Terril des Combes du Villaret, vue datant de 2006.

Le Terril de Combe Villaret : Un Témoin Silencieux de l’Époque Houillère Dauphinoise

Étude d’un pan du patrimoine industriel du Dauphiné, entre mémoire de l’extraction charbonnière et évolution du paysage.

Au cœur du Dauphiné, le terril de Combe Villaret n’est pas qu’un simple amoncellement de stériles ; il est une véritable archive à ciel ouvert, un témoin silencieux mais éloquent de l’intense période d’exploitation houillère qui marqua la région de la fin du XIXe siècle au milieu du XXe siècle. Ce vestige colossal, souvent perçu comme une simple cicatrice paysagère, révèle en réalité un pan essentiel de notre histoire industrielle et sociale, racontant les prouesses techniques, les destins humains et les bouleversements économiques liés à l’extraction du charbon. Plongeons dans la signification profonde de ce marqueur patrimonial qui continue de sculpter la mémoire collective et le paysage dauphinois.

Informations pratiques

Catégorie Information
Objet Principal Terril (zone artificielle de rejets miniers)
Nom du Site Combe du Villaret
Type de Site Vestige d’exploitation houillère / Patrimoine industriel
Localisation Région : Dauphiné (Isère) Commune de Susville Le Villaret
Origine Accumulation des stériles (roches non exploitables) issus de l’extraction du charbon (anthracite) du puits de  mine du Villaret.
Période d’Activité (liée au terril) 1948-1968 (L’exploitation minière de la région s’est arrêtée définitivement en 1997).
Type de Minerai Anthracite
Concession Minière Associée Concession des Houillères du Bassin Dauphinois
Nature des Matériaux Schistes, grès, résidus de charbon et roches diverses provenant des galeries et chantiers d’extraction.
Dimensions / Aspect Décrit comme « colossal » et « montagne artificielle », constituant un élément marquant du paysage.
Signification Patrimoniale – Témoin majeur de l’histoire industrielle et économique du Dauphiné.
– Archive à ciel ouvert des techniques et de l’intensité de l’activité minière.
– Marqueur paysager et historique de l’empreinte humaine sur l’environnement.
État Actuel Vestige visible et conservé, objet d’étude et de mémoire.

Qu’est-ce qu’un Razzier et pourquoi celui des Combes du Villaret est-il unique ?

Dans le monde de l’exploitation minière, une « mine » désigne un gisement de matériaux précieux ou stratégiques comme l’or, le charbon ou le fer. La distinction avec une « carrière », d’où l’on extrait des matériaux de moindre valeur, est cruciale et définie par le code minier en France. Mais qu’en est-il d’un « razzier » ?

Le Razzier de Versenat n’était pas une mine à proprement parler, mais plutôt un gigantesque monticule de « stériles » – les roches et terres sans valeur extraites lors de l’exploitation du charbon. Situé à Susville, près du « Puits du Villaret« , ce razzier avait une fonction essentielle : stocker les millions de tonnes de déblais issus de l’extraction minière de charbon du puits.

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Terril des Combes du Villaret en 1948, avec des bandes parallèles correspondant à des coupes de bois.

Le terril des Combes au Villaret en 1948, avec les marques parallèles des coupes de bois bien visibles

L’Épopée du Razzier de Versenat : Une Construction Stratégique (Années 1948-1968)

L’histoire du Razzier des Combes du Villaret débute véritablement en 1948. Le « Puits du Villaret » est alors en pleine activité pour extraire le précieux charbon. Mais que faire des énormes quantités de schiste noir remontées des profondeurs ? La solution est trouvée au lieu-dit « les Combes du Villaret ».

Pour acheminer ces déblais jusqu’à leur lieu de stockage, un système ingénieux est mis en place : un « télébenne » est construit pour transporter les stériles depuis l’usine du Villaret. Le choix de cet emplacement n’est pas anodin. La présence d’une ancienne voie ferrée au sommet de la pente facilite grandement le déversement des matériaux par des camons bennes, permettant de stocker de vastes quantités de schiste sur 350 mètres. De plus, les terrains appartenant à la mine, les coûts sont minimisés, et aucune habitation n’est menacée par d’éventuels glissements de terrain.

Avant même le début du déversement, la zone des Combes du Villaret, entièrement boisée en 1944, subit un important chantier de déboisage dès 1948, comme en témoignent des photos aériennes de l’époque, montrant des coupes en bandes parallèles sur la pente. En 1952, les images aériennes révèlent déjà l’ampleur du razzier, l’arrivée du télébenne et les bâtiments adjacents.

Terril des Combes du Villaret en 1952, avec des dépôts de stériles de couleur foncée

Le terril des Combes au Villaret en 1952, avec ses dépôts de stériles sombres bien visibles.

Quand la Nature Reprend ses Droits : L’Abandon et la Renaissance

En 1968, le Razzier de Versenat est finalement abandonné, remplacé par un nouveau razzier situé directement au Villaret. Pour prévenir les glissements de terrain et protéger le village de « Le Villaret », des dépôts en forme de cône sont aménagés le long du télébenne.

Aujourd’hui, près de soixante ans après son abandon, le Razzier de Versenat disparaît progressivement sous l’assaut de la végétation. Ce qui était autrefois une zone noire et stérile, clairement visible depuis la route Napoléon, est désormais recouvert par la forêt. Cet ancien paysage industriel se transforme en un écosystème en devenir, où la nature reprend lentement ses droits.

Le Razzier de Versenat demeure un témoignage essentiel de l’histoire minière du Dauphiné, rappelant l’ingéniosité humaine face aux défis industriels et la capacité de la nature à se régénérer.

"Terril des Combes du Villaret en 1960, montrant son extension.

En 1960, le terril des Combes au Villaret, qui illustre son extension, révèle également que les déchets étaient lâchés depuis la benne, formant ainsi un alignement de monticules le long du tracé.

1. La diversité des métiers : Une usine à ciel ouvert

Le personnel du jour était extrêmement stratifié. On y trouvait trois grands pôles :

  • Le traitement (Lavoirs et Cribles) : C’est le secteur le plus dur. L’anthracite sortant de la mine est mélangé à du schiste (stérile). Au Villaret ou aux Rioux, les ouvriers (et longtemps les ouvrières) triaient le charbon sur des tapis roulants.

  • Les Ateliers Centraux : Forgerons, mécaniciens, électriciens, menuisiers. C’était l’élite technique. Ils réparaient les marteaux-piqueurs, entretenaient les bennes et les câbles des puits. Sans eux, le fond s’arrêtait.

  • Les « Grands Bureaux » et l’administratif : Comptables, géomètres, ingénieurs et personnel médical. Ils géraient la paie, les plans des galeries et la santé des mineurs.

2. Les conditions de travail : Bruit, poussière et froid

Contrairement au fond où la température est constante (environ 15-18°C à La Mure), le personnel du jour subissait le climat rude du plateau matheysin.

  • L’exposition aux éléments : Dans les installations de triage (souvent de grands hangars en tôle mal isolés), les ouvriers travaillaient dans un froid glacial l’hiver, avec des courants d’air permanents.

  • La poussière et le bruit : Les cribles (tamis géants) et les concasseurs généraient un vacarme assourdissant et une poussière fine d’anthracite, tout aussi nocive que celle du fond. Les « trieurs » finissaient la journée aussi noirs que ceux qui remontaient du puits.

  • Le danger mécanique : Si le risque d’éboulement était absent, le danger venait des machines, des courroies de transmission et du mouvement incessant des trains du SGLM (Chemin de fer de La Mure) qui manoeuvraient sous les trémies.

3. La place singulière des femmes : Les « Trieuses »

Le bassin de La Mure a longtemps employé des femmes au jour, une pratique qui a perduré jusqu’aux années 1960-70.

  • Le triage manuel : Elles étaient affectées au retrait des pierres sur les tapis de charbon. C’était un travail répétitif, épuisant pour le dos et les mains, effectué dans une atmosphère saturée de poussière.

  • Évolution : Avec la modernisation des lavoirs (séparation par densité dans des bains de liqueur dense), leur nombre a diminué, les postes devenant plus techniques et masculinisés.

4. Vie sociale et Statut : Mineurs à part entière

Un point crucial : le personnel du jour bénéficiait du Statut du Mineur de 1946.

  • Mêmes avantages : Ils avaient droit au logement gratuit (les cités), au charbon de chauffage, aux soins gratuits à la Société de Secours minière et aux colonies de vacances pour leurs enfants.

  • La retraite : C’était le point de friction majeur. Les ouvriers du jour devaient travailler plus longtemps que ceux du fond (qui partaient à 50 ou 55 ans) pour obtenir leur retraite à taux plein. Cela créait une distinction sociale nette au sein de la cité.

5. La dynamique « Jour / Fond » : Une solidarité complexe

  • Le complexe de la surface : Il existait parfois une tension symbolique. Les mineurs du fond se considéraient comme les seuls « vrais » mineurs, ceux qui risquaient leur vie. Les gens du jour étaient parfois vus comme des privilégiés, bien que leur travail soit essentiel.

  • L’union dans la lutte : Lors des grandes grèves (1948, 1963), cette distinction disparaissait. Le personnel du jour (notamment les ateliers et le transport) était le premier à bloquer l’outil de production pour soutenir les revendications globales.

  • La sentinelle du drame : Le personnel du jour était le premier témoin des accidents. C’est eux qui voyaient arriver les ambulances au carreau de la mine et qui géraient l’angoisse des familles accourant aux grilles du puits.

6. L’héritage architectural

Aujourd’hui, les vestiges les plus visibles à La Mure sont ceux du « Jour » :

  • Le Puits du Villaret et son chevalement (classé).

  • Les Grands Bureaux qui témoignent de la puissance administrative des HBD.

  • Les Ateliers reconvertis pour certains en zones d’activités.

Foire Aux Questions le terril des Combes du Villaret

Le Terril des Combes du Villaret, aussi connu sous le nom de Razzier de Versenat, est un amoncellement colossal de stériles (roches non exploitables) issus de l’extraction du charbon (anthracite) du puits de mine du Villaret. Il s’agit d’un vestige majeur de l’exploitation houillère et du patrimoine industriel du Dauphiné, agissant comme une « archive à ciel ouvert » de l’histoire minière de la région.

Le terril est localisé dans la région du Dauphiné (Isère), sur la commune de Susville, au lieu-dit « Le Villaret ».

Sa fonction essentielle était de stocker les millions de tonnes de déblais (roches et terres sans valeur) extraits lors de l’exploitation du charbon du « Puits du Villaret ».

Le terril est constitué de schistes, de grès, de résidus de charbon et de roches diverses provenant des galeries et chantiers d’extraction.

L’histoire du Razzier des Combes du Villaret débute en 1948, et son activité de déversement s’est étendue jusqu’en 1960, date à laquelle il a été abandonné au profit d’un nouveau razzier. L’exploitation minière de la région s’est arrêtée définitivement en 1997.

Un système ingénieux de « télébenne » a été construit pour transporter les stériles depuis l’usine du Villaret jusqu’au site de stockage des Combes du Villaret. La présence d’un vestige de voie ferrée au dessus de la pente a également facilité le déversement des matériaux sur 350 mètres.

Le choix de cet emplacement était stratégique car les terrains appartenaient à la mine, minimisant ainsi les coûts. De plus, aucune habitation n’était menacée par d’éventuels glissements de terrain. La présence du vestige d’une voie ferrée facilitait aussi l’acheminement des matériaux.

Il est considéré comme un témoin majeur de l’histoire industrielle et économique du Dauphiné, une archive à ciel ouvert des techniques et de l’intensité de l’activité minière, et un marqueur paysager et historique de l’empreinte humaine sur l’environnement.

Après son abandon en 1968, la nature a progressivement repris ses droits. Ce qui était autrefois une zone noire et stérile est désormais recouvert par la forêt, se transformant en un écosystème en devenir.

Dans le monde minier, une « mine » désigne un gisement de matériaux précieux ou stratégiques (comme le charbon), tandis qu’un « razzier » (ou terril) est un gigantesque monticule de « stériles », c’est-à-dire les roches et terres sans valeur extraites lors de l’exploitation de la mine. Le Razzier de Versenat n’était donc pas une mine en soi, mais le lieu de stockage des déblais de la mine du Puits du Villaret.

Poursuivez votre exploration

Retrouvez l’histoire du puits du Villaret

L’histoire de son terril

Et l’histoire de son exploitation

Sources et sites officiels 

. Sites dédiés au patrimoine minier du Dauphiné / Matheysine :

Bibliographie 

    1. Auteur(s) : Jean-Michel GÉRIN
      Titre : La Matheysine au temps des mineurs : Regards sur un passé industriel
      Éditeur : Le Dauphiné Libéré (collection Les Patrimoines)
      Année de publication : 2011
      Description : Cet ouvrage met en lumière le quotidien des mineurs et l’impact de l’industrie charbonnière sur la région de la Matheysine, dont le site du Villaret fait partie intégrante.
      ISBN : 978-2911739818
    2. Auteur(s) : Collectif (sous la direction de l’Association Mine Image)
      Titre : Mine Image : Le livre du musée
      Éditeur : Association Mine Image
      Année de publication : Date variable, souvent mis à jour (vérifier la dernière édition).
      Description : Le musée Mine Image est un centre d’interprétation majeur pour le bassin houiller. Leur publication est une excellente source d’informations techniques et historiques directement liées aux méthodes d’exploitation et aux infrastructures comme les terrils.