Façade de l'ancienne coopérative d'alimentation de la mine à Susville en Matheysine.

Ancienne coopérative de la mine à Susville : le cœur nourricier du Villaret

Au cœur du hameau minier du Villaret à Susville, l’ancienne coopérative d’alimentation de 1914 rappelle comment la Compagnie des Mines de La Mure a façonné l’espace urbain et la vie ouvrière matheysine. Retour sur l’histoire, l’architecture et les mutations d’un commerce patronal devenu maison de village.

Érigée au début du XXᵉ siècle au hameau du Villaret à Susville, l’ancienne coopérative d’alimentation de la mine témoigne du passé ouvrier de la Matheysine. Symbole du paternalisme industriel de la Compagnie des Mines, cet édifice assurait le ravitaillement quotidien des familles de mineurs avant d’être reconverti aujourd’hui en habitation. Découvrez l’histoire et les coulisses de ce bâtiment emblématique du patrimoine isérois.

Informations pratiques

Caractéristique Détails du site patrimonial
Nom du site Ancienne coopérative d’alimentation de la mine (Économat ouvrier)
Localisation Hameau du Villaret, 38350 Susville, Matheysine (Isère)
Coordonnées GPS 44.9285, 5.7760
Édification 1914 (mise en service à la veille du premier conflit mondial)
Fonction historique Magasin d’approvisionnement patronal, épicerie générale et boucherie
Gestion Compagnie des Mines (1914-1946), puis gérance privée (post-nationalisation)
Éléments architecturaux Rez-de-chaussée commercial surélevé, sous-sol voûté à chambres froides, maçonnerie enduite
Statut actuel Propriété privée (habitation individuelle), visible depuis l’espace public

L’urbanisme minier du Villaret : implanter le commerce au plus près des corons

Sur le plateau de la Matheysine, le développement du gisement d’anthracite n’a pas seulement généré des puits de mine et des infrastructures techniques ; il a redessiné le paysage habité. À Susville, le hameau du Villaret a longtemps constitué l’épicentre de cette expansion industrielle.

Loin du centre-bourg historique et perché à près de 1 000 mètres d’altitude, le carreau de mine imposait de fixer sur place une main-d’œuvre nombreuse. Pour répondre à l’isolement géographique et à la rigueur hivernale du plateau, la Compagnie des Mines de La Mure a mis en œuvre une planification urbaine globale : cités de logements mitoyens, halle industrielle, grands bureaux administratifs et équipements collectifs.

La coopérative d’alimentation, livrée en 1914, s’intègre parfaitement dans ce schéma urbain d’autosuffisance ouvrière. Installée à proximité immédiate des cités de mineurs et des voies de circulation interne du site minier, elle permettait aux familles de trouver l’intégralité des biens d’usage quotidien sans devoir descendre au bourg marchand de La Mure.

Morphologie et architecture : un bâtiment fonctionnel adapté au froid matheysin

Contrairement aux commerces urbains traditionnels dotés de grandes vitrines ouvertes sur rue, l’ancienne coopérative du Villaret adopte un gabarit architectural sobre, utilitaire et robuste, typique des constructions patronales du début du XXᵉ siècle en milieu montagnard.

Une implantation de plain-pied pour la logistique quotidienne

Le bâtiment s’élève sur un plan rectangulaire régulier, coiffé d’une toiture à pans adaptée aux fortes chutes de neige locales. Sa façade principale est percée d’ouvertures régulières à linteaux droits, assurant une luminosité naturelle généreuse dans la vaste salle de vente d’origine. Les accès étaient prévus pour fluidifier le passage des chalands aux heures de sortie de poste et faciliter le déchargement des charrettes, puis des camionnettes de livraison de denrées.

Des sous-sols techniques taillés pour la conservation

La particularité majeure de l’édifice réside dans son infrastructure souterraine. Conçu pour stocker des volumes alimentaires considérables, le niveau inférieur abritait des chambres froides maçonnées. En l’absence de réfrigération électrique moderne lors de son inauguration en 1914, ces caves profondes et épaisses maintenaient une température basse constante, indispensable pour le stockage des carcasses et de la viande fraîche de boucherie destinée aux mineurs.



Façade de l'ancienne coopérative d'alimentation de la mine à Susville en Matheysine.

Ancienne coopérative de la mine de Susville.

De la régie de guerre à la gérance privée : une trajectoire socio-économique singulière

1914-1946 : le paternalisme à prix coûtant

Lancée dans le contexte tendu de l’entrée en guerre de 1914, la coopérative est le fruit d’une négociation directe entre le personnel et la direction. Pour amortir la hausse brutale des prix alimentaires et éviter les conflits sociaux, la mine prend en main le ravitaillement :

  • Un personnel rémunéré par la compagnie : Gérants et commis émargent directement sur les registres de la mine.

  • Le système des bons d’économat : Les achats s’effectuent au moyen de carnets nominatifs, les montants étant souvent déduits à l’échéance de la quinzaine sur la fiche de paie.

  • Le contrôle social patronal : En maîtrisant le panier de la ménagère, l’entreprise fidélise les familles tout en s’assurant d’une paix sociale durable autour du carreau.

La rupture de 1946 et l’après-mine

À la Libération, la nationalisation du bassin et la création des Houillères du Dauphiné modifient les règles de gestion. Les magasins d’entreprise directs perdent de leur pertinence face aux revendications syndicales d’autonomie commerciale et à la modernisation des circuits de distribution. La coopérative passe alors sous le régime de la gérance commerciale privée. Elle restera le magasin de proximité de quartier jusqu’à ce que la fermeture progressive des puits matheysins entraîne son déclassement commercial, avant sa reconversion soignée en maison d’habitation individuelle.

Paternalisme industriel : entre sécurité et bien-être ouvrier

L’existence même de cette coopérative s’inscrit dans la politique ouvrière très marquée de la Compagnie des Mines. Ce modèle, qualifié de paternalisme industriel, voyait le patronat s’impliquer directement dans la vie quotidienne des salariés :

  1. La sécurité et le travail : Veiller aux conditions de travail au fond de la mine.

  2. Le bien-être social : Prendre en charge le cadre de vie hors de la mine (logement, ravitaillement, loisirs).

  3. Le soutien aux œuvres sociales : La direction encourageait et subventionnait largement les initiatives sociales et coopératives pour fidéliser la main-d’œuvre et maintenir la paix sociale.

Que devient l’ancienne coopérative aujourd’hui ?

Au fil des décennies et à la suite de l’arrêt des activités minières, le bâtiment a perdu sa fonction commerciale d’origine.

Aujourd’hui, l’ancienne coopérative a trouvé une seconde vie : elle a été reconvertie en habitation. Bien que sa fonction ait changé, sa structure extérieure témoigne toujours de l’histoire sociale et architecturale du territoire.

Foire Aux Questions l’ancienne coopérative de Susville

Non. Le bâtiment a été réhabilité en résidence privée. Il n’est donc pas accessible au public, mais son volume extérieur et son organisation de façade s’observent facilement depuis la voie publique lors d’un circuit pédestre dans le hameau du Villaret.

À son ouverture en 1914, le commerce appartenait aux infrastructures gérées par la Compagnie des Mines. Les prix y étaient régulés pour éviter l’inflation locale et les comptes des ouvriers étaient directement adossés à leur paie, alors qu’un commerçant indépendant gérait sa propre marge et son approvisionnement libre.

La coopérative est située à courte distance du puits du Villaret, de son imposant chevalement métallique conservé et des anciens « Grands Bureaux » (qui accueillent aujourd’hui la Communauté de Communes). Elle formait avec ces structures le cœur de l’agglomération ouvrière locale.

Sources et sites officiels 

1. Patrimoine minier et mémoire historique

2. Institutions locales et tourisme

  • Mairie de Susville
    Site officiel de la commune présentant l’histoire locale, le patrimoine minier (notamment le secteur du chevalement du Villaret) et les actions de préservation.

  • Office de Tourisme de la Matheysine
    Portail touristique officiel proposant des circuits de découverte autour du patrimoine minier, industriel et naturel du plateau.

  • Communauté de Communes de la Matheysine
    Site institutionnel de l’intercommunalité aujourd’hui implantée dans les anciens « Grands Bureaux » des Houillères du Dauphiné au Villaret.

Bibliographie 

  • Ouvrages historiques de référence sur les Mines de La Mure

    • Marliave (de), Charles. Les mines d’anthracite de La Mure (1806-1946). Paris / Grenoble : Éditions Arthaud, 1955, 308 p.[1]
      Ouvrage fondamental écrit par l’un des dirigeants emblématiques de la Compagnie. Il retrace la structuration industrielle, l’essor du bassin minier et la création des infrastructures sociales et alimentaires pour les mineurs.

    • Garnier, Jean. Chronique des mines de La Mure : 2 siècles de charbon. La Mure : Édité par l’auteur, 2001, 194 p.
      Étude historique synthétique retraçant l’évolution des concessions du plateau matheysin, le paternalisme d’entreprise, ainsi que la vie quotidienne des familles d’ouvriers.

    • Michel, Jean-Claude. La Mure et son canton. Saint-Cyr-sur-Loire : Éditions Alan Sutton, coll. « Mémoire en images », 2003, 128 p.
      Recueil d’archives photographiques commentées illustrant le développement du hameau du Villaret à Susville, des cités ouvrières et des anciens économats de la mine.

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