Démolition des structures métalliques et maçonnées du lavoir à charbon sur le carreau du Villaret à Susville.

Galerie école de Fontveille : vestige minier à Susville

Plongée dans l’histoire méconnue de la galerie d’apprentissage des mineurs de Susville, entre innovations techniques souterraines et mémoire ouvrière matheysine.

Avant d’affronter les ténèbres et la pression colossale des grands puits matheysins, des dizaines de jeunes recrues ont fait leurs premières armes sous terre ici, à Susville. Aujourd’hui enfouie sous la terre végétale et le silence, la galerie 2 de Fontveille fut bien plus qu’un simple boyau d’extraction : une véritable école souterraine où l’on apprenait à apprivoiser le rocher et à sauver sa vie. Retour sur les traces discrètes d’un ouvrage pionnier, effacé du paysage mais fondamental pour l’histoire ouvrière du bassin d’anthracite.

Informations pratiques

Élément Caractéristique
Nom de l’ouvrage Galerie 2 de Fontveille (dite « galerie école »)
Commune Susville (38350), lieu-dit Fontveille
Région / Territoire Isère, plateau de la Matheysine (Dauphiné)
Bassin minier Bassin houiller du Dauphiné / Houillères de La Mure
Matériau concerné Anthracite
Coordonnées GPS 44.935649, 5.765788
Fonction initiale Formation professionnelle et apprentissage des mineurs du fond
Année de fermeture 1957
Campagne de sécurisation 1997 (fouille technique, comblement et nivellement du site)
Technique de soutènement Cintres et cadres métalliques modernes
Vestiges visibles en surface Déblais de razzier remaniés, socles en béton d’un ancien bâtiment, embase de plan incliné, tronçon de tuyau métallique
État actuel de l’ouvrage Totalement comblé, recouvert de terre végétale et boisé
Accès À proximité de l’ancien chemin des mineurs (accessible uniquement de l’extérieur, aucun accès souterrain possible)

La galerie 2 de Fontveille : l’ancienne galerie école des mineurs de Susville

Sur le plateau de la Matheysine, le sous-sol a forgé le destin de générations entières de mineurs. Si les grands puits d’extraction comme les puits Villaret ou du Marais concentrent la majorité des mémoires, d’autres ouvrages plus modestes ont joué un rôle technique et humain capital. C’est le cas de la galerie 2 de Fontveille, située sur la commune de Susville, longtemps surnommée la « galerie école ».

Dédiée à la formation des mineurs avant de fermer ses portes à la fin des années 1950, cette exploitation souterraine a aujourd’hui presque totalement disparu du paysage de surface.

Bâtiments industriels annexes attenants au magasin à charbon sur le site minier de Susville.

Bâtiments industriels annexes attenants au magasin à charbon sur le site minier de Susville.

Une vocation pédagogique au service de la sécurité minière

L’exploitation de l’anthracite du bassin dauphinois exigeait des compétences pointues et un respect rigoureux des règles de sécurité. Face aux contraintes du sous-sol et aux risques d’éboulement, les compagnies minières ont progressivement mis en place des structures d’apprentissage concrètes pour leurs nouvelles recrues.

La galerie 2 de Fontveille s’inscrivait directement dans cette logique :

  • Un centre d’apprentissage grandeur nature : Les futurs mineurs s’y familiarisaient avec les gestes du fond, le maniement des outils et les méthodes d’étayage sans subir immédiatement la pression des cadences de rentabilité des chantiers profonds.

  • L’assimilation des gestes de survie : C’est ici qu’on apprenait à repérer les faiblesses d’une roche, à maîtriser le boisage puis le ferraillage, et à évoluer dans l’obscurité d’un réseau de galeries.

  • La clôture du site en 1957 : L’activité de cette galerie s’est interrompue définitivement en 1957, période marquée par la modernisation et la rationalisation progressive des installations du plateau.

Vue d'archive du carreau minier à Susville montrant les bâtiments de la chaufferie et des ateliers techniques.

Vue d’archive du carreau minier à Susville montrant les bâtiments de la chaufferie et des ateliers techniques.

Ce que le terrain raconte encore à Fontveille

Retrouver l’emplacement précis de la galerie 2 n’a rien d’évident. Établi à proximité immédiate de l’ancien chemin des mineurs, le site a été repris par la nature et les remaniements successifs du terrain.

Sur place, quelques indices matériels permettent toutefois de lire l’organisation de l’ancien carreau :

Des traces de maçonnerie et d’installations de surface

À la mauvaise saison, lorsque la végétation s’efface, quelques blocs de béton émergent du sol. Ils trahissent l’emplacement d’un petit bâtiment technique annexe, aujourd’hui rasé, qui servait probablement d’abri, de vestiaire ou d’atelier d’outillage.

Un terril remanié et des aménagements de transport

Le razzier (le dépôt local des roches stériles issues du creusement) présente un volume modeste et a été largement nivelé au fil des décennies. À sa base, les vestiges d’un socle maçonné laissent deviner un ancien plan incliné, destiné à évacuer les déblais ou à monter le matériel vers la bouche de la galerie.

Les témoins d’une hydraulique industrielle

Parmi les débris ferreux découverts au sol, la présence d’un conduit tubulaire métallique suggère une ligne sous pression. Dans les mines de charbon, ce réseau pouvait alimenter l’injection d’eau sous pression dans le massif, un procédé essentiel pour abattre la poussière d’anthracite et limiter les risques de silicose et d’explosion.

Démolition des structures métalliques et maçonnées du lavoir à charbon sur le carreau du Villaret à Susville.

Démolition des structures métalliques et maçonnées du lavoir à charbon sur le carreau du Villaret à Susville.

1997 : La mise au jour d’un soutènement moderne avant l’effacement

Quarante ans après sa fermeture, la galerie 2 refait surface le temps d’un chantier. En 1997, des travaux de sécurisation menés par les services de l’État et les gestionnaires de l’après-mine mettent à nu les premiers mètres de l’entrée souterraine.

Cette ouverture temporaire a révélé une structure remarquable :

  • L’usage de cadres métalliques : L’ouvrage ne reposait pas sur un soutènement traditionnel en bois, mais sur des cintres d’acier cintrés, typiques des galeries modernes et pérennes du XXe siècle. Ce choix technique confirme le caractère pilote et éducatif de la galerie, pensée pour enseigner les standards modernes du soutènement minier.

  • Le comblement définitif : Conformément aux impératifs de mise en sécurité de l’ancien bassin houiller, les cadres ont été enfouis, la tête de galerie comblée et le secteur régalé avec de la terre végétale. Les derniers bâtiments ont été rasés pour restituer le versant à l’état naturel.

Garder vivante la trace du patrimoine invisible

Si la galerie 2 de Fontveille ne présente plus d’architecture monumentale visible, elle demeure une page fondamentale de la culture ouvrière matheysine. C’est dans ce boyau discret que des dizaines de jeunes hommes ont appris le métier difficile et dangereux d’abatteur et de boiseur, assurant la relève d’un bassin qui a nourri l’industrie dauphinoise pendant plus de deux siècles.

Foire Aux Questions Tout savoir sur le carreau du Villaret

Le carreau désigne l’ensemble des installations de surface aménagées autour de l’orifice d’un puits d’extraction ou d’une descenderie. C’est là que convergeaient les infrastructures techniques indispensables au fonctionnement du fond : chevalement, recette, machine d’extraction, ateliers d’entretien, vestiaires (la « salle des pendus »), bureaux d’ingénieurs, mais aussi les installations de traitement du minerai comme le triage, le concassage, le lavoir et les voies ferrées d’expédition.

Aménagé et modernisé en profondeur après la nationalisation de 1946, le carreau du Villaret est devenu le véritable nœud stratégique de l’exploitation de l’anthracite sur le plateau matheysin. Relié au puits du Villaret (creusé à 560 mètres de profondeur) et au plan incliné Richard, il centralisait la remontée, le lavage, le criblage et le stockage massif du charbon extrait dans le secteur avant son acheminement vers les centres de consommation par le chemin de fer.

Le dernier poste d’extraction a cessé son activité le 28 mars 1997. Cette date marque l’arrêt définitif de l’extraction minière en Matheysine et la fin de l’épopée des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD), fermant ainsi plusieurs siècles d’histoire houillère locale.

Si une partie des ateliers a été démontée ou reconvertie, les repères emblématiques subsistent :

  • Le chevalement métallique du puits du Villaret : conservé en sentinelle et labellisé « Patrimoine en Isère », il arbore une fresque rendant hommage aux mineurs.

  • Le grand magasin à charbon : une immense structure métallique qui servait à stocker le combustible à l’abri des intempéries, aujourd’hui reconvertie pour des manifestations locales et associatives.

  • Les tracés des voies ferrées et les plateformes industrielles, dont une partie accueille désormais des activités artisanales et un parc photovoltaïque.

L’extérieur du carreau est en accès libre : vous pouvez vous approcher du chevalement, observer l’immense magasin à charbon et lire les panneaux explicatifs qui jalonnent le site. Pour découvrir le travail souterrain en lui-même avec des galeries reconstituées, la visite se complète au musée de « La Mine Image », situé à quelques kilomètres de là, sur la commune voisine de La Motte-d’Aveillans.

Le gisement de La Mure recelait l’un des meilleurs anthracites au monde, d’une pureté exceptionnelle avec une teneur en carbone pur atteignant 94 à 96 %. Il se distinguait par un pouvoir calorifique très élevé, une combustion lente et une quasi-absence de fumée et de goudron, ce qui en faisait un combustible de choix pour le chauffage domestique et l’industrie métallurgique de pointe.

Tout ce qu’il faut savoir ensuite

Façade sud du magasin à charbon du puits du Villaret à Susville, surmontée de son lanterneau de toiture.
Installation industrielle de traitement des résidus miniers près des bassins à schlamms à Susville.
Photo de la gare du Villaret à Susville prise depuis le carreau de la mine, montrant le lien entre le puits et le patrimoine du train minier.

Sources et sites officiels 

1. Autour de l’histoire et du patrimoine minier de la région

    • Marliave (Charles de), Les mines d’anthracite de La Mure (1806-1946), Grenoble, Éditions Allier, 1955, 308 p.
      (L’ouvrage historique fondateur sur les concessions minières, l’évolution technique et le développement de la Compagnie des Mines de La Mure avant la nationalisation).

    • Garnier (Jean), Chronique des mines de La Mure : 2 siècles de charbon, Éditions du Belvédère, 2001, 194 p.
      (Une rétrospective détaillée de l’épopée de l’anthracite jusqu’à la fermeture du puits du Villaret en mars 1997).

    • Guiollard (Pierre-Christian), Les chevalements des houillères françaises, Fichiers techniques et inventaire du patrimoine minier français, PCG Éditions.
      (Ouvrage de référence sur l’architecture des installations de surface, incluant les caractéristiques techniques du chevalement Venot du puits du Villaret).

    • Bouillin (Patrice) et Wurmser (Daniel), Le Chemin de Fer de La Mure : Saint-Georges-de-Commiers – La Mure – Corps – Gap, Éditions Bouillin, 1995, 512 p.
      (Étude exhaustive sur la ligne électrifiée du SGLM, indissociable de l’évacuation de l’anthracite depuis le carreau du Villaret).

2. Informations locales et institutionnelles

  • Mairie de Susville : Le site officiel de la commune où se trouve les habitations. Utile pour les lecteurs cherchant des informations administratives ou d’autres points d’intérêt sur la commune.

  • Office de Tourisme de la Matheysine : Pour aider vos lecteurs à organiser leur visite sur le plateau de la Matheysine (hébergements, randonnées, autres édifices).

3. Patrimoine départemental

  • Portail du Patrimoine de l’Isère : Le site du Département de l’Isère dédié à l’inventaire et à la mise en valeur du patrimoine historique, industriel et religieux de la région.

Bibliographie 

  • 1. Sur l’histoire générale et le patrimoine de la région

    • Miard, Victor. La Mure et la Matheysine à travers l’histoire. Bellegarde-sur-Valserine : Imprimerie Sadag, 1965.

      • Pourquoi cette référence ? C’est l’ouvrage de référence historique incontournable sur le plateau de la Matheysine. Écrit par un historien local respecté, il retrace l’évolution des communes (dont Susville et le hameau du Villaret) et l’impact de l’activité humaine sur le territoire.

    2. Sur l’histoire locale spécifique et le patrimoine minier

    • Revue Mémoire d’Obiou. Publiée par l’Association d’Histoire de la Matheysine (La Mure).

      • Pourquoi cette référence ? Cette revue annuelle de recherche historique locale (publiée depuis plusieurs décennies sous l’égide des Amis du Musée de la Matheysine) contient de nombreux dossiers détaillés sur l’histoire des puits de mine de Susville, l’architecture des cités minières du Villaret.

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