Concerne les éléments fixes des installations de chemin de fer : bâtiments, dépôts, voies, signalisation, et structures spécialisées comme les ponts, tunnels ou trémies de chargement.

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Vue historique des viaducs en pierre de Loulla sur une carte postale ancienne, à l'époque de l'exploitation minière de la ligne du chemin de fer de La Mure (SGLM).

Les Viaducs Jumeaux de Loulla : Le Spectacle Architectural du Petit Train de La Mure

Histoire et technique d’un ouvrage d’art emblématique du Chemin de fer de La Mure, trait d’union entre La Motte-d’Aveillans et le « Grand Balcon »

Au cœur du plateau matheysin, le viaduc de Loulla n’est pas qu’un simple pont. Construit à la fin du XIXe siècle pour le chemin de fer de La Mure, cet ouvrage d’art monumental est le témoin silencieux de l’épopée industrielle du charbon dauphinois, du génie technique de ses bâtisseurs et de la vie de toute une région. Aujourd’hui au service du petit train de La Mure son histoire mérite d’être contée.

Informations pratiques

Catégorie Description
Nom de l’Ouvrage Viaduc de la Loulla
Type d’Ouvrage Viaduc en maçonnerie à arches
Ligne Ferroviaire Ligne du « Petit Train de La Mure » (section actuellement exploitée)
Localisation • Commune : La Motte d’Aveillans• Obstacle franchi : Ravin de la Loulla

• Territoire : Plateau Matheysin, Isère

Conception et Construction • Ingénieur / Constructeur : Inconnus• Année de construction : circa 1886
Caractéristiques Techniques • Structure : Entièrement en maçonnerie, composé de plusieurs arches en plein cintre.• Longueur : 126 mètres

• Hauteur maximale : 22 mètres

• Voie : Voie unique métrique (1000 mm)

Fonction Actuelle Depuis la réouverture du Petit Train de La Mure en 2021, le viaduc est à nouveau un point central et un ouvrage d’art majeur du parcours touristique. Il est emprunté quotidiennement par le train.
État Actuel Entièrement en service et opérationnel. L’ouvrage a été inspecté, et si nécessaire, consolidé lors des travaux de réhabilitation de la ligne avant sa réouverture. Il fait aujourd’hui partie intégrante du trajet du nouveau Petit Train de La Mure.
Intérêt Patrimonial C’est le symbole de la renaissance du Petit Train de La Mure. Cet ouvrage d’art historique, témoin de l’ère minière, n’est pas un simple vestige mais un élément vivant et fonctionnel du patrimoine local. Il fait le lien direct entre l’épopée industrielle du XIXe siècle et l’attraction touristique du XXIe siècle.

Un viaduc pour le charbon

Au cœur de la seconde moitié du XIXe siècle, les riches gisements d’anthracite du plateau matheysin constituaient une promesse de prospérité, mais posaient un défi logistique majeur. Avant le train, la descente du charbon reposait sur de lents et coûteux convois de charretiers, dont la capacité était bien trop faible pour satisfaire l’appétit énergétique des usines en plein essor de la vallée de Grenoble. Il devenait impératif de trouver une solution moderne et à grande échelle.

C’est pour répondre à cette nécessité que fut décidée la construction du chemin de fer de La Mure. Pour épouser au mieux un relief tourmenté et permettre des courbes serrées, le choix technique se porta sur la voie métrique. La vocation de cette ligne était claire et unique : devenir une véritable artère industrielle pour descendre massivement le charbon depuis les mines jusqu’à la gare de Saint-Georges-de-Commiers. Là, dans un ballet incessant, le précieux combustible était transbordé des wagons à voie métrique vers les wagons à voie normale du puissant réseau du PLM (Paris-Lyon-Méditerranée), qui assurait ensuite son expédition. Une fois transbordé à Saint-Georges-de-Commiers sur le réseau du PLM, l’anthracite de La Mure alimentait aussi bien le chauffage domestique et collectif de l’agglomération grenobloise que les chaudières des nombreuses industries de la région, notamment les papeteries de la vallée de la Romanche.

Ce projet s’inscrit parfaitement dans l’esprit de son époque, encouragé par le plan Freycinet de 1879, ce programme ambitieux de l’État visant à désenclaver les territoires ruraux et industriels. La ligne de La Mure n’était donc pas une simple voie ferrée d’intérêt local ; elle était l’artère vitale qui allait alimenter le moteur de l’industrie dauphinoise.

Une fois mise en service, la ligne tint toutes ses promesses, mais son succès même la confronta rapidement à ses propres limites techniques. Initialement, c’est la traction à vapeur qui est mise en œuvre. Cependant, la production minière explose et les tonnages à évacuer dépassent les capacités des machines : la puissance des locomotives était insuffisante pour tracter des rames toujours plus lourdes. Face à cette impasse, les ingénieurs prirent une décision d’une audace inouïe : dès 1903, le chemin de fer de La Mure devint l’une des toutes premières lignes au monde à être électrifiée en courant continu à haute tension. Cette conversion n’était pas un gadget, mais une nécessité économique et technique qui fit de la ligne un laboratoire mondial de la traction électrique en montagne.

Plan de la ligne du SGLM (La Mure – St-Georges-de-Commiers).

Plan schématique de l’ancienne ligne ferroviaire minière du SGLM, montrant le tracé et les gares principales entre La Mure et Saint-Georges-de-Commiers.

Un défi technique et humain : la construction du viaduc

La réalisation d’un chemin de fer en moyenne montagne exigeait une expertise technique de premier ordre. La conception des ouvrages d’art de la ligne de La Mure, dont le viaduc de la Loulla est l’un des fleurons, est attribuée à Monsieur Rivoire-Vicat, ingénieur en chef des Ponts-et-Chaussées. Cet ingénieur des Ponts et Chaussées a dû faire preuve d’une ingéniosité remarquable pour adapter le tracé à une topographie hostile, faite de ravins profonds et de reliefs escarpés.

À une époque où le métal, popularisé par des ingénieurs comme Gustave Eiffel, triomphe dans l’architecture ferroviaire, le choix de la maçonnerie traditionnelle pour le viaduc de la Loulla peut surprendre. Cette décision s’explique avant tout par des considérations pragmatiques : le coût et la disponibilité des matériaux. Le plateau matheysin regorgeait de pierre de qualité, notamment des moellons et de la pierre de taille, dont l’extraction et le transport sur de courtes distances étaient bien plus économiques que l’acheminement de poutrelles métalliques depuis les lointains centres sidérurgiques. Le viaduc est ainsi un pur produit de son terroir.

Le chantier de la ligne, qui s’est étendu de 1873 à 1878, a été une véritable épreuve de force. Pour ériger les arches monumentales du viaduc, les bâtisseurs ont eu recours à des techniques éprouvées : d’immenses échafaudages en bois s’élevaient depuis le fond du ravin, soutenant les cintres, ces charpentes courbes sur lesquelles les maçons posaient méticuleusement les pierres jusqu’au clavage de la voûte. Les ouvriers ont dû composer avec les défis d’un relief accidenté et d’une météo de montagne souvent capricieuse, rendant chaque étape de la construction périlleuse.

Enfin, le viaduc de la Loulla ne doit pas être perçu comme une œuvre isolée, mais comme la pièce maîtresse d’un chapelet d’ouvrages d’art exceptionnels. Il dialogue avec les autres géants de la ligne, comme le viaduc de Vaulx, et complète une succession de tunnels audacieux creusés à même la roche. Cet ensemble cohérent témoigne de la vision globale de ses concepteurs et de l’habileté des milliers d’ouvriers qui ont façonné, pierre par pierre, ce chemin de fer de montagne légendaire.

Pourquoi deux viaducs jumeaux ? La réponse de l’ingénieur face à la montagne.

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La présence de deux ouvrages identiques n’est pas due à un doublement de voie, mais à une astucieuse solution d’ingénierie pour résoudre le problème de la pente. Pour que les lourds convois de charbon puissent descendre du plateau matheysin sans prendre une vitesse excessive, la pente de la ligne devait rester très faible. Les ingénieurs ont donc dû allonger artificiellement le tracé en créant une boucle de développement au niveau du vallon de la Loulla.
Le train, arrivant à une certaine altitude, traversait la vallée sur un premier viaduc, effectuait une courbe à 180°, puis traversait à nouveau la vallée sur le second viaduc, repartant en sens inverse mais à une altitude inférieure. La construction de deux viaducs droits était, à la fin du XIXe siècle, une solution bien plus simple et économique que celle d’un unique et complexe viaduc en courbe. Ces « jumeaux » de pierre sont donc la matérialisation d’un chef-d’œuvre de tracé ferroviaire.

Vue en contre-plongée en noir et blanc du viaduc métallique de Loulla. Il se dresse au-dessus d'une vallée dont les versants sont entièrement nus et dépourvus d'arbres ou de végétation.

Cliché d’époque révélant l’impact de l’ère industrielle : le viaduc de Loulla dominant une vallée entièrement déboisée par l’activité minière et ferroviaire.

Les bâtisseurs : des héros anonymes

Derrière la prouesse technique et les plans des ingénieurs, il y a les hommes. La construction des ouvrages d’art de la ligne de La Mure fut une épopée humaine qui mobilisa, pendant plusieurs années, des centaines d’ouvriers. Cette main-d’œuvre était un mélange de paysans locaux, qui trouvaient là un complément de revenu, et de migrants spécialisés. Parmi eux, de nombreux ouvriers italiens, réputés pour leur savoir-faire dans les travaux de maçonnerie, ont joué un rôle crucial.

Leur quotidien se déroulait dans des conditions de travail particulièrement difficiles en montagne. Sur des échafaudages vertigineux, exposés aux vents et aux rigueurs du climat alpin, ces hommes travaillaient sans les équipements de sécurité modernes. Chaque pierre posée était le fruit d’un effort physique intense et d’un risque permanent. Le viaduc de la Loulla est ainsi un monument érigé à la sueur et au courage de ces héros anonymes, dont le travail acharné a littéralement façonné le paysage.

Un siècle de prospérité : l’impact du train

Dès sa mise en service en 1888, le train a radicalement transformé la vie sur le plateau matheysin. Ce n’était

Née officiellement en 1888 après une déclaration d’intérêt public en 1881, la ligne de chemin de fer St Georges de Commier – La Mure (SGLM) a radicalement transformé la vie sur le plateau matheysin. Conçue avant tout pour le transport du charbon extrait des mines locales, elle fut le moteur de la fortune de la région pendant près d’un siècle.

Pour les mines, ce fut une révolution : le tonnage annuel transporté témoigne de cette montée en puissance, passant de 250 000 tonnes en 1901 à un pic de 791 000 tonnes en 1966. En permettant d’évacuer des quantités de houille jusqu’alors impensables, le chemin de fer a assuré la prospérité des Houillères du Dauphiné et l’emploi de milliers de personnes. Ce n’était pas seulement une ligne industrielle, c’était une artère vitale qui mettait fin à des siècles d’isolement.

Photographie d'époque en noir et blanc montrant le grand viaduc jumeaux en maconnerie de Loulla qui enjambe une gorge profonde. En contrebas, on aperçoit les bâtiments industriels de la mine des Bethoux.

Cliché historique en noir et blanc du viaduc de Loulla. En contrebas, on distingue la mine des Bethoux, dont le charbon était évacué par la ligne ferroviaire.

Du charbon au tourisme : la seconde vie du viaduc

L’âge d’or du charbon prit fin avec la fermeture progressive des mines. Le sifflet du dernier train de houille en 1988 aurait pu sonner le glas pour la ligne et ses ouvrages d’art, condamnés à l’abandon. Mais c’était sans compter sur l’attachement des habitants et la reconnaissance de sa valeur patrimoniale et touristique exceptionnelle.

Une nouvelle histoire a alors commencé. Le « train noir » des mineurs a laissé place au « petit train rouge » des touristes. La ligne a été sauvée de l’oubli pour devenir l’un des plus beaux chemins de fer touristiques d’Europe. Aujourd’hui, le viaduc de la Loulla ne voit plus passer de lourds convois de charbon, mais des rames de voyageurs venus admirer des paysages à couper le souffle. Il est devenu le symbole d’une reconversion réussie, un pont majestueux jeté non plus seulement entre deux rives, mais entre le passé industriel et l’avenir touristique de la Matheysine.

Photo historique du train rouge et crème de La Mure, avec sa motrice et ses wagons de voyageurs, passant sur le grand viaduc en maçonnerie de Loulla qui enjambe une vallée boisée et montagneuse.

À l’époque de son exploitation touristique, le train de La Mure offrait des vues imprenables à ses passagers, comme ici lors de la traversée du viaduc de Loulla.

Une signature architecturale : le double viaduc

Ce qui frappe le voyageur ou l’observateur attentif, c’est que le viaduc de la Loulla n’est pas un, mais bien deux ouvrages d’art distincts. Face à la nécessité de faire pivoter la voie ferrée pour l’inscrire dans le relief, les ingénieurs ont imaginé une solution d’une grande élégance.

Plutôt qu’un seul ouvrage massif et rectiligne, ils ont conçu deux viaducs distincts pour permettre à la voie de s’inscrire dans une courbe tout en franchissant le ravin. Cette configuration en « S » permettait au train de négocier le virage en douceur, une contrainte technique essentielle pour la sécurité et le confort. Les deux ponts, bien que très proches et partageant une pile commune, sont donc deux structures à part entière, créant une perspective visuelle saisissante pour les voyageurs.

Cette solution, dictée par la contrainte topographique, est devenue une véritable signature esthétique. Pour les passagers du train, la traversée offre un spectacle cinématique unique : en s’engageant dans la courbe, le convoi semble s’enrouler sur lui-même, dévoilant des perspectives sans cesse renouvelées sur le ravin et sur l’ouvrage lui-même. C’est un parfait exemple de l’élégance fonctionnelle où la nécessité technique donne naissance à la beauté.

Un Moment Fort du Voyage sur le Petit Train de La Mure 

Après des années de fermeture suite à un éboulement, le Petit Train de La Mure a repris vie sur un parcours spectaculaire allant de La Mure au Grand Balcon de Monteynard. Et la traversée des Viaducs de Loulla en est l’un des points d’orgue.

Imaginez la scène : le train ralentit à l’approche du ravin, s’engage sur le premier viaduc tandis que, par la fenêtre, vous longez son jumeau à quelques mètres seulement. Le temps d’un instant, vous êtes suspendu entre ces deux géants de pierre, avec le vide sous vos pieds et un panorama grandiose sur la nature environnante. C’est un moment de pur émerveillement et une occasion unique de prendre des photos exceptionnelles.

La motrice T9 du train de La Mure tractant des voitures de touristes sur le viaduc de Loulla.

Symbole de la reconversion touristique de la ligne, la motrice T9 tracte ici une rame de voyageurs au-dessus du vide, sur l’impressionnant viaduc de Loulla.

Conclusion : Un Patrimoine Vivant à Découvrir

Loin d’être silencieux, le viaduc de la Loulla vibre aujourd’hui au passage du Petit Train de La Mure. Plus qu’un vestige de l’ère industrielle, il est un patrimoine bien vivant, un témoin de pierre qui raconte un siècle de labeur. Au-delà de sa fonction ferroviaire, il est perçu par les habitants comme un véritable marqueur du paysage et un symbole du passé industriel et de l’identité de la Matheysine. Trait d’union entre le passé minier et l’avenir touristique, sa traversée est un hommage aux générations qui l’ont bâti et un spectacle offert à celles qui viennent découvrir son histoire.

Foire Aux Questions (FAQ) sur les Viaducs de Loulla 

Le viaduc de Loulla est un ouvrage d’art ferroviaire historique situé sur la ligne du Petit Train de La Mure, dans le département de l’Isère. Sa particularité est d’être composé de deux ponts parallèles, qualifiés de « viaducs jumeaux ».[1]

Le viaduc se trouve sur le territoire de la commune de La Motte-d’Aveillans, sur le plateau Matheysin.

Cette configuration rare a été choisie par les ingénieurs pour permettre à la voie ferrée de franchir le ravin de Loulla tout en négociant une courbe en « S », assurant ainsi un virage en douceur pour le train.

Inaugurée en 1888, la ligne du SGLM (Saint-Georges-de-Commiers à La Mure) avait pour mission principale de transporter l’anthracite extrait des mines de La Mure vers Grenoble. Véritable poumon industriel de la région, elle fut l’une des premières lignes au monde à être entièrement électrifiée dès 1903.

Le viaduc de Loulla mesure 126 mètres de long pour une hauteur maximale de 22 mètres. Il est entièrement construit en maçonnerie de pierres de taille avec des arches en plein cintre.

Oui, absolument. Après des années de fermeture, le Petit Train de La Mure a repris du service sur un nouveau parcours touristique. La traversée des viaducs jumeaux de Loulla est l’un des moments forts et des plus spectaculaires du voyage.

Au-delà de sa fonction ferroviaire, le viaduc est un symbole du patrimoine industriel et de la renaissance touristique de la région. Il constitue un lien entre l’épopée minière du XIXe siècle et l’attraction touristique du XXIe siècle, offrant aux voyageurs une expérience mémorable et une vue saisissante.

Pour allez plus loin

« Bien que moins célèbre que son voisin de la Roizonne, le viaduc de Loulla est une pièce essentielle du patrimoine ferroviaire de la Matheysine. »

« Il permet au Petit Train de La Mure de franchir le ravin de Loulla, offrant aux voyageurs une vue plongeante impressionnante. »

« Avec ses arches en plein cintre plus classiques, il présente un style différent de son célèbre voisin, le viaduc de la Roizonne, qui est entièrement maçonné. »

Sources et sites officiels

« Le viaduc est situé sur le territoire de la commune de La Motte-d’Aveillans, un village au riche passé minier. »

« Pour les passionnés de génie civil, ses caractéristiques techniques sont répertoriées sur la base de données d’ingénierie Structurae.« 

« Le traverser est l’un des moments forts du voyage. Pour planifier votre excursion, consultez le site officiel du Petit Train de La Mure. »

« Ce viaduc est l’un des nombreux ouvrages construits pour l’histoire complète de la ligne, qui a dû s’adapter à un relief particulièrement difficile. »

Bibliographie 

  • GIRAUD, Jean-Pierre, Le chemin de fer de La Mure : Saint-Georges-de-Commiers – La Mure – Corps – Gap, Les Éditions du Cabri, 2015.

    • Commentaire : C’est sans doute l’ouvrage le plus complet et le plus récent sur la ligne. Il est considéré comme la « bible » du sujet. Il contient une iconographie très riche, des plans de voies, des détails sur le matériel roulant et l’exploitation. La section sur les embranchements miniers devrait vous être extrêmement précieuse.

  • BANAUDO, José, Le petit train de La Mure, Les Éditions du Cabri, 1993.

    • Commentaire : Un classique, plus ancien mais toujours d’une grande fiabilité. José Banaudo est une référence en matière de chemins de fer secondaires français. L’ouvrage est très bien documenté sur l’histoire de la construction et de la vie de la ligne.

  • REYNAUD, Jean-Louis, Le Chemin de Fer de la Mure, Presses & Editions Ferroviaires, 2005.

    • Commentaire : Un autre ouvrage de qualité, souvent avec une approche un peu différente, qui peut compléter les informations des deux précédents. La comparaison des sources est toujours une bonne pratique.

Vue des trémies de chargement en béton de la société VFT à Vizille en 1999, utilisées pour le transbordement de matériaux entre camions et trains.

Vizille : des Trémies VFD à la Fin de VFT, l’Histoire du Dernier Train de Marchandises

Acteurs méconnus de l’essor industriel et du transport de vrac dans la vallée de la Romanche.

Les wagons trémies ont constitué l’épine dorsale du fret lourd sur le réseau VFD (Voie Ferrées du Dauphiné), permettant l’alimentation des industries de la vallée de la Romanche. Il transportait du charbon, mais aussi d’autres matériaux en vrac. Souvent éclipsés par la majesté des motrices, les wagons-trémies furent pourtant les véritables poumons de l’économie du Dauphiné. Ces silhouettes métalliques, conçues pour déverser sans effort leur cargaison de matériau en vrac, ont irrigué pendant des décennies les industries de la région de Vizille, conditionnant leur prospérité. Loin d’être un simple outil, ce matériel roulant raconte une histoire : celle d’une adaptation logistique permanente, d’un réseau (VFD) qui sut se renforcer en intégrant des wagons ayant déjà une première vie, notamment sur les Voies Ferrées du Dauphiné.

Informations pratiques

Catégorie Description
Nom de l’Installation Trémies de transbordement mécanisé de Vizille
Type d’Infrastructure Installation industrielle de transbordement (rupture de charge)
Localisation Vizille, à l’interface des réseaux PLM/SNCF (voie normale) et VFD (voie métrique).
Objectif Principal Assurer l’approvisionnement des industries de la vallée de la Romanche en matières premières livrées par le réseau ferré national.
Principe de Fonctionnement Un système sophistiqué en deux étapes, combinant manutention mécanique et gravité :

1. Remplissage des trémies (phase mécanique) :

 • Les wagons du réseau PLM/SNCF (voie normale) déchargeaient leurs matériaux.

 • Un pont roulant avec une benne preneuse reprenaient ces matériaux en vrac dans les wagons et les élevaient mécaniquement jusqu’au sommet des silos en béton (les trémies) pour les remplir.

2. Chargement des wagons (phase gravitationnelle) :

 • Les wagons du réseau VFD (voie métrique) étaient positionnés sur une voie en contrebas.

 • Des trappes situées à la base des trémies s’ouvraient pour charger les wagons rapidement et simplement par gravité.

Acteurs Ferroviaires • Réseau Amont (Fournisseur) : PLM (puis SNCF), qui amenait les matériaux sur le réseau national.

• Réseau Aval (Distributeur) : VFD (Voies Ferrées du Dauphiné), qui desservait les usines de la Romanche.

Marchandises Concernées Matières premières en vrac pour les industries de la Romanche : charbon, coke, minerais, etc.
Période d’Activité Principalement durant l’âge d’or industriel de la vallée de la Romanche, de 1951 à la fermeture en 2005.
État Actuel Entièrement démolies et disparues. L’ensemble de l’installation a été rasé après la fin de son utilité.
Intérêt Patrimonial Ces trémies témoignent de l’ingéniosité mécanique et logistique déployée à Vizille pour en faire une plaque tournante efficace. Elles sont le symbole de la chaîne d’approvisionnement qui alimentait le « moteur » industriel de la vallée de la Romanche.

Vizille, 2005 : La Chute d’un Symbole Ferroviaire

Novembre 2005. Ce n’est pas un événement récent, mais un souvenir gravé dans l’histoire industrielle locale. Sur le site de Vizille Terrasse, les dernières grandes trémies de chargement en béton sont démolies. Pour beaucoup, c’est la fin d’une époque : celle qui a vu le rail irriguer les vallées alpines, d’abord sous la bannière mythique des VFD (Voies Ferrées du Dauphiné), puis avec son héritière, la société VFT.

Qu’était-ce qu’une Trémie des VFD/VFT (Voie Ferrées et Transport) ?

Comme sur les grands réseaux, une trémie est un immense entonnoir de béton. Sa fonction était de stocker des matériaux en vrac – minerais, granulats ou autres produits des industries de la vallée – pour les charger rapidement par gravité dans les wagons du train situé en dessous. À Vizille, ces trémies étaient le lien direct entre les besoins industrielles de l’Oisans et de la Romanche et le réseau ferré qui les amenait depuis la gare de Jarrie.

Des Trémies au Cœur d’un Système Logistique Ingénieux

Bien plus qu’un simple « entonnoir à granulats », le site de Vizille était une véritable plateforme de transport combiné. Les trémies en étaient l’élément le plus visible, mais leur fonctionnement était complexe :

  • Un faisceau de voies ferrées desservait les alignements de trémies, permettant de positionner les wagons tombereaux juste en dessous pour un chargement rapide par gravité.

  • Le flux fonctionnait dans les deux sens. D’un côté, les matériaux en vrac étaient chargés dans les trains via les trémies. De l’autre, les camions arrivant de la vallée de la Romanche pouvaient être déchargés de deux manières : soit en remplissant les trémies par le haut, soit en transférant leur contenu directement dans les wagons grâce à une « sauterelle », un tapis roulant mobile.

Ce système offrait une grande souplesse, faisant du site un hub efficace entre la route et le rail.

Durant les premières décennies d’exploitation des VFT, la rupture de charge s’opérait en gare de Jarrie. Toutefois, face à l’accroissement constant du tonnage, les installations d’origine atteignirent la saturation en 1951.

Sur le plan de l’infrastructure, une nouvelle section reliant Jarrie à Vizille avait été ouverte dès 1932 (la déviation de la Terrasse), permettant d’extraire le trafic fret du centre urbain de Vizille. Pour optimiser le transbordement du vrac, le site fut équipé d’un système mécanisé : une benne preneuse alimentait des trémies de stockage, permettant le chargement par gravité des wagons à voie métrique stationnés en contrebas.

Plan schématique des voies de la gare de Vizille-Terrasse (réseau VFD) en 1932 montrant l'organisation des voies métriques et normales.

Figure 1 : Plan de configuration des voies de la gare de Vizille-Terrasse (VFD) – Situation en 1952.

De l’Âge d’Or des VFD à la Spécialisation de VFT

L’histoire de ce lieu se découpe en deux grandes périodes :

  1. L’Ère des VFD : Le Cœur Battant du Réseau Local
    Jusqu’à l’arrêt du transport de marchandises par la compagnie en novembre 1964, le dépôt de Vizille était le centre névralgique du réseau des Voies Ferrées du Dauphiné. Il assurait le transport de voyageurs et de fret qui faisait vivre les industries des vallées alpines.

  2. L’Héritage de VFT : Le Pari du Rail-Route
    Après une période de transition, le site reprend vie sous une nouvelle forme. En 1987, la société VFT succède aux VFD pour l’activité fret. Elle se spécialise dans une logistique moderne pour l’époque : le transport combiné. Utilisant la voie ferrée stratégique entre Jarrie et Vizille, VFT acheminait les matériaux en vrac par le train, puis assurait la livraison finale par camions. Ce modèle a permis de maintenir une activité ferroviaire sur le site pendant près de deux décennies supplémentaires.

Vue des trémies de chargement en béton de la société VFT à Vizille en 1999, utilisées pour le transbordement de matériaux entre camions et trains.

Un symbole du patrimoine ferroviaire de Vizille, six ans avant sa disparition. On voit nettement la grue avec la benne au dessus des trémies pour le transbordement.

2005 : Pourquoi Tout Démolir ?

En 2005, près de vingt ans après la création de VFT, le marché du transport a de nouveau évolué. Face à de nouvelles contraintes économiques et logistiques, la société a rationalisé ses opérations. Les imposantes et rigides trémies en béton n’étaient plus jugées nécessaires. Le transbordement camion-wagon pouvait désormais s’effectuer plus simplement et à moindre coût, uniquement avec des sauterelles mobiles.

La décision fut donc prise de démolir les trémies. Ce n’était pas la fin de l’activité sur le site, mais la fin de son infrastructure historique la plus emblématique.

Vue du dépôt logistique VFT en 2001 avec les trémies en béton au centre de l'activité de transbordement de marchandises entre camions et trains.

Les trémies, cœur de l’activité rail-route en 2001.

L’Épilogue : 21 Février 2012, le Silence sur les Voies

Le sursis aura duré sept ans. La société VFT fermera définitivement ses portes le 21 février 2012. Cet événement signe la fin de toute activité de transport rail-route sur ce site historique. Même le transbordement par sauterelle, qui avait perduré après 2005, cesse.

La fermeture de VFT met un point final à plus d’un siècle d’histoire ferroviaire et logistique à Vizille, laissant les voies silencieuses pour de bon.

Photo du dépôt et des entrepôts VFT à Vizille en 2005, montrant le grand terrain vide laissé après la destruction des trémies de chargement.

Le site VFT de Vizille en 2005, après la démolition des trémies.

Un Patrimoine Disparu, une Mémoire à Préserver

La démolition des trémies de Vizille Terrasse en 2005 a effacé du paysage les derniers témoins d’une riche histoire ferroviaire.

  • Elles symbolisaient l’âge d’or des VFD, un réseau qui a désenclavé les montagnes.

  • Elles représentaient la reconversion réussie de VFT, qui a su adapter le rail aux nouvelles réalités du transport.

  • Elles rappellent un savoir-faire logistique, où le train et le camion n’étaient pas concurrents, mais partenaires.

Aujourd’hui, le terrain a changé, mais le souvenir de ces géants de béton reste. Il nous rappelle que notre patrimoine industriel est en constante évolution, et qu’il est de notre devoir de documenter et de raconter ces histoires avant qu’elles ne s’effacent complètement.

Les trémies en béton des VFT abattues au sol en un tas de débris sur le site logistique de Vizille en 2005, marquant la fin de leur existence.

La démolition des trémies VFT en 2005.

Foire Aux Questions sur les travaux de la gare de La Mure

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Il s’agissait de trémies de chargement. Ces structures fonctionnaient comme d’immenses entonnoirs en béton servant à stocker des matériaux en vrac (granulats, minerais…). Leur fonction était de charger rapidement et par gravité ces matériaux dans les wagons des trains de marchandises situés juste en dessous.

Le site était une plateforme logistique « rail-route » très importante. Il permettait de transférer des marchandises entre les camions arrivant de la vallée de la Romanche et les trains. Ce système combinait le transport par rail et par route, faisant du site un véritable « hub » pour les industries de la région.

Deux compagnies principales se sont succédé :

  • Les VFD (Voies Ferrées du Dauphiné) : Jusqu’en 1964, le site était le centre névralgique de ce réseau mythique qui transportait à la fois des voyageurs et du fret dans les vallées alpines.

  • La société VFT : À partir de 1987, VFT a repris l’activité de fret en se spécialisant dans le transport combiné, prolongeant ainsi l’activité ferroviaire du site.

En 2005, la société VFT a rationalisé ses opérations pour s’adapter aux nouvelles réalités économiques. Les imposantes trémies en béton n’étaient plus jugées nécessaires, car le transbordement entre camions et wagons pouvait se faire de manière plus souple et moins coûteuse avec des tapis roulants mobiles appelés « sauterelles ».

Non, pas immédiatement. La démolition en 2005 a marqué la fin de l’infrastructure historique la plus visible, mais l’activité de transbordement avec des « sauterelles » a continué pendant encore sept ans.

L’activité a définitivement pris fin le 21 février 2012, avec la fermeture de la société VFT. Cet événement a mis un point final à plus d’un siècle d’histoire ferroviaire et logistique à Vizille.

Elles représentaient plusieurs choses :

  • L’âge d’or des VFD et le désenclavement des montagnes par le rail.

  • La reconversion réussie de VFT qui a su adapter le train à la logistique moderne.

  • Un savoir-faire où le train et le camion étaient partenaires et non concurrents.

Le site a été partiellement effacé en 2013 suite à des travaux d’aménagement des berges de la Romanche. Les trémies, qui en étaient l’élément le plus emblématique, ont complètement disparu.

Poursuivez votre exploration

« Ces trémies de transbordement, aujourd’hui disparues, sont un témoin fascinant de l’ingénierie et du patrimoine ferroviaire du Dauphiné. »

« Cette méthode de transbordement par trémies coexistait avec une autre solution technique mise en place à proximité : l’ingénieuse voie à trois rails de Vizille. »

« Elles permettaient de transférer le chargement des wagons du réseau à voie métrique des Voies Ferrées du Dauphiné (VFD)… »

Sources et sites officiels

« Leur fonction était de permettre le transbordement des matériaux, c’est-à-dire leur transfert d’un mode de transport à un autre. »

« …vers les wagons à voie normale de la puissante compagnie du PLM (Paris-Lyon-Méditerranée). »

« Ces installations étaient vitales pour approvisionner le grand pôle industriel chimique de Jarrie, dont l’histoire est aujourd’hui retracée par un musée passionnant. »

« Ces infrastructures industrielles ont longtemps marqué le paysage de la ville de Vizille, située au carrefour de plusieurs vallées alpines. »

« Les trémies ont notamment servi au transport de la bauxite, le minerai à l’origine de l’aluminium, une industrie majeure dans les Alpes. »

Bibliographie

1. Les Ouvrages de Référence (Matériel Roulant VFD)

C’est ici que vous trouverez les listes de parc (inventaires), les plans de constructeurs et les charges à l’essieu.

  • HUTTER, Joseph. Les Voies Ferrées du Dauphiné. Édité à compte d’auteur, 1971 (et rééditions).

    • Intérêt pour l’article : C’est la source la plus pointue sur le « matériel remorqué ». Hutter dresse souvent l’inventaire des wagons (tombereaux, plats, trémies) avec leurs numéros de série et leurs années de mise en service.

  • BOUILLIN, Patrice. Le Tramway de Grenoble à Chapareillan et les V.F.D.. Éditions Presses et Éditions Ferroviaires, 1985.

    • Intérêt pour l’article : Ouvrage indispensable pour l’iconographie. Il contient probablement des photos de convois de marchandises traversant Vizille, permettant d’identifier visuellement le type de trémies (à essieux, à bogies, trémies « grand volume » pour le coke ou « densité élevée » pour le ciment).

  • BEJUI, Pascal & COURTOIS, René. Les Chemins de Fer de la France d’Outre-mer et les VFD. (Compilation ou articles dans les revues de l’éditeur La Régordane).

    • Pascal Bejui est un expert de la voie métrique. Ses analyses sur le trafic fret sont toujours très techniques.

2. Revues Spécialisées (Trafic Fret et Industrie)

Les revues périodiques contiennent souvent des « focus » sur des wagons spécifiques ou des embranchements industriels.

  • Revue Chemins de Fer Régionaux et Urbains (FACS).

    • Consultez les index pour les numéros consacrés à l’Isère. Recherchez les articles traitant du trafic marchandises des VFD. Souvent, ces articles détaillent les « Embranchements Particuliers » (EP) de Vizille.

  • Revue Voie Étroite.

    • Excellente source pour les détails techniques sur le matériel métrique (attelages, systèmes de déchargement des trémies).

  • Revue Loco-Revue (Archives).

    • Bien que orientée modélisme, cette revue publie des plans cotés de wagons réels pour les maquettistes. Cherchez des plans de « Trémies à voie métrique » ou « Trémies Vicat / Pechiney ».

3. Sources Primaires et Archives (Pour l’historien pur)

Si vous voulez décrire le fonctionnement économique (tonnage, contrats), il faut aller aux sources brutes.

  • Archives Départementales de l’Isère (ADI) – Série S (Travaux Publics).

    • Sous-série 5 S (Chemins de fer).

    • Cherchez les dossiers relatifs à l’exploitation des VFD : « Commandes de matériel roulant », « Tarifs marchandises », ou les dossiers des clients industriels (Ciments Vicat, Papeteries). Vous y trouverez peut-être les bons de commande des trémies aux constructeurs (ex: Baume & Marpent, De Dietrich, etc.).

  • Archives des entreprises locales (Si accessibles).

    • Les trémies étaient souvent des « wagons de particuliers » appartenant aux usines et non au réseau ferré lui-même. Des recherches sur l’histoire des Ciments Vicat ou des usines métallurgiques de Vizille pourraient révéler des photos de leurs wagons trémies privés.

4. Contextualisation Industrielle

Pour expliquer ce que transportaient ces trémies.

  • COYNE, A. L’industrie dans la vallée de la Romanche. (Thèses de géographie économique des années 1920-1950).

    • Pour comprendre les flux : Charbon montant vers Vizille ? Ciment descendant vers Jarrie ? Chaux ? Le type de matériau définit la forme de la trémie.