Les trois pucelles

The three maidens

Elle domine Grenoble de leur stature imposante majestueuse à jamais figé dans le roc.
Qui ?
Mais les trois pucelles.
Ecoutons donc Paul Berret nous relater à sa manière l’histoire de ces augustes pierres :

« Toutes quatre étaient les filles du Sire de Naves, suzerain du plateau de Saint-Nizier et de tout le versant du Vercors qui regarde Grenoble.
Quand on est, comme était le Sire de Naves, un seigneur puissant, campé dans un château-fort inaccessible et habitué à voir plier toutes les volontés devant la sienne, on croit difficilement à la défaite et à l’invasion. Cependant un jour arriva où, avec leurs turbans ornés d’escarboucles, leurs casques damasquinés et leurs cimeterres à poignées d’or, les chefs arabes éperonnèrent leurs chevaux noirs jusque dans la vallée du Grésivaudan.
Je ne sais si la réputation de vaillance du Sire de Naves les intimida, mais l’on conte qu’ils tentèrent d’entrer en pourparlers avec lui et lui firent des offres magnifiques pour obtenir son aide : le Sire de Naves renvoya dédaigneusement les émissaires.
Les musulmans, offensés, jurèrent de se venger. Dans une escalade furieuse, ils montèrent jusqu’au château-fort ; ils envahirent les fossés, brisèrent la herse fermée et se croyaient déjà maîtres de la place quand le pont-levis s’abaissa : le sire de Naves, à la tête de ses valets, fit une si vigoureuse sortie que les assaillants taillés en pièces reculèrent en débandade.
Cependant, profitant du pont-levis abaissé, quelques-uns avaient osé pénétrer dans le château, s’étaient emparés des quatre filles du sieur de Naves et, à la faveur du tumulte et du désordre de la bataille, s’étaient enfuis avec leur proie.
L’émir tenait sa vengeance.
La colère et le désespoir du Sire de Naves ne connurent point de bornes : il restait impuissant et prisonnier dans son château cerné. Les païens étaient maîtres de Grenoble, de la plaine et de la montagne.
Or voici qu’un matin retentit dans la vallée le son du cor de Roland et qu’on vit s’avancer les bannières déployées de ses hommes d’armes. Devant Roland les païens épouvantés s’éparpillèrent et disparurent comme un nuage de sauterelles en Tripolitaine.
Le sire de Naves alla se jeter au pied du neveu de Charlemagne et lui conta l’abominable rapt.
« Bien, dit Roland ; vive Dieu ! les mécréants le paieront cher ».
Puis, tirant Durandal au clair et donnant de l’éperon à sa jument Babiéca, il se lança à la poursuite des Sarrazins…
Il ramena les quatre pucelles ; les trois aînées chevauchant à ses côtés sur des haquenées blanches, et l’autre, frêle enfant de seize ans, devant lui, sur sa selle.
Et il advint que toutes quatre aimèrent d’un inexorable amour Roland leur sauveur.
Celle que Roland avait ramenée sur Babiéca se crut aimée et en fit l’aveu à son père, et le Sire de Naves l’offrit pour épouse à Roland.
« A Dieu ne plaise, répondit le preux, qu’il soit dit en France que j’ai trahi l’amour de ma mie, la belle Aude ! »
… Et piquant des deux, Roland disparut le lond des rives d’Isère où l’on n’entendit plus que dans le lointain et pour une dernière fois, le son du cor qui se mourait comme une plainte d’adieu.
… Et les quatre pucelles pleurèrent des larmes intarissables ; elles pleurèrent des jours, des nuits, des semaines, des mois, des années ; elles languirent, elles dépérirent et quelques jours après la mort du Sire de Naves, on ne les retrouva plus.
Mais, sous la clarté lunaire, dans la nuit sombre on aperçut se dresser, sur la montagne, au-dessus du plateau de Saint-Nizier, trois formes voilées, trois fantômes de pierre, trois mortes d’amour qui prisonnières dans le roc pleurent éternellement sous le firmament le secret de leur martyre, cependant que cachées par elles, la plus jeune se dérobe aux yeux dans son intime et discrète désespérance.
Songez qu’elle fut, cette ardente et timide adolescente, prise dans les bras de Roland, qu’elle fut emportée sur sa selle, et qu’elle entendit près du sien, battre le cœur du chevalier. Son cœur virginal s’était ouvert à l’amour ingénument et dans un immense espoir de bonheur.
Peut-être entra-t-il dans l’âme de ses sœurs beaucoup d’orgueil blessé par l’ambition déçue. Celle-là du moins garde pieusement un souvenir sacré et c’est la raison pour laquelle elle se dérobe aux yeux, afin de mieux rêver, dans sa pudeur de vierge, à la douceur d’un geste qu’elle prit pour une caresse d’amour. »

(Sous le signe des Dauphins, contes et légendes du Dauphiné, Paul Berret, Editions des régionalismes, 2008-2010. (Réédition d’un recueil initialement paru en 1937))

It dominates Grenoble their imposing stature majestic forever frozen in rock.
Who?
But the three maidens.
Listen to Paul Berret therefore tell us in his own way the story of these stones august:

« All four were daughters of Sire Naves, suzerain Plateau Saint-Nizier and the whole side of the Vercors looking Grenoble.
When we, as was the Sire de Naves, a powerful lord, camped in an inaccessible castle, and accustomed to bend all wills to his, it is difficult to believe in the defeat and invasion. However, a day came when, with their turbans adorned with carbuncles, their helmets and scimitars inlaid with gold handles, Arab leaders éperonnèrent their black horses into the valley Gresivaudan.
I do not know if the reputation of valor Sire Naves intimidated them, but we tried to tale they enter into negotiations with him and gave him the magnificent offers for assistance: the Sire de Naves contemptuously dismissed the envoys .
Muslims offended, swore revenge. In a furious climbing, they went to the castle; they invaded ditches, broke the closed portcullis and already believed masters of the place when the drawbridge was lowered: the sire of Naves, the head of his servants, made a vigorous sortie if the attackers retreated cut to pieces in disarray.
However, taking advantage of the drawbridge lowered, few dared to enter the castle, had seized the four daughters of Mr. Naves and, thanks to the tumult and confusion of the battle, fled with their prey.
The Emir took his revenge.
The anger and despair of the Sire de Naves not knew no bounds: he remained powerless and identified prisoner in his castle. The pagans were masters of Grenoble, the plain and the mountain.
Now here one morning sounds in the valley of the horn of Roland and we saw advancing banners deployed his men to arms. Roland terrified before the Gentiles scattered and disappeared like a cloud of locusts in Tripoli.
The Sire de Naves threw himself in front of Charlemagne’s nephew and told him of the abominable rape.
« Well, said Roland; God lives! the disbelievers will pay dearly. «
Then taking Durandal clear and putting spurs to his horse Babieca he engaged in pursuit of the Saracens …
He brought four maidens; three overlapping senior to him on hackneys white, and the other, frail child of sixteen, before him on his saddle.
And it happened that all four of a loved Roland inexorable love their savior.
That Roland had brought on Babieca thought he loved and made a confession to his father, and the Sire de Naves offered for the wife to Roland.
« God forbid, said the knight, in France it is said that I have betrayed the love of my love, the beautiful Aude! «
… And spurring Roland disappeared from the shores of the lond Isere where nothing was heard in the distance, and for the last time, the sound of the horn was dying as a farewell complaint.
… And the four maidens wept tears inexhaustible; they wept for days, nights, weeks, months, years; they languished, they withered away and a few days after the death of Sir Naves, they are not found more.
But under the moonlight, in the dark night they saw stand on the mountain, above the plateau of Saint Nizier, three veiled forms, three ghosts of stone, three prisoners who died of love in the rock cry eternally in the firmament the secret of their martyrdom, while hidden by them, the youngest escapes the eyes in an intimate and discreet despair.
Thinking it was, this ardent and timid girl, caught in the arms of Roland, she was carried in his saddle, and she heard close to his, the heart beat of the knight. Her virginal heart was open to love and ingenuously great hope of happiness.
Maybe he entered the soul of his sisters a lot of pride wounded by disappointed ambition. This one at least piously keep a sacred memory and that is why she steals the eyes to better dream in its virgin modesty, the sweetness of a gesture she took for a caress love. «

(Under the Sign of the Dolphins, tales and legends of Dauphine, Paul Berret, regionalisms Editions, 2008-2010. (Reissue of a book originally published in 1937))


Vue des aiguilles / View needles.

Fiche technique / Datasheet
Les trois pucelles
Village / Village : Saint Nizier du Moucherotte
Nom du lieu / Name of place : –
Accessible / Availability : Oui/Yes
Commentaires / Comments : Vue prise depuis la table d’orientation / View taken from the viewpoint
Coordonnées lat / Lat coordinates : 45.170995
Coordonnées lon / Lon coordinates : 5.634785

Galerie photos / Photo gallery

Waypoints

Trace

Accessibilité / Accesibility

Plan situation Google Maps / Location Map Google Maps