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Archive d’étiquettes pour : Gare de Peychagnard-Le Crey

Un locotracteur orange tire des wagons de chantier équipés de matériel de bétonnage sur la ligne du Train de la Mure.

Train de la Mure : retour sur le chantier oublié de la caténaire en 2008 au Peychagnard

Patrimoine ferroviaire

Un convoi de chantier exceptionnel, un locotracteur venu de Suisse et des tonnes de béton coulées au cœur des montagnes… En 2008, la ligne historique du Train de la Mure connaissait son dernier grand chantier de modernisation. Plongez dans les coulisses de ces travaux titanesques destinés à rénover la caténaire, un projet ambitieux et plein de promesses, rattrapé par la fatalité deux ans plus tard.

Informations pratiques

Catégorie Description
Événement Chantier de modernisation de la caténaire
Lieu Ligne du Petit Train de la Mure (SGLM), Isère, France
Date 2008
Objectif Principal Remplacement et fiabilisation de l’alimentation électrique de la ligne.
Matériel Roulant Clé Locotracteur suisse de type Tm 2/2 (couleur orange), wagons plats avec centrales à béton, fourgon.
Résultat du Chantier La nouvelle caténaire a été installée avec succès.
Destin du Projet Rendu caduc par l’éboulement rocheux du 26 octobre 2010 qui a entraîné la fermeture de la ligne.
Fait Marquant L’utilisation d’un matériel roulant d’origine suisse, très inhabituel pour cette ligne historique.

Un cœur neuf pour une centenaire : la grande rénovation du Train de la Mure

Au milieu des années 2000, le Petit Train de la Mure était une légende vivante, une centenaire accrochée aux flancs des montagnes du plateau matheysin. Pourtant, son artère vitale – sa caténaire – portait les stigmates d’un siècle d’existence. Installés entre 1903 et 1912, ses élégants poteaux métalliques en treillis étaient fragilisés. Rongés par la corrosion après cent ans d’exposition aux rudes hivers alpins, leur fatigue structurelle menaçait non seulement la fiabilité de l’alimentation électrique, mais aussi la sécurité même de la ligne.

Face à cette urgence, le Conseil Général de l’Isère, alors propriétaire, lança un vaste programme d’investissement pour pérenniser ce joyau touristique. La rénovation de la caténaire en était la pièce maîtresse, un chantier coûteux mais indispensable pour garantir un service fiable pour les décennies à venir.

Le défi était de taille : moderniser sans dénaturer. L’objectif n’était pas de réinventer la ligne, mais de reconstruire l’infrastructure à neuf tout en conservant la spécificité technique qui la rendait unique au monde : son alimentation historique en courant continu 2400 V.

Il était donc temps d’offrir un cœur neuf à la vieille dame des Alpes. Loin d’une opération aérienne spectaculaire, c’est une œuvre de patience et d’ingéniosité purement ferroviaire qui s’engagea alors sur les rails du plateau matheysin.

Le Lent Cortège des Bâtisseurs : un train pour un chantier impossible

Le plus grand atout du Train de la Mure est aussi son plus grand défi technique : son tracé. Véritable balcon suspendu au-dessus des gorges du Drac, la ligne est inaccessible par la route sur la majeure partie de son parcours. Pour la rénover, il n’y avait donc qu’une seule solution : utiliser la voie elle-même, qui devenait à la fois le chantier et son unique voie d’accès. Ce n’est pas un ballet d’hélicoptères qui s’organisera, mais une opération menée par un acteur plus humble et purement ferroviaire : le train de travaux.

Pour mener cette mission à bien, un convoi exceptionnel fut assemblé, photographié ici en gare de La Motte d’Aveillans le 14 septembre 2008. À sa tête, un imposant locotracteur diesel de la société CFG (plus tard Colas Rail), un puissant engin de 700 CV habitué des chantiers sur voie métrique. Derrière lui, un chapelet de wagons plats formait une véritable usine mobile, un convoi de fourmis industrieuses. Sur leurs planchers s’entassaient poteaux neufs galvanisés, sacs de ciment, sable, tourets de câble de cuivre rutilant et, pièce maîtresse du dispositif, une petite grue de manutention montée sur wagon.

Dès la fin de la saison touristique, cet étrange cortège s’ébranlait depuis le dépôt de La Mure. Le son grave du moteur diesel remplaçait alors le sifflement familier des motrices électriques. Le rituel était méthodique. Le train avançait au pas, s’arrêtant à chaque poteau à remplacer. Une fois la vieille caténaire mise hors tension, la grue du convoi saisissait l’ancien poteau en treillis pendant que les « lignards » le désolidarisaient de ses fondations centenaires. La structure métallique était délicatement déposée sur un wagon plat pour être évacuée.

Au sol, les équipes préparaient le massif en béton, le coulant à neuf avec les matériaux apportés par le train. La grue soulevait ensuite un poteau neuf et le guidait avec une précision millimétrique dans sa nouvelle fondation. Une fois le poteau scellé, le convoi s’ébranlait de quelques dizaines de mètres pour recommencer l’opération.

Poteau après poteau, kilomètre après kilomètre, le lent cortège des bâtisseurs redessinait la ligne. Une fois les supports en place, venait le temps de dérouler le fil de contact, tendu avec soin pour garantir un captage parfait au passage des motrices. Un travail de longue haleine, rythmé par le grincement des essieux sur les rails et le son des outils résonnant dans la montagne.

Un Étrange Convoi Orange en Gare du Peychagnard

C’est dans ce contexte de rénovation qu’une vision insolite a surpris les observateurs attentifs. En 2008, un convoi de travaux très spécial a été aperçu en gare du Peychagnard. Au centre de ce train se trouvait un locotracteur orange vif, une couleur et une forme inhabituelles pour le matériel roulant local.

En y regardant de plus près, son immatriculation Tm 2/2 ne laissait aucune place au doute : la machine était d’origine suisse, spécialement affrétée pour les besoins du chantier.

Ce locotracteur encadrait une composition tout aussi surprenante : un fourgon central et deux wagons plats. Sur chacun de ces wagons étaient installées deux petites centrales à béton. Le puzzle s’assemblait alors : ce matériel était la cheville ouvrière du remplacement de la caténaire. Les centrales servaient à couler sur place les fondations en béton des nouveaux poteaux qui devaient supporter la ligne électrique flambant neuve.

Locotracteur suisse orange sur le chantier de la caténaire du Petit Train de la Mure en 2008.

Le locotracteur suisse Tm 2/2, pièce maîtresse du chantier de modernisation de la caténaire du Petit Train de la Mure en 2008.

Qu’est-ce qu’un locotracteur suisse Tm 2/2 ?

Il ne s’agit pas d’un modèle précis, mais d’une catégorie de machine définie par la nomenclature des chemins de fer suisses. C’est un peu comme dire « une citadine 5 portes » en automobile.

Décortiquons ce nom pour tout comprendre :

  • T : Désigne un Tracteur. C’est un engin moteur de faible puissance, non conçu pour tracter de lourds trains de voyageurs ou de marchandises sur de longues distances. Sa mission est locale : manœuvres, travaux, dessertes d’usines.

  • m : Signifie qu’il est équipé d’un moteur thermique (moteur), généralement diesel. Cela le rend autonome, car il n’a pas besoin de caténaire pour s’alimenter en électricité. (S’il avait été électrique, il se serait appelé Te).

  • 2/2 : C’est la configuration de ses essieux (ses axes de roues).

    • Le premier « 2 » indique qu’il a deux essieux moteurs.

    • Le second « 2 » indique qu’il a deux essieux au total.

    • Conclusion : Tous ses essieux sont moteurs. Cela lui donne une adhérence maximale et une excellente force de traction pour sa petite taille, ce qui est crucial pour démarrer et tirer des charges lourdes à faible vitesse.

En résumé, un Tm 2/2 est un petit locotracteur diesel à deux essieux, dont les deux sont moteurs.

Caractéristiques et Rôles principaux

Ce type de locotracteur est un véritable « engin à tout faire » sur un réseau ferré.

  1. Polyvalence : C’est sa plus grande force. On l’utilise pour :

    • Les manœuvres : Assembler des wagons dans les gares de triage ou les dépôts.

    • Les trains de travaux : C’est exactement son rôle sur le chantier du Train de la Mure ! Il est assez puissant pour tirer quelques wagons lourdement chargés (ballast, rails, bétonnières…) mais assez petit et léger pour circuler sur des voies en cours de construction ou de rénovation.

    • La desserte d’embranchements industriels : Amener un ou deux wagons directement dans une usine depuis la gare la plus proche.

  2. Compacité et agilité : Sa petite taille lui permet de se faufiler partout, notamment sur des voies avec des courbes très serrées, ce qui est souvent le cas sur les lignes de montagne comme celle de La Mure.

  3. Robustesse et fiabilité : Conçus en Suisse, ces engins sont réputés pour être extrêmement robustes, fiables et faciles à entretenir. Ce sont des bêtes de somme conçues pour durer.

  4. Autonomie : Son moteur diesel le rend parfait pour les chantiers où l’alimentation électrique (la caténaire) est coupée, en cours d’installation ou simplement inexistante.

Note

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Pourquoi un Tm 2/2 sur le chantier du Train de la Mure ?
Le choix de cet engin n’est pas un hasard et s’explique parfaitement :
Un chantier sans électricité : Les travaux consistaient à installer une nouvelle caténaire. L’ancienne était donc probablement hors service. Il fallait un engin autonome : un diesel était obligatoire.
Une ligne de montagne : Le Train de la Mure a un tracé sinueux. Il fallait un engin court et agile, capable de passer dans les courbes serrées.
Des charges lourdes à faible vitesse : Tirer des wagons avec des centrales à béton mobiles demande beaucoup de force au démarrage. L’excellente adhérence du Tm 2/2 était un atout majeur.
Disponibilité : Il est courant que des entreprises de travaux ferroviaires louent ou achètent ce type de matériel d’occasion, notamment en Suisse où le marché est bien fourni.

Composition du train de travaux pour le chantier de la caténaire du Train de la Mure en 2008.

Composition du convoi de travaux en 2008 : on distingue le locotracteur, un fourgon et les wagons plats équipés de centrales à béton pour les poteaux de caténaire.

Un chantier méthodique en montagne

Mené sur plusieurs saisons, principalement durant les périodes creuses d’hiver et de printemps pour ne pas perturber l’exploitation touristique, le chantier a suivi un processus rigoureux et méthodique.

La première étape consistait à renouveler l’ossature même de la ligne. Les anciens poteaux en treillis, hérités du début du XXe siècle, ont été systématiquement déposés. Ils ont laissé place à des poteaux modernes, tubulaires ou à profilés en H, entièrement galvanisés pour garantir une résistance optimale à la corrosion dans le rude climat alpin. Le principal défi de cette phase fut sans conteste la création de nouvelles fondations : chaque poteau a nécessité le coulage d’un massif en béton, une opération complexe et exigeante dans un terrain de montagne souvent escarpé.

L’ingéniosité du convoi résidait dans l’utilisation de matériel du SGLM : le fourgon était accompagné de simples wagons plats, transformés pour l’occasion en véritables centrales à béton mobiles.

Train de travaux du chantier de la caténaire du Petit Train de la Mure en 2008.

En route pour le chantier : le train de travaux s’élance en direction de La Mure lors de la rénovation de la caténaire en 2008.

L’Après-Chantier et le Coup du Sort

Ce programme de rénovation, mené à bien, a permis à la ligne de fonctionner de manière fiable pendant les saisons 2008, 2009 et une partie de 2010. Le train de La Mure était alors doté d’une infrastructure électrique quasi neuve et sécurisée.

Cependant, toute cette modernisation a été rendue vaine par un événement totalement indépendant : le 26 octobre 2010, un éboulement massif s’est produit depuis la falaise de la montagne du Grand Brion, emportant une partie de la plateforme de la voie et un tunnel près du viaduc de la Clapisse.

Cet événement, d’origine naturelle et imprévisible, a rendu la ligne infranchissable et a entraîné sa fermeture pour des raisons de sécurité. Le coût de la reconstruction de la section détruite a été jugé prohibitif, menant à l’arrêt de l’exploitation sur la quasi-totalité du parcours historique.

En conclusion, le chantier de changement des caténaires de 2008 fut une réussite technique et un investissement majeur pour la sauvegarde du Petit Train de la Mure. Malheureusement, ses bénéfices ont été anéantis par une catastrophe naturelle deux ans plus tard, scellant le sort de la ligne sous sa forme historique.

Note

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Dauphiné Libéré, 13 novembre 2013 http://www.ledauphine.com/isere-sud/2013/11/12/des-voleurs-de-cuivre-operent-une-razzia-sur-les-catenaires-du-petit-train-de-la-mure [archive]

 La renaissance du Petit Train de la Mure

Après plus de dix ans d’arrêt, le Petit Train de la Mure a finalement été entièrement repensé et a rouvert au public en 2021 sur un nouveau parcours touristique sécurisé, redevenant une attraction phare en Isère. Le chantier de 2008 reste un témoignage poignant de la volonté de préserver et de moderniser ce patrimoine ferroviaire du Dauphiné.

La motrice T9 du train de La Mure tractant des voitures de touristes sur le viaduc de Loulla.

Le petit train de la Mure sur le viaduc de Loulla.

Foire Aux Questions sur le train de chantier à La Motte d’Aveillans en 2008.

En 2008, un important chantier de modernisation a été lancé pour remplacer entièrement l’ancienne caténaire (le système d’alimentation électrique aérien). Les travaux incluaient le remplacement des poteaux vieillissants et du fil de contact pour fiabiliser la ligne.

Le train orange était un convoi de travaux spécialement affrété pour le chantier. Le locotracteur, un Tm 2/2, était d’origine suisse. Il était accompagné de wagons équipés de centrales à béton pour couler les fondations des nouveaux poteaux.

Malheureusement, les bénéfices de cette modernisation n’ont jamais pu être pleinement exploités. L’exploitation de la ligne a été brutalement interrompue par un éboulement rocheux massif le 26 octobre 2010, rendant ce lourd investissement caduc.

Après l’arrêt de l’exploitation en 2010, les installations laissées sans surveillance ont été la cible de vols. Des tronçons de la caténaire neuve, riches en cuivre, ont été dérobés à plusieurs reprises.

Oui, après plus de dix ans de fermeture, le Petit Train de la Mure a été entièrement repensé et a rouvert au public en 2021 sur un nouveau parcours touristique sécurisé, devenant l’une des attractions majeures de l’Isère.

Poursuivez votre exploration

« Ce chantier de rénovation est donc un témoin précieux de l’héritage ferroviaire de la Matheysine...« 

« …les travaux de restauration est aujourd’hui une élément incontournable sur le Petit Train de La Mure.« 

« …l’effondrement catastrophique de La Clapisse » (A venir)

Sources et sites officiels 

« Pour préparer votre voyage et consulter les informations pratiques, rendez-vous sur le site officiel du Petit Train de La Mure.« 

« Le chantier de 2008 est une excellente porte d’entrée pour découvrir les nombreux autres atouts touristiques de la région, comme le recommande l’Office de Tourisme de la Matheysine. »

« Pour une plongée encore plus profonde dans les détails techniques et historiques de la ligne, la page Wikipédia consacrée au Chemin de fer de la Mure est une ressource très complète. »

Bibliographie 

  • GIRAUD, Jean-Pierre, Le chemin de fer de La Mure : Saint-Georges-de-Commiers – La Mure – Corps – Gap, Les Éditions du Cabri, 2015.
    • Commentaire : C’est sans doute l’ouvrage le plus complet et le plus récent sur la ligne. Il est considéré comme la « bible » du sujet. Il contient une iconographie très riche, des plans de voies, des détails sur le matériel roulant et l’exploitation. La section sur les embranchements miniers devrait vous être extrêmement précieuse.
  • BANAUDO, José, Le petit train de La Mure, Les Éditions du Cabri, 1993.
    • Commentaire : Un classique, plus ancien mais toujours d’une grande fiabilité. José Banaudo est une référence en matière de chemins de fer secondaires français. L’ouvrage est très bien documenté sur l’histoire de la construction et de la vie de la ligne.

Structure de données JSON-LD - Chantier Train de La Mure 2008

Le bâtiment de la gare du Peychagnard - Le Crey et son quai, avec les voies ferrées au premier plan, dans un environnement montagneux.

Gare Peychagnard-Le Crey : L’arrêt fantôme du Petit Train de La Mure

Un chemin de fer industriel, indépendant des grands réseaux

Bien plus qu’une simple ligne touristique de montagne, le chemin de fer de La Mure fut avant tout l’artère industrielle du plateau Matheysin. Conçue à la fin du XIXe siècle pour évacuer le charbon des houillères, cette ligne pionnière à voie métrique électrifiée comptait plusieurs gares dont le rôle était stratégique. Parmi elles, la gare de Peychagnard-le-Crey, aujourd’hui à l’état de ruine, servait de point névralgique pour l’expédition de la production des mines voisines. À travers une comparaison photographique saisissante, cet article explore le destin de ce modeste édifice, témoin silencieux d’une épopée minière et ferroviaire révolue.

Informations pratiques

Catégorie Description
Nom Officiel Gare de Peychagnard – Le Crey
Type de Bâtiment Ancienne gare ferroviaire (type halte)
Localisation Commune : Peychagnard

Lieu-dit : Le Crey

Territoire : Plateau Matheysin

Département : Isère

Ligne Ferroviaire d’Origine Chemin de fer de Saint-Georges-de-Commiers à La Mure (SGLM)
Époque de Construction Fin du XIXe siècle
Dates Clés • 1888 : Mise en service de la ligne.

• 1950 : Arrêt du transport de voyageurs.

• 1997 : La ligne devient une attraction touristique (« Le Petit Train de La Mure »).

• 26 octobre 2010 : Éboulement rocheux majeur, entraînant la fermeture.

• 2011 : Fermeture définitive de l’exploitation touristique historique.

• Juillet 2021 : Réouverture du « Petit Train de La Mure » sur un tracé modifié et plus court.

Fonction d’Origine • Halte pour les voyageurs.

• Gare de marchandises pour le transport de l’anthracite.

Caractéristiques de la Ligne • Type : Ligne historique à voie métrique (écartement d’un mètre).

• Énergie : L’une des premières lignes électrifiées au monde (courant continu).

État Actuel Pour la gare de Peychagnard :

• Le bâtiment a été transformé en habitation privée.

Pour la ligne « Petit Train de La Mure » :

 • Le train touristique circule à nouveau depuis 2021 sur un tronçon différent (entre la gare de La Mure et le Belvédère de Monteynard).

Point d’Intérêt Témoin de l’histoire industrielle et touristique du plateau matheysin, elle illustre la partie aujourd’hui disparue de l’exploitation de la ligne historique.

Le cœur battant du plateau minier

L’histoire de la gare de Peychagnard-Le Crey est indissociable de celle des mines de houille de La Mure. Inaugurée en 1888, la ligne de Saint-Georges-de-Commiers à La Mure est une création unique en son genre. Contrairement aux grandes lignes de l’époque, elle n’a pas été conçue par une grande compagnie comme le PLM, mais fut une initiative privée des Houillères du Dauphiné. Son unique objectif : créer une artère vitale pour transporter le précieux charbon du plateau matheysin vers la vallée pour qu’il soit expédié dans toute la France.

Photo d'archive de l'ancien quai à charbon de la gare du Peychagnard en 2006. Il s'agit d'une longue structure en béton longeant la voie, conçue pour le chargement du charbon sur les wagons.

Retour aux origines industrielles du SGLM ! L’imposant quai à charbon de la gare du Peychagnard – Le Crey, tel qu’il était en 2006.

La fonction cruciale de la gare de Peychagnard-Le Crey

Dans ce dispositif industriel, la gare de Peychagnard-Le Crey n’était pas une simple halte. Elle jouait un rôle capital et très spécifique. En effet, elle était équipée d’un quai de chargement dédié au charbon extrait de la mine voisine du Peychagnard. Les wagonnets arrivaient directement de la mine pour déverser leur « or noir » dans les trains. La gare servait donc à la fois de point de collecte local et de gare de croisement pour les convois massifs qui descendaient vers Saint-Georges-de-Commiers, assurant la fluidité de cette ligne entièrement dédiée à l’activité minière.

Dessin technique représentant le tracé des rails de la gare du Peychagnard. On y voit une voie principale, une voie de croisement et plusieurs voies de garage, ainsi que l'emplacement schématisé de la gare et de ses dépendances.

Dans les coulisses du SGLM : le plan de voies de la gare du Peychagnard – Le Crey !

Une gare au service de la mine

La gare de Peychagnard-Le Crey est intimement liée aux mines de charbon locales, auxquelles elle était reliée par des plans inclinés. Son imposant quai à charbon surélevé, destiné au chargement des wagons, témoigne de cette connexion. Les installations comprenaient un bâtiment voyageurs et deux quais de marchandises (l’un couvert, l’autre découvert), révélant une activité intense. Le quai voyageurs, abrité, était pourvu de toilettes extérieures. On note également la présence d’un jardin potager, cultivé par le chef de gare qui logeait à l’étage du bâtiment.

Le plan de voies se composait de quatre voies : deux de passage et deux de service dédiées au chargement et au garage des wagons. Une bascule et une plaque tournante complétaient l’ensemble.

La gare fut initialement construite pour l’évacuation du charbon des mines du Peychagnard vers la gare de Saint-Georges-de-Commiers, constituant ainsi une artère industrielle vitale.

Les expéditions de charbon cessèrent en mars 1913. Ce déclin s’explique par la montée en puissance de l’exploitation minière voisine du Villaret. Par la suite, bien que ses infrastructures soient restées intactes pendant de nombreuses années, la gare perdit sa fonction de croisement des convois en raison de sa proximité avec celle du Villaret.

Il faut imaginer la vie grouillante qui animait ce lieu. Les wagonnets arrivaient depuis le plan incliné pour être déchargés dans les wagons de train, au milieu d’un va-et-vient constant de mineurs, d’hommes et de bêtes de somme, notamment les chevaux. De toute cette effervescence, nous n’avons hélas conservé aucun témoignage de l’époque, et encore moins de photos.

Une prouesse technique : voie métrique et électrification précoce

Construire un chemin de fer dans un tel relief relevait du défi. Pour s’adapter aux courbes serrées et aux pentes abruptes des Alpes, les ingénieurs ont opté pour une voie métrique (un écartement des rails de 1 mètre seulement, contre 1,435 m pour le réseau standard).

Plus remarquable encore, cette ligne fut l’une des toutes premières en Europe à être électrifiée dès 1903 ! Une véritable prouesse technologique pour l’époque, qui a permis d’augmenter la puissance des convois et de faire de la ligne de La Mure une référence en matière de traction électrique en montagne.

Vue de l'ancien quai couvert en bois pour les marchandises à la gare du Peychagnard - Le Crey. La structure est usée par le temps, avec un grand auvent protégeant le quai adjacent à la voie de chemin de fer, dans un décor de montagne.

Un voyage dans le passé ️. Le quai marchandise de la gare du Peychagnard – Le Crey, tel qu’il était en 2006, avant sa disparition.

L’âge d’or du « Petit Train de La Mure »

Après la Seconde Guerre mondiale, alors que l’activité minière décline inexorablement, la ligne entame une surprenante reconversion. Le transport industriel cède la place au tourisme : le mythique « Petit Train de La Mure » était né !

Dans cette nouvelle ère, la gare de Peychagnard-Le Crey perd sa fonction de chargement. Contrairement à d’autres gares de la ligne, elle ne devient pas une halte pour les voyageurs. Elle se transforme en un témoin silencieux, un repère emblématique que les touristes découvrent depuis les fenêtres du train.

Le convoi ralentissait souvent à son approche, non pas pour s’arrêter, mais pour laisser à chacun le temps d’admirer le panorama exceptionnel sur le Grand Serre et le massif du Taillefer. La vue depuis cet endroit restait l’un des points d’orgue du voyage. Le sifflement joyeux de la rame touristique avait remplacé le fracas des wagons de charbon, et la ligne est devenue l’une des attractions les plus populaires des Alpes, célèbre pour ses ouvrages d’art spectaculaires et ses paysages à couper le souffle.

Le silence après la catastrophe… et la renaissance d’une icône

Cette belle histoire a connu un coup d’arrêt brutal. Le 26 octobre 2010, un éboulement massif de la falaise a emporté une partie de la voie au niveau du viaduc de la Clapisse. Par miracle, aucune victime ne fut à déplorer, mais les dégâts étaient trop importants. L’exploitation du Petit Train de La Mure fut alors suspendue, plongeant la ligne et ses gares dans un silence qui semblait définitif.

Mais après une décennie d’efforts et de passion, l’épopée a connu une renaissance ! Le Petit Train de La Mure a repris du service sur une section limitée mais spectaculaire, allant de la gare de La Mure jusqu’au Grand Balcon, un belvédère aménagé juste avant la zone éboulée du viaduc de la Clapisse.

La Gare aujourd’hui : un charme mélancolique

Que reste-t-il de ce passé glorieux ? Si le train passe à nouveau non loin, le destin de la gare elle-même est plus sombre. Autrefois vendue et habitée, la gare de Peychagnard-Le Crey est aujourd’hui à l’abandon.

Ses murs de pierre, témoins d’une intense activité, sont désormais silencieux et portent les cicatrices du temps. Les volets clos et la végétation qui reprend ses droits lui confèrent un charme mélancolique, celui d’un patrimoine brut, non restauré. Pour les randonneurs et les passionnés d’histoire ferroviaire, elle n’est plus une demeure entretenue, mais un véritable vestige. Elle offre une vision poignante de ce que fut la vie le long de cette ligne, une capsule temporelle qui symbolise à la fois la grandeur industrielle et la force de la nature qui finit toujours par reprendre sa place.

Photo d'archive montrant un petit bâtiment isolé servant de toilettes publiques à côté de la gare du Peychagnard. Le bâtiment, à l'architecture simple, est photographié avant sa démolition.

Même les petits édicules ont leur histoire ! Les anciennes toilettes de la gare du Peychagnard – Le Crey, saisies sur le vif en 2006 avant de disparaître.

Conclusion : Un patrimoine qui refuse de mourir

La gare de Peychagnard-Le Crey n’est plus en service, mais elle n’a pas cessé de raconter son histoire. Le passage du nouveau Petit Train de La Mure à proximité lui redonne une voix, rappelant à chaque voyageur le passé minier de la région. Sa silhouette, aujourd’hui figée dans l’abandon, nous rappelle avec encore plus de force qu’ici, sur les hauteurs de Susville, des hommes et des machines ont conquis la montagne.

Note

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N’hésitez pas à partager vos propres souvenirs du Petit Train de La Mure dans les commentaires ou à explorer les sentiers qui longent cette ancienne voie ferrée pour ressentir l’âme de ce patrimoine exceptionnel !

Foire Aux Questions sur la Gare de Peychagnard-Le Crey.

La gare est située sur le plateau matheysin, au lieu-dit Le Crey, sur le territoire de la commune de Susville dans le département de l’Isère (38). Son altitude est de 933 mètres.

Non, il est interdit et dangereux de pénétrer dans le bâtiment. La gare est une ancienne propriété privée qui est aujourd’hui à l’abandon. Vous pouvez cependant l’observer et la photographier en toute sécurité depuis l’extérieur, notamment depuis le sentier qui longe l’ancienne voie ferrée.

Non, le nouveau train touristique passe devant la gare mais ne s’y arrête pas. La gare n’est plus en service. Elle constitue un « arrêt fantôme », un point de passage emblématique du parcours qui permet aux voyageurs d’apercevoir ce vestige de l’histoire minière de la ligne.

Elle a été construite en 1888 dans un but purement industriel. Sa fonction principale était le chargement du charbon extrait de la mine voisine du Peychagnard. Elle servait de point de collecte avant que le charbon ne soit transporté par train vers la vallée.

Avec la fin de l’exploitation minière, la gare a perdu sa fonction d’origine. Elle a été vendue après la Seconde Guerre mondiale et a servi d’habitation pendant de nombreuses années. Finalement désertée par ses derniers occupants, elle est tombée en désuétude et est aujourd’hui un bâtiment à l’abandon.

Poursuivez votre exploration

« Cette petite gare est donc un témoin précieux de l’héritage ferroviaire de la Matheysine...« 

« …la gare du Peychagnard Le Crey est aujourd’hui abandonné sur le Petit Train de La Mure.« 

« L’histoire de la gare de Peychagnard-Le Crey est indissociable de celle des mines de houille de La Mure. » (A venir)

« …ou à explorer les sentiers qui longent cette ancienne voie ferrée pour ressentir l’âme de ce patrimoine exceptionnel ! » (A venir)

Sources et sites officiels

« Pour préparer votre voyage et consulter les informations pratiques, rendez-vous sur le site officiel du Petit Train de La Mure.« 

« La gare du Peychagnard le Crey est une excellente porte d’entrée pour découvrir les nombreux autres atouts touristiques de la région, comme le recommande l’Office de Tourisme de la Matheysine. »

« Pour une plongée encore plus profonde dans les détails techniques et historiques de la ligne, la page Wikipédia consacrée au Chemin de fer de la Mure est une ressource très complète. »

Bibliographie 

Ouvrages de référence sur le chemin de fer de La Mure et les chemins de fer secondaires

  • LAMMING, Clive. Les chemins de fer de montagne français. Les éditions du Cabri, 1983.

    • Cet ouvrage de référence offre une vision d’ensemble des lignes de montagne en France, dont celle de La Mure fait partie. Il permet de situer la ligne dans un contexte plus large et de comprendre les défis techniques spécifiques à ce type de chemin de fer.VUILLET, Jean. Le chemin de fer de La Mure : Saint-Georges-de-Commiers – La Mure – Corps – Gap. La Régordane, 1997.

    • Un autre ouvrage de référence qui retrace l’histoire de la ligne SGLM. Il est reconnu pour la qualité de sa documentation et de son iconographie.

Sources techniques sur l’électrification et la voie métrique

  • BERGERON, Louis. L’électrification des chemins de fer. J.-B. Baillière et fils, 1923.

    • Cet ouvrage d’époque permet de saisir l’importance et l’aspect novateur de l’électrification précoce de la ligne de La Mure, l’une des premières au monde à utiliser cette technologie en montagne.

  • PACCAGNELLA, Jean-Pierre. La voie métrique en France. Presses et éditions ferroviaires, 2002.

    • Une étude complète sur les chemins de fer à voie métrique en France, qui replace la ligne de La Mure dans le contexte plus large de ce type de réseau, souvent utilisé pour des raisons économiques et pour s’adapter à des reliefs difficiles.

Ressources en ligne et institutionnelles

  • Le site officiel du Petit Train de La Mure : https://www.trainlamure.com/

    • Fournit des informations actuelles sur l’exploitation touristique de la ligne, ainsi que des éléments historiques.

  • L’Office de Tourisme de la Matheysine : https://matheysine-tourisme.com/

    • Permet de replacer la ligne dans son contexte géographique et touristique.

  • Wikipedia – « Chemin de fer de la Mure »

    • La page Wikipedia consacrée au chemin de fer de La Mure est une bonne porte d’entrée pour une première approche et contient souvent une bibliographie qui peut orienter vers d’autres sources