Terre de contrastes entre plaines et sommets alpins, l’Isère possède une riche tradition ferroviaire et industrielle. Cette catégorie regroupe les sujets situés dans ce département (38) : du célèbre chemin de fer de La Mure au sud de Grenoble, aux anciens réseaux de tramways, en passant par le patrimoine minier du Dauphiné. Explorez les paysages et l’histoire technique de ce territoire de montagne.

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Vestige d'un aiguillage ferroviaire pour voie normale et voie étroite imbriquée, situé devant l'ancienne gare de Vizille Terrasse. On voit un enchevêtrement de rails.

Voie à Trois Rails de Vizille : L‘Histoire d’un Secret Ferroviaire

La cohabitation singulière du grand réseau PLM et de la voie métrique VFD en gare de Vizille.

Comment faire circuler des wagons à voie normale sur une plateforme conçue pour la voie métrique ? C’est le problème complexe auquel fut confrontée la gare de Vizille, carrefour industriel vital pour le Dauphiné. Plutôt que de recourir au fastidieux transbordement des marchandises, les ingénieurs optèrent pour la mise en place d’une voie à trois rails, ou « voie imbriquée ». Cette infrastructure, bien que discrète, est un cas d’école de l’ingéniosité ferroviaire appliquée à un besoin économique concret : permettre aux wagons du PLM d’accéder directement aux industries connectées au réseau VFD. Son histoire révèle les contraintes et les solutions d’une exploitation à double écartement.

Informations pratiques

Catégorie Description
Nom du Dispositif Voie à double écartement ou Voie imbriquée (Communément appelée « Voie à trois rails »)
Principe Technique Une infrastructure ferroviaire unique composée de trois rails parallèles permettant la circulation de trains de deux écartements différents : • Voie normale (1435 mm) • Voie métrique (1000 mm) Un rail est commun aux deux écartements, les deux autres sont placés respectivement à 1000 mm et 1435 mm de celui-ci.
Localisation Précise Vizille, principalement dans la zone industrielle et autour de la gare. C’était un point de connexion stratégique entre les deux réseaux.
Objectif / Utilité Résoudre un problème logistique majeur : • Les industries de Vizille (papeteries, électrochimie) devaient expédier leurs marchandises sur le réseau national (voie normale). • Mais elles étaient aussi desservies par le réseau local VFD (voie métrique). Ce système permettait aux wagons des deux réseaux d’accéder aux mêmes embranchements industriels, évitant ainsi le transbordement des marchandises, une opération coûteuse en temps et en main-d’œuvre.
Acteurs Impliqués Deux compagnies ferroviaires aux réseaux incompatibles qui cohabitaient : 1. PLM (Paris-Lyon-Méditerranée), puis SNCF : Réseau national à voie normale. 2. VFD (Voies Ferrées du Dauphiné) : Réseau local/régional à voie métrique.
Période d’Utilisation Principalement durant la première moitié du XXe siècle, âge d’or de l’industrie locale et de la complémentarité entre les deux réseaux ferroviaires.
État Actuel Disparu. Ce système a été démantelé avec le déclin du trafic de marchandises et la fermeture progressive des lignes VFD (le service voyageur a cessé en 1952). Il n’en reste aujourd’hui que des vestiges photographiques et quelques traces pour les archéologues ferroviaires.
Intérêt Patrimonial C’est le témoignage d’une solution technique ingénieuse et d’une collaboration logistique entre deux réseaux concurrents. Ce système illustre parfaitement l’importance de Vizille comme carrefour industriel et ferroviaire à une époque où le rail était le principal moteur de l’économie.

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Historique

Imaginez une gare où deux trains, l’un large et puissant, l’autre étroit et agile, pourraient utiliser la même voie. Un rêve d’ingénieur ? Non, une réalité historique au cœur de l’Isère, à l’ancienne gare de Vizille Terrasse. Oubliez les ponts spectaculaires ; ici, le génie ferroviaire se cachait à même le sol, sur une section de voie unique en son genre, dotée de trois rails.

Cette installation, aujourd’hui disparue, était la clé de voûte d’un des carrefours ferroviaires importants du Dauphiné.

Un Nœud Ferroviaire : La Cohabitation Forcée à Vizille Terrasse

Au début du XXe siècle, la gare de Vizille Terrasse n’est pas un simple arrêt, c’est un point de connexion vital. Deux compagnies aux ambitions et aux technologies différentes s’y croisent :

  1. Le PLM (Paris-Lyon-Méditerranée) : La grande compagnie nationale, avec sa voie à écartement standard (1,435 m). Ses trains transportent des marchandises lourdes et des voyageurs sur le réseau principal.

  2. Les VFD (Voies Ferrées du Dauphiné) : Le réseau local, avec sa voie à écartement métrique (1 m), parfaite pour desservir les vallées alpines comme celle de l’Oisans.

Le défi était immense : comment faire cohabiter ces deux mondes dans l’espace restreint d’une gare ? Comment organiser le transbordement des marchandises d’un train à l’autre sans multiplier les voies et les entrepôts ?

La section Jarrie-Vizille était en voie normale. La gare possédait deux voies à double écartement, tandis que les autres étaient en voie étroite. Ce système permettait de décharger les wagons dans les trémies de stockage pour ensuite repartir sur la voie métrique.

Note

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Il convient de préciser que la ligne reliant Jarrie à Vizille-Terrasse était établie à l’écartement standard (voie normale). Le système à trois files de rails était strictement cantonné aux installations de la gare. Sur cet important faisceau totalisant 19 voies, seules deux voies mixtes étaient équipées du troisième rail pour permettre les manœuvres à double écartement.

Locotracteur diesel Brissonneau & Lotz des VFD sur la voie ferrée métrique à Vizille, photographie des années 1950.

Témoignage des années 1950 : l’un des quatre locotracteurs diesel Brissonneau & Lotz T1 T2 T3 T4 acquis par les VFD pour moderniser leur parc. Il est vu ici en service sur la voie métrique.

Note

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Contrairement à ce que la photo pourrait laisser croire, la ligne n’était pas électrifiée. La traction était assurée par des machines à vapeur, remplacées par la suite par des locotracteurs diesel.

Photo d'archive de la voie ferrée imbriquée (quatre rails) de Vizille, avant son démantèlement.

Rare témoignage de l’ingénieux système de voie imbriquée à Vizille. Cette photo historique a été prise peu de temps avant le déferrement de la voie, immortalisant cette solution technique unique juste avant sa disparition. On distingue la troisième voie imbriqué dans l’aiguillage.

L’Astuce : La Voie à Trois Rails pour une Gare Optimisée

La solution trouvée par les ingénieurs est d’une logique implacable : la voie imbriquée à rail commun.

Le principe permettait une optimisation maximale de l’espace. Sur une section stratégique de la gare, probablement le long d’un quai de marchandises ou d’une halle, on installa trois rails :

  • Rail 1 (extérieur) : Utilisé par la voie large du PLM.

  • Rail 2 (central) : Le rail partagé, servant de rail droit pour le PLM et de rail gauche pour les VFD.

  • Rail 3 (intérieur) : Utilisé uniquement par la voie étroite des VFD.

Quel était l’avantage concret ?
Cette configuration permettait à un wagon à voie normale du PLM et à un wagon à voie métrique des VFD de se garer le long du même quai, littéralement côte à côte. Le transfert des marchandises (bois, minerais, colis…) se faisait directement de l’un à l’autre, sans effort de manutention supplémentaire. C’était une solution incroyablement efficace pour gérer le « rupture de charge ».

Plan schématique des voies de la gare de Vizille-Terrasse (réseau VFD) en 1932 montrant l'organisation des voies métriques et normales.

Figure 1 : Plan de configuration des voies de la gare de Vizille-Terrasse (VFD) – Situation en 1932.

La Vie Quotidienne d’une Voie Partagée

Il faut imaginer le ballet quotidien dans cette gare. D’un côté, la petite locomotive à vapeur des VFD manœuvrant ses wagons sur les rails intérieurs. De l’autre, les imposants wagons du PLM se positionnant sur les rails extérieurs, le tout sur une même plateforme. C’était le cœur battant de l’économie locale, un lieu d’échange et d’activité intense rendu possible par cette simple astuce à trois rails.

Le déclin du chemin de fer secondaire sonna la fin de cette cohabitation unique :

  • 1946 : La ligne des VFD vers Bourg-d’Oisans ferme au trafic voyageur. La section Livet Bourg d’Oisans ferme aussi.

  • 1964 : La ligne ne servant plus qu’au transport de marchandise ferme a son tour sur la section Vizille Riouperoux Livet. Seul subsiste la liaison Jarrie Vizille repris par la société VFT jusqu’au année 2000 pour le transport de matériaux en vrac pour les industries de la vallée de la Romanche le transport se faisant en camion. 

  • Au fil du temps, les voies sont démontées, et le souvenir de cette ingénieuse installation s’efface du paysage.

Ce qu’il Reste de la Gare de Vizille Terrasse

Aujourd’hui, l’emplacement de l’ancienne gare de Vizille Terrasse a bien changé. Il faut chercher les indices dans les herbes folles le vieux bâtiment de la gare pour imaginer l’effervescence passée.

La voie à trois rails n’existe plus, mais son histoire demeure un exemple formidable de l’intelligence pratique des ingénieurs ferroviaires. Elle nous rappelle qu’une grande partie du patrimoine industriel ne réside pas dans des ouvrages monumentaux, mais dans des solutions discrètes et astucieuses qui ont, en leur temps, résolu des problèmes très concrets.

Vestige d'un aiguillage ferroviaire pour voie normale et voie étroite imbriquée, situé devant l'ancienne gare de Vizille Terrasse. On voit un enchevêtrement de rails.

Vestige de l’impressionnant aiguillage de la gare de Vizille Terrasse, conçu pour gérer la voie normale et la voie étroite imbriquée. La vue est orientée vers la vallée de l’Oisans, soulignant le rôle stratégique de cette bifurcation comme point de départ vers le cœur des Alpes. Photo de 2005 a comparer avec la photo ci dessus elles sont prises du meme endroit.

Note

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Les aiguillages. Sur une voie à 3 rails, les « cœurs » (là où les rails se croisent) sont des pièces de fonderie d’une complexité redoutable et fragiles une vrai prouesse de realisation.

Vestige d'un aiguillage ferroviaire pour voie normale et voie étroite imbriquée, devant l'ancienne gare de Vizille Terrasse. La photo est prise en direction de la vallée de l'Oisans.

Vestige de l’impressionnant aiguillage de la gare de Vizille Terrasse, conçu pour gérer la voie normale et la voie étroite imbriquée. La vue est orientée vers la vallée de l’Oisans, soulignant le rôle stratégique de cette bifurcation comme point de départ vers le cœur des Alpes.

Note

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Le rail commun permettait de garder un côté aligné, facilitant la gestion des quais (le vide entre le wagon et le quai reste constant pour les deux types de trains du même côté)

Foire Aux Questions sur la gare de Vizille Terrasse

L’objectif principal à Vizille Terrasse était de permettre le transbordement de marchandises. La solution à 3 rails avec un rail commun permettait aux wagons des deux compagnies de se coller au même quai, ce qui aurait été impossible avec une voie à 4 rails où la voie métrique est entièrement à l’intérieur de la voie normal. C’est une solution pensée pour l’exploitation et non juste pour le passage.

C’est l’action de transférer des marchandises d’un mode de transport à un autre, ou comme ici, d’un type de train à un autre. C’est une opération coûteuse en temps et en main-d’œuvre, que la voie à trois rails de Vizille Terrasse cherchait à simplifier au maximum.

C’est extrêmement rare. Cette technique survit dans quelques dépôts de matériel ferroviaire, des musées ou sur certains réseaux touristiques qui doivent gérer des trains d’écartements différents. Mais dans une gare ouverte au public, c’est une configuration qui a quasiment disparu.

Poursuivez votre exploration

« Cette ingénieuse solution technique est un chapitre méconnu mais passionnant du patrimoine ferroviaire du Dauphiné. » « Cette cohabitation a permis aux trains à voie métrique des Voies Ferrées du Dauphiné (VFD) de rejoindre le pôle industriel de Jarrie. » « Bien que cette voie à trois rails ait disparu, d’autres vestiges du réseau VFD sont aujourd’hui préservés par des associations passionnées. »

Sources et sites officiels

« Cette configuration, connue sous le nom de voie à double écartement ou à trois files de rails, est une solution rare et ingénieuse. » « La voie normale était celle de la ligne de Jarrie à Vizille, exploitée par la compagnie du PLM. » « Cette particularité ferroviaire a longtemps marqué le paysage industriel de la ville de Vizille. » « Le but était de desservir le grand pôle industriel chimique de Jarrie, encore actif aujourd’hui et dont l’histoire est racontée au musée. » « Les voies passaient à proximité du célèbre Domaine de Vizille, cœur historique de la ville. »

Bibliographie

1. Les « Bibles » des Voies Ferrées du Dauphiné (Indispensables)

Ces ouvrages contiennent les plans de voies, les schémas des gares (Jarrie, Vizille) et les photos prouvant le système de traction.

  • HUTTER, Joseph. Les Voies Ferrées du Dauphiné. Édité à compte d’auteur (ou rééditions diverses), 1971.

    • Pourquoi ce livre : Joseph Hutter est le père de l’historiographie des VFD. C’est la source primaire technique. Il détaille le matériel roulant et l’infrastructure.

  • ALLEMAN, Dominique et BOUILLIN, Patrice. Le Tramway de Grenoble à Chapareillan et les V.F.D.. Éditions Presses et Éditions Ferroviaires, 1985 (ou éditions du Cabri selon les volumes).

    • Pourquoi ce livre : Patrice Bouillin est la référence absolue pour l’iconographie régionale. Vous y trouverez certainement des photos du tronçon à 3 rails avec les convois mixtes.

  • DOMENGIE, Henri. Les petits trains de jadis – Sud-Est de la France. Éditions du Cabri, 1985.

    • Pourquoi ce livre : Pour remettre la ligne de Vizille dans le contexte du réseau secondaire français. Domengie est très rigoureux sur les dates de fermeture et les caractéristiques techniques (longueur des tronçons à 3 rails).

2. Revues Spécialisées (Pour les détails d’exploitation)

Les revues ferroviaires contiennent souvent des témoignages d’anciens cheminots et des analyses pointues sur le « tamponnement ».

  • Revue de la FACS (Fédération des Amis des Chemins de fer Secondaires). Chemins de Fer Régionaux et Urbains.

    • Recherchez les numéros consacrés aux réseaux de l’Isère. Ils contiennent souvent des plans de voies (track plans) qui montreraient définitivement où les rails étaient imbriqués et où ils étaient séparés.

  • La Vie du Rail.

    • Consultez les archives des années 1950-1960 (époque de la fermeture progressive) pour des articles sur la desserte industrielle de Vizille.

3. Histoire Industrielle et Locale (Le « Pourquoi »)

Pour justifier l’existence de cette voie complexe (le transport du charbon et du papier).

  • CAYOL, Pierre. Vizille et ses environs : histoire et patrimoine. (Ouvrages locaux).

  • Archives Départementales de l’Isère (ADI).

    • Série S (Travaux publics et transports).

    • Conseil : Si vous pouvez citer une cote d’archive précise (ex: « ADI, Série 5S… »), votre crédibilité d’historien monte en flèche. Cherchez les dossiers « Embranchements particuliers » ou « Gare de Vizille-Terrasse ».

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Galerie Photos

Utilisez les touches de direction pour faire défiler les photos

 

Note

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C’est une notification en quelque sorte.

Photo des travaux sur la ligne VFT en janvier 1999. Une nouvelle section de voie ferrée est posée sur le ballast à côté d'un autopont, en attente de raccordement.

Travaux sur la Voie VFD en Isère : Le Renforcement pour le Fret Industriel

De la construction à l’entretien, le labeur quotidien des cantonniers et des équipes de voie du Dauphiné.

L’imaginaire ferroviaire est dominé par la puissance des locomotives et la vitesse des convois. Pourtant, la pérennité et la sécurité d’un réseau reposent entièrement sur un élément plus discret mais fondamental : la voie. Son état n’est pas un acquis mais le fruit d’un labeur constant, souvent pénible, celui des cantonniers et des équipes de pose. À travers une iconographie riche et souvent inédite, cet article propose de mettre en lumière ce travail de l’ombre sur le réseau des Voies Ferrées du Dauphiné (VFD). Il explore les techniques, les outils et les conditions de travail de ces hommes qui furent, littéralement, les piliers de l’exploitation.

Informations pratiques

Catégorie Description
Événement Documenté Chantier de Renouvellement Voie Ballast (RVB) sur la ligne de Jarrie à Vizille.
Ligne Concernée Ligne de Jarrie à Vizille-Terrasse (ancienne ligne PLM / SNCF).
Date des Travaux 1999 2000
Caractéristiques de la Ligne • Écartement : Voie normale (1435 mm)

• Type : Ligne à voie unique.

• Statut à l’époque (1999) : Ligne exploitée, principalement pour le trafic de marchandises (Fret), desservant les industries locales.

Nature des Travaux Décrits Opération de maintenance lourde consistant à remplacer entièrement les composants de la voie :

Dépose des anciens rails et traverses en bois.

Nivellement et préparation de la plateforme de ballast.

Pose de matériel neuf (traverses en bois, rails).

Objectif du Chantier de 1999 • Moderniser l’infrastructure pour garantir sa pérennité.

Améliorer la sécurité des circulations.

• Permettre le maintien de l’exploitation Fret vers les sites industriels de la vallée de la Romanche.

État Actuel de la Ligne Au-delà de l’article de 1999 : Bien que modernisée à cette époque, la ligne a vu son trafic Fret cesser dans les années suivantes. Elle est aujourd’hui non exploitée et neutralisée.
Intérêt Patrimonial du Document L’article est un témoignage photographique rare d’un chantier ferroviaire significatif. Il capture un moment précis de la vie de cette ligne industrielle, entre son apogée et son abandon final, illustrant les efforts consentis à l’époque pour la maintenir en état.

L’Autopont de Jarrie : Souvenir d’un Géant de Métal et d’une Voie Ferrée Oubliée

Pour les habitants de l’Isère qui empruntaient la Route Napoléon à la fin du 20ème siècle, l’autopont de Basse-Jarrie était une figure familière. Construit dans les années 70, cet ouvrage métallique a marqué le paysage pendant des décennies avant de disparaître en 1999, entraînant dans sa chute le destin d’une petite ligne ferroviaire industrielle.

Un Ouvrage Emblématique mais Dangereux

Situé sur la Route Nationale 85 (RN85), l’autopont de Basse-Jarrie permettait de franchir la Route Départementale 5 (RD5) et la voie ferrée entre les communes de Champagnier et de Jarrie.

Cependant, sa réputation n’était pas sans tache. Je me souviens parfaitement de ce pont métallique, et chacun savait qu’il fallait l’aborder avec prudence. L’hiver, sa proximité avec la Romanche le transformait en véritable piège : la neige et le verglas s’y formaient avec une facilité déconcertante, bloquant régulièrement les automobilistes les moins préparés. Vieillissant et devenu inadapté au trafic moderne, ses jours étaient comptés.

1999 : La Fin de l’Autopont et une Conséquence Inattendue

Pour améliorer la sécurité et la fluidité du trafic, une déviation de la RN85 fut mise en service en 1999. Cette nouvelle section prit alors le nom de RD1085d.

Mais ce chantier majeur a eu un dommage collatéral radical : la coupure nette de la ligne ferroviaire des VFT (Voies Ferrées du Dauphiné), bloquant tout leur trafic entre la gare de Jarrie et leurs installations de Vizille Terrasse.

Contexte Industriel

Cette ligne assurait le transport des voyageurs, mais elle était surtout essentielle à celui des marchandises. En effet, elle permettait à la fois d’alimenter en matières premières les industries de la vallée de la Romanche et d’évacuer la production de leurs usines.

Construite en 1893, la ligne ferma au service voyageurs en 1946, puis au transport de fret en 1951.

Elle fut ensuite reprise pour du transport combiné rail-route, d’abord par son exploitant historique, les VFT, puis par la société VFD.

Faisant initialement partie du réseau national de la PLM, la ligne de Jarrie à Vizille fut par la suite exploitée par les VFT pour la desserte industrielle locale, créant ainsi un lien indispensable entre le réseau national et les usines de la vallée.

La Voie Ferrée des VFT : Une Ligne Industrielle au Destin Mouvementé

Cette ligne, bien que modeste, jouait un rôle économique local important.

  • Sa mission : Elle permettait à la société VFT de récupérer des wagons de matériaux en vrac (destinés aux entreprises de la vallée de la Romanche) en gare de Jarrie pour les acheminer jusqu’à son dépôt de Vizille Terrasse.

  • Son histoire : La voie, construite en bord de route, a connu une existence difficile. Son état précaire a provoqué de nombreux déraillements. Heureusement sans gravité, les équipes d’intervention remettaient le matériel sur les rails et le convoi reprenait sa marche.

  • Sa fin : La construction de la déviation a nécessité de reconstruire pas moins de 750 mètres de voie ferrée. Cependant, la coupure a marqué la fin du trafic ferroviaire pour VFT, qui s’est alors reporté intégralement sur le transport par camion.

Aujourd’hui, la circulation sur la RD1085d est plus sûre et plus fluide. Mais ce progrès s’est fait au prix de la disparition de deux éléments du paysage local : un autopont redouté et une ligne de chemin de fer industrielle qui racontait une autre époque du transport en Isère.

Photo historique en noir et blanc de 1981. Un petit locotracteur de manœuvre, le T15, est positionné sur l'une des nombreuses voies du faisceau de triage de la gare de Jarrie. À côté et derrière lui, plusieurs wagons-tombereaux vides attendent d'être assemblés en un convoi. L'environnement est purement ferroviaire et industriel.

Préparation d’une desserte industrielle : le T15 des VFD se positionne sur les voies de service de Jarrie pour former sa rame, 1981.

Souvenir personnel

Je me souviens très bien d’un voyage que j’ai fait sur ce tronçon de ligne à la fin des années 90. J’étais à bord de leur motrice diesel, en route pour aller chercher un convoi de trémies en gare de Jarrie.

Seul le conducteur était à bord du locotracteur. Au départ de Vizille, il a dû descendre pour fermer manuellement le passage à niveau nous permettant d’accéder à la gare de Jarrie. Une fois la route franchie, il a relevé les barrières pour rétablir la circulation.

En gare de Jarrie, des cheminots l’attendaient et lui ont donné un coup de main pour atteler le locotracteur au convoi et raccorder la rame.

Le retour vers Vizille a suivi le même rituel : il a fallu de nouveau fermer la barrière, laisser passer tout le convoi, puis la rouvrir. Nous avons ensuite continué notre route à une vitesse très réduite, non seulement parce que nous n’étions plus à vide, mais aussi en raison de l’état très moyen de la voie.

Ce fut pour moi une expérience inoubliable.

Photographie historique datant de 1981. On y voit un locotracteur diesel T15, de petite taille, tractant une rame de plusieurs wagons-tombereaux vides ou chargés de matériaux. Le convoi ferroviaire est en train de franchir un passage à niveau dont les barrières sont abaissées, coupant la circulation sur une route goudronnée. En arrière-plan, on devine l'environnement d'une gare ferroviaire.

Témoignage de la desserte industrielle de la vallée de la Romanche, le locotracteur T15 des VFD et son train de marchandises quittent la gare de Jarrie pour Vizille. Année 1981.

Chantier de la déviation de Vizille vue vers Jarrie en novembre 1999. La plateforme en terre est terminée mais la voie ferrée et la route ne sont pas encore construites.

Le chantier de la déviation vu depuis Vizille en direction de Jarrie, en novembre 1999. Six mois après la photo précédente, le terrassement est achevé, mais la plateforme attend toujours la pose de la voie ferrée et le goudronnage de la route.

Chantier de la déviation de Jarrie en mai 1999. La route est une piste en terre non goudronnée et la voie ferrée n'est pas encore posée.

Vue des travaux depuis Jarrie en direction de Vizille, en mai 1999. À ce stade, le terrassement de la déviation est achevé, mais la plateforme attend encore d’être goudronnée et de recevoir la nouvelle voie ferrée.

Vue depuis Jarrie de la voie ferrée VFT après les travaux de renouvellement de juillet 2001. La voie est raccordée et posée sur un ballast neuf.

Vue depuis Jarrie en regardant l’autopont en juillet 2001, montrant le résultat des travaux de renouvellement. La nouvelle voie des VFT est désormais entièrement raccordée au réseau et prête à être mise en service.

Photo des travaux de renouvellement de la voie des VFT en juillet 2001. Une section de voie ferrée est posée sur le ballast à côté d'un autopont.

Instantané des importants travaux de renouvellement de la ligne en juillet 2001. On distingue ici une section de la nouvelle voie des VFT (Voies Ferrées du Dauphiné), déjà assemblée et positionnée à côté de l’autopont.

Foire Aux Questions (FAQ) sur la ligne VFD Vizille – Bourg d’Oisans

Cette ligne de tramway électrique était une artère vitale du réseau VFD. Son but était de relier le bassin grenoblois (depuis Vizille) à la vallée de la Romanche jusqu’à Bourg d’Oisans. Elle desservait les puissantes usines hydroélectriques et électrochimiques de la vallée (Rioupéroux, Livet-et-Gavet) et transportait à la fois des marchandises industrielles, des ouvriers, des habitants et les premiers touristes se rendant dans l’Oisans.

Oui, et de manière intensive. Ouverte en 1893, elle fut un pilier du développement industriel de la vallée de la Romanche, surnommée la « vallée aux cent usines », à l’époque de la « Houille Blanche ».

Comme beaucoup de lignes de chemin de fer secondaires en France, elle a subi la concurrence croissante de la route après la Seconde Guerre mondiale. Les bus pour les voyageurs et les camions pour les marchandises, plus flexibles, ont progressivement rendu le tramway moins rentable. Le service voyageurs a cessé en 1946 et la ligne a été définitivement fermée à tout trafic dans les années 1960.

Oui, de nombreuses traces subsistent pour un œil averti. Les vestiges les plus évidents sont les anciennes gares qui existent toujours dans plusieurs villages (comme à Rioupéroux ou Livet). Le long de la route départementale D1091, qui suit souvent le tracé de l’ancienne voie, on peut également apercevoir des tunnels, des murs de soutènement et des piles de ponts qui témoignent du passage du tramway.

Poursuivez votre exploration

« Cette initiative de sauvegarde est une excellente nouvelle pour le patrimoine ferroviaire de notre région. »

 « Ce tronçon appartenait à la ligne Grenoble-Vizille du vaste réseau des Voies Ferrées du Dauphiné (VFD). »

Sources et sites officiels

« Ce travail de préservation remarquable est mené par les bénévoles passionnés de lassociation grenobloise Standard 216. »

« Pour comprendre l’ampleur et l’histoire de ce réseau qui maillait autrefois le Dauphiné, la page Wikipédia sur les Voies Ferrées du Dauphiné est une excellente ressource. »

« Le tronçon sauvegardé se situe sur la commune de Vaulnaveys-le-Haut, à proximité immédiate d’Uriage-les-Bains. »

« Cette voie restaurée pourrait devenir un nouvel point d’intérêt pour le tourisme de mémoire, comme le promeut l’Office de Tourisme de Grenoble-Alpes Métropole. »

Bibliographie

  1. Ouvrages Généraux sur les VFD et les Transports du Dauphiné :

    • GARDENT, Jean, et al.Les Tramways de l’Isère : Une histoire des transports en commun, Grenoble, Glénat, 1992.

      • Cet ouvrage de référence offre une vision complète des réseaux de tramways et chemins de fer secondaires en Isère, dont les VFD. Il est essentiel pour comprendre l’organisation du réseau, son matériel et son histoire économique et sociale.

    • ALLEMAND, Dominique et BOUILLIN, PatriceLes Voies Ferrées du Dauphiné, Grenoble, Glénat, 1999.

      • Spécifiquement dédié aux VFD, ce livre est une source iconographique et historique de premier plan. Il détaille l’histoire des différentes lignes, y compris les lignes industrielles comme celle de la Romanche mentionnée dans l’article.

  2. Ouvrages sur le Contexte des Chemins de Fer Secondaires en France :

    • BAUDOIN, L. M.Les Chemins de fer d’intérêt local en France, Paris, Imprimerie Nationale, 1953.

      • Bien que plus ancien, ce livre permet de replacer l’histoire des VFD dans le contexte national des chemins de fer secondaires, en expliquant les cadres réglementaires et économiques qui ont présidé à leur développement puis à leur déclin.

    • AMAR, GeorgesLe Grand Roman des Transports, Paris, Éditions de l’Aube, 2008.

      • Pour une perspective plus large sur l’évolution des politiques de transport en France, qui explique la concurrence de la route ayant mené à la fermeture de nombreuses lignes comme celles des VFD.

  3. Ressources en Ligne et Associations :

    • Page Wikipédia sur les Voies Ferrées du Dauphiné : https://fr.wikipedia.org/wiki/Voies_ferr%C3%A9es_du_Dauphin%C3%A9

      • Mentionnée dans l’article, cette page constitue un excellent point de départ pour une vue d’ensemble du réseau, avec des informations sur les différentes lignes et leur chronologie.[1]

    • Association Standard 216 : https://standard216.com/

      • Également citée dans l’article, cette association de sauvegarde du patrimoine des transports en commun grenoblois peut détenir des archives, des documents iconographiques et des témoignages précieux sur l’exploitation des lignes VFD.[1]

Photo d'archive vue de 3/4 de la maison de garde-barrière du Villaret (ligne SGLM). Le bâtiment est aujourd'hui disparu.

Le passage à niveau du Villaret : un instantané de la vie du SGLM

Au cœur du pays minier, l’analyse d’une scène oubliée redonne vie à la garde-barrière, aux cantonniers et à la puissante locomotive électrique du train de La Mure.

L’historien est un détective du passé, et ses indices sont souvent des images. Cet article propose une étude de cas concrète à partir d’une photographie du passage à niveau du Villaret. En la soumettant à une analyse critique, nous allons extraire une quantité surprenante d’informations sur la technique, l’exploitation et la dimension humaine de l’un des plus célèbres chemins de fer secondaires de France.

Informations pratiques

Dénomination Passage à Niveau du Villaret
Type d’ouvrage Passage à niveau gardé avec maisonnette de garde-barrière.
Localisation Hameau du Villaret, Commune de Susville, Plateau Matheysin, Isère (France).
Coordonnées GPS (approx.) 44.9985° N, 5.7672° E
Ligne Ferroviaire Chemin de fer de La Mure (Réseau SGLM). Branche industrielle desservant les puits miniers du plateau.
Période d’activité Fin du XIXe siècle – 1988 (date de l’arrêt du trafic minier sur la ligne).
Fonction Principale Sécuriser le croisement entre la voie ferrée (transport d’anthracite et de personnel) et le « Chemin du Villaret », une voie de desserte locale.
Caractéristiques Techniques • Voie : Unique, à écartement métrique (1000 mm), électrifiée.

• Barrières : Basculante, à manœuvre manuelle (probablement par treuil).

• Signalisation : Annonceur électrique et cloche d’avertissement.

Personnel Associé Un(e) garde-barrière logé(e) dans la maisonnette. Poste souvent occupé par des femmes de mineurs ou des mineurs à la retraite ou invalides (« gueules noires »).
État Actuel L’emprise ferroviaire a été réhabilitée et accueille aujourd’hui le Petit Train de La Mure à vocation touristique. En revanche, la maisonnette du garde-barrière et ses annexes ont été rasées. L’emplacement n’est plus matérialisé que par un espace enherbé, ne laissant aucune trace visible du bâti passé.
Intérêt Patrimonial • Témoin technique d’un système de sécurité ferroviaire d’une ligne industrielle.

• Témoin social de la vie des communautés minières.

• Élément d’archéologie du paysage industriel matheysin.