Portrait peint de Henri de Renneville, présenté dans le cadre des collections du Musée de la Mine.

Mines du Villaret : Henri de Reneville et le niveau 12

Découvrez comment Henry de Reneville a modernisé le niveau 12 des mines du Villaret, structurant la transition industrielle du bassin minier de la Matheysine.

Si Jules Giroud a façonné l’ossature physique des mines de la Matheysine, Henri de Reneville en a été l’architecte économique. À la tête de la Compagnie de la Motte-d’Aveillans au tournant du XXe siècle, ce gestionnaire et stratège a orchestré la modernisation technique et structurelle du niveau 12 au Villaret. De la mécanisation de l’extraction aux prémices du chemin de fer de la Mure, retour sur cette époque charnière qui a consolidé et pérennisé l’avenir industriel du bassin minier.

Informations pratiques

Caractéristique Détails historiques et techniques
Localisation Bassin minier de la Matheysine, commune de Susville / La Motte-d’Aveillans (Isère)
Niveau principal Niveau 12 (galeries Giroud)
Structure du réseau Faisceau de 5 galeries spécialisées
Les 5 galeries souterraines L’exhaure (pompage), l’école (galerie-école), la sondeur, la cheminée d’aérage et l’artère de roulage
Point de sortie Galerie « Versage » (zone de déchargement connectée directement à l’usine de traitement)
Innovations techniques Introduction de l’aérage artificiel (ventilation) et mécanisation du criblage/lavage du charbon au jour
Infrastructures d’énergie Centrale thermique du Villaret, construite entre 1911 et 1913 pour valoriser les résidus de charbon
Logistique et transport Plans inclinés gravitaires de la montagne et appui au développement du chemin de fer de la Mure (SGLM)
Dirigeant de la transition Henri de Reneville (directeur puis président de la Compagnie des Mines de la Motte-d’Aveillans de 1890 à 1920)
Pionnier d’origine Jules Giroud (concepteur des premiers niveaux de la mine)

1. Le successeur et l’homme de la transition Henri de Reneville (1890 – 1920)

Si Jules Giroud est “l’ingénieur bâtisseur” (celui qui a tracé les niveaux et structuré le flanc de montagne), Henri de Reneville est l’administrateur financier et le technocrate.

À la fin du XIXe siècle, il prend la direction (puis la présidence du conseil d’administration) de la Compagnie des Mines de la Motte-d’Aveillans. À ce titre :

  • Il hérite du système mis en place par Giroud.

  • Il comprend que la division du bassin nuit aux investissements d’envergure nécessaires à la survie de la mine (puits profonds, usines de préparation mécanique, électrification).
  • Le rapprochement s’opère d’abord sur le terrain des infrastructures communes :

    • Le transport (1888-1903) : L’utilisation partagée de la ligne de chemin de fer de la SGLM (Saint-Georges-de-Commiers à La Mure) force les deux compagnies à coordonner leurs expéditions.

    • L’énergie (1911-1913) : C’est le véritable déclencheur. La construction de la Centrale thermique du Villaret (décidée en 1911 et mise en service en 1913) nécessite la mise en commun des résidus de lavage (poussiers et schlamms) des deux compagnies pour alimenter les chaudières. Cette réalisation industrielle scelle la fin de l’isolement technique des exploitants.

  • Le rapprochement technique débouche logiquement sur une fusion financière à la veille de la Première Guerre mondiale :

    • En 1913-1914, la Compagnie des Mines de la Motte-d’Aveillans et la Société Civile des Mines de La Mure fusionnent.

    • Cette fusion donne naissance à un opérateur privé unique et puissant : la Compagnie des Mines de la Mure.

    • C’est sous cette entité unifiée que s’organise l’exploitation durant l’entre-deux-guerres. C’est elle qui planifie la concentration de l’extraction vers les secteurs les plus riches et prépare le creusement du grand Puits du Villaret dans les années 1940.

2. Le rôle du Peychagnard sous son ère

Sous sa direction, la concession du Peychagnard n’est plus seulement une série de galeries que l’on exploite à la petite semaine. Reneville pousse à la modernisation des infrastructures.

C’est sous son influence que :

  • La concentration des moyens d’extraction s’accélère. Il cherche à regrouper les concessions pour optimiser les coûts de transport et de tri.

  • Il joue un rôle politique et économique majeur dans le bassin : il est celui qui fait le pont entre les besoins des mines et les grands projets industriels de l’époque (notamment la chimie en vallée de la Romanche, qui consomme le charbon extrait à Susville).

  • Les plans inclinés : Henri de Renéville a contribué à la mise en place de systèmes de plans inclinés internes dans les galeries. Ces installations permettaient de descendre le charbon par gravité de la montagne vers les points de chargement, réduisant ainsi la dépendance aux transports par bêtes de somme.

  • Le soutien au chemin de fer : Il a été extrêmement novateur dans la modernisation et l’électrification. Renéville a été un acteur clé du soutien à l’électrification de la ligne SGLM, concrétisée en 1903 par l’ingénieur René Thury (le système Thury en courant continu haute tension), qui constitua une première mondiale pour un chemin de fer lourd. Il a également optimisé les embranchements ferroviaires reliant les carreaux des mines au réseau.

3. La modernisation technique de l’extraction

Sous sa direction, plusieurs innovations techniques ont été introduites pour augmenter la productivité et la sécurité des chantiers :

  • Mécanisation du traitement du charbon : Il a favorisé l’installation d’ateliers de criblage et de lavage du charbon au jour. Ces procédés permettaient de trier plus efficacement l’anthracite de la Matheysine (très friable) et d’éliminer les impuretés, offrant ainsi un produit plus homogène et de meilleure qualité commerciale.

  • Amélioration de l’aérage : Pour améliorer la sécurité des mineurs et limiter les risques d’asphyxie ou d’accumulation de gaz, des systèmes de ventilation artificielle (aérage) ont été progressivement installés dans les galeries.

4. Rationalisation de l’exploitation et gestion des concessions

  • Unification des travaux : Henri de Renéville a travaillé à la rationalisation des travaux de recherche et d’exploitation. Au lieu de multiplier les petites galeries indépendantes et peu rentables, il a encouragé la centralisation de l’extraction autour de puits et de galeries de roulage principaux mieux dimensionnés.

  • Augmentation de la production : Ces choix organisationnels ont permis une croissance régulière de la production annuelle de la concession, consolidant la position du bassin de la Matheysine face à la concurrence d’autres bassins miniers français.

5. La première centrale historique : La centrale du Villaret (1913)

La toute première centrale thermique construite directement sur le site de Susville pour utiliser les charbons invendables (notamment les « sclamms » ou poussières de charbon et les mixtes pauvres) est la Centrale des Rioux.

  • Époque de construction : Décidée par la Compagnie des Mines de la Mure, sa construction débute en 1911 et elle est mise en service en 1913.

  • Rôle : Elle permettait de transformer sur place les résidus de l’extraction en électricité pour alimenter les installations de la mine (compresseurs, pompes, treuils) et le réseau local.

6. Aspects sociaux et aménagement

Pour fidéliser une main-d’œuvre souvent fluctuante (composée en partie de paysans-mineurs), l’administration de Renéville a également amorcé la construction des premières infrastructures destinées aux ouvriers (logements, services de base), bien que le développement des cités minières structurées ait pris une ampleur plus importante après son passage.

En résumé, l’action de Henri de Renéville au Peychagnard a permis de structurer l’exploitation minière en améliorant la chaîne de transport, en modernisant le traitement de l’anthracite et en rationalisant les méthodes d’extraction, contribuant ainsi à la viabilité à long terme de ce bassin minier.

7. Pourquoi est-il important dans l’histoire du Villaret ?

Henri de Reneville est celui qui a dû gérer l’épuisement relatif des galeries hautes. C’est sous sa période de gestion que la Compagnie a compris que pour survivre, il fallait descendre plus bas dans la montagne.

Bien qu’il n’ait pas vu le Puits du Villaret (des années 1950), c’est lui qui a consolidé le patrimoine minier que les HBD (Houillères du Bassin du Dauphiné) ont repris à la nationalisation. Sans la solidité financière et la structuration juridique qu’il a imposées à la Compagnie des mines de la Motte-d’Aveillans entre 1900 et 1930, la nationalisation de 1946 aurait probablement hérité d’un champ de ruines non structuré.

8. Remarques sur Henri de Reneville

Si Jules Giroud a donné à la mine son ossature physique et technique avec le système des niveaux, Henri de Reneville en a été l’architecte économique. À la tête de la Compagnie des Mines de la Motte-d’Aveillans au tournant du XXe siècle, il a su transformer l’héritage de Giroud en une entreprise industrielle structurée. C’est sous son impulsion que la concession du Peychagnard a atteint sa maturité, préparant le terrain pour les investissements massifs qui mèneront, après-guerre, à la création du grand puits moderne du Villaret.

  • Jules Giroud : Le technicien, le pionnier, le créateur des “niveaux” (00 à 12).

  • Henri de Reneville : Le gestionnaire, le stratège, celui qui a maintenu la cohérence du groupe minier face à l’épuisement des couches de surface et aux pressions du marché.

Foire Aux Questions Henri de Reneville

Henri de Reneville a dirigé la Compagnie des Mines de la Motte-d’Aveillans entre 1890 et 1920. Succédant à Jules Giroud, il s’est distingué comme un gestionnaire méthodique et un fin stratège. Son rôle a été crucial pour restructurer l’entreprise, moderniser l’outil de production et assurer la transition vers une exploitation industrielle à grande échelle avant la nationalisation des mines.

Situé sur la commune de Susville, le niveau 12 est un secteur historique majeur de la concession du Peychagnard. Il regroupait les cinq galeries techniques (dites « galeries Giroud ») qui assuraient le fonctionnement quotidien de la mine. Ce niveau constituait le véritable cœur opérationnel et technologique de l’exploitation souterraine.

Le niveau 12 s’organisait autour de cinq ouvrages aux fonctions bien distinctes :

  • L’exhaure : dédiée au pompage et à l’évacuation des eaux d’infiltration.

  • La galerie-école : réservée à l’apprentissage et à la formation des jeunes mineurs.

  • La sondeur : utilisée pour les travaux de recherche et de reconnaissance géologique.

  • La cheminée d’aérage : indispensable pour assurer la ventilation et le renouvellement de l’air.

  • L’artère de roulage : servant au transport et à l’évacuation du charbon vers le jour.

Jules Giroud est le pionnier et le bâtisseur physique du réseau souterrain. Henry de Reneville, quant à lui, est le modernisateur et l’administrateur. Là où Giroud a tracé les galeries, Reneville a introduit l’électricité, optimisé les transports (notamment par des plans inclinés et le raccordement ferroviaire) et rationnalisé la gestion financière des concessions.

Construite entre 1911 et 1913 sous la direction d’Henry de Reneville, la centrale thermique du Villaret a marqué un tournant énergétique. Elle a été conçue pour valoriser les résidus de charbon jusqu’alors inexploités (les schlamms) afin de produire l’électricité nécessaire au fonctionnement des installations minières et au réseau local.

Poursuivez votre exploration

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Sources et sites officiels 

1. Patrimoine industriel et minier (Contexte régional)

  • Musée de la Mine Image (La Motte-d’Aveillans) : C’est le lieu de référence pour comprendre l’extraction du charbon dans le bassin de La Mure. Ils proposent des visites guidées très instructives.

  • La Mémoire de la Mine (Bassin de La Mure) : Diverses associations locales travaillent à la préservation de la mémoire des houillères du Dauphiné. Consulter les sites des mairies de Susville ou de La Mure peut également apporter des compléments sur le patrimoine bâti.

2. Patrimoine ferroviaire (Contexte historique)

  • Le Petit Train de La Mure : Indispensable pour l’aspect ferroviaire du bassin. Ce site permet de contextualiser l’importance du transport du charbon.

  • Chemins de fer du Dauphiné (Archives et associations) : Pour les passionnés de voies étroites, le site de la Fédération des Amis des Chemins de Fer Secondaires (FACS) contient souvent des inventaires techniques précieux.

3. Ressources institutionnelles et documentaires

  • Inventaire du Patrimoine (Région Auvergne-Rhône-Alpes) : Le site de l’inventaire général du patrimoine culturel recense souvent des fiches techniques très complètes sur les sites miniers.

Bibliographie 

    • Association « La Mine Image » (La Motte-d’Aveillans), Archives et témoignages sur le bassin houiller de La Mure.

      • Note : Bien qu’il s’agisse plus de fonds documentaires que d’un livre unique, les publications liées aux travaux de l’association La Mine Image constituent la base documentaire la plus fiable concernant la mémoire locale.

    • BRGM. Rapport de mise en sécurité des mines de La Mure : travaux de confortement (bouchons de ciment et injections de cendres). Base de données InfoTerre.  Disponible sur : https://infoterre.brgm.fr/ .
    • Archives Départementales de l’Isère. Série S : Travaux publics et mines. Dossiers relatifs aux concessions des mines de La Mure