L’origine glaciaire des lacs et marais du plateau matheysin
Le paysage actuel du plateau de la Matheysine, avec son chapelet de lacs et ses zones humides comme l’Étang du Crey, est le résultat direct de la dernière grande période glaciaire : la glaciation du Würm (qui s’est achevée il y a environ 10 000 à 12 000 ans).
Voici les étapes scientifiques qui ont façonné ce décor unique au cœur de l’Isère :
1. Le passage du glacier de la Romanche
À l’apogée du Würm (il y a environ 24 000 ans), une imposante langue du glacier de la Romanche débordait de sa vallée principale pour envahir le plateau matheysin. Rabotant le socle rocheux sur son passage, la glace a exercé un puissant travail d’érosion appelé surcreusement glaciaire, creusant de larges cuvettes alignées du nord au sud.
2. Le retrait glaciaire et le dépôt des moraines
Lors du réchauffement climatique qui a suivi, le glacier a commencé à fondre et à reculer. En se retirant, il a abandonné sur place d’immenses quantités de débris rocheux, d’argiles et de sédiments : les moraines.
-
Ces moraines ont formé de véritables digues naturelles, bloquant l’écoulement des eaux de fonte et des ruisseaux.
-
C’est ce phénomène de barrage morainique qui a donné naissance aux grands lacs de alignés sur le plateau (Laffrey, Petichet, Pierre-Châtel).
3. La formation de l’Étang du Crey et des zones humides : le phénomène de glace morte
Pour les plans d’eau plus modestes et les marais — comme l’Étang du Crey —, le mécanisme est légèrement différent. Lors du retrait du glacier, d’immenses blocs de glace se sont détachés du corps principal et se sont retrouvés piégés sous les sédiments morainiques.
En fondant très lentement à l’abri de l’air, ces blocs de « glace morte » ont provoqué un effondrement du sol au-dessus d’eux, créant de petites dépressions fermées appelées kettles ou cuvettes d’affaissement. Une fois remplies d’eau, ces cuvettes ont formé des étangs secondaires.
4. De l’étang au marais : l’atterrissement
Au fil des millénaires, ces petites retenues d’eau peu profondes ont évolué. La végétation aquatique s’y est développée progressivement. L’accumulation de matière organique non décomposée (faute d’oxygène au fond de l’eau) a envasé ces bassins, transformant peu à peu certains étangs en tourbières et marais eutrophes. L’Étang du Crey est un parfait témoin de ce processus d’atterrissement, formant aujourd’hui un écosystème zone humide d’une très forte valeur écologique.