Le passage à niveau du Villaret : Un fantôme de l’épopée minière de La Mure

Au cœur du plateau matheysin, le chemin de fer a longtemps rythmé le quotidien des hommes et des femmes de la mine. Si vous observez aujourd’hui les rails du Petit Train de La Mure au hameau du Villaret, un pan important de cette histoire a pourtant physiquement disparu. Suivez le guide pour redonner vie, le temps d’une halte, au passage à niveau du Villaret, à sa garde-barrière et au fracas des convois d’autrefois.

1. L’or noir et le rail : la naissance de la ligne SGLM

Au tournant du XXe siècle, le plateau matheysin vit au rythme de ses houillères. Pour transporter l’anthracite (ce charbon de haute qualité) et le personnel des mines, la compagnie du SGLM (Saint-Georges-de-Commiers – La Mure) crée une infrastructure d’envergure :

  • Une ligne pionnière : Dès 1903, elle devient l’une des toutes premières voies ferroviaires électrifiées au monde en courant continu à haute tension.

  • Une technique adaptée : Elle utilise une voie unique à écartement métrique (1 000 mm) pour épouser les contraintes du relief.

  • Un rôle vital : Des convois chargés de charbon y circulent jour et nuit pour alimenter l’économie locale et nationale.

2. Le protocole de sécurité : des gestes manuels et rigoureux

Au croisement de la voie ferrée et du « Chemin du Villaret », la sécurité routière repose sur un protocole très strict, répété des dizaines de fois par jour par le garde-barrière :

  • L’annonce du train : Une sonnerie électrique (le « ronfleur » ou le « timbre ») retentit lorsque le convoi franchit un contact à plusieurs kilomètres en amont.

  • La fermeture physique : Le garde-barrière doit actionner la manivelle d’un grand treuil pour abaisser les lourdes barrières basculantes.

  • La confirmation visuelle : Une fois les voies sécurisées, le garde présente au conducteur un drapeau roulé le jour, ou une lanterne blanche la nuit (le rouge servant uniquement pour l’arrêt d’urgence).

  • La réouverture : Après le passage du dernier wagon et un salut amical au mécanicien, les barrières sont relevées pour libérer les usagers de la route.

3. La maison et son lavoir : l’organisation sociale autour de la voie

Le passage à niveau n’est pas qu’une simple barrière métallique, c’est aussi un lieu de vie domestique très animé :

  • Les acteurs de la voie : Le poste de garde-barrière est logé sur place. Ce rôle de confiance est massivement féminisé, souvent confié à des épouses de mineurs, ou encore à des mineurs retraités ou invalides (les « gueules noires »).

  • Un foyer au bord des rails : Le site comprend la maisonnette en pierre du garde-barrière, une remise pour le matériel et un bassin-lavoir semi-enterré. La vie de toute la famille est entièrement rythmée par l’horaire des trains.

4. Le site aujourd’hui : préserver le souvenir d’un patrimoine disparu

La fin du trafic de charbon en 1988 a profondément transformé les lieux, marquant une véritable révolution visuelle et sonore :

  • La démolition de 2008 : Lors de travaux de modernisation de la ligne (notamment le remplacement de la caténaire), la maison, la remise et le lavoir sont rasés. Aujourd’hui, il ne reste qu’un espace enherbé et un petit local abritant un système d’automatisation moderne.

  • La renaissance touristique : Si le bâti historique a disparu, la plateforme ferroviaire subsiste. Elle accueille désormais le Petit Train de La Mure, un convoi touristique rouge qui permet aux visiteurs de devenir des passeurs de mémoire en roulant sur les traces de cette ancienne artère industrielle.

Envie de découvrir ce site sur le terrain ?
L’ancien passage à niveau se situe au hameau du Villaret (commune de Susville). C’est une étape idéale pour contempler le paysage du plateau matheysin tout en guettant le passage du train touristique.

Informations pratiques

  • Durée : 5 min

  • Distance depuis le parking : Moins de 50 m

  • Accessibilité : Accessible PMR (en bordure de route locale)

  • Localisation (GPS approx.) : 44.9985° N, 5.7672° E (Hameau du Villaret, Susville, France)