Photo historique de 2017 de la Piste Noire, une ancienne route minière surplombant la cité nouvelle de la centrale à Fontveille

La Piste Noire de Bois Freynet : Une cicatrice minière témoin du passé houiller dauphinois

En 1983, un chantier colossal se préparait dans le massif du Dauphiné : l’exploitation à ciel ouvert de la zone de Bois Freynet par les Houillères du Bassin Dauphinois (HBD). Un défi logistique de taille se posait : comment accéder à ce site isolé pour extraire le précieux charbon ? La réponse fut la création d’une artère singulière, une route au nom évocateur : la Piste Noire.

La Piste Noire. Un nom qui résonne avec l’histoire industrielle du Dauphiné. Bien plus qu’un simple chemin, elle est le témoin d’une époque où l’extraction du charbon façonnait le paysage et la vie des hommes. Découvrez l’histoire de cette route singulière, construite à partir de déchets miniers, et devenue aujourd’hui un lieu de mémoire et de loisirs.

Informations pratiques

Model

Voici une fiche technique sous forme de tableau pour la Piste Noire, reprenant les informations pertinentes et les organisant de manière concise :

Caractéristique Description
Nom Piste Noire
Localisation Bassin Dauphinois, Massif du Dauphiné, secteur de Bois Freynet et Fontveille, Susville. Voir carte en pied d’article.
Période de Construction 1983
Période d’Utilisation 1983 – 1986 (Exploitation à ciel ouvert de Bois Freynet)
Fonction Principale Accès à la zone d’exploitation minière de Bois Freynet ; Transport du charbon vers le lavoir du Villaret.
Type de Revêtement Schistes (déchets miniers issus de l’extraction du charbon)
Utilisation Actuelle Sentier de randonnée, VTT, potentiel pour 4×4 (à vérifier la réglementation actuelle)
Impact Environnemental Poussière, pollution sonore et atmosphérique lors de l’exploitation ; Modification du paysage. 
Rôle Historique Témoignage de l’activité minière dans le Bassin Dauphinois; impact sur la vie des habitants de Fontveille.
État Actuel Piste conservée, empruntée par des usagers de loisirs, visible, accessible. La piste est en bonne état.
Gestion/Protection La piste est géré par la commune de Susville

Une route née des entrailles de la mine

Le nom de « Piste Noire » n’était pas anodin. Loin d’être une coquetterie, il reflétait la nature même de son revêtement : des schistes, ces déchets miniers issus de l’extraction du charbon. Ce choix pragmatique permit de stabiliser le terrain accidenté et de créer une voie carrossable capable de supporter un trafic intense.

Avant même l’arrivée des excavatrices et des bulldozers, la Piste Noire devait jouer un rôle crucial. Il fallait d’abord permettre aux camions grumiers de débarder le bois de la zone, préparant ainsi le terrain pour l’exploitation minière.

Ce que nous appelons aujourd’hui la Piste Noire correspond historiquement à la liaison technique entre le carreau du Puits Villaret et le triage-lavoir.

 La « piste noire » constituait l’axe logistique dédié à l’évacuation, par camions-bennes, de l’anthracite issu de la découverte (exploitation à ciel ouvert) de Bois Freynet.

Photo historique de 2017 de la Piste Noire, une ancienne route minière surplombant la cité nouvelle de la centrale à Fontveille

La Piste Noire surplombant la cité nouvelle de Fontveille, vestige de l’exploitation minière de Bois Freynet (photo de 2017).

De l’extraction à la valorisation : La Piste Noire, cordon ombilical de l’anthracite

1. Le « Tout-venant » : un produit brut

À sa sortie de terre, l’anthracite est intimement mêlé à des stériles (principalement des schistes et des grès). Ce mélange est inexploitable en l’état par les chaudières industrielles ou domestiques. La Piste Noire n’était donc pas un simple chemin forestier, mais un axe logistique vital, un véritable « cordon ombilical » reliant le lieu d’extraction à l’Usine de Préparation des Combustibles (UPC).

2. Le Lavoir : l’alchimie de la densité

Au bout de cette piste, les camions bennes déversaient leur cargaison au lavoir. C’est ici que s’opérait la séparation densimétrique :

  • Plongé dans des bacs à pistonnage ou des milieux denses, le charbon (plus léger) flottait, tandis que le schiste (plus lourd) coulait.

  • Cette étape de lavage permettait d’éliminer les impuretés et d’abaisser le taux de cendres, garantissant la pureté exceptionnelle de l’anthracite dauphinois.

3. Le Criblage : la naissance des produits commerciaux

Une fois lavé, le charbon passait au criblage (tri par taille). C’est à ce stade que le combustible gagnait sa valeur marchande et son nom. Il était calibré en différentes catégories selon les besoins du marché :

  • Les Gaillettes et Noisettes pour les poêles domestiques.

  • Les Grains et Petits Grains pour les chaudières.

  • Les Fines pour l’industrie lourde et les centrales thermiques.

4. Une économie de la qualité

C’est précisément ce processus industriel, qui transformait la roche brute en une source d’énergie stratégique. En circulant sur la Piste Noire, l’anthracite entamait sa mutation d’un produit minéral brut vers un produit de luxe énergétique, faisant la fortune et la renommée du plateau de la Matheysine jusqu’en 1997.

Un ballet incessant de camions bennes

L’exploitation à ciel ouvert lancée, la Piste Noire devint l’épine dorsale de toute l’opération. Les camions bennes, chargés de charbon extrait de Bois Freynet, entamaient un ballet incessant en direction du lavoir du Villaret, situé à Susville.

Imaginez la scène : une noria de camions, jour après jour, arpentant la Piste Noire. La poussière soulevée par leurs passages, malgré les tentatives d’arrosage, recouvrait inévitablement le paysage.

Plan sur fond de carte IGN montrant le tracé de la Piste Noire, visualisé par un trait bleu.

Tracé de la Piste Noire superposé à une carte topographique IGN.

La vie quotidienne bouleversée

Le tracé de la Piste Noire traversait la cité nouvelle de la centrale à Fontveille. Pour les habitants, la vie quotidienne était radicalement transformée. Faire sécher son linge au soleil devenait un défi, tant la poussière omniprésente risquait de le souiller.

Cette poussière, cependant, n’était pas la seule nuisance. Il faut également prendre en compte les émissions polluantes de la centrale, qui brûlait un charbon de qualité médiocre, rejetant d’autres particules fines dans l’air ambiant.

1. La diversité des métiers : Une usine à ciel ouvert

Le personnel du jour était extrêmement stratifié. On y trouvait trois grands pôles :

  • Le traitement (Lavoirs et Cribles) : C’est le secteur le plus dur. L’anthracite sortant de la mine est mélangé à du schiste (stérile). Au Villaret ou aux Rioux, les ouvriers (et longtemps les ouvrières) triaient le charbon sur des tapis roulants.

  • Les Ateliers Centraux : Forgerons, mécaniciens, électriciens, menuisiers. C’était l’élite technique. Ils réparaient les marteaux-piqueurs, entretenaient les bennes et les câbles des puits. Sans eux, le fond s’arrêtait.

  • Les « Grands Bureaux » et l’administratif : Comptables, géomètres, ingénieurs et personnel médical. Ils géraient la paie, les plans des galeries et la santé des mineurs.

2. Les conditions de travail : Bruit, poussière et froid

Contrairement au fond où la température est constante (environ 15-18°C à La Mure), le personnel du jour subissait le climat rude du plateau matheysin.

  • L’exposition aux éléments : Dans les installations de triage (souvent de grands hangars en tôle mal isolés), les ouvriers travaillaient dans un froid glacial l’hiver, avec des courants d’air permanents.

  • La poussière et le bruit : Les cribles (tamis géants) et les concasseurs généraient un vacarme assourdissant et une poussière fine d’anthracite, tout aussi nocive que celle du fond. Les « trieurs » finissaient la journée aussi noirs que ceux qui remontaient du puits.

  • Le danger mécanique : Si le risque d’éboulement était absent, le danger venait des machines, des courroies de transmission et du mouvement incessant des trains du SGLM (Chemin de fer de La Mure) qui manoeuvraient sous les trémies.

3. La place singulière des femmes : Les « Trieuses »

Le bassin de La Mure a longtemps employé des femmes au jour, une pratique qui a perduré jusqu’aux années 1960-70.

  • Le triage manuel : Elles étaient affectées au retrait des pierres sur les tapis de charbon. C’était un travail répétitif, épuisant pour le dos et les mains, effectué dans une atmosphère saturée de poussière.

  • Évolution : Avec la modernisation des lavoirs (séparation par densité dans des bains de liqueur dense), leur nombre a diminué, les postes devenant plus techniques et masculinisés.

4. Vie sociale et Statut : Mineurs à part entière

Un point crucial : le personnel du jour bénéficiait du Statut du Mineur de 1946.

  • Mêmes avantages : Ils avaient droit au logement gratuit (les cités), au charbon de chauffage, aux soins gratuits à la Société de Secours minière et aux colonies de vacances pour leurs enfants.

  • La retraite : C’était le point de friction majeur. Les ouvriers du jour devaient travailler plus longtemps que ceux du fond (qui partaient à 50 ou 55 ans) pour obtenir leur retraite à taux plein. Cela créait une distinction sociale nette au sein de la cité.

5. La dynamique « Jour / Fond » : Une solidarité complexe

  • Le complexe de la surface : Il existait parfois une tension symbolique. Les mineurs du fond se considéraient comme les seuls « vrais » mineurs, ceux qui risquaient leur vie. Les gens du jour étaient parfois vus comme des privilégiés, bien que leur travail soit essentiel.

  • L’union dans la lutte : Lors des grandes grèves (1948, 1963), cette distinction disparaissait. Le personnel du jour (notamment les ateliers et le transport) était le premier à bloquer l’outil de production pour soutenir les revendications globales.

  • La sentinelle du drame : Le personnel du jour était le premier témoin des accidents. C’est eux qui voyaient arriver les ambulances au carreau de la mine et qui géraient l’angoisse des familles accourant aux grilles du puits.

6. L’héritage architectural

Aujourd’hui, les vestiges les plus visibles à La Mure sont ceux du « Jour » :

  • Le Puits du Villaret et son chevalement (classé).

  • Les Grands Bureaux qui témoignent de la puissance administrative des HBD.

  • Les Ateliers reconvertis pour certains en zones d’activités.

Un héritage complexe

Aujourd’hui, la Piste Noire de Bois Freynet est bien plus qu’un simple chemin. Elle est une cicatrice dans le paysage, un témoin silencieux d’une époque révolue, celle de l’exploitation minière à grande échelle dans le Bassin Dauphinois. Elle rappelle la dureté des conditions de travail, l’impact environnemental et les compromis nécessaires pour assurer la production d’énergie.

Cette piste noire, symbole d’une activité industrielle intense, soulève encore aujourd’hui des questions sur la gestion des héritages miniers et la nécessité d’une transition énergétique juste et durable. Elle nous invite à nous souvenir du passé pour mieux construire l’avenir.

Foire Aux Questions la piste Noire

Son nom vient directement de sa composition. Contrairement aux routes classiques en remblai calcaire (gris ou blanc), cette piste a été construite à partir de stériles miniers, principalement des schistes noirs extraits des mines de charbon locales. Cette couleur sombre caractéristique l’a immédiatement distinguée dans le paysage.

La piste a été aménagée en 1983 par les Houillères du Bassin Dauphinois (HBD). Elle était indispensable pour ouvrir le chantier d’exploitation à ciel ouvert (appelé « la découverte ») de la zone de Bois Freynet.

La Piste Noire avait une double fonction logistique :

  • Au début : Permettre l’accès aux engins de terrassement et le passage des camions grumiers pour déboiser la zone.

  • En phase d’exploitation : Assurer la « noria » (le va-et-vient incessant) des camions bennes transportant le charbon brut depuis Bois Freynet jusqu’au lavoir du Villaret, à Susville, pour y être traité.

Le passage des camions à proximité de la cité nouvelle de la centrale entraînait d’importantes retombées de poussière noire. Malgré l’arrosage régulier de la piste pour limiter les envols, il était quasiment impossible pour les riverains de faire sécher leur linge dehors ou de garder les habitations propres. À cela s’ajoutaient le bruit des moteurs et les fumées de la centrale thermique voisine.

L’activité a été intense mais relativement courte. Le chantier de Bois Freynet ayant pris fin en 1986, la piste a été abandonnée par les Houillères seulement trois ans après sa création, suite à l’épuisement ou à l’arrêt de l’exploitation de cette zone.

Oui, la piste existe toujours. Bien qu’elle ne soit plus entretenue pour le passage de poids lourds, elle est devenue un itinéraire prisé par les promeneurs, les vététistes et, dans certaines zones autorisées, par les véhicules tout-terrain (4×4). Elle constitue désormais un sentier de mémoire permettant de découvrir les paysages transformés du bassin minier.

Le charbon empruntant la piste était acheminé vers le lavoir du Villaret à Susville. C’est là que le minerai était trié, lavé et calibré avant d’être expédié vers les clients industriels ou domestiques.

Poursuivez votre exploration

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« .Suivez nous sur l’histoire des Houilleres du Bassin Dauphinois HBD »

Sources et sites officiels 

1. Contextualisation Historique et Technique

  • La Mine Image (Musée souterrain de la Mine) : C’est le site de référence pour comprendre l’extraction dans le Dauphiné. Ils ont des ressources sur les Houillères du Bassin Dauphinois (HBD).

  • Mémoire d’Obiou : Cette association d’histoire locale publie des articles de fond sur le patrimoine de la Matheysine, notamment sur l’époque des « découvertes » (mines à ciel ouvert).

2. Cartographie et Évolution du Paysage (Essentiel pour la Piste)

  • Géoportail – Remonter le temps (IGN) : Ce lien est crucial pour vos lecteurs. Il permet de comparer les photos aériennes de 1983 (pendant l’exploitation) avec celles d’aujourd’hui pour voir le tracé de la Piste Noire.

  • Inventaire des Réseaux Spéciaux (Fiches Ferroviaires/Minières) : Ce site répertorie souvent les anciens tracés techniques (plans inclinés, voies de camions) liés aux mines. (Rechercher « Bassin Dauphinois »).

3. Localisation et Patrimoine Local

  • Mairie de Susville : La Piste Noire reliait Bois Freynet au Villaret (Susville). Le site de la commune évoque parfois son passé minier.

  • Patrimoine de l’Isère : La page du Département dédiée au patrimoine industriel.

4. Archives et Documents d’Époque

  • Archives Départementales de l’Isère : Pour les lecteurs qui souhaitent consulter les fonds d’archives des HBD (Houillères du Bassin Dauphinois).

  • Archives Nationales du Monde du Travail (ANMT) : Ils conservent des dossiers sur les fermetures de mines et les reconversions de sites.

Bibliographie 

  • 1. Ouvrages de référence (Histoire Générale)

    • BILLET, Jean. La Matheysine : Étude de géographie régionale. Imprimerie Allier, 1963.

      • Pourquoi ce livre ? Bien que plus ancien, il permet de comprendre la topographie complexe de la zone entre Susville et Fontveille avant les grands bouleversements des « découvertes ».

    2. Études et Publications Locales (Le plus précis sur Bois Freynet)

    • ASSOCIATION MÉMOIRE D’OBIOU. Bulletins annuels de la revue « Mémoire d’Obiou ».

      • Vérification : Consultez notamment le n° 18 (2013) et le n° 23 (2018). Cette revue de référence pour l’histoire locale contient des témoignages d’anciens mineurs et des précisions sur les sites de Susville et les chantiers de surface des années 80.

    • COLLECTIF. Le Bassin Minier Dauphinois : Regards Croisés. Édité par le Musée de la Mine Image, 2005.

      • Contenu : Analyse l’évolution des paysages miniers et l’impact des déchets de schistes sur l’environnement.

    3. Rapports Techniques et Archives (Sources primaires)

    • HOUILLÈRES DU BASSIN DAUPHINOIS (HBD). Rapports annuels d’activité (1982, 1983, 1986).

      • Localisation : Archives Départementales de l’Isère (Fonds des Houillères).

      • Détails : Ces documents administratifs valident les dates de mise en service de la piste et les tonnages évacués vers le lavoir du Villaret.

    • CHARBONNAGES DE FRANCE. Archives de la fermeture du Bassin Dauphinois.

      • Contenu : Plans de remise en état des sites (ou abandon des pistes) après 1986.

    4. Ressources Cartographiques

    • INSTITUT GÉOGRAPHIQUE NATIONAL (IGN). Carte Topographique 3336OT (La Mure / Valbonnais).

      • Note : Utile pour identifier le tracé actuel de la piste devenu chemin de randonnée.