Cité de la gare du Villaret : l’habitat minier à Susville
Implantée au plus près des rails du SGLM, la cité de la gare du Villaret dévoile une architecture ouvrière linéaire pensée pour les cheminots, trieurs et manœuvres d’anthracite de Susville.
Implantée au plus près des rails du SGLM, la cité de la gare du Villaret dévoile une architecture ouvrière linéaire pensée pour les cheminots, trieurs et manœuvres d’anthracite de Susville.
| Caractéristique | Détails |
| Dénomination | Cité de la gare du Villaret (ou cité ferroviaire du Villaret) |
| Localisation | Rue de la Gare / Le Villaret, 38350 Susville, Isère (Auvergne-Rhône-Alpes) |
| Territoire / Région historique | Plateau de la Matheysine / Dauphiné |
| Bassin minier | Bassin houiller du Dauphiné (anthracite du plateau matheysin) |
| Commanditaire | Compagnie des mines de La Mure |
| Période de construction | Début du XXe siècle (essor de la ligne SGLM et du carreau du Villaret) |
| Liaison ferroviaire | Ligne de Saint-Georges-de-Commiers à La Mure (SGLM) |
| Typologie architecturale | Alignement linéaire de pavillons ouvriers jumelés à double entrée |
| Matériaux de construction | Maçonnerie enduite, moellons calcaires locaux, toitures à deux pans en ardoise ou tuile |
| Composition des parcelles | Logements symétriques, cours arrières, remises/cabanons à charbon, jardins vivriers |
| Population d’origine | Cheminots, mécaniciens, aiguilleurs, trieurs et manœuvres du carreau de mine |
| Rôle socio-industriel | Maintien sur place du personnel ferroviaire et logistique pour l’évacuation continue du charbon |
| Statut actuel | Propriétés privées à usage résidentiel |
| Visibilité / Accès | Visible depuis le domaine public le long de l’ancien tracé ferroviaire |
Dans l’organisation méthodique du bassin houiller de Susville, chaque quartier ouvrier répond à une fonction urbaine précise. Si la cité du Villaret-Haut s’élève à flanc de versant pour s’éloigner des fumées et des bruits industriels, la cité minière de la gare du Villaret s’installe quant à elle au plus près du fer et du charbon.
Aménagée le long de l’axe ferroviaire du Chemin de fer de Saint-Georges-de-Commiers à La Mure (le SGLM) et de l’actuelle départementale 529, cette cité a été conçue pour loger une main-d’œuvre stratégique : les ouvriers du carreau, les trieurs, les aiguilleurs et les cheminots chargés de manœuvrer les rames d’anthracite. Ici, l’habitat ne cherche pas à s’isoler de l’outil de production ; il fait corps avec la logistique du transport minier.
L’implantation spatiale de la cité de la gare rompt avec le modèle étagé des versants matheysins pour adopter un plan linéaire conditionné par le tracé des voies ferrées.
Contrairement aux cités-jardins en courbe de niveau, le bâti s’étire ici en bordure des faisceaux de voies de garage et de chargement. Cette proximité immédiate réduisait au strict minimum les temps de parcours pour les équipes chargées des manœuvres ou des roulements continus. Vivre dans la cité de la gare, c’était caler son quotidien sur les sifflets des locomotives électriques et le fracas métallique des trémies déversant le charbon dans les wagons plats.
Malgré la contrainte de l’espace enserré entre la colline et la voie de chemin de fer, les concepteurs de la Compagnie des Mines de La Mure ont conservé la trame hygiéniste du logement ouvrier :
Les constructions sont séparées des voies par des cours et des bandes de recul pour limiter les projections de poussières de criblage.
Des parcelles de jardins ouvriers sont aménagées à l’arrière ou sur les talus adjacents.
Comme partout en Matheysine, ces potagers jouent un rôle nourricier fondamental, fournissant légumes et petit élevage tout en maintenant une continuité végétale dans un secteur saturé d’infrastructures lourdes.
L’architecture de la cité de la gare privilégie l’efficacité constructive, avec des volumes sobres capables de résister aux rigueurs de l’hiver montagnard.
Le quartier se caractérise par des maisons doubles ou groupées par petits corps de bâtiments symétriques sous un même faîte. Cette formule standardisée présente de multiples intérêts constructifs et thermiques :
Murs mitoyens partagés : Réduction des coûts de maçonnerie et limitation des déperditions de chaleur entre deux foyers.
Soubassements solides : Maçonnerie en pierre et liant hydraulique local pour asseoir les bâtisses sur un terrain humide de bas de vallée.
Toitures alpines : Pentes accentuées et charpentes renforcées pour évacuer rapidement les couches de neige sans surcharge pour les structures.
À l’intérieur, les logements répondent à la sobriété exigée par les compagnies minières :
Au rez-de-chaussée : Une cuisine-salle commune, chauffée en permanence par la cuisinière à charbon alimentée par le combustible de dotation, complétée d’un cellier.
À l’étage : Les chambres familiales, réparties sous les combles ou sur un niveau complet.
Les annexes extérieures : Remises, clapiers et hangars à charbon disposés dans les cours pour ne pas encombrer le volume habitable.
La cité de la gare du Villaret a longtemps possédé une identité ouvrière singulière, distincte de celle des mineurs de fond.
Si les cités du haut abritaient en majorité les abatteurs et boiseurs travaillant dans les profondeurs du puits du Villaret, la cité de la gare concentrait une population largement dédiée aux activités de surface :
Ouvriers d’entretien de la voie ferrée et cantonniers.
Chauffeurs et mécaniciens du train minier.
Ouvriers affectés au culbutage des berlines, au criblage et au triage de l’anthracite.
Cette proximité avec le matériel roulant créait une solidarité professionnelle forte, cimentée par des métiers où la vigilance restait constante face aux manœuvres des wagons et aux caténaires sous tension.
Habiter la cité de la gare offrait un avantage urbain indéniable : une connexion directe avec le reste du plateau et la vallée de la Romanche. Grâce aux trains de voyageurs qui empruntaient la ligne du SGLM avant l’avènement de l’automobile, les familles bénéficiaient d’une ouverture précieuse vers La Mure pour les marchés, les formalités administratives et le ravitaillement.
La fin du transport ferroviaire de l’anthracite en 1988, suivie de l’arrêt définitif des puits de Susville en 1997, a radicalement transformé la vocation du quartier.
Avec la fermeture des installations de surface, les rails se sont tus. Les faisceaux de voies de triage ont été démantelés ou reconvertis, transformant un secteur jadis saturé de suie et de vacarme en une enclave étonnamment paisible.
Comme pour les autres quartiers des Houillères, les logements ont été cédés à leurs occupants ou à des particuliers. Cette transition foncière a permis la rénovation thermique des bâtiments, l’ouverture de nouvelles baies vitrées et l’embellissement des jardins.
Aujourd’hui, la cité de la gare du Villaret constitue un repère urbain essentiel pour comprendre la logistique minière dauphinoise : un ensemble bâti qui raconte l’histoire de ces hommes et de ces femmes installés au bord du quai pour expédier l’anthracite de La Mure aux quatre coins du pays.
1- Quel était le rôle exact d’un porion dans les mines de La Mure ?
Le porion est le contremaître de terrain, chef d’équipe direct des mineurs au fond de la taille. Issu du rang grâce à ses compétences pratiques et son sens du commandement, il veille au respect des cadences, surveille l’avancement des galeries et garantit la sécurité face aux risques d’éboulement ou de grisou, sous l’autorité du chef porion.
2- Pourquoi l‘habitat des porions a-t-il été conçu sous la forme d’une maison triple ?
La Compagnie des mines de La Mure a adopté un modèle de maison mitoyenne regroupant trois foyers sous un même toit. Cette disposition permettait d’optimiser les coûts de construction et l’emprise au sol, tout en offrant aux agents de maîtrise un cadre de vie plus aéré, valorisant et structuré que les longs alignements de corons réservés aux manœuvres.
3- Comment chaque logement de la maison triple est-il distribué ?
Chaque habitation s’élève sur deux niveaux coiffés de combles :
Rez-de-chaussée : une cuisine et une salle de séjour servant de pièce de vie quotidienne.
Étage : les chambres à coucher réservées à la famille.
Combles : un grenier utilisé pour le stockage ou d’éventuels couchages d’appoint.
À l’extérieur, chaque porion disposait d’une entrée séparée et d’un potager privatif.
4- En quoi le logement du porion diffère-t-il de celui du chef porion ?
La hiérarchie spatiale reflétait exactement la hiérarchie du travail. Alors que les porions partageaient une maison triple à trois logements, les chefs porions — leurs supérieurs directs — bénéficiaient d’une maison double jumelée, plus spacieuse, avec des dépendances latérales en appentis et une séparation plus marquée entre les entrées.
5- La maison des porions est-elle ouverte à la visite ?
Non, le bâtiment relève du domaine privé et son intérieur ne se visite pas. En revanche, l’architecture d’ensemble, les façades et l’organisation du quartier ouvrier du Villaret sont parfaitement visibles et accessibles depuis la voie publique.
La Mine Image : Le site officiel du musée de la mine situé à La Motte-d’Aveillans (commune voisine). Ce musée souterrain est directement lié à l’histoire de la Compagnie des Mines de la Mure mentionnée dans votre article.
Le Petit Train de La Mure : Un site incontournable pour comprendre l’histoire du transport du charbon et la découverte touristique du plateau de la Matheysine.
Mairie de Susville : Le site officiel de la commune où se trouve les habitations. Utile pour les lecteurs cherchant des informations administratives ou d’autres points d’intérêt sur la commune.
Office de Tourisme de la Matheysine : Pour aider vos lecteurs à organiser leur visite sur le plateau de la Matheysine (hébergements, randonnées, autres édifices).
Portail du Patrimoine de l’Isère : Le site du Département de l’Isère dédié à l’inventaire et à la mise en valeur du patrimoine historique, industriel et religieux de la région.
Miard, Victor. La Mure et la Matheysine à travers l’histoire. Bellegarde-sur-Valserine : Imprimerie Sadag, 1965.
Pourquoi cette référence ? C’est l’ouvrage de référence historique incontournable sur le plateau de la Matheysine. Écrit par un historien local respecté, il retrace l’évolution des communes (dont Susville et le hameau du Villaret) et l’impact de l’activité humaine sur le territoire.
Revue Mémoire d’Obiou. Publiée par l’Association d’Histoire de la Matheysine (La Mure).
Pourquoi cette référence ? Cette revue annuelle de recherche historique locale (publiée depuis plusieurs décennies sous l’égide des Amis du Musée de la Matheysine) contient de nombreux dossiers détaillés sur l’histoire des puits de mine de Susville, l’architecture des cités minières du Villaret.
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