Galerie 3 de Fontveille : mémoire d’une mine oubliée
Perchée au sommet du secteur minier de Fontveille, la galerie 3 ne laisse aujourd’hui deviner que son razzier et une faille dans la végétation, témoins silencieux d’un ouvrage condamné en 1997.
Perchée au sommet du secteur minier de Fontveille, la galerie 3 ne laisse aujourd’hui deviner que son razzier et une faille dans la végétation, témoins silencieux d’un ouvrage condamné en 1997.
| Caractéristique | Détail technique |
| Nom de l’ouvrage | Galerie 3 de Fontveille |
| Secteur / Localisation | Fontveille (Bassin minier de La Mure / Matheysine, Isère) |
| Type de patrimoine | Patrimoine minier / Galerie d’extraction d’anthracite |
| Positionnement | Galerie située au niveau le plus élevé du site de Fontveille |
| Vestiges visibles en surface | Razzier (terril de roches stériles), affaissement / entonnoir d’effondrement dans la végétation |
| Aménagements d’origine identifiés | Cadres métalliques de soutènement en entrée, fondations d’un bâtiment de service |
| Année de mise en sécurité | 1997 |
| Nature des travaux de fermeture | Démolition du bâti, enlèvement des cadres d’acier, remblaiement massif et régalage de terre |
| État de conservation | Entrée définitivement condamnée et enfouie ; site banalisé par la végétation |
| Accessibilité | Hors sentier balisé, relief accidenté, accès souterrain inexistant |
Perchée au-dessus des autres galeries du site minier de Fontveille, la galerie 3 occupait la position la plus élevée du secteur. Si l’exploitation de l’anthracite a profondément marqué le sous-sol de ce versant matheysin, le paysage en surface a aujourd’hui presque entièrement gommé la présence de cet ancien chantier souterrain. Discrète et difficile d’accès, la galerie 3 raconte en creux la fin d’une époque industrielle et l’effacement volontaire des traces minières à la fin du XXe siècle.
Aujourd’hui, repérer l’emplacement exact de la galerie 3 demande un œil averti. La nature a repris ses droits sur les pentes, masquant la quasi-totalité des aménagements de surface.
L’entrée ne se présente plus sous la forme d’une voûte ouverte ou maçonnée. Elle se devine principalement par une anomalie de terrain : un effondrement bien visible dans la végétation. Ce tassement de terrain, caractéristique des anciens débouchés de galeries où les premiers mètres de roche et d’aménagements ont cédé sous le poids de la terre, signale l’axe exact où les mineurs pénétraient autrefois sous la montagne.
Outre cette dépression en sous-bois, le razzier constitue le vestige le plus évident de la galerie 3. Composé de roches stériles extraites lors du creusement et du dépilage du charbon, ce pierrier minier s’étend sur le talus en contrebas de l’ancienne ouverture.
Bien que colonisé par la flore locale, le razzier conserve sa pente typique et sa granulométrie caractéristique. C’est le seul témoin en relief attestant du volume colossal de roche évacué pour aller chercher les couches d’anthracite à cette altitude.
C’est à la fin des années 1990 que le site a connu son dernier grand bouleversement. En 1997, dans le cadre de la campagne générale de mise en sécurité des anciennes concessions du bassin, des travaux lourds sont menés à l’entrée de la galerie 3.
L’opération a d’abord mis au jour des éléments structurants restés en place depuis l’arrêt de l’exploitation :
Des cadres métalliques encore dressés, qui formaient le blindage et le soutènement de l’entrée.
Les ruines d’un petit bâtiment de surface, servant sans doute d’abri, de local technique ou d’annexe aux travaux du jour.
Pour éliminer tout risque d’intrusion ou de chute et stabiliser le terrain, le choix a été fait de démanteler entièrement ces vestiges. Les cadres d’acier ont été retirés, les ruines rasées, et la gueule de la galerie a été foudroyée ou remblayée. D’importants volumes de terre ont ensuite été déversés sur la plateforme afin de condamner définitivement l’accès et d’harmoniser le relief avec le versant naturel.
En faisant disparaître les cadres de fer et les maçonneries sous plusieurs mètres de remblais, les travaux de 1997 ont scellé le destin de la galerie 3.
Elle demeure aujourd’hui un site fantôme : son sommet domine toujours le complexe minier de Fontveille, mais sa mémoire ne se lit plus qu’à travers son tas de stériles et cette brèche herbeuse qui marque la frontière entre la surface et le silence des galeries noyées sous terre.
1- Qu’est-ce qu’un « carreau » de mine ?
Le carreau désigne l’ensemble des installations de surface aménagées autour de l’orifice d’un puits d’extraction ou d’une descenderie. C’est là que convergeaient les infrastructures techniques indispensables au fonctionnement du fond : chevalement, recette, machine d’extraction, ateliers d’entretien, vestiaires (la « salle des pendus »), bureaux d’ingénieurs, mais aussi les installations de traitement du minerai comme le triage, le concassage, le lavoir et les voies ferrées d’expédition.
2- Quel était le rôle précis du carreau du Villaret en Matheysine ?
Aménagé et modernisé en profondeur après la nationalisation de 1946, le carreau du Villaret est devenu le véritable nœud stratégique de l’exploitation de l’anthracite sur le plateau matheysin. Relié au puits du Villaret (creusé à 560 mètres de profondeur) et au plan incliné Richard, il centralisait la remontée, le lavage, le criblage et le stockage massif du charbon extrait dans le secteur avant son acheminement vers les centres de consommation par le chemin de fer.
3- Quand le site du Villaret a-t-il fermé ses portes ?
Le dernier poste d’extraction a cessé son activité le 28 mars 1997. Cette date marque l’arrêt définitif de l’extraction minière en Matheysine et la fin de l’épopée des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD), fermant ainsi plusieurs siècles d’histoire houillère locale.
4- Que reste-t-il des installations d’origine aujourd’hui ?
Si une partie des ateliers a été démontée ou reconvertie, les repères emblématiques subsistent :
Le chevalement métallique du puits du Villaret : conservé en sentinelle et labellisé « Patrimoine en Isère », il arbore une fresque rendant hommage aux mineurs.
Le grand magasin à charbon : une immense structure métallique qui servait à stocker le combustible à l’abri des intempéries, aujourd’hui reconvertie pour des manifestations locales et associatives.
Les tracés des voies ferrées et les plateformes industrielles, dont une partie accueille désormais des activités artisanales et un parc photovoltaïque.
5- Le carreau du Villaret se visite-t-il ?
L’extérieur du carreau est en accès libre : vous pouvez vous approcher du chevalement, observer l’immense magasin à charbon et lire les panneaux explicatifs qui jalonnent le site. Pour découvrir le travail souterrain en lui-même avec des galeries reconstituées, la visite se complète au musée de « La Mine Image », situé à quelques kilomètres de là, sur la commune voisine de La Motte-d’Aveillans.
6- Pourquoi l’anthracite de La Mure était-il si réputé ?
Le gisement de La Mure recelait l’un des meilleurs anthracites au monde, d’une pureté exceptionnelle avec une teneur en carbone pur atteignant 94 à 96 %. Il se distinguait par un pouvoir calorifique très élevé, une combustion lente et une quasi-absence de fumée et de goudron, ce qui en faisait un combustible de choix pour le chauffage domestique et l’industrie métallurgique de pointe.
Marliave (Charles de), Les mines d’anthracite de La Mure (1806-1946), Grenoble, Éditions Allier, 1955, 308 p.
(L’ouvrage historique fondateur sur les concessions minières, l’évolution technique et le développement de la Compagnie des Mines de La Mure avant la nationalisation).
Garnier (Jean), Chronique des mines de La Mure : 2 siècles de charbon, Éditions du Belvédère, 2001, 194 p.
(Une rétrospective détaillée de l’épopée de l’anthracite jusqu’à la fermeture du puits du Villaret en mars 1997).
Guiollard (Pierre-Christian), Les chevalements des houillères françaises, Fichiers techniques et inventaire du patrimoine minier français, PCG Éditions.
(Ouvrage de référence sur l’architecture des installations de surface, incluant les caractéristiques techniques du chevalement Venot du puits du Villaret).
Bouillin (Patrice) et Wurmser (Daniel), Le Chemin de Fer de La Mure : Saint-Georges-de-Commiers – La Mure – Corps – Gap, Éditions Bouillin, 1995, 512 p.
(Étude exhaustive sur la ligne électrifiée du SGLM, indissociable de l’évacuation de l’anthracite depuis le carreau du Villaret).
Mairie de Susville : Le site officiel de la commune où se trouve les habitations. Utile pour les lecteurs cherchant des informations administratives ou d’autres points d’intérêt sur la commune.
Office de Tourisme de la Matheysine : Pour aider vos lecteurs à organiser leur visite sur le plateau de la Matheysine (hébergements, randonnées, autres édifices).
Portail du Patrimoine de l’Isère : Le site du Département de l’Isère dédié à l’inventaire et à la mise en valeur du patrimoine historique, industriel et religieux de la région.
Miard, Victor. La Mure et la Matheysine à travers l’histoire. Bellegarde-sur-Valserine : Imprimerie Sadag, 1965.
Pourquoi cette référence ? C’est l’ouvrage de référence historique incontournable sur le plateau de la Matheysine. Écrit par un historien local respecté, il retrace l’évolution des communes (dont Susville et le hameau du Villaret) et l’impact de l’activité humaine sur le territoire.
Revue Mémoire d’Obiou. Publiée par l’Association d’Histoire de la Matheysine (La Mure).
Pourquoi cette référence ? Cette revue annuelle de recherche historique locale (publiée depuis plusieurs décennies sous l’égide des Amis du Musée de la Matheysine) contient de nombreux dossiers détaillés sur l’histoire des puits de mine de Susville, l’architecture des cités minières du Villaret.
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