Vue d'ensemble en gradins de la cité ouvrière minière du Villaret-Haut à Susville depuis la route départementale.

Cité du Villaret-Haut : l’habitat minier à Susville

Entre maisons en gradins, parcelles potagères et logement des porions, découvrez comment la Compagnie des mines de La Mure a façonné un modèle d’urbanisme ouvrier unique sur les pentes de Matheysine.

Accrochée à flanc de colline face au bassin minier de La Mure, la cité du Villaret-Haut raconte bien plus qu’une simple histoire de pierres et d’ardoises. Construite au tout début du XXe siècle pour fixer une main-d’œuvre venue des quatre coins d’Europe, cette colonie ouvrière étagée en terrasses incarne à elle seule le paternalisme de la Compagnie des mines. Des modestes logis flanqués de leur potager vivrier jusqu’au pavillon stratégique des porions veillant sur l’ordre du quartier, plongez dans l’intimité et l’architecture du quotidien des « gueules noires » de Susville.

Informations pratiques

Caractéristique Détails
Dénomination Cité ouvrière du Villaret-Haut
Localisation Le Villaret, 38350 Susville, Isère (Auvergne-Rhône-Alpes)
Région historique / Territoire Dauphiné / Plateau de la Matheysine
Bassin minier Bassin houiller du Dauphiné (anthracite)
Commanditaire Compagnie des mines de La Mure
Période de construction Début du XXe siècle (vers 1905 – 1920)
Typologie architecturale Habitat ouvrier groupé en terrasses / Pavillons doubles de porions
Implantation Urbanisme en gradins épousant la déclivité naturelle du versant
Matériaux principaux Maçonnerie enduite, moellons de calcaire local, toitures en ardoise / tuile
Composition des îlots Maisons ouvrières symétriques, dépendances (remises à charbon), potagers
Éléments singuliers Maison des chefs porions dominant les alignements ouvriers
Rôle socio-industriel Fixation de la main-d’œuvre minière et hiérarchisation spatiale du travail
Statut actuel Propriétés privées résidentielles
Accessibilité Visible depuis l’espace public (rues et voies de la cité)

Aux origines du Villaret-Haut : dompter le relief pour loger les mineurs

Sur les pentes qui dominent le carreau de fosse et les installations de surface de Susville, la cité minière du Villaret-Haut ne s’est pas construite au hasard. Elle est le fruit direct de la politique de logement menée par la Compagnie des Mines de La Mure dans l’entre-deux-guerres, prolongée après 1946 sous l’égide des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD). Face à l’afflux d’ouvriers venus de la région puis des vagues d’immigration successives, notamment polonaise et italienne, la compagnie devait fixer sa main-d’œuvre à proximité immédiate des chantiers d’extraction tout en composant avec la rudesse du relief alpin.

Le choix de bâtir sur la partie haute du hameau du Villaret répondait d’abord à un impératif topographique : exploiter les replats du versant sous les contreforts du Sénépy. Loin d’être un simple alignement de toits, cette implantation témoigne d’une volonté précoce de rationaliser l’occupation du sol montagnard pour créer une véritable communauté ouvrière autonome, suspendue au-dessus de l’agitation industrielle de la vallée.

Une morphologie urbaine dictée par l’hygiénisme et la pente

L’urbanisme minier en Matheysine se distingue nettement des interminables corons du Nord de la France. Ici, la pente impose ses règles, et les concepteurs ont adapté les principes des cités-jardins anglo-saxonnes aux contraintes du plateau dauphinois.

L’implantation étagée en gradins

Pour éviter des terrassements colossaux et garantir un accès direct à la lumière naturelle, les habitations de la cité du Villaret-Haut sont disposées en gradins ou le long de terrasses épousant les courbes de niveau. Cette disposition permet :

  • De dégager la vue vers les sommets environnants sans créer d’effet d’étouffement visuel pour les occupants.

  • D’optimiser l’ensoleillement hivernal, précieux à plus de 900 mètres d’altitude, limitant ainsi les déperditions thermiques.

  • D’assurer un écoulement naturel des eaux de ruissellement et de fonte des neiges le long de rigoles aménagées.

Le potager ouvrier comme pièce maîtresse de la parcelle

Chaque pavillon ou demi-pavillon se voit attribuer un lopin de terre privatif attenant ou situé immédiatement en contrebas. Dans cette montagne calcaire, le potager n’est pas un ornement paysager : il remplit une double mission urbaine et sociale. D’une part, il amortit le budget des ménages grâce à la culture des légumes racines, des pommes de terre et à l’élevage de petit bétail (lapins, volailles). D’autre part, il matérialise l’idéologie patronale visant à détourner le mineur des débits de boisson et des réunions syndicales en l’attachant à la terre après son poste au fond.

Typologie architecturale : robustesse alpine et standardisation

L’architecture du Villaret-Haut traduit une recherche d’économie d’échelle alliée à une grande résistance climatique. Les bâtiments devaient être rapides à construire, peu coûteux à entretenir, et capables d’affronter des hivers longs et rigoureux.

Les maisons jumelées et modulaires

Le modèle dominant repose sur des maisons doubles sous un même faîte, accueillant deux familles de façon symétrique, ou sur de petites barres de trois à quatre logements maximaux pour casser l’impression de monotonie. Les caractéristiques structurelles sont constantes :

  • Maçonnerie pleine et soubassements en pierre : Conçus pour isoler l’habitat de l’humidité du sol montagnard et rattraper les dénivelés naturels.

  • Toitures à double pan à forte pente : Couvertes de tuiles ou de fibrociment robuste, indispensables pour évacuer les lourdes charges de neige sans endommager les charpentes.

  • Ouvertures ordonnancées : Baies de dimensions modestes, encadrées avec soin, afin de conserver la chaleur intérieure produite par les poêles à charbon alimentés par le fameux combustible de dotation.

La distribution intérieure fonctionnelle

L’organisation de l’espace intérieur consacre la séparation nette des fonctions vitales :

  • Au rez-de-chaussée : La grande pièce de vie articulée autour de la cuisine et du fourneau, véritable centre névralgique du foyer où l’on se réchauffe et où sèchent les vêtements de travail.

  • À l’étage : Les chambres destinées aux parents et aux nombreux enfants, isolées de l’activité du bas.

  • En sous-sol ou en appentis extérieur : La cave pour stocker les pommes de terre et la réserve à charbon, souvent complétée d’un espace buanderie pour la toilette après la remonte.

Le Villaret-Haut dans l’écosystème paternaliste

La cité ne fonctionne pas comme un isolat résidentiel. Elle s’intègre harmonieusement dans un réseau complet d’équipements collectifs bâtis par la compagnie pour encadrer chaque étape de la vie ouvrière.

Les circulations piétonnes : les sentiers des mineurs

Depuis le Villaret-Haut, les résidents descendaient quotidiennement vers le carreau de fosse du Villaret ou la gare par un réseau de sentiers et d’escaliers aménagés à flanc de colline. Ces « chemins des mineurs », rythmés par le bruit des sabots ferrés puis des galoches, constituaient les artères vivantes reliant le monde domestique du haut au monde de l’extraction situé en contrebas.

Proximité des services : école, culte et approvisionnement

À quelques minutes à pied des maisons s’organisait le triptyque de la vie sociale :

  • L’école du Villaret, édifiée dans les années 1930 pour scolariser les enfants au plus près des foyers sans les forcer à traverser les zones industrielles dangereuses.

  • La chapelle Notre-Dame-des-Neiges, construite en 1931 pour répondre aux besoins spirituels d’une main-d’œuvre profondément croyante, notamment les mineurs polonais.

  • L’économat et les coopératives d’alimentation, où s’approvisionnaient les ménagères grâce au crédit garanti par la paie minière.

De la cité patronale au village contemporain : la reconversion urbaine

Avec la cessation progressive des chantiers et l’arrêt définitif de l’extraction houillère en 1997, le Villaret-Haut a amorcé une métamorphose urbaine majeure.

La désolidarisation de la mine et l’accession à la propriété

Sous la transition gérée par les Houillères puis par les organismes successeurs, les logements ont été prioritairement proposés à la vente aux mineurs retraités ou à leurs veuves. Ce passage de la location patronale à la pleine propriété individuelle a profondément transformé le visage du quartier. Les habitants ont peu à peu personnalisé leurs façades, ajouté des vérandas, modernisé les intérieurs et clôturé leurs jardins, brisant ainsi l’uniformité originelle du bâti de compagnie.

Un témoin précieux de la mémoire urbaine matheysine

Aujourd’hui, le Villaret-Haut offre l’image d’un quartier résidentiel calme et verdoyant, intégré au paysage de Susville. En observant attentivement la rigueur des alignements, la modénature sobre des façades et la préservation des parcelles potagères, le visiteur attentif peut encore lire à ciel ouvert l’histoire d’un urbanisme ouvrier de montagne, où l’ingénierie industrielle a su composer avec la pente pour offrir un cadre de vie digne aux bâtisseurs de la France de l’énergie.

Foire Aux Questions La cité minière du Villaret-Haut

L’implantation en terrasses étagées répond aux contraintes topographiques de la montagne matheysine. Plutôt que d’engager de lourds travaux de terrassement, la Compagnie des mines de La Mure a calqué les habitations sur les courbes de niveau du versant sous le Sénépy. Cette disposition en gradins maximise l’exposition au soleil à plus de 900 mètres d’altitude, garantit un écoulement naturel des eaux de ruissellement et offre à chaque foyer une vue dégagée sans effet d’enfermement visuel.

Contrairement aux interminables alignements de briques caractéristiques des bassins houillers du Nord de la France, le Villaret-Haut adopte un urbanisme montagnard proche de la cité-jardin. Les logements y sont regroupés en pavillons doubles ou triples de faible gabarit, maçonnés en pierre calcaire locale avec des toitures à forte pente adaptées aux rigueurs de l’hiver. Chaque unité s’accompagne obligatoirement d’un terrain privatif attenant.L’éducation : l’école du Villaret évitait aux enfants de traverser les zones industrielles dangereuses du carreau de mine.

  • La vie spirituelle : la chapelle Notre-Dame-des-Neiges, bâtie en 1931, répondait notamment aux besoins de la communauté polonaise très pratiquante.

  • Le ravitaillement : un économat et des coopératives approvisionnaient les familles grâce au système de retenue sur paie.

  • Les liaisons : un réseau d’escaliers et de sentiers piétons (« chemins des mineurs ») reliait directement les habitations du haut au puits d’extraction situé en bas.

Le potager remplissait une double fonction, économique et sociale. D’un point de vue matériel, il permettait aux familles de mineurs de subvenir à leurs besoins alimentaires grâce aux cultures de base (pommes de terre, légumes racines) et au petit élevage familial. Sur le plan patronal, l’attribution d’un jardin visait à fixer durablement la main-d’œuvre immigrée, à valoriser l’autosuffisance et à éloigner les ouvriers des débits de boisson et des réunions revendicatives après la journée de travail.

La cité formait un микроcosme paternaliste autonome structuré autour de plusieurs pôles de proximité :

  • L’éducation : l’école du Villaret évitait aux enfants de traverser les zones industrielles dangereuses du carreau de mine.

  • La vie spirituelle : la chapelle Notre-Dame-des-Neiges, bâtie en 1931, répondait notamment aux besoins de la communauté polonaise très pratiquante.

  • Le ravitaillement : un économat et des coopératives approvisionnaient les familles grâce au système de retenue sur paie.

  • Les liaisons : un réseau d’escaliers et de sentiers piétons (« chemins des mineurs ») reliait directement les habitations du haut au puits d’extraction situé en bas.

Les habitations sont aujourd’hui des propriétés privées issues du rachat des logements par les mineurs lors du démantèlement des Houillères ; les intérieurs ne se visitent donc pas. En revanche, l’ensemble du quartier est librement accessible à pied depuis l’espace public. Les rues et chemins permettent d’observer l’organisation urbaine en gradins, la géométrie des parcelles et la sobriété de l’architecture industrielle alpine.

Sources et sites officiels 

1. Autour de l’histoire et du patrimoine minier de la région

  • La Mine Image : Le site officiel du musée de la mine situé à La Motte-d’Aveillans (commune voisine). Ce musée souterrain est directement lié à l’histoire de la Compagnie des Mines de la Mure mentionnée dans votre article.

  • Le Petit Train de La Mure : Un site incontournable pour comprendre l’histoire du transport du charbon et la découverte touristique du plateau de la Matheysine.

2. Informations locales et institutionnelles

  • Mairie de Susville : Le site officiel de la commune où se trouve les habitations. Utile pour les lecteurs cherchant des informations administratives ou d’autres points d’intérêt sur la commune.

  • Office de Tourisme de la Matheysine : Pour aider vos lecteurs à organiser leur visite sur le plateau de la Matheysine (hébergements, randonnées, autres édifices).

3. Patrimoine départemental

  • Portail du Patrimoine de l’Isère : Le site du Département de l’Isère dédié à l’inventaire et à la mise en valeur du patrimoine historique, industriel et religieux de la région.

Bibliographie 

  • 1. Sur l’histoire générale et le patrimoine de la région

    • Miard, Victor. La Mure et la Matheysine à travers l’histoire. Bellegarde-sur-Valserine : Imprimerie Sadag, 1965.

      • Pourquoi cette référence ? C’est l’ouvrage de référence historique incontournable sur le plateau de la Matheysine. Écrit par un historien local respecté, il retrace l’évolution des communes (dont Susville et le hameau du Villaret) et l’impact de l’activité humaine sur le territoire.

    2. Sur l’histoire locale spécifique et le patrimoine minier

    • Revue Mémoire d’Obiou. Publiée par l’Association d’Histoire de la Matheysine (La Mure).

      • Pourquoi cette référence ? Cette revue annuelle de recherche historique locale (publiée depuis plusieurs décennies sous l’égide des Amis du Musée de la Matheysine) contient de nombreux dossiers détaillés sur l’histoire des puits de mine de Susville, l’architecture des cités minières du Villaret.

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