Cercle des mineurs du Villaret : vie ouvrière à Susville
Entre célébrations de la Sainte-Barbe, parties de cartes et solidarité des « gueules noires », plongez dans l’histoire du foyer social emblématique des mineurs du Villaret à Susville.
Entre célébrations de la Sainte-Barbe, parties de cartes et solidarité des « gueules noires », plongez dans l’histoire du foyer social emblématique des mineurs du Villaret à Susville.
| Caractéristique | Détails |
| Dénomination | Cercle des mineurs du Villaret (foyer des mineurs) |
| Localisation | Hameau du Villaret, 38350 Susville, Isère (Auvergne-Rhône-Alpes) |
| Territoire / Région historique | Plateau de la Matheysine / Dauphiné |
| Bassin houiller | Bassin minier de La Mure (anthracite) |
| Commanditaire initial | Compagnie des mines de La Mure (politique des œuvres sociales) |
| Période de construction | Début du XXe siècle (première moitié des années 1900) |
| Typologie architecturale | Bâtiment d’équipement social et récréatif ouvrier, grandes ouvertures vitrées |
| Matériaux principaux | Maçonnerie traditionnelle enduite, pierre calcaire locale, charpente bois, toiture ardoise/tuile |
| Fonctions d’origine | Salle de réunion, jeux de société (cartes, billard), buvette, bibliothèque, festivités ouvrières |
| Événements marquants | Célébrations annuelles de la Sainte-Barbe, réunions syndicales, banquets corporatifs |
| Rôle socio-industriel | Espace de sociabilité ouvrière encadrée par le paternalisme minier |
| Statut actuel | Bâtiment communal / espace associatif de quartier |
| Accessibilité | Visible depuis la voie publique ; accès intérieur selon manifestations locales |
Sur les hauteurs du plateau matheysin, la commune de Susville conserve les empreintes indélébiles de l’épopée minière du bassin du Dauphiné. Parmi ces traces urbaines, le quartier des Moutières illustre à lui seul l’histoire du logement patronal, l’évolution des cités ouvrières du XXe siècle et les défis géologiques qui pèsent encore aujourd’hui sur l’aménagement de ce territoire de montagne.
Une cité minière ne se résume pas à un simple alignement de maisons : elle incarne un modèle d’urbanisme paternaliste né avec la révolution industrielle. Conçue directement par les exploitants de la mine pour fixer la main-d’œuvre à proximité des puits et des ateliers, elle répondait à un besoin impérieux de loger des centaines de familles ouvrières venues parfois de très loin.
Dans ce système, le patronat prenait en charge le quotidien du travailleur :
Mise à disposition de logements standardisés mais confortables pour l’époque.
Aménagement d’équipements collectifs (écoles, dispensaires, lavoirs, jardins potagers).
Encadrement discret mais réel de la vie sociale et familiale en dehors des heures de labeur.
C’est en 1925 que sort de terre la cité des Moutières. Contrairement aux ensembles exclusivement dédiés aux mineurs de fond de la Matheysine, ce quartier présentait une vocation mixte : loger le personnel affecté à l’extraction du charbon, mais aussi les techniciens et agents de la centrale électrique voisine.
À son apogée, le site comptait une dizaine de bâtiments d’habitation collectifs et semi-collectifs. Les plans aériens de l’immédiat après-guerre, notamment ceux de 1948, témoignent d’une organisation spatiale rigoureuse, pensée pour optimiser l’espace tout en offrant des parcelles de verdure et un accès direct aux installations industrielles environnantes.
Avec le déclin progressif de l’exploitation de l’anthracite et la modernisation des modes de vie, les anciens pavillons de 1925 sont devenus inadaptés aux exigences de confort contemporain. En 1995, un tournant urbain majeur s’opère : la quasi-totalité des bâtiments historiques de la cité est démolie.
Sur les ruines de l’ancienne cité de la centrale, un nouveau quartier résidentiel voit le jour. Cette opération de renouvellement urbain visait à offrir des logements individuels et pavillonnaires plus modernes, tournant la page de l’habitat de masse hérité de la Compagnie des Mines.
Le renouvellement du bâti n’efface pas pour autant la réalité géologique du plateau. Le secteur des Moutières fait face à des mouvements de terrain réguliers, une fragilité directement liée à la nature des sols et aux cavités souterraines laissées par des décennies d’activité extractive.
Aujourd’hui, ces instabilités se traduisent par des désordres structurels majeurs :
Des fissures importantes ont lézardé plusieurs habitations récentes.
Huit logements ont dû être déclarés impropres à l’habitation et condamnés pour des raisons de sécurité.
Ce phénomène rappelle avec force que l’urbanisme en zone minière reste indissociable de la mémoire de son sous-sol.
Observer le quartier des Moutières aujourd’hui, c’est comprendre comment un siècle d’histoire urbaine, industrielle et sociale s’est superposé sur un même périmètre. Entre la mémoire ouvrière des années 1920, la transformation des années 1990 et les contraintes actuelles de sécurisation du territoire, le site demeure une page vivante de l’histoire de Susville.
1- Qu’était exactement le cercle des mineurs du Villaret ?
Le cercle des mineurs était un lieu de sociabilité et de détente créé pour les ouvriers du puits et des installations du Villaret, à Susville. À mi-chemin entre le café associatif, le foyer civique et la maison de quartier, il permettait aux mineurs de se retrouver après le travail en dehors des cabarets privés.
2- Pourquoi la Compagnie des mines finançait-elle ce type de lieu ?
L’initiative s’inscrivait dans le paternalisme industriel de la Compagnie des mines de La Mure. En finançant et en supervisant un cercle ouvrier, la direction cherchait à fidéliser sa main-d’œuvre, à encourager des loisirs calmes (lecture, cartes, billard) et à détourner les mineurs de l’alcoolisme ou de réunions politiques jugées subversives dans les auberges indépendantes.
3- Quelles activités rythmaient la vie du cercle ?
On y venait pour lire la presse, jouer aux cartes ou aux boules, écouter de la musique et partager des moments de détente entre camarades de chambrée ou de galerie. Le cercle accueillait également des banquets, des projections et des rassemblements associatifs ou corporatifs.
4- Quelle était l’importance de la Sainte-Barbe au cercle des mineurs ?
Le 4 décembre, jour de la Sainte-Barbe (patronne des mineurs), le cercle devenait l’épicentre des festivités du Villaret. Après les défilés et la remise des médailles du travail, mineurs, trieurs et ingénieurs s’y rassemblaient pour partager le banquet traditionnel et prolonger la journée au son de l’accordéon.
5- Le bâtiment du cercle des mineurs est-il accessible aujourd’hui ?
Situé au cœur du hameau du Villaret à Susville, le bâtiment est parfaitement visible depuis l’espace public lors d’un circuit de découverte du patrimoine minier matheysin. Ses accès intérieurs dépendent aujourd’hui de la vie associative et municipale de la commune.
La Mine Image : Le site officiel du musée de la mine situé à La Motte-d’Aveillans (commune voisine). Ce musée souterrain est directement lié à l’histoire de la Compagnie des Mines de la Mure mentionnée dans votre article.
Le Petit Train de La Mure : Un site incontournable pour comprendre l’histoire du transport du charbon et la découverte touristique du plateau de la Matheysine.
Mairie de Susville : Le site officiel de la commune où se trouve les habitations. Utile pour les lecteurs cherchant des informations administratives ou d’autres points d’intérêt sur la commune.
Office de Tourisme de la Matheysine : Pour aider vos lecteurs à organiser leur visite sur le plateau de la Matheysine (hébergements, randonnées, autres édifices).
Portail du Patrimoine de l’Isère : Le site du Département de l’Isère dédié à l’inventaire et à la mise en valeur du patrimoine historique, industriel et religieux de la région.
Miard, Victor. La Mure et la Matheysine à travers l’histoire. Bellegarde-sur-Valserine : Imprimerie Sadag, 1965.
Pourquoi cette référence ? C’est l’ouvrage de référence historique incontournable sur le plateau de la Matheysine. Écrit par un historien local respecté, il retrace l’évolution des communes (dont Susville et le hameau du Villaret) et l’impact de l’activité humaine sur le territoire.
Revue Mémoire d’Obiou. Publiée par l’Association d’Histoire de la Matheysine (La Mure).
Pourquoi cette référence ? Cette revue annuelle de recherche historique locale (publiée depuis plusieurs décennies sous l’égide des Amis du Musée de la Matheysine) contient de nombreux dossiers détaillés sur l’histoire des puits de mine de Susville, l’architecture des cités minières du Villaret.
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