Photographie de la chapelle Notre-Dame-des-Neiges en l'an 2000, située dans un paysage de montagne.

Chapelle ND des Neiges, Susville

Découvrez l’histoire singulière de la chapelle Notre-Dame-des-Neiges du Villaret. De sa construction comme salle de cinéma par la Compagnie des Mines à sa reconversion en lieu de culte par les ouvriers, plongez dans ce symbole fort de l’immigration et du passé industriel de la Matheysine.

Comment un projet de cinéma de la Compagnie des Mines de la Mure est-il devenu le cœur spirituel d’une communauté ouvrière immigrée ? Nichée dans le hameau du Villaret à Susville, la chapelle Notre-Dame-des-Neiges incarne de manière saisissante l’encadrement patronal et la ferveur religieuse des mineurs polonais et italiens de l’entre-deux-guerres. Du grand écran à l’autel, retour sur le destin hors norme de ce patrimoine matheysin unique, aujourd’hui transformé en espace culturel de partage.

Informations pratiques

Caractéristique Détails / Informations
Nom du monument Chapelle Notre-Dame-des-Neiges
Localisation Le Villaret, Susville, Plateau de la Matheysine, Isère (38)
Période de construction Fin des années 1920
Fonction initiale Salle de cinéma (projetée par la Compagnie des Mines)
Commanditaire d’origine Compagnie des Mines de la Mure
Date de reconversion en chapelle 1931
Acteurs de la transformation Ouvriers mineurs immigrés (principalement polonais et italiens)
Cession au diocèse de Grenoble 1965 (période de déclin de l’activité minière)
Reconversion culturelle 2007
Usage actuel Espace culturel et d’exposition (géré par un collectif d’artistes)
Éléments de réemploi (Spolia) Cloche, autel et croix extérieure issus de l’ancienne chapelle des Merlins
Inscription remarquable « VICULUM TEGAM » (« La croix protège le village ») sur la croix extérieure

1. Un bâtiment à l’origine profane : le projet de cinéma

Au début du XXe siècle, la Compagnie des Mines de la Mure souhaite développer des infrastructures de loisirs pour ses ouvriers. Le bâtiment est initialement conçu pour abriter une salle de cinéma. À cette époque, le paternalisme industriel cherche à occuper le temps libre des mineurs pour éviter l’agitation sociale et l’influence des syndicats ou des mouvements politiques de gauche.

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Dans l’entre-deux-guerres, loger, encadrer et fournir des lieux de culte aux mineurs (notamment polonais) constituaient un outil de contrôle social majeur. La religion était activement encouragée par le patronat pour stabiliser la main-d’œuvre étrangère, favoriser la paix sociale et faire contrepoids au syndicalisme rouge, alors très actif chez les mineurs de La Mure. Au-delà de la piété populaire, la création de cette chapelle revêt donc une importante dimension géopolitique locale.

Photographie de la chapelle Notre-Dame-des-Neiges en l'an 2000, située dans un paysage de montagne.

La chapelle Notre-Dame-des-Neiges en 2000.

2. La conversion de 1931 et l’impact de l’immigration

La situation démographique change radicalement à la fin des années 1920 avec l’arrivée massive de main-d’œuvre étrangère, principalement des mineurs polonais et italiens, venus combler le manque de bras dans les mines.

  • Le rôle de la communauté polonaise : Très pratiquante, la communauté polonaise exprime un besoin pressant d’un lieu de culte structuré pour pratiquer sa foi et conserver ses traditions nationales.

  • Le choix de la Compagnie : Face à cette pression et constatant que la religion s’avère un outil d’encadrement moral plus efficace et stabilisateur que le simple divertissement, la Compagnie des Mines décide en 1931 de convertir le bâtiment de projection en chapelle. Les ouvriers eux-mêmes participent activement aux travaux d’aménagement pour s’approprier ce nouveau lieu de culte.

Note
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Des vagues d’immigration aux profils contrastés : Il convient de distinguer les trajectoires des communautés polonaises et italiennes sur le plateau. Les Polonais arrivaient souvent sous l’égide de la Mission Catholique Polonaise (très structurée, avec ses propres prêtres), tandis que l’immigration italienne de l’entre-deux-guerres comptait de nombreux réfugiés politiques antifascistes, parfois plus distants de l’institution ecclésiale.

Une croix en pierre se dresse au premier plan devant la chapelle Notre-Dame-des-Neiges, sous un ciel de jour.

La croix érigée devant la chapelle Notre-Dame-des-Neiges, photographiée en 2000.

3. Le transfert patrimonial : les éléments de la chapelle des Merlins

Pour meubler et sacraliser ce nouveau lieu, on procède à un transfert d’objets liturgiques anciens en provenance de la chapelle des Merlins (un hameau voisin de Susville). Ce procédé de remploi (spolia) permet d’intégrer des objets chargés d’histoire locale dans un édifice moderne :

  • L’autel, la croix et la cloche sont ainsi installés à Notre-Dame-des-Neiges.

  • La cloche porte notamment l’inscription latine « VICULUM TEGAM » (littéralement « Je protégerai le petit village » ou « le hameau »). Cette devise traditionnelle prend un sens particulièrement fort à Susville : elle évoque à la fois la protection face aux risques quotidiens liés au travail de la mine, et l’unification symbolique des populations locales historiques et des nouvelles familles immigrées sous une même protection spirituelle.

Gros plan sur l'inscription gravée de la croix de la chapelle Notre-Dame-des-Neiges, en 2000.

Inscription gravée sur la croix de la chapelle Notre-Dame-des-Neiges, photographiée en 2000.

4. Un symbole du patrimoine minier aujourd’hui

Aujourd’hui, la chapelle Notre-Dame-des-Neiges ne se limite pas à sa fonction religieuse. Elle est préservée comme un lieu de mémoire collective en Matheysine. Elle rappelle le quotidien des familles de mineurs, l’importance de l’immigration polonaise dans l’identité locale et la manière dont les grandes compagnies industrielles géraient la vie sociale et spirituelle de leurs employés.

Foire Aux Questions La chapelle Notre Dame des Neiges

Le bâtiment n’a pas été construit pour être une église à l’origine. En 1927-1928, la Compagnie des Mines de la Mure avait entamé la construction d’un cinéma (avec une cabine de projection). Ce projet ayant été abandonné, le bâtiment a été transformé et inauguré comme chapelle en 1931.

Durant l’entre-deux-guerres, de nombreux mineurs d’origine polonaise et italienne, de confession catholique, sont venus travailler dans la région. À leur demande, et dans le cadre du paternalisme industriel de l’époque, la compagnie minière a accepté de modifier la destination du bâtiment pour leur offrir un lieu de culte de proximité.

Une partie des objets et du mobilier provient de l’ancienne chapelle des Merlins (une chapelle d’alpage historique de la région), qui était alors désaffectée.

Cette formule en latin signifie « Je protégerai le hameau ». Elle exprime la vocation protectrice de la Vierge Marie (Notre-Dame-des-Neiges) sur le quartier du Villaret et ses habitants.

Après avoir été menacée de ruine, la chapelle a été acquise par la commune de Susville. Grâce à une restauration achevée en 2007, elle est aujourd’hui désacralisée et sert d’espace culturel pour des expositions, des réunions et des animations locales, préservant ainsi la mémoire ouvrière du site.

Poursuivez votre exploration

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Sources et sites officiels 

1. Autour de l’histoire et du patrimoine minier de la région

  • La Mine Image : Le site officiel du musée de la mine situé à La Motte-d’Aveillans (commune voisine). Ce musée souterrain est directement lié à l’histoire de la Compagnie des Mines de la Mure mentionnée dans votre article.

  • Le Petit Train de La Mure : Un site incontournable pour comprendre l’histoire du transport du charbon et la découverte touristique du plateau de la Matheysine.

2. Informations locales et institutionnelles

  • Mairie de Susville : Le site officiel de la commune où se trouve la chapelle. Utile pour les lecteurs cherchant des informations administratives ou d’autres points d’intérêt sur la commune.

  • Office de Tourisme de la Matheysine : Pour aider vos lecteurs à organiser leur visite sur le plateau de la Matheysine (hébergements, randonnées, autres édifices religieux).

3. Patrimoine départemental

  • Portail du Patrimoine de l’Isère : Le site du Département de l’Isère dédié à l’inventaire et à la mise en valeur du patrimoine historique, industriel et religieux de la région.

Bibliographie 

  • 1. Sur l’histoire générale et le patrimoine de la région

    • Miard, Victor. La Mure et la Matheysine à travers l’histoire. Bellegarde-sur-Valserine : Imprimerie Sadag, 1965.

      • Pourquoi cette référence ? C’est l’ouvrage de référence historique incontournable sur le plateau de la Matheysine. Écrit par un historien local respecté, il retrace l’évolution des communes (dont Susville et le hameau du Villaret) et l’impact de l’activité humaine et religieuse sur le territoire.

    2. Sur l’histoire de l’immigration et la vie des mineurs

    • Ponty, Janine. Polonais méconnus : Histoire des travailleurs immigrés en France dans l’entre-deux-guerres. Paris : Publications de la Sorbonne, 1988. (Réédité en 2005).

      • Pourquoi cette référence ? Janine Ponty est la grande spécialiste historique de l’immigration polonaise en France. Dans cet ouvrage universitaire de référence, elle étudie de près l’installation des mineurs polonais dans le bassin de La Mure, leur ferveur religieuse, et comment leur arrivée a poussé les compagnies minières (dans le cadre du paternalisme industriel) à soutenir la création de lieux de culte catholiques comme la chapelle du Villaret.

    3. Sur l’histoire locale spécifique et le patrimoine minier

    • Revue Mémoire d’Obiou. Publiée par l’Association d’Histoire de la Matheysine (La Mure).

      • Pourquoi cette référence ? Cette revue annuelle de recherche historique locale (publiée depuis plusieurs décennies sous l’égide des Amis du Musée de la Matheysine) contient de nombreux dossiers détaillés sur l’histoire des puits de mine de Susville, l’architecture des cités minières du Villaret et le patrimoine religieux vernaculaire du plateau.