Démolition des structures métalliques et maçonnées du lavoir à charbon sur le carreau du Villaret à Susville.

Écurie du Crey à Susville : mémoire du cheval minier

Au cœur du hameau du Crey, découvrez l’histoire singulière d’un bâtiment utilitaire où les chevaux de mine retrouvaient l’air libre après l’effort.

Au cœur du hameau du Crey, à Susville, une bâtisse discrète raconte une histoire singulière de l’épopée minière matheysine. Loin du sort des bêtes enfermées à vie au fond des puits du Nord, les chevaux de trait d’ici retrouvaient la lumière du jour après chaque poste. De la traction des berlines à l’arrivée des premières motrices électriques, découvrez les secrets d’une écurie qui a façonné le paysage urbain et le quotidien ouvrier du plateau.

Informations pratiques

Caractéristique Détail
Dénomination Ancienne écurie minière du Crey
Localisation Hameau du Crey, 38350 Susville (Isère, Auvergne-Rhône-Alpes)
Territoire Plateau de la Matheysine (Dauphiné)
Type de patrimoine Patrimoine bâti minier et architecture utilitaire ouvrière
Usage d’origine Hébergement, pansage et alimentation des chevaux de trait de la mine
Période d’activité Du XIXe siècle jusqu’aux années 1950
Spécificité d’exploitation Écurie de jour en surface (galeries horizontales permettant la sortie quotidienne des bêtes)
Motif d’abandon de l’usage Électrification du roulage (locomotives de mine) et bandes transporteuses
Accès / Visibilité Bâtiment intégré au tissu du hameau, visible depuis la voie publique

L’ancienne écurie du Crey à Susville : l’empreinte du cheval dans la ville minière

Au cœur du hameau du Crey, sur la commune de Susville, l’ancienne écurie rappelle une époque où le développement urbain et industriel du plateau matheysin dépendait intimement de la force animale. Avant l’arrivée massive de l’électricité et des machines modernes, ce bâtiment abritait les précieux auxiliaires des mineurs de fond. Il constitue aujourd’hui un jalon marquant du patrimoine bâti local, illustrant l’organisation concrète d’une cité façonnée par l’exploitation de l’anthracite.

Une architecture fonctionnelle au service de l’exploitation

L’écurie, pièce maîtresse du tissu urbain ouvrier

Dans les bassins houillers, les installations annexes dictaient la configuration des hameaux. Une écurie n’était pas un simple abri de ferme : conçue sous la forme d’un bâtiment robuste et rationnel, elle devait faciliter les flux quotidiens de dizaines d’animaux tout en assurant leur sécurité et leur entretien. Au Crey, cette construction s’est intégrée dans l’espace habité pour permettre aux palefreniers, charretiers et mineurs d’accéder rapidement aux galeries de travail.

L’aménagement intérieur : soins, repos et logistique

La structure répondait à des impératifs stricts d’hygiène et d’endurance. Le bâtiment intégrait des stalles alignées, des réserves à foin, des mangeoires adaptées et des points d’eau essentiels pour abreuver des bêtes soumises à un effort physique intense. Les moyens alloués à son entretien démontrent la valeur inestimable que représentait chaque cheval pour la bonne marche de la mine.

Bâtiments industriels annexes attenants au magasin à charbon sur le site minier de Susville.

Bâtiments industriels annexes attenants au magasin à charbon sur le site minier de Susville.

La singularité matheysine : des chevaux qui revoyaient le jour

Le rôle clé du roulage souterrain

Dès la seconde moitié du XIXe siècle et jusqu’aux années 1950, le cheval a constitué la principale force motrice des mines de La Mure. Attelés aux convois de berlines chargées de minerai, les équidés ont progressivement remplacé la force humaine pour tracter les charges lourdes le long des voies ferrées étroites du fond.

Une vie hors des ténèbres

Contrairement aux bassins miniers traditionnels du Nord ou de Lorraine où les bêtes descendaient par des puits verticaux pour y passer l’intégralité de leur existence, la Matheysine présentait une configuration géologique et technique particulière. L’accès aux chantiers s’effectuait en grande partie par des galeries à flanc de montagne et des travers-bancs horizontaux.

Cette topographie permettait aux chevaux de sortir au grand air à la fin de chaque poste de travail. L’écurie du Crey prenait alors tout son sens : chaque soir, les bêtes y retrouvaient la lumière naturelle, un pansage minutieux, une nourriture adaptée et un repos bien mérité, loin des poussières souterraines.

Vue d'archive du carreau minier à Susville montrant les bâtiments de la chaufferie et des ateliers techniques.

Vue d’archive du carreau minier à Susville montrant les bâtiments de la chaufferie et des ateliers techniques.

Modernisation et mémoire du patrimoine

L’arrivée de la fée électricité

Dans le courant du XXe siècle, la mécanisation a transformé les méthodes de traction. L’installation progressive de locomotives électriques de mine, combinée au déploiement des bandes transporteuses, a rendu le travail animal obsolète. Les chevaux ont quitté définitivement les galeries, laissant les écuries sans leur usage d’origine.

La reconversion d’un témoin de l’histoire locale

Désormais intégrée dans le paysage quotidien de Susville, l’ancienne écurie du Crey témoigne des mutations du monde ouvrier et de l’ingénierie minière dauphinoise. Conserver ce bâti permet de comprendre l’imbrication étroite entre vie villageoise, travail industriel et présence animale à l’époque triomphante de l’anthracite.

Démolition des structures métalliques et maçonnées du lavoir à charbon sur le carreau du Villaret à Susville.

Démolition des structures métalliques et maçonnées du lavoir à charbon sur le carreau du Villaret à Susville.

Foire Aux Questions Tout savoir sur le carreau du Villaret

Le carreau désigne l’ensemble des installations de surface aménagées autour de l’orifice d’un puits d’extraction ou d’une descenderie. C’est là que convergeaient les infrastructures techniques indispensables au fonctionnement du fond : chevalement, recette, machine d’extraction, ateliers d’entretien, vestiaires (la « salle des pendus »), bureaux d’ingénieurs, mais aussi les installations de traitement du minerai comme le triage, le concassage, le lavoir et les voies ferrées d’expédition.

Aménagé et modernisé en profondeur après la nationalisation de 1946, le carreau du Villaret est devenu le véritable nœud stratégique de l’exploitation de l’anthracite sur le plateau matheysin. Relié au puits du Villaret (creusé à 560 mètres de profondeur) et au plan incliné Richard, il centralisait la remontée, le lavage, le criblage et le stockage massif du charbon extrait dans le secteur avant son acheminement vers les centres de consommation par le chemin de fer.

Le dernier poste d’extraction a cessé son activité le 28 mars 1997. Cette date marque l’arrêt définitif de l’extraction minière en Matheysine et la fin de l’épopée des Houillères du Bassin du Dauphiné (HBD), fermant ainsi plusieurs siècles d’histoire houillère locale.

Si une partie des ateliers a été démontée ou reconvertie, les repères emblématiques subsistent :

  • Le chevalement métallique du puits du Villaret : conservé en sentinelle et labellisé « Patrimoine en Isère », il arbore une fresque rendant hommage aux mineurs.

  • Le grand magasin à charbon : une immense structure métallique qui servait à stocker le combustible à l’abri des intempéries, aujourd’hui reconvertie pour des manifestations locales et associatives.

  • Les tracés des voies ferrées et les plateformes industrielles, dont une partie accueille désormais des activités artisanales et un parc photovoltaïque.

L’extérieur du carreau est en accès libre : vous pouvez vous approcher du chevalement, observer l’immense magasin à charbon et lire les panneaux explicatifs qui jalonnent le site. Pour découvrir le travail souterrain en lui-même avec des galeries reconstituées, la visite se complète au musée de « La Mine Image », situé à quelques kilomètres de là, sur la commune voisine de La Motte-d’Aveillans.

Le gisement de La Mure recelait l’un des meilleurs anthracites au monde, d’une pureté exceptionnelle avec une teneur en carbone pur atteignant 94 à 96 %. Il se distinguait par un pouvoir calorifique très élevé, une combustion lente et une quasi-absence de fumée et de goudron, ce qui en faisait un combustible de choix pour le chauffage domestique et l’industrie métallurgique de pointe.

Tout ce qu’il faut savoir ensuite

Façade sud du magasin à charbon du puits du Villaret à Susville, surmontée de son lanterneau de toiture.
Installation industrielle de traitement des résidus miniers près des bassins à schlamms à Susville.
Photo de la gare du Villaret à Susville prise depuis le carreau de la mine, montrant le lien entre le puits et le patrimoine du train minier.

Sources et sites officiels 

1. Autour de l’histoire et du patrimoine minier de la région

    • Marliave (Charles de), Les mines d’anthracite de La Mure (1806-1946), Grenoble, Éditions Allier, 1955, 308 p.
      (L’ouvrage historique fondateur sur les concessions minières, l’évolution technique et le développement de la Compagnie des Mines de La Mure avant la nationalisation).

    • Garnier (Jean), Chronique des mines de La Mure : 2 siècles de charbon, Éditions du Belvédère, 2001, 194 p.
      (Une rétrospective détaillée de l’épopée de l’anthracite jusqu’à la fermeture du puits du Villaret en mars 1997).

    • Guiollard (Pierre-Christian), Les chevalements des houillères françaises, Fichiers techniques et inventaire du patrimoine minier français, PCG Éditions.
      (Ouvrage de référence sur l’architecture des installations de surface, incluant les caractéristiques techniques du chevalement Venot du puits du Villaret).

    • Bouillin (Patrice) et Wurmser (Daniel), Le Chemin de Fer de La Mure : Saint-Georges-de-Commiers – La Mure – Corps – Gap, Éditions Bouillin, 1995, 512 p.
      (Étude exhaustive sur la ligne électrifiée du SGLM, indissociable de l’évacuation de l’anthracite depuis le carreau du Villaret).

2. Informations locales et institutionnelles

  • Mairie de Susville : Le site officiel de la commune où se trouve les habitations. Utile pour les lecteurs cherchant des informations administratives ou d’autres points d’intérêt sur la commune.

  • Office de Tourisme de la Matheysine : Pour aider vos lecteurs à organiser leur visite sur le plateau de la Matheysine (hébergements, randonnées, autres édifices).

3. Patrimoine départemental

  • Portail du Patrimoine de l’Isère : Le site du Département de l’Isère dédié à l’inventaire et à la mise en valeur du patrimoine historique, industriel et religieux de la région.

Bibliographie 

  • 1. Sur l’histoire générale et le patrimoine de la région

    • Miard, Victor. La Mure et la Matheysine à travers l’histoire. Bellegarde-sur-Valserine : Imprimerie Sadag, 1965.

      • Pourquoi cette référence ? C’est l’ouvrage de référence historique incontournable sur le plateau de la Matheysine. Écrit par un historien local respecté, il retrace l’évolution des communes (dont Susville et le hameau du Villaret) et l’impact de l’activité humaine sur le territoire.

    2. Sur l’histoire locale spécifique et le patrimoine minier

    • Revue Mémoire d’Obiou. Publiée par l’Association d’Histoire de la Matheysine (La Mure).

      • Pourquoi cette référence ? Cette revue annuelle de recherche historique locale (publiée depuis plusieurs décennies sous l’égide des Amis du Musée de la Matheysine) contient de nombreux dossiers détaillés sur l’histoire des puits de mine de Susville, l’architecture des cités minières du Villaret.

Voir la carte

Galerie Photos

Utilisez les touches de direction pour faire défiler les photos