Qu’est-ce qu’un schlamm ? L’or noir en poussière du lavoir
Le tri hydraulique et la genèse des « eaux noires »
Lorsque le charbon brut remonte du fond par les bandes transporteuses du Plan Richard, il forme ce que les mineurs appellent le « tout-venant ». Ce mélange hétéroclite réunit des blocs d’anthracite pur, des bancs de grès, des schistes encaissants et une quantité phénoménale de poussières issues de l’abattage au marteau-piqueur ou aux haveuses.
Pour valoriser ce minerai, la Compagnie des Mines de La Mure puis les Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD) le traitaient au lavoir central du Villaret. Ce complexe industriel séparait le charbon commercialisable des roches stériles grâce à des bacs de lavage à pulsation d’eau et des bains de liqueur dense à la magnétite. La différence de densité permettait au charbon de flotter tandis que la pierre coulait.
Au terme de ce tri, l’eau ressortait saturée de particules microscopiques de charbon et d’argiles, d’un diamètre inférieur à 0,5 millimètre. Ce fluide dense et noirâtre porte un nom d’origine allemande : le schlamm (la boue).
Une matière volatile aux propriétés singulières
Le schlamm n’est ni tout à fait un solide, ni un simple liquide. Sous sa forme brute, il se compose d’environ 70 % d’eau et 30 % de matières solides en suspension. Cette boue charbonneuse possède une teneur en carbone très élevée (l’anthracite matheysin frôlant les 92 % de carbone pur), mais sa consistance pâteuse et son humidité excessive la rendaient totalement inexploitable pour le marché des foyers domestiques ou des locomotives.