Photo historique en noir et blanc d’ouvriers sécurisant une galerie souterraine aux réservoirs de la Gouta et de la Boina.

Réservoirs Gouta et Boina : le patrimoine minier caché

Une immersion dans l’histoire de la sécurité minière en Matheysine à travers ces anciennes infrastructures souterraines autrefois dédiées au remblayage hydraulique.

Dissimulés sous la terre du site de Versenat, les anciens réservoirs de la Gouta et de la Boina constituaient des maillons clés de l’exploitation de l’anthracite en Matheysine. Utilisées pour le remblayage hydraulique des galeries, ces infrastructures souterraines assuraient la stabilité des sols en surface tout en prévenant les risques d’incendies. Retour sur le fonctionnement et l’histoire de ce patrimoine industriel aujourd’hui invisible à l’œil nu.

Informations pratiques

Caractéristique Détails techniques
Nom des infrastructures Réservoirs souterrains de la Gouta et de la Boina et de Versenat.
Type d’ouvrage Structures de stockage souterraines (entièrement excavées ou enterrées).
Localisation Site de Versenat, au-dessus du niveau 12 du Villaret, bassin minier de la Matheysine (Isère, France).
Implantation d’origine Ancienne station d’arrivée du téléphérique de transport de matériaux (« télébenne de Versenat ») et au dessus de la galerie de la trémie.
Fonction principale Stockage de l’eau (pour réalisation du mélange d’eau et de stériles broyés) pour le remblayage hydraulique.
Approvisionnement Pierres issues de la carrière du Peychagnard (via voie ferrée étroite)
Procédé technique Remblayage hydraulique : acheminement gravitaire du mélange fluide de manière gravitaire par canalisations dans les puits, décantation des solides et drainage de l’eau vers la surface
Objectifs de sécurité • Stabilité : prévention des affaissements de surface pour protéger le bâti et la ligne du chemin de fer de La Mure (SGLM)

• Incendies : suppression de l’oxygène pour éliminer le risque d’auto-échauffement de l’anthracite (feux de masse)

Optimisation minière Récupération d’une plus grande partie du gisement de charbon (notamment les piliers de soutien)
Maintenance d’origine Accès assuré par des galeries en impasse (en cul-de-sac)
État actuel Entièrement comblés de terre, invisibles en surface (la topographie locale a été modifiée)
Perspectives d’étude Recherches en archives (fonds d’exploitation) et campagnes de prospection géophysique pour évaluer l’état de conservation interne

Contexte et rôle du site de Versenat

Dans le bassin minier de la Matheysine, le site de Versenat occupait une position importante au sein de la chaîne logistique et technique de l’exploitation de l’anthracite.

Versenat servait de nœud de réception et de préparation des matériaux de remblai avec la galerie de la trémie. Les pierres destinées à cet usage provenaient de l’exploitation de la carrière du Peychagnard et étaient acheminées vers le site par une voie ferrée étroite. 

Sur le plan géographique, Versenat est un point haut situé au-dessus du niveau 12 du Villaret. Cette configuration topographique était mise à profit pour réaliser du remblayage hydraulique : la force de la gravité permettait ainsi de pousser le mélange d’eau et de pierres directement vers les galeries souterraines afin de combler les cavités créées par l’extraction du charbon. Pour assurer l’alimentation en eau de ce dispositif, le site de la Gouta la Boina était équipé de deux réservoirs, auxquels s’ajoutait un troisième réservoir situé juste au-dessus de la galerie de la trémie.


Principe technique du remblayage hydraulique

Le remblayage hydraulique est un procédé d’ingénierie minière conçu pour combler de manière étanche et compacte les galeries et chantiers épuisés (appelés les « vieux travaux »).

Le fonctionnement à Versenat :

  1. La préparation de la pulpe : Au site de Versenat, les matériaux stériles broyés étaient mélangés à de l’eau en proportions contrôlées pour former une suspension fluide (ou pulpe).

  2. L’acheminement par canalisations : Ce mélange était introduit dans un réseau de tuyauteries descendant dans les puits et les galeries. Profitant de la gravité, le liquide s’écoulait sous pression jusqu’aux zones à combler.

  3. Le décantation et le drainage : Une fois le mélange déposé dans le chantier minier, l’eau s’évacuait par filtration à travers des barrages filtrants ou des conduites de drainage, puis était repompée vers la surface. Les matériaux solides (roches et graviers) restaient piégés, formant une masse compacte et résistante en séchant.


Schéma technique du BRGM montrant l'emplacement souterrain de la galerie et du réservoir de remblayage à Versenat.

Schéma de situation de la galerie et du réservoir de Versenat (Source : archives BRGM).

Les objectifs industriels et sécuritatires

L’utilisation du remblayage hydraulique à Versenat répondait à trois enjeux majeurs pour la Compagnie des mines de la Matheysine :

A. La prévention des affaissements de surface

L’exploitation de couches de charbon épaisses sur le plateau matheysin risquait de provoquer des effondrements de terrain en surface. Le remblayage hydraulique offrait un soutien mécanique bien plus rigide et homogène que le remblayage à sec (fait à la main ou à la pelle). Il permettait ainsi de :

  • Protéger le bâti et les villages environnants.

  • Maintenir la stabilité des infrastructures de transport, en particulier les voies du chemin de fer de la Mure (SGLM).

B. La maîtrise des incendies de mine (feux de masse)

L’anthracite et les résidus de charbon laissés dans les zones exploitées risquaient de s’enflammer spontanément sous l’effet de l’oxydation si l’air continuait d’y circuler.
En remplissant intégralement les moindres interstices des vides miniers, le remblai hydraulique supprimait la circulation de l’air (l’oxygène), éliminant ainsi le risque d’auto-échauffement et de feux sous-terrains.

C. L’optimisation de la récupération du gisement

L’utilisation d’un remblai solide sous les chantiers de taille offrait aux mineurs la possibilité d’extraire une plus grande proportion de la couche de charbon, notamment en récupérant certains piliers de soutien qui, sans ce procédé, auraient dû être abandonnés sous terre pour maintenir le toit de la mine.


Les objectifs industriels et sécuritatires

L’utilisation du remblayage hydraulique à Versenat répondait à trois enjeux majeurs pour la Compagnie des mines de la Matheysine :

A. La prévention des affaissements de surface

L’exploitation de couches de charbon épaisses sur le plateau matheysin risquait de provoquer des effondrements de terrain en surface. Le remblayage hydraulique offrait un soutien mécanique bien plus rigide et homogène que le remblayage à sec (fait à la main ou à la pelle). Il permettait ainsi de :

  • Protéger le bâti et les villages environnants.

  • Maintenir la stabilité des infrastructures de transport, en particulier les voies du chemin de fer de la Mure (SGLM).

B. La maîtrise des incendies de mine (feux de masse)

L’anthracite et les résidus de charbon laissés dans les zones exploitées risquaient de s’enflammer spontanément sous l’effet de l’oxydation si l’air continuait d’y circuler.
En remplissant intégralement les moindres interstices des vides miniers, le remblai hydraulique supprimait la circulation de l’air (l’oxygène), éliminant ainsi le risque d’auto-échauffement et de feux sous-terrains.

C. L’optimisation de la récupération du gisement

L’utilisation d’un remblai solide sous les chantiers de taille offrait aux mineurs la possibilité d’extraire une plus grande proportion de la couche de charbon, notamment en récupérant certains piliers de soutien qui, sans ce procédé, auraient dû être abandonnés sous terre pour maintenir le toit de la mine.


chéma technique du BRGM montrant le réseau de galeries et la position des réservoirs souterrains de la Gouta et de la Boina en Matheysine.

Schéma technique du BRGM illustrant l’implantation et le tracé des galeries menant aux réservoirs souterrains de la Gouta et de la Boina, sur le site de Versenat (Matheysine).

Les réservoirs de la Gouta et Boina

À l’emplacement de la station d’arrivée du téléphérique de transport de matériaux (dit « télébenne de Versenat ») se trouvaient deux réservoirs souterrains dévolus au procédé d’injection hydraulique [ou remblayage hydraulique]. Ces structures de stockage, entièrement excavées ou enterrées, présentaient une configuration technique spécifique : l’accès et la maintenance de chacune d’elles s’effectuaient par des galeries d’accès en impasse (en cul-de-sac).

Aujourd’hui, l’ensemble de ces aménagements a été comblé par des apports de terre, rendant les vestiges totalement invisibles en surface et modifiant la topographie locale. En l’absence de traces matérielles apparentes, la confirmation de l’organisation interne de ce pôle technique et l’évaluation de son état de conservation nécessiteront des investigations complémentaires, telles que des recherches documentaires approfondies (fonds d’archives de l’exploitation) ou des campagnes de prospection géophysique ciblées.

Photo historique en noir et blanc d’ouvriers sécurisant une galerie souterraine aux réservoirs de la Gouta et de la Boina.

Travaux de mise en sécurité dans l’une des galeries d’accès aux réservoirs souterrains de la Gouta et de la Boina. Cliché historique en noir et blanc.

Foire Aux Questions les réservoirs de remblayage hydraulique

Ces anciens réservoirs souterrains sont localisés sur le site de Versenat, au-dessus du niveau 12 du Villaret, au cœur du bassin minier de la Matheysine, dans le département de l’Isère (France).

Quelle était la fonction principale de ces infrastructures ?

Ces réservoirs servaient à stocker et à acheminer la « pulpe » (un mélange liquide composé d’eau et de débris de roches stériles broyés). Ce mélange était injecté sous pression dans les anciennes galeries de mine pour réaliser ce que l’on appelle le remblayage hydraulique.

Pourquoi le remblayage hydraulique était-il crucial pour la mine ?

Ce procédé technique répondait à deux enjeux majeurs de sécurité :

  1. La stabilité du sol : Il comblait les vides créés par l’extraction de l’anthracite pour éviter les affaissements de terrain en surface, protégeant ainsi les habitations voisines et la ligne de chemin de fer de La Mure (SGLM).

  2. La prévention des incendies : En étouffant les galeries vides, il éliminait l’oxygène et prévenait l’auto-échauffement du charbon, responsable de redoutables feux de mine.

Peut-on visiter les réservoirs de la Gouta et de la Boina aujourd’hui ?

Non, ces installations ne sont plus accessibles. Après la fermeture des mines, les réservoirs ont été entièrement comblés de terre et la topographie de surface a été modifiée. Ils sont aujourd’hui invisibles à l’œil nu et enfouis sous le sol de Versenat.

Comment l’histoire de ces vestiges est-elle préservée ?

L’étude de ce patrimoine invisible repose principalement sur l’analyse des plans et documents conservés dans les archives de l’ancienne exploitation minière. À l’avenir, des campagnes de prospection géophysique non invasives pourraient être envisagées pour sonder le sous-sol et évaluer l’état de conservation de ces anciennes structures.

Ces réservoirs servaient à stocker et à acheminer la « pulpe » (un mélange liquide composé d’eau et de débris de roches stériles broyés). Ce mélange était injecté sous pression dans les anciennes galeries de mine pour réaliser ce que l’on appelle le remblayage hydraulique.

Ce procédé technique répondait à deux enjeux majeurs de sécurité :

  1. La stabilité du sol : Il comblait les vides créés par l’extraction de l’anthracite pour éviter les affaissements de terrain en surface, protégeant ainsi les habitations voisines et la ligne de chemin de fer de La Mure (SGLM).

  2. La prévention des incendies : En étouffant les galeries vides, il éliminait l’oxygène et prévenait l’auto-échauffement du charbon, responsable de redoutables feux de mine.

Non, ces installations ne sont plus accessibles. Après la fermeture des mines, les réservoirs ont été entièrement comblés de terre et la topographie de surface a été modifiée. Ils sont aujourd’hui invisibles à l’œil nu et enfouis sous le sol de Versenat.

L’étude de ce patrimoine invisible repose principalement sur l’analyse des plans et documents conservés dans les archives de l’ancienne exploitation minière. À l’avenir, des campagnes de prospection géophysique non invasives pourraient être envisagées pour sonder le sous-sol et évaluer l’état de conservation de ces anciennes structures.

Poursuivez votre exploration

« Plongez dans l’épopée minière du Plateau Matheysin » « Découvrez l’histoire du Puits du Villaret, le plus récent du Plateau Matheysin »

« Pour sécuriser les galeries d’extraction et combler les vides souterrains, la compagnie s’appuyait sur une infrastructure logistique dédiée, notamment l’ancienne voie ferrée de transport du remblais du Villaret. »

« Le réseau de galeries du Villaret était intimement lié aux installations de surface installées sur les hauteurs, à l’image de la galerie Versenat trémie qui assurait la préparation des matériaux de remblayage. »

« L’acheminement de ces stériles était vital pour consolider les zones d’abattage en profondeur, en particulier le Niveau 12 de Charles de Marliave au Villaret, alors en pleine restructuration technique. »

1. Sites spécialisés dans le patrimoine industriel

2. Sources collaboratives 

  • Wikipédia : Consulter la page dédiée aux Mines de la Mure pour un panorama global du bassin minier.

  • Cartes anciennes (Géoportail) : Pour visualiser l’emplacement du site à l’époque : https://www.geoportail.gouv.fr/ (en utilisant le « Remonter le temps » pour voir les photos aériennes de 1950-1960).

Bibliographie 

  • Sur le patrimoine technique et paysager :

    • Auteur : Collectif (Inventaire Général du Patrimoine Culturel)

    • Titre : Patrimoine en Isère – Atlas du patrimoine industriel (2007)

    • Pourquoi : Ces ouvrages d’inventaire contiennent souvent des notices précises sur les installations de production électrique et les structures liées aux mines.

  • Auteur(s) : Jean-Michel GÉRIN
    Titre : La Matheysine au temps des mineurs : Regards sur un passé industriel
    Éditeur : Le Dauphiné Libéré (collection Les Patrimoines)
    Année de publication : 2011
    Description : Cet ouvrage met en lumière le quotidien des mineurs et l’impact de l’industrie charbonnière sur la région de la Matheysine, dont le site du Villaret fait partie intégrante.
    ISBN : 978-2911739818
  • Auteur(s) : Collectif (sous la direction de l’Association Mine Image)
    Titre : Mine Image : Le livre du musée
    Éditeur : Association Mine Image
    Année de publication : Date variable, souvent mis à jour (vérifier la dernière édition).
    Description : Le musée Mine Image est un centre d’interprétation majeur pour le bassin houiller. Leur publication est une excellente source d’informations techniques et historiques directement liées aux méthodes d’exploitation et aux infrastructures comme les terrils.

Voir la carte reservoirs La Gouta La Boina

Voir la carte reservoir Versenat

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