Cité des Moutières à Susville : l’habitat ouvrier
De sa construction en 1925 pour loger ouvriers et électriciens jusqu’aux aléas miniers contemporains, découvrez l’histoire urbaine singulière de la cité des Moutières en Matheysine.
De sa construction en 1925 pour loger ouvriers et électriciens jusqu’aux aléas miniers contemporains, découvrez l’histoire urbaine singulière de la cité des Moutières en Matheysine.
| Caractéristique | Détails |
| Dénomination | Cité des Moutières (dite aussi cité de la centrale électrique) |
| Localisation | Quartier des Moutières, 38350 Susville, Isère (Auvergne-Rhône-Alpes) |
| Territoire / Région historique | Plateau de la Matheysine / Dauphiné |
| Bassin industriel | Bassin minier de La Mure (anthracite du Dauphiné) |
| Commanditaire initial | Compagnie des mines de La Mure |
| Année d’édification | 1925 |
| Démolition du bâti d’origine | 1995 (remplacé par un lotissement pavillonnaire contemporain) |
| Typologie urbaine | Cité ouvrière planifiée, habitat collectif et semi-collectif avec jardins potagers |
| Vocation initiale | Logement des mineurs et du personnel technique de la centrale électrique voisine |
| Composition d’origine | Une dizaine de bâtiments d’habitation collectifs et semi-collectifs |
| Problématique post-minière | Instabilités du sous-sol, mouvements de terrain, fissuration du bâti (8 habitations condamnées) |
| Statut actuel | Zone résidentielle habitée (domaine public et privé) |
| Accessibilité | Voirie publique accessible librement à la circulation pédestre et automobile |
Sur les hauteurs du plateau matheysin, la commune de Susville conserve les empreintes indélébiles de l’épopée minière du bassin du Dauphiné. Parmi ces traces urbaines, le quartier des Moutières illustre à lui seul l’histoire du logement patronal, l’évolution des cités ouvrières du XXe siècle et les défis géologiques qui pèsent encore aujourd’hui sur l’aménagement de ce territoire de montagne.
Une cité minière ne se résume pas à un simple alignement de maisons : elle incarne un modèle d’urbanisme paternaliste né avec la révolution industrielle. Conçue directement par les exploitants de la mine pour fixer la main-d’œuvre à proximité des puits et des ateliers, elle répondait à un besoin impérieux de loger des centaines de familles ouvrières venues parfois de très loin.
Dans ce système, le patronat prenait en charge le quotidien du travailleur :
Mise à disposition de logements standardisés mais confortables pour l’époque.
Aménagement d’équipements collectifs (écoles, dispensaires, lavoirs, jardins potagers).
Encadrement discret mais réel de la vie sociale et familiale en dehors des heures de labeur.
C’est en 1925 que sort de terre la cité des Moutières. Contrairement aux ensembles exclusivement dédiés aux mineurs de fond de la Matheysine, ce quartier présentait une vocation mixte : loger le personnel affecté à l’extraction du charbon, mais aussi les techniciens et agents de la centrale électrique voisine.
À son apogée, le site comptait une dizaine de bâtiments d’habitation collectifs et semi-collectifs. Les plans aériens de l’immédiat après-guerre, notamment ceux de 1948, témoignent d’une organisation spatiale rigoureuse, pensée pour optimiser l’espace tout en offrant des parcelles de verdure et un accès direct aux installations industrielles environnantes.


Avec le déclin progressif de l’exploitation de l’anthracite et la modernisation des modes de vie, les anciens pavillons de 1925 sont devenus inadaptés aux exigences de confort contemporain. En 1995, un tournant urbain majeur s’opère : la quasi-totalité des bâtiments historiques de la cité est démolie.
Sur les ruines de l’ancienne cité de la centrale, un nouveau quartier résidentiel voit le jour. Cette opération de renouvellement urbain visait à offrir des logements individuels et pavillonnaires plus modernes, tournant la page de l’habitat de masse hérité de la Compagnie des Mines.
Le renouvellement du bâti n’efface pas pour autant la réalité géologique du plateau. Le secteur des Moutières fait face à des mouvements de terrain réguliers, une fragilité directement liée à la nature des sols et aux cavités souterraines laissées par des décennies d’activité extractive.
Aujourd’hui, ces instabilités se traduisent par des désordres structurels majeurs :
Des fissures importantes ont lézardé plusieurs habitations récentes.
Huit logements ont dû être déclarés impropres à l’habitation et condamnés pour des raisons de sécurité.
Ce phénomène rappelle avec force que l’urbanisme en zone minière reste indissociable de la mémoire de son sous-sol.
Observer le quartier des Moutières aujourd’hui, c’est comprendre comment un siècle d’histoire urbaine, industrielle et sociale s’est superposé sur un même périmètre. Entre la mémoire ouvrière des années 1920, la transformation des années 1990 et les contraintes actuelles de sécurisation du territoire, le site demeure une page vivante de l’histoire de Susville.
1- Qu’est-ce que la cité des Moutières à Susville ?
La cité des Moutières est un ensemble résidentiel ouvrier édifié sur la commune de Susville, au cœur du bassin houiller de La Mure. Conçue pour loger la main-d’œuvre industrielle locale, elle représente un témoin clé des politiques d’aménagement patronal du plateau matheysin au XXe siècle.
2- Quand et par qui la cité a-t-elle été construite ?
La cité a été bâtie en 1925 à l’initiative de la Compagnie des mines de La Mure. Son objectif principal était de fixer la main-d’œuvre à proximité immédiate des puits d’extraction et de la centrale thermoélectrique des Moutières, mise en service pour alimenter les installations minières.
3- Quelle était la composition urbaine du quartier d’origine ?
Le plan initial reposait sur une dizaine de bâtiments comprenant des logements collectifs et semi-collectifs. Chaque foyer bénéficiait d’une parcelle de jardin potager attenante, un principe caractéristique des cités ouvrières paternalistes visant à assurer l’autosuffisance alimentaire des familles et à favoriser un mode de vie stable.
4- Pourquoi les bâtiments historiques ont-ils été démolis en 1995 ?
À la suite de la fermeture progressive des exploitations minières et du vieillissement structurel du bâti, les anciens logements collectifs ont été rasés au milieu des années 1990 dans le cadre d’un vaste plan de renouvellement urbain. Le site a ensuite laissé place à un lotissement pavillonnaire contemporain.
5- Quels problèmes géologiques menacent aujourd’hui le secteur des Moutières ?
Le sous-sol du quartier reste marqué par les galeries et les cavités de l’ancienne exploitation d’anthracite. Ces vides souterrains provoquent des affaissements miniers et des tassements différentiels, entraînant de graves fissures sur plusieurs pavillons récents et contraignant les autorités à en condamner l’accès pour des raisons de sécurité.
6- Le quartier des Moutières est-il accessible au public ?
Oui. Le site correspond aujourd’hui à des voies de circulation communales ordinaires. Si les promeneurs peuvent observer librement la configuration du quartier et son environnement paysager, les habitations demeurent des propriétés privées dont l’intimité et la sécurité doivent être respectées.
La Mine Image : Le site officiel du musée de la mine situé à La Motte-d’Aveillans (commune voisine). Ce musée souterrain est directement lié à l’histoire de la Compagnie des Mines de la Mure mentionnée dans votre article.
Le Petit Train de La Mure : Un site incontournable pour comprendre l’histoire du transport du charbon et la découverte touristique du plateau de la Matheysine.
Mairie de Susville : Le site officiel de la commune où se trouve les habitations. Utile pour les lecteurs cherchant des informations administratives ou d’autres points d’intérêt sur la commune.
Office de Tourisme de la Matheysine : Pour aider vos lecteurs à organiser leur visite sur le plateau de la Matheysine (hébergements, randonnées, autres édifices).
Portail du Patrimoine de l’Isère : Le site du Département de l’Isère dédié à l’inventaire et à la mise en valeur du patrimoine historique, industriel et religieux de la région.
Miard, Victor. La Mure et la Matheysine à travers l’histoire. Bellegarde-sur-Valserine : Imprimerie Sadag, 1965.
Pourquoi cette référence ? C’est l’ouvrage de référence historique incontournable sur le plateau de la Matheysine. Écrit par un historien local respecté, il retrace l’évolution des communes (dont Susville et le hameau du Villaret) et l’impact de l’activité humaine sur le territoire.
Revue Mémoire d’Obiou. Publiée par l’Association d’Histoire de la Matheysine (La Mure).
Pourquoi cette référence ? Cette revue annuelle de recherche historique locale (publiée depuis plusieurs décennies sous l’égide des Amis du Musée de la Matheysine) contient de nombreux dossiers détaillés sur l’histoire des puits de mine de Susville, l’architecture des cités minières du Villaret.
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