Écurie du Crey à Susville : mémoire du cheval minier
Au cœur du hameau du Crey, découvrez l’histoire singulière d’un bâtiment utilitaire où les chevaux de mine retrouvaient l’air libre après l’effort.
Au cœur du hameau du Crey, découvrez l’histoire singulière d’un bâtiment utilitaire où les chevaux de mine retrouvaient l’air libre après l’effort.
| Caractéristique | Détail |
| Dénomination | Ancienne écurie minière du Crey |
| Localisation | Hameau du Crey, 38350 Susville (Isère, Auvergne-Rhône-Alpes) |
| Territoire | Plateau de la Matheysine (Dauphiné) |
| Type de patrimoine | Patrimoine bâti minier et architecture utilitaire ouvrière |
| Usage d’origine | Hébergement, pansage et alimentation des chevaux de trait de la mine |
| Période d’activité | Du XIXe siècle jusqu’aux années 1950 |
| Spécificité d’exploitation | Écurie de jour en surface (galeries horizontales permettant la sortie quotidienne des bêtes) |
| Motif d’abandon de l’usage | Électrification du roulage (locomotives de mine) et bandes transporteuses |
| Accès / Visibilité | Bâtiment intégré au tissu du hameau, visible depuis la voie publique |
Accrochée à flanc de montagne, le long de la route qui relie le chef-lieu de Peychagnard au hameau du Crey, se dresse une bâtisse sobre et caractéristique de l’architecture scolaire de la fin du XIXe siècle. Témoin direct des bouleversements sociaux et éducatifs engendrés par l’essor du bassin minier matheysin, l’ancienne école mixte du Crey raconte l’implantation républicaine dans les zones de montagne et la vie rude des familles ouvrières de l’époque.
Dans les années 1880, les lois portées par Jules Ferry rendent l’instruction publique gratuite et obligatoire. Sur le plateau de la Matheysine, cette révolution éducative pose un défi géographique et démographique majeur. L’activité minière bat alors son plein, attirant de nombreux foyers d’ouvriers et gonflant les effectifs d’enfants en âge d’apprendre.
Pour répondre à cette obligation légale et éviter aux enfants de longs trajets dangereux en hiver, la commune confie en 1889 la conception d’un nouvel établissement à l’architecte Jules Canaud. Réalisée par l’entrepreneur Belzoins, la construction de l’école mixte s’élève à un coût total de 13 254,61 anciens francs. Implantée stratégiquement à mi-chemin entre Peychagnard et Le Crey, elle permet de regrouper les élèves des deux hameaux au sein d’un même lieu d’apprentissage.
L’édifice adopte l’organisation typique des écoles de hameau de la Troisième République, pensée pour conjuguer rigueur pédagogique et vie domestique de l’instituteur :
Le rez-de-chaussée : entièrement dédié à l’enseignement, il accueillait une classe unique mixte où se côtoyaient tous les niveaux scolaires sous l’autorité d’un seul maître.
L’étage supérieur : aménagé pour servir de logement de fonction à l’instituteur, assurant ainsi une présence permanente sur place, été comme hiver.
Cette séparation verticale des fonctions répondait aux directives nationales d’hygiène et de salubrité de l’époque, privilégiant de larges ouvertures pour laisser entrer la lumière naturelle et aérer la classe.
Pour les jeunes écoliers du Crey et de Peychagnard, le parcours scolaire restait souvent bref. L’instruction obligatoire ne s’étendait alors que jusqu’à l’âge de onze ou douze ans, sanctionnée par le certificat d’études primaires.
Dès cet examen passé — ou l’âge limite atteint —, la réalité économique reprenait ses droits : les garçons descendaient rapidement dans les galeries ou rejoignaient les installations de surface pour seconder leurs pères, apportant ainsi un salaire d’appoint indispensable à l’équilibre du foyer minier.
Aujourd’hui désaffectée, cette maison d’école demeure un repère patrimonial discret mais précieux, illustrant la rencontre entre l’épopée minière dauphinoise et l’idéal scolaire républicain.
1- Qu’est-ce qu’un « carreau » de mine ?
Le carreau désigne l’ensemble des installations de surface aménagées autour de l’orifice d’un puits d’extraction ou d’une descenderie. C’est là que convergeaient les infrastructures techniques indispensables au fonctionnement du fond : chevalement, recette, machine d’extraction, ateliers d’entretien, vestiaires (la « salle des pendus »), bureaux d’ingénieurs, mais aussi les installations de traitement du minerai comme le triage, le concassage, le lavoir et les voies ferrées d’expédition.
2- Quel était le rôle précis du carreau du Villaret en Matheysine ?
Aménagé et modernisé en profondeur après la nationalisation de 1946, le carreau du Villaret est devenu le véritable nœud stratégique de l’exploitation de l’anthracite sur le plateau matheysin. Relié au puits du Villaret (creusé à 560 mètres de profondeur) et au plan incliné Richard, il centralisait la remontée, le lavage, le criblage et le stockage massif du charbon extrait dans le secteur avant son acheminement vers les centres de consommation par le chemin de fer.
3- Quand le site du Villaret a-t-il fermé ses portes ?
Le dernier poste d’extraction a cessé son activité le 28 mars 1997. Cette date marque l’arrêt définitif de l’extraction minière en Matheysine et la fin de l’épopée des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD), fermant ainsi plusieurs siècles d’histoire houillère locale.
4- Que reste-t-il des installations d’origine aujourd’hui ?
Si une partie des ateliers a été démontée ou reconvertie, les repères emblématiques subsistent :
Le chevalement métallique du puits du Villaret : conservé en sentinelle et labellisé « Patrimoine en Isère », il arbore une fresque rendant hommage aux mineurs.
Le grand magasin à charbon : une immense structure métallique qui servait à stocker le combustible à l’abri des intempéries, aujourd’hui reconvertie pour des manifestations locales et associatives.
Les tracés des voies ferrées et les plateformes industrielles, dont une partie accueille désormais des activités artisanales et un parc photovoltaïque.
5- Le carreau du Villaret se visite-t-il ?
L’extérieur du carreau est en accès libre : vous pouvez vous approcher du chevalement, observer l’immense magasin à charbon et lire les panneaux explicatifs qui jalonnent le site. Pour découvrir le travail souterrain en lui-même avec des galeries reconstituées, la visite se complète au musée de « La Mine Image », situé à quelques kilomètres de là, sur la commune voisine de La Motte-d’Aveillans.
6- Pourquoi l’anthracite de La Mure était-il si réputé ?
Le gisement de La Mure recelait l’un des meilleurs anthracites au monde, d’une pureté exceptionnelle avec une teneur en carbone pur atteignant 94 à 96 %. Il se distinguait par un pouvoir calorifique très élevé, une combustion lente et une quasi-absence de fumée et de goudron, ce qui en faisait un combustible de choix pour le chauffage domestique et l’industrie métallurgique de pointe.
Marliave (Charles de), Les mines d’anthracite de La Mure (1806-1946), Grenoble, Éditions Allier, 1955, 308 p.
(L’ouvrage historique fondateur sur les concessions minières, l’évolution technique et le développement de la Compagnie des Mines de La Mure avant la nationalisation).
Garnier (Jean), Chronique des mines de La Mure : 2 siècles de charbon, Éditions du Belvédère, 2001, 194 p.
(Une rétrospective détaillée de l’épopée de l’anthracite jusqu’à la fermeture du puits du Villaret en mars 1997).
Guiollard (Pierre-Christian), Les chevalements des houillères françaises, Fichiers techniques et inventaire du patrimoine minier français, PCG Éditions.
(Ouvrage de référence sur l’architecture des installations de surface, incluant les caractéristiques techniques du chevalement Venot du puits du Villaret).
Bouillin (Patrice) et Wurmser (Daniel), Le Chemin de Fer de La Mure : Saint-Georges-de-Commiers – La Mure – Corps – Gap, Éditions Bouillin, 1995, 512 p.
(Étude exhaustive sur la ligne électrifiée du SGLM, indissociable de l’évacuation de l’anthracite depuis le carreau du Villaret).
Mairie de Susville : Le site officiel de la commune où se trouve les habitations. Utile pour les lecteurs cherchant des informations administratives ou d’autres points d’intérêt sur la commune.
Office de Tourisme de la Matheysine : Pour aider vos lecteurs à organiser leur visite sur le plateau de la Matheysine (hébergements, randonnées, autres édifices).
Portail du Patrimoine de l’Isère : Le site du Département de l’Isère dédié à l’inventaire et à la mise en valeur du patrimoine historique, industriel et religieux de la région.
Miard, Victor. La Mure et la Matheysine à travers l’histoire. Bellegarde-sur-Valserine : Imprimerie Sadag, 1965.
Pourquoi cette référence ? C’est l’ouvrage de référence historique incontournable sur le plateau de la Matheysine. Écrit par un historien local respecté, il retrace l’évolution des communes (dont Susville et le hameau du Villaret) et l’impact de l’activité humaine sur le territoire.
Revue Mémoire d’Obiou. Publiée par l’Association d’Histoire de la Matheysine (La Mure).
Pourquoi cette référence ? Cette revue annuelle de recherche historique locale (publiée depuis plusieurs décennies sous l’égide des Amis du Musée de la Matheysine) contient de nombreux dossiers détaillés sur l’histoire des puits de mine de Susville, l’architecture des cités minières du Villaret.
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