

L’observation de la coupe du Razzier révèle une strate blanchâtre caractéristique, stigmate d’une combustion interne. Ce phénomène résulte de l’oxydation de la pyrite de fer en présence de résidus charbonneux et d’oxygène. La réaction, pouvant être initiée par un choc mécanique, a nécessité la mise en place de mesures préventives : le puits Charvet fut ainsi aménagé pour assurer l’arrosage permanent du site et limiter les risques d’échauffement.

3. De la friche industrielle au patrimoine environnemental 

Aujourd’hui, le Razzier de Susville est un site en pleine mutation qui intéresse à la fois les historiens, les écologues et les énergéticiens.

  • Un refuge pour la biodiversité : Avec le temps, la nature reprend ses droits. Les zones de schistes, qui peuvent emmagasiner la chaleur, et les zones humides formées sur le plat du terril créent des biotopes particuliers où une flore pionnière s’installe.

  • Un lieu de mémoire : Il reste le témoin physique du labeur des mineurs qui ont creusé le Puits du Villaret, souvent dans des conditions extrêmes (notamment via la technique de congélation des sols).

  • Un avenir énergétique : Sa surface plane et son exposition en font un candidat idéal pour de nouveaux projets, notamment l’installation de parcs photovoltaïques, transformant ainsi une ancienne terre de carbone en productrice d’énergie verte.

Vue d'une cribleuse mobile à deux sorties en activité sur le chantier du Razzier, photographie prise en 2012.

Unité de criblage en opération lors de la campagne d’exploitation du Razzier en 2012. La machine est ici configurée avec deux convoyeurs de sortie pour le tri granulométrique des matériaux.

Conclusion

Le Razzier de Susville n’est pas qu’un tas de cailloux. C’est un livre d’histoire à ciel ouvert qui a traversé les époques : de la gloire du charbon à la fermeture des mines, jusqu’à l’épisode de retraitement de 2011-2012. Il demeure un marqueur identitaire fort pour les habitants de Susville et de la Matheysine.

Foire Aux Questions exploitation du razzier de Susville

Le Razzier est un terril situé à Susville. Il s’agit d’une colline artificielle formée par l’accumulation des stériles, c’est-à-dire les roches extraites du sous-sol par les mineurs (Houillères du Dauphiné) qui ne contenaient pas assez de charbon pour être vendues. C’est la “poubelle” géologique de l’ancienne mine.

Au lieu de laisser ces amas rocheux à l’abandon, on les exploite à nouveau. Les schistes (la roche noire) et les schistes rouges (cuits) sont d’excellents matériaux pour les travaux publics (sous-couches routières, remblais). Le terril devient ainsi une carrière à ciel ouvert.

C’est la trace d’un incendie interne. Le terril contient encore des résidus de charbon et de la pyrite de fer. Au contact de l’oxygène de l’air (parfois suite à un éboulement ou un choc), une réaction chimique dégage de la chaleur (oxydation exothermique). Cela cuit la roche : le schiste noir devient rouge, et les zones de combustion intense laissent des traces de cendres blanches.

Oui, c’est de l’archéologie involontaire. Lors de l’exploitation récente, il n’est pas rare de voir remonter des vestiges de boisage (étançons, poutres) qui servaient à soutenir les galeries autrefois. Ils ont été jetés avec les stériles lors du tri au fond de la mine ou à la surface, et ressortent des décennies plus tard.

Poursuivez votre exploration

Plongez dans l’épopée minière du Plateau Matheysin” “Découvrez l’histoire du Puits du Villaret, le plus récent du Plateau Matheysin”

Sources et sites officiels 

Musées et Mémoire locale

  • La Mine Image (Site Officiel)

    • Pourquoi : C’est le musée souterrain de référence à La Motte-d’Aveillans. Indispensable pour comprendre ce qui se passait sous terre, en complément de votre article sur le puits de surface.

    • Lien : https://www.mine-image.com

  • Matheysine Tourisme – Le Patrimoine Minier

    • Pourquoi : Pour situer le Villaret dans l’offre touristique actuelle du plateau (sentiers, autres vestiges).

    • Lien : https://www.matheysine-tourisme.com

  •  Archives Audiovisuelles (INA)

    • La fin des Gueules Noires (Journal Télévisé de 1997)

      • Pourquoi : Une vidéo d’époque (INA) montrant la remontée de la dernière benne le 28 mars 1997 au Villaret. C’est une source primaire très forte émotionnellement.

      • Recherche conseillée : “INA Fermeture mines La Mure 1997” ou lien direct vers la fresque historique de l’INA.

      • Lien générique : https://www.ina.fr (Rechercher “Mines Dauphiné”)

    • Technique et Après-Mine

      • Le BRGM et l’Après-Mine

        • Pourquoi : Le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) gère la surveillance des anciens sites (eaux, gaz, stabilité). Utile pour la partie technique/environnementale.

        • Lien : https://www.brgm.fr/fr/nos-actions/projets/gestion-apres-mine

      • L’Agence Nationale pour la Garantie des Droits des Mineurs (ANGDM)

        • Pourquoi : L’organisme qui a succédé à Charbonnages de France pour gérer les droits sociaux et le patrimoine immobilier.

        • Lien : https://www.angdm.fr

    • Patrimoine Culturel

      • Isère Culture – Patrimoine en Isère

        • Pourquoi : Pour consulter la fiche officielle si le chevalement est labellisé ou répertorié dans l’inventaire départemental.

        • Lien : https://culture.isere.fr

Bibliographie 

  • 1. Ouvrages Historiques et Techniques de Référence

    Ces livres sont les “bibles” locales pour comprendre l’évolution technique ayant mené à la création du Villaret.

    • REYMOND, René. La Mure et le bassin houiller du Dauphiné.

      • Note : René Reymond était ingénieur géomètre aux Houillères. C’est l’ouvrage le plus précis sur la géologie, les couches de charbon et l’implantation des puits, dont le Villaret.

      • Éditeur : Imprimerie Barthélemy (Plusieurs éditions, notamment 1982).

    • 2. Sources Primaires & Articles Spécialisés (Pour l’aspect technique)

      Le Puits du Villaret est célèbre chez les ingénieurs pour sa méthode de fonçage par congélation. Pour votre fiche d’identité, voici la source technique absolue :

      • Revue de l’Industrie Minérale (RIM).

        • Article cible : “Le fonçage du Puits du Villaret par congélation”.

        • Date : Début des années 1950 (souvent cité dans les revues de 1951 ou 1952).

        • Disponibilité : Consultable aux Archives Départementales de l’Isère ou dans les bibliothèques d’écoles des Mines (Paris, Saint-Étienne).

      • . Mémoire Visuelle et Sociale

        • Collectif (La Mine Image). La Mine Image : La Motte d’Aveillans.

          • Note : Les livrets édités par le musée souterrain contiennent souvent des coupes techniques et des historiques précis des puits, validés par d’anciens mineurs.

        4. Presse et Revues Locales (La fin de la mine)

        Pour la date clé du 28 mars 1997 :

        • Le Dauphiné Libéré. Numéro Hors-Série : “Adieu la Mine” (Mars/Avril 1997).

          • Intérêt : Reportages complets sur la dernière remontée au Villaret, interviews des derniers mineurs et contexte de la fermeture.

Voir la carte

Galerie Photos

Utilisez les touches de direction pour faire défiler les photos

Détail de la végétation marécageuse sur le terril plat de Susville (Puits du Villaret) en 2011.

Le Terril du Puits du Villaret : Le Géant Invisible de la Matheysine

Situé à Susville, entre la route Napoléon et la D529, le site du Puits du Villaret cache une curiosité géologique et historique fascinante : son immense terril. Connu localement sous le nom de “Razzier”, cet espace de 36 hectares raconte la fin de l’épopée charbonnière en Isère..

Plongez au cœur de la Matheysine pour découvrir le Terril du Villaret, véritable curiosité géologique de notre patrimoine minier. Situé à Susville, cet immense plateau de schiste de 36 hectares — que les anciens nomment localement le « Razzier » — est bien plus qu’un simple vestige industriel. Témoin silencieux de l’extraction du charbon en Isère, ce site unique établi sur d’anciens marais dévoile aujourd’hui une histoire fascinante où la mémoire ouvrière rencontre une biodiversité résiliente.

Informations pratiques

Categorie Description
Nom du Site Puits du Villaret (et son Terril associé)
Localisation Commune de Susville (Isère, 38) – Plateau Matheysin.
Exploitant Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD).
Minerai extrait Anthracite (Charbon de très haute qualité).
Période d’activité 1969 – 1997 (environ 28 ans).
Dates clés • 1948 : Début du fonçage (technique de congélation des sols).
• 1952/1953 : Mise en service opérationnelle.
• 28 mars 1997 : Arrêt définitif de l’extraction (fermeture symbolique des mines du Dauphiné).[1][2]
Caractéristiques Techniques • Profondeur : 560 mètres (fond à l’étage 343).
• Diamètre : 6,50 mètres.
• Fonction : Circulation du personnel, du matériel et remontée des stériles (création du terril).
Éléments du paysage (Terril) • Type : Terril plat (forme de table basse), issu des stériles remontés.

Volume : 11290 mètres cubes.
• État actuel : Végétalisation avancée, intégration paysagère.

Patrimoine Bâti Conservé • Le Chevalement : Structure métallique brun-rouge (Label “Patrimoine en Isère”).
• La Halle à Charbon (Magasin) : Bâtiment massif situé face au chevalement.
• Fresque : Peinture commémorative réalisée en 2015 sur la base du chevalement.
Importance Historique Le Villaret incarne la modernisation (après-guerre) et le crépuscule de l’activité minière en Matheysine. C’est ici que sont remontées les dernières tonnes de charbon du bassin.
Sites associés • La Mine Image (La Motte-d’Aveillans) : Musée souterrain de référence.
• Puits des Rioux (Prunières) : Autre chevalement conservé à proximité.

Si l’image d’Épinal des mines de charbon nous renvoie souvent aux grands terrils coniques du Nord de la France, le patrimoine minier du Dauphiné possède ses propres spécificités. Le terril du Puits du Villaret en est l’exemple le plus frappant : une montagne de schiste qui a su se fondre dans le paysage alpin.

Qu’est-ce qu’un “Razzier” ?

Dans le bassin minier du Dauphiné, et plus particulièrement sur le plateau matheysin, le terme “terril” (cet amas de stériles miniers extraits du sol en même temps que le charbon) est souvent désigné par le mot local “razzier”.

Contrairement aux célèbres terrils du Nord-Pas-de-Calais, visibles à des kilomètres à la ronde, le razzier du Villaret possède une architecture unique : il est plat et étendu. Installé sur une ancienne zone marécageuse (vestige de la dernière glaciation), il s’étend sur plus de 36 hectares mais reste discret. Aujourd’hui, la végétation y a repris ses droits, camouflant les tonnes de pierres sous un manteau de verdure qui le rend presque invisible aux yeux des profanes.

Pour l’historien comme pour le promeneur, gravir le terril nécessite d’apprendre à lire le sol. Ce paysage n’est pas muet ; ses couleurs sont des archives. Le gris ou le noir dominants signalent le schiste brut, tel qu’il fut rejeté du lavoir. Mais ces zones rouge brique qui tranchent sur le versant racontent une autre histoire : celle de l’autocombustion. Sous la pression et la chaleur interne, les résidus de charbon restés dans la roche ont brûlé lentement, cuisant le schiste comme une poterie et modifiant sa chimie.
C’est sur ce substrat artificiel, chaud et incroyablement drainant — où l’eau file sans s’attarder — que s’est développée une végétation pionnière surprenante. Les bouleaux aux écorces argentées et les tapis de lichens ne sont pas là par hasard ; ils sont les seuls à supporter ce microclimat aride et instable. Cette alliance entre le déchet minier et la reconquête végétale définit une véritable “écologie industrielle”, transformant une décharge de stériles en un sanctuaire de biodiversité unique. 

Au-delà de sa fonction industrielle, le terril doit être appréhendé par le prisme de l’histoire des sensibilités. Pour les habitants des cités minières, ce volume n’était pas un simple élément de décor, mais une présence physique, intime et parfois envahissante. Il saturait l’horizon, servant de boussole et d’horloge à tout un territoire.
Mais cette proximité se payait au prix d’une interaction sensorielle constante, souvent rugueuse. Les jours de grand vent, le terril s’invitait dans les intérieurs et sur le linge étendu, déposant un voile de poussières noires qui rappelait, jusque dans la sphère privée, la réalité du charbon. En été, ou lors des phases de combustion interne, la masse minérale rayonnait, agissant comme un immense radiateur qui modifiait le microclimat local. Le terril ne se contentait pas d’être vu ; il était respiré et ressenti, s’imposant comme une composante inévitable de l’atmosphère quotidienne.

Vue du terril de Susville en 2011 direction col de La Festinière : contraste entre schistes noirs miniers et végétalisation.

Entre mémoire industrielle et renouveau : panorama en direction du col de La Festinière (2011). Sur la gauche, les stériles noirs résistent encore, tandis que la végétation recouvre progressivement le reste du terril du Villaret.

L’Histoire du Puits du Villaret

Le Puits du Villaret fut l’un des sites majeurs de l’extraction de l’anthracite en Isère. Son activité a généré des millions de mètres cubes de déblais. Si une partie de ces stériles a été réutilisée pour le remblayage des chemins alentour, la grande majorité forme aujourd’hui ce plateau artificiel.

L’exploitation s’est définitivement arrêtée en 1997, marquant la fin d’une ère industrielle pour Susville et la région. Les galeries sont aujourd’hui obturées, laissant le terril comme principal témoin silencieux de ce labeur souterrain.

Pour saisir la pleine mesure de ce paysage, il faut admettre une vérité géologique et industrielle : le terril n’est autre que l’ombre portée du Puits du Villaret. Cette zone de stériles ne doit pas être lu comme un simple accident de relief, mais comme l’ultime maillon d’une chaîne opératoire implacable. Tout commence à des centaines de mètres sous terre, au front de taille, où le mineur arrache le “tout-venant”, ce mélange impur de charbon, de grès et de schiste. Une fois remonté par la cage du puits, ce minerai brut subit l’épreuve du triage et du lavoir, véritables reins de l’installation minière. C’est ici que le destin de la roche se joue : le charbon part alimenter les fourneaux, tandis que la pierre, jugée inutile, est rejetée vers l’extérieur. Le terril du Villaret est donc bien plus qu’un amas de cailloux ; il est le volume exact, inversé et visible, du vide laborieusement creusé dans les entrailles de la terre.

Il serait inexact de résumer le terril au seul résultat du nettoyage du charbon. Pour saisir l’épaisseur sociale de ce paysage, il faut distinguer les origines de ces tonnes de pierres. Si une partie provient effectivement du tri mécanique en surface — une étape complexe liée aux lavoirs qui fera l’objet d’une analyse ultérieure —, la base constitutive de ce monticule est bien différente.
Elle est composée des “terres de creusement”. Ces blocs de grès et de schiste sont les témoins directs des travaux préparatoires, cette phase ingrate où le mineur n’est pas encore extracteur de richesse, mais perceur de tunnel. Ce volume minéral matérialise les kilomètres de galeries, de chassages et de recoupes forés à même le roc pour atteindre les veines. Chaque strate de ce remblai raconte donc d’abord l’effort physique du creusement : la roche arrachée pour construire le labyrinthe souterrain bien avant que la première tonne de charbon ne soit remontée.

Évolution des Méthodes de Gestion des Stériles

Le razzier plat tel que nous le connaissons aujourd’hui, avec sa forme étendue, a réellement pris forme à partir de 1969 et est resté actif jusqu’à la fermeture du puits en 1997. Cependant, l’histoire de la gestion des stériles du Puits du Villaret remonte à son fonçage en 1948.

Initialement, les stériles extraits du puits étaient principalement déversés au niveau de la Combe du Villaret, juste au-dessus des habitations de la cité de la centrale de Fontveille. Ce choix d’emplacement s’explique par la présence d’une ancienne ligne de chemin de fer à voie métrique, désaffectée avant l’arrivée des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD). La décision fut prise de profiter de cette ligne droite pour y déverser les déblais.

Pour acheminer les matériaux vers cette zone en hauteur, un télébenne fut construit, partant du carreau du Villaret et rejoignant l’ancienne ligne de chemin de fer. Ce système permettait de monter efficacement les stériles dans la montagne.

À partir de 1969, une nouvelle méthode de transport fut mise en place pour le razzier plat. Les stériles, après être remontés par le plan Richard avec le charbon et avoir traversé l’atelier de lavage, étaient transportés par une bande transporteuse de l’autre côté de la route. De là, ils étaient déversés dans une noria de camions-bennes, qui les acheminaient vers le terril pour y être étalés.

Végétation de zone humide au fond d'un cratère du terril de Susville (2011) indiquant la nappe phréatique.

L’eau sous la roche : au fond de cette dépression sur le terril du Villaret (2011), l’apparition de plantes marécageuses trahit la présence de la nappe phréatique affleurant juste sous les stériles.

La genèse du terril

La silhouette du terril ne doit rien au hasard ; elle est la signature directe des technologies de déversement employées successivement. Si l’on disséquait ce monticule, on retrouverait les strates de deux époques logistiques. À l’origine, la mise à terril s’opérait à la force des bras et des reins : des sections de rails étaient posées à même le flanc, sur lesquelles on poussait les berlines pour les basculer dans le vide. Puis, la mécanisation a pris le relais. La forme tabulaire actuelle, ce vaste plateau sommital, trahit l’usage intensif du camion lors des dernières phases d’exploitation. C’est la rotation des poids lourds, nécessitant une surface plane pour manœuvrer et déverser leur charge, qui a arasé et étendu le sommet. Ce relief est donc une archive technique : la transition du rail vers la route est inscrite dans la pente.

Une clé de compréhension essentielle, pourtant fréquente dans le bassin de la Matheysine, manque souvent à la lecture paysagère de ce site : le phénomène de combustion interne. La teinte rouge brique qui domine certains versants n’est pas une fantaisie géologique, mais la preuve tangible que ce terril a fonctionné comme un fourneau involontaire.

L’explication réside dans la composition chimique des remblais : les stériles rejetés n’étaient jamais purs. Ils contenaient des résidus de charbon (anthracite) et, surtout, de la pyrite de fer. Sous l’effet combiné de l’air et de l’humidité, la pyrite s’oxyde, déclenchant une réaction exothermique. La température monte, finissant par enflammer les poussières de charbon résiduelles. La roche noire (le schiste) cuit alors littéralement sur place, se transformant en cette roche rouge, dure et sonnante, que l’on nomme “schiste cuit” ou “rouget”.

Ce feu intérieur, capable de couver pendant des décennies, est un facteur déterminant pour la stabilité du site. Il éclaire les mouvements de terrain — la roche cuite perdant du volume en se consumant — ainsi que la difficulté de la reconquête végétale : comment la flore pourrait-elle s’installer durablement sur un sol instable, chimiquement agressif et qui, par endroits, dégage encore une chaleur souterraine ? 

Cliquez ici pour découvrir une coupe du terril révélant les traces de sa combustion interne.

AvantAprès

Vue avant après du terril en 1952 et en 1997

1. La diversité des métiers : Une usine à ciel ouvert

Le personnel du jour était extrêmement stratifié. On y trouvait trois grands pôles :

  • Le traitement (Lavoirs et Cribles) : C’est le secteur le plus dur. L’anthracite sortant de la mine est mélangé à du schiste (stérile). Au Villaret ou aux Rioux, les ouvriers (et longtemps les ouvrières) triaient le charbon sur des tapis roulants.

  • Les Ateliers Centraux : Forgerons, mécaniciens, électriciens, menuisiers. C’était l’élite technique. Ils réparaient les marteaux-piqueurs, entretenaient les bennes et les câbles des puits. Sans eux, le fond s’arrêtait.

  • Les “Grands Bureaux” et l’administratif : Comptables, géomètres, ingénieurs et personnel médical. Ils géraient la paie, les plans des galeries et la santé des mineurs.

2. Les conditions de travail : Bruit, poussière et froid

Contrairement au fond où la température est constante (environ 15-18°C à La Mure), le personnel du jour subissait le climat rude du plateau matheysin.

  • L’exposition aux éléments : Dans les installations de triage (souvent de grands hangars en tôle mal isolés), les ouvriers travaillaient dans un froid glacial l’hiver, avec des courants d’air permanents.

  • La poussière et le bruit : Les cribles (tamis géants) et les concasseurs généraient un vacarme assourdissant et une poussière fine d’anthracite, tout aussi nocive que celle du fond. Les “trieurs” finissaient la journée aussi noirs que ceux qui remontaient du puits.

  • Le danger mécanique : Si le risque d’éboulement était absent, le danger venait des machines, des courroies de transmission et du mouvement incessant des trains du SGLM (Chemin de fer de La Mure) qui manoeuvraient sous les trémies.

3. La place singulière des femmes : Les « Trieuses »

Le bassin de La Mure a longtemps employé des femmes au jour, une pratique qui a perduré jusqu’aux années 1960-70.

  • Le triage manuel : Elles étaient affectées au retrait des pierres sur les tapis de charbon. C’était un travail répétitif, épuisant pour le dos et les mains, effectué dans une atmosphère saturée de poussière.

  • Évolution : Avec la modernisation des lavoirs (séparation par densité dans des bains de liqueur dense), leur nombre a diminué, les postes devenant plus techniques et masculinisés.

4. Vie sociale et Statut : Mineurs à part entière

Un point crucial : le personnel du jour bénéficiait du Statut du Mineur de 1946.

  • Mêmes avantages : Ils avaient droit au logement gratuit (les cités), au charbon de chauffage, aux soins gratuits à la Société de Secours minière et aux colonies de vacances pour leurs enfants.

  • La retraite : C’était le point de friction majeur. Les ouvriers du jour devaient travailler plus longtemps que ceux du fond (qui partaient à 50 ou 55 ans) pour obtenir leur retraite à taux plein. Cela créait une distinction sociale nette au sein de la cité.

5. La dynamique “Jour / Fond” : Une solidarité complexe

  • Le complexe de la surface : Il existait parfois une tension symbolique. Les mineurs du fond se considéraient comme les seuls “vrais” mineurs, ceux qui risquaient leur vie. Les gens du jour étaient parfois vus comme des privilégiés, bien que leur travail soit essentiel.

  • L’union dans la lutte : Lors des grandes grèves (1948, 1963), cette distinction disparaissait. Le personnel du jour (notamment les ateliers et le transport) était le premier à bloquer l’outil de production pour soutenir les revendications globales.

  • La sentinelle du drame : Le personnel du jour était le premier témoin des accidents. C’est eux qui voyaient arriver les ambulances au carreau de la mine et qui géraient l’angoisse des familles accourant aux grilles du puits.

6. L’héritage architectural

Aujourd’hui, les vestiges les plus visibles à La Mure sont ceux du “Jour” :

  • Le Puits du Villaret et son chevalement (classé).

  • Les Grands Bureaux qui témoignent de la puissance administrative des HBD.

  • Les Ateliers reconvertis pour certains en zones d’activités.

Un Site entre Passé et Avenir

L’observation botanique du terril ne peut se détacher de son origine artificielle. Ce “sol” qui n’en est pas un, composé de roches concassées et drainantes, a favorisé l’émergence d’une flore pionnière très spécifique. On y voit prospérer le bouleau, colonisateur par excellence des terrains ingrats, ainsi que des tapis de lichens capables de s’ancrer sur la pierre nue.
Mais la singularité de ce biotope relève de la thermique. Entre la couleur sombre des schistes qui accumule le rayonnement solaire et la chaleur diffuse issue de la combustion résiduelle des terres, le terril se comporte comme un îlot de chaleur. Il devient ainsi un refuge inattendu pour des espèces thermophiles, recherchant des températures élevées que l’environnement immédiat ne peut leur offrir. C’est ici que l’histoire rencontre la biologie : l’activité extractive a engendré, involontairement, une forme d’écologie industrielle où le déchet minéral conditionne une biodiversité nouvelle. 

Le travail de l’historien ne s’arrête pas à la fermeture du puits ; il doit aussi interroger le temps long de “l’après-mine”. La question de la gouvernance de ces espaces est cruciale : qui hérite de ce paysage ? Si la surveillance des anciens sites relève généralement de l’État via le DPSM (Département Prévention et Sécurité Minière) du BRGM, notamment pour contrôler les risques d’échauffement ou de glissement, le terril du Villaret échappe à cette fatalité de la friche sous surveillance passive.
Ici, la “surveillance” a laissé place à la “valorisation”. Le site n’est plus seulement un dépôt de résidus potentiellement instable, il a opéré une mue spectaculaire en devenant une centrale solaire. Il y a là une ironie historique fascinante que l’on ne peut ignorer : ce sol, formé par l’extraction de l’énergie fossile du XIXe siècle, sert aujourd’hui de socle à la production d’énergie renouvelable du XXIe siècle. Le terril ne brûle pas de l’intérieur, il capte désormais le feu du ciel. 

Depuis la fermeture de la mine, le terril du Villaret vit une seconde existence :

Il est à noter que le terril du Villaret a connu une nouvelle phase d’exploitation au cours des années 2010, un épisode spécifique qui fait l’objet d’un article dédié.

  • Un terrain de loisirs : Sa topographie particulière en a fait un lieu prisé pour la pratique du moto-cross.

  • Un refuge pour la biodiversité : La nature sauvage recolonise peu à peu cet espace industriel.

  • Un projet d’énergie renouvelable : L’immense surface plane du terril fait actuellement l’objet d’études pour l’implantation d’une ferme solaire, symbolisant la transition de l’énergie fossile (le charbon) vers l’énergie verte.

Conclusion

En dernière analyse, le terril du Villaret s’impose comme le témoin immobile de la désindustrialisation. L’arrêt définitif de son alimentation n’a pas seulement marqué la fin d’un processus technique de rejet ; il a scellé la conclusion d’un cycle économique séculaire. La fermeture des mines de la Mure en 1997, l’une des ultimes fermetures de charbonnages en France, confère à cette masse inerte une portée historique nationale. Dans le silence du paysage actuel, ce cône tronqué acquiert une gravité particulière : il se dresse désormais comme le monument funéraire de l’industrie, l’épitaphe minérale d’un monde ouvrier aujourd’hui disparu.

Foire Aux Questions razzier du Villaret


Le Villaret est le symbole de la “dernière bataille” du charbon en Isère. C’est ici, le 28 mars 1997, que la dernière berline d’anthracite a été remontée, marquant l’arrêt définitif de l’extraction minière non seulement en Matheysine, mais dans tout le Dauphiné, clôturant des siècles d’histoire industrielle.

C’est un puits “récent” (mis en service dans les années 1950) conçu pour la modernisation de l’après-guerre. Contrairement aux anciens puits du XIXe siècle, il disposait d’installations modernes et a servi de concentration pour l’extraction jusqu’à la fin.

Le fonçage du puits (démarré en 1948) a rencontré des terrains gorgés d’eau et très instables. Les ingénieurs ont dû utiliser la technique de la congélation des sols : on injecte un liquide réfrigérant dans le sol pour créer un mur de glace étanche, permettant de creuser au sec avant de bétonner le cuvelage.

La topographie montagneuse et les techniques de déversement différaient. Au Villaret, les stériles (roches sans charbon) étaient étalés pour former une plateforme (terril tabulaire), plutôt que d’être accumulés en hauteur sur un point fixe. Aujourd’hui, cette forme facilite sa revégétalisation naturelle (bouleaux, saules).

De l’anthracite. C’est un charbon très pur, à forte teneur en carbone et pauvre en matières volatiles, réputé pour son pouvoir calorifique élevé, typique du sillon alpin.

Non. Comme pour la quasi-totalité des mines fermées en France, le puits a été remblayé (bouché) et sécurisé par une dalle en béton pour éviter tout effondrement ou émission de gaz. Pour visiter des galeries authentiques, il faut se rendre au musée de La Mine Image à La Motte-d’Aveillans, à quelques kilomètres.

Réalisée en 2015 par l’artiste Nessé, cette fresque rend hommage aux “Gueules Noires”. Elle a été commandée pour commémorer l’histoire humaine du site et redonner une visibilité culturelle à cette structure industrielle parfois oubliée.

Oui, il s’agit de l’ancienne salle de la machine d’extraction (le treuil géant qui faisait monter et descendre les cages). Ce bâtiment massif est conservé, bien que son usage ait changé ou qu’il soit fermé au public selon les périodes.

Les sites miniers font l’objet de surveillances. Le terril est constitué de schistes et de grès (stériles). La nature a repris ses droits de manière spectaculaire, transformant la zone industrielle en un espace vert, bien que le sous-sol garde la mémoire des galeries inondées.

Poursuivez votre exploration

Plongez dans l’épopée minière du Plateau Matheysin” “Découvrez l’histoire du Puits du Villaret, le plus récent du Plateau Matheysin”

Découvrez aussi l’exploitation du terril 

Sources et sites officiels 

Musées et Mémoire locale

  • La Mine Image (Site Officiel)

    • Pourquoi : C’est le musée souterrain de référence à La Motte-d’Aveillans. Indispensable pour comprendre ce qui se passait sous terre, en complément de votre article sur le puits de surface.

    • Lien : https://www.mine-image.com

  • Matheysine Tourisme – Le Patrimoine Minier

    • Pourquoi : Pour situer le Villaret dans l’offre touristique actuelle du plateau (sentiers, autres vestiges).

    • Lien : https://www.matheysine-tourisme.com

  •  Archives Audiovisuelles (INA)

    • La fin des Gueules Noires (Journal Télévisé de 1997)

      • Pourquoi : Une vidéo d’époque (INA) montrant la remontée de la dernière benne le 28 mars 1997 au Villaret. C’est une source primaire très forte émotionnellement.

      • Recherche conseillée : “INA Fermeture mines La Mure 1997” ou lien direct vers la fresque historique de l’INA.

      • Lien générique : https://www.ina.fr (Rechercher “Mines Dauphiné”)

    • Technique et Après-Mine

      • Le BRGM et l’Après-Mine

        • Pourquoi : Le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) gère la surveillance des anciens sites (eaux, gaz, stabilité). Utile pour la partie technique/environnementale.

        • Lien : https://www.brgm.fr/fr/nos-actions/projets/gestion-apres-mine

      • L’Agence Nationale pour la Garantie des Droits des Mineurs (ANGDM)

        • Pourquoi : L’organisme qui a succédé à Charbonnages de France pour gérer les droits sociaux et le patrimoine immobilier.

        • Lien : https://www.angdm.fr

    • Patrimoine Culturel

      • Isère Culture – Patrimoine en Isère

        • Pourquoi : Pour consulter la fiche officielle si le chevalement est labellisé ou répertorié dans l’inventaire départemental.

        • Lien : https://culture.isere.fr

Bibliographie 

  • 1. Ouvrages Historiques et Techniques de Référence

    Ces livres sont les “bibles” locales pour comprendre l’évolution technique ayant mené à la création du Villaret.

    • REYMOND, René. La Mure et le bassin houiller du Dauphiné.

      • Note : René Reymond était ingénieur géomètre aux Houillères. C’est l’ouvrage le plus précis sur la géologie, les couches de charbon et l’implantation des puits, dont le Villaret.

      • Éditeur : Imprimerie Barthélemy (Plusieurs éditions, notamment 1982).

    • AILLAUD, Robert. Le temps du charbon : La Mure, Matheysine.

      • Note : L’auteur, figure locale, retrace l’histoire sociale et technique. Les derniers chapitres traitent abondamment de la période d’activité du Villaret (1950-1997).

      • Éditeur : Éditions Le Dauphiné Libéré / Collection Les Patrimoines (2006).

      • ISBN : 978-2916272092.

    • 2. Sources Primaires & Articles Spécialisés (Pour l’aspect technique)

      Le Puits du Villaret est célèbre chez les ingénieurs pour sa méthode de fonçage par congélation. Pour votre fiche d’identité, voici la source technique absolue :

      • Revue de l’Industrie Minérale (RIM).

        • Article cible : “Le fonçage du Puits du Villaret par congélation”.

        • Date : Début des années 1950 (souvent cité dans les revues de 1951 ou 1952).

        • Disponibilité : Consultable aux Archives Départementales de l’Isère ou dans les bibliothèques d’écoles des Mines (Paris, Saint-Étienne).

      • . Mémoire Visuelle et Sociale

        • MINSSIEUX, Pierre. Mines et mineurs de Matheysine.

          • Note : Pierre Minssieux est le photographe emblématique du plateau. Ses ouvrages contiennent les visuels du Villaret en activité (chevalement, recette, personnel).

          • Éditeur : Presses universitaires de Grenoble (PUG) ou éditions locales selon l’année.

        • Collectif (La Mine Image). La Mine Image : La Motte d’Aveillans.

          • Note : Les livrets édités par le musée souterrain contiennent souvent des coupes techniques et des historiques précis des puits, validés par d’anciens mineurs.

        4. Presse et Revues Locales (La fin de la mine)

        Pour la date clé du 28 mars 1997 :

        • Le Dauphiné Libéré. Numéro Hors-Série : “Adieu la Mine” (Mars/Avril 1997).

          • Intérêt : Reportages complets sur la dernière remontée au Villaret, interviews des derniers mineurs et contexte de la fermeture.

Cliquer ici pour ajouter votre propre texte

Photo des vestiges de la voie Charvet en 2005 au lieu-dit Feyteny montrant la ligne recouverte par l'herbe.

La Voie Charvet : Le chaînon manquant du Petit Train de la Mure

De la mine de Picardon à la gare de La Festinière : histoire d’une liaison vitale pour le charbon du Plateau Matheysin.

Si la silhouette emblématique du Petit Train de la Mure (SGLM) est gravée dans la mémoire collective de l’Isère, elle occulte pourtant tout un réseau de « veines » industrielles sans lesquelles l’exportation du charbon aurait été impossible. Parmi ces oubliés de l’histoire, la Voie Charvet occupe une place singulière sur le Plateau Matheysin. Véritable trait d’union technique reliant la mine de Picardon à l’artère ferroviaire de La Festinière, cette ligne a permis de transborder des tonnes d’anthracite durant l’âge d’or minier. En tant qu’historiens, nous vous invitons à dépoussiérer ce chapitre méconnu du patrimoine ferroviaire dauphinois, là où le génie humain a su dompter la pente pour faire circuler l’or noir.

Informations pratiques

Nom de la ligne Voie Charvet
Localisation Plateau Matheysin, Isère (38)
Type de ligne Chemin de fer industriel (Réseau minier)
Usage principal Transport de l’anthracite (Charbon) et du matériel minier
Connexion réseau Jonction avec le SGLM (Chemin de fer de la Mure)
Points clés desservis Puits du Marais, Feyteny, Lespinasse
Mode de traction Hippomobile (historique) puis mécanique
État en 2005 Déferrée. Vestiges visibles (remblais) ou disparus (urbanisation)
Particularité Tracé sinueux adapté à la topographie minière

Note

Pencil Pencil

Cet article présente un état des lieux photographique réalisé en 2005. Certaines sections peuvent avoir évolué depuis.

Carte ancienne (1932) à l'échelle 1/20 000. Sur un fond topographique, le plan délimite la zone des mines de Pierre-Châtel et trace en ligne sombre le parcours ferroviaire de la voie Charvet, illustrant la connexion entre les sites miniers et le réseau de transport.

Plan topographique et industriel du secteur de Pierre-Châtel (1932). Échelle 1/20 000. Le document cartographie l’implantation des concessions minières et détaille l’infrastructure d’évacuation, mettant en évidence le tracé de l’embranchement particulier (EP) Charvet et son articulation avec le réseau local.

Exploration de terrain : De “Le Collet” à “Lespinasse”

L’histoire ne s’écrit pas seulement dans les bibliothèques, elle se vérifie chaussures aux pieds. Aujourd’hui, nous vous emmenons parcourir l’intégralité du tracé supposé de la voie, reliant le lieu-dit Le Collet au secteur de Lespinasse.

Notre objectif ? Confirmer sur le terrain les indices laissés dans les archives.

1. Le point de départ : La jonction avec le SGLM

Notre enquête débute là où tout se jouait : au point de rencontre stratégique avec la ligne du Chemin de fer de La Mure (SGLM). Pour localiser cet endroit précis, nous nous sommes appuyés sur une source documentaire précieuse : une photographie d’époque publiée dans l’ouvrage de référence de Garnier. Ce cliché nous a servi de boussole pour orienter nos recherches.

2. Les vestiges parlent : L’entrée du site

Une fois sur place, la confrontation entre l’image d’hier et la réalité d’aujourd’hui est saisissante. Nous constatons immédiatement que l’ancienne voie industrielle arrivait exactement au même niveau que celle du SGLM, facilitant sans doute les manœuvres.

Plus fascinant encore, l’observation attentive des lieux nous révèle deux anciens poteaux. Dressés de part et d’autre du passage, ils encadraient probablement le portail d’entrée du site ferroviaire. Si la barrière a disparu depuis longtemps, ces sentinelles de pierre (ou de béton/métal) marquent encore physiquement la frontière d’un passé industriel révolu.

Note

Pencil Pencil

Mise en service en 1905, la ligne reliant les bâtiments de stockage des mines de Picadon au Collet avait pour vocation l’évacuation du charbon vers Grenoble via le réseau du SGLM (Saint-Georges-de-Commiers à La Mure). Cette infrastructure, destinée à ouvrir des débouchés au-delà du marché local, fut désaffectée dès 1912 suite à la fermeture des mines pour cause d’épuisement du gisement.

Photo du vestige de la voie Charvet en 2005 à la jonction entre la voie du SGLM et la voie hippomobile.

Vestiges de la voie Charvet en 2005 : vue sur la zone de jonction entre la voie du SGLM et la voie hippomobile.

L’énigme du pont métallique : Le SGLM allait-il plus loin ?

Notre exploration nous mène à une question cruciale : la voie métrique du SGLM s’arrêtait-elle à la gare ou pénétrait-elle directement sur le site de la Voie Charvet ? Un indice monumental semble confirmer la seconde hypothèse : la présence d’un pont métallique sur culées en pierre de taille.

1. L’épreuve des ronces et la mesure décisive

L’accès à l’histoire se mérite. Face à ce pont, une barrière de végétation épineuse nous bloque le passage, nous obligeant à contourner l’obstacle par le champ en contrebas pour inspecter l’ouvrage “par en dessous”.

Malgré le déferrage de la ligne (les rails ont été retirés), les traverses et la structure même du pont parlent encore. Le verdict du mètre ruban est sans appel : l’écartement entre les files de voie est d’un mètre.
Cette largeur, combinée à la robustesse de l’ouvrage métallique, prouve qu’il n’était pas conçu pour de frêles wagonnets de mine (voie de 50 ou 60 cm), mais bien pour supporter les lourds wagons tombereaux du SGLM. La connexion physique entre le réseau public et la ligne privée est donc avérée.

2. Vers Pierre-Châtel : Une plateforme à double usage ?

En reprenant notre marche vers Pierre-Châtel, nous observons attentivement la plateforme ferroviaire. Sa largeur est intrigante : elle semble suffisante pour avoir accueilli, côte à côte, la voie métrique (pour l’exportation) et la voie étroite des wagonnets (venant de la mine).

Malheureusement, le temps a fait son œuvre. De cette infrastructure potentiellement complexe, il ne reste qu’une bordure en pierre de taille, aujourd’hui noyée sous la végétation, dernier témoin silencieux de l’activité passée.

3. Quand le paysage s’efface : L’hypothèse de la pente

Notre progression bute ensuite sur un champ cultivé, que nous longeons par respect pour les cultures. Ici, la trace physique disparaît, effacée par l’agriculture et surtout par la construction de la route actuelle au niveau des Côtes du Collet La Roche.

Pour retrouver le tracé invisible, nous devons raisonner en ingénieurs de l’époque. Un facteur clé nous guide : la déclivité. La pente devait rester douce et constante pour permettre la traction des wagonnets par des chevaux (traction hippomobile). C’est en suivant cette logique de “moindre effort” pour l’animal que nous pouvons redessiner mentalement le chemin du rail dans le paysage moderne.

Photographie noir et blanc de 1900 prise à La Festinière. On y voit une infrastructure ferroviaire à deux niveaux : une voie ferrée supérieure (voie Charvet) installée sur une estacade domine une voie ferrée inférieure où stationnent des wagons du SGLM, illustrant un système de transbordement de charbon par gravité.

Installations de transbordement de l’anthracite au hameau de La Festinière (c. 1900). Le cliché met en évidence le dispositif gravitaire : la voie en estacade de l’entreprise Charvet surplombe le gabarit métrique du SGLM, rationalisant ainsi les opérations de chargement et de stockage.

Note

Pencil Pencil

iveau Inférieur (Le SGLM) : On distingue une rame de wagons tombereaux à voie métrique, caractéristiques du matériel remorqué du SGLM, chargés d’anthracite de la Matheysine. Les châssis et les essieux portent les traces de la poussière de charbon.
Niveau Supérieur (La voie Charvet) : L’élément architectural clé est l’estacade (ou le remblai maçonné) qui supporte la voie privée Charvet. Cette voie est nettement surélevée par rapport au niveau du sol de la gare.
L’Action technique : La différence de hauteur n’est pas fortuite ; elle illustre une rationalisation précoce de la logistique. La position dominante de la voie Charvet permet, selon la configuration des wagons (à trémies ou basculants), soit de stocker le combustible en tas coniques sous l’estacade, soit de faciliter le transvasement direct par gravité, minimisant ainsi le pelletage manuel éreintant pour les ouvriers visibles à l’image.

De Mas Briançon à Feyteny : Quand le paysage a une mémoire

Notre enquête de terrain se poursuit, transformant la randonnée en véritable jeu de piste. Parfois, la modernisation du territoire a effacé l’histoire, mais il suffit d’un détail pour que le passé refasse surface.

1. Le chassé-croisé avec la route moderne

Après avoir perdu la trace de la voie, nous la retrouvons ponctuellement sous une habitation située en contrebas de la route actuelle. Ici, un fragment de la plateforme ferroviaire a survécu.

Cependant, en direction de Pierre-Châtel, la tâche se complique. La construction de la route moderne passant par le Mas Briançon (qui n’existait pas au début du XXe siècle) a recouvert une grande partie de l’ancien tracé. Il faut s’éloigner un peu pour retrouver la ligne, là où le goudron n’a pas encore tout enseveli.

2. Flashback : Le temps héroïque des charretiers

Ce parcours est l’occasion d’évoquer l’avant-train. Comment le charbon sortait-il de la charbonnière de Picardon avant la construction de la Voie Charvet ?

C’était le règne des charretiers. Dans des conditions souvent difficiles, ils transportaient l’anthracite via un itinéraire spécifique :

  • Passage par le secteur des Marais.

  • Longeant l’étang du Crey.

  • Ressortant au lieu-dit Le Crey pour charger enfin le précieux combustible sur les wagons du SGLM.

Le conseil de l’historien : Si vous vous promenez dans ce secteur en hiver, lorsque la végétation est basse, l’ancien tracé de ce sentier de labeur est encore parfaitement visible dans le paysage.

3. L’archéologie du quotidien vers Feyteny

En reprenant notre marche sur l’ancienne plateforme de la Voie Charvet en direction de Feyteny, ouvrez l’œil sur les clôtures des prairies et des jardins privés.

Rien ne se perd, tout se transforme : de nombreux piquets de clôture sont en réalité des vestiges directs de la ligne. Tronçons de rails coupés, anciens tuyaux métalliques… Les riverains ont offert une seconde vie à l’acier industriel, préservant involontairement des morceaux d’histoire ferroviaire.

Photo des vestiges de la voie Charvet en 2005 située au-dessus de la mine et du puits du Marais.

Vestiges de la voie Charvet photographiés en 2005, surplombant le site de la mine et du puits du Marais.

Trésors insolites et preuves toponymiques : L’arrivée à Feyteny

La fin de notre parcours nous réserve encore de belles surprises, où le passé industriel se fond étonnamment dans le paysage rural et urbain actuel.

1. La citerne rivetée : Quand l’industrie sert l’agriculture

Au milieu d’un champ, notre regard d’historien est attiré par un objet métallique d’apparence anodine. Il s’agit des vestiges d’une ancienne citerne, aujourd’hui reconvertie en abreuvoir pour le bétail.

Ce n’est pas n’importe quel bac à eau : l’assemblage est réalisé avec des rivets. Cette technique d’assemblage à chaud, typique de la fin du XIXe siècle (avant la généralisation de la soudure), est une preuve irréfutable de l’ancienneté de cette cuve. Probablement utilisée autrefois pour le stockage de l’eau ou du carburant lié à l’exploitation ferroviaire, elle témoigne d’un recyclage pragmatique par les agriculteurs locaux.

2. L’histoire inscrite sur les murs

En arrivant au hameau de Feyteny, le doute n’est plus permis sur l’exactitude de notre itinéraire. L’histoire ferroviaire est ici officialisée par la toponymie locale.

Nous tombons nez à nez avec une plaque de rue sans équivoque : « Ancienne Voie Charvet ». Ce marqueur urbain confirme que le chemin que nous suivons depuis les champs était bien l’artère vitale du charbon. Guidés par ces traces indélébiles, nous poursuivons désormais notre route à travers les rues, cap sur notre prochaine étape : le secteur de Lespinasse.

Photo bucolique du vestige de la voie Charvet en 2005 au lieu-dit Feyteny.

Vue bucolique sur les vestiges de la voie Charvet au lieu-dit Feyteny (2005).

Terminus Lespinasse : La fin du voyage et le mystère du plan incliné

Notre exploration touche à sa fin en arrivant dans le secteur de Lespinasse. C’est ici, au pied du relief, que se jouait la partie la plus technique de l’acheminement du charbon : la réception des wagonnets descendant de la charbonnière de Picardon.

1. Le témoin de pierre

Si les mécanismes ont disparu, la maçonnerie résiste. Au bord de la route, nous repérons un imposant massif en pierre de taille.
Selon notre analyse, ce bloc ne doit rien au hasard : il marquait très probablement le point d’arrivée (la station inférieure) du plan incliné. C’est ici que la gravité était maîtrisée pour descendre l’anthracite des hauteurs vers la plaine, avant son transbordement.

2. Reconstituer le “faisceau” invisible

En observant la topographie autour de l’ancienne laiterie, l’imagination de l’historien se met en marche. L’espace disponible suggère la présence passée d’un faisceau de voies (une zone de triage et de manœuvre) nécessaire pour gérer le flux des wagonnets pleins et vides.

Cependant, une zone d’ombre persiste. Pour valider cette hypothèse de tracé, nous manquons de preuves visuelles. Existe-t-il, dans un grenier ou un fonds d’archives privé, un plan ou des photos d’époque montrant ce chemin de fer en activité à Lespinasse ? La question reste ouverte et l’appel est lancé aux passionnés.


Conclusion : Une mémoire à préserver

Voilà qui clôt notre marche sur les traces de la Voie Charvet. Du point de jonction avec le SGLM jusqu’aux vestiges du plan incliné, nous avons remonté le temps. Il ne nous reste plus qu’à faire le chemin en sens inverse, avec la satisfaction d’avoir redonné vie, le temps d’une promenade, à ce patrimoine industriel oublié de l’Isère.

Photo de l'ancien tracé de la voie Charvet en 2005 au lieu-dit Lespinasse recouvert par le goudron.

Vestiges de la voie Charvet au lieu-dit Lespinasse en 2005 : le goudron a recouvert l’ancienne voie.

Foire Aux Questions sur la Voie Charvet

La Voie Charvet était une ligne de chemin de fer industrielle. Sa fonction exclusive était le transport du charbon (l’anthracite de Matheysine) depuis les puits d’extraction, notamment le Puits du Marais, jusqu’aux infrastructures de traitement ou de transbordement vers le réseau principal.

Le SGLM (Chemin de fer de Saint-Georges-de-Commiers à La Mure) constituait l’artère principale pour l’exportation du charbon hors du plateau. La Voie Charvet agissait comme un affluent : elle collectait le charbon sur les sites miniers pour l’acheminer vers la ligne du SGLM à des points de jonction stratégiques.

Comme le montrent les photos de 2005 présentes dans cet article, les vestiges sont disparates.

  • À Feyteny : La plateforme de la voie est encore visible mais fortement envahie par la végétation.

  • À Lespinasse : L’urbanisation a effacé les traces, l’ancien tracé ayant été recouvert par le goudron de la voirie moderne.

  • Vers le Puits du Marais : On devine encore les terrassements et les zones de jonction ferroviaire.

Certaines sections sont devenues des chemins ruraux ou des routes goudronnées accessibles au public. Cependant, d’autres parties traversent des propriétés privées ou sont rendues impraticables par la végétation. Il est conseillé de se référer au cadastre et aux cartes IGN actuelles pour identifier les chemins communaux.

Aux débuts de l’exploitation minière ou sur certaines sections secondaires, la traction n’était pas toujours mécanique (vapeur ou électrique). Des chevaux étaient utilisés pour tirer les wagonnets sur les rails avant la modernisation complète du réseau. La zone de jonction évoquée dans l’article marque cette transition technologique.

Poursuivez votre exploration

Découvrez d’autres articles sur le patrimoine industriel de l’Isère https://patrimoinedudauphine.fr/patrimoine-ferroviaire/

La Voie Charvet ne peut être comprise sans évoquer son lien vital avec le SGLM. Ce réseau capillaire permettait d’acheminer l’anthracite depuis les sites d’extraction comme la gare de Notre-Dame-de-Vaulx,  Ces vestiges constituent aujourd’hui une part essentielle du patrimoine de la Matheysine, témoignant de l’intensité de l’activité minière passée

Sources et sites officiels 

Archives Départementales de l’Isère

Pourquoi : Pour consulter les cadastres napoléoniens, les séries S (Travaux publics) et M (Mines).archives.isere.fr

Gallica (Bibliothèque Nationale de France)

Pourquoi : Pour retrouver des articles de presse ancienne (Le Petit Dauphinois, etc.) mentionnant les accidents ou l’activité de la mine, ainsi que des cartes postales anciennes numérisées. gallica.bnf.fr

Inventaire du Patrimoine de la Région Auvergne-Rhône-Alpes

Pourquoi : Ce site contient souvent des dossiers très fouillés sur le patrimoine industriel et ferroviaire régional. patrimoine.auvergnerhonealpes.fr

La Mine Image (Musée souterrain de la mine)

Pourquoi : Situé à La Motte-d’Aveillans, c’est l’institution de référence sur l’histoire du charbon matheysin. Ils détiennent probablement des archives sur le Puits du Marais. mine-image.com

Le Petit Train de La Mure (Edeis)

Pourquoi : Le site officiel de la ligne touristique actuelle, héritière du SGLM sur lequel se branchait la Voie Charvet. lepetittraindelamure.com

Matheysine Tourisme

Pourquoi : Pour situer le contexte géographique et touristique actuel. matheysine-tourisme.com

FACS – Patrimoine Ferroviaire

Pourquoi : La Fédération des Amis des Chemins de fer Secondaires est une référence nationale pour les lignes à voie métrique et étroite. facs-patrimoine-ferroviaire.fr

Bibliographie 

Ouvrages de référence sur le SGLM et les réseaux miniers :

BOUILLIN, Patrice. Le Chemin de fer de la Mure : St-Georges-de-Commiers – La Mure – Corps – Gap – Valbonnais. Éditions Presse et Éditions Ferroviaires, 1995. (L’ouvrage de référence absolu pour cette zone).

DOMENGIE, Henri. Les petits trains de jadis – Sud-Est de la France. Éditions du Cabri, 1985. (Pour le contexte du réseau secondaire en Isère).

CENAC, Michel. Le rail en Matheysine. Éditions à compte d’auteur (ou association locale), date à vérifier selon votre édition.

Histoire des Mines et du contexte industriel :

H.B.D. (Houillères du Bassin du Dauphiné). Rapports d’exploitation et plans des concessions. (Si vous avez consulté des rapports d’époque).

Collectif. Mines et Mineurs de Matheysine. (Il existe plusieurs ouvrages locaux édités par la Mairie de La Mure ou le Musée de la Mine Image).

Périodiques et Revues spécialisées :

Chemins de Fer Régionaux et Urbains. Revue de la FACS (Fédération des Amis des Chemins de fer Secondaires). Numéros traitant du SGLM.

Connaissance du Rail. Articles divers sur les lignes métriques alpines.

Sources d’Archives (À adapter selon vos recherches)

Si vous êtes allé aux archives, citer la série (la “cote”) fait toute la différence pour un historien :

Archives Départementales de l’Isère (ADI) :

Série S (Travaux Publics et Transports) : Dossiers relatifs aux chemins de fer d’intérêt local et voies industrielles (Sous-série 5S généralement).

Série M (Administration générale et économie) : Dossiers relatifs aux concessions minières et à l’industrie (Mines de la Mure, Puits du Marais).

Voir la carte

Galerie Photos

Utilisez les touches de direction pour faire défiler les photos

Photo de la gare du Villaret à Susville prise depuis le carreau de la mine, montrant le lien entre le puits et le patrimoine du train minier.

Gare du Villaret : Plongée dans l’histoire du train minier de La Mure

Histoire d’une gare sur la ligne du chemin de fer de La Mure

Plus qu’un simple bâtiment ferroviaire, la gare du Villaret fut le cœur battant de la ligne du Petit Train de La Mure. C’est ici, sur ses quais, que des tonnes d’anthracite ont commencé leur voyage vers la vallée, scellant le destin du plateau Matheysin à celui de son audacieux chemin de fer. Cet article explore l’histoire de ce site emblématique, jalon d’une ligne de montagne pionnière, de son rôle vital dans l’industrie minière à sa renaissance touristique, jusqu’à sa mise en sommeil qui n’efface pas la richesse de son passé.

Informations pratiques

Catégorie Informations
Nom Officiel Gare du Villaret.
Localisation • Commune : Susville, Isère.

• Hameau : Le Villaret.

• Région : Plateau Matheysin, Dauphiné.

Ligne Ferroviaire Chemin de fer de Saint-Georges-de-Commiers à La Mure (SGLM), plus connu sous le nom de “Petit Train de La Mure”.
Vocation Principale Industrielle et logistique : point de chargement et d’expédition du charbon extrait des Houillères du Dauphiné, notamment du puits du Villaret.
Fonction Secondaire Halte pour voyageurs (à ses débuts).
Dates Clés • 27 novembre 1908 : Décision de construire une véritable gare, financée par la Compagnie des Mines de La Mure.

• 1911 : Construction du faisceau de voies pour le charbon.

• 1912 : Électrification partielle des voies de manœuvre.

• 1913 : Construction du bâtiment voyageurs.

• Après 1945 : Apogée de la gare, liée à l’exploitation intensive du puits du Villaret.

. 18 octobre 1988 : Départ du tout dernier train de charbon, marquant la fin de l’activité.

Statut Actuel • Gare : N’est plus en activité ferroviaire. Le bâtiment est aujourd’hui une propriété privée et ne se visite pas.

• Site : Lieu de mémoire du patrimoine minier et ferroviaire. Les voies ont été en grande partie ensevelies.

Particularités • A remplacé une simple halte pour devenir le centre névralgique de l’expédition du charbon du bassin minier.

• La gare sert aujourd’hui de terminus provisoire au nouveau “Petit Train de La Mure” dans son exploitation touristique.

La Gare du Villaret : Mémoire vivante du patrimoine minier de La Mure

Au cœur du plateau matheysin, à Susville, se dresse un bâtiment qui semble attendre un train qui ne viendra plus : la gare du Villaret. Bien plus qu’une simple station, elle fut le cœur battant de l’activité charbonnière du Dauphiné, un témoin essentiel de l’histoire industrielle et ferroviaire de l’Isère. Retour sur le destin de ce lieu de patrimoine, né de la houille et façonné par le rail.

Le bâtiment voyageurs de la gare du Villaret et son quai vide, témoin du patrimoine ferroviaire du train minier de La Mure.

La gare du Villaret photographiée en 2006, près de deux décennies après son dernier train de charbon. La vue est orientée en direction de La Mure.

D’une simple halte à un pôle stratégique

À l’origine, le site du Villaret n’était qu’un arrêt secondaire sur la célèbre ligne du chemin de fer de Saint-Georges-de-Commiers à La Mure (SGLM). La proximité d’autres gares ne justifiait pas une installation plus importante. Mais l’histoire du bassin minier en a décidé autrement.

Le 27 novembre 1908, la Compagnie des Mines de La Mure, consciente de son potentiel, prend une décision visionnaire : financer entièrement la construction d’une véritable gare pour remplacer la modeste halte. L’objectif ? Créer un point de chargement performant pour le charbon extrait des puits voisins. La compagnie prend tout en charge, de l’achat des terrains aux travaux de construction, partageant seulement les coûts d’électrification avec l’État.

Les défis de la construction

Le projet était ambitieux.

  • 1911 : Le faisceau de voies destiné au chargement du charbon est la première étape concrète.

  • 1912 : L’électrification est installée, mais de manière ciblée. Seules les locomotives électriques peuvent manœuvrer les lourdes rames de charbon. Pour le reste, la traction hippomobile reste de mise, une image saisissante de la transition technologique de l’époque.

  • 1913 : Le bâtiment voyageurs sort enfin de terre, donnant à la gare du Villaret son visage définitif.

Vue de l'ancienne gare du Villaret et de ses voies en direction de La Motte d'Aveillans, patrimoine du train minier de La Mure.

La gare du Villaret en 2006. La vue est orientée en direction de La Motte d’Aveillans, l’un des cœurs historiques du bassin minier.

L’âge d’or de la gare, cœur nerveux des Houillères

Si la gare est née avant la Première Guerre Mondiale, son véritable essor survient après la Seconde. Alors que la production du puits de La Motte d’Aveilans décline, celui du Villaret, creusé en 1948, monte en puissance. Équipé des techniques d’extraction les plus modernes, il assure la survie économique de tout le bassin minier.

La gare du Villaret devient alors le centre névralgique des Houillères. C’est depuis ses bureaux que les commandes de trains étaient orchestrées. C’est sur ses voies que des milliers de tonnes de charbon étaient triées et expédiées vers Saint-Georges-de-Commiers, prêtes à alimenter l’industrie régionale et nationale. Elle était le point de départ d’une richesse qui a façonné le territoire pendant des décennies.

Voies ferrées de la gare du Villaret à Susville, vue en direction du puits de la mine de charbon, patrimoine ferroviaire du train de La Mure.

Depuis l’ancien faisceau de voies de la gare du Villaret, le regard tourné vers l’emplacement du puits minier.

Le silence des rails et l’héritage d’aujourd’hui

L’inéluctable déclin de l’industrie charbonnière française scelle le destin de la gare. Le 18 octobre 1988, le tout dernier train de charbon quitte les voies du Villaret, marquant la fin d’une épopée industrielle de près d’un siècle.

Dans les années qui suivirent, le site fut malheureusement abandonné. Le vaste faisceau de voies, autrefois vibrant d’activité, fut enseveli sous des gravats, comme pour tourner la page d’un passé devenu encombrant.

Aujourd’hui, la gare du Villaret est un héritage précieux. Son bâtiment, toujours debout, nous rappelle l’interdépendance vitale entre la mine et le rail. C’est un lieu de mémoire qui raconte le labeur des mineurs, l’ingéniosité des cheminots et l’aventure d’un territoire dauphinois bâti sur l’or noir. Un patrimoine à connaître et à préserver.

Foire Aux Questions sur la Gare de Susville.

La Gare du Villaret est située sur la commune de Susville, en Isère, au cœur de l’ancien bassin minier du plateau Matheysin. Elle se trouve sur le tracé historique de la ligne du chemin de fer de La Mure.

La Gare du Villaret n’était pas une simple gare de voyageurs. Sa fonction principale était industrielle et logistique. C’était le point de chargement et d’expédition du charbon extrait du puits du Villaret, le plus moderne des Houillères du Dauphiné après la Seconde Guerre mondiale. Elle était le centre névralgique du train minier de La Mure.

SGLM est l’acronyme de la compagnie “Chemin de fer de Saint-Georges-de-Commiers à LMure”. C’est le nom historique de la ligne ferroviaire qui desservait le plateau Matheysin, célèbre à la fois pour son rôle dans le transport du charbon et, plus tard, pour son exploitation touristique sous le nom de “Petit Train de La Mure”.

Non, la gare n’est plus en activité. Le dernier train de charbon a quitté ses voies le 18 octobre 1988, marquant la fin de l’exploitation minière et ferroviaire du site. Aujourd’hui, le bâtiment voyageurs est un vestige de ce riche passé industriel du Dauphiné au XXe siècle. Mais le train touristique passe devant la gare.

Le bâtiment de la gare est une propriété privée et ne se visite pas de l’intérieur. Cependant, il reste visible depuis l’extérieur. Il constitue un point d’intérêt pour les amateurs de patrimoine ferroviaire et d’histoire industrielle qui parcourent la région de La Mure.

Elle était le maillon final d’une chaîne économique qui a fait vivre tout le territoire pendant des décennies. En assurant l’expédition efficace du charbon, elle a garanti la rentabilité des mines de La Mure et a joué un rôle clé dans le développement économique du Dauphiné au XXe siècle.

Poursuivez votre exploration

“Cette petite gare est donc un témoin précieux de l’héritage ferroviaire de la Matheysine...

“…la gare du Villaret sert aujourd’hui de terminus provisoire du célèbre Petit Train de La Mure.

Sources et sites officiels

“Pour préparer votre voyage et consulter les informations pratiques, rendez-vous sur le site officiel du Petit Train de La Mure.

“La gare du Villaret est une excellente porte d’entrée pour découvrir les nombreux autres atouts touristiques de la région, comme le recommande l’Office de Tourisme de la Matheysine.”

“Pour une plongée encore plus profonde dans les détails techniques et historiques de la ligne, la page Wikipédia consacrée au Chemin de fer de la Mure est une ressource très complète.”

Bibliographie

Ouvrages de référence sur la ligne

Ce sont les incontournables, les ouvrages qui font la synthèse la plus complète sur le sujet.

  • BOUILLIN, Patrice, Le petit train de la Mure: Saint-Georges-de-Commiers – La Mure – Valbonnais – Corps – Gap, Éditions du Cabri, 1995.

    • Commentaire : C’est LA référence absolue sur la ligne. Patrice Bouillin, que vous connaissez sans doute de nom, a réalisé un travail monumental, très richement illustré de photographies, de plans et de schémas techniques. Il aborde non seulement l’histoire de la construction et de l’exploitation, mais aussi le matériel roulant et le contexte industriel. Des informations précieuses sur chaque gare, y compris celle du Villaret, y figurent.

  • BANAUDO, José, Sur les rails du Dauphiné : l’histoire des chemins de fer de l’Isère, Éditions du Cabri, 2002.

    • Commentaire : Plus large, cet ouvrage permet de replacer la ligne de La Mure dans son contexte ferroviaire régional. Il est excellent pour comprendre les enjeux des différentes lignes de l’Isère, les complémentarités et les concurrences. Il offre une vision d’ensemble indispensable.

Contexte industriel et minier

La ligne n’existerait pas sans les houillères du plateau Matheysin. Comprendre l’un impose de connaître l’autre.

  • Association “La Mine Image”, Quand la lumière venait d’en bas : Histoire de la mine en Matheysine, La Mure, 2003.

    • Commentaire : Cet ouvrage, souvent réalisé par d’anciens mineurs ou des passionnés d’histoire locale, est essentiel pour saisir l’importance de l’anthracite, le travail dans les mines, et donc la raison d’être de la gare du Villaret comme point de chargement et de transit.

Articles de revues spécialisées

Les revues d’histoire ferroviaire ont, à de multiples reprises, traité de cette ligne célèbre. Les archives de ces publications sont une mine d’or.

  • Chemins de Fer Régionaux et Tramways (revue de la FACS-UNECTO) :

    • Commentaire : Il faut absolument dépouiller les anciens numéros. La ligne de La Mure, de par son caractère pionnier (électrification) et spectaculaire, y a été maintes fois décrite. Vous y trouverez des articles techniques très pointus sur l’électrification de 1903, le matériel roulant spécifique ou les ouvrages d’art.

  • La Vie du Rail (notamment les numéros anciens et spéciaux) :

    • Commentaire : Au fil des décennies, cette revue a publié de nombreux reportages, actualités et articles de fond sur le “Petit Train de La Mure”, que ce soit durant son exploitation industrielle, sa période touristique ou lors des événements plus récents (fermeture, projet de réouverture). Leurs archives photographiques sont souvent exceptionnelles.

Sources et archives

Pour une recherche de première main, indispensable pour un historien.

  • Archives départementales de l’Isère (Série S – Travaux publics et transports) :

    • Commentaire : On y trouve les dossiers de concession de la ligne, les plans des gares (dont probablement ceux du Villaret), les rapports de l’ingénieur des Ponts et Chaussées, la correspondance officielle… C’est la source brute, incontournable pour vérifier une date ou une information technique.

  • Archives Nationales du Monde du Travail (ANMT) à Roubaix :

    • Commentaire : Si des fonds relatifs aux Houillères du Dauphiné ou aux compagnies ferroviaires successives (PLM, VFD) y ont été versés, ils peuvent contenir des informations sur l’exploitation, le personnel ou le volume de fret ayant transité par Le Villaret.