Fresque commémorative peinte sur la façade de l'ancienne écurie des mines du Villaret à Susville.

L’écurie du Villaret : patrimoine minier à Susville

Au cœur du bassin houiller de Susville, découvrez l’histoire méconnue des anciennes écuries de la mine, de la force de traction des chevaux au fond jusqu’à la reconversion patrimoniale du bâtiment.

Avant que les treuils électriques et les locomotives ne prennent le relais dans les entrailles du plateau matheysin, la mine avançait au pas cadencé des sabots. À Susville, au détour de l’actuelle Impasse des Écuries, se dresse encore un témoin discret mais essentiel de l’urbanisme patronal du Villaret : l’ancienne écurie de la Compagnie des Mines de La Mure. Bien loin des grands chevalements métalliques, ce bâtiment utilitaire raconte l’alliance oubliée entre le mineur et le cheval de trait, et dévoile comment un édifice de labeur a su traverser le siècle pour se réinventer entre artisanat du bois et art urbain.

Informations pratiques

Caractéristique Détail
Nom du site Ancienne écurie de la mine du Villaret
Commune Susville (hameau du Villaret)
Département / Région Isère (38) / Auvergne-Rhône-Alpes (Dauphiné)
Territoire Plateau de la Matheysine
Coordonnées géographiques Impasse des Écuries, 38350 Susville
Période d’activité minière Fin XIXe siècle – milieu du XXe siècle (déclin après 1946)
Commanditaire initial Compagnie des Mines de La Mure
Gestionnaire historique Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD)
Fonction d’origine Hébergement, soins et intendance des chevaux de trait (jour et fond)
Typologie architecturale Bâtiment utilitaire industriel de montagne en maçonnerie de pierre enduite, toiture alpine à forte pente
Occupation actuelle Atelier d’artisanat du bois (menuiserie Bertelli)
Éléments remarquables Toponymie urbaine (Impasse des Écuries), fresque murale commémorative signée Sam Inspire
Statut de visite Visible depuis la voie publique (propriété privée en activité)

Au cœur de la cité minière : l’organisation spatiale du Villaret

Quand on parcourt le hameau du Villaret à Susville, le regard est immédiatement attiré par les imposantes silhouettes du chevalement du puits ou les alignements géométriques des logements ouvriers. Pourtant, la vie quotidienne de ce bassin houiller reposait sur tout un maillage d’équipements annexes, indispensables au fonctionnement de la mine et à l’équilibre de la communauté. L’ancienne écurie du Villaret fait partie de ces témoins discrets de l’urbanisme patronal de la Matheysine.

Une ville-usine pensée au millimètre

Au début du XXe siècle, la Compagnie des Mines de La Mure ne bâtit pas seulement des puits d’extraction ; elle conçoit un écosystème urbain autonome. Le Villaret devient une véritable cité minière intégrant le travail, le logement, l’éducation et la logistique. Rien n’est laissé au hasard :

  • Le carreau industriel regroupe les fonctions lourdes (puits, tri, centrale thermique).

  • Les cités-jardins accueillent les familles des mineurs.

  • Les villas de direction s’installent en surplomb.

  • Les services techniques et animaliers s’insèrent à la charnière entre les zones de transport et les voies d’accès au carreau.

Pourquoi implanter des écuries au cœur du hameau ?

Avant l’avènement du tout-électrique et des convoyeurs à bande automatisés, le cheval reste la force motrice incontournable des exploitations. Implanter les écuries à proximité immédiate des voies de circulation et de la gare du Villaret répondait à une exigence logistique : réduire les temps de déplacement des attelages, faciliter l’acheminement du fourrage et permettre un accès direct aux entrées de galeries ainsi qu’aux quais de transbordement.

La force animale au service de l’anthracite

L’image d’Épinal de la mine renvoie souvent au pic du mineur ou à la vapeur des locomotives. Mais sur le rude plateau matheysin, le cheval de trait et le mulet ont été les véritables auxiliaires de l’essor industriel.

Le travail des chevaux au fond et au jour

Dans les chantiers houillers, les chevaux occupaient deux rôles bien distincts :

  • Au fond : Des chevaux de petite taille ou des poneys descendaient dans les galeries pour tracter les rames de berlines pleines de charbon ou de stériles vers les puits.

  • Au jour : En surface, des chevaux plus puissants assuraient les manœuvres de triage, le déplacement des wagonnets entre les hangars et le halage des charrois de bois de soutènement nécessaires pour étayer les galeries.

L’écurie du Villaret servait de quartier général à cette cavalerie industrielle : pansage, ferrage, distribution des rations de foin et d’avoine, mais aussi période de repos pour des bêtes soumises à rude épreuve par le climat de montagne et l’effort continu.

Une intendance rigoureuse

Gérer des dizaines d’équidés imposait une gestion millimétrée. L’exploitation employait des palefreniers, des maréchaux-ferrants et des charretiers, recrutés souvent parmi la population locale familière du travail de la terre. Le bâtiment devait garantir une ventilation constante, une évacuation efficace du purin et un stockage abondant du foin dans les combles, à l’abri des poussières de charbon omniprésentes dans l’air du Villaret.

Architecture d’un édifice utilitaire du patrimoine minier

Loin des ornements ostentatoires des maisons d’ingénieurs, l’architecture des écuries privilégie la fonctionnalité, la robustesse et la pérennité.

Une conception robuste pour les hivers alpins

Le bâtiment adopte les standards des constructions industrielles du Dauphiné de l’entre-deux-guerres :

  • Maçonnerie en pierre et chaux : Murs épais assurant une inertie thermique idéale, maintenant la chaleur animale l’hiver et la fraîcheur durant les mois d’été.

  • Ouvertures adaptées : Larges portes battantes pour le passage aisé des animaux et des charrettes, doublées de fenêtres hautes destinées à aérer l’espace sans créer de courants d’air directs sur les stalles.

  • Toiture à forte pente : Charpente renforcée pour supporter le poids de la neige abondante sur le plateau matheysin, abritant un vaste fenil sous combles.

La fin progressive de la traction animale

Après la nationalisation de 1946 et la création des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD), la modernisation s’accélère. L’électrification des galeries, l’introduction de treuils et de motrices Diesel, puis le déploiement généralisé des bandes transporteuses rendent obsolète la traction animale. Les chevaux quittent progressivement le Villaret, laissant un bâtiment déserté par sa fonction d’origine mais solide et prêt à de nouveaux usages.

De l’écurie à l’atelier : reconversion et mémoire urbaine

Contrairement à certaines installations techniques du carreau minier démolies après la fermeture du site en 1997, le bâtiment de l’écurie a survécu grâce à sa modularité.

La mémoire vivante gravée dans la toponymie

La première trace urbaine de cet héritage se lit directement sur les plaques de rue : l’Impasse des Écuries témoigne encore aujourd’hui de la vocation initiale de cette parcelle de Susville. Cet ancrage toponymique permet aux habitants comme aux passionnés d’histoire de situer avec précision la place des bêtes de somme dans le plan général de la cité.

Une seconde vie artisanale : la menuiserie Bertelli

Le grand volume intérieur et la structure saine du bâtiment ont facilité sa reconversion en atelier de travail du bois, accueillant l’entreprise artisanale de menuiserie Bertelli. L’édifice a ainsi conservé une âme laborieuse, passant de la mécanique vivante du charbon à l’artisanat du bois.

L’art urbain comme trait d’union : la fresque commémorative

Pour ancrer visuellement ce passé dans le présent, la façade de l’atelier s’est parée d’une fresque murale réalisée par l’artiste peintre Sam Inspire. Cette œuvre d’art public rappelle le temps des chevaux de trait et redonne à l’édifice sa lisibilité historique pour les promeneurs.

À travers sa requalification, l’ancienne écurie du Villaret illustre comment le patrimoine urbain minier peut évoluer sans s’effacer : un bâtiment utilitaire reconverti qui continue d’animer le tissu local tout en conservant intacte la mémoire ouvrière du plateau matheysin.

Foire Aux Questions L’ancienne écurie de la mine du Villaret

Le bâtiment servait de quartier général à la cavalerie de trait de la Compagnie des Mines de La Mure. Il assurait l’hébergement, le pansage, le ferrage et le repos des animaux, tout en stockant le fourrage et l’avoine nécessaires à leur alimentation, à l’abri des poussières de charbon omniprésentes sur le carreau minier.

Les équidés remplissaient deux missions bien distinctes :

  • Au fond : des chevaux de petit gabarit ou des poneys tractaient les convois de berlines chargées d’anthracite ou de stériles dans les galeries jusqu’aux puits d’extraction.

  • Au jour : des chevaux de trait plus puissants déplaçaient les wagonnets entre les installations de surface, triaient les rames et halaient les charrois de bois indispensables au soutènement des galeries.

La Compagnie des Mines a placé le bâtiment à la jonction des voies de circulation et de la gare du Villaret. Cet emplacement stratégique permettait de raccourcir les trajets quotidiens des attelages, d’acheminer facilement le foin et de rejoindre rapidement les entrées de galeries ainsi que les quais de transbordement.

Conçu pour affronter le rude climat hivernal du plateau matheysin, le bâtiment utilise des matériaux traditionnels et robustes : d’épais murs en maçonnerie de pierre et chaux pour conserver l’inertie thermique, une toiture alpine à forte pente supportant la neige et abritant un vaste fenil, ainsi que de larges portes et des ouvertures hautes évitant les courants d’air sur les bêtes.

Après la nationalisation de 1946 et la création des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD), la modernisation technique s’est accélérée. L’arrivée de treuils électriques, de motrices diesel et de convoyeurs à bande dans les galeries a rendu la force animale inutile, entraînant le départ progressif des chevaux.

Le bâtiment a trouvé une seconde vie en accueillant un atelier d’artisanat du bois (la menuiserie Bertelli). Sa façade s’orne d’une fresque commémorative dédiée aux chevaux de mine, peinte par l’artiste Sam Inspire. S’agissant d’un local professionnel privé, l’intérieur ne se visite pas, mais l’édifice et sa fresque sont librement visibles depuis la voie publique, au niveau de l’Impasse des Écuries.

Sources et sites officiels 

1. Autour de l’histoire et du patrimoine minier de la région

  • La Mine Image : Le site officiel du musée de la mine situé à La Motte-d’Aveillans (commune voisine). Ce musée souterrain est directement lié à l’histoire de la Compagnie des Mines de la Mure mentionnée dans votre article.

  • Le Petit Train de La Mure : Un site incontournable pour comprendre l’histoire du transport du charbon et la découverte touristique du plateau de la Matheysine.

2. Informations locales et institutionnelles

  • Mairie de Susville : Le site officiel de la commune où se trouve les habitations. Utile pour les lecteurs cherchant des informations administratives ou d’autres points d’intérêt sur la commune.

  • Office de Tourisme de la Matheysine : Pour aider vos lecteurs à organiser leur visite sur le plateau de la Matheysine (hébergements, randonnées, autres édifices).

3. Patrimoine départemental

  • Portail du Patrimoine de l’Isère : Le site du Département de l’Isère dédié à l’inventaire et à la mise en valeur du patrimoine historique, industriel et religieux de la région.

Bibliographie 

  • 1. Sur l’histoire générale et le patrimoine de la région

    • Miard, Victor. La Mure et la Matheysine à travers l’histoire. Bellegarde-sur-Valserine : Imprimerie Sadag, 1965.

      • Pourquoi cette référence ? C’est l’ouvrage de référence historique incontournable sur le plateau de la Matheysine. Écrit par un historien local respecté, il retrace l’évolution des communes (dont Susville et le hameau du Villaret) et l’impact de l’activité humaine sur le territoire.

    • CHION, Pierre. La mine et les mineurs de la Matheysine : 150 ans de charbon à La Mure. Éditions Le Belvédère, 2005.
      Intérêt : L’ouvrage historique de référence sur l’épopée de l’anthracite sur le plateau. Il documente précisément les infrastructures de surface, le carreau du Villaret et l’organisation du roulage avant la mécanisation intégrale des galeries.

    • ALLEMAND, Henri et CHION, Pierre. Les Gueules Noires du Dauphiné. Éditions Glénat, 1990.
      Intérêt : Un recueil iconographique et documentaire remarquable illustrant le travail des mineurs de fond et du jour, comprenant des clichés d’époque sur le transport par berlines et les installations annexes.

    • REYMOND, René. La Mure et le bassin houiller du Dauphiné. Éditions de Belledonne, 2002.
      Intérêt : Rédigé par un ancien ingénieur-géomètre des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD), ce livre apporte un éclairage technique rigoureux sur la topographie souterraine, la logistique de surface et les liaisons entre les puits d’extraction et les gares de triage.

    • VEITL, Philippe. Les mines de La Mure : Une histoire sociale et politique. Presses Universitaires de Grenoble (PUG), 1994.
      Intérêt : Analyse complète des mutations économiques du bassin, de la gestion patronale de la Compagnie des Mines jusqu’à la nationalisation de 1946 et la modernisation industrielle qui a scellé la fin de la traction animale[1][3].

    2. Sur l’histoire locale spécifique et le patrimoine minier

    • Revue Mémoire d’Obiou. Publiée par l’Association d’Histoire de la Matheysine (La Mure).

      • Pourquoi cette référence ? Cette revue annuelle de recherche historique locale (publiée depuis plusieurs décennies sous l’égide des Amis du Musée de la Matheysine) contient de nombreux dossiers détaillés sur l’histoire des puits de mine de Susville, l’architecture des cités minières du Villaret.

        3. Ouvrages spécialisés sur les chevaux de mine

    • POST, Sylvain. Les chevaux de mine retrouvés. Éditions du Lion Couronné, 2007 (Couronné par le Prix Pégase de l’École Nationale d’Équitation).
      Intérêt : L’enquête historique majeure consacrée aux équidés dans l’industrie charbonnière française[4]. Il détaille avec précision la sélection des bêtes de trait, l’aménagement des écuries (de jour comme du fond), le harnachement protecteur et les relations quotidiennes entre les meneurs et leurs chevaux.

    • SIMONIN, Louis. La vie souterraine ou les mines et les mineurs. Librairie Hachette, 1867 (réédité chez Champ Vallon, 1982).
      Intérêt : Témoignage d’époque essentiel sur l’introduction du roulage hippomobile dans les galeries et la gestion des écuries minières au XIXe siècle[.

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