Vue panoramique sur la cité minière de Fontvieille à Susville depuis le sentier de la piste noire en Matheysine.

Cité de Fontveille à Susville : l’urbanisme minier

Érigée en 1948 au dessus de la centrale thermique, la cité de Fontveille illustre le tournant hygiéniste et hiérarchique de l’habitat ouvrier lors de la bataille du charbon en Matheysine.

Érigée à la sortie de la guerre pour remporter la « bataille du charbon », la cité de Fontveille à Susville raconte un tournant décisif du bassin minier matheysin. Au pied des imposantes cheminées de la centrale thermique, ces 47 pavillons neufs offraient dès 1948 un confort moderne inédit, tout en gravant la stricte hiérarchie de la mine dans l’agencement de chaque rue et de chaque potager. Des corons planifiés par les Houillères au quartier pavillonnaire d’aujourd’hui, immersion dans un modèle d’urbanisme ouvrier où le quotidien des familles battait au rythme de l’anthracite.

Informations pratiques

Caractéristique Détail
Nom du site Cité de Fontveille (dite aussi cité de la Centrale)
Type de patrimoine Patrimoine minier, industriel et urbain
Commune Susville (38350)
Région historique Matheysine, Dauphiné (Isère, Auvergne-Rhône-Alpes)
Période de construction 1948 – 1949 (période de la « bataille du charbon »)
Commanditaire Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD) / Charbonnages de France
Vocation initiale Logement des mineurs et ouvriers de la nouvelle centrale thermique
Composition Ensemble de 47 logements pavillonnaires (maisons individuelles et jumelées) avec jardins potagers
Organisation spatiale Tracé régulier hiérarchisé selon les statuts professionnels (ouvriers, porions, agents de maîtrise)
Équipements d’origine Confort moderne d’après-guerre (eau courante, électricité, sanitaires intérieurs, caves)
Statut actuel Propriété privée (parc cédé aux particuliers dans les années 1980)
Visite et accessibilité Visible depuis l’espace public (voie communale), étape du parcours patrimonial pédestre de Susville

La cité de Fontveille à Susville : l’urbanisme ouvrier au cœur du bassin minier

Née sur les hauteurs du plateau matheysin, la cité de Fontveille – communément appelée la « cité de la nouvelle centrale » – constitue un témoignage remarquable de l’habitat patronal d’après-guerre. Située sur la commune de Susville, en Isère, elle raconte à elle seule les transformations sociales et techniques qui ont marqué les Houillères du Bassin du Dauphiné au lendemain de la Libération.

Qu’est-ce qu’une cité minière ?

Une cité minière ne se résume pas à un simple alignement de maisons : c’est un ensemble résidentiel planifié, pensé et financé par la compagnie minière pour loger ses ouvriers, ses agents de maîtrise et leurs familles.

Conçues pour fixer la main-d’œuvre à proximité immédiate des puits et des installations de surface, ces cités intégraient souvent des parcelles de jardin potager, des voiries dédiées et des équipements de proximité. L’entreprise y assurait le logement, mais y exerçait également un contrôle social direct sur la communauté ouvrière.

1948-1949 : la naissance de la cité de la nouvelle centrale

Le paysage industriel de Susville a longtemps été dominé par la centrale thermique alimentée par l’anthracite local. L’histoire de Fontveille s’inscrit dans deux temps architecturaux bien distincts :

  • L’ancienne cité (1925-1928) : bâtie pour les besoins de la première centrale électrique, cette première tranche de logements fut plus tard profondément remaniée pour devenir la cité des Moutières.

  • La nouvelle cité (1948-1949) : construite au sortir de la Seconde Guerre mondiale, elle compte 47 maisons et prend le nom de Fontveille. Son surnom de « nouvelle centrale » permettait alors de la distinguer sans ambiguïté des habitations ouvrières des années 1920.

Ce chantier de 47 pavillons intervient dans un contexte charnière : la nationalisation des mines décrétée en 1946.

Modernité et confort d’après-guerre : la bataille du charbon

À la Libération, la France a un besoin vital d’énergie pour reconstruire ses infrastructures et relancer ses usines. Pour gagner cette « bataille du charbon », les Charbonnages de France doivent recruter massivement et fidéliser des mineurs chevronnés.

L’amélioration des conditions de vie devient un enjeu stratégique. Les baraquements et logements précaires d’avant-guerre laissent place à un habitat sain et digne :

L’entrée dans le confort moderne

Les 47 maisons de Fontveille offrent un confort inédit pour l’époque : l’eau courante à l’évier, des w.-c. intérieurs, des pièces ventilées et lumineuses, ainsi qu’un espace extérieur suffisant pour cultiver un potager vivrier.

La hiérarchie inscrite dans la pierre

Si le confort progresse pour tous, l’organisation spatiale reste le reflet exact de l’organigramme de l’entreprise. La surface habitable, l’agencement des pièces, les finitions de façade et l’emplacement de la parcelle varient selon que l’occupant est simple mineur de fond, porion (chef d’équipe), agent de maîtrise ou cadre technique. L’ordre social de la mine s’imprime directement dans la géométrie des rues.

L’empreinte de la centrale thermique et la silhouette industrielle

L’implantation de la cité de Fontveille n’a pas été laissée au hasard. Elle a été érigée en contrebas immédiat de la centrale thermique de Susville.

Pendant des décennies, le quotidien des résidents a été rythmé par la silhouette imposante des cheminées industrielles, les panaches de fumée et les bruits réguliers des installations de traitement du charbon. La cité formait avec la centrale et les puits voisins un écosystème fonctionnel complet, où travail et vie domestique se côtoyaient jour et nuit.

Des années 1980 à aujourd’hui : la métamorphose d’un quartier

Le déclin progressif de l’exploitation de l’anthracite en Matheysine a bouleversé le statut du quartier. Au cours des années 1980, les Houillères ont cédé l’ensemble du parc immobilier aux particuliers, ouvriers retraités ou nouveaux acquéreurs :

De l’uniformité ouvrière aux initiatives privées

Devenue un ensemble pavillonnaire privé, la cité a connu d’importantes modifications architecturales. Si le tracé viaire et la volumétrie générale d’origine restent clairement perceptibles, les ravalements de façades personnalisés, les fermetures de loggias, l’ajout de garages et l’installation de clôtures ont rompu l’uniformité standardisée voulue en 1948.

Un repère patrimonial vivant

Aujourd’hui, parcourir la cité de Fontveille permet de lire à ciel ouvert l’histoire sociale et urbaine de Susville. Entre mémoire minière et reconversion pavillonnaire, ce quartier témoigne avec force de la manière dont l’industrie a façonné le cadre de vie montagnard en Dauphiné.

Foire Aux Questions La cité de Fontveille

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la France lance la « bataille du charbon » pour reconstruire son industrie. Nationalisées en 1946, les Houillères du Bassin du Dauphiné doivent attirer et fidéliser de la main-d’œuvre qualifiée pour faire tourner la nouvelle centrale thermique de Susville et les puits voisins, notamment celui du Villaret. Entre 1948 et 1949, 47 logements modernes sont ainsi bâtis à Fontveille pour accueillir ces ouvriers et leurs familles.

Fontveille marque une rupture nette avec les anciens corons du XIXe siècle. Les maisons, individuelles ou jumelées, offrent un niveau de confort exceptionnel pour l’époque : eau courante, électricité, sanitaires intérieurs avec salle d’eau, caves saines et jardin potager privatif attenant. Ce confort moderne servait autant à valoriser le statut du mineur qu’à garantir une hygiène de vie indispensable aux cadences de production.

L’agencement urbain reflétait fidèlement l’organisation de l’entreprise. Bien que l’ensemble conserve une harmonie d’ensemble, la taille des parcelles, la surface habitable et l’emplacement des maisons variaient selon les responsabilités. Les ouvriers d’exécution occupaient des pavillons standards, tandis que les contremaîtres (porions) et le personnel d’encadrement disposaient d’habitations plus spacieuses, souvent légèrement en retrait ou mieux exposées.

La cité a été implantée à proximité immédiate de la centrale thermique pour permettre aux agents d’astreinte de rejoindre rapidement leur poste. La centrale brûlait les résidus d’anthracite non valorisables pour produire de l’électricité. Les habitants de Fontveille vivaient ainsi au son des turbines et à l’ombre des grandes cheminées industrielles, dans une symbiose totale entre lieu de vie et outil de travail.

Oui, mais uniquement depuis le domaine public. La cité est devenue un quartier résidentiel privé dont les maisons ont été rachetées par les familles de mineurs ou de nouveaux habitants à partir des années 1980. On peut librement parcourir ses allées à pied, notamment dans le cadre du sentier patrimonial balisé de Susville, à condition de respecter scrupuleusement la tranquillité des riverains et leurs propriétés.

Si les rénovations contemporaines ont personnalisé les façades et les toitures, la trame d’origine reste parfaitement lisible : l’alignement géométrique des rues, la silhouette générale des pavillons d’après-guerre et la présence des jardins potagers témoignent encore de ce modèle d’urbanisme paternaliste et solidaire propre au bassin du Dauphiné.

Sources et sites officiels 

1. Autour de l’histoire et du patrimoine minier de la région

  • La Mine Image : Le site officiel du musée de la mine situé à La Motte-d’Aveillans (commune voisine). Ce musée souterrain est directement lié à l’histoire de la Compagnie des Mines de la Mure mentionnée dans votre article.

  • Le Petit Train de La Mure : Un site incontournable pour comprendre l’histoire du transport du charbon et la découverte touristique du plateau de la Matheysine.

2. Informations locales et institutionnelles

  • Mairie de Susville : Le site officiel de la commune où se trouve les habitations. Utile pour les lecteurs cherchant des informations administratives ou d’autres points d’intérêt sur la commune.

  • Office de Tourisme de la Matheysine : Pour aider vos lecteurs à organiser leur visite sur le plateau de la Matheysine (hébergements, randonnées, autres édifices).

3. Patrimoine départemental

  • Portail du Patrimoine de l’Isère : Le site du Département de l’Isère dédié à l’inventaire et à la mise en valeur du patrimoine historique, industriel et religieux de la région.

Bibliographie 

  • 1. Sur l’histoire générale et le patrimoine de la région

    • Miard, Victor. La Mure et la Matheysine à travers l’histoire. Bellegarde-sur-Valserine : Imprimerie Sadag, 1965.

      • Pourquoi cette référence ? C’est l’ouvrage de référence historique incontournable sur le plateau de la Matheysine. Écrit par un historien local respecté, il retrace l’évolution des communes (dont Susville et le hameau du Villaret) et l’impact de l’activité humaine sur le territoire.

    2. Sur l’histoire locale spécifique et le patrimoine minier

    • Revue Mémoire d’Obiou. Publiée par l’Association d’Histoire de la Matheysine (La Mure).

      • Pourquoi cette référence ? Cette revue annuelle de recherche historique locale (publiée depuis plusieurs décennies sous l’égide des Amis du Musée de la Matheysine) contient de nombreux dossiers détaillés sur l’histoire des puits de mine de Susville, l’architecture des cités minières du Villaret.

Voir la carte

Galerie Photos

Utilisez les touches de direction pour faire défiler les photos