Ancienne galerie inférieure de la mine d'Oris-en-Ratier reconvertie en station de mesure sismique en 2016.

L‘histoire des mines d’anthracite d’Oris-en-Ratier

Plongez dans l’histoire de l’exploitation de l’anthracite à Oris-en-Ratier. Découvrez l’épopée industrielle de ces mines de l’Isère, de leur âge d’or au XIXe siècle jusqu’à leur fermeture définitive.

Voisine du célèbre bassin minier de la Matheysine, la commune d’Oris-en-Ratier recèle une histoire industrielle fascinante mais largement méconnue. Des premières prospections de 1820 à la fermeture officielle des galeries en 1951, ce gisement d’anthracite a profondément façonné la vie de la vallée. Entre l’afflux de mineurs italiens, un insolite accord pour chauffer l’école du village et son rôle de refuge pour les réfractaires au STO sous l’Occupation, redécouvrez l’épopée humaine et souterraine de ces mines alpines aujourd’hui endormies.

Informations pratiques

Caractéristique Informations techniques et historiques
Nom du site Mines d’anthracite d’Oris-en-Ratier
Localisation Oris-en-Ratier, Isère (38), région Auvergne-Rhône-Alpes (proximité de la Matheysine et du Valbonnais)
Type de minerai Anthracite (charbon de terre de haute qualité)
Période d’activité 1820 (premières prospections) – 12 septembre 1951 (fermeture officielle)
Principales infrastructures Galerie historique de 1888, descenderie de 1942, plans inclinés pour le transport du minerai
Altitude des installations Descenderie principale située à 1 138 mètres d’altitude
Épaisseur du gisement Veine d’anthracite mesurant jusqu’à 3 mètres d’épaisseur (découverte en 1901)
Principaux exploitants et figures clés Joseph Platel, Pierre Dumas, M. Mornand, Compagnie des Mines de La Mure, Raymond Jacques
Main-d’œuvre notable • Mineurs immigrés italiens (début du XXe siècle)
• Réfractaires au STO (Seconde Guerre mondiale)
• Prisonniers de guerre allemands (après-guerre)
Faits marquants locaux Accord de 1902 avec l’exploitant Mornand garantissant la fourniture gratuite de charbon pour l’école du village et un tarif réduit pour les habitants
Rôle durant l’Occupation Relance de l’activité (1942-1943) sous Raymond Jacques, servant parallèlement de couverture et de refuge secret pour le maquis local
Statut actuel Site inactif, galeries condamnées (mise en sécurité globale de la zone effectuée en 2000) et vestiges intégrés au patrimoine historique local

Les mines d’anthracite d’Oris-en-Ratier (Isère)

L’histoire minière d’Oris-en-Ratier se distingue par une particularité géologique : contrairement à sa voisine, La Motte-d’Aveillans, le charbon n’y affleurait pas directement en surface.

Cette absence de gisement visible a laissé des indices intéressants dans le patrimoine local. À la sortie du village, on peut encore observer aujourd’hui les vestiges de fours à chaux. Le fait que l’anthracite soit resté si profondément enfoui laisse à penser que les chaufourniers locaux n’utilisaient pas le charbon d’Oris pour alimenter leurs installations, mais devaient importer leur combustible de gisements voisins plus faciles d’accès. Pour atteindre le charbon d’Oris, il a fallu attendre des travaux de recherche plus tardifs et plus complexes.

Photo d'archive historique en noir et blanc du carreau de la mine d'Oris-en-Ratier en pleine activité d'exploitation.

Le carreau de la mine d’Oris-en-Ratier à l’époque de son exploitation industrielle (photo d’archive).

De la découverte à l’intérêt communal (1820-1917)

Les premières velléités de recherche sont mentionnées dès 1820. Cependant, il faut attendre 1888 pour qu’une première galerie, creusée à la cote 1260, mette au jour une couche de charbon d’une épaisseur de 3,25 mètres.

L’intérêt pour ce gisement grandit à la fin du XIXe siècle. Le 25 septembre 1893, le préfet de l’Isère autorise Joseph Platel, un propriétaire de Susville, à effectuer des fouilles sur les terrains communaux d’Oris-en-Ratier en vue de rechercher de l’anthracite. Quelques années plus tard, en 1901, Pierre Dumas, un marchand de bois de Notre-Dame-de-Vaulx, fait creuser un « travers-banc » (une galerie de recherche transversale) à la cote 1138, découvrant à son tour une veine de 3 mètres de charbon.

Le développement de la mine prend une tournure plus officielle le 26 avril 1902. Le conseil municipal d’Oris autorise alors un entrepreneur de travaux publics de Vizille, M. Mornand, à poursuivre les recherches sous les terrains communaux. En contrepartie, la commune négocie un véritable accord social : l’entreprise doit fournir gratuitement quatre tonnes de charbon par an à l’école communale, vendre le combustible aux habitants à un tarif préférentiel de 16 francs la tonne, et verser une redevance annuelle de 25 francs à la municipalité. Mornand poursuit ses demandes de travaux en 1904 et 1906, employant notamment de la main-d’œuvre italienne pour le creusement des galeries.

En 1917, alors que la Première Guerre mondiale exige d’importantes ressources énergétiques, la préfecture sollicite la commune pour un nouveau projet de recherche mené par la Compagnie des Mines de La Mure. Malgré quelques sondages, les résultats restent modestes.

Plan d'archive historique détaillant les galeries, les travers-bancs et les zones d'exploitation de la mine d'Oris-en-Ratier.

Document d’archive : plan technique de la mine montrant le tracé des travers-bancs et la délimitation des zones d’exploitation de l’anthracite.

Le second conflit mondial et l’essor industriel (1942-1945)

C’est le second conflit mondial qui va véritablement relancer l’activité. Poussée par les pénuries drastiques de charbon sous l’Occupation, la Compagnie des Mines de La Mure réalise de nouveaux forages et s’efforce de relancer l’exploitation. Deux galeries sont creusées à des niveaux différents pour exploiter la couche dite « des Trois Bancs », similaire à celle du gisement du Villaret. Durant les années 1942-1943, la production de la mine s’élève déjà à 1 000 tonnes par an.

En septembre 1942, Raymond Jacques, directeur des mines du Villard d’Entraigues, obtient le permis d’exploitation.

Organisation technique et logistique

C’est à cette époque que le site s’organise techniquement pour assurer le transport du combustible :

  • L’extraction : Le charbon extrait de la galerie supérieure est acheminé par un locotracteur à batterie jusqu’à un treuil. Ce dernier transporte ensuite le charbon par câble jusqu’au carreau de la mine (l’espace de tri et de chargement en surface).

  • Les aménagements extérieurs : Des aménagements importants sont menés en surface, incluant deux plans inclinés (dont un réservé au matériel), une poudrière pour les explosifs et un atelier équipé d’un transformateur électrique. Un plan incliné est également réalisé à l’entrée de la première galerie, mais restera inutilisé en raison de sa pente trop forte. Une grande trémie est construite pour la préparation et le tri des charbons avant leur acheminement.

  • Le transport vers le réseau ferré : Le charbon est ensuite chargé dans des camions pour être transporté jusqu’à la gare de Siévoz. Cette gare comporte alors quatre voies dédiées à la navette quotidienne, permettant l’embarquement du combustible à bord des trains.

En 1943, une descenderie en couche (galerie inclinée suivant la veine de charbon) partant de la cote 1138 atteint le niveau 1118, où deux nouvelles galeries de traçage sont établies, confirmant la présence de la couche des Trois Bancs.

Les bâtiments de la mine : l’actuelle bergerie

Le cœur administratif et logistique de la mine se concentrait dans un bâtiment encore visible aujourd’hui, devenu une bergerie :

  • Au rez-de-chaussée : Se trouvait le garage pour les voitures de service et le camion de la mine.

  • Au premier étage : Étaient installés le logement de fonction du directeur de la mine et de son épouse, le bureau du comptable et des secrétaires, une réception avec guichet, une infirmerie, les magasins de stockage, ainsi que le bureau du surveillant de fond.

  • Sur l’aile ouest : Le bâtiment abritait des logements destinés au mécanicien, à l’électricien et à leurs familles respectives.

Ancien bâtiment de direction des mines d'Oris-en-Ratier reconverti en bergerie du Jas, photographié en 2008.

L’ancien bâtiment administratif de la direction des mines d’Oris-en-Ratier, aujourd’hui réhabilité en bergerie du Jas (photo de 2008).

Aspects humains, drames et cohabitation (1943-1951)

Pendant la guerre, la mine d’Oris-en-Ratier acquiert une dimension humaine particulière en servant de refuge à de jeunes Français désireux d’échapper au Service du Travail Obligatoire (STO).

À la Libération, la main-d’œuvre est renforcée par l’arrivée de quarante prisonniers de guerre allemands. Leurs conditions de vie sont rudes : ils logent soit dans d’anciens locaux de la commune (comme l’ancienne école), soit directement chez l’habitant. Malgré le contexte de l’après-guerre, la cohabitation se déroule sans tensions majeures. Les prisonniers sont sommairement gardés et s’intègrent à la vie locale, travaillant parfois bénévolement en dehors de leurs heures de mine pour aider les habitants. Parmi eux, un seul parle français et fait office d’interprète. Les villageois se souviennent également de leur hygiène méticuleuse, ces derniers faisant leur toilette dans les bassins extérieurs. Un seul cas d’évasion sera enregistré.

La vie de la mine est aussi marquée par des accidents. Entre 1949 et 1950, un drame survient : le câble d’une benne normalement réservée au transport du charbon — et strictement interdite au personnel — rompt alors que des hommes l’empruntent. Un prisonnier allemand perd la vie dans l’accident et un mineur est grièvement blessé.

AvantAprès

Avant.

Relevé topographique par LiDAR de la mine d’Oris-en-Ratier, révélant les galeries supérieure et inférieure, la trace du plan incliné et les anciens bureaux de direction.

Apres.

Vue aérienne du site minier d’Oris-en-Ratier en 1950, mettant en évidence les galeries supérieure et inférieure, le tracé du plan incliné et les bureaux de la direction.

Fermeture, mise en sécurité et vestiges actuels

La mine d’Oris-en-Ratier ferme officiellement ses portes le 12 septembre 1951. Les mineurs les plus jeunes sont alors transférés sur le site minier de La Mure. En 2000, l’ensemble de la zone minière est définitivement mis en sécurité.

Aujourd’hui, le site témoigne encore de son passé :

  • La galerie inférieure (située aux coordonnées géographiques 44°55’05.0″N 5°52’33.0″E) abrite désormais une station sismique exploitée par un laboratoire de détection géophysique.

  • La galerie supérieure a quant à elle disparu, la zone ayant été profondément transformée par des aménagements de terrain au bulldozer.

Ancienne galerie inférieure de la mine d'Oris-en-Ratier reconvertie en station de mesure sismique en 2016.

La galerie inférieure d’Oris-en-Ratier, photographiée en 2016 après sa reconversion en station de surveillance sismique.

Foire Aux Questions Les mines d’anthracite d’Oris-en-Ratier

Contrairement à la mine voisine de La Motte-d’Aveillans, la veine d’anthracite d’Oris-en-Ratier n’affleurait pas en surface. Le gisement étant profondément enfoui sous terre, les artisans chaufourniers (qui fabriquaient de la chaux à la sortie du village) ne pouvaient pas l’extraire facilement. Ils devaient donc importer leur combustible de gisements voisins plus accessibles.

Pour obtenir l’autorisation de creuser, l’entrepreneur M. Mornand a conclu un accord social très avantageux pour le village : il s’engageait à fournir gratuitement 4 tonnes de charbon par an pour chauffer l’école communale, à vendre le charbon aux habitants à un tarif préférentiel très bas (16 francs la tonne), et à verser une redevance annuelle à la mairie.

Sous l’Occupation, la pénurie de combustible a poussé la Compagnie des Mines de La Mure à relancer l’extraction, atteignant une production de 1 000 tonnes par an en 1942-1943. En parallèle, ce chantier a servi de refuge et de couverture pour de nombreux jeunes Français désireux d’échapper au Service du Travail Obligatoire (STO) en Allemagne.

Environ quarante prisonniers allemands ont travaillé dans la mine jusqu’à sa fermeture. Logés dans l’ancienne école ou chez l’habitant dans des conditions rudes, ils étaient sommairement gardés. La cohabitation s’est faite sans tensions majeures : certains aidaient bénévolement les villageois pour les travaux agricoles en dehors de leurs heures de travail, et un seul parlait français pour servir d’interprète. Une seule évasion a été recensée.

La fermeture officielle de la mine a eu lieu le 12 septembre 1951, et les mineurs les plus jeunes ont été réaffectés au site de La Mure. L’ensemble de la zone a ensuite été sécurisé en l’an 2000.

  • L’ancien bâtiment de direction (qui abritait les bureaux, l’infirmerie, les logements des mécaniciens et le garage) a été conservé et sert aujourd’hui de bergerie.

  • La galerie inférieure a été réhabilitée en station de détection sismique par un laboratoire de géophysique.

  • La galerie supérieure a malheureusement disparu, l’entrée ayant été comblée et détruite lors de travaux de nivellement du terrain au bulldozer.

Poursuivez votre exploration

Sources et sites officiels 

1. Pour découvrir l’histoire minière de la région (Matheysine)

  • Le Musée de la Mine Image (La Motte-d’Aveillans) : Situé à proximité immédiate d’Oris-en-Ratier, ce musée souterrain est la référence pour comprendre l’histoire minière du bassin de La Mure, le travail des mineurs et les techniques d’extraction de l’anthracite.

    • Lien suggéré : https://www.mine-image.com/

2. Pour comprendre le rôle actuel de la galerie (sismologie)

  • Sismalp (Observatoire des Sciences de l’Univers de Grenoble – OSUG) : La galerie inférieure abritant aujourd’hui une station sismique, ce site permet de suivre en temps réel la sismicité des Alpes et de comprendre le fonctionnement des capteurs installés dans d’anciennes cavités comme celle d’Oris-en-Ratier.

    • Lien suggéré : https://sismalp.osug.fr/

3. Pour explorer la géographie et la géologie du site

  • Géoportail (IGN) : Permet aux lecteurs d’entrer les coordonnées de la galerie inférieure (44°55’05.0″N 5°52’33.0″E) et de comparer les cartes contemporaines avec les cartes historiques (carte de Cassini, photographies aériennes des années 1950) pour visualiser l’évolution du paysage et l’emplacement des anciens bâtiments.

    • Lien suggéré : https://www.geoportail.gouv.fr/

  • InfoTerre (BRGM) : Le portail scientifique du Bureau de Recherches Géologiques et Minières permet de consulter la carte géologique de la commune et d’accéder aux fiches de l’inventaire national des anciennes exploitations minières.

    • Lien suggéré : https://infoterre.brgm.fr/

Bibliographie 

  • COPPOLANI, Jean, « Le bassin houiller de la Mure », in Revue de Géographie Alpine, tome 36, n°1, 1948, pp. 39-114.

    • Pourquoi l’ajouter : Publiée par l’Université de Grenoble à l’époque même où la mine d’Oris-en-Ratier était encore active, cette grande étude géographique et historique décrit précisément la restructuration d’après-guerre, le contexte économique et les flux de main-d’œuvre. Elle est en libre accès sur le portail universitaire Persée.

  • BOUILLIN, Patrice ; WURMSER, Daniel, Le chemin de fer de La Mure : Saint-Georges-de-Commiers – La Mure – Corps – Gap, Presses et Éditions Ferroviaires / Le Cabri.

    • Pourquoi l’ajouter : (Déjà présent dans vos sources) Ce livre de référence retrace le rôle crucial joué par le réseau ferré régional pour désenclaver et expédier la production d’anthracite vers le reste de la France.

  • BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières)Fiche de la concession de La Mure et inventaire des anciens travaux miniers d’Oris-en-Ratier, rapports d’archive publique (infoterre.brgm.fr) et rapports de travaux de mise en sécurité, 2000.

    • Pourquoi l’ajouter : Ces documents administratifs et géologiques officiels valident la mise en sécurité finale de la zone minière effectuée en 2000 et le relevé des galeries.

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