Photographie de 2007 prise depuis l'intérieur d'un effondrement, montrant une hauteur de vide de plusieurs mètres.

La Grande Draye : vestige minier de la Matheysine

Découvrez l’histoire de cet impressionnant affaissement en Isère, témoin de l’épopée industrielle et de l’âge d’or de l’anthracite à La Motte d’Aveillans.

Le plateau matheysin, situé en Isère, abrite des cicatrices paysagères impressionnantes qui racontent l’épopée industrielle des Alpes. Parmi elles, la Grande Draye se distingue comme l’un des vestiges les plus spectaculaires de l’exploitation de l’anthracite.

Que cache cette immense tranchée naturelle qui balafre la montagne ? Voyage au cœur de la terre, entre géologie, témoignages d’époque et histoire des hommes qui ont façonné ce territoire.


Informations pratiques

Caractéristique Détails
Nom du site La Grande Draye (historiquement orthographié Grande-Raye)
Nature géologique Affleurement de la « grande couche » d’anthracite du bassin houiller matheysin
Origine de la tranchée Affaissement minier de surface provoqué par l’effondrement d’anciennes galeries souterraines (notamment au niveau 7)
Localisation La Motte d’Aveillans, Plateau Matheysin, Isère (38), France.
Dimensions du fossé • Longueur : 800 à 900 mètres
• Largeur : 10 à 30 mètres
• Profondeur : 30 mètres en moyenne (jusqu’à 40 mètres)
Structure du gisement Forme géologique en « N » arrondi divisée en 3 secteurs :
1. La Grande Draye (veine inclinée à 80° Ouest, filons de 4 m et 4,5 m)
2. Le Faux Filon (~5 m d’épaisseur)
3. La Rivoire (couche massive de 12 à 13 m d’épaisseur)
Grandes étapes historiques • Origines : Extraction artisanale par les paysans-cloutiers locaux pour leurs forges.
• 1768-1769 : Percement de la première galerie horizontale (début de l’abandon progressif des puits de surface).
• XIXe siècle : Modernisation technique sous la concession de la famille Giroud.
• 1869 (Âge d’or) : Le site emploie 300 à 350 mineurs au sein de la Compagnie des mines.
Coordonnées GPS Latitude : 44.969841 | Longitude : 5.745166
Conditions d’accès • Accès libre à pied (randonnée).
• Période conseillée : En hiver ou au début du printemps (l’absence de feuillage rend le relief et la tranchée plus visibles).
• Consigne de sécurité : Zone d’effondrement, rester impérativement sur les sentiers balisés.

Ressources de visite
Fiches pratiques (FR / EN) & tracés du parcours

Accéder au circuit et à la fiche de la Grande Draye 

Qu’est-ce que la Grande Draye ? Une curiosité géologique et minière

Pour comprendre la Grande Draye, il faut d’abord s’intéresser à la géologie. En temps normal, les roches du sous-sol sont profondément enfouies, dissimulées sous la terre et la végétation. Mais parfois, à la faveur de l’érosion ou de l’activité humaine, la roche brute apparaît à l’air libre : c’est ce qu’on appelle un affleurement.

La Grande Draye est précisément un affleurement de la « grande couche » de charbon du bassin houiller matheysin. Non loin de là, les géologues ont également identifié une seconde draye, correspondant à la couche dite Henriette.

Aujourd’hui, la Grande Draye se présente sous la forme d’un impressionnant affaissement minier visible en surface :

  • Longueur : entre 800 et 900 mètres

  • Largeur : de 10 à 30 mètres

  • Profondeur moyenne : 30 mètres (atteignant parfois 40 mètres par endroits)

Ce gigantesque fossé n’est pas d’origine naturelle. Il résulte de l’effondrement des anciennes galeries souterraines (notamment la galerie d’allongement du niveau 7), autrefois creusées pour extraire le précieux combustible.

La Grande Draye est en réalité un site hybride. À l’origine, l’affleurement de la « Grande Couche » a été exploité à ciel ouvert (par une tranchée d’exploitation) par les paysans-cloutiers et les premiers exploitants sous concession. Ce n’est que dans un second temps, lorsque l’exploitation s’est enfoncée sous terre et que l’on a procédé au dépilage des chambres sous-jacentes (notamment par foudroyage), que le fond de cette tranchée s’est affaissé et effondré, accentuant sa profondeur.

Note
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Dans le patois alpin (et l’occitan dauphinois), une draye (ou draille) désigne à l’origine un chemin de passage d’animaux (transhumance) ou, par extension dans le contexte forestier et minier, un couloir raide permettant de faire glisser des matériaux (bois, minerais) le long de la pente. Quant au mot raye (ou raie), il désigne un sillon, une rainure ou une entaille dans la roche.

Vue aérienne Géoportail montrant le contour de l'effondrement d'une galerie, surligné par un tracé bleu.

Délimitation en bleu de la zone d’effondrement de la galerie (fond de carte aérienne : Géoportail).

Des paysans-cloutiers aux premiers mineurs clandestins

À l’origine, les habitants du plateau découvrent une roche noire, friable et hautement inflammable. Cependant, sa combustion dégage des gaz particulièrement toxiques, ce qui pousse la population à continuer d’utiliser majoritairement le bois pour le chauffage domestique.

Le véritable coup d’envoi de l’exploitation de ce « charbon de terre » est donné par l’artisanat de la clouterie. Les cloutiers locaux, gros consommateurs d’énergie pour leurs forges, commencent à extraire le charbon directement sur ces affleurements faciles d’accès.

En 1806, l’écrivain et administrateur François Perrin-Dulac décrit ainsi les prémices de cette activité dans son ouvrage Description générale du département de l’Isère :

« Pendant longtemps, les mines de la Motte ont été exploitées au moyen de puits […] l’usage des poêles était encore inconnu […]. Mais depuis trente à quarante ans, la cherté du bois […] a fait changer la forme de l’exploitation. En 1768 ou 1769, on ouvrit une galerie horizontale, et depuis, cette époque, l’usage des puits s’est perdu. »

À cette époque, la mine de la Grande Draye (alors orthographiée Grande-Raye) est la plus importante de la région, employant régulièrement vingt-cinq ouvriers sous la direction d’un propriétaire local. Une douzaine d’habitants de La Motte d’Aveillans s’organisent alors en groupement pour extraire le charbon de manière artisanale. Cependant, n’ayant jamais obtenu d’autorisation officielle, l’État ne leur concède pas la propriété des gisements lors de la réorganisation des concessions en 1806.

Note
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Au tournant du XXe siècle, l’exploitation de surface à la Grande Draye est progressivement délaissée au profit de travaux souterrains de plus en plus profonds, centralisés notamment autour du puits Sainte Marie. Le bassin houiller de la Matheysine poursuivra son activité jusqu’au vendredi 28 mars 1997, date de la remontée de la dernière berline d’anthracite au puits du Villaret, mettant fin à plus de deux siècles d’histoire minière industrielle.

Paysage de 2007 photographié depuis une zone d'effondrement de terrain, orienté en direction des Taverdons.

Vue en direction des Taverdons depuis la zone d’effondrement, 2007.

L’âge d’or de l’anthracite : la concession Giroud

La modernisation technique de la Grande Draye débute véritablement avec l’attribution officielle de la concession à la famille Giroud (Jules, puis son fils Henri).

En 1844, le célèbre ingénieur des mines Émile Gueymard livre une description technique très précise de ce gisement exceptionnel :

« Le gîte qui forme la principale richesse de cette concession, est la plus belle couche d’anthracite qui existe dans les Alpes ; elle est repliée en zig-zag sur elle-même, de manière à présenter la forme d’un N dont les angles seraient arrondis. »

Cette structure géologique en « N » se divise en trois secteurs d’exploitation :

  1. La Grande Draye : une veine fortement inclinée (80° vers l’ouest) composée de deux filons d’anthracite de 4 et 4,5 mètres d’épaisseur.

  2. Le Faux Filon : une partie intermédiaire sinueuse d’environ 5 mètres d’épaisseur.

  3. La Rivoire : une couche monumentale atteignant par endroits 12 à 13 mètres d’épaisseur.

Pour extraire ce combustible, un réseau complexe de galeries est progressivement percé à flanc de montagne, équipé de voies ferrées primitives pour faciliter le transport des berlines de charbon. Les anciennes dénominations des galeries d’autrefois (galerie de la Bastille, des Trois embranchements) correspondent aujourd’hui aux niveaux techniques 8 et 9 bien connus des historiens de la mine.

Grâce à la rentabilité exceptionnelle de cette « grande couche », l’activité se structure pour donner naissance à la Compagnie des mines. En 1869, le site de la Grande Draye emploie entre 300 et 350 mineurs, devenant un pilier de l’économie locale.

Note
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La « Grande Couche » de La Motte d’Aveillans présente une inclinaison très forte (80° Ouest). Extraire une veine presque verticale de 4 à 12 mètres d’épaisseur requiert des méthodes de dépilage très spécifiques (comme le dépilage par tranches horizontales montantes ou descendantes, avec foudroyage ou remblayage). C’est précisément ce foudroyage (effondrement contrôlé du toit pour combler le vide créé) qui a provoqué les affaissements spectaculaires visibles en surface.

Photographie de 2007 prise depuis l'intérieur d'un effondrement, montrant une hauteur de vide de plusieurs mètres.

Vue de l’intérieur de l’effondrement en 2007, illustrant sa hauteur de plusieurs mètres.

Foire Aux Questions Le patrimoine naturel et minier de la Grande Draye

La Grande Draye est une impressionnante tranchée ou crevasse de surface. Elle s’est formée par l’effondrement successif du toit d’anciennes galeries d’exploitation de charbon (anthracite) situées à faible profondeur.

Lors de l’exploitation minière en Matheysine, d’importantes quantités de charbon ont été extraites du sous-sol (méthode par chambres ou dépilage). Privées de leurs piliers de soutien, les roches de surface ont fini par s’affaisser sous leur propre poids, créant cette immense coupure visible dans le paysage.

La Grande Draye se trouve sur les hauteurs de la commune de La Motte d’Aveillans, sur le plateau de la Matheysine, en Isère.

Bien que le risque de glissement de terrain y soit très faible, le site ne dispose d’aucune barrière de sécurité. Son accès reste possible, mais exige une grande prudence : la zone étant boisée, la progression y est particulièrement difficile.

La Grande Draye est un témoignage visuel saisissant de l’impact physique de l’activité minière sur le paysage naturel. Elle rappelle l’intensité des travaux souterrains menés par les mineurs pour extraire l’anthracite.

Pour comprendre les méthodes d’extraction qui ont conduit à ces effondrements, vous pouvez visiter le musée de La Mine Image, situé également à La Motte d’Aveillans, qui propose des reconstitutions de galeries de mine.

Poursuivez votre exploration

« Plongez dans l’épopée minière du Plateau Matheysin »

Sources et sites officiels 

  • La Mine Image : Le site officiel du musée de la mine de La Motte d’Aveillans. C’est l’espace de référence pour découvrir l’histoire de l’exploitation de l’anthracite, le travail des mineurs et les installations souterraines de la région.

  • Office de Tourisme de la Matheysine : Le portail touristique officiel du territoire. Il propose des guides de randonnée, des cartes et des informations sur les sites d’intérêt patrimonial autour de La Motte d’Aveillans et de La Mure.

  • Géorisques : Ce portail du ministère de la Transition écologique permet, en recherchant la commune de « La Motte d’Aveillans », d’accéder aux cartes officielles des aléas miniers et de visualiser les zones d’effondrement et de fontis répertoriées par l’État.

  • Mairie de La Motte d’Aveillans : Le site internet de la commune, qui consacre des sections à l’histoire locale, à la vie de la municipalité et aux sentiers de randonnée présents sur son territoire.

Bibliographie 

  • 1. Ouvrages historiques de référence

    • Reymond, René. Évocation de la Matheysine. Éditions des Cahiers de l’Alpe, 1968.

      • Note : Ce livre classique de l’histoire locale aborde le développement industriel du plateau et les grandes étapes de l’exploitation de l’anthracite.

    • Gueymard, Émile. Statistique minéralogique, géologique, métallurgique et historique du département de l’Isère. Imprimerie de F. Allier, 1844

    2. Revues et monographies locales

    • Revue Mémoire d’Obiou, éditée par l’Association d’Histoire de la Matheysine (siège à La Mure).

      • Note : Cette revue annuelle publie régulièrement des articles scientifiques et des monographies précises sur les puits, les galeries et les incidents d’exploitation (tels que les effondrements de surface et les drayes) de La Motte d’Aveillans.

    • Publications de l’Association des Amis de la Mine Image (La Motte d’Aveillans).

      • Note : L’association qui gère le musée de la Mine Image édite des brochures historiques et des guides techniques détaillant la géologie locale et les méthodes d’exploitation par chambres qui ont conduit aux effondrements de surface comme la Grande Draye.

    3. Rapports techniques et géologiques officiels (Vérifiables sur Géorisques / BRGM)

    • Rapports du BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) sur le bassin houiller de La Mure.

      • Note : Le BRGM a réalisé de nombreuses études sur la stabilité des sols après la fermeture des mines en Matheysine. Le rapport d’évaluation des risques miniers (mouvements de terrain, fontis et affaissements) pour la commune de La Motte d’Aveillans est un document officiel et public, consultable dans les archives de la préfecture de l’Isère ou sur le portail InfoTerre.

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