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Glossaire de la mine

Entre les sommets du plateau et les profondeurs des galeries, ce lexique est né de l’observation directe des vestiges miniers matheysins. Chaque terme ici défini permet de mieux décrypter les traces encore visibles de cette épopée ouvrière, transformant une simple visite de terrain en une véritable lecture de l’histoire du Dauphiné.

  • L’Eau et l’Exhaure  :

  • Véritable ennemi invisible des profondeurs, l’eau constitue le défi technique permanent de toute exploitation minière. De la simple rigole gravitaire aux puissantes stations de pompage, l’exhaure organise la lutte pour la survie des galeries face à l’ennoyage naturel. Cette section détaille les ouvrages d’art hydrauliques indispensables pour maintenir la mine au sec et assurer la pérennité des travaux souterrains..
    • Exhaure : 

      Définition technique : Ensemble des moyens et des ouvrages destinés à l’évacuation des eaux d’infiltration (eaux de pluie, nappes phréatiques) qui s’accumulent naturellement dans les travaux souterrains.
      Contexte historique : C’est l’ennemi n°1 du mineur. Dans le bassin de La Mure, l’exhaure pouvait être gravitaire (l’eau s’écoule seule vers une sortie plus basse, comme au Niveau 21) ou mécanique (utilisation de pompes à vapeur puis électriques pour remonter l’eau vers la surface). Sans une exhaure constante, la mine s’ennoie en quelques jours, condamnant l’accès au charbon.

    • Cunette : 

      Définition technique : Petit canal ou rigole ménagé au pied d’une paroi ou au centre d’une galerie pour canaliser l’eau d’exhaure.
      Analyse de l’historien : La cunette est un élément de confort et de sécurité. Elle permet de maintenir le passage (le radier) au sec pour les mineurs et les chevaux, évitant ainsi le pourrissement des boisages ou l’érosion du sol. Dans les galeries maçonnées de la fin du XIXe siècle, la cunette est souvent intégrée directement dans le profil de la voûte inversée.

    • Radier : 

      Définition technique : Plateforme maçonnée ou bétonnée constituant le « sol » d’une galerie.
      Analyse technique : Dans les terrains difficiles (comme les schistes du Dauphiné), le sol a tendance à se soulever sous la pression de la montagne (phénomène de « soufflage »). On construit alors un radier en voûte inversée : le sol est bombé vers le bas pour contrer cette pression et assurer la stabilité de l’ensemble de l’ouvrage maçonné.

    • Adit : 

      Définition technique : Terme d’origine latine (aditus, accès) désignant une galerie horizontale ou quasi horizontale creusée à flanc de montagne pour accéder aux travaux souterrains.
      Analyse de l’historien : Bien que le terme soit très utilisé dans les pays anglo-saxons, on parle plus souvent en France de « galerie d’écoulement » ou de « galerie à flanc de coteau ». L’adit a une double fonction : il sert de porte d’entrée pour les hommes et le matériel, mais surtout de drain naturel. Un adit bien conçu utilise la gravité pour évacuer l’eau sans aucune dépense d’énergie. Le Niveau 21 peut être considéré comme le départ d’un adit s’il débouche directement à l’air libre.

    • Pompe : 

      Définition technique : Appareil mécanique destiné à élever l’eau d’un niveau inférieur vers un niveau supérieur (exhaure mécanique).
      Contexte historique : C’est l’invention de la pompe à vapeur (machine de Newcomen puis de Watt) qui a permis l’essor des mines profondes au XVIIIe siècle.

      • Dans le Dauphiné : Avant l’électricité, on utilisait parfois des pompes à bras pour les petits travaux, ou des pompes hydrauliques actionnées par des roues à aubes à l’extérieur.

      • Lien avec le Niveau 21 : Si les galeries d’exploitation descendaient plus bas que ce niveau, l’eau devait être « relevée » par des pompes jusqu’au Niveau 21, qui servait alors de collecteur pour l’évacuation finale par gravité.

    • Exutoire : 

      Définition technique : Point précis où les eaux d’exhaure sortent de la mine pour se déverser dans le milieu naturel (ruisseau, rivière ou nappe phréatique).
      Analyse environnementale : L’exutoire est la « bouche » de la mine. C’est souvent l’endroit le plus visible du patrimoine minier pour le public, car l’eau qui s’en échappe laisse des traces caractéristiques :

      • Dépôts d’ocre : Une eau rouge ou orangée indique la présence de pyrite (fer) dans la mine qui s’oxyde au contact de l’air.

      • Minéralisation : L’eau de l’exutoire est souvent très chargée en minéraux, ce qui explique les concrétions (stalactites/stalagmites) que l’on voit sur vos photos du Niveau 21.

      • Historiquement, la gestion de l’exutoire était délicate car il ne fallait pas inonder les terrains agricoles en contrebas ni polluer les sources potables du village.

  • L’Architecture et le Soutènement :

    Maintenir une galerie ouverte sous la pression colossale de la montagne est un défi d’ingénierie constant. Des premiers boisages traditionnels jusqu’aux majestueuses voûtes de briques du XIXe siècle, l’architecture minière témoigne de l’évolution des savoir-faire pour dompter la roche. Cette section explore les structures qui forment le squelette protecteur de la mine, garantissant la stabilité des accès face au poids des terrains.

    • Voûte :

      Définition technique : Partie supérieure cintrée d’une galerie, maçonnée en briques, en pierres ou coulée en béton, destinée à supporter la pression des terrains.
      Analyse de l’historien : Dans les mines du Dauphiné, le passage du boisage à la voûte maçonnée marquait la volonté de pérenniser une galerie (galerie de roulage ou d’exhaure principale). La forme de la voûte (plein cintre, ogive ou anse de panier) était choisie par les ingénieurs en fonction de la nature des pressions exercées par la montagne.

    • Piédroit :

      Définition technique : Partie verticale ou légèrement inclinée formant les parois latérales d’une galerie et supportant le poids de la voûte.
      Contexte historique : Sur vos clichés du Niveau 21, les piédroits reçoivent toute la charge de la voûte pour la transmettre au sol (le radier). Ils sont souvent construits avec des matériaux plus résistants ou plus épais que la voûte elle-même, car ils subissent les poussées latérales des terrains schisteux.

    • Intrados :

      Définition technique : Surface intérieure et concave de la voûte (ce que l’on voit quand on lève les yeux dans la galerie).
      Analyse technique : L’examen de l’intrados est vital pour la sécurité : c’est là que l’on guette l’apparition de fissures, de déformations ou de « ventres » qui annoncent une rupture de la maçonnerie. Note : La surface extérieure, cachée contre la roche, s’appelle l’extrados.

    • Clé de voûte :

      Définition technique : Élément central situé au sommet de la voûte qui assure la fermeture et la mise en compression de l’arc.
      Analyse de l’historien : En mine, la clé de voûte est le dernier élément posé lors de la construction d’un tronçon. Une fois la « clé » insérée, l’ouvrage devient autoportant. Dans les galeries de briques comme celle de votre site, la ligne de clé est souvent très visible et doit rester parfaitement rectiligne.

    • Boisage :

      Définition technique : Soutènement provisoire ou permanent réalisé à l’aide de pièces de bois (souvent du sapin ou du chêne) assemblées en cadres.
      Contexte historique : C’est la technique la plus ancienne. Le bois a l’avantage de « prévenir » : avant de rompre sous la pression, il craque et « chante », avertissant les mineurs d’un danger imminent. En milieu humide (exhaure), le bois pourrit vite, ce qui explique pourquoi on lui préférait la maçonnerie de briques pour les galeries durables.

    • Cintres :

      Définition technique : Éléments de soutènement métalliques (souvent en forme de fer à cheval) utilisés pour maintenir les parois des galeries dans les terrains instables.
      Évolution technique : Apparus massivement au XXe siècle pour remplacer le boisage, les cintres peuvent être « rigides » ou « coulissants » (capables de se resserrer légèrement sous la pression sans casser). C’est le standard de la mine moderne avant l’arrivée du béton projeté.

    • Buse / Busage :

      Définition technique : Conduit circulaire ou semi-circulaire en métal (acier ondule) ou en béton, introduit dans une galerie pour en assurer l’étanchéité ou le renforcement localisé.

    • Analyse de l’historien : Le « busage » était souvent utilisé en dernier recours pour sauver une galerie qui s’effondrait ou pour traverser une zone très aquifère (sable mouvant, faille). Si vous voyez des sections de tubes métalliques dans une mine, il s’agit de buses.
  • Les Espaces de la Mine :

    Loin d’être un dédale désordonné, la mine s’apparente à une véritable cité souterraine dont l’organisation rigoureuse est dictée par la géologie et les impératifs de production. Chaque percement, qu’il soit vertical pour le transit ou horizontal pour la liaison, définit une fonction vitale au sein de l’exploitation. Cette section décrypte l’architecture invisible de la montagne, depuis les puits de lumière jusqu’aux sombres tailles d’abattage.

    • Travers-banc : 

      Définition technique : Galerie horizontale creusée perpendiculairement aux couches de charbon (ou « bancs »). Elle traverse les roches stériles pour relier le puits principal aux zones d’extraction.
      Contexte historique : Le travers-bancs est la « colonne vertébrale » de la mine. Parce qu’il doit durer toute la vie de la concession, il est souvent l’ouvrage le mieux bâti, utilisant des soutènements durables en pierre de taille ou en briques. Le Niveau 21 est un exemple typique de travers-bancs ayant servi d’artère pour l’eau et le passage.

    • Galerie de roulage : 

      Définition technique : Galerie horizontale principale équipée de rails, destinée au transport du charbon, des stériles et du matériel entre les zones d’extraction et le puits.
      Analyse de l’historien : Contrairement à une galerie d’exhaure (comme le Niveau 21) qui est dédiée à l’eau, la galerie de roulage est l’artère logistique. Elle est souvent plus large pour permettre le croisement des berlines et haute pour laisser passer les chevaux ou les locomotives.

      • Détail technique : Une galerie de roulage n’est jamais parfaitement plate ; elle présente une légère pente (environ 3 à 5 mm par mètre) vers le puits pour faciliter le roulement des wagons pleins et permettre l’écoulement des eaux vers les pompes.

    • Puits : 

      Définition technique : Ouvrage vertical (ou fortement incliné) reliant la surface aux galeries de fond. Il assure le passage des hommes (cages), l’extraction du minerai, l’entrée d’air frais et le passage des conduites (eau, air comprimé, électricité).
      Contexte historique : Le puits est le centre vital de la mine. On distingue le puits d’extraction (équipé d’un chevalement en surface) et le puits d’aérage. Dans le bassin de La Mure, des puits célèbres comme le Puits du Villaret ou le Puits Sainte-Marie ont marqué le paysage. La profondeur d’un puits détermine la « vie » d’une mine : plus on descend, plus les contraintes de pression et de chaleur augmentent.

    • Recette : 

      Définition technique : Plateforme d’embarquement située à l’intersection d’un puits et d’un niveau de galerie. On distingue la recette de jour (en surface) et les recettes de fond (à chaque étage de la mine).
      Analyse de l’historien : C’est la « gare » de la mine. C’est ici que les berlines sont poussées dans les cages du puits et que les mineurs attendent pour descendre ou remonter. C’est un lieu stratégique et souvent très vaste, car il doit supporter des flux intenses. Les recettes de fond étaient particulièrement bien éclairées et maçonnées pour résister aux énormes pressions autour du puits.

    • Berline :

      Définition technique : Wagonnet de mine circulant sur rails, utilisé pour le transport du charbon, des stériles (déchets rocheux) ou du matériel.

      • Analyse de l’historien : La berline est l’unité de mesure de la production. On ne comptait pas toujours en tonnes, mais en « nombre de berlines » remontées par poste.

        • Évolution : Les premières étaient en bois renforcé de fer, puis elles devinrent entièrement métalliques. Leur capacité variait entre 500 et 1000 litres.

        • Le « roulage » : Dans les galeries comme le Niveau 21, les berlines étaient poussées à la main par des jeunes ouvriers, tractées par des chevaux, ou reliées à des câbles de plans inclinés avant la généralisation des locomotives électriques ou à air comprimé.

    • Taille : 

      Définition technique : Le « front de travail » proprement dit, l’endroit précis où le mineur abat le charbon ou le minerai.
      Contexte historique : La taille est l’espace le plus bas, le plus étroit et le plus dangereux de la mine. Dans les mines de charbon, on parlait souvent de « longue taille » : un mur de charbon de plusieurs dizaines de mètres de long que l’on grignotait progressivement. Derrière les mineurs, au fur et à mesure que la taille avançait, on laissait le toit s’effondrer (foudroyage) ou on remplissait le vide avec des pierres (remblayage).

    • Terrils ou Razzier : 

      Définition technique : Accumulation artificielle de stériles formant une colline ou un épaulement sur le flanc d’une montagne.
      Analyse de l’historien (Le particularisme local) :

      • Le Terril : C’est le terme standard utilisé dans les bassins miniers du Nord ou de Belgique. Il désigne souvent des pyramides de forme conique.

      • Le Razzier (ou Rasier) : C’est le terme spécifique au bassin de la Matheysine (La Mure) et au Dauphiné. Le mot vient du patois local et évoque l’action de « raser » ou d’étaler les déblais. Contrairement aux terrils du Nord, les razziers du Dauphiné épousent souvent la pente naturelle de la montagne, créant de grands plateaux artificiels ou des cônes dévalant les versants.

      • Risques historiques : Les razziers contenaient parfois des résidus de pyrite ou de poussières de charbon qui pouvaient entrer en combustion spontanée. On voyait alors ces collines « fumer » pendant des décennies, témoignant d’une activité thermique interne résiduelle.

      • Patrimoine actuel : Aujourd’hui, les razziers font partie intégrante du paysage dauphinois. Certains ont été végétalisés, d’autres restent des plateaux minéraux grisâtres, véritables monuments de l’effort ouvrier.

    • Stériles : 

      Définition technique : Matériaux rocheux (schistes, grès, quartz) extraits de la mine qui ne contiennent pas de charbon ou dont la teneur en combustible est trop faible pour être commercialisée.
      Analyse de l’historien : Le creusement d’une galerie de recherche ou d’exhaure, comme le Niveau 21, génère exclusivement des stériles (qu’on appelle aussi « morts-terrains »).

      • Gestion du déchet : Une partie des stériles restait au fond pour servir de remblai (combler les vides après l’extraction du charbon pour éviter les effondrements). Le surplus était remonté au jour pour être stocké définitivement.

      • Impact visuel : La quantité de stériles produite est souvent trois à quatre fois supérieure au volume de charbon extrait, ce qui explique l’omniprésence des dépôts en surface.

    • Veine ou couches : 

      Définition technique : La strate géologique de charbon emprisonnée entre deux couches de roche stérile (le « toit » au-dessus et le « mur » au-dessous).

      • Différence sémantique : Les géologues parlent de couche, mais les mineurs préfèrent le terme de veine.
        Analyse de l’historien : Dans le Dauphiné, les veines d’anthracite n’étaient pas toujours régulières ; elles étaient souvent plissées, tordues ou brisées par la tectonique des Alpes.

      • La puissance : C’est l’épaisseur de la veine. Une veine de forte puissance (plusieurs mètres) était une bénédiction économique mais un défi technique pour le soutènement. Une veine de faible puissance obligeait les mineurs à travailler couchés dans des conditions extrêmes.

  • L’aérage et la sécurité :

  • L’aérage est le poumon vital de la mine : sans une circulation d’air rigoureusement maîtrisée, les travaux souterrains deviennent des pièges mortels saturés de poussières ou de gaz asphyxiants. Cette section définit les dispositifs de survie et les phénomènes chimiques invisibles auxquels les mineurs du Dauphiné devaient faire face chaque jour pour transformer l’obscurité en espace de travail.
    • Oxyde de carbone CO / Gaz carbonique CO2 : 

      Bien que leurs noms se ressemblent, leurs origines et leurs effets sur le mineur sont très différents.

      A. Gaz Carbonique (CO2)

      • Nom mineur : La Mofette (ou Moufette).

      • Propriétés : Incolore, inodore, mais plus lourd que l’air.

      • Comportement dans la mine : Il a tendance à stagner dans les points bas des galeries, comme une nappe invisible. Il tue par asphyxie en prenant la place de l’oxygène.

      • Détection historique : Les mineurs surveillaient la flamme de leur lampe. Si elle baissait ou s’éteignait, c’était le signe certain d’une concentration trop élevée de CO2 (et donc d’un manque d’oxygène).

      B. Oxyde de Carbone (Monoxyde de Carbone – CO)

      • Nom mineur : Le Pousse (souvent associé aux fumées de tir ou aux incendies).

      • Propriétés : Incolore, inodore et extrêmement toxique, même à dose infime.

      • Comportement dans la mine : Contrairement au CO2, il ne se contente pas de prendre la place de l’air ; il se fixe sur l’hémoglobine du sang 200 fois plus vite que l’oxygène, empêchant le corps de respirer de l’intérieur.

      • Origine historique : Il apparaît principalement après un incendie, un échauffement du charbon ou un « coup de grisou ». C’est lui qui causait le plus de victimes lors des catastrophes, car il se propageait loin du lieu de l’explosion.

    • Mofette (ou Moufette ou pousse) : 

      Définition technique : Terme minier historique désignant un dégagement de gaz asphyxiant (principalement du dioxyde de carbone, CO2) qui s’accumule dans les zones mal ventilées.
      Note de sécurité : Inodore et invisible, la mofette est plus lourde que l’air et se dépose au sol ou dans les points bas. Elle provoque une chute rapide du taux d’oxygène (hypoxie). Autrefois, les mineurs la détectaient grâce à la flamme de leur lampe qui faiblissait ou s’éteignait, signalant un danger de mort immédiat. C’est le phénomène que l’on rencontre aujourd’hui dans les galeries abandonnées comme le Niveau 21.

    • Anoxie / Hypoxie : 

      Définition technique : L’hypoxie désigne une diminution de la teneur en oxygène (O2) dans l’air par rapport au taux normal (environ 21 %). L’anoxie est l’étape ultime : la disparition totale d’oxygène.
      Analyse de l’historien : En milieu minier, ce phénomène n’est pas dû à une « fuite » de gaz, mais à une consommation naturelle de l’oxygène sans renouvellement par l’aérage.

      • Pourquoi l’oxygène disparaît-il ? Dans les mines de la Matheysine, l’oxygène est consommé par l’oxydation des minéraux (comme la pyrite contenue dans les schistes) et par la lente décomposition des anciens boisages.

      • Le danger : C’est un « tueur silencieux ». Contrairement à une noyade, le corps ne ressent pas de sensation d’étouffement. Le mineur (ou l’explorateur) s’endort simplement par perte de conscience, entraînant la mort en quelques minutes si personne ne le retire de la zone.

    • Barette  : 

      Définition technique : Coiffe protectrice traditionnelle du mineur, ancêtre du casque de chantier moderne.
      Analyse de l’historien : Avant l’apparition du plastique, la barrette était fabriquée en cuir bouilli ou en feutre compressé imprégné de résine pour la durcir. Elle servait autant à protéger la tête des chocs contre les parois qu’à supporter le porte-lampe (en métal).

      • Dans le Dauphiné : La barrette est un symbole fort. Elle témoigne d’une époque où la protection était rudimentaire face aux chutes de pierres. Elle a été progressivement remplacée par le casque en fibre de verre puis en polycarbonate après la Seconde Guerre mondiale.

    • Mofette (ou Moufette ou pousse) : 

      Définition technique : Terme minier historique désignant un dégagement de gaz asphyxiant (principalement du dioxyde de carbone, CO2) qui s’accumule dans les zones mal ventilées.
      Note de sécurité : Inodore et invisible, la mofette est plus lourde que l’air et se dépose au sol ou dans les points bas. Elle provoque une chute rapide du taux d’oxygène (hypoxie). Autrefois, les mineurs la détectaient grâce à la flamme de leur lampe qui faiblissait ou s’éteignait, signalant un danger de mort immédiat. C’est le phénomène que l’on rencontre aujourd’hui dans les galeries abandonnées comme le Niveau 21.

    • Canar ou Canards : 

      • Définition technique : Conduits ou tuyaux de large section utilisés pour acheminer l’air frais depuis la galerie principale vers le front de taille (ventilation secondaire).
        Contexte historique : Le nom vient de la forme des premiers conduits en bois ou en zinc qui évoquaient des becs ou des corps de canards.
      • Le paradoxe technique : L’arrivée des perforatrices pneumatiques à la fin du XIXe siècle a accéléré le creusement des galeries comme le Niveau 21, mais a multiplié la production de poussières fines. Pour lutter contre ce fléau, on a généralisé l’injection d’eau (arrosage) lors du forage et le port du masque, bien que ce dernier ait longtemps été refusé par les mineurs car il gênait la respiration pendant l’effort.

        Poussières / Silice : 

        Définition technique : Particules fines libérées lors du percement des roches (schistes, grès) ou de l’abattage du charbon. La silice cristalline, contenue dans la roche stérile, est la plus dangereuse.
        Analyse de l’historien (La santé au travail) : L’inhalation prolongée de ces poussières provoque la silicose, une maladie pulmonaire irréversible et mortelle qui a décimé des générations de mineurs.

  • Les Hommes et les Outils :

    L’épopée minière est avant tout une aventure humaine où l’outil devient le prolongement indispensable du bras du mineur dans sa conquête de l’obscurité. Du pic manuel à la puissance de la perforatrice pneumatique, chaque instrument raconte l’évolution des savoir-faire et la spécialisation d’une hiérarchie ouvrière unique. Cette section rend hommage aux travailleurs du fond et à l’arsenal technique qui a façonné leur rude quotidien.

    • Maçon de mine : 

      Définition technique : Ouvrier hautement qualifié chargé de la construction, de la consolidation et de l’entretien des ouvrages d’art souterrains (voûtes, piédroits, revêtements de puits, barrages hydrauliques) réalisés en briques, en pierres de taille ou en béton.

      Analyse de l’historien :
      Le maçon de mine occupe une place à part dans la hiérarchie du fond. Contrairement au boiseur qui assure un soutènement souple et souvent provisoire, le maçon intervient pour pérenniser les grandes artères de la mine (galeries de roulage, travers-bancs, galeries d’exhaure comme le Niveau 21).

      Dans le contexte spécifique du Dauphiné et de la Matheysine, où les terrains sont souvent « poussants » (pressions géologiques fortes) et humides, leur travail était vital. Ils devaient maîtriser l’art de la voûte pour transformer un percement brut en un tunnel indestructible.

      Aspect social et savoir-faire :
      C’était une élite ouvrière, souvent issue de grandes lignées de bâtisseurs (migrants italiens ou maçons de la Creuse). Travaillant dans l’obscurité, les pieds dans l’eau et sous la menace constante des pressions de terrain, ils ajustaient brique après brique avec une précision chirurgicale. La régularité des voûtes de la Galerie Montaner ou du Niveau 21, encore debout des décennies après la fermeture, est le plus beau témoignage de leur expertise technique.

    • Porion : 
    • Définition sociale : Contremaître ou agent de maîtrise chargé de superviser un quartier de la mine et d’encadrer les mineurs.
      Analyse de l’historien : Le porion est l’homme-clé du fond. Il est le lien entre la direction (les ingénieurs) et les ouvriers.

      • Étymologie : Le terme viendrait du vieux français « porion » (le poireau), car le surveillant restait souvent « planté » à observer le travail des autres.

      • Rôle : Au-delà de la production, son rôle principal était la sécurité. C’est lui qui inspectait l’état du boisage, vérifiait l’absence de gaz (grisou ou CO2) et gérait les incidents techniques. Porter le titre de porion était une marque de respect, car on ne le devenait qu’après de nombreuses années d’expérience « au pic ».

    • Galibots : 

      Définition sociale : Jeune apprenti mineur, généralement âgé de 13 à 18 ans (selon l’évolution des lois sur le travail des mineurs).
      Analyse de l’historien : Le galibot incarne la jeunesse de la mine. Bien que le terme soit originaire du Nord de la France, il est utilisé par extension dans de nombreux bassins pour désigner le « petit mineur ».

      • Tâches : On ne confiait pas tout de suite l’abattage du charbon au galibot. Il commençait par le nettoyage des voies de roulage, le tri des débris, ou l’ouverture des portes d’aérage (les « hercheurs » ou « meneurs de galibots »).

      • Apprentissage : C’était une école de la rudesse. Le galibot apprenait les dangers de la mine, le bruit, l’obscurité et la solidarité avant de devenir, avec l’âge, un mineur de plein exercice (le « compagnon »).

    • Perforatrice : 

      Définition technique : Machine (souvent pneumatique) utilisée pour forer des trous de mine dans la roche afin d’y placer des charges d’explosifs.
      Évolution technique : C’est la machine qui a révolutionné le rendement minier à la fin du XIXe siècle.

      • Avant : On perçait à la main (« à la masse et à la barre à mine »).

      • Après : La perforatrice (ou marteau-perforateur), actionnée par de l’air comprimé, permettait de percer des schistes ou des grès très durs beaucoup plus vite. C’est grâce à ces machines que de longues galeries comme le Niveau 21 ont pu être creusées avec une telle régularité. Elles étaient cependant extrêmement bruyantes et généraient des poussières mortelles (silice).

    • Fleurets : 

      Définition technique : Barre d’acier cylindrique ou hexagonale, munie d’un taillant (embout tranchant), que l’on insère dans la perforatrice pour broyer la roche.
      Analyse technique : Le fleuret est le « consommable » du mineur. Il s’use très vite au contact de la roche dure.

      • Le détail historique : Les premiers fleurets étaient « secs » (ils dégageaient une poussière terrible provoquant la silicose). Plus tard, on a utilisé des fleurets à injection d’eau : un trou au centre du fleuret permettait d’envoyer de l’eau au fond du trou de mine pour noyer la poussière et refroidir l’acier. Si vous trouvez une barre de fer creuse dans une mine, c’est un fleuret.